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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 18:39

Avec le dernier film de sa première trilogie Westernienne, Leone avait les coudées franches: les deux premiers rencontraient un franc succès partout où ils étaient montrés, et il avait donc un budget en conséquence, ce qui se voit d'ailleurs. Et il avait, d'une certaine manière tous les droits. Toutefois, si la version Italienne initiale (Si tant est qu'on l'ait conservée, ce qui n'est pas sûr) était à l'origine très longue (177 minutes), la version Américaine était moins ample, moins bardée de digressions, et c'est celle qui a fait autorité. Une restauration a eu lieu, tentant de conformer la version US à l'Italienne, mais la plupart des scènes insérées se trouvent aujourd'hui au coeur du film, dans la première partie qui, ma foi, semble la plus lente, et la plus propice au décrochage... Je ne sais pas dans quelle mesure cette nouvelle version est légitime, et "telle que Sergio l'aurait voulue", comme disent avec une larme les commentateurs impliqués dans tous les bonus DVD du film restauré...

En attendant, le film commence avec désormais ce qui est la franche acceptation de la stature mythique de ses films par le metteur en scène: en 25 minutes, il nous montre les personnages, leur motivation ou leur façon de faire, leur interaction aussi, en se passant aussi souvent que possible de la parole (la première phrase prononcée vient à la onzième minute...). Comme avec les films précédents, il nous donne à voir, se situe souvent au niveau du spectacle (Le capitaine nordiste qui réclame de ne mourir que lorsqu'il aura vu le pont sauter, par exemple), et Leone achève son film sur une figure circulaire qui vient en droite ligne du film précédent, avec reprise de la musique héroïque... L'ensemble du film est situé dans un énigmatique Sud Ouest en proie à une guerre de Sécession bien problématique pour qui a étudié l'histoire (Bien qu'il y ait eu semble-t-il une bataille située en plein coeur du Texas), avec trois anti-héros à contre-courant: le "bon", dernier présenté, c'est Clint Eastwood, surnommé Blondie. Le film, ultime clin d'oeil aux deux succès précédents, nous montre avec discrétion une sorte de naissance du mythe, avec l'arrivée entre les mains du personnages de deux accessoires qui ont fait sa singularité (Il ne les porte en effet pas dans la première partie): un gilet en peau de mouton, et le fameux poncho aux couleurs improbables que Clint ne porte qu'à la toute fin, après l'avoir pris à un homme mort auprès de lui. En dépit de son appellation, il n'est pas bien meilleur que les deux autres, mais le capital de sympathie du public lui est acquis. La brute (the bad en Anglais), c'est un Lee van Cleef ("Angel Eyes") plus noir et ambigu que dans le film précédent et en particulier profondément sadique. Enfin le "truand", c'est le véritable héros du film, le truculent Eli Wallach (Tuco) qui assure souvent le spectacle à lui tout seul, et qui se trouve comme un poisson dans l'eau dans le mélange détonnant entre mythe et vulgarité qui court du début à la fin de film.

Si le film est long, il ne manque pas de moments fascinants, notamment ceux autour de la bataille idiote (Et spectaculaire, à la David Lean si on se contente d'observer les moyens mis en oeuvre) à laquelle assistent Tuco et Blondie, qui s'installent bien confortablement avant d'en prendre plein les yeux, ou encore le début étiré et énigmatique auquel Leone nous fait assister presque en contrebande, en plaçant sa caméra derrière un champ d'obstacles, et nous donne l'impression d'assister à une scène volée, interdite... Il présente ses trois héros en pleine action par des arrêts sur image, et multiplie les contrastes optiques, en jouant de l'impressionnante profondeur de champ du Techniscope. Bref, il affûte ses armes, sans doute pensait-il déjà à la suite, le merveilleux film qui allait suivre? Peut-être, mais ce voyage en absurdie au terme duquel un héros est né a été assez loin dans le baroque et, grâce à Tuco, dans l'humour irrésistible: "If you want to shoot, shoot! Don't talk!"

 

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Published by François Massarelli - dans Sergio Leone Western Clint Eastwood
7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 17:00

Une fois arrivé aux Etats-Unis, Lubitsch a vite découvert que son style de comédie allait devoir évoluer, d'autant que sa première production Rosita, avec Mary Pickford a été dans l'ensemble une expérience mal vécue par tous les protagonistes. Les films qu'il a réalisés pour la Warner entre 1924 et 1926 constituent donc les premiers éléments de ce qu'on a appelé la "Lubitsch touch", un nouveau style, inspiré de films plus sophistiqués, et qui vont vite être parmi ce qu'il y a de meilleur. Cette comédie en est un exemple parfait. Interprété par le fidèle Monte Blue, déjà au générique de The marriage circle, il retrouve dans So this is Paris Patsy Ruth Miller, André (George) Bérenger et Lilyan Tashman; quatre protagonistes, c'est qu'à l'origine, le film était une pièce de théâtre... Sous le titre Le réveillon, la pièce était une production vaguement boulevardière de Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Hans Kräly, le collaborateur de Lubitsch a conservé le cadre Parisien, et les deux complices se sont efforcés non seulement de conserver les intérieurs (aucune scène en extérieur donc), mais aussi de souligner la nature théâtrale du matériel en poussant Monte Blue à utiliser son beau visage mobile pour faire des clins d'oeil au public. Parallèlement, Lubitsch va se livrer à un étonnant numéro de cinéma pré-sonore en filmant d'une façon très moderne un bal délirant, avec démonstration hallucinante de charleston... 

Théâtre:

M. et Mme Giraud sont mariés et heureux. Quoique... Mme Giraud (Patsy Ruth Miller) lit des romans à l'eau de rose dont les finals pleins de sentiments gluants la laissent toute émoustillée. Alors lorsque le voisin (George Bérenger), qui est danseur, se retrouve à demi nu en face, il y a de quoi s'émouvoir... Monsieur Giraud (Monte Blue) va y mettre bon ordre, du moins le croit-il, car une fois en face, il découvre que la voisine, donc, Mme Lallé, l'épouse du danseur, est une ancienne petite amie (Lilyan Tashman). De son coté, M. Lallé ne va pas tarder à découvrir que Mme Giraud est fort intéressante... Donc, on est en plein boulevard, et tout le monde ne va pas tarder à se désirer, se donner des rendez-vous, se tromper, se mentir...

Désir:

Bien sûr, en 1926, le cinéma n'a pas encore fait le tour des expressions directes et visuelles du désir, mais le film regorge d'allusions qui sont d'autant plus intéressantes, qu'elles sont en pleine lumière, la mise en scène rigoureuse de Lubitsch étant en pleine ligne claire, il n'y a que peu d'ambiguïté... Donc, Mme Giraud prise de suée après la fin de son roman, qui aperçoit l'exotique voisin, ou encore le regard égrillard de Monte Blue éméché, la tête tournée par toutes les jambes mises à nu devant lui, ou bien sûr la canne qui sert de prétexte, au début, à M. Lallé pour venir voir la belle Mme Giraud. Cette même canne, substitut phallique, lui sert à attirer l'attention de la belle voisine lorsque celle-ci est perdue dans sa rêverie en écoutant la radio.

Tromperie:

La franchise de Lubitsch ici est à des degrés divers; si elle désire effectivement dépasser le confort un brin ennuyeux de sa situation conjugale, Mme Giraud ne cédera jamais aux avances de M. Lallé. M. Giraud, en revanche, attiré dans un piège par Mme Lallé, ne va pas révéler lé vérité à son épouse, et va s'empêtrer dans des mensonges plus gros les uns que les autres. Quant aux Lallé, ce sont des chauds lapins, prèts à tout pour tromper leurs conjoints... on retrouve donc cette graduation dans la tromperie de The Marriage circle, qui permettait à Lubitsch d'éviter de trop prêter le flanc à la censure, gardant les héros un peu plus propres que les personnages secondaires. Néanmoins, on notera que Monte Blue va plus loin que dans le film précédent...

 Mensonge:

Tout le film suit la logique boulevardière, avec des mensonges organisés entre certains couples: M. Giraud ment à Mme, en ne lui révélant jamais qu'il a développé une amitié interlope avec Mme Lallé, ni qu'il a été arrêté par un policier en se rendant à un rendez-vous avec la voisine, et non au chevet d'un malade mourant. M. Lallé est supposé se rendre dans un sanatorium pour se faire soigner à la fin, alors qu'il va en prison à la place de M. Giraud, et ce pour trois jours. Du coup, son épouse n'a pas besoin de lui mentir avant de partir prendre du bon temps avec un joyeux luron rencontré au hasard d'un bal... Enfin, Mme Giraud en veut à son mari, mais ne lui révélera pas qu'elle était avec le voisin lorsque lui-même était au bal avec Mme Lallé...

 Cinéma pré-sonore:

La séquence est justement célèbre, et constitue une exception dans le cinéma Américain, généralement très peu perméable aux prouesses de montage, et aux séquences visuelles détachées du fil narratif d'une film: alors que Mme Giraud reste à la maison, croyant que son mari est parti purger sa peine de prison, elle écoute la radio, et on nous donne à voir un charleston endiablé, de plus en plus délirant, avec surimpressions, et un montage furieux. Occasionnellement, on y aperçoit Monte Blue et Lilyan Tashman, mais c'est très accessoire. La séquence semble à elle toute seule résumer et illustrer l'esprit "jazz" des années 20, le coté déluré, et la consommation frénétique de plaisirs, d'alcool (encouragée par la prohibition, de fait): en 6 minutes, Lubitsch qui ne se livrera que rarement à ce genre de digression a donc capturé l'essence d'une décennie.

Comme les autres Warner de Lubitsch que j'ai pu voir, on est face à un film superbe, absolument indispensable, distrayant, drôle, impertinent, qui a sa place au sein de l'oeuvre merveilleuse de l'un des plus grands cinéastes Américains de tous les temps, et qu'importe qu'il soit Berlinois.

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Published by François Massarelli - dans Ernst Lubitsch Muet Comédie 1926 **
7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 10:20

Revenir à la charge, en 1965, après Pour une poignée de dollars, a été sans doute la meilleure idée de Leone: après tout, si le film précédent a inauguré un genre, c'est celui-ci qui va le confirmer, et consolider le succès, avec en prime une distribution aux Etats-Unis, ce qui peut paraître inattendu, et l'était encore plus en 1965. A l'austérité du premier film, qui tranchait sur le cadre Westernien par le manque total de conviction morale affichée de son héros, Leone substitue un écheveau plus complexe qu'il n'y paraît, faisant un film dans lequel il n'y a pas un, mais deux héros. Ils n'ont juste pas les mêmes motivations. Avec Douglas Mortimer, interprété par Lee van Cleef (Comme Eastwood, un homme dont le visage même est une mise en scène à lui tout seul), Leone commence à nous parler de gens traumatisés par un acte de violence fondatrice, on retrouvera ce thème dans d'autres films bien sûr, et on assistera même en direct à un acte de violence blasphématoire dans Once upon a time in the West... Mais dans le film qui nous occupe, cet acte est partagé par un autre protagoniste, le bandit psychopathe El Indio, joué par Gian Maria Volonte. Mortimer, qui est chasseur de prime, ne pratiquera pas la violence gratuitement, et son cynisme apparent cache une blessure secrète.

Deux chasseurs de primes débarquent au Nouveau Mexique, dans le but de démanteler la bande d'un bandit échappé de prison, El Indio. Ils se divisent le travail, l'un d'entre eux restant à observer à l'extérieur pendant que l'autre infiltre la bande, participant de fait à un hold-up spectaculaire... 

Le film, comme le précédent, assoit sa mise en scène en la mettant en valeur aussi souvent que possible, Leone prenant un plaisir manifeste à convoquer toutes les ressources de la narration cinématographiques, et poussant un peu plus loin ses expériences du premier film de distorsion du temps et de l'espace. Mais c'est dans la représentation de la mise en scène qu'il excelle, et dès le départ. A ce titre, Mortimer est bien plus prolixe que Manco (Eastwood, une fois de plus doté d'un nom contrairement à la légende): la façon dont on adopte dans la première scène d'arrestation le point de vue du chasseur de prime est exemplaire du parti-pris de Leone de nous faire suivre en toute connaissance de cause les agissements de celui qui va longtemps être soupçonné d'être un personnage négatif, dont on attend longtemps qu'il joue un sale tour à Manco, justement... Mais non.

Aux agissements de Eastwood et Van Cleef, correspondent ceux d'un troisième "metteur en scène", Volonte lui-même, qui laisse le chasseur de prime infiltrer la bande, qui ensuite observe avant d'agir et de se servir de ses ennemis pour se débarrasser de ses propres amis, devenus encombrants. Le film et son tempo très lent, accompagné par la musique de Morricone qui en souligne la tension repose beaucoup sur le fait d'observer, comme en témoignent ces scènes très longues durant lesquelles les bandits, Manco et Mortimer, chacun de son coté, observent les policiers faire leur ronde afin de minuter les chances du casse...

Mais le film prend tout son sens dans la mise en scène du réalisateur lui même, qui aura bien sûr le dernier mot, au cours d'une séquence baroque et hallucinante durant laquelle Leone s'est enfin débarrassé de tout le superflu, gardant ses trois acteurs, réunis pour une dernière confrontation, un dernier spectacle, sur ce qui est un cirque, tracé par les restes d'une construction en ruines. Un cadre mythique, à la hauteur de l'enjeu: donner au film une fin inoubliable... Morricone se lâche, Leone multiplie les plans, et le reste appartient à l'Histoire.

 

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Published by François Massarelli - dans Sergio Leone Western
7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 09:52

En 1964, ce film avait tout pour n'être qu'un ovni: une intrigue tellement squelettique qu'elle tient en une phrase (un homme taciturne débarque dans un village sur la frontière Mexicaine et règle une vieille querelle entre deux bandes rivales en prenant le dessus sur tout le monde.), une production multi-culturelle (acteurs Allemands, Italiens et un Américain, le tout en espagne et censé simuler les Etats-unis), et une "star" problématique: Américain, oui, mais surtout connu pour son travail à la télévision. Et surtout, le film possédait un caractère inattendu, incongru, qui touchait au blasphème: un western tourné en Europe par une équipe Européenne.

Il serait mesquin de dire que tout le "western Spaghetti" est né de ce film, et ce serait faux: non seulement le terme péjoratif ne s'applique aux films de Leone que dans la mesure ou ils furent les premiers westerns Italiens, mais il y a un monde entre la producction à la chaine de petits films sans âme, avec Terence Hill ou même Lee Van Cleef, et cette déclaration d'amour au cinéma, qui inaugure non seulement une production Européenne valide, mais aussi et surtout représente la naissance d'un style, les premiers agissmenets d'un artiste. L'un des premiers grands cinéastes référentiels, les suivants étant bien sur des gens comme Spielberg, Lucas, Coppola, Scorsese... et Eastwood.

Le film est célèbre pour ses petits tics, parodiés souvent et généralement avec tendresse. Mais ce qui le caractérise, au-delà de l'habituelle juxtaposition des gros plans et des plans larges, de l'étirement du temps, de l'utilisation savante de la bande-son, c'est la mise en avant du processus de mise en scène. Joe, le héros joué par Eastwood (Il faut arrêter de l'appeler "L"homme sans nom", il en a un!!), est un homme qui n'est pas que doté d'un tempérament d'acier; il a aussi l'intelligence pour lui et met en scène en particulier la scène finale de confrontation, justement célèbre: Leone ne nous dit pas tout, il ne nous donne qu'une information: Joe trame quelque chose... le reste, c'est du cinéma pur, qui repose à la fois sur le fait de voir, d'écouter, sur la surprise et sur une solide dose d'humour. Donc, montrer, et surtout nous imposer de voir: deux préceptes de mise en scène qui sont ici montés en épingle, jusqu'à devenier le sujet même du film. Leone poussera cette logique plus loin dans le deuxième film en faisant interveniur un duel entre deux metteurs en scène; ajoutant à Eastwood un personnage de chasseur de prime interprété par Lee Van Cleef. En attendant, on pourra se délecter des plaisirs coupables de ce petit film, tourné pour pas grand chose, mais qui est meilleur que bien des westerns Américains contemporains, ceux de Andrew McLaglen en tête.

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Published by François Massarelli - dans Sergio Leone
7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 09:02

Un western! En 1985! Et alors? Justement, en 1985, faire un western paraissait aussi risqué, voire financièrement suicidaire, qu'aujourd'hui, sinon plus. D'autant que l'équipe (Kasdan, mais aussi les acteurs de son précédent film) se risquait pour la première fois sur ce tarrain. Si aujourd'hui on hallucine de voir ce brave Jeff Goldblum en joueur professionnel (Forcément pourri), on doit dire que Kevin Kline, et surtout Scott Glenn, Danny Glover et Kevin Costner s'en sortent extrêmement bien... Et l'appétit de Kasdan et ses acteurs pour les grands espaces, réhaussé par une musique au premier degré, très entrainante, fonctionne assez bien.

 

Alors d'ou vient cete impression de trop peu? Peut-être du fait que quoi qu'il arrive, rien dans ce film ne parvient à être meilleur que son ouverture, absolument superbe: Scott Glenn dort dans une cabane, et est réveillé par l'intrusion de bandits. ilo les élimine les uns après les autres, sans ouvrir la vabane donc, puis à la fin ouvre une porte sur ce qui est un paysage à couper le souffle... Si le mot fin avait été à cet endroit du film, on aurait un chef d'oeuvre, même s'il n'avait duré que trois minutes. Hélas, le reste est conventionnel, longuet, et désespérément vide, contrairement aux films d'Eastwood de la même époque. Costner, depuis, a rectifié le tir avec deux films essentiels: Dances with wolves et Open range.

 

Pour l'anecdote, le meilleur acteur de ce film, forcément, est John cleese. Ca s'appelle le génie.

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Published by François Massarelli - dans Western John Cleese
4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 17:41

Shangaied, ça veut donc dire "embarqué de force sur un bateau". Et ma foi, ça résume assez bien l'argument principal de l'intrigue: un capitaine de bateau (Bud Jamison) reçoit de l'armateur (Wesley Ruggles) l'ordre de naufrager son vaisseau pour toucher la prime. mais au préalable, il faut trouver des hommes: il enrôle donc le premier vagabond venu (...) pour assommer trois matelots potentiels, et bien sur, le vagabond finit par être ajouté à la liste. parallèlement, la fille de l'armateur (Edna Purviance), amoureuse du vagabond, a fui, et s'est cachée sur le bateau, afin d'échapper à la tyrrannie de son père: lorsque celui-ci l'apprend, son sang ne fait qu'un tour...

Les trois principaux éléments de l'intrigue, à savoir la réquisition des quatre hommes dont Chaplin, la fuite d'Edna et l'arrivée du père alors qu'un tonneau de dynamite menace de faire sauter le bateau, sont trois jalons situés au début, au milieu et à la fin du film, lui permettant de tenir debout. Sinon, il faut bien reconnaitre que ça ressemble beaucoup à de l'improvisation avec force gags liés au mal de mer, à la brutalité du capitaine, et à l'ineptie du héros quand on lui confie quelque tâche que ce soit.

C'est donc un petit film, pour Chaplin qui commence à trouver le temps long à l'Essanay. On sait que le contrat ne s'est pas très bien terminé, avec des conflits autour de plusieurs films: A burlesque on Carmen, dont la firme fera un long métrage derrière le dos de Chaplin parti à la Mutual, Police, qui avait commencé sous un autre titre et constituait en fait un film qui était la première tentative de Chaplin pour réaliser un film de longue haleine, le désormais inachevé Life, et Triple trouble, constitué de chutes de films (Dont Life) et que la Essanay a assemblé là encore derrière le dos du metteur en scène. Le fait que Shangaied ait l'air si vite fait mal fait est peut-être exliqué par ces tensions.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin
4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 10:46

Ce splendide film représente à mes yeux deux tendances des années 30, dans toute leur éclatante splendeur: d'une part, la réalisation par un major studio, la Warner, que les films devaient de nouveau retrouver la splendeur des années muettes, et ne pas avoir peur de faire dans le luxe et l'extravagance. Exit donc les budgets serrés, retournons aux dépenses somptuaires et au prestige: rien qu'en cette année 1935, les films "de luxe" vont se multiplier, et même aller jusqu'à valoir un Oscar pour le Mutiny on the Bounty de la MGM. D'autre part, le fait que le merveilleux et le fantastique féérique allaient pouvoir enfin être explorés, alors que les Américains s'y risquaient jusqu'à présent peu (Et les exemples conservés sont aujourd'hui peu ragoûtants, à part bien sur les films de Tourneur, ou le Thief of Bagdad de Walsh et Fairbanks).

 

 

 

A la base du film, se trouve la prestigieuse mise en scène de Max Reinhardt de la pièce de Shakespeare au Hollywood Bowl, qui a débouché sur un contrat pour faire le film. Pour le réaliser, bien sur, Reinhardt, qui était d'abord et avant tout un homme de théâtre, et n'avait à notre connaissance dirigé qu'un seul film, le court métrage sonore Autrichien Das Mirakel, en 1912. Comme il ne parlait que l'Allemand, la Warner lui dépêcha William Dieterle, alors sous contrat (Et déjà un metteur en scène de prestige à la firme) afin de jouer les interprètes de luxe... Le résultat reste, officiellement du moins, entièrement l'oeuvre de Reinhardt, dont il est vrai les connaissances scéniques ont été de toute évidence mises à contribution: construction d'un studio, utilisation de décors stylisés, et les parties féériques ont toutes une dimension théâtrale, parfois réhaussée ça et là d'un trucage photographique. L'utilisation de ballets, de costumes sombres ou blancs, va aussi dans le sens d'une illusion d'abord scénique. Pourtant le film n'est pas du théâtre filmé, mais bien du cinéma: la caméra est entièrement soumise aux exigences de chaque scène, et le montage est typique de la Warner, c'est à dire très serré. Les acteurs sont tous satisfaits d'être là, et ça se voit... On se réjouira de voir les débuts de la très grande dame qu'est Olivia De Havilland, à l'aube d'une belle carrière, et on pourra s'amuser aussi d'une part de voir Cagney jouer du Shakespeare, d'autre part de voir ses interactions avec Joe E. Brown. Tous les acteurs ne réussissent pas, je vous laisse juges.

Alors que le Alice de la Paramount, deux ans plus tôt, a assez mauvaise réputation (mais il faut sans doute le voir) ce film reste magique. Bien sur, on ne va pas aller derrière toutes les coutures, et on admettra que certains passages ont peut-être un peu vieilli, mais le pouvoir du film demeure, à l'égal de certaines productions Disney réussies (Sleeping beauty, voire Fantasia), et la beauté hallucinante de la production vaut à elle seule le voyage.

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Published by François Massarelli - dans William Dieterle Olivia de Havilland Shakespeare
4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 09:53

Ces trois films, dont la qualité varie, témoignet tous de la belle santé des productions de l'équipe Harry Langdon -Harry Edwards-Arthur Ripley: le premier est bien sur la vedette, le deuxième le réalisateur, le troisième le scénariste. Au fil des ans, avec l'aide de Capra, la légende d'un Langdon inepte a poussé les commentateurs à faire grand cas des collaborations de gens comme Edwards et ripley, justement, et à minimiser l'apport de Langdon; c'est pourtant bien le comédien qui est le centre de ces films, et son personnage original joue justement à l'encontre des canons de la comédie burlesque, a fortiori des habitudes de Mack Sennett. Sur les trois films, le meilleur est sans nul doute le troisième.

 

The sea squawk

 

Sous ce titre qui renvoie inévitablement à The Sea Hawk, de Frank Lloyd, ne se cache pas une parodie, juste un film assez standard des productions Sennett, situé sur un bateau, avec un vol de bijoux et des gags liés au travestissment, plus, décidément un rite de passage pour tous les comédiens, un singe capucin. Ca se laisse voir sans déplaisir, comme on dit, en particulier pour voir Langdon passer d'un kilt à une robe de damoiselle Sudiste.

 

Boobs in the wood

 

Sous ce titre désormais risqué (Mais Boob en 1925 ne voulait pas encore dire "nichon", comme en témoigne le film The boob de William Wellman, sorti en 1926 à la MGM: on n'imagine tout de même pas la firme du lion sortir un film de Wild Bill Wellman sous le titre "Le néné". Ca voulait tout simplement dire "nigaud".), se cache un chouette petit film dans lequel Harry et son partenaire Vernon Dent se disputent les affections de Marie Astaire (Aucune relation). Situé en Californie du nord, au pays des bûcherons en chemise à carreaux, il présente un certain nombre de gags en situation qui sont souvent irrésistibles (Dont une cascade sur un flume, ces conduits pour les rondins de bois) et surtout se conclut sur des séquences qui impliquent un harry soudainement paré d'une légende de tueur, un moyen de protection imaginé par marie Astaire. Par ailleurs, le film prouve que Leo Willis, qui jouait souvent chez Roach et Lloyd, avait ses entrées chez Sennett aussi...

 

His marriage wow

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Le meilleur des trois films, His marriage wow possède d'abord l'avantage de l'unité: cette histoire de ne divise pas radicalement en deux à la jonction entre les bobines, et tourne autour du mariage. La cérémonie, et la vie de couple. De plus, on y voit, de nouveau, Natalie Kingston, déjà aperçue dans Feet of mud et All night long: elle va désormais être la partenaire principale de Langdon, aux cotés de l'inamovible Vernon Dent. celui-ci joue un rôle étonnant de professeur psychanalisto-hypnotiseur, qui précipite le trop crédule Harry dans l'angoisse. Ce qui fait que l'enjeu du film est surtout situé da&ns la tête du protagoniste principal.

 

Harry Hope se marie: toute la noce l'attend dans une église, alors que lui s'est trompé. Il finit par arriver, ce qui n'était pas une mince affaire (Il demande son chemin à un policier, disparait du champ, et arrive par le fond du champ, pour redemander son chemin au même policier!), et est accueilli par l'un des invités de la noce, l'étrange "professeur" McGloom, qui lui fait comprendre à demi-mot que Harry va être sacrifié par son épouse sitôt le mariage effectué. Bien qu'il essaie de se tirer d'affaire, il est constamment récupéré, jusqu'au moment ou des infirmiers viennent chercher le "professeur", en fait échappé d'un asile.

 

une petite note au passage: la vue de Langdon, seul dans une église vide, renvoie à un plan célèbre de Seven Chances de Keaton paru la même année. Ce pourrait être la même église, du reste...

 

Le rythme, comme son personnage, appartient désormais en propre à harry langdon, qui laisse de coté la frénésie coutumière de chez Sennett, pour imprimer son propre timing à l'histoire. j'ai déja mentionné cette digression, qui voit harry langdon perdu revenir inutilement à son point de départ, mais sa lenteur est aussi faite de gestes, comme ce moment ou il comprend au début qu'il n'est pas dans la bonne église, et comme il a donné de l'argent au prêtre, il hésite à partir, revient, repart... Son ineptitude n'est pas de la bêtise, c'est une hésitation constante, une incapacité à prendre une décision. L'influence de Langdon sur Stan Laurel sera considérable...

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Published by François Massarelli - dans harry langdon Muet
3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 08:21

Voilà un film qui a tout pour être une curiosité, et qui en fait est bien plus que cela: pendant presque une demi-heure, sur les 65 minutes que dure le film, on assiste à un spectacle qui est proche du policier, un pré-film noir stylisé, et mené, on s'en doute, avec maestria. Puis le film bascule dans une nouvelle dimension, devient, conformément à son titre, un film fantastique, le troisième et dernier réalisé par Curtiz pour la Warner. Comme les deux précédents, Doctor X et The mystery of the wax museum, le fantastique apparait plus dans l'atmosphère que dans quoi que ce soit d'autre: le "mort qui marche" du titre est en fait un condamné à mort ressuscité par la science. Comme toujours, que ce soit dans le fantastique ou la comédie musicale, il est nécessaire à Curtiz d'ancrer son baroque dans la réalité, sinon il ne peut plus avancer...

Un procès tourne au désavantage de l'accusé, pourtant le juge Shaw sait ce qu'il risque: face à lui, il a Nolan (Ricardo Cortez), un avocat dont le système mafieux en fait trembler plus d'un... une fois le verdict prononcé, le juge a de fait prononcé son arrêt de mort; seulement il faut faire attention, et Nolan a justement un plan: un pianiste, John Ellman (Boris Karloff), condamné par Shaw, vient de sortir de prison. On va lui mettre le meurtre de Shaw sur le dos. Le plan se passe à merveille, sauf pour un couple de scientifiques qui passait par là, et qui a vu les gangsters mettre le cadavre du juge dans la voiture d'Ellman. Menacés, ils ont résolu de ne rien dire... Ellman "défendu" par Nolan va être condamné à mort, et il a beau clamer son innocence, rien n'y fait. Le jour de l'exécution, les deux jeunes scientifiques (Marguerite Chrurchill, Warren Hull), pris de remords, se confient à leur patron, le docteur Beaumont (Edmund Gwenn), un génie qui travaille sur le maintien en vie de cellules et d'organes, et ils contactent tous les trois la personne qu'ils pensent devoir contacter pour faire libérer Ellman, Nolan, qui fait trainer les choses. Ellman est exécuté, Beaumont se résout à tenter l'expérience de le ranimer...

Ce mélange des genres, et le coté gothique du film dont la plupart des scènes se situent de nuit, le coté inéluctable de la vengeance, et les images de la lente mais sûre progression de Boris Karloff, silhouette penchée et impassible, on ne compte pas les motifs qui ont du décider Curtiz à faire ce film, et à le signer de la première à  la dernière minute... Les scènes conscrés aux opérations scientifiques, toutes de poudre aux yeux, montrent bien quel parti un grand metteur en scène peut tirer d'un laboratoire encombré, et d'une tension dramatique poussée à son comble. Curtiz a déjà fait le coup dans Doctor X, ici, il y va plus doucement, aidé en cela par l'austérité du noir et blanc ... N'empêche, même improbable, avec ses trois scientifiques si pratiques pour mettre l'histoire en route, le film ne semble rien avoir de trop, et en dépit de sa brièveté, on ne peut pas imaginer d'autre développement au film, comme ses deux prédecesseurs. Les thèmes chers à l'auteur sont bien là, depuis le destin tragique de John Ellman, à la présence d'une organisation tentaculaire de manipulation des âmes, autour de Nolan, un démiurge plus qu'un gangster. Beaumont, de son côté, n'est pas ennemi de la manipulation, comme lorsqu'il met en scène un concert du pianiste ressuscité John Ellman, afin de confondre les membres de l'organisation de Nolan, qu'il a invités. Comme dans ses futurs films noirs, la duplicité des êtres, notamment Nolan, y explose au grand jour...

Quant à Ellman, Curtiz lui a réservé un traitement particulier. L'homme, qui accepte sa mort à venir lorsqu'il a compris que le recours ne viendrait pas, a une dernière volonté: il souhaite de la musique lors de sa marche à la mort... Plus tard, après son réveil, c'est au piano qu'il va révéler qu'il n'est pas qu'un corps réveillé, que son âme est toujours là, et que c'est bien lui John Ellman: sa musique devient un symbole de la vie. Mais en présence des bandits, il se dédouble, l'enveloppe corporelle d'une part, celle de John Ellman, et un ange exterminateur d'autre part...Les indices abondent dans ce sens, de la scène du concert, durant laquelle pendant qu'Ellman joue, son visage qui fixe ses meurtriers s'éclaire d'une étrange lueur, et le regard effrayant, accentué par la paupière paralysée de l'oeil droit, leur envoie un message d'une aveuglante clarté; la musique redevient, comme au moment de l'exécution, l'annonce de la mort. Durant les scènes ou Ellman se rend chez les bandits afin de les tuer les uns après les autres (Sans jamais les toucher), Curtiz convoque toute sa virtuosité, et toute sa panoplie, afin de séparer Ellman de son corps: recours aux ombres, forcément, utilisation de miroirs dans le champ, noirceur de la nuit... la scène du premier meurtre se conclut sur une scène impossible, avec l'ombre de Karloff, qui seule, descend un escalier...

On était prévenu, par une courte scène, en apparence anodine. Curtiz, qui a déja filmé à sa façon les préludes d'une exécution, et le refera pour Angels with dirty faces, a une fois de plus ici joué avec la représentation de l'indicible, en nous montrant de façon solenelle l'approche de la mort, cadrant d'abord l'ombre d'Ellman dans sa cellule avant de nous montrer son corps, mettant en scène par l'arrivée du musicien (un violoncelliste) le retard pris par l'exécution, lentement laissant les officiels, prêtres, gardiens, etc, s'approcher de leur pas lourds, puis au moment opportun, le professeur Beaumont et le procureur appelle; c'est un garde qui prend l'appel, et à ce moment, la lumière change, indiquant que l'homme est déja soumis à ses décharges électriques. Toute cette mise en scène devrait nous conter la mort d'un homme, mais Curtiz en raconte en fait la transformation, la séparation... Une scène de plus pour montrer où penche le coeur de l'eternel romantique Curtiz, fasciné par cette ulime confrontation à l'humain qu'est l'exécution d'un condamné, qu'il n'approuve pas, mais qui l'inspire artistiquement.

Lorsque Ellman, qui a vu la mort, et n'en a plus peur, retourne là d'où il vient, le professeur Beaumont prononce quelques fadaises sur Dieu, la mort, les mystères... Qu'importe: On sait où Ellman a été, on sait où il veut retourner. Du reste, sa mission est accomplie. Aucun ridicule dans ce film. pas plus que de scène en trop, l'interprétation au premier degré rend justice à ce qui n'aurait été qu'un honnête petit thriller fantastique, si le talent, le génie même de Curtiz n'en avait pas fait un chef d'oeuvre, baroque certes, mais définitif. Curtiz ne reviendra jamais au fantastique après ce film...

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz
2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 13:12

Après avoir donné sa vision du calvaire d'un homme, son ami, en proie à une fantastique machination judiciare et morale qui allait le détruire avec Cops, Keaton est, en apparence du moins, revenu à des choses plus traditionnelles, avec ce nouveau film. Jouant toujours le chaud et le froid, et passant d'un extrême à l'autre, Keaton donne avec ce court métrage l'illusion d'une unité (lieu, histoire, enjeux) et de banalité rare dans son oeuvre. Pourtant, il y a bien plus à voir dans ce petit film qu'il n'y parait, même si il faut admettre que ce n'est pas l'un de ses meilleurs films, loin s'en faut.

 

Dans un quartier 'ethnique', un juge Polonais s'apprête à célébrer un mariage, lorsque deux personnes entrent en collision: Buster lui même, et une jeune (?) femme volumineuse et un brin disgracieuse, jouée par Kate Price: il se défendait contre un facteur qui lui en voulait, suite à un petit quiproquo; en tout cas, au moment de la collision, ils étaient juste à hauteur du tribunal, et Buster avait sur lui une lettre qui ne lui était pas adressée. Entrée, avec Buster qu'lle avait pris par le col, dans le tribunal, afin de dénoncer les agissements du voyou, Price s'est donc retrouvée mariée par erreur, et par un juge qui ne maitrisait pas l'Anglais, à Buster Keaton. Et comme sa famille, entièrement composée de gaillards de la carrure de Joe Roberts, et dans laquelle on est assez tolérants (il y a un malfrat et un policier), est accueillante, on rajouta donc un couvert.

 

Après, le film découle entièrement de cette scène. Buster ne cherche pas à fuir tout de suite, il semble étrangement accepeter son lot, et ne se pose pas de questions lorsque la famille déménage vers une suite luxueuse: les frères de la jeune femme ont en effet découvert sur les vêtements de Buster la lettre (qui ne lui appartient donc pas) dans laquelle on annonce un héritage fabuleux... Lorsque le pot-aux-roses sera découvert, bien sur, Keaton passera un sale quart d'heure.

 

L'histoire se suit aimablement, mais il faut reconnaitre que Buster Keaton a pris un malin laisir, peut-être un brin masochiste, à représenter son personnage aux prises avec des grosses brutes qui ont tous une carrure imposante, et qui l'examinent sous toutes les coutures comme un jouet... de plus, le jeu sans concessions de la pas vraiment tendre Kate Price ne le ménage pas non plus; y aurait-il un rapport avec le mariage pas simple de Keaton avec la jolie Natalie Talmadge, dont les deux soeurs Norma et Constance, le frère Richard et le beau-frère Joe Schenck (Propre producteur de Keaton, au passage) sont tous des sommités du cinéma? Cette scène, qui voit Keaton privé de viande alors que tous les néanderthaliens qui l'entourent se sont copieusement servis, est-elle une métaphore de la propre situation de Keaton dans sa propre famille? et l'appat du gain, qui pousse la famille de Kate à choyer momentanment Buster, est-il une vision de ce qu'on souhaitait faire de Keaton dans cette famille? On sait que Keaton n'a jamais souhaité être plus que confortable, et s'accomodera de toutes les galères, sa vie durant. peut-être Natalie n'était-elle pas aussi détéerminée. Oh, bien sur, ce ne sont là que spéculations...

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet