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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 14:41

A la fin de sa vie, interrogé sur ses films, Wilder disait vouloir les serrer sur son coeur, tous sauf Buddy Buddy, qu'il souhaitait "essayer d'ignorer". De fait, le film est né de la conjonction de trois facteurs: le succès (Relatif) de la sortie de L'emmerdeur (1973), de Edouard Molinaro, d'après une pièce de Francis Veber, aux Etats-Unis; le fait que Diamond et Wilder sentaient l'envie de faire un film leur démanger, et le manque total de succès des deux derniers films de Wilder, qui l'avaient poussé à réviser ses ambitions, c'est-à-dire à accepter la première commande qui vienne. Donc, voici le film que vous aimerez haïr, sorte d'anti-chef d'oeuvre officiel, film mauvais auto-proclamé... C'est un peu court, on va essayer d'y voir clair, avant de dire adieu à Wilder, je pense qu'il faut le faire proprement...

 

Le script, signé de Wilder et Diamond, respecte la trame originale jusqu'à un certain point; dans cette nouvelle version, le tueur à gages Trabucco, qui doit finir un contrat (il a déjà tué deux de ses trois victimes programmées), se retrouve dans le même hotel que Victor Clooney, un médiocre employé de CBS (il est censeur) que sa femme sexuellement insatisfaite a quitté pour le flamboyant et charismatique Docteur Zuckerbrot, un sexologue proriétaire d'un clinique spécialisée dans le sexe, donc. Bien sur, Victor Clooney, suicidaire, va être l'épine dans le pied de Trabucco, et son propre problème va passer devant celui de Trabucco, qui va avoir toutes les peines du monde à exécuter son contrat.

 

Bien sur, le titre fait référence à la "camaraderie" forcée de Trabucco et Clooney, qui tient plus de la thématique obsessionnelle de Francis Veber que de l'apport de Wilder et Diamond, mais l'idée qui sauve partiellement le film, c'est bien sur celle de confier à Lemmon et Matthau les rôles qui leur vont plutôt bien. Par opposition au neurologue de l'histoire originale, le fait que le docteur Zuckerbrot soit un spécialiste du sexe éclaire le film d'une lueur peu glorieuse... Là ou les piques à la censure dans les films précédents de Wilder étaient généralement de savoureux sous-entendus et des actes de bravoure salutaires, cette idée, et les scènes se relatant à cette fameuse clinique du sexe sont plus embarrassantes qu'autre chose, et comme Wilder est Wilder il en a parsemé dans tout le film, avec un Klaus Kinski aussi insupportable que d'habitude dans le rôle du docteur. On rit, principalement  des aventures désastreuses de Trabucco et Clooney, et des personnages en particulier. Wilder reste Wilder lorsqu'il fait agir Lemmon en censeur, y compris dans les plus infimes détails de la vie quotidienne, lui dont le métier est de compter les gros mots et de raboter les scènes trop suggestives dans les fictions montrées sur CBS, il s'exclame, en voyant le pendentif en forme de pénis en érection du bon docteur (Quel gout exquis, mais passons): "Oh! that's the P-Word", un mot qui commence par P, pour Pénis. Mais Wilder, finalement, après avoir contribué à libérer l'écran, ne sait pas trop quoi faire de cette liberté, et elle pèse vite bien lourd.

 

Finalement, Clooney et Trabucco sont deux Américains que tout oppose, mais qui représentent bien le vide de la nation tel qu'il pouvait être ressenti en ces années pré-reaganiennes. La suite allait faire du vide des valeurs un cheval de bataille pour célébrer le culte de l'individu et de la réussite personnelle, avec les conséquences désatreuses que l'on sait, mais en attendant, Clooney et son incapacité sexuelle d'un coté, Trabucco et son obsession pour son objectif, qui fait de lui un tueur surdoué, sont un peu les deux facettes de l'Américain moyen: le trop plein de doute qui mène à l'abattoir, allusion à la contestation tous azimuths qui n'a mené nulle part, et l'absence totale de valeurs, trop encombrantes pour ne pas gêner l'efficacité. Wilder les voue tous deux à l'exil...

 

Voilà, il y a des restes quand même, en dépit de la sale réputation de ce film, et de ce qu'en ont dit non seulement Wilder, mais aussi ses acteurs. Si Lemmon s'est semble-t-il peu exprimé sur le film, Matthau et Kinski ne se sont pas privés, quoique Kinski ait surtout nié être dedans. Il reste soigné, plus soigné (et surtout moins prétentieux) que son prédecesseur, avec un scope de bon aloi, et une musique due à Lalo Schifrin, qui ne cache pas son gout pour l'auto-parodie... Il reste difficile à trouver, signe d'un film qui embarrasse même les ayant-droits, comme si la MGM (A moins que ce film ait été récupéré par Warner comme les autres films de la MGM d'avant 1982) avait elle aussi envie de passer ce film sous silence... le plus triste, c'est que ce film clairement médiocre va signer l'arrêt de la carrière de Diamond et Wilder. Dommage, mais j'en ai donc fini.

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder Navets
15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 08:16

Donc, Keaton et Cline, et toute leur troupe, s'apprêtent à dire adieu au court métrage... Joe Schenck allait dans ce sens, il savait que pour promouvoir Keaton, il était nécessaire de changer de classe, et c'était clairement le sens dans lequel la comédie burlesque se devait d'aller; non que ce soit évident pour tout le monde, d'ailleurs: à cette époque, seuls Chaplin, Larry Semon et Lloyd se sont lancés, Arbuckle a tourné quelques comédies légères, éloignées de son style d'avant, et est empêtré dans les suites du fameux scandale, Langdon n'est pas encore là, et les productions Hal Roach, à l'exception de la "vitrine" représentée par Harold Lloyd, ne veulent pas s'aventurer sur ce terrain. Bref, pour tout le monde, la comédie burlesque se doit de rester confinée au format court, et d'ailleurs en cette année 1923, Chaplin prépare un film d'un tout autre genre. Difficile en effet de considérer que A woman of Paris soit un film burlesque.

 

Avec The love nest, on est en revanche en terrain connu, et le film bénéficie grandement de tout ce qui a précédé: le personnage de Keaton, lunaire et décalé, est bien le même petit homme rejeté qu'il a mis au point, et beaucoup malmené dans ses derniers films, le scénario est très cohérent, comme si Keaton soignait sa sortie, et comme par hasard, l'intégralité du film se situe sur l'eau, dans un certain nombre de bateaux: parce que sa fiancée a rompu, une jeune homme décide de se couper du monde, et s'installe sur un bateau, seul avec des vivres, pour dériver. Il croise, après plusieurs jours, un baleinier, dont les marins le recueillent; ils sont gouvernés par un capitaine ultra-brutal (Joe Roberts) qui se débarrasse de ses coéquipiers en les jetant à la mer, ajoutant, touche personnelle, une couronne mortuaire à chaque fois. Bien sur, Keaton va souffrir...

Le ton est résolument loufoque, dans la mesure ou dans son esprit, on le verra bientôt, Keaton ne pouvait pas traiter ses longs métrages de la même manière que ses courts, cet adieu à la brièveté regorge de gags idiots, petites touches visuelles, raccourcis et ellipses qui ont tout du cartoon. Mais comme toujours, avec Buster, la thématique du rejet est troublante, et on est un peu choqué de voir, dans ce film, le sort qu'il réserve une fois de plus à son personnage... mais c'est une fausse fin. En attendant, le film apporte, c'est le cas de le dire, de l'eau au moulin des supporters d'un thème aquatique: Buster se frotte à l'eau, symbole de vie et de mort, parfaite menace dans ses films; ici, on est servis. Et Buster Keaton y reviendra bientôt avec un long métrage, l'un de ses meilleurs, The Navigator (1924).

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet Comédie
14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 09:10

Dire de Jet pilot qu'il s'agit d'un film de Sternberg, c'est un peu comme attribuer Gone with the wind à Victor Fleming: on sait que Sternberg y a travaillé, oui, on en a un peu le sentiment devant certaines scènes, mais pour le reste... Comment le réalisateur maudit en est-il venu à travailler pour l'aviateur autocrate Howard Hughes, on peut bien sûr se poser la question, mais la réponse viendra vite: il faut bien manger. non qu'a priori réaliser une comédie sur les rapports tendus entre l'Est et l'Ouest dans les années 50 soit une mauvaise idée, bien au contraire, et on se rappelle de Lubitsch et de son Ninotchka...

Justement: Jet pilot fait parfois penser à Ninotchka, dans son déroulement: il raconte le passage à l'ouest d'une pilote soviétique (Janet Leigh), qui atterrit dans les bras de John Wayne, avant de se révéler une espionne. Le film tourne autour de la séduction, érotique, mais aussi idéologique. Puis de Ninotchka on passe à Comrade X, puisque les deux amoureux s'épousent, et passent à l'Est, où John Wayne pourra sans difficultés aucune démontrer à Janet Leigh que l'Ouest, c'est mieux. L'eau chaude dans les douches, la viande en abondance, tout y passe...

Bien qu'il soit question des amours d'une espionne, ne cherchons pas à comparer ce film à Dishonored, on en est loin. Mes comparaisons avec Ninotchka (Lubitsch, 1939) et son imitation Comrade X (Vidor, 1940) sont tout autant déloyales: ce film n'a ni queue ni tête, et il faut je le pense, le prendre pour ce qu'il est: un mélange hallucinant de comédie sentimentale après tout charmante, relevée de l'érotisme évident d'une actrice, vue aussi souvent que possible en petite tenue dans des plans sensuels... Le film fait aussi, afin d'accentuer l'aspect de comédie, appel à la bande-son: la première apparition de Janet Leigh est accompagnée quand John Wayne et deux copains la voient, du son de trois jets, un par gros plan de réaction des trois balourds Américain... ce qui est un peu gros mais aussi assez drôle. Sinon, un baiser s'accompagne du son de la viande qui frit, ce qui devient asses lourd.

Patrick Brion impute l'aspect "séduction" à Sternberg, comme il est de coutume (d'une part il savait faire, mais aussi, il est de notoriété publique qu'il a été appelé à la rescousse pour "érotiser" Duel in the sun, par exemple), mais il faut rappeler The outlaw, et l'obsession mammaire de Howard Hughes, le tout accompagné d'un message idéologique qui en appelle à ce qui est considéré comme l'évidence, et de scènes d'aviation, parfois longues, très longues, qui donnent lieu à des dialogues amoureux très techniques (Alors là, tu abaisses le levier, et puis tu fais un looping -Oh, comme tu es fort!). Bref, un joyeux n'importe quoi, qu'on peut attribuer à qui bon nous semble, et dont les trois quarts ont attendu dans des cartons pendant 7 ans avant de sortir, puisque le film est resté longtemps inachevé (en fait, on date le début du tournage par Sternberg à 1949). Comme Hell's angels (1930), quoi.

...Oui, c'est bien un film d'Howard Hughes.

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Published by François Massarelli - dans Josef Von Sternberg John Wayne
13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 18:36

Ce film est une exception dans l'oeuvre de Keaton, un court métrage qui voit Keaton ouvertement partager la vedette avec l'actrice qui joue en sa compagnie. De fait, l'essentiel du film les voit seuls à l'écran, si on excepte quelques poissons, des ours, et quelques lapins... Pour l'accompagner, Keaton a donc choisi l'ancienne Bathing Beauty Phyllis Haver, qui tente de se reconvertir, mais a quand même droit à une séquence Keatonienne de démonstration de maillot de bain, ou comment Keaton rencontre Mack Sennett...

 

Buster Keaton dans une maison hantée: on a déja vu ça, et on se croit vaguement revenus à Haunted house... mais non, on est dans une baraque de foire. Keaton aime tant commencer ses films en trompe l'oeil. Ici, il ne pouvait pas mieurx faire: on ne fait pas plus éloigné du coeur du film que cet étrange début... A la foire, Keaton essaie vaguement de draguer une jeune femme, ce qui donne lieu à une splendide ellipse: ils se trouvent tous deux dans un petit bateau, en partance pour un tunnel. au dessus de l'entrée, un panneau avertit les messieurs de respecter la décence: gardez vos mains de votre coté... Au sortir du tunnel, les deux acteurs sont toujours aussi impassibles, mais l'état de Buster montre qu'il a pris une sacrée raclée. Le fait de le montrer (ou de le suggérer) aussi entreprenant avec les dames est étonnant, mais ni Keaton ni Cline ne pouvaient sans doute résister au gag.

 

Désireux sans doute de se retirer du monde, Buster Keaton prend un ballon, et va camper en pleine nature. là, il s'apercevra bien vite qu'il n'est pas seul: Phyllis Haver est là aussi, prète à résister à ses avances. Mais, aussi inepte soit-il (Voir sa méthode de pêche, qui consiste à construire un barrage pour ensuite ramasser les poissons à la main, voir aussi son impressionant canoë démontable, etc), qui peut décemment résister à Buster Keaton?

 

Bon, il semblerait qu'une  grande part de la partie 'camping' de ce film ait été improvisée, mais ne boudons pas notre plaisir, après tout, le film se laise voir, par sa décontraction, et le fait que Buster ait laissé quelqu'un partager intelligemment l'écran avec lui rend le film bien différent. C'est tout au plus un changement intéressant. A la fin, on croit que Buster Keaton a totalement repris la situation en main, lorsque le couple, en canoë, enlacés, file vers une chute d'eau... mais non: voyez le film.

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet
13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 18:13

Ce film mineur (Que certaines filmographies placent avant Daydreams) possède un atout de poids: il est, pour la première fois, entièrement consacré à ce goût pour l'ingénierie délirante, typique de Keaton, et qui avait déjà marqué le film The scarecrow (les cinq premières minutes), et qu'on voyait ça et là ressurgir. mais pour cette fois, c'est non seulement le sujet du film, mais aussi la source principale de gags...

 

Fin de l'année à l'université; un groupe d'étudiant ont reçu leurs diplômes, mais trois d'entre eux mélangent les leurs: une jeune femme, une grosse brute et Buster. A la fin de son discours, le doyen (Joe Roberts) demande à un diplômé en électricité de venir pour refaire l'installation électrique de sa maison. La grosse brute est volontaire, mais il porte sur lui le diplôme de manucure de la jeune femme. Celle-ci a le diplôme de Botanique de Buster, qui lui a hérité du diplôme d'électricité, il est donc engagé, et va pouvoir faire ce qu'on lui demande afin d'impressionner le fille de la maison, interprétée par Virginia Fox.

 

Bien sur, le film est divisé en trois parties à partir de là: d'abord, le jeune homme s'exécute et construit tout un écheveau de circuits électriques délirants, qu'il présente; puis la famille du doyen commence à vivre et à réaliser tous les aspects du problème, enfin la brute du début revient se venger, et intervertit tous les circuits, conduisant la famille -et Buster- à la catastrophe inévitable... Forcément, le film est comme chaque invention: pas forcément, drôle, mais l'effet qu'il produit est de nous étonner, un reste de l'enfant qu'est resté Keaton toute sa vie, qui ménagera toujours dans ses films un petit coté acrobate de cirque. On retiendra bien sur les gags affligeants liés au billard, à la table avec son train qui sert les convives du repas, et bien sur la piscine qui se remplit et se vide d'un coup de manettes...

 

La fin du film est emblématique de cette période d'auto-dépréciation de la part de Buster Keaton (Voir à ce sujet Daydreams): congédié par le doyen, il s'attache une pierre au cou afin de se jeter dans la piscine. Virginia vide la piscine, et on aperçoit Buster au fond. Le père revient, remplit la piscine de nouveau, et s'en va. une fois qu'il est parti, la jeune femme re-vide la piscine et constate avec horreur que Buster n'y est plus. Le dernier plan le voit rejeté par un égout...

 

Le film est célèbre pour être le seul de ses films a avoir du être mis de coté pendant un an: Buster a, en effet, raté une cascade, se prenant la chaussure dans l'escalator de sa maison maudite. Après un an de purgatoire, le metteur en scène a tenu à revenir à son film. Contrairement à son personnage auquel il faisait subir les pires avanies, Buster Keaton ne s'avouait jamais vaincu...

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet Comédie
13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 14:10

Walter Davis (Bruce Willis) a besoin d'une jeune femme pour l'accompagner à une soirée organisée par l'entreprise dont il est employé, en l'honneur d'un financier japonais. Son patron insiste pour qu'il vienne avec une jeune femme qui ait de la classe. son frère le met en contact avec Nadia (Kim Basinger), une jeune femme résolument splendide, pleine d'esprit, avec laquelle tout va très vite très bien... sauf quand elle boit. Un tout petit peu d'alcool, et elle devient folle. Walter va très vite s'en apercevoir, et les conséquences seront désastreuses...

 

Blake Edwards est-il un grand nom du cinéma? il devrait, ne serait-ce que pour avoit constamment maintenu le flambeau de la comédie burlesque en toute circonstances, y compris en la mélangeant à des films qui se s'y prétaient que peu (le premier Pink Panther, dans lequel Sellers et Edwards ont injecté des gags en contrebande), voire pas du tout (L'admirable Breakfast at Tiffany's). Mais après la plénitude des années 60, les beaux restes des années 70, le metteur en scène a perdu sa touche personnelle avec les années 80, après 10, S.O.B. et  Victor, Victoria. Ce film en est l'une des preuves: il nous conte une histoire de type classique, avec caractères et situation, dans lesquelles uili injecte une solide dose d'humour visuel, mais le dosage est mal fichu, et l'agitation de Bruce Willis vite vaine, sans compter que le film dépend de  revirements pluôt hatifs.

 

Mais les meilleurs moments, qui sont bien sur les plus loufoques, portent la marque de l'auteur de The party: plans généraux, avec forte implication physique des auteurs, slow burns, ces façons de faire fructifier un gag en y allant aussi lentement que possible, running gags, ces récurrences qui prenent d'autant plus de sens quand elles sont répétées (Ici, la rivalité entre Walter et David, l'ancien fiancé complètement fou de Nadia repose beaucoup sur cette dynamique chère à Edwards), gags situés dans les coulisses, et surtout 20 minutes de pur bonheur dans lesquelles Edwards se lâche complètement en nous présentant les agissements simultanés de plusieurs personnages dans une maison livrée aux gags. Rien que pour ces 20 minutes, le film en vaut bien la peine... et on est près à passer outre cette musique indigne de son auteur, le fidèle Henry Mancini, cette esthétique à vomir des années 80, et le crime suprême, qui consiste pour un guitariste (le hobby de Walter) à amener une Fender Stratocaster Américaine à la plage, au milieu du sable et des algues!! Pouah! Non, il y a des choses qui ne se font pas...

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Published by François Massarelli - dans Blake Edwards
12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 17:26

Une star se tue: elle se jette sous un train près de Paris, comme Anna Karenine, et comme Garbo dans la deuxième version qu'elle a interprétée du classique de Tolstoï. Fedora (Marthe Keller), l'actrice décédée, vivait en recluse auprès de quelques amis dans une villa à Corfou, mais personne ne l'a oubliée: ses funérailles sont grandioses, et un producteur Américain, Barry Detweiler (William Holden), vient rendre un dernier hommage à une femme qu'il a côtoyée... et entame alors un monologue en voix off, racontant comment il se sent responsable de cette mort depuis que, venu tenter de sortir la star recluse de chez elle, miraculeusement restée jeune malgré les années, il a mis les pieds dans ce qui est un sacré panier de crabes, découvrant en particulier l'actrice séquestrée par ses "amis", et maintenue dans une solitude qu'elle supporte de plus en plus mal... mais le producteur n'était décidément pas au bout de ses peines.

Ce scénario, adapté d'une nouvelle, Wilder se l'est approprié dans la mesure où après avoir refait The front Page, il voulait à nouveau s'attaquer à Hollywood. Mal lui en a pris; non qu'il ait subi une censure de la part d'Hollywood, mais le moment était mal choisi: après l'échec commercial de The front page, les producteurs de la universal voyaient d'un oeil maussade le has-been Wilder revenir à ses vieilles amours de Sunset Boulevard, et prédisaient un nouvel échec. de fait le film se fera loin de Hollywood, en co-production, entre la France et l'Allemagne. Loin de Hollywood, Wilder avait réussi un tour de force avec son Holmes, avait accompli des miracles en Italie avec Avanti... Mais pas ici. Les intentions de Wilder concernant ce film sont une chose, le film fini en est une autre: c'est un ratage.

Le miroir aux alouettes, depuis Sunset Boulevard, a encore bien changé. Je dis "encore", puisque c'était déjà le sujet du film de 1950, avec le regard incompréhensif de Norma Desmond sur une ville du cinéma qui ne la reconnaissait plus, elle dont les films avaient bâti toute l'industrie, du moins le pensait-elle; ce n'est donc pas un hasard si de nouveau le "passeur" pour Fedora, est joué par William Holden, et de nouveau lui aussi est dépassé: producteur, mais indépendant: lorsqu'il l'apprend, l'hôtelier (Mario Adorf, excellent) lui propose sa plus petite chambre. De fait, les allusions à ces changements subis par le cinéma américain sont nombreux dans le film, que ce soit de la part de Holden, de Fedora (ou de son alter ego, la diabolique Comtesse qui séquestre "Fedora"), ou de Wilder lui-même: lorsque Holden se plaint de la profusion de barbus qui "tournent sans script, avec une caméra sur lépaule", comment ne pas penser au dédain de Wilder pour une industrie qui se jette effectivement à corps perdu dans de nouveaux défis, et à une incompréhension du vieil artisan pour les méthodes d'improvisation des Coppola, Scorsese et autres Spielberg? De fait, ils sont bien barbus, concédons-le.

Fedora, l'actrice, est donc obsédée par son apparence, ce qu'elle va prouver dans ce film, qui possède une petite énigme: quelle folie pique Fedora, et pourquoi est-elle séquestrée ainsi par son amie la comtesse, et le curieux Docteur Vando (Jose Ferrer), l'homme qui depuis 25 ans maintient l'actrice de nombreuses façons (Chirurgicales, pharmaceutiques, etc) en état de constante jeunesse? Disons que si on reconnait bien Wilder qui dissimule l'indice principal dans des gants blancs qui sont l'un de ces petits cailloux narratifs qu'il aimait tant, le secret est pourtant bien éventé, à tel point qu'il est révélé au public au bout d'une heure, mais c'était cousu de fil blanc. Plus intéressante est l'analogie entre Fedora et son petit monde, plus son retrait de la vie publique, et bien sur Greta Garbo, souvent nommée dans les dialogues, et par des allusions plus ou moins discrètes: son manque total de pudeur sur les plateaux, son film avec Robert Taylor (Camille, ici attribué à Fedora), sa fed.jpgcarrière à la MGM, ses étranges amis, et son obsession de la santé par les plantes ou encore par l'alimentation (Elle a eu une amitié prolongée avec le diététicien Gayelord Hauser). Wilder, qui a côtoyé Garbo pour laquelle il n'avait humainement aucune admiration ni affection, a repris de nombreux traits du personnage, mais il ne faut pas y voir un film à clef: le fait est que le personnage de Greta Garbo, par son sens du secret et du mystère, était un modèle bien pratique. Elle servait ainsi le propos de montrer une vedette qui avait tant à coeur de rester jeune qu'elle en était arrivée à des extrémités inattendues, y compris en mettant en scène sa mort d'une façon morbide et déplacée. Le cinéma, on ne le quitte jamais, semble dire Wilder... Qui s'amuse à mêler le vrai et le faux, en évoquant la culture populaire, mais aussi en convoquant le jeune Michael York et le moins jeune Henry Fonda pour jouer leurs propres rôles. Mais la scène de la remise à Corfou de l'oscar est intéressante: Fonda, président de l'Académie du cinéma, vient chez elle présenter à Fedora un Oscar pour l'ensemble de son oeuvre. Le vieux comédien est très ému, mais sait-il que la femme qu'il a en face de lui n'est pas Fedora? Non, et c'est sans importance: Fedora n'est qu'une image, presqu'un label. De son coté, le vrai Henry Fonda est présenté comme 'Le monsieur', 'le gentleman', voire, 'le président'... On oublie manifestement bien vite qui est Henry Fonda, mais on n'est pas près d'oublier Fedora, qu'importe si c'est elle ou son reflet. Non, Wilder n'aime plus tellement Hollywood, en cette fin des années 70.

D'autres clés du film sont à prendre auprès d'autres actrices que Garbo, toutefois: la relation destructrice de Fedora avec sa toute jeune fille fera penser d'une part à Marlene Dietrich et sa difficile relation avec Maria Riva, sa fille. D'ailleurs, la voix grave affectée par Marthe Keller pour incarner Fedora, en rajoute sur ce point, surtout quand elle chante. Comme elle chante faux, on croirait vraiment entendre Marlene Dietrich... Citée aussi, Joan Crawford était une mère indigne à sa façon. Certes, les comportements lamentables de ces deux mères ont été connus plus tard du grand public, mais Wilder, qui travaillait à Hollywood dès le milieu des années 30, n'était pas le grand public... Bref: Fedora est un film au bagage lourd et aux multiples ramifications, à n'en pas douter.

Le problème, donc, n'est pas dans les intentions, mais dans deux aspects du film, l'un selon moi rédhibitoire, et l'autre furieusement embêtant. Dans cette histoire de la plus grande vedette que la terre ait jamais portée, on n'a à voir son talent que dans une scène d'un de ses films, où la vedette n'a qu'à barboter nue (voir photo plus haut), allusion par ailleurs à une jolie scène de nu de Myrna Loy dans The barbarian, de Sam Wood (ci-contre). Bref, on n'en verra pas grand chose, sinon les caprices et le coté star intouchable et imbue d'elle même... De plus, Marthe Keller n'est pas à l'aise en Anglais, et j'en viens à l'aspect rédhibitoire. Production internationale, le film a été tourné surtout en Anglais, et majoritairement post-synchronisé. Ni Marthe Keller ni Hildegarde Knef (la Comtesse) n'utilisent eurs voix (Knef est doublée et Keller doit affecter une voix grave dans laquelle elle est ridicule), et au moins la moitié des dialogues sonnent faux. Ajoutons que loin des studios Américains, Wilder se lâche. Beaucoup de plans donnent l'impression d'avoir été tournés à la sauvette. On sait quelles difficultés Wilder a du rencontrer pour tourner son film, mais le résultat n'est pas à la hauteur techniquement.

Quoi qu'il en soit, le vieux Wilder est désabusé, et ne tournera qu'un seul film, de retour aux Etats-Unis, pour la MGM, encore en plus... mais la MGM en 1978, comme le dit Barry Detweiler, ce n'est plus ça: c'est exactement ce qu'on pourrait dire de ce film, hélas: Wilder, ce n'est plus ça. Les intentions étaient louables, mais on obtient un étrange film, parfois gauche, parfois attachant, mais dont les coutures craquent de partout.

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Published by François Massarelli - dans Billy Wilder
12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 13:57

Il y a de quoi en perdre son calme: après avoir reçu de la firme qui l'emploie l'ordre de torcher une comédie (Police) plutôt que de se lancer dans un film de long métrage à caractère social (Life), Chaplin a donc réalisé vite fait bien fait une parodie de Carmen (Très en vogue en 1915-1916), le réalisateur a la désagréable surprise de se voir retirer son montage, au profit d'une version longue, complétée par des chutes et de nouvelles séquences. Bref, on ne veut pas qu'il fasse un long métrage, sauf lorsqu'il ne souhaite pas en faire... et A burlesque on Carmen est donc le premier long métrage de Chaplin, à son corps défendant!

Le film suit de façon très directe l'intrigue classique, et aligne les passages obligés, avec Chaplin en Don José (Darn Hosiery, littéralement 'saleté de tuyauterie'), Leo White en officier de carabinier, et bien sur Edna Purviance en Carmen. Le plus intéressant de ce film tout en gags , et pas des plus fins, est de constater d'une part la complicité de Chaplin avec sa comédienne, à laquelle un grand rôle, fut-il parodique, est enfin dévolu. celle-ci, qu'on le veuille ou non, irradie l'écran: faut-il le rappeler? en ces temps ou les mannequins filiformes font la loi, on a oublié qu'une femme même un peu ronde pouvait être belle; Edna Purviance était très belle. Et rarement autant qu'ici. De plus, le film nous propose occasionnellement des bribes de jeu dramatique, par Chaplin. Au moment d'avoir tué son rival, il regarde dans le vide, une seconde ou deux, avant de reprendre le sens de la parodie et de se remettre à faire l'andouille: y compris dans ce film à ne surtout pas prendre au sérieux, Chaplin possède manifestement une vie intérieure hallucinante...

Vu dans une version supposée proche des volontés de Chaplin, ce film se voir avec plaisir, mais force est de constater que l'esprit du metteur en scène est déjà tourné vers l'avenir, et les douze films qui suivront, tournés pour la compagnie Mutual, vont inaugurer de façon spectaculaire un nouvel âge classique, et disons le tout net, une nouvelle ère pour la comédie cinématographique.... pas ce Carmen, parodie des films contemporains de DeMille et Walsh, qui aura l'honneur d'inaugurer les démêlés de Chaplin avec la justice: il va intenter un procès à la Essanay, qui a rajouté deux bobines de matériel dans son dos à ce film.

 

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin ** 1916
12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 13:28

Up in the air est le troisième film de long métrage de Jason Reitman, le fils d'Ivan Reitman (Mais oui!!), après le grand succès de Juno, d'ailleurs totalement mérité. Son terrain de jeu, on s'en rend bien compte, c'est la comédie, une comédie de situation, adulte et inventive, dont les principales caractéristiques sont de reposer sur l'observation de la vie et du comportement des gens, et sur un sens visuel très impressionnant. A ce titre, ce nouveau film est une réussite, mais pas seulement en matière de forme, il y a ici une mélancolie très délicate qui vous hante après l'avoir vu...

 

George Clooney interprète un homme doté d'un sale métier: il est licencieur. Son rôle, c'est de venir faire le sale boulot pour des patrons de PME qui se refusent à le faire eux-mêmes... A ce titre, Ryan Bingham se déplace, parfois jusqu'à 300 jours par an, et considère sa vie comme entièrement réglée autour de ses voyages, n'a pas d'attaches, et se considère comme parfaitement heureux, vivant de voyages et de rencontres au hasard, notamment avec Alex (Vera Farmiga), une femme dans son genre. jusqu'au jour ou il doit accompagner une jeune collègue, Natalie Keener (Anna Kendrick), qui vient de faire accepter par leur patron une méthode de licenciement par vidéoconférence. il suggère de lui faire expérimenter le licenciement classique pour commencer...

 

Ryan Bingham n'est pas une ordure. Je veux dire, objectivement, il fait un métier ignoble, typique de ce monde dans lequel les valeurs privées ont pris le dessus sur tout le reste, au point de transformer un licenciement en un passage obligé de toute carrière professionnelle. Mais fondamentalement, s'il fait un métier affreux, il le fait avec une certaine humanité, à plus forte raison lorsqu'il est accompagné d'une jeune femme qui a tout à apprendre, en particulier de s'investir émotionnellement dans son métier. Le film fonctionne comme un échange: Bingham va enseigner la façon de faire, elle va lui montrer comment s'investir émotionnellement dans sa propre vie. Bingham sort de l'expérience changé, et surtout, va ouvrir les yeux sur sa propre condition.

 

Cette comédie douce-amère dégage un parfum parfois lunaire, dont Reitman a tenu à ce qu'elle reste quand même les pieds sur terre, afin de ne pas aller trop loin en matière de fantaisie (certaines scènes coupées témoignent de cet aspect): le rôle de Bingham et consorts, qui n'est jamais discuté en tant que tel, reste quand même de signifier la fin de certains emplois, et le réalisateur a voulu garder un certain réalisme, mais la façon dont les voyages, et leur représentation sous forme de vues aériennes, rythment le film de façon visuelle est une grande et belle innovation, de même que l'abondance de plans de transition presqu'abstraits, afin de souligner le vide de la vie de ces robots du licenciement. Le film est là pour rappeler à un monde dont le tissu social part en cacahuète qu'il est temps de se reprendre... On n'en sort pas indemne, tant la remise en question des personnages est bien vue. Décidément, Reitman (le fils, hein, pas le père réalisateur de Ghostbusters) est un homme sur lequel on compte, comme avant lui un Wes Anderson, pour le comparer avec un autre petit génie de la comédie Américaine d'aujourd'hui et demain.

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Published by François Massarelli - dans Jason Reitman George Clooney
10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 17:44

Les racines: voilà le sujet de ce film, à la fois très personnel et un peu dispensable, qui permet à Chaplin de battre le rappel d'un certain nombre de thèmes de prédilection, de routins et de gags de ses années du Music Hall. La référence est, bien sur, le music hall Anglais, là ou le comédien a fait ses premières armes, et la cible de ses observations, n'est ni le public huppé, ni le public populaire: les deux sont ici représentés, avec plus de temps de parole aux bourgeois sans doute, mais c'est la classe pouvrière qui a le dernier mot...

Une soirée dans un music hall, avec vue sur le public: un bouregois éméché et un homme aussi saoul qui évolue dans les galeries, réservées à un public populaire, perturbent les numéros des artistes...

Pas d'histoire, donc, juste des gags d'observation, avec une prédilection pour le plan-séquence. la source éminemment théâtrale de ces gags se voit tout de suite, et donne ici un intéressant effet de mise en abyme. Le cinéma représente ici le théâtre qui représente lui-même le théâtre... Chaplin se donne à fond dans deux rôles qu'il a sans doute interprété un nombre incalculable de fois, mais l'impression est surtout qu'il a divisé son personnage en deux, en les différenciant. Le résultat, c'ets bien évidemment que l'une des deux moitiés, celle qu'il joue avec un maquillage différent de l'habitude, en pâtit considérablement... S'il répètera l'expérience de faire plusieurs rôles (The Idle Class, 1918, The great Dictator, 1940), ce sera désormais sous le même maquillage...

Le théâtre, grand unificateur? Oui et non. s'il montre que deux hommes venus de deux classes différentes de la population peuvent se comporter de façon aussi déplorable et enfantine devant un spectacle, il laisse le dernier mot au monde dont il est issu, histoire de rappeler que les autres, ceux qui sont confortablement assis en bas, restent sa cible privilégiée. Chaplin, par ailleurs, aime à montrer les convenances mises à mal par un personnage saoul, qui ne recueille aucune sympathie, à part celle d'edna Purviance. Mais on peut quand même trouver qu'il avait sans doute mieux à afire que de consacrer deux bobines à ce film accessoire, aussi important soit-il de rendre hommage au style de spectacle qui avait nourri sa jeunesse.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet