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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 16:21

Le ticket de Borzage pour le grand Hollywood, un film de prestige dans lequel on a laissé les coudées franches à celui qui s'est jusqu'à présent surtout illustré par des westerns, Humoresque fait partie de ces si nombreux films qu'on a cru longtemps perdus, jusqu'en 1986 à en croire Kevin Brownlow qui s'est penché sur ce film dans la cadre de son étude sur la peinture des communautés Juives Américaines dans le cinéma muet (L'un des chapitres de son merveilleux livre Behind the mask of innocence). Retrouvé, et désormais bien connu, il est bien sur un film important dans la carrière de Borzage, mais n'est finalement que ça. Il souffre un peu de la comparaison, tant avec ce qui le précède que ce qui le suit...

 

Le film distribué par Paramount mais produit par la Cosmopolitan est du à la volonté de William Randolph Hearst de travailler avec Borzage, mais c'est le metteur en scène qui a sélectionné l'histoire, sur des critères qui lui sont chers: il lui fallait une histoire humaine, pas trop sophistiquée. Il a bénéficié de la collaboration de Frances Marion, mais il a lui-même mis la nouvelle dans les mains de la scénariste. Le film raconte donc le parcours d'un enfant du ghetto qui deviendra un violoniste de renom, mais qui parti pour la guerre reviendra abimé, blessé au plus profond de son âme, et surtout incapable de jouer. il faudra tout l'amour qui le lie à sa fiancée pour le voir reprendre confiance.

 

Le metteur en scène a réservé la première demi-heure à l'enfance de Leon Kantor, le héros. On y retrouve ses parents, ses nombreux frères et soeurs, dont Mannie, né en plein exil de ses parents et qui en a gardé des séquelles mentales profondes. Il y a aussi Gina, la petite voisine dont Leon est amoureux. Le Lower east Side est montré à travers de courtes vues documentaires effectives, et qui seraient selon Borzage lui-même des images volées... mais l'essentiel du film a été tourné en studio. Une grande part est dédiée au cliché de l'amour maternel et la rivalité comique entre les parents, le père qui a soif de réussite, et la mère qui souhaite que l'un de ses enfants puissent suivre une voie artistique... La deuxième partie voit Leon, qui a réussi, donner des concerts, et offrir des conditions de vie plus décentes à ses parents. la guerre le rattrape, sans qu'une longue préparation du public ait été faite: elle tombe sur le jeune homme un peu comme ça, sans crier gare. Borzage, qui l'occultera plus tard en la rendant abstraites (Voir Lucky star, ou encore A farewell to arms), prend délibérément le parti de n'en rien montrer. le résultat devient bien conventionnel, et assez franchement expéditif...

 

Ce film est donc un mélodrame assez classique, et même trop: on se réjouissait de trouver dans les petits westerns du metteur en scène des épices secrètes, mais la liberté de ces films a été laissée de coté sur ce tournage, probablement très important pour le metteur en scène, dont des acteurs (Selon l'article de Brownlow) ont dit qu'il était tendu sur le plateau, irritable. Ce n'est pourtant pas la réputation qu'il aura par la suite... On se réjouit bien sur de le voir s'essayer au miracle, puisqu'il fait reposer la charge émotionnelle de son film sur le retour de la guerre, avec un Leon défait qui n'a plus le coeur à jouer de la musique. Le retournement de situation est soudain, inattendu, et miraculeux... C'est un grand moment, qui sera bien sur largement dépassé par les fabuleuses scènes d'épiphanies dans de si nombreux films ultérieurs, mais il fallait bien commencer. Un autre grand moment aussi, lorsque Leon joue pour son quartier, Borzage choisit de nous faire ressentir la musqie par le montage de quelques visages émus de vrais gens du Lower east Side, et place sa caméra derrière le public, marée humaine en silhouette, alors qu'au fond du plan, on aperçoit les musiciens. c'est non seulement très juste, mais ça nous renvoie à Gance, qui ajoutera bien sur de la fougue à sa foule chantant la Marseillaise dans son Napoléon.

 

Un peu trop mal à l'aise donc avec ce film qu'il lui fallait réussir pour exister, et pour accéder à la cour des grands, Borzage a donc fait un long métrage qui aujourd'hui possède des beautés, mais aussi des moments de convention et une certaine platitude. La première demi-heure, avec sa vie dans les quartier pauvres, est la plus intéressante. C'est ce qui fera d'ailleurs peur à Hearst et Zukor, qui se feront tirer l'oreille pour accepter de sortir le film. Il aura un grand succès, et permettra sans aucun doute à Borzage, qui restera indépendant jusqu'en 1925, d'accéder à la MGM, puis à la Fox, avec les conséquences que l'on sait.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Muet 1920 *
19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 18:36

Cendrillon est au coeur de l'oeuvre de Borzage. en 1976, dans un numéro spécial de Positif, jacques Segond explorait cet aspect de la flmographie du metteur en scène, relevant dans ce qui était à l'époque le corpus des films connus (Essentiellement la période 1927-1941, de Seventh Heaven à The mortal storm) les traces du conte de fées sur les films. Essentiellement, Borzage tend à raconter des histoires dans lesquelles on change un être, de fond en comble, aussi bien visuellement (Habillement) que dans son for intérieur. mais on l'a vu avec Nugget Jim's partner, le metteur en scène aime à ajouter une conséquence de ce premier changement, qui est que l'être changé va à son tour agir positivement sur son environnement. Cette variante est justement la base de ce beau film...

Dans un prologue, on apprend qu'un homme, Kirby, a été obligé d'en tuer un autrepour légitime défense, alors qu'il devait se rendre chez lui pour assister sa femme dans son accouchement, et que les hommes auxquels il s'adressait ont non seulement refusé de lui donner un cheval, mais l'ont également menacé. une fois chez lui, et alors que son épouse est morte, rattrappé par la police montée, il était prèt à collaborer, mais un quiproquo a fait que le "mountie" a cru qu'il avait pris la fuite. c'est désormais un homme traqué, entre le sud du Canada et le nord des Etats-Unis. Puis l'histoire continue avec l'arrivée dans un petit ranch du Montana, ou travaille une jeune fille, Margy (Pauline Starke). Celle-ci ne demande qu'à s'enfuir, mais au moment ou elle essaie de fuir la maison des gens qui l'exploitent, elle tombe nez à nez avec Kirby. Tout les deux s'échappent ensemble, et finalement se séparent, Kirby conseillant à la jeune femme de trouver refuge chez les Mounties, et la jeune fille mentant pour permettre à Kirby de partir. Margy, recueillie par la police montée, devient bien vite la mascotte du fort, et plait de plus en plus au policier qui, obsédé par la traque de Kirby, n'a pas dit son dernier mot...

Avec ce film, l'un de ses premiers longs métrages (5 bobines), Borzage fait déjà des merveilles en explorant avec passion des thèmes qui ne le quitteront plus. Il fait siennes les règles du mélodrame, qu'il ne transcende pas trop encore, et joue avec brio avec des fils narratifs qui n'en demandaient pas tant en 1917:  le film commence carrément par une digression, qui plus est celle-ci n'a rien de didactique. En faisant reposer le film sur ce prologue dédié à la saga de Kirby, qui disparait d'une grande portion du film ensuite, Borzage prend des risques, mais le résultat est passionnant. On est toujours dans ce western âpre, réaliste, et cruel des films de 1915-1916 mais le film saura faire prévaloir les sentiments.

Cendrillon, c'est donc Pauline Starke, qui est exploitée par des gens peu scrupuleux, et qui décide de s'enfuir. Le vêtement joue un grand rôle dans cette histoire, puisque pour s'enfuir, Margy doit se déguiser en garçon, puis le "mountie" lui conseille de s'habiller en fille, dans la mesure ou il ne peut pas la ramener comme cela, et enfin elle achève sa transformation par les vêtements en deux temps, en devenant au fort une jeune fille "comme il faut", puis quatre ans plus tard une femme. Le vêtement et son corollaire, le déshabillage, qu'on retrouvera souvent associé à la promiscuité amoureuse ou sexuelle (A man's castle, ou la résistance de Chico dans Seventh Heaven, voire l'embarras de l'homme dans Lucky star, face à celle qu'il croyait n'être qu'une enfant, et qui est en réalité une femme), jouent aussi un rôle lorsque la jeune fille en salopette s'éloigne du mountie, qui détourne les yeux, et profite du moment pour aller dire à Kirby de prendre le large.

La transformation de Pauline Starke passe également par la maturité de son personnage. il est à porter au crédit du metteur en scène comme de l'actrice d'avoir évité une caractérisation par trop dynamique, à la Mae marsh, telle que Griffith imaginait une adolescente... Mais bien sur, Margy va changer tout et tous. Elle sauve Kirby, donne un idéal à son Mountie préféré, et apporte la joie de vivre dans le fort...

Contrairement à Humoresque, Strange Cargo ou Seventh heaven, pas de miracle encore dans ce film, sinon dans le singulier hasard des rencontres, ressort éminemment mélodramatique. Mais par contre, Borzage insiste beaucoup sur le code d'honneur, celui des gens de la police montée, qui attrappent toujours leur homme, ce qui est après tout leur travail: un homme comme Borzage est sensible à cette valeur. Mais c'est aussi le code d'honneur de Kirby, qui n'a tué que contraint et forcé, mais qui va se rendre, afin de laisser la justice se faire. et le code d'honneur est enfin lié à Margy, qui doit à Kirby d'avoir vraiment pu s'enfuir. Elle fait tout pour ne pas trahir le secret de son ami: celui-ci se rend chez son fils tous les ans pour son anniversaire, se mattant ainsi en danger d'être cueilli par la police. Lors de la confrontation entre Kirby et celui qui le pourchasse, Margy se doit d'être là, comme elle était présente lors de leur dernière confrontation, au moment ou Margy a été recueillie par la police montée. pas de miracles, mais des liens entre les êtres, jamais anodins. Et un lien plus visible que les autres, c'est cette tache de sang qui orne le visage de Margy après qu'elle ait pris Kirby blessé dans ses bras, alors qu'ils se disaient adieu: la trace d'un lien, entre deux personnes, des marginaux, qui sont en fuite.

Le rendez-vous de Kirby avec son fils est une autre touche qui aura des suites dans les films de Borzage, avec ce rendez-vous onirique dans Seventh Heaven, l'heure à laquelle Chico et Diane se retrouvent intérieurement... Bien sur, chez le Borzage de 1917, le lien entre les êtres d'une même famille ou d'un même couple, est déjà sacré, et la parole donnée, une loi absolue...

Utilsant magnifiquement des décors désolés dans lesquels on reconnait plus facilement la Californie que le Canada, Borzage montre avec passion une histoire une fois de plus considéré a priori comme un western de plus, mais qui décidément annonce plus d'un feu d'artifice. Un film qu'on aimerait voir dans une copie digne de ce nom.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage 1917 Muet Western Thomas Ince *
18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 18:39

Après la noirceur austère du précédent film vu, le beau mais triste The pilgrim, quel bonheur de pouvoir se plonger dans un film plus solaire, et qui enfonce malgré tout le clou: Borzage s'intéresse aux sentiments, à leurs rapports avec l'âme, et s'acharne dès ces premiers films à raconter des histoires en ce sens. On dira beaucoup, en particulier dans les années 20 ou 30, que Borzage s'est souvent laissé séduire par l'approche du conte de fée, Cendrillon en tête... Mais ici, ce serait plutôt Blanche-Neige ou Bouton d'or: je m'explique.

 

Un jeune homme (Borzage), bon à rien, et constamment en nouba avec ses riches amis, est sommé par son père excédé de débarrasser le plancher après une nuit particulièrement arrosée. Il trouve refuge dans un train en partance pour l'Ouest. En Arizona, Nugget Jim, un chercheur d'or, vit dans une précarité compliquée par le fait que sa fille doit travailler au saloon, et s'en plaint de plus en plus. Il rentre chez lui, et là... tombe sur le jeune homme, littéralement tombé du train, se servant sans vergogne et mangeant comme quatre. Comme les sept nains, Nugget se méfie, et comme les trois ours face à Boucle d'Or, il est carrément hostile. Voyant que le vagabond n'est pas disposé à partir il lui met un tamis et une bêche dans les mains, et de fait les deux hommes deviennent partenaires... Quelques temps plus tard, Jimmy, le partenaire de Nugget Jim, va prendre du bon temps en ville, et voit Nugget avec sa fille (Anna Little). Il est scandalisé que le père ait laissé sa fille dans cet environnement, et prend les choses en mains...

 

Comme avec Lucky Star dans lequel Charles Farrell prend en mains Janet gaynor afin de faire d'elle une jeune femme bien alors que son environnement la pousse dans le caniveau, Nugget Jim en prenant Jimmy sous son aile va faire de lui un homme utile, moralement fiable, et un vrai partenaire, puis un ami. Comme dans les films ultérieurs, Borzage inverse ensuite la donne, Jimmy allant plus loin et prenant à son tour les rênes. C'est l'une des surprises subtiles de ce beau petit film, dépourvu de toute action, dans lequel Borzage laisse de la place au destin (Jimmy tombe dans la mine de Nugget, par un hasard extraordinaire; mais il TOMBE vraiment: on le voit dévaler une pente caillouteuse...) et au mélodrame (la lettre du père qui rompt le charme du trio à la fin, en lui proposant de revenir, afin de le pardonner); il se repose une fois de plus sur des acteurs et des techniciens qui sont son unité de production, et met la main su script. Il joue avec conviction, et refuse les artifices de l'action pour l'action. et son film touche au sublime lorsque Jimmy trouve un chatiment formidable contre son ami, afin de lui faire payer son inconséquence vis-à-vis de sa fille... Tout est cohérent, et ce film de 25 minutes passe en un éclair.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Muet Western
18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 10:13

Le neuvième film de Borzage est à nouveau un western en deux bobines, comme The pitch o'chance. Et comme cet autre film, celui-ci réussit à mettre en oeuvre une densité émotionnelle, la mise en perspective de personnages et de caractérisation, alors que le but affiché de ces westerns étaient de remplir la feuille de route du genre: de l'action, des chevauchées, des coups de feu...

 

Borzage y joue un "pélerin", au sens donné par John Wayne à ce mot dans The man who shot Liberty Valance: un homme de passage. c'est un ours, un homme taciturne, peu souriant, libre d'attaches, au vocabulaire limité (On le voie trois fois acquiescer d'un "Yep!" presque comique), qui même embauché dans un ranch par un propriétaire assez débonnaire, va quand même coucher dehors, la tête sur sa mule. Il arrive au ranch à peu près en même temps qu'une jeune femme de la ville, la fille du propriétaire (Anna Little). Celle-ci et Le pélerin vont se croiser, se côtoyer, et vite développer un mélange d'amitié et de fascination mutuelle. Il va changer, et tenter sa chance auprès d'elle, mais ele est déja fiancée, et on sent le regret qu'elle fait peser dans cette révélation.

 

Si Borzage joue à merveille le personnage de cet homme sauvage et violent, qui montre peu à peu toute son humanité, il a aussi réservé une grande place à Anna Little, à laquelle il offre des gros plans "en situation", contrairement à ceux d'un Grifith, tout en charge symbolique. Ici, ces images sont partie intégrante de la narration et de la caractérisation. Une fois de plus, un petit film par la taille, mais déja un grand pas en avant dans l'oeuvre de Borzage.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Muet Western
18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 09:50

The pitch o' chance est le premier film de Borzage, et compte tenu du fait que la plupart de ses films d'avant 1920 ont disparu, c'est une sacrée chance de pouvoir en disposer aujourd'hui, et dans une copie complète de surcroît. Ajoutons à cela le fait que le film a été distribué par Mutual, une compagnie qui s'est éteinte en 1919, suite au départ de sa plus grosse vedette, Chaplin bien sur: privés d'un toit, des archives d'une compagnie stable, c'est un miracle qu'on dispose encore de certains de ces films, qui plus est considérés à l'époque comme des produits de consommation courante. C'est que Frank Borzage acteur a fait ses classes chez Thomas Ince, le producteur qui fournissait beaucoup de westerns de qualité à une époque ou le western restait un sous-genre pas très glorieux.

 

C'est un film qui reflète une vision assez étrange du western, à la fois mythique et contemporaine: après tout, on peut imaginer que dans certains coins reculés des Etats-Unis, en 1915, ce type de vie précaire et proche de "la Frontière", cette mythique limite du monde connu, existait encore. Rocky (Borzage) est un joueur invétéré. Un jour, il joue une femme Kate, avec un truand, et remporte la mise, grâce à une autre femme qui, jalouse de Kate, a triché en la faveur du héros. Flanqué d'une femme certes sauvée des griffes du bandit, mais humiliée et avilie par la transaction, Rocky réalise bien vite sa faute et lui rend sa liberté, avant qu'une nouvelle confrontation entre les deux hommes ne lui permette de nouveau de conquérir, cette fois légitimement, le coeur de la jeune femme.

 

Le décor, fruste et souvent minable, des cabanes, saloons ou autres granges, trahit le coté temporaire, mais aussi les rudes conditions de ce monde en perpétuel mouvement. Le fait que le héros soit un joueur va évidemment dans ce sens, puisque Rocky, immature et cynique, avance en ne faisant que jouer, laissant au hasard le choix pour tout. Si le drame qui se joue est celui de la jeune femme, Borzage va s'ingénier à donner à son héros une transformation assez fascinante pour qui connait le reste de l'oeuvre du metteur en scène... C'est à la lumière d'un feu, alors qu'il se tient debout, que le jeune homme va faire le premier geste digne de son périple, en confiant à la femme qu'il a gagné au jeu ses armes, une première tentative de lui rendre sa liberté. Ensuite, incapable de se lancer dans un geste magnanime, il feint de trouver un nouveau prétexte de jeu pour lui rendre totalement son libre-arbitre: il lui propose de voir lequel d'entre eux arrivera le premier à la ville qu'ils ont quitté la veille. Une fois ce rétablissment d'humanité accordé à la jeune femme, Rocky va devenir la cible du bandit qu'il a humilié, et c'est la jeune femme qui va le sauver...

 

L'amour naissant dans les pires conditions, la cohabitation forcée, la transformation inattendue d'un être humain, tous ces thèmes apparaissent déja dans ce beau petit film, comme ils apparaitront plus tard dans Seventh Heaven, Lucky Star, A man's castle... Beaucoup de Borzage est déja dans ce premier effort en forme de petit western de rien du tout, avec ses cowboys sales et ivrognes, ses filles de saloon éprises du peu de dignité qui leur reste, et ses campagnes sans attrait. C'est une sacrée surprise, et ça ne donne qu'une seule envie: continuer à explorer l'oeuvre de ce géant du cinéma.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Muet Western
14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 18:15

Premier film de Langdon à dépasser les trois bobines, ce Saturday afternoon montre bien pourquoi l'équipe voulait étendre le champ d'action des film du comédien. Doté d'une épouse tellement acariâtre que sa belle-mère prend sa défense, Langdon a l'idée saugrenue de vouloir prendre du bon temps avec son copain Vernon Dent qui a justement rencontré deux jolies demoiselles... L'épouse du héros le croit tellement minable qu'elle le laisse partir sans discuter et le récupère, à la fin, distraitement.

Si on verra de bien meilleurs développements pour cette tentation de liberté impossible du mari enchaîné dans le merveilleusement bizarre The Chaser (1928) qui par bien des côtés est un remake ou une extension de Saturday afternoon, ce film permet au comédien de faire ce qu'il souhaitait: prendre son temps, et montrer l'étendue de son étrange talent en matière de pantomime... Les 27 minutes qui lui sont allouées lui permettent un festival formidable de réactions, de développements minutieux, et de cette capacité phénoménale à faire du sens rien qu'avec ses yeux...

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Published by François Massarelli - dans harry langdon Muet Comédie Mack Sennett 1926 **
14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 17:42

Le passage progressif au long métrage, qui n'était pas donné à tout comédien à l'époque, se fera pour Harry Langdon par le biais d'un alongement de ses films, un peu à la manière de Chaplin, qui avait commencer à expérimenter avec des trois bobines avant de se lancer dans The Kid. De fait, les derniers courts en deux bobines de Langdon, tous réalisés par Harry Edwards sur des idées de Capra et Ripley, comme si les têtes étaient déja ailleurs, tournent un peu en rond. Certains toutefois sont excellents. la plupart continuent à exploiter l'alchimie entre Langdon et son complice Vernon Dent, qui savait tout faire, et on retrouve souvent Natalie Kingston.

 

Plain clothes (1925) est une histoire invraisembleble, dans laquelle Harry est un policier infiltré malgré lui dans la famille d'escrocs de sa petite amie. Il fera le ménage, malgré lui aussi, et se conduira en héros. Par hasard.

 

Remember when (1925) est le meilleur de ces quatre films. Il conte l'histoire d'un vagabond, mais ce n'est pas du Chaplin, même si ce film de 1925 anticipe certains aspects de The circus: Harry a fui l'orphelinat étant enfant, lorsque sa petite amie en est partie. typiquement, 15 ans plus tard, il est toujours dans les environs... Il y vole des poules, avec une méthode particulièrement voyante. Il croise le chemin d'un cirqie qui l'engage parce qu'il a sans le vouloir des facultés pour l'acrobatie. Il ne sait pas que sous le déguisement de la femme à barbe, se cache son ancienne petite amie...

 

Lucky stars (1925) est franchement mal fichu, et la seconde partie se traine: Harry est un homme qui décide de ses conformer à la lettre à une prédiction qu'in lui a faite, ce qui ne lui apportera que des ennuis. L'ennui, c'ets ce qui se dégage d'une répétitive et statique partie consécre à un medecine show, avec vernon Dent en charlatan.

 

Fiddlesticks (1926) Pour son dernier court conservé, Langdon relève le niveau, avec une histoire de musicien tellement affligeant que son professeur lui a donné un diplôme pour se débarrasser de lui. Le contraste entre l'enthousiasme juvénile du contrebassiste Harry et les envies de meurtre du public est très drôle, surtout lorsque sa famille le jette dehors sans ménagement, et qu'il leur sourit, et leur dit: "C'est bien parce que c'est vous..." avant de s'en aller. Un film parfois Laurelien, avant la lettre...

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Published by François Massarelli - dans harry langdon Muet Mack Sennett
11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 09:49

Tout ayant été dit sur Sunrise, sa poésie, son art consommé de l'image, ses acteurs, que dire de plus? Le film a tellement été analysé, et paradoxalement, étant si imperméable à l'analyse (toute la littérature, intertitres, script, autour du film met systématiquement en valeur le coté intemporel et universel du problème présenté, et bien sûr les personnages interprétés par les acteurs ne sont pas dotés de noms (1) ), on se garde volontiers de s'aventurer sur ce terrain.

Par contre, le plaisir de le voir, y compris après 15 ou 20 visions, reste entier: depuis le début, marqué par un montage tellement de son époque, avec des vues subtilement déformées (ce plan ci-dessus, avec la jeune femme en maillot de bain à droite et ce paquebot à l'angle si aigu me renvoie immanquablement au graphisme publicitaire des années 30, et à Hergé, qui s'y est d'ailleurs illustré), on est capté par des images qui véhiculent des impressions. Et la planification impressionnante du film (Regardez la version Tchèque alternative, entièrement constituée de plans alternatifs: tout y est pourtant, à l'identique ou presque...) laisse quand même à voir une histoire si humaine, et si ressentie, qu'on se laisse totalement embarquer.

L'histoire, ou l'absence d'histoire, est la suivante: un paysan (George O'Brien) qui trompe sa femme (Janet Gaynor) avec une citadine (Margaret Livingston) se laisse persuader par celle-ci de supprimer l'épouse. Lors de la tentative de meurtre, il recule, et la jeune femme s'enfuit. Il la rattrape, ils sont en ville, et vont graduellement retrouver leur amour, et vivre une deuxième lune de miel...

C'est un film des plus visuels, bien sûr, avec ces effets incroyables amenés par Karl Struss, mais tout le fond ici vient de Murnau, de sa volonté visionnaire de créer un art visuel total, aidé par des techniciens hors pairs, et des acteurs tout entiers dévoués à sa cause. Comme en Allemagne, donc, sauf qu'ici, on me pardonnera cette platitude, il transcende son art en se trouvant aidé par des acteurs qui lui donnent tout, mais qui sont aussi, à leur façon, géniaux: George O'Brien au service de Ford, c'était encore une belle andouille, un cow-boy un peu matamore qui se retrouvait coincé entre sa petite taille et sa musculature impressionnante. On l'aime, mais Ford lui faisait par exemple quitter la scène dans Three bad men, pour laisser la parole aux trois bandits du titre, qui lui volaient la vedette. Ce que Murnau lui demande, c'est d'incarner des émotions, celles du doute, de la tentation du meurtre, sous couvert de la motivation de la luxure... Il a fallu littéralement lui donner des semelles de plomb pour cela, mais la performance lui appartient en plein, avec ce moment déchirant dans l'église, lorsqu'il réalise qu'il a failli tuer son épouse, et qu'il jette sa tête, en larmes, sur les genoux de Janet Gaynor...

Janet Gaynor, chez Frank Borzage, a incarné des personnages souvent plus ambigus qu'il n'y parait: on la classe dans les mêmes catégories que Lilian Gish, mais elle a la tentation de la prostitution dans Street Angel, des circonstances qui auraient pu l'y amener dans Seventh heaven, et le petit bout de jeune femme qu'elle incarne dans le sublime Lucky star a un petit coté garce, qui pourrait là encore dévier dangereusement. C'est donc avec Sunrise qu'elle trouve le rôle de sainte qu'on lui attribue le plus souvent. Mais le recours au beau visage de l'actrice, et la science de Murnau qui sait quoi demander à faire à un acteur ou une actrice, et qui lui donne des choses à faire et un environnement dans lequel faire vivre son personnage (ses fameux décors en trompe l'oeil, si importants dans les scènes d'exposition de ce film) permettent ici de trouver constamment le juste équilibre, et c'est non pas un type, une femme symbolique, mais une femme qui souffre, qui pardonne, qui aime, et qui revit. Elle est sublime.

Le film est brillamment construit, et tant pis pour l'historienne Lotte Eisner, si désireuse de taper sur Murnau, qu'elle met sur le compte du germanisme du metteur en scène le recours à l'humour dans une vingtaine de minutes du film: ces 20 minutes commencent lorsque le couple arrive à la ville, après que le jeune homme ait réussi à rattraper son épouse: ils sont dans une église ou un mariage a lieu. Tout ce qui suivra: danse, fête, vulgarité gentille, et autres ripailles, enfonce le clou de leur amour retrouvé, et ce sont de secondes noces. Du reste, la scène de l'église est certes empreinte de sacré, mais ils sont souvent, tous les deux, tendrement ridicules... Mais on les aime suffisamment pour supporter sans dommage que le film s'abaisse à montrer des détails aussi triviaux que l'anecdote du cochon saoul. De plus, on trouve aussi un écho de ce ridicule dans la danse paysanne qu'on leur fait interpréter: c'est de la part du public une façon de se moquer gentiment des deux amoureux, plus que de leur rendre hommage, tout en soulignant que leur identité de paysans est inscrite sur leurs visages...

Le film est bien sur entièrement dédié aux turbulences de l'amour, et la fin du film, paroxystique, scrute les visages, et utilise admirablement les ressources du village construit en studio. On a beaucoup glosé sur la fin parait-il plaquée, opposée aux intentions de Murnau et Mayer. Ils avaient carte blanche, ont fini par choisir cette fin, donnant au film un message sur l'amour universel. On peut râler, estimer que le noir Murnau ne pouvait se contenter de cela, rien n'y fera: le film nous apparaît complet et parfait précisément parce qu'il donne une résolution positive, et qu'il autorise les deux héros à se retrouver à la fin dans les bras l'un de l'autre, et c'est la grande force de Murnau, Janet Gaynor et George O'Brien de réussir à donner l'impression, alors qu'elle a été secourue à deux doigts de se noyer, et qu'elle est épuisée, que c'est encore son personnage à elle qui mène la barque, que le jeune homme s'en remet à elle, pour l'éternité, et que désormais il ne lui arrivera rien, parce qu'elle est là.

Oui, Sunrise est un beau film... Intemporel et magnifique.

(1) toutefois, les personnages de l'histoire d'Hermann Südermann adaptée par Carl Mayer, avaient, eux des noms: l'homme était Ansass, et la femme Indre. On ne s'en rendrait compte, en voyant le film, qu'en lisant sur les lèvres des acteurs, car dans la première version planifiée par Murnau, il comptait leur laisser leur identité avant de se raviser...

 

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Published by François Massarelli - dans Friedrich Wilhelm Murnau Muet 1927 **
10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 15:59

Go west fait partie des films les moins connus de Keaton, et bien qu'il ait clairement repris les rênes, après avoir été amené à tourner Seven Chances contre son gré, on ne s'en étonnera pas: non que le film soit mauvais, mais il souffre d'un début assez erratique. A moins que les intentions de Keaton n'aient été à la source de l'impression de ratage et de pédalage un peu lourd du début. En 1925, l'ombre de Chaplin est très forte, et le succès de The gold rush a beaucoup changé l'image du vagabond. beaucoup de commentateurs, tout en louant la capacité de Chaplin a tourner un film épique, se plaignent de voir que la facette excessivement sentimentale de l'auteur de The Kid ait pris le dessus sur la comédie. C'est exactement ce que Keaton a en tête au moment de faire ce film, et d'interpréter à son tour un vagabond dont le monde ne veut pas: il l'appelle Friendless... Un intertitre nous prévient: certains parcourent le monde en se faisant des amis. D'autres parcourent le monde.

Buster Keaton est donc un vagabond, qui cherche à améliorer ses conditions. la seule solution? Partir loin vers l'ouest. Au glamour du cow-boy, Keaton le cinéaste oppose une certaine forme de réalisme: des cow-boys, ce sont des garçons vachers, ils sont là pour travailler. Lui est donc engagé, mais sans surprise s'avère assez peu doué, jusqu'au moment ou une idylle se dessine entre lui et... une vache. Le titre Français sera d'ailleurs Ma vache et moi, afin d'enfoncer le clou. Mais là ou le film relève la tête, c'est lorsque le personnage de Keaton est utilisé par son patron pour sauver le ranch: il lui faut véhiculer le troupeau à Los Angeles afin de pouvoir faire face à ses créanciers, mais une attaque de bandits réduit ces espoirs à néant. Keaton prend alors le contrôle du train et des événements, et il faut le voir mener un troupeau de vaches dans les rues de Los Angeles... 

Keaton qui aime tant l'accumulation (Cops, Seven chances) est à la fête. Il invite d'ailleurs son père Joe (en client d'un salon de coiffure envahi par les bovins) et Roscoe Arbuckle à figurer parmi les victimes du stampede.. Pour le reste, tout en reconnaissant qu'un film même raté de Buster Keaton est toujours meilleur que bien d'autres productions, ce long métrage MGM tourné sur des bases douteuses (Il aurait fallu transcender la parodie...) montre Keaton un peu en panne...

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet 1925 **
10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 11:50

On connait mal l'oeuvre de King Vidor antérieure à The big parade. Ce dernier étant un classique, un film à l'aube d'une impressionnante carrière, on peut comprendre cette prépondérance. mais des copies de certains films plus anciens ont heureusement été retrouvées. Parmi les films ainsi redécouverts, on peut citer Bud's recruit, The jack-knife man, Peg o'my heart, ou le mélodrame Wild oranges qui préfigure beaucoup d'autres Vidor, et non des moindres. Love never dies est donc un autre de ces films des années de formation du grand metteur en scène, très précisément son huitième long métrage. Il a été produit par thomas Ince, et les copies disponibles ne sont pas complètes; il y a en particulier vers la fin des sautes de continuité qui sont assez embarrassantes...

 

John est un ingénieur dont l'avenir est sans doute tout tracé, mais sa mère est une prostituée, ce qui l'empêche d'avancer. Un jour, il rencontre Tilly, lui cache la vérité et se marie avec elle. Quand le père de Tilly apprend la vérité, il enlève sa fille. john croit que celle-ci l'a quitté, s'enfuit et se fait passer pour mort. Mais l'envie de revenir en arrière est trop forte...

 

On le voit, c'est du mélodrame patenté, et les invraismeblances et les coups de théâtres simplistes se succèdent à un certain rythme. le film a de la valeur, pourtant, au-delà de ses scories et de ses raccourcis incroyables (John! Ca alors! tu n'es donc pas mort dans le déraillement du train?? Viens donc prendre le thé à la maison!), par la façon dont Vidor oppose déjà à la succession d'évènements ahurissants des notations justes sur la sensibilité des personnages, comme ce moment durant lequel le héros rentre chez lui et ne trouve pas son épouse. Le vide de la maison est rendu par l'insert d'un chaton qui miaule ostensiblement, puis John s'effondre sur le lit, cherche sous l'oreiller de son épouse. il y trouve ce qui est probablement la chemise de nuit de la jeune femme, et la serre contre son coeur, intrusion intéressante d'une véritable sensualité. Le final du film voit Vidor filmer une poursuite sur l'eau, dans les rapides, avec chute d'eau et sauvetage in extremis, au plus près des corps, et le déraillement nocturne du train est lui aussi un beau moment du film, meilleur que celui de The road to yesterday de DeMille, en 1925... Oui, cette comparaison est franchement déloyale...

 

Vidor, en matière de mélo, fera évidemment mieux, en particulier dans Wild Oranges dans lequel il réduira le nombre de personnages et se reposera sur la tension érotique, et le suspense des situations. ci, c'est encore une commande honnête, mais terriblement conventionnelle.

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Published by François Massarelli - dans Muet King Vidor 1921 *