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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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9 juin 2024 7 09 /06 /juin /2024 21:07

A la Vitagraph, contrairement à ce qui se passait à la Biograph, on nommait ses stars... mais pas le réalisateur. Impossible de savoir aujourd'hui qui a réalisé cette courte comédie, qui fait appel à l'instinct de moqerie et rappelle le gout du jeune cinéma pour la farce, dans les deux sens du terme: d'un côté, le canular, de l'autre, un genre comique illustré au théâtre depuis le Moyen-Age. 

Et d'ailleurs, Méliès est passé par là, mais les Lumière aussi avec leur Arrroseur arrosé... Dans un immeuble, un gamin décide donc de faire une farce, avec le buste qui sert à une couturière-modiste pour élaborer ses créations. L'objet étant très réaliste, le garçon décide de le placer dans une baignoire remplie d'eau, et de voir de quelle façon les hommes de l'immeuble vont réagir...

Nous sommes dès le départ dans la confidence ce qui nous rend un peu complices du gag, évidemment. Reste que bien sûr, les hommes qui vivent sur les lieux vont se transformer en d'abominables voyeurs, et parmi eux le fait qu'il y ait un pasteur ne l'empêchera pas de vouloir soudoyer un témoin de ses turpitudes...

Maintenant, si je n'ai pas grand chose pour le prouver, il se pourrait que J. Stuart Blackton soit le metteur en scène de cette pochade: le garçon est joué par son fils, après tout...

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Published by François Massarelli - dans Vitagraph Muet
6 juin 2024 4 06 /06 /juin /2024 18:43

Les films de la Vitagraph, aux Etats-Unis, étaient connus pour leur tendance au slapstick échevelé, et en particulier dans un  genre de gags qui étaient hérités du cinéma burlesque français des premiers temps: des poursuites, donc, matinées d'une solide dose de violence. Cette intrigue, qui voit un prisonnier mettre son acharnement dans son évasion, n'échappe bien sûr pas à la règle...

Mais il aoute aussi de la déformation physique, et pas qu'un peu: c'est du reste le sujet du film. Afin de s'évader, l'homme va jouer sur diverses formes de transformation, entre l'aplatissement, la métamorphose en tas de brique, et même a transformation en boudin filiforme (aux couleurs d'un uniforme de prisonnier, évidemment) pour s'échapper d'un tonneau où il est enfermé...

C'est aussi drôle qu'absurde, et la façon dont les ressources cinématographiques ont été exploitées (animation, dont image par image, arrêt de caméra, etc...) nous rappelle qu'il fut un temps où chaque film pouvait inventer quelque chose de résolument nouveau dans le cinéma. On sait par ailleurs que les films de la Vitagraph pouvaient parfois être sous influence, notamment de Pathé. Mais celui-ci sera "copié" par Segundo de Chomon, justement pour la firme au coq, sous le titre de Pickpock ne craint pas les entraves, en 1909.

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Published by François Massarelli - dans Vitagraph Muet
24 février 2024 6 24 /02 /février /2024 19:09

J. Robert Orr (Sidney Drew), un célibataire particulièrement riche rencontre, alors qu'il se promène en ville, une infirmière (Jane Morrow) qui n'écoute que son devoir: un homme a eu un malaise dans la rue, et elle vole à son secours. Orr n'en revient pas et il se rend compte que la jeune femme l'obsède. En pleine partie de poker avec ses amis, il a une idée de génie: il feint une maladie soudaine... Transporté à l'hôpital où travaille la belle, il n'a qu'une obsession: qu'on lui apporte une infirmière! ...Mais on ne le confie jamais à la bonne.

C'est une petite comédie de la vénérable Vitagraph, l'une des premières compagnies à avoir emboîté le pas à Edison, et l'une des plus importantes en ce qui concerne le cinéma de comédie. Sidney Drew était justement spécialisé dans ce genre, et ce film de 13 minutes est un exemple fascinant d'une volonté de produire un cinéma de comédie, à l'écart du grotesque et du burlesque à la Sennett, mais avec un résultat profondément enthousiasmant. Son film est superbement structuré, et fort bien joué... Et il bénéficie d'un certain nombre de bonnes idées, qui rendent le tout très riche. Car on pourrait s'attendre à ce que le héros ne soit qu'un importun de plus, qui va se faire remettre en place par la belle dame de ses rêves dès qu'il la reverra mais le sepctateur est très vite au courant qu'en vérité l'infimière a elle aussi eu le coup de foudre lors de la rencontre...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Sidney Drew Vitagraph
24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 13:15

Nul ne sait qui est le metteur en scène de cette très courte comédie, même si le nom de J. Stuart Blackton a circulé. ce serait assez logique, puisqu'il était le principal metteur en scène à la Vitagraph. C'est essentiellement une comédie des premiers temps, qui repose autant sur le grotesque que sur un truc:

Un mendiant manchot se voit offrir une prothèse expérimentale de bras. Mais la chose n'en fait qu'à sa tête, étant facétieuse, et plus encore kleptomane... 

C'est amusant, même si le film qui à un moment montre le "héros" aux prises avec un usurier se vautre dans les stéréotypes antisémites en montrant le dit commerçant... Le cinéma ne s'est pas construit que sur du velours.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Vitagraph
13 mars 2022 7 13 /03 /mars /2022 13:34

Un naufrage envoie deux amants, Viola et Sebastian, sur deux points éloignés d'une île. L'un et l'autre vont essayer de se rejoindre mais Viola, la plus exposée, participe sous le déguisement d'un homme aux intrigues de la cour d'Ilyrie, où la princesse locale tombe amoureuse d'elle, n'ayant pas reconnu une femme sous son habit... 

La pièce est l'une des plus légères et exubérantes comédie de Shakespeare; par certains côtés, les points communs avec la Tempête sont troublants, mais l'atmosphère est clairement à la farce. Le ton adopté dans cette comédie Vitagraph rondement menée est idéal, et on voit que les Américains ici transposent avec talent le climat particulier de Shakespeare... Mais la comparaison de ces adaptations Vitagraph avec les Italiens tournent à l'avantage de ces derniers sur un point au moins: ici, les acteurs doivent gesticuler pour attirer l'attention, dans des compositions souvent surchargées... Les acteurs Italiens, eux, ont d'emblée toute l'attention de la caméra, et aucune distraction ne vient perturber le spectateur de ces films à l'ancienne...

le rôle de Malvolio, bouffonnerie numéro un dans la pièce, est ici interprété par Charles Kent, l'auteur du film: il s'est manifestement fait plaisir...

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Published by François Massarelli - dans Muet Shakespeare Comédie Vitagraph Edith Storey
31 août 2019 6 31 /08 /août /2019 16:33

Rien qu'en 1910, on compte trois adaptations importantes du roman de Harriet Beecher Stowe aux Etats-Unis, même si aucune ne survit intégralement aujourd'hui... Celle ci ne subsiste qu'à 40% environ, dans des fragments en 8 et 35 mm. On ne présente plus le vieux mélo de 1852, qui dans sa version théâtrale, a contribué grandement à mettre le feu aux poudres en 1860: le sort misérable des esclaves, l'arrière-fond Chrétien très fort, les bons et les mauvais maîtres, les profiteurs venus du Nord anti-esclavagiste pour profiter de la vente d'esclaves... Toute la panoplie, en fait, est passée dans la culture populaire d'un seul coup, ce qui explique que ce film Vitagraph de 1910 totalisait à l'origine 5 bobines...

On passera sur le racisme évident de l'histoire, car il convient quand même de rappeler que ce n'est pas parce que le roman était totalement pour l'abolition de l'esclavage, qu'il nous présentait le peuple noir sur un pied d'égalité. Donc une bonne proportion des esclaves du film sont joués par des blancs en blackface, et le film se vautre dans la facilité raciste, encouragé par le roman adapté: les noirs dans le film comme dans le roman, sont de vrais enfants, et si Tom est un peu plus humain, c'est parce qu'il a de la religion. Les "mulâtres" et autres métis, selon leur degré de blanchitude, sont généralement mieux considérés, et aussi plus désirables pour les femmes: c'est la loi du genre, on va donc être obligé d'accepter en bloc.

Dans la demeure des Shelby, de mauvais choix économiques ont conduit le père de famille à la ruine. C'est un maître bon, chez lequel vivent n paix des esclaves considérés. Deux d'entre eux vont être à l'origine du drame: car Shelby est obligé de faire appel à un affairiste, Haley, pour lui proposer le vente de deux de ses esclaves. Haley jette son dévolu sur Tom (Edwin Phillips), le vieil esclave le plus respecté de la propriété, et sur le fils "presque blanc" de Eliza, la gouvernante (Mary Fuller). Shelby étant obligé d'accepter, nous allons suivre le destin d'Eliza, qui préfère fuir avec son fils plutôt que d'en être séparée, et de Tom, qui sera vendu à un bon maître et développera une relation d'amitié touchante avec la fille mourante de ce dernier. Et en chemin, il y aura des larmes...

Les séquences qui restent sont celles des deux premières bobines, notamment la célèbre fuite d'Eliza à travers la rivière gelée, qui inspira tant le Griffith de Way Down East, mais aussi le passage qui voit Tom, favori de la petite Eva, assister en compagnie de ses nouveaux maîtres à la mort de la petite fille, puis être vendu de nouveau à l'infect Simon Legree, dont la plantation est surtout un endroit pour y satisfaire ses appétits sexuels et son sadisme! Le film se réfugie beaucoup derrière une terminologie et une gestuelle théâtrales pour faire passer la pilule, mais quand la gouvernante en place tente de contrer Simon Legree et de protéger les autres esclaves, si elle explique qu'elle a "un pouvoir sur lui" je pense que la vérité, sordide pour le spectateur de 1910 (A une époque où le mariage ou les relations sexuelles "entre les races" était puni par la loi de façon très dure en particulier dans les états du Sud). Mais nous ne pouvons évidemment regarder ce vénérable mais ô combien fautif objet antique de 1910, comme le prochain James Bond, cela va sans dire. 

Reste que, en fascinant les spectateurs une heure durant, ce film a du contribuer énormément à l'avancée du cinéma, et probablement aussi, en choisissant un spectacle aussi apprécié, et établi que ce roman, pour le faire accepter par les élites conservatrices, tout en flattant leur bon sens Chrétien... blanc.

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Published by François Massarelli - dans 1910 Muet ** Vitagraph Florence Turner
28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 09:28

Le cinéma muet Américain n'est pas particulièrement connu pour la tentation du merveilleux: pour un Thief of Bagdad, soit une oeuvre d'envergure, qui se plonge dans un merveilleux assumé, et qui ne tombe jamais dans le mauvais goût, combien de versions toutes plus laides les unes que les autres du Magicien d'Oz? Il y a quelques exceptions, dont bien sur The blue bird, de Maurice Tourneur, mais généralement les meilleurs films fantastiques sont plus gothiques (The phantom of the Opera, The man who laughs) que merveilleux.

Raison de plus pour s'attaquer à un film paradoxal, qui couvre un territoire inattendu pour les années 10, le glorieusement bizarre film que voici... une production Vitagraph, réalisée par Sidney Drew, un grand nom de la scène et du cinéma, qui a l'honneur d'être l'oncle des enfants Barrymore, oui oui: Ethel, Lionel et John. Rien de moins... Drew est aussi acteur, et joue dans ce film le second rôle, celui d'un médecin auquel quelque chose de peu banal arrive...

...Mais commençons par le début: dans une petite communauté de Floride, on annonce l'arrivée de Lillian Travers (Edith Storey), une jeune héritière qui a tout réglé chez elle plus vers le nord avant de rejoindre son fiancé le Dr Fred Cassadene (Sidney Drew). Le problème, c'est que ce dernier, sans pour autant être totalement responsable de la situation, a un succès non négligeable auprès de sa clientèle féminine, et Lillian en arrivant s'avise rapidement qu'il n'a que peu de temps pour elle, et qu'il est toujours accompagné d'une patiente ou de l'autre... Et elles sont entreprenantes.

Et c'est ici qu'intervient une relique du passé, une boîte qui contient un secret de la famille Ogglethorpe, les propriétaires de la maison qui héberge Lillian: cette boîte contient des graines, qui une fois absorbées changent le sexe d'une personne... Lillian, sceptique, essaie, et devient une nouvelle version d'elle-même. Plus forte, plus sûre d'elle-même, et franchement bien moins attirée par le bon docteur que par ses charmantes clientes...

Je viens de m'aviser que ma dernière phrase semble indiquer que le reste va être joyeusement pornographique! C'est vrai que ça aurait pu, tant le propos est clair: le film explore avec bonheur les frontières entre les sexes, et si Sidney Drew (Oui, le bon docteur pourra lui aussi faire l'expérience de la petite graine, bien sûr) en fait des tonnes lors de son changement d'identité sexuelle, Edith Storey est quand à elle fantastique, réussissant en permanence à caricaturer en subtilité les comportements masculins. C'est à mettre au crédit des auteurs, que d'avoir pensé à éviter le côté farce, ce qu'aurait probablement fait une comédie Pathé, en remplaçant un acteur par une actrice et réciproquement. Non, ici, le changement s'effectue en douceur, et pendant une bonne portion du film, Lillian Travers assume en effet sa nouvelle masculinité tout en restant une femme!

Mais le film, qui est drôle et impertinent, n'est pas pour autant un film lesbien militant, contrairement aux délires qui sont écrits sur lui depuis quelques décennies: juste une exploration rigolote et un peu osée des possibilités offertes par cette situation inédite. Et si l'équipe s'est bien amusée avec cette histoire hautement improbable, on constatera que d'une part la morale sera sauve (oui, ce sera bien un rêve!), d'autre part la Floride de 1914 maintient ses traditions: tous les domestiques sont noirs, et ce sont des acteurs blancs en blackface qui les jouent. Une explication à cela, et elle est navrante: c'est interdit à cette époque dans les états du Sud (Dont la Floride) de montrer à l'écran, ensemble, les noirs et les blancs. Les caricaturer, oui, mais les montrer, non... Donc le film s'exécute. Mais ce bémol n'enlève rien à l'audace gentiment foutraque de son scénario, et au jeu le plus souvent impeccable de ses acteurs et actrices.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1914 Sidney Drew Vitagraph ** Edith Storey