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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 08:51

Bien sûr, Tonino Valerii n'est pas le pseudonyme de Sergio Leone, et de fait on attribue souvent ce film, à tort, à l'auteur d'Il était une fois en Amérique. Il ne manque pas de raisons pour entretenir cette confusion: Leone a participé à un scénario basé sur son idée, il en a été le producteur, parfois présent sur le plateau et a même tourné certaines scènes. De plus, si le fait qu'il ait donné l'impulsion de tourner ce film ne fait aucun doute, le résultat final ressemble à la fois à un film de Leone par le style, mais sur un versant ouvertement auto-parodique. A aucun moment la mythologie ne sera résolue par l'apparition de conflits personnels non résolus ou de plaies béantes générées par un traumatisme, comme dans les grands films du réalisateur. Ce qui ne l'a pas empêché selon Valerii de tirer un maximum la couverture à lui!

Jack Beauregard (Henry Fonda), héros désireux de se retirer de la scène de l'ouest, se retrouve au milieu d'un conflit qui a couté la vie à son frère. Un jeune admirateur, qui se présente comme "personne" (Ternce Hill), le pousse à s'investir, et à faire une dernière fois la preuve de son talent en se battant seul contre une "horde sauvage" de 150 malfrats...

La comédie l'emporte sur ce film, qui n'est sans doute pas un classique aussi digne que les films de Leone. La thématique ressemble un peu, avec sa confrontation entre le vieil ouest et l'admirateur, ses rites de passage, et la mise en scène mythologique de certaines confrontations, mais la musique de Morricone joue ouvertement la carte de la parodie et du gag (La chevauchée des Walkyries est régulièrement citée lorsqu'on voit les bandits), et les scènes de bagarre reposent beaucoup sur le slapstick, mettant en valeur plus Terence Hill que Henry Fonda. On n'est, heureusement, pas dans Trinita, le film sait ne pas aller trop loin, mais l'ambiance est légère. 

On ne sera pas surpris que la scène durant laquelle Beauregard se retrouve effectivement face à 150 bandits sur une vaste plaine, avec le nuage de fumée qui se déplace au loin, et un mouvement de grue significatif qui s'élève vers les cieux, en plein désert du Nouveau Mexique, ait été tournée en présence de Leone. Celui-ci a infusé une dimension référentielle qui va au-delà de son propre travail, puisque les réfrences s'étendent à Peckinpah: The wild Bunch, mais aussi le nom du réalisateur, lu sur une tombe... 

A noter qu'il a failli exister une bande dessinée du film, dont plusieurs planches ont été réalisées: le dessinateur Belge Joseph Gillain (Oui, LE Jijé!!) a été invité par Leone soi-même à prendre des croquis sur le plateau, comme en témoignent de nombreuses photos publiées dans le 18e volume de l'intégrale de Jijé publiée aux Editions Dupuis. Mais l'album ne sera pas finalisé faute d'un accord avec Leone qui était décidément très gourmand (Coincidence? le premier album, un Jerry Spring, de Jijé réalisé après ce rendez-vous manqué s'appellera L'or de Personne...).

En attendant, ce petit film plaisant a réussi au moins à concilier sans trop de mal le western ouvertement parodique, et une version légère du grand ouest fascinant de Sergio Leone. Celui-ci avait sans doute trop à penser, puisqu'on l'imagine déjà la tête dans son vrai film suivant, ou il avait peur de s'auto-parodier, en attendant Tonino Valerii, dépourvu de tout complexe à l'égard de la comédie, a fait du bon travail. Et les scènes de machine à baffes, un gag long, très long dans un urinoir, avec prouts bien sonores à la clé, nous renseignent définitivement sur le fait que décidément, tout ça n'est pas bien sérieux... Mêe si apparemment, selon Valerii, la scène scatologique est due à Leone!

 

Il mio nome è Nessuno (Tonino Valerii, 1973)
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Published by François Massarelli - dans Sergio Leone Western
27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 17:05

La découverte d'un nouveau pan de l'héritage de Hal Roach est toujours excitante, d'abord parce que le studio où s'illustrèrent Harold Lloyd, Charley Chase, Our gang, et bien sur Laurel & Hardy a su installer sur les écrans une tradition de qualité rare en matière de comédie, et aussi parce que le petit monde des acteurs qui s'y égayaient, qu'ils soient de premier plan ou second rôle, est toujours une source de plaisir. Avec la parution chez Edition Filmmuseum de ces deux DVD, on a un intérêt supplémentaire: contrairement à Charley Chase ou Harold Lloyd, ou bien sûr Laurel & Hardy, les comédies de Max Davidson, à deux exceptions près, sont bannies des formats numériques, et ce n'est probablement pas demain la veille qu'une parution Américaine aura lieu. La raison? Ces films qui eurent un grand succès à l'époque de leur sortie concernent un humour basé sur la représentation de stéréotypes qu'on considérerait comme raciaux aujourd'hui (Bien qu'ils soient culturels et non basés sur une idée de "race", ce qui est d'ailleurs toujours une source de bêtise). La série a été abandonnée en 1929 précisément pour cette raison...

Max Davidson, né à Berlin en 1875, vient au cinéma au début des années 10, et va se spécialiser dans des petits rôles, dont un voisin de Mae marsh dans Intolerance (1916) de Griffith! le succès de la pièce Abie's Irish rose lui permet de trouver un rôle dans l'une des troupes qui sillonnent les Etats-Unis pour y représenter la comédie. Cette histoire de famille Juive qui doit accepter la venue d'une fiancée Irlandaise est à la base d'un courant 'ethnique' de la comédie Américaine, qui met en scène des familles antagonistes Irlandaises et juives, vues souvent du point de vue des Juifs: The Cohen and the Kellys est une série de courts produite par Universal en 1925. Davidson fait alors son entrée au royaume des seconds rôles de luxe, dès 1922. Un coup d'oeil sur les noms des personnages qu'il interprète ne laisse aucune ambiguité: Abe Rosenstein, Solomon Levinsky, Moe Ginsberg... l'acteur impose une silhouette en dépit ou peut-être à cause de sa petite taille, et va introduire à l'écran un paquet de maniérismes et de tics observés durant sa jeunesse. Il joue à merveille le père Juif comique sur lequel le ciel tombe à chaque coin de rue. C'est à ce titre qu'il interprète, chez Hal Roach, aux cotés de Charley Chase un second rôle dans Long fliv the King, de Leo McCarey. Il y joue non seulement aux cotés de Chase, mais il y partage aussi l'affiche avec Martha Sleeper, qu'il retrouvera bientôt. Roach se lance dans l'aventure de la comédie ethnique lui aussi, avec Leo McCarey pour lancer la série, et les deux hommes produisent vite 5 films de court métrage avec Max Davidson en vedette, dans un contexte familial qui sied tant au studio. Devant le succès, Roach rempile pour une autre série, vue d'un bon oeil par la MGM qui va désormais distribuer les films du petit studio. Mais en 1929, après un film parlant, la série est arrêtée: le succès est au rendez-vous, il n'y a eu aucune plainte en rapport avec le coté ethnique des films, mais la MGM a peur que le parlant n'accentue la caricature; de plus, on sait que les dirigeants de studio, s'ils viennent pour beaucoup de l'immigration des Juifs d'Europe centrale, ont eu à coeur d'étouffer cet aspect de leur histoire en vue de s'assimiler; ils ne souhaitent pas continuer à voir sur l'écran un reflet de ce qu'ils étaient avant, à savoir un acteur qui joue un Juif immigré de fraîche date qui se trouve confronté à l'Américanisation de ses enfants, et reste sur la défensive, freinant in fine toute assimilation. La série est finie, et la carrière de star de Davidson, décidément trop typé pour Hollywood, aussi.

On ne jugera pas ces films de la même manière qu'on parlerait de courts métrages de Laurel, avec ou sans Hardy, de Chase, de Chaplin ou de Keaton: tous ces gens sont les auteurs complets de leurs films, un atout qu'ils ont pris le temps de conquérir: on n'en laissera pas le temps à Max Davidson, qui est aujourd'hui non seulement oublié, mais aussi invisible, honteux, alors que ses films sont le résultat du travail des meilleures équipes de comédie de court métrage de leur époque, avec le concours des réalisateurs Leo McCarey, Fred Guiol, Hal yates, Clyde Bruckman, et d'autres; du chef-opérateur George Stevens, des scénaristes Roach et McCarey (oui!) parfois assistés par Laurel (oui aussi!!), avec les acteurs Davidson, mais aussi sa Nemesis, en fait son fils souvent incarné par le jeune Spec O'Donnell, ou encore la grande Martha Sleeper, voire Viola richard, ou encore selon les films les acteurs Edgar Kennedy, Oliver Hardy, James Finlayson, Leo Willis ou Noah Young.

Le jeu de Davidson, stéréotypé en effet, n'est pourtant pas à mes yeux une source de délire antisémite. Au contraire, le personnage est souvent à la base de quiproquos et d'embarras, mais le Judaïsme des protagonistes n'y est qu'une couleur locale, une coloration culturelle. L'historien Paolo Cherchi Usai ne s'y est pas trompé, qui a vu en Davidson un cas rare: "Le fait que ses films parodient les particularités ethniques sans le moindre soupçon de racisme est ce qui confère de la grandeur à Davidson", dit-il, cité dans l'essai de Richard Bann qui est inclus dans le beau livret exhaustif qui accompagne les DVD.

Seules 12 comédies ont survécu sur les 19, et certaines dans des fragments à peine exploitables. c'est à porter au crédit des compilateurs d'avoir pris le parti de restaurer toutes les images qui bougent d'une part (Ainsi l'un des films, réduit à à peine une minute, est-il l'objet d'une reconstitution sous forme de montage de photos dans lequel on a glissé en continuité les deux passages de film qui subsistent: Love'em and feed'em.), et d'avoir donné à voir pour tous les films un dossier sur DVD-Rom, de documentation, images, scripts, qui permet un accès à tout ce qui subsiste de certains films perdus. Un travail éditorial exemplaire, complété par un livret avec des essais très pertinents... Le tout, en Anglais et en allemand; il ne faut pas rêver... Les films sont en Anglais (intertitres) avec des sous-titres Allemands optionnels.

Why girls say no (Leo McCarey, 1927)

Le premier film est une sorte d'exposition pour un grand nombre des courts qui suivront: Davidson se soucie du fait que sa fille ait été chercher un jeune homme qui a l'air plus Irlandais qu'autre chose (C'est Creighton Hale). On remarque Oliver Hardy dans un rôle de policier soupçonneux, qui se trouve face à son pire ennemi: le trou d'eau d'1m50 situé à un coin de rue dans le studio Roach.

Jewish Prudence (Leo McCarey, 1927)

L'un des deux films qui a été publié, récemment, sur le 21e volume de la collection Laurel & Hardy en Grande-Bretagne: Laurel en est le scénariste. Un film tout à fait solide, avec à nouveau un mariage en vue pour la fille de Max (Martha Sleeper), cette fois à un avocat. Problème: l'avocat en question doit défendre des clients CONTRE Max...

Don't tell everything (Leo McCarey, 1927)

Celui-ci est hallucinant: au moment de faire sa cour à une riche héritière, Max cache à cette dernière l'existence de son fils (Spec O'Donnell). celui-ci n'a d'autre moyen pour vivre aux coté de son père que de se faire passer pour... la bonne! La supercherie ira assez loin dans le graveleux. On notera l'apparition de James Finlayson...

Should second husbands come first? (Leo McCarey, 1927)

Max est le choix d'une veuve pour se remarier; lorsqu'ils le voient, les deux fils de la dame décident de le dissuader et se livrent à tout un tas de stupidités. Très drôle, et un dispositif (Une personne qui assiste éberlué à des gens qui se livrent à des excentricités absurdes pour son seul bénéfice) qui resservira...

Flaming fathers (Leo McCarey, 1927)

Petit tour à la plage, avec Max qui surveille de près sa fille (Martha Sleeper) qui est avec son fiancé... Le policier local, joué par Tiny Sanford, aura beaucoup de mal à passer une après-midi tranquille tant il est impossible pour Max Davidson d'aller à la plage sans devenir une attraction...

Call of the cuckoos (Clyde Bruckman, 1927)

Celui-ci est connu, puisque les invités de luxe ont pour nom Laurel, Hardy, Chase, ou encore Finlayson: Davidson souhaite vendre sa maison, à cause des abominables voisins qui se livrent en permanence à des excentricités  insupportables (Les comiques Roach improvisent des bêtises devant la caméra). Il trouve un client, qui vient avec une affaire: il échange sa maison contre celle de Max. ce que ce dernier ne sait pas, c'est que la maison ou ils vont est encore plus invivable que celle de Buster Keaton dans One week... le film est bon, et possède la plus magnifique des introductions pour le personnage du fils de Max, interprété comme si souvent par O'Donnell: Love's greatest mistake: la plus grande erreur de l'amour...

Love 'em and feed 'em  (Clyde Bruckman, Hal Roach, 1927)

Hardy et Davidson cherchent de l'or et font fortune, ils mènent ensuite la grande vie dans un palace, et vont se trouver à la base d'une séquence de tartes à la crème que je donnerais cher pour voir: elle a été perdue, comme 95% du film... Quelques mètres de pellicule nous présentent l'interaction entre Max et Martha Sleeper en dactylo pincée, donc c'est déjà ça...

Pass the gravy (Fred Guiol, 1928)

Chef d'oeuvre: ce film est hilarant. Max est le voisin d'un irascible éleveur de poules, qui exhibe son coq de concours à tout le monde. Ils passent leur temps à se chamailler, mais la fille de Max (Martha Sleeper) et le fils de Schultz, le voisin (Gene Morgan) viennent de se fiancer, et pour fêter ça, Max demande à Spec de lui ramener un poulet... devinez lequel. Une situation, un décor, cinq personnages, et un poulet fumant, une mine d'or pour gags géniaux. J'ai l'air d'être très enthousiaste à l'égard de Martha Sleeper, ancienne partenaire de Charley Chase: ce film me donne raison. Elle imite la poule à la perfection, et paie de sa personne en permanence.

Dumb daddies (Hal Yates, 1928)

Max surprend une répétition de pièce de théatre criminelle entre Spec et Viola Richard, sans savoir qu'il s'agit de théâtre, et croit être témoin d'un crime... Un rôle en or pour Edgar Kennedy, en policier dépassé par les événements. La moitié de la première bobine a disparu.

Came the dawn (Arch Heath, 1928)

Max, Polly Moran, Gene Morgan leur fils et Viola richard leur fille passent une nuit d'halloween agitée dans leur nouvelle maison, dont ils viennent d'apprendre qu'un meurtre y a été commis. Un sujet facile, auquel se sont livrés presque tous les comiques de l'époque. Difficile de juger, il n'en reste que des fragments disjoints.

The boy friend (Fred Guiol, 1928)

Parce que sa fille (Marion Byron) a rencontré un inconnu avec lequel elle s'est tout de suite trouvé des affinités, Max et Mme vont essayer de faire fuir le jeune homme en se livrant à la même routine que les deux gamins de Should second husbands come first?.

Hurdy Gurdy (Hal Roach, 1929)

Comme tous les premiers films parlants de l'écurie Roach, un film qui y va prudemment, et qui transforme relativement bien l'essai. cette histoire de petit mystère (pourquoi Thelma Todd a-t-elle besoin de tant de pains de glace, que cache-t-elle?) entre voisins pendant une canicule vaut surtout pour son melting pot: accents et particularismes se mélangent joyeusement. Max Davidson n'y est qu'un des acteurs, ce n'est pas un film qui le mette particulièrement en vedette.

The itching hour (Lewis Foster, 1931)

Jouant les faire-valoir pour Louise Fazenda, Max y apparaît aux cotés de Spec O'Donnell, mais cette histoire d'hôtel hanté fait plus bailler qu'autre chose. Des gags toutefois rappellent que l'équipe de ce court métrage RKO a vu les films de Davidson, et sinon on y aperçoit le grand Lon Poff, silhouette inquiétante dans de nombreux films des années 20, dont Greed.

Voilà:il convient d'ajouter à destination des des Anglophobes et des Anglodicapés que les films sont en Anglais, et les seuls sous-titres en Allemand. En tout cas, pour ma part, c'est une découverte essentielle, et un pur bonheur. Quant à l'embarras suscité par le coté marqué et stéréotypé, je rappelle qu'on trouve des DVD de Birth of a nation à tous les coins de rue, donc ce ne devrait pas être un problème; et d'ailleurs, contrairement à Griffith, Davidson, McCarey et Roach ne prêchent pas la haine, mais ils sont des messagers du gag.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Leo McCarey Clyde Bruckman Max Davidson Comédie
27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 12:09

Après l'énorme succès de son film précédent, on aurait pu croire que Leone n'aurait aucun problème à faire avancer le moindre projet, et pourtant sa grande idée, un film qui serait l'aboutissement de sa propre fascination pour l'Amérique, ne parvenait pas à se faire. Au lieu de cela, il a donc produit ce film, au titre Français qui semble faussement se situer entre deux autres films en "il était une fois" mais dont la multiplicité des titres existants est un symptôme de la confusion qui régnait alors: Le titre Italien, qui signifie baisse la tête, a été traduit à l'insistance de Leone en Duck, you sucker! (Baisse toi, abruti... ou quelque chose d'approchant), le réalisateur peu rompu à l'Anglais étant persuadé que c'était une expression courante; sinon, les distributeurs Européens ont préféré jouer sur le familier, et les Anglais ont privilégié A fistful of dynamite, pour faire écho aux deux premiers westerns, alors que d'autres ont opté pour Il était une fois la révolution, afin de rappeler l'illustre carton de 1968.

Si Leone avait une préférence pour Duck, you sucker, c'est tout simplement parce que c'était le titre qui renvoyait le plus à sa vision du film. Celui-ci ayant une fois de plus été distribué dans des versions complètement différentes d'un pays à l'autre, c'est un autre symptôme de foutoir généralisé, et on va essayer d'y voir clair à la lumière de la restauration actuellement disponible qui est, comme d'habitude, controversée: chaque fan du film a sa vision des choses, donc vous voyez le problème... Comme en prime on en trouve également parmi les plus fanatiques qui osent soutenir que la seule version qu'ils verront jamais sera doublée en français (Et puis quoi encore?)...

Au Mexique, en 1913, les forces gouvernementales doivent affronter une révolte populaire, dont Juan Miranda, un paysan bandit, entend bien profiter: il a des vues sur la banque de Mesa Verde, mais ne dispose pas de la puissance de feu nécessaire. parallèlement, un mercenaire Irlandais, dynamiteur professionnel et ancien de l'IRA, croise son chemin. les deux hommes vont faire alliance, l'un mu par l'appât du gain, l'autre par l'amour de la dynamite.

On le voit, le film est un paradoxe: alors qu'il propose une relation très claire et établie entre deux hommes qui vont finalement assez peu se quitter, il est aussi construit de façon plus lâche que précédemment, le film souffrant en particulier de nombreuses coupes, qui créent des sautes dans la continuité. Un autre problème vient du fait que de nombreux pays, notamment les Etats-Unis, ont cru bon de couper le film afin d'en atténuer ce qu'ils croyaient être un militantisme pro-révolutionnaire (Très à la mode, bien entendu), alors que le propos de Leone était d'affirmer les valeurs de l'amitié, de la famille et de l'humanité, tout en montrant une révolution lambda, dans sa force destructrice. la révolution à laquelle John Mallory (James Coburn) et Juan Miranda (Rod Steiger) prêtent main forte étant un chaos généralisé, aussi peu attirant  que ne l'était l'étrange guerre civile dans Le bon, la brute et le truand.

Le film repose comme toujours avec Leone sur la présence de fantômes personnels (Rappel du traumatisme de Gian Maria Volonte, dans For a few dollars more, de Harmonica dans Once upon a time in the west): ici, c'est John qui en bénéficie, puisqu'il est hanté par le souvenir de son meilleur ami Sean (...Sean, Sean, Sean, dirait Ennio Morricone), dont il est responsable de l'arrestation, mais aussi de la mort. Ce thème trouve un écho dans le personnage d'un héros de la révolution, qui a commis lui aussi un acte de traîtrise, mais que John se refuse à juger. Un autre thème est apporté par la première scène du film, dans laquelle Juan se rend maître d'une diligence dans laquelle des bourgeois, prêtres et dames de la haute société devisent sur les sous-hommes que sont les paysans. Juan aura sa revanche sur eux, permettant une lecture très féroce d'une lutte des classes dans laquelle l'heure des pauvres est enfin venue, dans une scène de comédie qui d'ailleurs inaugure une première heure de film dominée par un ton assez léger. Mais cette atmosphère vire vite au noir, et le film ressemble vite au crépuscule d'un héros, qui rejoint les anti-héros du film précédent au panthéon des héros d'occasion, les combattants de passage qui vont, par leur implication personnelle (Traumatisme, vengeance, mission confiée par un tiers en échange d'argent) faire plus facilement progresser les choses que les authentiques grands hommes: voir à ce sujet le sort réservé par Leone à Villega, le docteur responsable de la lutte dans le film.

Je confesse une irritation irrémédiable devant la manie fellinienne de la post-synchronisation systématique des films Italiens, dont souffre selon moi ce film. C'est irritant, et le fait est que le film a été doublé de façon insupportable en Anglais, tout comme dans toute autre langue, n'arrange pas les choses. On est malgré tout bien obligé d'en passer par là puisque l'Anglais reste malgré tout la langue de référence comme sur les autres films de la série. Un regret mineur, pour un film attachant, aussi généreux que ses deux personnages sont, finalement, bien humains. Une ode à des valeurs simples, telles que l'amitié, la famille (la scène durant laquelle Juan découvre sa famille massacrée le fait changer, lui donne paradoxalement une raison inattendue de s'impliquer), mais aussi aux joies simples: la découverte du plaisir de massacrer des soldats par Juan, qui a pris la leçon de John, et qui culmine symboliquement dans sa reprise de la formule préférée du dynamiteur en chef: "Duck, you sucker!".

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Published by François Massarelli - dans Sergio Leone
25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 17:44

On ne parlera pas d'un retour en arrière, après un film à la fois drôle et dramatiquement solide, avec ce Sherlock Junior en apparence dédié à l'absurde, le léger, qui ressemble beaucoup au style qui était celui des courts métrages de Keaton, les ruptures de ton brutales en moins. Le film aurait du être, on en a déjà parlé, une collaboration entre Keaton et Roscoe Arbuckle, qui tentait alors de faire redémarrer sa carrière de réalisateur sous le pseudonyme de William Goodrich; le bruit insistant et agaçant court sur Sherlock Junior, dont Keaton aurait en fait volé la place de réalisateur, qui serait en réalité Arbuckle. ca ne tient absolument pas debout: Keaton a toujours dit l'importance de son ami dans sa vie, a toujours crédité ses collaborateurs, y compris lorsque ceux-ci ont très peu de matériel présent sur l'écran (Ce serait le cas de Donald Crisp sur The navigator). Si Arbuckle n'est pas mentionné, c'est tout simplement que les deux hommes ne sont pas parvenus à un accord, et que Keaton s'est chargé du tournage entièrement seul.

L'histoire est connue, mais pas autant que le moment le plus poétique du film. Un jeune homme, projectionniste dans un cinéma miteux, rêve de devenir détective. Lorsque la montre du père de sa petite amie a disparu, il voit l'occasion de se faire la main, mais finit par voir l'accusation se retourner contre lui. Banni de la maison (C'est son rival qui a fait le coup), il retourne à son travail, et rêve qu'il entre dans le film qu'il projette, et rêgle une autre affaire avec les mêmes protagonistes... Keaton est le projectionniste, Kathryn McGuire sa fiancée, Ward Crane le rival et Joe Keaton le père de la fille. A noter, le fait que Kathryn McGuire reviendra sur le film suivant, contrairement à toutes les actrices qui travailleront avec lui sur ses longs métrages.

  

L'arrivée de Buster sur l'écran, c'est bien sur un motif magique, qui va ensuite donner lieu à une intrigue qui aurait pu être celle d'un court métrage (Elle dure sensiblement le temps de deux bobines), et qui possède suffisamment de rigueur pour être suivie avec intérêt, mais aussi un grain de folie particulier, avec des digressions, et une tendance à l'illusionnisme qui est la preuve que le saltimbanque Keaton, comme au temps de The playhouse, continue à regarder vers son passé avec une certaine nostalgie. Mais plus encore que les gags liés à la magie ou à l'absurde (Et Keaton, libéré par le fait que c'est un rêve, aussi rigoureux soit-il, s'en donne à coeur joie: billard explosif, voiture qui flotte, etc), c'est bien sur principalement une déclaration d'amour au cinéma, à travers ce petit projectionniste influençable, qui ne se sépare pas de son manuel 'How to be a detective'... Même si c'est sa fiancée qui découvrira le pot-aux roses. Ainsi, seul face à un film, la rêverie poétique qui le mène à investir l'écran, passant d'abord par une série de gags liés au montage (Son personnage entre dans l'écran, mais subit des déboires, en restant dans le cadre de l'écran alors que les plan changent. Il amorce un mouvement en plein désert, et le finit dans l'eau...). De plus, comme toujours, Keaton élargit l'espace cinématographique en utilisant des images fortes, comme celle durant laquelle le détective du rêve ouvre un coffre-fort, dont la porte donne sur la rue... Et bien sur, après un final au rêve en forme de poursuite spectaculaire, il laisse le cinéma avoir le dernier mot. le projectionniste ne sait pas comment déclarer son affection à sa petite amie, il prend donc exemple sur ce qui se passe sur l'écran.

Keaton aimait le cinéma, bien sur, et son film verra le rêve de film donner une version sensiblement plus sophistiquée de chacun des êtres de sa vie, y compris lui-même. Son affection du cinéma passe aussi par une glorification du rêve, il faut dire que le personnage vit dans un environnement très modeste, et pas forcément passionnant. Le film est décidément en demi-teintes, souvent drôle, mais plus spectaculaire que comique. L'illusionisme déployé par Keaton ici est du même ordre que ses gags mécaniques, ou ses cascades visant à surprendre son auditoire. Peut-être y-a t-il plus à prendre chez le Buster sentimental, ou dans The general. mais sa passion du cinéma, à mon sens, résonne encore aujourd'hui et est, pour nous autres amoureux du 7e art, un message qu'il est bon de rappeler.

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet 1924 **
22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 07:15

Il y a un mystère Blake Edwards, une insaisissabilité du réalisateur: responsable de joyaux de la comédie, The great race, The party ou Breakfast at Tiffany's, expérimentateur de films à la mise en scène élégante, Experiment in terror ou Days of wine and roses, metteur en scène touche à tout avec Darling Lili ou The Tamarind Seed, qui restent des curiosités éloignées de ses autres films, et il a même tâté du western avec Wild rovers. Bref, à la fois il appelle le respect pour ce qui n'est pas autre chose qu'une forte envie de faire du cinéma, mais aussi il s'aventure parfois à perte dans des sentiers qui ne sont pas taillés pour lui. C'est pourquoi il faut sans doute, bien que les critiques fassent généralement le contraire, être attentif à la saga de la Panthère rose...

Le premier film était, après tout, une opportunité pour Sellers et Edwards, de prendre le pouvoir sur une production qu'ils n'avaient pas forcément générée, et on sait que l'inspecteur Clouseau n'était au début qu'un personnage très secondaire; aujourd'hui, on constate qu'il a fini par pirater le film, et en devenir le personnage central, grâce au jeu de l'acteur, et à la précision de la mise en scène du réalisateur. Dès le deuxième opus, d'ailleurs, c'est devenu les aventures de l'inspecteur Clouseau.

En retournant à la franchise abandonnée par Edwards et Sellers douze années plus tôt, on aura beau jeu d'accuser les deux hommes de vouloir remplir leur compte en banque, ce qui n'est sans doute pas tout à fait faux; mais un simple coup d'oeil à la filmographie de Blake Edwards confirmera que The return of the pink panther n'est pour le réalisateur qu'une arrivée au bercail, une installation définitive; comme en témoignent les fameuses, et controversées scènes de comédie burlesque avec Mickey Rooney dans Breakfast at Tiffany's, Edwards est un auteur de comédie, un rigolo, un scientifique du gag. Et avec cette "franchise", tous les coups sont presque permis.

Donc, ce film, considéré probablement à juste titre comme le meilleur des films de la série réalisé après le premier (qui est quand même dans une classe à part), The return... consacre la toute-puissance du duo Sellers-Edwards, et lâche l'inspecteur Clouseau, le chef Dreyfus et le majordome Kato, accompagnés par la musique de Henry Mancini, dans une nouvelle  série de variations autour des mêmes figures que précédemment, le ton est résolument à l'humour, et le film déroule une série de gags bien construits, avec une prédilection pour l'humour visuel, sans pour autant négliger, Peter Sellers oblige, une série de dialogues truffés de stupidités... Le film est bien construit, et ne s'aventure pas comme les feront les suivants dans un humour trop scatologique, donc on ne s'en plaindra pas non plus.

Une fois réaffirmé ce besoin de comédie, Blake Edwards ne quittera quasiment plus cet idiome de 1976 à la fin de sa carrière, truffant même son film le plus accompli (Victor, Victoria) de cette dernière période de gags burlesques qui aurait été à leur place dans The party! lui qui aura quelques difficultés à monter certains projets dans les années 80, il est probable qu'il ait pu savourer cette courte période dorée, à commencer par le succès de ce film.

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Published by François Massarelli - dans Blake Edwards Comédie
19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 18:33

Il était, donc, une fois dans l'Ouest... Alors que la construction du chemin de fer se poursuivait en direction du pacifique, une femme, Jill, débarquait de la Nouvelle Orléans par le train, afin de se lancer dans une nouvelle vie aux côtés de McBain, l'homme avec lequel elle s'était mariée en secret, un Irlandais qui disait être riche. Manque de chance, un tueur, Frank, avait massacré la famille McBain, le mari, mais aussi ses trois enfants: une jeune femme, un jeune homme et un garçon. Au même moment, deux hommes faisaient parler d'eux: le bandit Cheyenne, et un homme qui répondait au surnom d'Harmonica, puisque il jouait en permanence de cet instrument... 

L'histoire est bien sur assez classique, entremêlant les figures Westerniennes traditionnelles, les échanges savoureux et les grandes figures à la Leone. Mais derrière ce titre qui renvoie sinon au conte, en tout cas au mythe, Leone dresse un portrait fascinant de l'Ouest en plein bouleversement, et son film, finalement, plutôt que de continuer la révolution du "Western spaghetti", louche assez franchement du coté de John Ford, en particulier de My darling Clementine, dont le décor changeant était celui d'une ville en construction... Et puis il y a Henry Fonda. Le grand coup de poker, c'était à l'époque de se demander si le public allait accepter Fonda en Bad guy: Frank, c'est bien sûr lui, accompagné de trois autres acteurs: Claudia Cardinale, Jason Robards, et Charles Bronson.

Des hommes, et une femme: les hommes, dans ce film, sont tous liés à la violence, de Frank le tueur professionnel à Cheyenne, le bandit au code d'honneur, en passant par Harmonica, le mystérieux étranger qui se présente sous les noms des victimes défuntes de Frank avant de se mesurer avec ce dernier dans un duel mythologique, mais aussi par Morton, le propriétaire de la compagnie de chemin de fer qui envoie Frank faire le sale boulot, et dont le handicap est non seulement une trace de son passé, mais aussi un reflet de son âme et un commentaire ironique sur sa toute-puissance. Tous, sauf un, mourront, aussi simplement que meurent les trois bandits de l'introduction justement célèbre. Avec le train qui passe, les quatre hommes représentent le passé peu glorieux de l'Ouest, mais comme le dit Frank à Harmonica, ils n'ont aucun avenir, il leur faut juste survivre à l'instant. Un sujet parfait pour un film de Leone, donc: comme toujours, les scènes sont autant d'instants vécus intensément, inoubliables, et fascinants.

Quant à la femme, eh bien, elle est changeante, et c'est un peu toutes les femmes; comme le dit Lionel Stander dans son rôle de boutiquier-barman, "à la Nouvelle Orléans, il y des femmes qui..." et les indices prouvant que Jill est une ancienne prostituée ne manquent pas. Mais il le dit aussi, "Vous n'êtes pas comme ça": en effet, dès le départ, Jill assume d'être Mrs Mc Bain, désireuse de changer de vie. Pour Harmonica, elle représente un avenir à protéger. Pour Cheyenne, elle est souvent comparée à sa mère, qui a été une prostituée. Il la bouscule un peu, la provoque, mais il la traite comme sa mère, justement, et il lui prédit le rôle le plus important de la nouvelle ville qui va naître: elle est la vie. Enfin, Frank lui aussi tourne autour de la jeune femme, d'abord pour la posséder, mais il tombe vite sous le charme...

Les deux westerns précédents se résolvaient autour d'une scène lyrique, un point culminant, et c'est bien sur le cas ici, mais Leone, qui a multiplié les morceaux de bravoure (a commencer par les dix premières minutes), se résout à changer la donne: on attend une confrontation entre Frank et Harmonica, et au moment donné, on a une explication sous la forme d'un flash-back. Leone et Morricone lui donnent toute la puissance de feu nécessaire, et la confrontation en est presque escamotée... Devenue redondante? Non, mais elle aurait probablement pâli au regard du lien passé entre Frank et l'ange exterminateur Harmonica, sise à Monument Valley, en un lieu improbable: une arche quasi-Romaine, reflet construit par la production d'une hypothétique ruine, qui renvoie bien sûr au mythe originel, à la rencontre qui hante l'homme à l'harmonica, qui va enfin rendre la monnaie de sa pièce au tueur qui l'a rendu acteur du meurtre de son propre frère...

Son film plus Américain que les précédents, Leone n'avait pas prévu de le faire, mais ce n'est pas grave: c'est un grand film, un classique du western, et il n'y a rien que de belles choses à voir, en Techniscope comme il se doit, du début savoureux à la fin, dans laquelle, enfin, Jill est laissée à son avenir, pendant que les tueurs sont renvoyés à leur mythologie.

Once upon a time in the West (Sergio Leone, 1968)
Once upon a time in the West (Sergio Leone, 1968)
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Published by François Massarelli - dans Sergio Leone Western
19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 10:11

Spectaculaire: le deuxième long métrage de Buster Keaton permet à ce dernier d'utiliser la même équipe technique, les mêmes gagmen que son film précédent, et de se reposer sur l'amitié de Joe Roberts, dont ce sera le dernier film. Il y fait aussi jouer son père Joe, son épouse Natalie Talmadge, et leur fils James: ce film reste un nouveau départ, un coup de poker phénoménal. Les avis sont d'ailleurs partagés sur la place du film dans l'oeuvre, voire sa qualité, mais personne ne doute d'une part des ambitions de Buster Keaton en réalisant ce qui doit beaucoup à Griffith, entre autres, et du fait que, réussi ou non, le soin extrême apporté à ce film a porté ses fruits d'un point de vue esthétique.

Pour ma part, je pense que c'est l'un des meilleurs films de Buster Keaton, et l'un des joyaux du muet, comme The General du reste. Avec Three ages, Buster Keaton a prouvé qu'il pouvait soutenir une durée trois fois plus grande que ses courts métrages, et maintenir le ton résolument burlesque et badin de ses films, tout en offrant à la fin du film une conclusion plus directe, positive, et surtout moins sardonique qu'à l'habitude. Il a décidé désormais de s'intéresser à l'histoire de ses films, et ce nouveau long métrage est différent justement parce que tout en offrant comme de juste des gags, et non des moindres, il raconte aussi une intrigue, aussi simple soit-elle, qui fonctionne bien toute seule. Keaton a d'ailleurs testé Our hospitality en public sous la forme d'un moyen métrage dramatique, afin de voir si cela marchait. Le résultat était probablement bien inférieur à ce film, tel qu'il est dans son intégralité, mais peu importe: l'idée était d'étayer la comédie, le résultat s'en ressent.

En 1830, Willie McKay (Keaton) retourne dans son Kentucky natal, afin de prendre possession de la demeure familiale. 20 ans auparavant, sa mère était partie, en portant le jeune Willie encore bébé, suite à un duel entre son mari John et son voisin Canfield. Les deux hommes étaient morts à l'issue de la confrontation, et le frère de Canfield (Joe Roberts) a juré de continuer la lutte à mort avec tous les McKay qui se présenteraient. dans le train qui l'emmènent, Willie rencontre une jeune femme (Natalie Talmadge), dont il tombe amoureux, sans savoir qu'il s'agit de Virginia, la propre fille de Canfield...

Venons-en tout de suite à l'inévitable controverse: la séquence d'ouverture est totalement privée de comédie. Il s'agit d'exposer, et ce durant 7 minutes, la brouille haineuse initiale entre les Canfield et les McKay (Basée sur une histoire vraie, celle des Hatfield et des McCoys, qui sera à l'origine d'un autre chef d'oeuvre, Les rivaux de Painful Gulch, de Morris et Goscinny.). Donc il n'y a pas un gag dans cette séquence, mais elle est rehaussée d'une mise en scène à la sûreté diabolique, jouant sur les clichés parfaitement assumés: tout ou presque y est vu du point de vue de Mrs McKay, dans sa cabane, et la nuit d'orage donne une dimension mythologique à la scène, qui fonctionne très bien dramatiquement, et est d'une beauté picturale très impressionnante. Et c'est là que l'on est en droit de se demander si la présence d'un nouveau co-réalisateur aux cotés de Buster y serait pour quelque chose... Mais John G. Blystone n'est pas un réalisateur que je soupçonnerais de pouvoir supplanter Keaton sur un film. Du reste, ses seuls autre titres de gloire sont les films réalisés pour Laurel et Hardy (Blockheads, par exemple), autant dire qu'il y était assistant de Laurel. Il est temps d'ailleurs de faire une digression qui s'impose: s'il n'a signé que cinq films durant sa carrière de réalisateur (soit 1920-1929), Keaton a aussi beaucoup été secondé par des co-réalisateurs: Blystone, mais aussi et surtout Cline, et ça et là Mal St-Clair, Clyde Bruckman, Donald Crisp. Il ya eu sur Sherlock Jr une tentative de collaboration avec Roscoe "William Goodrich" Arbuckle, qui s'est soldée par un échec; puis à la fin de la période tous les films ont été signés par d'autres, dont Charles Reisner ou Edward Sedgwick. Mais tous ces films portent une marque et une seule: celle de Keaton. Je pense que Keaton travaillait comme Chaplin, dont on oublie souvent les "réalisateurs associés" (Charles Reisner sur The pilgrim et The gold rush, Henri d'Abbadie d'Arrast sur The gold rush encore, Monta Bell sur A woman of Paris, ou encore Robert Florey sur M. Verdoux): Personne ne conteste à Chaplin son crédit unique sur ses films, mais la situation est la même: l'un comme l'autre, les deux comédiens avaient besoin aussi souvent que possible d'un assistant qui puisse conduire les manoeuvres quand ils étaient occupés en tant qu'acteurs... Donc si le film est ce qu'il est, il l'est grâce à la mise en scène de Keaton, et ce sera la même chose jusqu'en 1929, bien que Keaton ne soit même plus crédité sur ses films à partir de 1927.

En plus de la séquence d'ouverture, ce qui frappe dans le film c'est que même lorsque les gags font leur apparition, la beauté de l'ensemble, la composition, et le soin maniaque apporté à la reconstitution d'une époque peu représentée dans les années 20 étonnent: le seul vrai anachronisme flagrant, c'est le chapeau mou de Keaton, dont la présence est expliquée par un gag parfaitement logique. De même, le choix de la région de Truckee, avec ses montagnes, ses vallées, son eau omniprésente donnent au film un aspect plus spectaculaire encore. le film est encadré par deux séquences longues qui méritent qu'on parle d'elles: d'une part, une promenade en train de près de vingt minutes qui justifie à elle toute seule le fait que le film soit plus long que ne le seront la plupart des longs métrages muets de Keaton, à deux exceptions près (The general, et Spite marriage): cette séquence qui repose sur l'utilisation d'une locomotive et d'un train qui sont présentés comme des répliques d'authentiques machines de 1830 permettent une série de gags finement observés, qui certes ne font pas trop progresser l'action, mais qui sont un hommage appuyé du technophile Keaton à l'évolution de la machinerie (Tout comme sa promenade en proto-cycle!!). On y remarque Keaton père en mécanicien irascible, et de plus le train revient lors des séquences de la fin. et ces séquences de la fin, justement, permettent à Keaton de faire montre de tout son talent en matière de cascades, mais permettent d'aller aussi plus loin; si le cinéaste Keaton pour ce film appelle une référence à Griffith, il est dans un premier temps aisé de tenter de comparer Keaton à Fairbanks (on sait que le rôle de Bertie, dans The saphead, est un héritage direct de Doug) mais la construction du personnage dans cette séquence renvoie Fairbanks à ses chères études: le personnage de Buster, dans cet épisode du film entièrement consacré à sa fuite pour éviter d'être éliminé par la famille Canfield, le voit progressivement faire des efforts physiques de plus en plus impressionnants, sans qu'il y ait cette aisance de Fairbanks, qui renvoie un peu au cirque. Keaton se retrouve attaché à un train en marche, ballotté au gré des rapides, puis accroché à un rondin qui menace de se précipiter dans le vide, et la difficulté se voit, elle confère à son personnage, comme d'habitude emmené par une eau menaçante, une humanité et une justesse qui vont au-delà du cinéma. ces séquences ne sont pas drôles: elles sont à couper le souffle, et donc aussi bien l'acteur que le réalisateur ont fait un grand pas avec ce film. Du reste, les occasions de se casser le cou ont été multiples ici, en particulier lors de la séquence durant laquelle Buster a vraiment été emporté par les rapides! 

Donc, on savait que Keaton pouvait payer de sa personne, mais ce film est le premier dans lequel le développement de l'histoire fait jeu égal avec la comédie d'une part, et sa reconstitution d'une époque d'autre part. Le résultat est un film hors-normes, qui gêne un peu de nombreux spécialistes qui accusent sa lenteur, qui lui reprochent ses longs intermèdes non burlesques. Mais l'ensemble est selon moi un grand film justement à cause de cette répartition égale entre intrigue pure et comédie. Buster Keaton ne fera rien d'autre dans son chef d'oeuvre, The general... Il est intéressant de voir comment Keaton aussi fait intervenir une esthétique de la comédie sentimentale qui doit certes beaucoup à Griffith, mais qui débouchera aussi sur une imagerie personnelle, comme en témoignent ce plan de Keaton et Natalie, d'une part et d'autre d'une barrière. une composition simple, mais qui renvoie à une image d'Epinal, comme certaines toiles de Rockwell sur le même sujet. Keaton, comme Ford ou Griffith, était un cinéaste Américain avant tout; Et en plus, ce type de composition reviendra dans d'autres films, Seven chances en particulier... 

Une note triste au passage, pour finir: Joe Roberts décédera un mois après la fin du tournage de ce film, d'un arrêt cardiaque, rappelant la curieuse destinée d'Eric Campbell, le génial acteur Ecossais dont Chaplin avait fait son parfait "méchant". Roberts avait 21 ans, mais contrairement à Campbell, avait tourné dans deux autres films, en dehors de ses apparitions pour Keaton. C'est la fin d'une époque, et il ne sera jamais remplacé.

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet 1923 **
18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 18:16

Le quatrième film d'Almodovar est bien sur bien en phase avec sa période de provocation, de ses années Movida, et cette histoire de mère de famille qui tente de joindre le deux bouts, dont la famille dysfonctionnelle est en particulier bien représentée par la belle-mère un peu fantasque, les deux fils, l'un dealer, l'autre homosexuel (amateur d'adultes!!), et bien sur le mari volage et vulgaire. La tendance à dépeindre une faune un peu bigarrée est contrebalancée par la clarté du récit, qui tourne autour d'un certain nombre de frustrations (Le flic impuissant, l'écrivain à la recherche du parfait faux, l'envie d'exil pour la prostituée Cristal, etc), qui viennent en écho du ras-le-bol de Gloria, l'héroïne du film interprétée par Carmen Maura. A la provocation, vient s'ajouter déjà une tendance à la ligne claire dans la mise en scène, qui aboutira dans quelques années à la beauté que l'on sait dans Talons aiguilles, La fleur de mon secret et d'autres.

 

Bien sur, l'impression générale devant ce film parfois gentiment culotté est que l'Espagne populaire (Tout le film ou presque est situé dans une banlieue défavorisée de Madrid ne tourne pas très rond, et le meurtre qui est représenté dans le film est un point de non-retour moral, qui aurait pu conclure le film sur une note dramatique. Mais au lieu de cela, il représente un point de départ, la personne qui a tué s'en sortant indemne. Faut-il y voir une métaphore politique? Pourquoi pas? Et d'ailleurs, le principe du meurtre symbolique du chef de famille reviendra, en plus flamboyant, dans Talons aiguilles, puis à nouveau dans Volver. Tiens donc!

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Published by Francois Massarelli - dans Pedro Almodovar
17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 18:14

Donc, Keaton est passé au long métrage avec cet étrange film, toujours drôle, mais dont il faut bien dire qu'il est une parodie d'Intolerance: un rappel de l'influence de Griffith sur Keaton, qui s'en souviendra de nouveau avec son film suivant. en attendant, il réalise avec ce film une passerelle adéquate entre ses années de formation, marquées par ses 19 courts métrages, et ses années classiques, qui comptabiliseront 12 longs métrages jusqu'à la victoire finale du parlant.

Three ages a la réputation fausse d'avoir été décidé comme un film à sketches afin de permettre le découpage en 3 courts métrages en cas de flop, ce qui ne tient pas une seconde... Si il présente en effet trois fois vingt minutes de trois histoires différentes, elles ne se départagent que par les données temporelles, sinon, ce sont les mêmes acteurs (Keaton, Margaret Leahy, Wallace Beery et Joe Roberts), et la même histoire à chaque fois: Beery et Keaton convoitent tous les deux Leahy, qui en pince pour Buster, mais les parents de cette dernière (Dont Joe Roberts) préfèrent l'autre. Ils tentent de se départager par divers moyens, sous forme d'affrontement, sportif ou autre, et bien sur Beery triche, et bien sur Buster gagne. La première histoire est située dans une préhistoire idiote, avec dinosaures et peaux de bêtes, la deuxième dans une Rome luxueuse, et la troisième en 1923. Enfin, comme dans Intolerance, Keaton mélange tout et lie avec des intertitres. il se paie même le luxe d'introduire en faisant une déclaration d'intention assez ronflante ("Voyons comment l'amour a progressé à travers les ages"), et utilise une figure symbolique qui lit un livre pour lancer le sujet. Mais ce n'est pas Lillian Gish, juste un vieillard anonyme avec une faux. Bref, on ne voit pas tellement comment il aurait pu être question de sortir ces trois histoires indépendamment les unes des autres, et comment imaginer que le public ne puisse pas s'apercevoir de leur similarité... 

Bien sur, le décalque d'Intolerance n'est pas à prendre au sérieux, mais d'une part il empêche paradoxalement la redondance, permettant même la comparaison entre les différentes histoires, et la juxtaposition sert vraiment le film, qui est de fait plus intéressant que la somme de ses parties. Mais de la façon dont Keaton conclut sur la partie moderne, on devine aisément qu'il en a fait son histoire centrale, et de fait c'est la plus soignée, avec à la fin es cascades spectaculaires. De fait, si on se concentre sur cette partie du film, on constate qu'il semble s'éloigner du coté cartoon de ses courts, et qu'à part les digressions temporelles inhérentes au projet, et qui sont annoncées sans surprise au début, le film est privé de ces ruptures étonnantes, de ces trompe-l'oeil et de ces changements brutaux de ton qui ont fait le style de Keaton jusqu'à présent. Les autres longs métrages confirmeront cette impression.

Sinon, Keaton contrairement à Arbuckle n'a pas renié totalement le style de comédie qui est le sien, et s'amuse beaucoup dans les deux autres histoires, bourrées d'anachronismes joyeux. Il met l'accent sur le sport, aussi, sa grande passion, et assume une part importante des cascades. Il est à noter que l'équipe technique reste très proche de celle de la plupart de ses courts métrages, avec pour commencer le co-auteur de ce film, Eddie Cline, qui partira ensuite pour assumer une petite carrière de spécialiste de la comédie (sans jamais retrouver la plénitude de ses années avec Keaton... Tiens donc, c'est exactement le cas de Sedgwick, Reisner, Bruckman et Crisp. Bref, aucun d'eux n'était Keaton!), mais on retrouve aussi Elgin Lessley, chef-opérateur atitré des courts, et le décorateur Fred Gabourie, qui profite ici de décors d'un autre film pour l'épisode Romain. Les gagmen, Jean Havez ou Clyde Bruckman, sont toujours là... Ce ne sera pas toujours le cas, mais pour l'instant on sent bien que Buster Keaton a les mains libres. Son premier long métrage n'a pas le raffinement de The Kid, ou la classe des premiers Lloyd (Rien qu'en 1923, celui-ci a déja produit Why worry? et Safety Last!), mais le succès de cette pochade très bien ficelée va permettre à Keaton de faire ce qu'il veut, et le second film Our hospitality sera splendide. 

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet 1923 ** Groumf
16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 14:41

A la fin de sa vie, interrogé sur ses films, Wilder disait vouloir les serrer sur son coeur, tous sauf Buddy Buddy, qu'il souhaitait "essayer d'ignorer". De fait, le film est né de la conjonction de trois facteurs: le succès (Relatif) de la sortie de L'emmerdeur (1973), de Edouard Molinaro, d'après une pièce de Francis Veber, aux Etats-Unis; le fait que Diamond et Wilder sentaient l'envie de faire un film leur démanger, et le manque total de succès des deux derniers films de Wilder, qui l'avaient poussé à réviser ses ambitions, c'est-à-dire à accepter la première commande qui vienne. Donc, voici le film que vous aimerez haïr, sorte d'anti-chef d'oeuvre officiel, film mauvais auto-proclamé... C'est un peu court, on va essayer d'y voir clair, avant de dire adieu à Wilder, je pense qu'il faut le faire proprement...

 

Le script, signé de Wilder et Diamond, respecte la trame originale jusqu'à un certain point; dans cette nouvelle version, le tueur à gages Trabucco, qui doit finir un contrat (il a déjà tué deux de ses trois victimes programmées), se retrouve dans le même hotel que Victor Clooney, un médiocre employé de CBS (il est censeur) que sa femme sexuellement insatisfaite a quitté pour le flamboyant et charismatique Docteur Zuckerbrot, un sexologue proriétaire d'un clinique spécialisée dans le sexe, donc. Bien sur, Victor Clooney, suicidaire, va être l'épine dans le pied de Trabucco, et son propre problème va passer devant celui de Trabucco, qui va avoir toutes les peines du monde à exécuter son contrat.

 

Bien sur, le titre fait référence à la "camaraderie" forcée de Trabucco et Clooney, qui tient plus de la thématique obsessionnelle de Francis Veber que de l'apport de Wilder et Diamond, mais l'idée qui sauve partiellement le film, c'est bien sur celle de confier à Lemmon et Matthau les rôles qui leur vont plutôt bien. Par opposition au neurologue de l'histoire originale, le fait que le docteur Zuckerbrot soit un spécialiste du sexe éclaire le film d'une lueur peu glorieuse... Là ou les piques à la censure dans les films précédents de Wilder étaient généralement de savoureux sous-entendus et des actes de bravoure salutaires, cette idée, et les scènes se relatant à cette fameuse clinique du sexe sont plus embarrassantes qu'autre chose, et comme Wilder est Wilder il en a parsemé dans tout le film, avec un Klaus Kinski aussi insupportable que d'habitude dans le rôle du docteur. On rit, principalement  des aventures désastreuses de Trabucco et Clooney, et des personnages en particulier. Wilder reste Wilder lorsqu'il fait agir Lemmon en censeur, y compris dans les plus infimes détails de la vie quotidienne, lui dont le métier est de compter les gros mots et de raboter les scènes trop suggestives dans les fictions montrées sur CBS, il s'exclame, en voyant le pendentif en forme de pénis en érection du bon docteur (Quel gout exquis, mais passons): "Oh! that's the P-Word", un mot qui commence par P, pour Pénis. Mais Wilder, finalement, après avoir contribué à libérer l'écran, ne sait pas trop quoi faire de cette liberté, et elle pèse vite bien lourd.

 

Finalement, Clooney et Trabucco sont deux Américains que tout oppose, mais qui représentent bien le vide de la nation tel qu'il pouvait être ressenti en ces années pré-reaganiennes. La suite allait faire du vide des valeurs un cheval de bataille pour célébrer le culte de l'individu et de la réussite personnelle, avec les conséquences désatreuses que l'on sait, mais en attendant, Clooney et son incapacité sexuelle d'un coté, Trabucco et son obsession pour son objectif, qui fait de lui un tueur surdoué, sont un peu les deux facettes de l'Américain moyen: le trop plein de doute qui mène à l'abattoir, allusion à la contestation tous azimuths qui n'a mené nulle part, et l'absence totale de valeurs, trop encombrantes pour ne pas gêner l'efficacité. Wilder les voue tous deux à l'exil...

 

Voilà, il y a des restes quand même, en dépit de la sale réputation de ce film, et de ce qu'en ont dit non seulement Wilder, mais aussi ses acteurs. Si Lemmon s'est semble-t-il peu exprimé sur le film, Matthau et Kinski ne se sont pas privés, quoique Kinski ait surtout nié être dedans. Il reste soigné, plus soigné (et surtout moins prétentieux) que son prédecesseur, avec un scope de bon aloi, et une musique due à Lalo Schifrin, qui ne cache pas son gout pour l'auto-parodie... Il reste difficile à trouver, signe d'un film qui embarrasse même les ayant-droits, comme si la MGM (A moins que ce film ait été récupéré par Warner comme les autres films de la MGM d'avant 1982) avait elle aussi envie de passer ce film sous silence... le plus triste, c'est que ce film clairement médiocre va signer l'arrêt de la carrière de Diamond et Wilder. Dommage, mais j'en ai donc fini.

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder Navets