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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 16:20

Tout en proposant un grand spectacle roboratif typique de la pyrotechnie à laquelle nous a habitués Martin Scorsese, Casino a quelque chose de gênant: 4 ans après Goodfellas, avec le même scénariste, Nicholas Pileggi, et des acteurs qui reviennent (De Niro, Pesci), une voix off omniprésente, et un argument très proche (Grandeur et décadence du crime organisé), Casino ressemble justement un peu trop à Goodfellas...

En bon cinéphile, Martin Scorsese a vu et apprécié les oeuvres de Walsh, Ford et Hawks. il sait, en a souvent parlé, que Walsh ne s'est absolument pas gêné pour faire plusieurs fois le même film à la Warner, passant d'un genre à l'autre, de de High Sierra à Colorado territory, de The Strawberry Blonde à One sunday afternoon, ou encore de Objective Burma à Distant drums: on obtient sur les mêmes canevas des films qui parviennent à être sensiblement différents. Ford de son coté a donné avec Fort Apache, She wore a yellow ribbon et Rio Grande une trilogie dont l'unité de ton ne provient pas que d'un thème commun (la vie dans la cavalerie sur la Frontière), avec un John Wayne aux noms étrangement similaires (Kirby York, Kirby Yorke) bien que son personnage ne soit pas le même à chaque fois... Enfin Hawks a expérimenté de son côté dans le genre Westernien en faisant sur trois films des variations d'une grande délicatesse, qui en rendent la vision fascinante bien que les films ne soient pas d'égale valeur: Rio bravo, El Dorado et Rio Lobo. On voit ainsi comment trois maîtres ont non seulement accepté, mais même carrément cherché à se répéter, sur une période relativement courte à l'aune de leur carrière: Généralement  6 à 8 ans entre les films de Walsh, 3 ans en tout pour Ford, et 11 ans entre Rio Bravo et Rio Lobo.

Et Martin Scorsese? Lui aussi est un maître; et après tout, il a bien le droit de se répéter aussi. alors d'ou vient cette impression gênante? L'auto-citation, c'est bien, mais à ce stade-là, ça devient embarrassant. Casino, tout en situant le débat un cran au-dessus (au quotidien de Goodfellas, succèdent les ors et les pompes de Las Vegas, même s'ils sont en plastique grossier), dans une dimension vaguement opératique mise en valeur par la scène d'ouverture dans laquelle Robert de Niro fait exploser sa voiture, est en fait une redite brillante mais bien souvent stérile. Pileggi et Scorsese ont mélangé les cartes, essayé par endroits de se situer loin du modèle, mais les coutures, hélas, se voient. On est à l'age de la vidéo, et maintenant, non seulement le fan a lui aussi les répliques des stars en tête mais on constate que toute l'équipe a probablement vu et revu Goodfellas.

Alors bien sur, le film est bon, comment pourrait-il en être autrement? Avec une demi-heure en plus, la narration assurée par de Niro et Pesci, une Sharon Stone au sommet de sa forme, et le splendide mauvais goût de la garde-robe de De Niro, on ne pouvait pas se planter. Mais il y a quand même beaucoup de moments durant lesquels on a un sentiment de déjà-vu, sans pour autant qu'il y ait quelque chose de neuf. Si, peut-être qu'en 175 minutes, on a la possibilité de placer plus de grossièretés qu'en 145...

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Published by François Massarelli - dans Martin Scorsese
26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 11:13

Le propos de ce film n'a pas grand chose d'obscur. A quelques mois seulement de la grande normalisation, du retour à l'ordre représenté par le renforcement  par le Breen Office du code de production, jusqu'alors gentiment ignoré par tous les studios, la Paramount s'offre un dernier tour de chauffe, un baroud d'honneur... Inspiré peut-être par les débordements d'un DeMille, qui y restera de sa fondation jusqu'en 1923, avant d'y revenir en 1931, le studio est sans doute le plus déluré des majors, comme en témoignent un certain nombre de films de cette époque "pré-code" (Blonde venus, Sign of the cross, Search for beauty...) qui font exploser les limites du bon goût en matière de représentation de la sexualité. Pas grand chose de salace pourtant dans le thème de Murder at the Vanities; au contraire, il s'agit plutôt pour le studio de jouer avec les contraintes et les limites formelle de la représentation d'un spectacle, bref, de tenter de faire concurrence à la Warner et à Busby Berkeley.

La forme, donc.

Un metteur en scène qui fut un ancien décorateur et costumier (Pour DeMille, en l'occurrence), c'est probablement idéal pour un film comme celui-ci. Les Vanities, c'est d'abord un spectacle de revue qui prend prétexte d'un certain nombre de chansons et numéros pour exposer de maintes façons le corps féminin de dizaines de danseuses... le film suit donc la revue pendant 90 minutes, alternant les scènes de comédie policière rehaussée d'interludes et de dialogues de comédie (Victor McLaglen mène l'enquête et Joack Oakie est responsable du show), et les scènes de spectacle, toutes entières dédiées à un dénudage systématique, à peine contenu par quelques occasionnels grammes de mousseline.

...Les formes donc.

L'histoire tient sur un timbre poste: un ténor, l'insupportable Carl Brisson, qu'on aime mieux en muet dans les films d'Hitchcock de 1927 à 1929, a un lourd secret, et on le fait chanter. Du coup, les cadavres de jolies filles s'amoncellent en coulisses du spectacle.

Musicalement, l'intérêt principal reste l'apparition durant deux minutes magiques de l'orchestre de Duke Ellington pour un Ebony Rhapsody hélas vite gâché. sinon, Leisen s'acquitte de sa mission principale en luxueux plans qui lentement nous dévoilent toutes les filles de la troupe; ça bouge juste ce qu'il faut pour briser la monotonie... Pour le reste, le film est plus l'objet de curiosité, témoin d'une époque comme aucune autre dans le cinéma Américain. Quant à Busby Berkeley, il n'avait aucun souci à se faire.

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Musical Danse
24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 17:06

Retour en arrière? oui, forcément, et par quatre aspects. D'une part, la presse Américaine est un sujet déjà abordé et ce avec une verve impressionnante dans Ace in the hole, en 1951... Ensuite, après deux films en Europe, Wilder retourne en Amérique, et fait comme si, décidément, la nouvelle vague et les nouvelles façons de mettre en scène (Taxi driver, French Connection?) n'avaient pas eu lieu. Il n'y a rien pour distinguer la mise en scène de ce nouveau film de la manière maniaque et rigoureuse qui gouvernait déjà les films de Wilder des années 60, ou 50. Puis, bien sur, le fait est qu'il s'agit d'un remake non pas d'un classique, mais de deux: The Front Page, de Lewis Milestone, 1931, et His girl friday, de Howard Hawks, en 1940... Enfin, Wilder revient à un style dans lequel il ne s'est pas vraiment illustré, celui du film pré-code, mais qu'il aborde avec la même gourmandise intellectuelle que celle qui lui a permis de se mettre dans la peau d'un Américain de 1929 pour Some like it hot: ici, il y aura donc ce fameux argot au débit de mitraillette, qui fait encore aujourd'hui le charme de certains films tournés entre 1930 et 1934, et comme pour appuyer cet hommage discret, il donne à la fin du film un tout petit rôle au vétéran Allen Jenkins, souvent présent dans les films Warner de l'époque (Jimmy the gent, I am a fugitive from a chain gang, par exemple...) dont il était presque un élément ethnique avec son accent New-Yorkais. Mais en matière de langage, Wilder sait désormais pouvoir appeler un chat un chat, et avec Matthau et Lemmon aux commandes, le verbe est haut, souvent coloré, et bien sur riche en gags...

L'histoire de The front page, c'est celle de Hildy Johnson (Lemmon), journaliste vedette du journal dont Walter Burns (Matthau) est le rédacteur en chef: Johnson veut se marier (Avec Susan Sarandon), et Burns veut conserver son atout majeur, à tout prix. C'est, en plus, le moment de faire monter la pression, puisque à Chicago, une exécution se prépare... le "couple" Lemmon - Matthau ne joue jamais aussi bien que lorsqu'ils ne jouent pas ensemble, mais en antagonistes. Avec les coups fourrés de Burns pour retenir Johnson, on est évidemment servis. mais si Wilder et Diamond ont respecté la pièce, dans l'ensemble, et rendu hommage explicitement aux deux films qui ont précédé celui-ci, ils ont quand même adapté à leur façon l'intrigue, et ont plus sorti Burns de sa rédaction que les deux films précédents. Du coup, après le net ralentissement des deux films précédents, The front page revient à la folie, tout comme il revient d'ailleurs à Lemmon et Matthau. rendons leur d'ailleurs justice: ils restent bien le principal atout du film...

 

Fidèle à sa manière, le metteur en scène a rendu donc de discrets hommages aux deux autres films adaptés de la pièce de Hecht et McArthur: dans le cinéma ou travaille Peggy, la fiancée de Hildy (Elle est organiste), une affiche bien en vue: celle de All quiet on the Western Front (1930), de Lewis Milestone, qui tournera ensuite la première adaptation de la pièce. Sinon, alors que Peggy va pratiquement renoncer à partir aux cotés de Hildy, on voit les deux hommes, presque amoureusement enlacés, Lemmon à la machine à écrire, Burns qui lui souffle des idées, et on pense au couple formé par Rosalind Russell et Cary Grant dans les mêmes rôles dans le film de Hawks... Sinon, les allusions variées à la culture de l'époque, très bien mises en valeur par une reconstitution toujours aussi belle, et une auto-allusion, via Some like it hot, au massacre de la St-Valentin, achèvent de rendre ce film assez honnête, mais pas vraiment indispensable, un aimable passage dans la carrière de Wilder. M'est avis que celle-ci touche à sa fin, d'ailleurs, mais ce qu'on peut dire de cet unique film tourné pour la Universal (Oui, Wilder a enfin tourné définitivement la page des Mirisch et de la United artists...) c'est que si on ne peut que se réjouir de voir Wilder s'attaquer de nouveau à la presse, le film n'apporte pas grand chose de nouveau, et le fait qu'il le fasse à travers ce classique filmé et re-filmé rendrait même l'intention gênante. N'y voyons pas non plus un réquisitoire contre la peine de mort, puisque le film date de l'époque bénie durant laquelle les Etats-unis, aidés par une clairvoyante cour suprême et une préoccupation de l'exécutif de plus en plus tourné vers le Vietnam, avaient enfin, et pour neuf ans seulement, arrêtés d'assassiner les gens de façon légale. De plus, en parlant d'époque bénie, on peut aussi remarquer que pour une fois, Wilder se plie à une mode du cinéma mondial, puisque à la même période, les retours en arrière (vers les années 20 ou 10 principalement) étaient nombreux dans le cinéma: The Sting de George roy Hill, Valentino de Ken russell, The magnificent Gatsby de Jack Clayton... Alors ne boudons pas notre plaisir, la prochaine fois qu'on retrouvera Wilder, Lemmon et Matthau, ce sera pour Buddy Buddy, un autre remake. Une autre paire de manches, c'est moi qui vous le dis...

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder Comédie
23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 13:54

Il est des films de Keaton qui savent avantageusement se contenter d'être un spectacle. Certains ne vont pas très loin, voire sont dispensables, tant parmi les courts que parmi les longs métrages: on ne fera pas grand cas de College, par exemple. D'autres films brillent d'un exceptionnel éclat comique... Mais il y a eu, à une certaine époque, chez Benayoun par exemple, une tendance à vouloir faire de Keaton un homme aux vertus abstraites et philosophiques d'une phénoménale profondeur. Certaines critiques renvoient à Beckett, et d'autres font du comédien un intellectuel qu'il n'était pas, et se défendait bien de vouloir être. Il était parfois amusé, parfois agacé par de telles assertions, mettant l'étrange vision du monde que ses films présentaient sur le seul compte de son humour et de son envie de gags: promis, juré, il n'y avait dans ses films que du burlesque pur... D'une part, ils disent tous ça, comme Ford qui jurait ses grands dieux que My darling clementine n'est qu'une histoire au premier degré. Et pourtant compte tenu de l'éducation tronquée de Buster, qui s'est entièrement située sur les planches, enfant de la balle à 200%, on ne peut qu'être d'accord avec lui. D'autre part, si Buster Keaton n'aurait jamais accepté qu'on le soupçonne d'être un humoriste à vocation philosophique, ses films dépassent parfois de façon troublante le manque de prétention affiché: Hard luck traitait ouvertement de suicide. De nombreux films offrent un commentaire sardonique sur le mariage (One week, The boat, mais aussi l'étrange final de College, du pur Keaton dans un film hybride). Et puis il y a Cops, un film mûrement réfléchi, radical, assumé et parfait.

Buster derrière les barreaux, Virginia Fox de l'autre côté: le plan tire parti d'une façon nouvelle du beau visage de pierre de Buster Keaton, auquel pour une fois on se doit d'attribuer un sens émotionnel... C'est en fait un plan en trompe-l'oeil qui ouvre le film, puisque la caméra nous révèle ensuite que le jeune homme est en réalité à la grille de la propriété des parents de la jeune femme; celle-ci vient, afin de pouvoir lui promettre d'accepter un jour ses avances, de le mettre en demeure de devenir un grand businessman... C'est peu de dire que Keaton a souvent donné à Virginia Fox des rôles désagréables, contrairement à Sybil Seely dont il faisait souvent sa complice (One Week, The boat, dans lequel ils ont même des enfants!!). Fox, ici, représente un idéal impossible, et elle se place d'ailleurs même en accusatrice dans les scènes ultérieures... quoi qu'il en soit, Buster aveuglé par l'amour décide de donner vie à son rêve, en subtilisant une somme d'argent trouvée par terre (Et qui appartient à l'origine à Joe Roberts, pour une courte mais incisive apparition) et en l'utilisant à bon escient. Un escroc qui a flairé l'innocence naïve lui vend des meubles placés sur le trottoir par une famille qui déménage et attend un transporteur. Buster ajoute à ces meubles une carriole tirée par un cheval récalcitrant, et se met en route, persuadé que sa bonne affaire va lui permettre de conquérir le coeur de Virginia...

Quelques gags bien sentis colorent de burlesque cette équipée étrange; l'un d'entre eux est très annonciateur: doté d'un bras amovible (un ressort auquel est attaché un gant de boxe) afin d'indiquer aux véhicules derrière lui qu'il tourne, Buster met un policier K. O. C'est justement, dans la ville dont le père de Virginia est le maire, le jour de la parade des forces de police: des dizaines, des centaines de représentants des forces de l'ordre sont rassemblés; tout le monde les acclame, et au milieu, Buster prend brièvement les applaudissements pour lui. Les officiels qui l'ont aperçu, parmi lesquels le maire et sa fille, le pointent du doigt: il n'a rien à faire là! Pourtant, à ce stade, il n'a encore pas fait grand chose, à part peut-être perturber la parade... Non, le rejet de sa personne s'effectue a priori, comme si Keaton voulait nous prouver qu'il n'avait, auprès de Virginia comme de la bonne société, aucune chance dès le départ...

Un anarchiste qui souhaite manifestement s'en prendre aux forces de l'ordre, il est vrai rassemblées un peu opportunément, jette une bombe, celle-ci arrive entre les mains de Buster qui s'en sert pour allumer une cigarette, puis la jette négligemment sans se rendre compte de ce que c'était réellement: forcément, elle explose. L'enchaînement est logique, ce qui nous permet  a) de constater que Buster Keaton n'est absolument pour rien dans ce qui arrive et b) de comprendre qu'il est cuit, puisqu'il a effectivement jeté la bombe, et ce devant témoins.

Le reste du film est un déchaînement hilarant de gags, de poursuites, de plans subtilement composés de Buster poursuivi littéralement par des centaines de policiers en uniforme... Le goût pour les plans ultra-économiques, qui résument en une image et quelques secondes une situation (Voir par exemple cette utilisation d'un pâté de maisons en arête, dont les deux trottoirs situés de part et d'autre nous permettent de voir deux meutes de pandores à la poursuite de Keaton), un talent ici combiné avec des situations à la mécanique de précision diabolique, le plus souvent filmé à une distance parfaite (L'échelle en équilibre sur une palissade, Buster caché dans un coffre au milieu des décombres, cerné par des dizaines de flics...), bref, tout concourt à rendre ce film inoubliable.

La fin est célèbre, avec sa morale narquoise: réfugié... dans un poste de police, Buster a attiré derrière lui tout ce que la ville compte en matière de policiers, et sort du poste, déguisé avec le plus bel uniforme qu'il ait pu trouver, puis ferme la porte à clé afin de contenir les fauves; Symboliquement libéré de tout ennui, il voit Virginia, qui passe son chemin. le héros retourne à la porte, l'ouvre, et laisse les policiers se saisir de lui... Fondu au noir: le mot fin est écrit sur une pierre tombale sans aucune mention de l'identité de l'infortuné défunt, mais le chapeau reconnaissable qui y est accroché ne laisse aucun doute.

Bien sur, le plan en trompe-l'oeil du début était sans équivoque non plus: on pouvait bien le croire coupable, comme tout le reste de l'humanité semble-t-il dans The goat, le précédent film paranoïaque de Keaton. Lloyd reprendra d'ailleurs cette idée en l'adaptant, et en la poussant techniquement un peu plus loin, avec un travelling arrière comme révélateur de la supercherie, dans Safety last, en 1923. Mais ici, Buster Keaton a un message à faire passer, avec cette vision fugitive d'un homme potentiellement coupable, cet affreux concours de circonstances qui le rend ennemi public numéro 1, cette paranoïa galopante d'un homme poursuivi par des dizaines de policiers en uniforme, qui en veulent à sa peau, et qui d'ailleurs auront raison de lui dans un final glaçant. Hitchcock lui-même n'a jamais été aussi loin dans la paranoïa anti-policière...

En 1921, le mentor de Buster Keaton, et par ailleurs son meilleur ami, Roscoe Arbuckle, était l'un des rois de Hollywood; bon vivant, il avait l'habitude d'organiser de fêtes qui faisaient un peu jaser par leurs débordements. Au cours d'une de ces fêtes, Virginia Rappe, aspirante actrice, est morte. Immédiatement considéré comme le meurtrier, proclamé violeur, Arbuckle a été paré de tous les vices. William Randolph Hearst, propriétaire local de presse bien connu des cinéphiles, était semble-t-il décidé à exploiter l'affaire, tant qu'on croirait Arbuckle coupable. Le, ou plutôt les procès car il y aura des appels, ont tous conclu à l'innocence d'Arbuckle. Non seulement aucune excuse ne lui sera fournie de la part de ses détracteurs, mais cette affaire a signé l'arrêt de la carrière triomphale du comédien, jusqu'alors en contrat avec la prestigieuse Paramount. Il lui fallait désormais trouver un pseudonyme afin de pouvoir mettre ne scène des films pour le compte d'autres, et pas pour les plus grands studios; jusqu'au bout, à sa mort en 1933, Arbuckle était désormais un homme brisé, reconnu innocent, mais symboliquement coupable de la saleté qu'on s'est plu à lui attribuer. Keaton est resté, à ce sujet, en colère jusqu'à son dernier souffle.

Non, Cops, comédie sublime sur un destin horrible, n'est absolument pas un film gratuit. C'est aussi un chef d'oeuvre burlesque.

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet
23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 13:26

Non, Arbuckle, vedette chez Sennett dès les années Keystone, et ce dès les premiers temps héroïques, n'est pas que l'homme du fameux scandale, ni le mentor des premières années de Keaton au cinéma. Plus que rondouillard, doté d'un sens de l'humour méchant et d'un timing ravageur, il promène sa silhouette dans une impressionnante série de courts métrages aux prétentions ouvertement et outrageusement boulevardières...

 

Fatty joins the force (George Nichols, 1913)

A flirt's mistake (George Nichols, 1914)

Ces deux exemples des films d'Atbuckle, encore un peu crus, nous montrent un comédien dont le maquillage n'accentue pas encore le côté poupin, et il est intéressant de noter qu'il a de fait l'air plus jeune dans les films ultérieurs, en particulier les films de 1917 à 1919 avec Keaton et St-John... Le comédien est aux prises avec des gens et des enfants qui l'empêchent d'accomplir son devoir, dans Fatty joins the force , ou il est un policier pourtant valeureux. Dans A flirt's mistake, il joue un rôle dont il lui restera souvent des séquelles, puisqu'il joue un homme marié qui saute sur toutes les femmes qui passent, et sur un rajah un peu remonté (Tous les hommes du coin le draguent à cause de son accoutrement). Bien construites, les deux comédies sont un paradoxe flagrant: Arbucle a beau se vautrer dans la vulgarité, avec délectation, voire militantisme, on ne peut s'empêcher de noter que même dans le comique gras, il y a une certaine noblesse...

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Published by François Massarelli - dans Muet Mack Sennett Roscoe Arbuckle
20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 14:46

Ce court métrage est le premier réalisé par Keaton seul. Et dès le départ, on se demande un peu ce qu"'il se passe. Bien sur, on est habitué des débuts inattendus, en trompe l'oeil, des films du comédien, mais là, rien ne nous a préparé à ce que nous voyons: un film qui nous raconte, de façon directe, et sans fards, un tour de cochon joué aux Indiens, qui sont dépossédés de leurs terre par un groupe pétrolier sans scrupules; Ici, pas de gag, juste une narration directe et dramatique. mais il faut tout simplement se pencher sur le reste de l'oeuvre, et constater que dans Our hospitality et The General notamment, Keaton qui admirait Griffith a tourné des morceaux de ses films d'une façon aussi frton,tale, sans passer par la case comédie. après tout, son premier long métrage en 1923 pastichera Intolerance de façon tendre...

 

En attendant, Keaton fait son apparition dans ce film à un très mauvais moment: il se rend sur une réserve Indienne (le chef étant interprété par Joe Roberts, on est rassurés, et on sait qu'on n'a plus qu'à attendre l'arrivée du comédien en chef), alors même que la tribu qui n'apprécie pas les manières des blancs est décidé à tuer le premier intrus venu... Bien que venu pour chasser le papillon, Buster va avoir des ennuis, c'est sur....

 

TPFUn petit film donc, assez peu porté sur l'absurde, pas aussi poétique ni noir que le précédent, mais suffisamment doté de gags mémorables et de petites cascades rigolotes pour qu'on ait envie d'y revenir... Il y aussi, en plus d'un étrange début au premier degré, une fin absurde qui fait bien plaisir. Et puis peut-être que Buster avait autre chose en tête, en cette difficile période pour son meilleur ami Roscoe Arbuckle? On y reviendra, et Buster Keaton aussi. Un dernier mot: un plan de ce film anticipe sur une fameuse scène de the Iron Horse, de Ford: Buster a tourné en effet une séquence qui fait intervenir un paysage assez spectaculaire, marqué par une faille entre deux rochers: c'est ce même endroit qui verra George O'Brien subir l'attaque d'un traitre dans le grand western de Ford, deux ans plus tard.

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet
20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 14:32

Avec Feet of mud, on est de nouveau confronté à un film hybride, après la belle réussite de All night long. Et là, on sent les coutures, le film est divisé en trois périodes distinctes, dont la jonction ne s'opère pas toujours bien: dans un premier temps, on assiste à un match de football, dont Harry est, par inadvertance, la vedette. Cela lui ouvre des portes, et le riche père de sa petite amie (Natalie Kingston) lui promet un travail... qui s'avère être un cadeau empoisonné, puisqu'il doit nettoyer les rues, tel Chaplin dans City lights. La deuxième partie le voit donc dans ce nouveau travail, et la troisième partie concerne le passage de Harry par Chinatown, en pleine guerre des gangs. Natalie est enlevée, et un Harry plus ou moins héroïque sauve sa petite amie...

Inévitablement, on trouve dans le film une foule de gags liés à l'opium, mais également quelques clichés bien assumés sur les Asiatiques, leurs mystères et leurs étranges coutumes, qui remplissent un petit film qui n'a pas grand chose de révolutionnaire à proposer, mais qui au moins expédie les affaires courantes...

 

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Published by François Massarelli - dans harry langdon Muet Mack Sennett
20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 14:03

 

Dernier des films de Hawks avant l'instauration par le Breen Office du "cesser de rigoler" (Le renforcement du code de production qui passe par une auto-censure impossible à échapper, fini de se lâcher!), ce film est une belle préfiguration de l'arrivée d'un nouveau genre. Twentieth century partage avec It happened one night, de Capra, sorti la même année, la réputation d'être à la base d'un genre nouveau, la "screwball comedy", ou comédie loufoque, dont Hawks lui-même, mais aussi Leo McCarey, Preston Sturges, Gregory La Cava écriront de bien belles pages...

Au départ, il y a une pièce de Ben Hecht et Charles McArthur, les auteurs de The Front page... Ils se sont également chargés du script, et le résultat a échoué dans les mains de Hawks, qui n'était pas le premier choix. Il semble que le film ait été prévu pour Roy Del Ruth, qui était un vétéran de chez Sennett, mais dont le style paresseux aurait probablement tout fait rater. La Columbia a donc, avec bonheur, confié la mission à quelqu'un qui n'avait fait de la comédie qu'en quasi-contrebande, mais le résultat, et la carrière qui s'ensuit, prouvent que ça devait arriver un jour de toute façon. Le ton, les échanges à la mitraillette écrit par Hecht et McArthur conviennent à merveille au style direct de Hawks. John Barrymore, en panne de splendeur, a accepté de se livrer à une salutaire auto-parodie, en Oscar Jaffe, un producteur de théâtre autocratique qui découvre une jeune femme (Mildred Plotka) interprétée par Carole Lombard, en fait une star (Lily Garland), et doit ensuite lui courir après, essayant en particulier de lui faire signer un contrat d'exclusivité dans un train, le Twentieth Century Limited, alors que la belle souhaite voler de ses propres ailes.

Les coups bas de Barrymore dans le film, qui s'auto-caricature avec délectation, revoient directement à Svengali et The mad genius, et le film de Mayo et le roman de Du Maurier sont d'ailleurs cités avec gourmandise à plusieurs reprises, soit lorsqu'on compare Lilly Garland avec Trilby, soit lorsque Jaffe lui-même se compare à Svengali; il a même une allusion à l'autre Barrymore, Lionel, à travers une courte mais réjouissante imitation de son rôle dans Sadie Thompson! Les références troublantes à l'alcoolisme du grand homme de théâtre, ainsi qu'à une carrière en chute libre, sont assumées et par l'acteur et par la mise en scène, d'une façon courageuse, et un brin sadique...

Et il y la loufoquerie globale de ce train dans lequel un petit vieux échappé d'un asile, qui distribue des chèques en bois et colle des auto-collants apocalyptiques inspirés par sa religion baptiste partout! un film dans lequel le monde entier tourne autour de deux égo-maniaques accompagnés de leur suite: Walter Connolly en assistant viré quotidiennement par son patron, Roscoe Karns en autre assistant qui porte haut l'alcoolisme que son patron se refuse, et Dale Fuller en camériste avec un dos particulièrement solide...

Mais l'essentiel, dans ce film volontairement surjoué par des égocentriques coupés des réalités, c'est bien sur la drôlerie globale du projet, moins réjouissant peut-être que Bringing up baby, dont la loufoquerie particulière ne pouvait être obtenue que par l'alliage entre Hepburn et Grant, Twentieth Century était en tout cas une excellente façon de démarrer une carrière de metteur en scène de comédie. Et pour Barrymore et Lombard, géniaux y compris dans l'excès, de confirmer ce qu'on savait déjà, c'étaient de sacrés monstres, des monstres sacrés!

 

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Published by François Massarelli - dans Howard Hawks Comédie Pre-code
17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 10:50

Avec Harry Langdon, Sennett a donc enfin trouvé un artiste qui est absolument insoluble dans le type d'humour favorisé par sa compagnie... et All night long est un bon exemple de cet état de fait. Capra datait à peu près de ce film, il est vrai classique, l'invention du personnage de Langdon, qu'il s'attribuait à 100%. Bon, sachant qu'il ne travaillait pas encore pour Sennett à l'époque, on sait quoi faire d'une telle affirmation... Non, la réussite de All night long est attribuable à deux hommes: d'une part, le réalisateur Harry Edwards, qui a su faire avec les moyens du bord et avec un patron attaché à "son" style, un film étonnant qui est beau à voir, particulièrement astucieux dans son déroulement (il y a un flashback très bien mené) et constamment drôle.

Sinon, l'autre Harry bien sur, Langdon lui-même, qui imprime ici par la seule grâce de son jeu étonnant une lenteur doucereuse, qui sied parfaitement au burlesque de l'évocation de la guerre, provoquant un choc permanent entre le monde et Harry: deux hommes se rencontrent dans un cinéma; ils se connaissent depuis qu'ils ont été en France durant la guerre, ou Harry était un soldat de deuxième classe inepte, et Vernon Dent son sergent. Courant après la même fille, Nanette (Natalie Kingston, qu'on reverra), Harry l'a séduite précisément par son coté lunaire... Ils sont d'ailleurs mariés. Vernon a une sérieuse dent contre son ancien camarade...

Belle réussite que ce film, souvent montré, le plus célèbre sans doute des courts Keystone de Langdon. Rempli de touches typiques: la vision d'une immense pile de pommes de terre, suivie de l'apparition du soldat Harry Langdon en train de les éplucher. il fait une pause, regarde la pile, puis son seau dans lequel on compte... trois tubercules; une série de scènes de bataille, très bien réalisées, pleine de gags qui jouent sur l'obscurité, etc...

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Published by François Massarelli - dans harry langdon Muet Mack Sennett
17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 10:20

Le dixième film Essanay de Chaplin le voit, et ce dès le départ, installer une ambiance bien particulière par la seule grâce de la présence de son personnage. On sait dès les premières minutes qui le voient tranquillement arriver sur son lieu de travail, la banque du titre, en se livrant à un petit nombre de gestes idiosyncratiques qui ne le quitteront plus, quelque soit la raison sociale de son personnage. Et il se paie le luxe d'un petit gag gentiment absurde, sorte de petit trait d'esprit plus que gros gag qui tâche: le moustachu qu'on est tant habitué à voir en clochard entre dans la banque, va dans la salle des coffres, en ouvre un... et en sort son costume de concierge (trop grand bien sûr) et son nécessaire de nettoyage.

Il y a un autre concierge (Billy Armstrong), qui développe un peu, mais pas trop longtemps, une interaction avec Chaplin. La première bobine permet à Chaplin de faire ses gammes et le voit semer la panique dans la banque en utilisant son balai comme un manche. Mais l'essentiel du film concerne une bluette, ou plutôt deux. d'une part, Edna, la secrétaire, est amoureuse de Charles (Carl Stockdale), le caissier, qui le lui rend bien. d'autre part, Charlie n'est pas indifférent à la belle... Pour l'anniversaire du caissier, Edna lui a acheté une cravate, et va la lui offrir avec un petit mot dans lequel elle insiste bien que c'est offert "avec amour". Le concierge voit la cravate et le mot, et les croit destinés à lui, développant ainsi de faux espoirs. Le jeu de Chaplin est ici divisé en deux parties: d'une part, il a cette façon de sous-jouer, la timidité, l'incrédulité, en posant ses doigts sur sa bouche, trahissant un trouble profond, et laissant ses yeux seuls faire tout le travail. Après, il sur-joue, en rajoute des tonnes, et se moque de lui-même, ici en s'envoyant contre une porte, terminant les quatre fers en l'air...

La résolution du quiproquo arrive finalement assez vite, permettant d'ailleurs à Chaplin d'éviter de se complaire dans une certaine cruauté; celle-ci est malgré tout esquissée dans le comportement d'Edna. Chaplin, qui était Anglais, savait montrer que derrière le rêve Américain de s'élever, les origines sociales vous reviennent toujours en pleine figure, et ici c'est le rôle de la pourtant si douce Edna Purviance de le lui rappeler en se moquant de lui. La dernière partie du film voit Chaplin s'endormir, puis être réveillé par d'étrange bruits: des bandits se sont introduits dans la banque, et Charles le caissier s'est comporté comme un lâche. Comme le nouveau concierge du film Keystone The new Janitor, Chaplin règle le problème d'une façon claire et nette, et devenu le héros d'Edna... se réveille à nouveau.

La référence à The new janitor (dont une bonne part de l'intrigue est reprise) peut bien sûr être complétée par divers aspects retenus de A woman (la mise en scène du personnage, pas seulement jeté dans l'action, mais amené par un cheminement complexe, et une série de notations originales), Work (Le mélange entre sentiments et comédie, la fin en demi-teintes)... The bank est un classique, une des meilleurs comédies de la période.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet