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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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6 mai 2019 1 06 /05 /mai /2019 14:58

Dans un zoo situé, je vous le donne en mille, à Budapest, nous allons assister à une journée, suivie d'une nuit, durant lesquelles une foule de choses vont se passer: une orpheline va s'échapper de son groupe en visite car elle est majeure et elle sait qu'elle va être "louée" pour du travail forcé; un petit garçon va échapper à la surveillance de sa nourrice, et commencer une nuit à haut risque aux abords des cages de félins tous plus dangereux que les autres; enfin, Zani, un employé du zoo qui est un peu la mascotte des lieux, va risquer pour la énième fois de se faire virer, pour sa propension à "voler" les fourrures des visiteuses fortunées. C'est un militant, quoi... Les trois événements vont se télescoper et bien sûr cette collision va provoquer un certain vent de panique au Zoo de Budapest...

On ne quitte absolument jamais le zoo, du moins durant les 80 premières minutes du film. Après, il y a une courte codé, mais pour l'essentiel le film se déroule au milieu des animaux et cages. Le monde se divise en plusieurs camps: ceux qui aiment Zani et ceux qui ne le supportent pas, par exemple; d'un côté les orphelines, toutes désireuses de favoriser l'évasion d'une d'entre elles, et de l'autre la responsable du groupe qui souhaite l'empêcher car la jeune femme est "promise" à une entreprise qui ne manquera pas de l'exploiter. Les visiteurs qui aiment les animaux, et ceux qui ne les voient que comme des bêtes curieuses... Tout ça est un univers, un microcosme, que filme l'équipe de tournage, avec une invention photographique constante... du moins c'est ce que les copies en circulation laissent plus ou moins deviner, car la photo de Lee Garmes aurait besoin de meilleures circonstances pour être vue à sa juste valeur.

Le film prend son temps, sous la forme d'une comédie d'abord, avant de s'emballer poétiquement avec la "rencontre" de Zani (Gene Raymond) et Eve (Loretta Young): leur rapprochement physique est filmé comme une évidence, avec une forte charge érotique dans le fait que le désir de la jeune femme crève les yeux, quand le jeune homme feint l'indifférence... Le final de ce film métaphorique, qui s'emballe un peu dans tous les sens, surprendra, tout en décevant un peu: on a l'impression d'une soudaine flambée de violences diverses, motivée par la vision du final délirant et sadique de Tarzan, the Ape Man de Woody Van Dyke! Mais si le contraste entre la poésie quasi-Borzagienne de cette visite d'un lieu différent où la sensualité et la nature vont de pair, et un final avec lions qui menacent et sauvetage de dernière minute est un peu trop fort, il fait bien admettre que cette soudaine violence sied bien à un film inquiet qui choisit un lieu de paix, soudainement soumis à la montée de la haine, et à quelques manifestations de l'imbécillité humaine. Maintenant, on peut toujours se demander dans quelle mesure ce film de 1933 était visionnaire, ou s'il ne s'agit que d'un hasard.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 16:17

 

Dès le début, on sent, on sait qu'on tient un film exceptionnel: la façon dont Walsh choisit de mettre le spectateur au coeur de ce qu'il veut lui montrer, la qualité joviale de la reconstitution du New York de 1900, et le ton volontiers vulgaire, voire limite grossier, du film, nous plongent de façon inéluctable dans le petit peuple des coins les moins fréquentables la grosse pomme: l'histoire montre la rivalité entre deux hommes aux moeurs légères (l'un - George Raft - admet vivre du jeu, l'autre - Wallace Beery - tient un bar dont les activités restent dans le cadre de la loi, mais bon, on a vu des métiers plus franchement moraux); la rivalité tient à peu de choses: ils ont chacun leur équipe de pompiers volontaires (payés au sauvetage, le premier incendie venu donne lieu à des bagarres), ils sont managers de boxeurs, ils luttent également pour le titre d'homme le plus populaire du Bowery, et bientôt, une femme se met entre eux: Lucy (Fay Wray) est hébergée par Chuck, mais aimée par Steve... Walsh, grand conteur, se laisse aller à son plaisir, et ça se sent; les acteurs qu'ils a convoqués n'ont jamais été aussi bons, et ne le seront jamais plus: Fay Wray, la "Scream Queen" de King Kong, joue Lucy, et Wallace Beery et George Raft se disputent ses faveurs. le film est plongé dans un bain cosmopolite de la plus belle eau, dans lequel on appelle un chat un chat, contrairement aux films de la Warner qui évitaient de nommer les ethnies à l'époque, les Chinois, les Italiens, Les Juifs, les Irlandais, ici tout le monde est typé, mais vit en bonne intelligence avec son voisin. La prostitution, la débrouille, les combines, tout est bon, et on est en droit de douter de la légalité du péage de la main à la main, réclamé par les policiers, sur le Brooklyn Bridge alors récemment construit... On voit d'ailleurs très peu la police, occupée ailleurs...

Le film est donc bien plus qu'une nouvelle variation sur le thème entamé avec What price glory? à la Fox: les copains-ennemis qui se chamaillent en permanence mais finissent par admettre s'adorer. Le film, bien que produit à l'extérieur du studio où Walsh a jusqu'à présent passé le plus clair de son temps (c'est une production de la 20th century de Zanuck, avant que les deux compagnies ne fusionnent), emprunte d'ailleurs sa fin au film de 1926. Je n'ai pas mentionné Jackie Cooper, qui à cette époque était un peu l'ombre de Wallace Beery à la MGM: il est son alter ego, et sert beaucoup à révéler l'humanité du bonhomme. Plus subtilement, il sert de trait d'union entre les deux hommes, bien plus que Fay Wray. Enfin, il joue un peu le rôle d'une version idéalisée du conteur lui-même, qui a souvent affirmé que ce film était pour lui un retour à l'enfance.

On devrait pouvoir voir ce film plus souvent, ce serait un plaisir, comme d'ailleurs ses petits frères, Regeneration (1915), premier film de gangsters de Walsh, dans lequel il se remémore sa vie à New York, The Roaring Twenties (1939), sur le passage des années 20, et l'adorable Strawberry Blonde (1941), sur la naissance du siècle. Grand connaisseur, et admirateur de Walsh, Scorsese lui a piqué l'anecdote des pompiers pour son Gangs of New-York.

 

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Pre-code Comédie
28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 11:20

A l'origine de ce film, il y a une pièce de Michael Morton, déjà adaptée trois fois au cinéma: une fois en Pologne, avec Pola Negri, et une version Américaine de 1916 par Edwin August, et une autre en 1918 par William Parke. Et comme si ça ne suffisait pas on peut penser que cette pièce a pu aussi servir de base à certains aspects de The red dance, de Raoul Walsh. Une impression renforcée par le fait que ce film de 1931 en utilise d'ailleurs une séquence...

Le point de départ de cette histoire profondément anti-tsariste, est une anecdote: les Juifs étaient, dans la Russie de 1913, empêchés d'aller ou bon leur semblait, sauf les femmes qui possédaient un "passeport jaune", un laisser passer qui permettaient aux prostituées de voyager librement. Une idée qui est attribuée dans le film au très libertin Colonel Andreyev (Lionel Barrymore). L'intrigue est la suivante: Marya Kalish (Elissa Landi), une jeune enseignante Juive, est obligée de se procurer un passeport jaune afin de rendre visite à son père qui a été mis en prison. Quand elle veut le visiter, il est trop tard: d'une part, il est mort, et d'autre part, elle est désormais fichée comme prostituée... 

Il ne faut sans doute pas chercher de vérité historique, dans ce film où on demande à Raoul Walsh de se concentrer sur un huis-clos qui est sensé faire le sel du film: Marya, seule de nuit avec Andreyev, qui joue au chat et à la souris avec elle depuis le milieu du film... Mais ce qui intéresse Walsh, c'est l'action au sens large, celle qui déplace les montagnes et implique les peuples. On ne s'étonnera donc pas qu'il soit plus à l'aise avec deux autres moments du film: le début où le sens de léconomie et du raccourci du réalisateur lui permet de camper une Russie opprimée en dix minutes survitaminées, et la fin, quand Marya et son amant, un journaliste anglais (un très juvénile Laurence Olivier) fuient la Russie qui est en proie à une déclaration de guerre qui menaçait déjà depuis quelques bobines...

Pour le reste le film fait un peu partie du purgatoire imposé à Walsh après l'échec de The big trail. Il reste plaisant à voir, pour sa liberté de ton d'une part, pour les excès de Lionel Barrymore, qui en fait tellement que ça en devient drôle, pour les seconds rôles à repérer: James Marcus, un copain de Walsh, était un peu son Ward Bond à lui; ici, il est un chanteur dans une scène de cabaret; Boris Karloff joue un soldat aux mains baladeuses; et Ivan Linow, qui jouait dans The Red Dance, et dans The River de Borzage, était à cette époque réduit aux figurations-éclair. On le repère assez facilement: cette trogne ne ment jamais... 

Et puis il y a une scène absolument splendide: dans ses appartements, la nuit, Andreyev de dos s'approche de Marya. Celle-ci a une arme. La caméra s'approche du colonel au point de ne nous laisser voir que le dos de sa tunique. Un coup de feu retentit, et l'homme tombe, révélant Marya qui halète. Elle porte une robe blanche, et est uniquement éclairée par une lampe à abat-jour, à droite. La partie gauche de son visage est donc dans l'ombre.

Chassez le naturel de l'artiste, il revient au galop, et avec du clair-obscur!

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Pre-code
27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 16:06

Ce western spectaculaire est à la fois la marque de l'intention d'un producteur (William Fox) et d'un metteur en scène (Raoul Walsh) de donner une véritable noblesse au genre, d'une part, et le chant du cygne des histoires de l'ouest sauvage telles qu'elles ont été contées durant les années 20: de The covered wagon à The Big Trail, en effet, c'est tout un pan du western "pionnier" qui se dessine, à l'opposé des films plus crus, plus intimistes, tournés par wagons entiers de bobines à la Universal depuis les années 10, mais aussi par Cecil B. DeMille ou Thomas Ince. Mais si ce courant a disparu, c'est effectivement non seulement au désintérêt du public (Three bad men, de Ford, avait été un relatif insuccès commercial alors que deux ans plus tôt The iron horse avait lui été un énorme succès), à la méfiance des producteurs qui sentaient passer la note, mais aussi et surtout à l'échec public de ce film qu'il le doit...

Une caravane massive se prépare à amener des pionniers vers l'Oregon, à l'assaut des rivières, forêts, tribus Indiennes, et montagnes qui leurs barrent la route. Celle-ci ne sera pas de tout repos, car en plus de tous ces dangers, l'homme qui conduit tout ce troupeau hétéroclite de pionniers, d'immigrants, et d'animaux, est un bandit, le redoutable Red Flack (Tyrone Power, Sr), assisté de son âme damnée Lopez (Charlie Stevens) et du joueur professionnel Thorpe (Ian Keith), un Sudiste qui semble fuir le Sud plutôt que d'y retourner... Heureusement, Breck Coleman (John Wayne) veille: c'est un homme attaché à la caravane pour faciliter les échanges et le dialogue avec les populations Indiennes, et il est droit, franc, et a en plus un compte à régler avec Flack et Lopez... de plus, il s'intéresse de près à la jolie Ruth Cameron (Marguerite Churchill), l'une des pionnières du convoi...

C'est merveilleux: non seulement dans ce film à la durée spectaculaire, tourné en écran large (Le procédé 65mm Grandeur, un ancêtre du 70mm et du cinémascope), on assiste avec bonheur à tous les passages obligés de ce type de récit, racontés de main de maître par un génie du cinéma d'action, mais ce dernier a réussi à convaincre le studio de lui laisser carte blanche. Ainsi, dans une production hallucinante qui oblige déjà l'équipe à véhiculer des chariots, des troupeaux, et des gens sur des routes aussi proches des pistes originales que possible, à tourner en séquence c'est à dire de façon chronologique afin de profiter au mieux des paysages et de permettre aux acteurs un certain confort dans la continuité de leur rôle, Walsh improvise des séquences entières lorsque le paysage l'inspire, et il s'imprègne en permanence de l'esprit pionnier! C'est un film qui a beau conter une histoire du XIXe siècle, on y retrouve l'exploit qui a consisté à faire ce film dans la magnifique nature Américaine, armé en prime d'un système de prise de vue qui était particulièrement inconfortable... Sans parler du son! Walsh passe son temps à se jouer de la difficulté de l'écran large, dont il fait de remarquables compositions, tout en maintenant sur deux heures un rythme soutenu.

Et cela va sans dire (C'est souvent la seule chose qu'on a à dire sur le film, et ça me semble un peu court tant son souffle épique est communicatif), Wayne est impeccable, ne se doutant sans doute pas qu'après ce rôle de premier plan dans un film spectaculaire, il serait obligé de passer 9 années au purgatoire des productions médiocres... Et Walsh d'ailleurs allait être aussi mal loti, comme du reste le western dans son ensemble. Mais ce film est tellement enthousiasmant (Contrairement à l'insipide Cimarron,de Wesley Ruggles sorti l'année suivante et qui en dépit d'un Oscar non mérité n'allait pas pouvoir inverser la destinée du western) qu'on lui pardonnera volontiers les menus défauts que sont une diction parfois embarrassante, le parlant n'en était qu'à ses débuts, et une tendance à se réfugier derrière le concept si douteux de la Destinée manifeste: cette idée selon laquelle la destinée de l'homme blanc était de redessiner les contours du monde en conquérant l'Amérique. Billevesées et conventions: on a un western, un vrai, un beau, un grand.

The big trail (Raoul Walsh, 1930)
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Published by François Massarelli - dans Western Raoul Walsh Pre-code John Wayne
20 mars 2019 3 20 /03 /mars /2019 22:35

Helen Faraday a rencontré son mari alors qu'elle se baignait dans une rivière en compagnie d'autres danseuses; il était en vacances en Allemagne et elle faisait partie des curiosités locales... devenue mère de famille aimante aux Etats-Unis, il va falloir qu'elle redevienne une artiste car Ned Faraday est malade: exposé au radium, il risque même la mort; il faut financer un séjour à l'étranger pour le guérir... Elle retourne sur scène, et va rafler la mise en un soir: en effet, un playboy, Nick, est fasciné par l'artiste et lui donne un très gros chèque. Dès le lendemain, Ned part pour une cure, mais Nick est toujours là...

Un mélodrame, donc, mais un gros, un qui n'hésite absolument pas à faire dans l'excessif, le kitsch voire le franchement invraisemblable... Avec Herbert Marshall dans le rôle de son mari et un tout jeune Cary Grant dans celui de l'amant, Marlene Dietrich est encouragée à en rajouter dans les grandes largeurs. Il est évident que c'est un film pour la galerie, une sorte d'expérience qui multiplie les figures du style: ne serait-ce que pour passer de la ménagère Dietrich à la meneuse de revue Marlene, Sternberg fait en permanence le grand écart, et son film essaie de faire concurrence à tout ce qui se pratique à l'époque: Baby face, d'Alfred Green avec Barbara Stanwyck, Susan Lennox de Robert Z. Leonard avec Greta Garbo pour la fuite en avant, et Three on a match de Mervyn Le Roy pour la déchéance fulgurante de Ann Dvorak...

Tout y passe dans ce film dont une fois de plus l"esthétique prime fermement sur l'intrigue, et dont les scènes mémorables s'enchaînent sans vergogne: la scène inaugurale où Sternberg joue avec la nudité (et donc la censure) en montrant des Américains tout émoustillés devant des naïades en tenue d'Eve, mais aussi la célèbre danse avec Marlene Dietrich en orang-outang (mais oui!!!) qui joue d'ailleurs sur les pires clichés coloniaux, et d'autres: une scène nous rappelle le pouvoir de la mise en scène d'un auteur qui avait déjà un talent fou à l'époque du muet: le mari vient de reprendre son enfant à son épouse en fuite, et elle regarde partir le train en silence, mais en un ou deux gestes, l'immense douleur se fait sentir...

Ce n'est pas un grand film, c'est presque un état des lieux,une déclaration d'intentions, ou un catalogue. Mais la photographie est soignée à l'extrême comme de juste, les excès sont tellement voyants qu'ils en deviennent des prouesses, et de toute façon, dans ce monument de kitsch, personne n'est dupe: comment s'étonner qu'à sa façon ce film soit devenu un classique?

Hélas: elle chante, trois fois. Trois fois de trop.

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Josef Von Sternberg Cary Grant
16 mars 2019 6 16 /03 /mars /2019 18:59

Tout film de la série Silly symphonies se doit d'avoir un angle d'approche technique, ici il est vite trouvé: King Neptune est essentiellement le deuxième film Disney à se pavaner en Technicolor trois bandes, le système de Gone with the wind dont Disney avait à cette époque l'exclusivité sur les autres studios d'animation. Et la mission donnée à Burt Gillett était simple: montrer de l'action, du mouvement, pour en mettre plein la vue...

Quant à l'intrigue, elle est réduite à l'essentiel: des pirates (avinés, pas fins et très schématiques) avisent un groupe de sirènes et décident de  les kidnapper, provoquant ainsi la colère de Neptune, et le déchaînement des eaux... Le film anticipe sur la Petite sirène à sa façon, et aurait largement pu s'appeler King Neptune and the Topless Mermaids, tellement ça saute aux yeux... 

Notons pour finir que Gillett, le metteur en scène (non crédité selon les mauvaises habitudes de la maison) était attaché à son personnage de Neptune puisqu'il l'a utilisé dans d'autres films... et pas forcément tous des Disney.

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Published by François Massarelli - dans Disney Silly symphonies Pre-code Animation
16 mars 2019 6 16 /03 /mars /2019 16:29

La lauréate du prix de Miss Gopher City, Evira Plunkett (Anita Page), se rend à Hollywood en compagnie de sa mère envahissante (Trixie Friganza), et de son manager Elmer (Keaton). En chemin, elle rencontre la star Larry Mitchell (Robert Montgomery) dont elle tombe vite amoureuse, au grand dam de son manager. Une fois sur place, il s'avère qu'Elvira n'est pas très partante pour commencer une carrière, mais aussi bien la mère que le manager vont être engagés pour interpréter des rôles dans une comédie musicale...

Un script exsangue et des gags moribonds, des dialogues envahissants, des numéros musicaux ineptes et des costumes laids... C'est le lot de tant de films des débuts du parlant, qu'on pourrait passer outre, mais voilà: la star de ce film c'est Keaton, LE Keaton. Le génie qui vampirisait un film et réussissait par son génie de la bricole à sauver des scènes, des bobines, des logs métrages entiers, devenus depuis des classiques... Mais voilà, le contrat qui lie Keaton à la MGM est tellement dirigiste qu'il lui empêchait de suggérer quoi que ce soit, et de diriger ses propres films comme il l'avait toujours fait, y compris sur le tournage de College, Steamboat Bill Jr, The Cameraman, et Spite Marriage: vous ne croyez tout de même pas que James Horne, Charles Reisner ou Ed Sedgwick avaient dirigé ces chefs d'oeuvre tous seuls, non?

Et le pire quand on regarde Keaton, un costume absolument immonde sur le dos, interpréter avec soin une chanson débile et une chorégraphie idiote, c'est que de tous ses sept films parlants MGM, celui-ci est de l'avis général le meilleur. Ca fait froid dans le dos...

Histoire d'ajouter un peu d'intérêt à ce naufrage on pourra toujors s'amuser à chercher Ann Dvorak, qui était employée à la MGM en tant que danseuse dans les choeurs de girls de ces années fastes en comédies musicales antédiluviennes. On la reconnaîtra facilement, car elle a l'air d'une jeune femme décidée à se faire remarquer...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Buster Keaton Pre-code
9 mars 2019 6 09 /03 /mars /2019 09:54

En 1933, finalement, Ising et Harman, les transfuges de chez Disney qui ont constamment roulé leur bosse en passant sans vergogne d'un studio à l'autre, pouvaient en remontrer à n'importe qui: c'est la leçon de ce petit film d'une grande qualité en dépit de ses aspects franchement épisodiques...

Sur les étalages d'un marchand de journaux, les personnages des couvertures de magazines prennent vie, et dans un premier temps, se lancent dans l'interprétation d'une chanson (qui donne son titre au film). C'est un cow-boy qui donne le ton mais tout le monde participe. La deuxième partie voit des gangsters s'échapper des magazines de cinéma, et tenter de voler le contenu de la caisse, et tout le monde se ligue contre eux...

D'une part, on voit bien le mode de fonctionnement des Merrie Melodies, et leur limite: illustrer une chanson du répertoire Warner... De l'autre, outre le prétexte du film qui reviendra plusieurs fois notamment dans Book Revue de Clampett (et ce de façon autrement plus spectaculaire), nous voyons ici tout l'univers des cartoons de la WB, qui tranchait quand même beaucoup sur celui de Disney: une thématique volontiers adulte, un ton plus sérieusement acide, et une invention graphique solide... Sans oublier une inspiration fortement cinématographique. Une leçon que retiendra l'animateur en chef, ici: c'est Friz Freleng...

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Looney Tunes Animation Pre-code
6 mars 2019 3 06 /03 /mars /2019 17:55

Si tu vas à Rio, n'oublie pas de monter là-haut... en effet!

L'intrigue de cette petite comédie musicale est très accessoire, et le film se présente clairement comme une tentative pour un studio moindre (la RKO) de concurrencer la Warner qui en cette année 1933 a déjà sorti trois comédies musicales révolutionnaires avec des ballets de Busby Berkeley, sur son propre terrain... On y voit un orchestre Américain, dirigé par Gene Raymond, et avec entre autres Fred Astaire et Ginger Rogers, se rendre à Rio pour un engagement dans un hôtel... Ils doivent y donner un spectacle, et évidemment le spectacle ne va pas pouvoir se faire à moins de trouver une idée de génie...

C'est un pur produit de son époque, après tout, et si on ne peut pas dire que Flying down to Rio arrive à la cheville de Footlight parade, 42nd Street et Gold diggers of 1933, au moins, sa vulgarité assumée, son côté gentiment foutraque et sa glorieuse loufoquerie lui assurent au moins une place dans l'histoire... Grâce aussi, soyons juste, à quelques passages formidables: une hallucinante variation d'un quart d'heure sur la Carioca (...PrYoupi), pour commencer, durant laquelle le scénario part purement et simplement et saute de la carlingue sans parachute; une série d'interventions spectaculaires de Fred Astaire, qui n'a pas volé le statut de star que ce film lui a volé; et UNE séquence à laquelle Berkeley n'avait pas pensé...

Bon, certes, en prime il y a Dolores Del Rio, impériale en amoureuse Brésilienne, à tel point qu'on aurait sans doute bien pu appeler le film Flying down to Del Rio... Mais Merian Cooper, le producteur de ce film, avait vraiment la passion de l'aviation, comme le prouve la séquence hautement improbable qui clôt le film: des girls fortement déshabillées qui dansent...

Et alors me direz-vous?

...sur les ailes d'un groupe d'avions. Sans Kong.

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Musical Pre-code Danse
1 mars 2019 5 01 /03 /mars /2019 06:49

Dans le milieu des concours canins, une rivalité mène à la mort d'un homme. Détesté de tous ceux qui le côtoient, il est retrouvé chez lui, une arme en main, dans une pièce fermée de l'intérieur... Mais Philo Vance, le détective qui lui aussi est intéressé par le milieu compétitif canin, ne croit pas une seconde à son suicide. Et il ne va pas tarder à prouver qu'il a bien raison... Mais il va aussi montrer qu'il n'y a pas UN meurtre, mais plusieurs.

Michael Curtiz a traité ce sujet très classique de façon très frontale: c'est un whodunit très classique dans lequel une liste de suspects longue comme le bras (une jeune femme trop bien sous tous rapports, des personnages interlopes ayant un peu trop roulé leur bosse, un majordome au passé louche, etc...) est d'abord vue en pleine action: les événements banals qui se déroulent sous nos yeux dans la première bobine servent à planter dans notre cerveau captif de spectateur satisfait la suspicion d'absolument tout le monde dans le film! Et c'est ça qui est bien, non pour la noblesse de l'exercice, car s'il y a bien un domaine de la fiction policière qui n'est en rien noble, c'est le whodunit! Non, c'est bien parce qu'une fois aiguillé vers la résolution finale, le spectateur n'a plus à se préoccuper de rien d'autre que de regarder le film concocté par Michael Curtiz.

Et celui-ci s'est fait plaisir! Passant outre les pesanteurs de l'adaptation théâtrale, le metteur en scène choisit comme le ferait Hitchcock d'innover absolument partout, ne répétant jamais le moindre mouvement de caméra, plaçant celle-ci de manière inattendue dans les endroits les plus improbables en variant ainsi la composition constamment. La suspicion créée par le prologue est maintenue, soulignée par une mise en scène rigolarde qui ne s'embarrasse jamais de subjectivité inutile, et donne souvent la part belle aux rigolos: Eugene Pallette en inspecteur désireux de ne jamais écarter la piste du suicide, ou Etienne Girardot en médecin légiste appelé littéralement tous les quarts d'heure, et qui aimerait bien un jour disposer de temps pour déjeuner...

Bien sûr Curtiz va "signer" son film en utilisant sa magie des ombres au moment où William Powell expose sa théorie quant au meurtre. Le flash-back hypothétique nous montre l'ombre fantomatique d'un suspect pour l'heure inconnu. Les dialogues fusent les nombreux personnages qui râlent, mentent, dissimulent, haïssent, sont tous vivants... Enfin presque tous bien sûr! Et on peut se demander, devant ce film de 1933 avec lequel William Powell incarne un détective mondain et surdoué, dans quelle mesure ce pourrait être un prototype pour le célèbre The Thin Man, qui sera tourné à la concurrente MGM l'année suivante...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Comédie Pre-code