A la fin de sa vie, interrogé sur ses films, Wilder disait vouloir les serrer sur son coeur, tous sauf Buddy Buddy, qu'il souhaitait "essayer d'ignorer". De fait, le film est né de la conjonction de trois facteurs: le succès (Relatif) de la sortie de L'emmerdeur (1973), de Edouard Molinaro, d'après une pièce de Francis Veber, aux Etats-Unis; le fait que Diamond et Wilder sentaient l'envie de faire un film leur démanger, et le manque total de succès des deux derniers films de Wilder, qui l'avaient poussé à réviser ses ambitions, c'est-à-dire à accepter la première commande qui vienne. Donc, voici le film que vous aimerez haïr, sorte d'anti-chef d'oeuvre officiel, film mauvais auto-proclamé... C'est un peu court, on va essayer d'y voir clair, avant de dire adieu à Wilder, je pense qu'il faut le faire proprement...
Le script, signé de Wilder et Diamond, respecte la trame originale jusqu'à un certain point; dans cette nouvelle version, le tueur à gages Trabucco, qui doit finir un contrat (il a déjà tué deux de ses trois victimes programmées), se retrouve dans le même hotel que Victor Clooney, un médiocre employé de CBS (il est censeur) que sa femme sexuellement insatisfaite a quitté pour le flamboyant et charismatique Docteur Zuckerbrot, un sexologue proriétaire d'un clinique spécialisée dans le sexe, donc. Bien sur, Victor Clooney, suicidaire, va être l'épine dans le pied de Trabucco, et son propre problème va passer devant celui de Trabucco, qui va avoir toutes les peines du monde à exécuter son contrat.
Bien sur, le titre fait référence à la "camaraderie" forcée de Trabucco et Clooney, qui tient plus de la thématique obsessionnelle de Francis Veber que de l'apport de Wilder et Diamond, mais l'idée qui sauve partiellement le film, c'est bien sur celle de confier à Lemmon et Matthau les rôles qui leur vont plutôt bien. Par opposition au neurologue de l'histoire originale, le fait que le docteur Zuckerbrot soit un spécialiste du sexe éclaire le film d'une lueur peu glorieuse... Là ou les piques à la censure dans les films précédents de Wilder étaient généralement de savoureux sous-entendus et des actes de bravoure salutaires, cette idée, et les scènes se relatant à cette fameuse clinique du sexe sont plus embarrassantes qu'autre chose, et comme Wilder est Wilder il en a parsemé dans tout le film, avec un Klaus Kinski aussi insupportable que d'habitude dans le rôle du docteur. On rit, principalement des aventures désastreuses de Trabucco et Clooney, et des personnages en particulier. Wilder reste Wilder lorsqu'il fait agir Lemmon en censeur, y compris dans les plus infimes détails de la vie quotidienne, lui dont le métier est de compter les gros mots et de raboter les scènes trop suggestives dans les fictions montrées sur CBS, il s'exclame, en voyant le pendentif en forme de pénis en érection du bon docteur (Quel gout exquis, mais passons): "Oh! that's the P-Word", un mot qui commence par P, pour Pénis. Mais Wilder, finalement, après avoir contribué à libérer l'écran, ne sait pas trop quoi faire de cette liberté, et elle pèse vite bien lourd.
Finalement, Clooney et Trabucco sont deux Américains que tout oppose, mais qui représentent bien le vide de la nation tel qu'il pouvait être ressenti en ces années pré-reaganiennes. La suite allait faire du vide des valeurs un cheval de bataille pour célébrer le culte de l'individu et de la réussite personnelle, avec les conséquences désatreuses que l'on sait, mais en attendant, Clooney et son incapacité sexuelle d'un coté, Trabucco et son obsession pour son objectif, qui fait de lui un tueur surdoué, sont un peu les deux facettes de l'Américain moyen: le trop plein de doute qui mène à l'abattoir, allusion à la contestation tous azimuths qui n'a mené nulle part, et l'absence totale de valeurs, trop encombrantes pour ne pas gêner l'efficacité. Wilder les voue tous deux à l'exil...
Voilà, il y a des restes quand même, en dépit de la sale réputation de ce film, et de ce qu'en ont dit non seulement Wilder, mais aussi ses acteurs. Si Lemmon s'est semble-t-il peu exprimé sur le film, Matthau et Kinski ne se sont pas privés, quoique Kinski ait surtout nié être dedans. Il reste soigné, plus soigné (et surtout moins prétentieux) que son prédecesseur, avec un scope de bon aloi, et une musique due à Lalo Schifrin, qui ne cache pas son gout pour l'auto-parodie... Il reste difficile à trouver, signe d'un film qui embarrasse même les ayant-droits, comme si la MGM (A moins que ce film ait été récupéré par Warner comme les autres films de la MGM d'avant 1982) avait elle aussi envie de passer ce film sous silence... le plus triste, c'est que ce film clairement médiocre va signer l'arrêt de la carrière de Diamond et Wilder. Dommage, mais j'en ai donc fini.
Avec The love nest, on est en revanche en terrain connu, et le film bénéficie grandement de tout ce qui a précédé: le personnage de Keaton, lunaire et décalé, est bien le même petit homme rejeté qu'il a mis au point, et beaucoup malmené dans ses derniers films, le scénario est très cohérent, comme si Keaton soignait sa sortie, et comme par hasard, l'intégralité du film se situe sur l'eau, dans un certain nombre de bateaux: parce que sa fiancée a rompu, une jeune homme décide de se couper du monde, et s'installe sur un bateau, seul avec des vivres, pour dériver. Il croise, après plusieurs jours, un baleinier, dont les marins le recueillent; ils sont gouvernés par un capitaine ultra-brutal (Joe Roberts) qui se débarrasse de ses coéquipiers en les jetant à la mer, ajoutant, touche personnelle, une couronne mortuaire à chaque fois. Bien sur, Keaton va souffrir...
ing: on sait que Sternberg y a travaillé, oui, on en a un peu le sentiment devant certaines scènes, mais pour le reste... Comment le réalisateur maudit en est-il venu à travailler pour l'aviateur autocrate Howard Hughes, on peut bien sûr se poser la question, mais la réponse viendra vite: il faut bien manger. non qu'a priori réaliser une comédie sur les rapports tendus entre l'Est et l'Ouest dans les années 50 soit une mauvaise idée, bien au contraire, et on se rappelle de Lubitsch et de son Ninotchka...
Désireux sans doute de se retirer du monde, Buster Keaton prend un ballon, et va camper en pleine nature. là, il s'apercevra bien vite qu'il n'est pas seul: Phyllis Haver est là aussi, prète à résister à ses avances. Mais, aussi inepte soit-il (Voir sa méthode de pêche, qui consiste à construire un barrage pour ensuite ramasser les poissons à la main, voir aussi son impressionant canoë démontable, etc), qui peut décemment résister à Buster Keaton?
demande à un diplômé en électricité de venir pour refaire l'installation électrique de sa maison. La grosse brute est volontaire, mais il porte sur lui le diplôme de manucure de la jeune femme. Celle-ci a le diplôme de Botanique de Buster, qui lui a hérité du diplôme d'électricité, il est donc engagé, et va pouvoir faire ce qu'on lui demande afin d'impressionner le fille de la maison, interprétée par Virginia Fox.
Une star se tue: elle se jette sous un train près de Paris, comme Anna Karenine, et comme Garbo dans la deuxième version qu'elle a interprétée du classique de Tolstoï. Fedora (Marthe Keller), l'actrice décédée, vivait en recluse auprès de quelques amis dans une villa à Corfou, mais personne ne l'a oubliée: ses funérailles sont grandioses, et un producteur Américain, Barry Detweiler (William Holden), vient rendre un dernier hommage à une femme qu'il a côtoyée... et entame alors un monologue en voix off, racontant comment il se sent responsable de cette mort depuis que, venu tenter de sortir la star recluse de chez elle, miraculeusement restée jeune malgré les années, il a mis les pieds dans ce qui est un sacré panier de crabes, découvrant en particulier l'actrice séquestrée par ses "amis", et maintenue dans une solitude qu'elle supporte de plus en plus mal... mais le producteur n'était décidément pas au bout de ses peines.
carrière à la MGM, ses étranges amis, et son obsession de la santé par les plantes ou encore par l'alimentation (Elle a eu une amitié prolongée avec le diététicien Gayelord Hauser). Wilder, qui a côtoyé Garbo pour laquelle il n'avait humainement aucune admiration ni affection, a repris de nombreux traits du personnage, mais il ne faut pas y voir un film à clef: le fait est que le personnage de Greta Garbo, par son sens du secret et du mystère, était un modèle bien pratique. Elle servait ainsi le propos de montrer une vedette qui avait tant à coeur de rester jeune qu'elle en était arrivée à des extrémités inattendues, y compris en mettant en scène sa mort d'une façon morbide et déplacée. Le cinéma, on ne le quitte jamais, semble dire Wilder... Qui s'amuse à mêler le vrai et le faux, en évoquant la culture populaire, mais aussi en convoquant le jeune Michael York et le moins jeune Henry Fonda pour jouer leurs propres rôles. Mais la scène de la remise à Corfou de l'oscar est intéressante: Fonda, président de l'Académie du cinéma, vient chez elle présenter à Fedora un Oscar pour l'ensemble de son oeuvre. Le vieux comédien est très ému, mais sait-il que la femme qu'il a en face de lui n'est pas Fedora? Non, et c'est sans importance: Fedora n'est qu'une image, presqu'un label. De son coté, le vrai Henry Fonda est présenté comme 'Le monsieur', 'le gentleman', voire, 'le président'... On oublie manifestement bien vite qui est Henry Fonda, mais on n'est pas près d'oublier Fedora, qu'importe si c'est elle ou son reflet. Non, Wilder n'aime plus tellement Hollywood, en cette fin des années 70.
Le problème, donc, n'est pas dans les intentions, mais dans deux aspects du film, l'un selon moi rédhibitoire, et l'autre furieusement embêtant. Dans cette histoire de la plus grande vedette que la terre ait jamais portée, on n'a à voir son talent que dans une scène d'un de ses films, où la vedette n'a qu'à barboter nue (voir photo plus haut), allusion par ailleurs à une jolie scène de nu de Myrna Loy dans The barbarian, de Sam Wood (ci-contre). Bref, on n'en verra pas grand chose, sinon les caprices et le coté star intouchable et imbue d'elle même... De plus, Marthe Keller n'est pas à l'aise en Anglais, et j'en viens à l'aspect rédhibitoire. Production internationale, le film a été tourné surtout en Anglais, et majoritairement post-synchronisé. Ni Marthe Keller ni Hildegarde Knef (la Comtesse) n'utilisent eurs voix (Knef est doublée et Keller doit affecter une voix grave dans laquelle elle est ridicule), et au moins la moitié des dialogues sonnent faux. Ajoutons que loin des studios Américains, Wilder se lâche. Beaucoup de plans donnent l'impression d'avoir été tournés à la sauvette. On sait quelles difficultés Wilder a du rencontrer pour tourner son film, mais le résultat n'est pas à la hauteur techniquement./image%2F0994617%2F20210923%2Fob_60ca35_burlesqueoncarmen.jpg)
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Les racines: voilà le sujet de ce film, à la fois très personnel et un peu dispensable, qui permet à Chaplin de battre le rappel d'un certain nombre de thèmes de prédilection, de routins et de gags de ses années du Music Hall. La référence est, bien sur, le music hall Anglais, là ou le comédien a fait ses premières armes, et la cible de ses observations, n'est ni le public huppé, ni le public populaire: les deux sont ici représentés, avec plus de temps de parole aux bourgeois sans doute, mais c'est la classe pouvrière qui a le dernier mot...