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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 19:00

Le troisième Chaplin produit par Essanay est encore une fois rempli de promesses, d'avancées et aussi d'une petite dose de reculades: Chaplin y incarne un vagabond engagé pour servir de partenaire d'entrainement à un boxeur brutal, et qui a trouvé la parade: le coup du fer à cheval dans le gant de boxe. Il devient du même coup LE champion, et va devoir tenir lors d'un match contre une abominable brute (Bud Jamison), résister à la proposition de corruption d'un aristocrate moustachu (Leo White) et séduire la fille de son entraineur (Edna Purviance)...

 

Dès le début, on voit que Chaplin a encore progressé: il a inventé un contexte pour son personnage et prend son temps pour nous l'exposer: il est ici un vagabond, et le film commence sur un plan de lui, assis, avec un chien. Il se nourrit, et prend le temps de partager son sandwich avec son chien. En un seul plan, on a l'humanité du personnage, sa condition et son histoire... Il a désormais une motivation. Le reste du film se voit sans déplaisir, et est, pour une fois, en trois parties plutôt qu'en deux. La première voit Chaplin devenir boxeur, la deuxième montre les préparatifs du combat, et la troisième tourne justement autour du combat lui-même. c'est la plus austère, articulée autour d'un seul plan, le ring et les deux boxeurs dessus. le combat lui-même est bien chorégraphié, mais reste asse conventionnel: Chaplin fera beaucoup mieux...

 

S'il a désormais à coeur de donner une dimension humaine plus intéressante à ses histoires, et d'intégrer sa pantomime à des films moins hystériques que chez Sennett, Chaplin est encore à la recherche d'histoires qui lui permettront d'explorer l'âme de son personnage: ici, le chien et son maître forment un couple sympathique, ce dont Chaplin se souviendra évidemment, mais il manque encore beaucoup de choses, qui viendront. the champion est une excellente comédie, l'une des meilleures Essanay, de toutes façons.

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet
22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 18:23

Tourné en 1932, à la même époque donc que Doctor X et Cabin in the cotton, ce film au joli titre est typique de la période post-The front page, de Lewis Milestone : ce qui aurait pu être un mélodrame pur est en fait inflitré par des scènes de comédie durant lesquelles des journalistes parlent avec le débit d’une mitraillette. Lee Tracy est présent, mais son rôle est moins léger que dans Doctor X, puisque le Strange love (L’ « étrange passion » en Français) du titre, c’est lui. On nage en pleine atmosphère risquée et pré-code : Molly Louvain (Ann Dvorak) est une jeune femme qui travaille dans un hôtel où elle vend des cigares. Elle fréquente un jeune homme de bonne famille qui disparait de l’histoire au moment ou il allait la présenter à sa famille : Et pour cause, elle attend un enfant de lui. Elle confie l’enfant à une nourrice, et trouve refuge dans les bras d’un gangster (Leslie Fenton), mais répugne à participer à ses mauvais coups. Elle se retrouve malgré tout à ses cotés, par hasard, lorsque celui-ci commet un meurtre. On cherche partout Molly Louvain, jeune femme brune, elle sera donc blonde, et se cache avec Jimmie, un jeune étudiant amoureux d’elle, dans un immeuble ou habite Scotty, un journaliste qui enquête précisément sur l’affaire Louvain.

On s’attache à Molly, qui restera le principal point de vue jusqu’à l’arrivée de Scotty. La première scène donne le ton : un homme et une femme s’approchent d’une mare, reflétés dans l’eau, pour une promenade bucolique. Mais la femme pleure : on n’en saura pas vraiment la raison avant de découvrir l’enfant. L’homme tente de la rassurer, lui promettant que tout ira bien et que sa mère acceptera leur mariage. On sait que ce ne sera pas le cas. Dès le début, Curtiz place Molly en porte-à-faux avec les protagonistes masculins, systématiquement sur un autre agenda qu’elle : Nick lui ment, son fiancé trop faible l’abandonne pour faire plaisir à sa maman, et Jimmie idéalise Molly au point de s’aveugler. Le seul qui ne tentera pas de lui raconter des bobards, c’est Scotty, mais il l’enverra malgré tout en prison involontairement.

La mise en scène, fluide et dynamique, repose beaucoup sur des mouvements de caméra qui partent des détails présents dans le champ : journaux, valises, vêtements, Les jambes d’Ann Dvorak, etc. L’élégance habituelle de Curtiz rend la vision très plaisante, et c’est un bonheur cinématographique complet. Pas un chef d’œuvre, non, il y manque sans doute le grain de folie qui se retrouve dans Doctor X, ou l’urgence baroque de 20,000 years in Sing-sing. En attendant, la vision de ce film excitant est totalement recommandée, et nous permet de retrouver l’étrange Ann Dvorak, dont la Warner voulait faire sa grande star avant de remarquer Bette Davis… après Three on a match de Mervyn Le Roy Elle joue ici une autre femme au destin fatal, mais c’est plus la frustration d’un passé que l’on devine (L’absence de sa mère, le sentiment d’être pourrie -rotten- comme elle le dit souvent) plus que les circonstances fatales qui motivent l’approche de Curtiz dans ce film. Cela dit, des détails de mise en scène portent l’accent sur un thème familier au metteur en scène, puisque Molly est en exil permanent. La fuite de l’héroïne avec Nick, le gangster, est symbolisée par les plaques d’immatriculation de leurs voitures successives, indiquant des états différents (Missouri, Ohio, Illinois) et des années d’émission différentes : 1930, 1931. Un moyen purement visuel d’indiquer à la fois la fuite en avant, le passage du temps et le déplacement dans l’espace. La fuite perpétuelle de Molly trouve un écho dans l’indécision de Scott, qui dit en voyant la jeune femme boire avec aplomb son bonheur de l’avoir trouvée, et ironise aussi souvent que possible sur leur compatibilité. Mais le fait est qu’il a raison, ces deux-là se sont trouvés, et ils sont faits l’un pour l’autre.

Le happy-ending de rigueur ne doit pas masquer qu’après tout, même si Scott se battra pour l’en sortir, Molly va quand même en prison, et la partie ne sera pas facile. Une fois de plus, le pessimisme de Curtiz transcende tout, même le film lui-même…

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Pre-code
22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 09:05

 

Dans cette comédie très bien faite à tous points de vue, Bette Davis est une riche héritière d'un magnat du pétrole Texan (Eugene Pallette) habituée à faire caprice sur caprice, qui souhaite se marier avec un populaire musicien interprété par Jack Carson. Ils ont contacté Steve Collins (James Cagney), un pilote criblé de dettes qui accepte de les emmener à Las Vegas afin de semarier, mais celui-ci comprend vite qu'il y a plus d'argent à se faire en faisant affaire avec le père qui s'oppose violemment au mariage. Il conclut donc un accord avec celui-ci, lui promettant de ramener la jeune femme contre une somme substantielle...

 

Warner a beaucoup insisté à la sortie de ce film sur le coté historique de la "rencontre" entre Cagney et Davis, deux de ses plus grandes stars; mais c'est avoir la mémoire un peu courte: les deux partageaient le générique d'une comédie dès 1934: il s'agissait de Jimmy the gent, de Michael Curtiz, dans lequel Cagney était un margoulin qui se lançait dans le business de l'agence matrimoniale, et Davis travaillait pour la concurrence... Ca ne faisait pas dans la dentelle, mais c'était très plaisant de toute façon. Cette amnésie est peut-être à mettre sur le compte que le film de 1934 était un "véhicule" pour Cagney, et Davis y était en deuxième position. Ici, nous avons une affiche clairement partagée par les deux stars, et l'alchimie entre les deux fonctionne très bien. Le film aurait pu stagner, dans la mesure ou après l'enlèvement de davis par Cagney, ils sont perdu dans un désert à la fronttière entre Californie et Nevada, mais ils se situent juste à coté d'une "ville fantôme" dont le seul habitant est Harry davenport dans le rôle d'un vieil hotelier pittoresque. Les trois "naufragés vont cohabiter, et bien sur les deux stars vont d'escarmouches en calineries, et de chicaneries en baisers... Sinon, la digne héritière (Ainsi, comme entémoigne ici une photo, que son kidnappeur) va faire connaissance avec le trop-plein d'affection des cactus locaux.

 

Le film a du rythme, les acteurs n'ont rien pour les arrêter, et le spectacle est plaisant; manque, sans doute, un grauin de folie, on nepeut qu'imaginer ce qu'un Hawks aurait fait avec cette comédie sage. William Keighley, ici, a assuré le spectacle, est s'est, comme d'habitude, retranché derrière les dialogues (parfaitement écrits, d'ailleurs) et la situation. ce n'est pas à proprement parler une déception, mais c'est un film sans génie. Mais ce qui rattrape tout, c'est de se dire que finalement ce genre de film était le tout-venant de la Warner en 1941: Pas mal pour du menu fretin, quand même... Et d'ailleurs, comme c'est la Warner, la musique de cette sympathique mais anecdotique comédie est signée de Max Steiner. Pas son meilleur "score", mais quand même: la classe!

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Published by François Massarelli - dans Comédie
21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 18:15

Romeo Bosetti, c'est l'un des noms qui reviennent souvent lorsqu'on parle des burlesques Français des tous débuts du cinéma. Chez Gaumont, le monsieur a créé un style propre, fait d'une excentricité contrôlée, précurseur du surréalisme, jouant plus sur la notion de décalage que sur le chaos, contrairement à un Jean Durand dont la troupe de comédiens-acrobates avait pour mission de faire régner l'anarchie dès le début d'un film. Les situations de Bosetti ont besoin d'un point de départ, mais celui-ci n'a rien d'humain: trois des quatre comédies dont il va être question répondent à ce schéma, ainsi que la cinquième, anonyme aujourd'hui, mais d'un style qu'on peut attribuer à Romeo Bosetti.

 

Expressions photographiques (1906) est une fantaisie basée sur un principe simple: trouver dans la vie amoureuse des équivalents de ce qu'on fait en photographie, et donc bien sur en matière de cinématographie. La prise d'un cliché, ou l'histoire d'un couple, placés sur le même plan, une idée poétique de Louis Feuillade, qui donne un film court et plaisant.

 

Anonyme, donc, L'homme aimanté (1907) raconte comment un monsieur (redingote surranée, haut-de-forme, canne, il est identifié comme un bourgeois) lassé de devoir se faira attaquer par les "apaches" de Paris, se fait confectionner une cottede mailles, qui lui est livrée hélas après avoir été aimantée. Bien sur, il ne peut faire un pas sans attirer tous les objets métalliques des environs. Atypique, ce film a une exposition bien longue, et ne laisse libre cours à son joyeux délire que lors des deux dernières minutes. Néanmoins, on est dans un style de comédie qui ne cède pas à l'hystérie collective, ce qui est au moins un point positif dans une industrie comique portée sur l'excès.

 

La course aux potirons, de 1908, est basée sur les films-poursuites qui étaient légion en particulier chez Pathé. ici, es potirons s'échappent d'une carriole dans une rue en pente (ce qui ne les empêchera pas de remoter d'autres rues, nin de grimper sur les toits, suivis par un certain nombre de gens, et accessoirement un âne. une visite particulièrement surréaliste de Ménilmontant!

 

Calino bureaucrate (1909) est un film très court avec Clément Mégé, dit calino, qui tournant souvent avec jean Durand. Ici, il est en retard, et doit traverser les rues de Paris, remplies d'authentiques Parisiens un brin médusés, pour se rendre à son travail. Il orend le temps en chemin de se livrer à des excentricités variées, mais heureusement le film ne dure que deux minutes: Sennett en aurait probablement tiré deux bobines entières. Tel quel, il est parfait!

 

Enfin, L'agent a le bras long (1909) est à prendre au pied de la lettre: qu'il s'agisse de rendre service ou d'attraper les voleurs, l'agent de police qui est le héros de ce film est doté d'un impressionnant bras téléscopique. Honnêtement, on n'est ici pas loin des délires graphiques de Terry Gilliam dans ses dessins animés réalisés pour les Monty Python; ce petit film a un charme fou, une certaine vitalité, et pousse sa logique délirante jusqu'au bout.

 

Encore un effort, chez Gaumont, pour consacrer un DVD à Bosetti dans un coffret "Cinéma Premier, volume 3"? On peut toujours rêver...

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Published by François Massarelli - dans Muet
20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 17:58

 

 

Film typique de ce que Michel Chion a appelé l'inter-rêgne entre le muet et le parlant, The younger generation est hybride, majoritairement muet avec quatre séquences parlantes qui ne doivent pas totaliser plus de vingt minutes. Adapté d'une pièce de Fannie Hurst, l'auteur de Humoresque, qui fut un gros succès pour Frank Borzage en 1920, le film est tout comme celui de 1920 l'une des rares incursions de Hollywood dans la communauté Juive, et le film ne ménage pas sa tendresse. Premier acteur cité au générique, Jean Hersholt y interprète Julius Goldfish, un marchand du Lower East Side, dont la maison brûle à cause de l'animosité de son fils Morris pour son voisin Eddie Lesser, qui est très proche de la soeur de Morris, Birdie. Morris, qui travaille, va faire preuve d'esprit d'initiative, et la famille va grâce à lui gravir les échelons. Les années passent, et les Goldfish sont désormais une famille huppée sur la 5e avenue, dont le chef est Morris (Ricardo Cortez). Outre Julius et son épouse (Rosa Rosanova), la fille est interprétée par Lina Basquette, la "Godless girl" de DeMille l'année précédente. comme dans le ghetto, la famille fonctionne selon une division très claire: la mère est toute entière dévouée à son fils, mais le père et la file sont plus proches l'un de l'autre. Morris se comporte en dictateur, imposant des règles en fonction de son désir d'avancer en société. il intedit à son père tous ses plaisirs, revoir ses amis, voire se montrer dans son ancien quartier. pire, il interdit à Birdie de revoir son amoureux eddie Lesser (Rex Lease). Et lorsque celui-ci fait de la prison pour avoir été complice d'un cambriolage, Morris chasse Birdie...

 

Le héros semble être Julius, et la verve de Hersholt attire beaucoup l'attention, mais le titre est aussi suffisamment explicite. Le film nous conte, à travers les parcours très différents de Birdie et Ed d'une coté, et de Morris de l'autre, épris de respectabilité et de réussite au point de se renier, la difficulté à se situer des enfants d'immigrés Juifs qui sont nés Américains. L'émancipation pour Birdie passe par un respect affectif de ses parents, mais pour Morris, elle doit passer par le gommage de toutes les aspérités. Celui qui souffre le plus de cette volonté de mentir sur ses origines (symbolisée d'ailleurs par un mensonge explicite dans le film, lorsque Morris renie ses parents face à eux, dans une scène d'une grande cruauté), c'est bien sur Julius: il y a du Mr deeds au début, lorsqu'il se réveile et ne parvient pas à adapter son bon sens à de nouvelles habitudes luxueuses que voudrait lui faire prendre son fils. Une scène dans laquelle la tendresse de Capra et Hersholt à l'égard du personnage est évidente, le voit tenter de blaguer avec le majordome, et sourire lorsqu'un livreur le suit dans sa tentative d'humour. Ces quelques secondes de complicité sont l'une des rares ocasions pour le vieil homme de rire, il s'en plaint, d'ailleurs, et va littéralement décliner lorsque Birdie sera chassée. On le voit, seul dans une pièce, se plaindre des persiennes qui lui cachent le soleil.  Ricardo Cortez a le rôle délicat d'assumer d'être le méchant du film. Il est raide, sec, mais à la fin, lorsqu'une fois sa famille partie le riche Morris s'assied dans un fauteuil, les persiennes dessinent une ombre sur son visage: son père lui a légué son malheur... Son assimilation est peut-être réussie, mais il a raté tout le reste...

 

Les scènes muettes sont les meilleurs moments du film, ce qui n'est pas une surprise, le rythme des dialogues étant typiquement lent, comme c'était la règle en 1929. La première bobine en particulier, celle qui se termine par l'incendie, est typique du talent technique de Capra, très à l'aise dans la description du quartier, et la l'exposition des personnages. Mais si les scènes parlantes sont moins intéressantes, Capra a fait des efforts pour maintenir un montage assez fluide, et ne pas laisser le dialogue faire la pluie et le beau temps. Certains dialogues sont lourds, d'autres marqués de beaux moments: un quart d'heure entier, à la fin de la troisième bobine et sur toute la suivante, est consacré à des scènes parlantes par lesquelles le cinéaste nous montre les personnages dans leur nouvel environnement du à la persévérance de Morris. Elle servent un peu de complément à l'exposition des personnages, et tous les cinq participent aux dialogues. une autre scène vers la fin, voir Julius retourner "chez lui", visiter la mère d'Eddie, afin de prendre des nouvelles de sa fille. Mrs Lesser ayant reçu une lettre, Capra utilise le son pour nous faire entendre la lecture de la lettre par un enfant.

 

J'ai déja mentionné le passage durant lequel Julius Goldfish se comporte ccomme un Deeds, au réveil, cherchant désespérément des joies simples qui lui sont refusées, mais le film est empreint d'un autre thème typique du metteur en scène: l'ennemi, ici, vient de la famille, comme dans Mr Smith goes to Washington Claude rains est à la fois un ami de Stewart et un corrompu, ou dans Meet John Doe dans lequel Cooper est manipulé par la femme qu'il aime, comme dans It's a wonderful Life le péril vient de la ville elle-même, à travers la volonté hégémonique de l'un de ses citoyens. on pourrait aller jusqu'à citer les nombreuses organisation tordues dans ses films, voire la famille de cinglés de Arsenic and old lace: chez Capra, le mal est d'abord très proche, il faut aller le chercher au fond de soi. C'est un constat très Catholique à faire pour un cinéaste Italien, mais qui peut surprendre devent un film qui ne sort jamais ou presque jamais de la communauté Juive. Pour finir, le film confirme l'intérêt de l'oeuvre de capra, et bien sur son incroyable vitalité, tout autant que son talent à faire des mélodrames qui vont loin. Pas jusqu'au miracle, on n'est pas chez Frank Borzage, mais le mélodrame à la Capra est plus réaliste, moins enflammé, et finalement aussi attachant.

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra Muet 1929
20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 11:25

The mad genius, sans être le chef d'oeuvre de Michael Curtiz, est un film essentiel pour comprendre le génie fou qu'était le metteur en scène. Et tout d'abord, Ivan Tsarakoff, c'est lui.

Ce film nous conte l'histoire de ce marionnettiste minable, interprété par john Barrymore, qui un beau jour quitte sa Russie natale: un gamin, Fedor (Frankie Darro), poursuivi par son père (Boris Karloff) a trouvé refuge dans son théâtre ambulant, et Tsarakoff l'a caché, et a décidé après l'avoir vu gambader comme un capri d'en faire le danseur étoile que lui, Tsarakoff, né infirme, n'a jamais pu être. Puis le film nous transporte à Berlin, ou le riche et prospère Tsarakoff a une entreprise artistique qui tourne rondement, et va nonchalamment de coulisse en coulisse chasser la jeune donzelle, veillant d'un oeil discret mais jaloux la destinée de son étoile, Fedor (Donald Cook), qu'il appelle "Mon fils" à chaque fois que possible. celui-ci est amoureux de la prima ballerina, Nana Karlova (Marian Marsh), à laquelle tout le monde est attaché, en particulier Serguei, le maître de ballet, que Ivan tient en son pouvoir, puisque il est cocaïnomane, et que c'est à Ivan qu'il revient de lui fournir ses doses. Lorsque Fedor annonce à Ivan qu'il va se marier avec Nana puisque celle-ci refuse de se contenter de coucher avec lui, Ivan sent le danger et va tout faire pour les séparer, en gardant bien enrendu le controle de Fedor...

Dès la première bobine, qui constitue le prologue du film, la personnalité de Tsarakoff est cernée visuellement par un Curtiz en forme: les deux marionettistes sont quasi seuls dans le théâtre, seul Fedor est la qui assiste à la représentation. la marionnette que Ivan agite a un problème, Fedor la tire à lui, et l'observe. pendant ce temps, Karloff est arrivé dans le théatre de toile, et s'est saisi de Fedor: au moment même ou il le saisit, Ivan brise la marionnette, et on entende le cri de douleur de Fedor... Cette marionnette-Fedor reviendra plusieurs fois dans le film. Toujours dans le prologue, le petit s'est enfui de la poigne de son père, qui le cherche autour de la tente, et on devine que Fedor est en réalité revenu charcher refuge auprès D'Ivan: un plan nous montre Karloff entrer sous la tente, pendant qu'un ombre gigantesque, celle d'Ivan bien sur, l'attend tranquillement. Les jeux d'ombres, toujours virtuoses, et leur fréquence, permettent souvent de signaler l'intérêt que Curtiz a pris dans un film: il a du adorer faire ce Mad genius.

La deuxième bobine entame un passage de 30 minutes environ, qui se situe intégralement dans le théâtre, aux décors hallucinants d'Anton Grot. Quelques plans nous montrent le théâtre en lui-même, mais l'essentiel est constitué du dédale des coulisses, qui auraient bien pu être celles d'un studio. Les tractations entre Tsarakoff, son danseur étoile, sa prima ballerine, son maitre de ballet et tous les autres membres de la troupe peignent un microcosme dédié à l'art de la danse, à peine coupé de quelques interventions du comte Renaud, un jeune aristocrate français interprété par André Luguet, qu'on devine mécène de ce théâtre qui peut lui fournir de jolies balleriones moyennant ses largesse pour la troupe. Et justement, il a des vues sur la Karlova... Mais quoi qu'il fasse, ce brave Renaud sera finalement un bon génie dans ce film, par amour pour la Karlova justement. et ce, malgré toutes les tentatives de Ivan Tsarakoff pour étouffer l'amour des jeunes gens. Le moins qu'on puisse dire, c'est que dès qu'on rencontre Renaud, on est à l'aube d'une grande amitié pour lui.

La deuxième moitié du film étend son champ d'action en multipliant les décors: les jeunes tourtereaux se sont enfuis pour Paris, ou la vie est dure et chère pour deux personnages désormais privés de leur gagne-pain. Leur appartement est d'abord le théâtre de leurs amours, mais va vite se muer en un inquiétant reflet de l'influence de Tsarakoff: celui-ci a reçu Nana avec laquelle il a négocié un arrangement: il s'engage à redonner son statut de vedette à Fedor qui se morfond d'avoir abandonné en pleine gloire, si Nana le quitte pour aller avec le Capitaine, pardon le comte Renaud. La scène de l'entrevue était située dans un décor presque vide. Lorsque Fedor rentre chez lui ce soir-là, dans un premier temps seule la porte est faiblement allumée: il entre dans un monde d'ombres, inhabituel pour lui. il allume, et le vide de la pièce, privée de la présence de Nana, est un écho à la scène précédente. il se rend dans la chambre, apparement vide et tout aussi sombre, jusqu'à ce qu'une petite lumière s'allume: Ivan est là, allumant une cigarette, maitre de ce théâtre d'ombres comme il était le maitre d'un théâtre de marionnettes.

Le final est sublime, dans lequel yout le film nous revient en pleine figure, depuis les mauvaises habitudes du maitre de ballet, finalement frustré d'avoir été tout ce temps le jouet d'un homme qui le tient en son pouvoir, jusqu'à l'abnégation de Fedor qui se jette à corps perdu dans la danse, en passant par le jusqu'auboutisme d'Ivan qui a toujours été frustré de ne pas avoir été la vedette de son ballet: il va malgré toutn, enfin, être au centre, après une altercation musclée avec Serguei, devenu fou sous l'influence de la cocaïne. Toutes la moralité du film, mais aussi toute son ironie macabre, repose dans la réaction épouvantée du public lorsque le corps de Ivan apparait au beau milieu du décor du ballet, tel le corps d'un homme dans la bouche de Moloch, car décidément, chez Curtiz il ne peut y avoir d'art sans cannibalisme, et le destin de tout démiurge est de succomber à son art, qu'il s'agisse de sculpture (Lionel Atwill, Mystery of the wax museum), de pièces policières (Claude Rains, The unsupected), d'agitation politique (Raymond Massey, The Santa Fe trail), ou de musique(Kirk Douglas, The young man with the horn). Ivan Tsarakoff est peut-être fou, surement même, mais il est très proche de Curtiz, qui lui donne bien sur le premier rôle (Après tout, c'est John Barrymore), qui est plus un vieux maniganceur qu'un être diabolique, et en prime il s'exprime avec un accent étranger envahissant, il collectionne les figurantes-petits rats, tout comme le metteur en scène. La première scène, qui voit Barrymore quitter précipitamment son pays, est comme un écho à l'exil de Curtiz, un motif qui revient de façon obsessive dans son oeuvre: celui-ci ne s'est donc pas contenté de répéter une formule, il s'est approprié le film et l'a rendu personnel dans son ton baroque, pessimiste et fondamentlement ironique. Bien sur, il y a des défauts, notamment ces scènes par trop bavardes qui alourdissent la performance de Barrymore, mais comment les éviter? C'est Barrymore le patron, et comme Curtiz s'est pris d'affection pour le personnage... sinon, Donald Cook n'est pas beaucoup plus qu'un bellâtre, et le couple qu'il forme avec Marian Marsh se vautre un peu trop dans le doucereux. Qu'importe: The mad Genius est la première pierre d'une thématique Curtizienne qui va se prolonger de film en film jusqu'à la fin des années 40, et marquer de son empreinte noire les films les plus personnels, qu'ils soient bons, ou moins bons, de son auteur.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Pre-code
19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 15:47

 

Moins connue que ses films fédérateurs tournés plus tard, cette histoire d'amour déguisée en film d'aventures exotiques est l'un des plus beaux Capra. Sorti en 1932, en pleine période dite pré-code, c'est un film qui joue avec la censure, et qui affiche des possibilités surprenantes, mais c'est aussi un tour de force technique qui laisse pantois.

Dirigeant une nouvelle fois Barbara Stanwyck, qui décidément l'inspire, Capra use de tout son savoir-faire en matière de mise en scène pour recréer une Chine fantasmée, dans laquelle Megan Davis, une jeune femme Américaine vient se marier avec un missionnaire; mais juste avant le mariage, elle le suit dans une équipée improvisée qui tourne au ridicule: ils souhaitent sauver des enfants, et n'ont comme sauf-conduit qu'un papier soit-disant signé par un soldat félon, le général Yen. celui-ci leur a en fait donné un papier sans valeur, et dans la confusion qui s'enfuit, Yen fait enlever Megan Davis, qui se retrouve donc à ses cotés, plus ou moins prisonnière, hostile vis-à-vis de Yen qu'elle prend pour un homme cruel (C'est surtout un militaire) mais irrémédiablement attirée par lui, d'abord sexuellement, puis de plus en plus clairement amoureuse.

Le film aurait pu être l'histoire d'un échange, ou pire d'une conversion de Yen, qui aurait dit adieu à ses manières barbares pour les beaux yeux de la belle Megan Davis. Pourtant, et c'est ce qui fait la force du film, si conversion il y a, ce n'est pas Yen qui la subit. Les indices ne manquent pas dans le film pour nous montrer l'étrange sympathie (Pour la période) manifestée par Capra à l'égard de yen et de ce qu'il représente. Au début, bien sur, le Général est un homme cultivé, versé aussi bien sur la culture occidentale que sur la civilisation Chinoise, et il est d'ailleurs en uniforme, autant dire en habits occidentaux. mais Capra s'ingénie, au fur et à mesure que les barrières qui empêchent Megan d'admettre son amour sautent les unes après les autres, à nous montrer Yen habillé de façon de plus en plus traditionnelle. Des phrases confirment, entendues dans des conversations entre Yen et Megan, ou entre le général et son conseiller financier Jones, un Américain (le savoureux Walter Connolly): Lorsque Yen affiche son ambition de conquérir la belle missionnaire, Jones lui demande s'il a réalisé qu'elle est blanche, faisant une allusion à l'interdit moral de mélange des races, vieux tabou poussiéreux si prisé dans les années 30. ce à quoi Yen rétorque: "ce n'est pas grave, je n'ai pas de préjugés..."

Le sujet est donc bien l"hypothèse du rapprochement entre les êtres, toutes couleurs confondues, vu d'un point de vue qui n'exclut pas une reddition de la femme blanche sans condition. C'est ce qui est contenu en filigrane dans les dernières scènes du film, qui nous montrent Megan Davis qui a compris d'une part la vraie personnalité de Yen, mais aussi qu'il ne lui forcerait pas la main. il y a des coupures manifestes, qui traduisent sans doute les soucis entre Capra et la Columbia, qui devait trouver le sujet explosif et a peut-être essayé de freiner les audaces du metteur en scène. Mais le film est déja, à 87 minutes, rempli de beautés et de trésors tel quel. Si un jour on en sait plus sur ces petites sautes dans la continuité, on y verra peut-être plus clair. En attendant, dans le dispositif tel qu'il est, elles sont d'autant plus évidentes. la plus notable est celle qui voit Stanwyck se détacher de Yen soudainement, après que celui-ci l'ait enlacé. Il manque quelque chose, une explication, ou une réaction. Tel qu'il est dans le film, ce geste est ambigu.

Au-delà de l'érotisme (Barbara Stanwyck a non seulement une discrète scène de déshabillage, mais surtout un rêve assez drôle dans lequel elle nous expose son trouble sensuel vis-à-vis de Yen), Le film est notable pour son rythme rapide et sa beauté picturale. La photo de Joseph Walker est toute en nuances de gris, et la Chine en désordre a été superbement recréée avec les moyens du bord, une profusion de détails. Au-delà d'un certain réalisme, ce film est un digne successeur des oeuvres qui étaient tournées dans un studio fermé à double tour à l'époque du muet, et le sens de la composition de Capra fait merveille, ainsi que son sens du montage, aussi bien de l'image que du son: les scènes de Capra dans les années 30 sont parmi les plus réussies techniquement, et son ingéniosité pour influer sur le rythme est légendaire. le film, selon moi, n'a peut-être qu'un défaut: la composition de Nils Asther souffre un tant soit peu de sa voix, et de sa diction. Il est à peu près visuellement acceptable en Chinois, et son regard est utilisé avec beaucoup de talent, mais quand il parle, on décroche un peu. et face à lui, il a Barbara Stanwyck, donc, il ne fait pas le poids... elle est parfaite, comme d'habitude!! D'une part elle s'est jetée corps et âme dans le rôle, avec la passion qu'on lui connait, mais en plus, le film est là pour nous montrer son abandon, tous les discours de charité et de bienfaisance, de christianisme bien-pensant, sont comme un château de cartes, qui ne pourra pas tenir face à la logique assez tendre de Yen. L'actrice se sert de toute sa force de persuasion pour nous montrer une personne qui se trompe, et ce admirablement. Réussir à rendre une histoire d'amour entre un Chinois et une Américaine, dans un film des années 30, en nous prouvant que la logique Chrétienne ne vaut pas grand chose, et fédérer le public autour de ces présupposés, et après ça on va dire que Capra n'est qu'un incorrigible prêcheur? Non, et rendons-lui justice, avec ce merveilleux film.

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Published by François Massarelli - dans Frank Capra Pre-code
19 janvier 2011 3 19 /01 /janvier /2011 10:54

Ce film de 1912 interprété par Léonce Perret, Suzanne Grandais et Emile Keppens est une merveille, d'abord en lui-même, ensuite parce qu'on peut y déceler la création d'un genre, qui aura sur le cinéma de Gaumont d'abord, de France ensuite et du monde enfin des répercussions importantes. C'est pour ma part mon film préféré des quelques rares oeuvres de Léonce Perret que j'aie eu la chance de voir, et je dois cette découverte à l'inévitable coffret "Gaumont, le cinéma premier, vol.1", sorti en 2008, qui contenait 13 films de Perret.

Le principal apport de ce film , qui n'est sans doute pas le premier à le faire, mais qui fait partie d'un genre en plein développement, c'est de donner à voir un style de films de mystère, à vocation policière, dans lequel les balbutiements du cinéma de suspense sont intégrés, sans pour autant qu'il faille y voir la dette à Griffith. l'histoire racontée est celle d'un héritage qui tourne mal: Suzanne (Grandais) hérite de son vieil oncle, et son cousin Fernand de Kéranic (Perret) qui est nommé son tuteur deviendra automatiquement le légataire universel au cas ou la jeune femme décéderait ou serait frappée de folie. Fernand souhaite épouser la jeune femme, car, on l'apprend très vite, il a de sérieuses dettes. Mais celle-ci est amoureuse et fiancée, et Fernand a tôt fait de trouver un stratagème pour se débarrasser en même temps de l'amant et de sa cousine... ce qu'il n'a toutefois pas prévu, c'est que les deux tourtereaux puissent survivre, quoique sérieusement traumatisés par le traitement qu'ils ont subi aux "roches de Kador", mais aussi que l'on fasse appel à un traitement psychologique révolutionnaire, avec  projection d'un film, pour établir la vérité en provoquant une catharsis...

Derrière cette trame feuilletonesque, se trouve une intrigue à cheval entre deux mondes: les personnages sont bien sur des bourgeois et des aristocrates, des oisifs, sans qu'aucun jugement ne soit porté à cet égard, mais l'intrusion du crime spectaculaire d'une part, et du cinéma comme méthode térapeutique d'autre part, nous renvoient à ce bon vieux 20e siècle. Le film par son sens du spectaculaire photogénique anticipe sur les feuilletons de Feuillade, qui ont commencé dans le sillage de ses 5 Fantomas commencés l'année suivante. La scène selon moi la plus mémorable est celle qui voit Fernand, qui a convoqué le fiancé aux "roches de Kador" après avoir drogué Suzanne, laissée pour morte sur la plage, tirer sur le malheureux, dans un plan qui est pris de point de vue de Fernand, dissimulé derrière les rochers, avec sa victime en contrebas. dans cette séquence, Perret qui a construit la scène avec une grande lisibilité nous entraîne dans le suspense avec ses champs contrechamps. Le suspense ici tient au fait qu'on sait que Fernand a un projet et qu'il a fait venir l'autre homme, tout ce qui nous reste à découvrir, c'est le mode choisi pour son crime. A un suspense de bon aloi, il ajoute donc une violente surprise...

Les scènes de thérapie, rendues dramatiques par un jeu magnifique sur l'obscurité, jouent bien sur sur l'objet cinématographique; la personne qui va regarder un film, à savoir Suzanne, afin de lui faire retrouver la mémoire, est d'abord isolée dans un halo de lumière, étant de fait désignée comme notre cible à nous spectateurs. Cette personne qui est le centre d'un film va regarder un autre film, découvrir la vérité, et revenir à la raison. La mise en abyme est soulignée non seulement par la mise en lumière de la spectatrice, mais aussi par l'obsédant écran blanc qui envahit une bonne partie du cadre, contrastant avec la longue chevelure noire de la jeune femme. la séquence est étrange, visuellement très forte, et franchement inoubliable.

Une dernière chose concernant ce film qui aspire au respect, et qui nous est transmis dans une magnifique copie: une scène fera sans doute sourire les plus indulgents d'entre nous, lorsqu'on nous dit que'une barque dérive au large, sur la mer déchaînée, et que l'on voit un bateau qui est manifestement échoué sur le fond sablonneux de ce quqi est évidemment une plage, on va forcément tiquer. Mais quelle proportion des spectateurs de la plupart des grandes villes françaises en 1912 et 1913 qui ont vu ce film étaient déjà allés à la mer? Combien étaient en mesure de déceler la supercherie? ce qui apparaît aujourd'hui comme une naïveté est juste le rappel qu'en matière de film, il est parfois utile de ne pas en savoir trop, il faut se laisser aller, et permettre au film de prendre le pouvoir. C'est l'une des leçons de ce film essentiel, qui en plus d'être beau à tous points de vue, possède un titre, franchement, qui ne peut que faire rêver.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1912 Léonce Perret
17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 21:46

curtiz-michael-03-g.jpg

Sortis après Noah’s ark, les quatre films parlants de 1929 étant tous perdus, ce panorama de l’oeuvre parlante de Michael Curtiz de 1929 à 1935 commence donc avec Mammy. Certains des films sortis immédiatement ensuite ne sont pas disponibles au grand public, et par ailleurs, j’ai volontairement laissé de coté tous les films signés par d’autres metteurs en scène Warner, auxquels Curtiz a prêté main forte le temps d’un séquence ou de deux semaines de travail, que ce soit officiel (The mayor of hell, de Archie Mayo, 1933) ou pure spéculation de ma part (Svengali, Lloyd Bacon, 1931).

On note dans cette filmographie partielle la prépondérance certes de quatre genres ou sous-genres (Comédie, Film d’aventures, Drame social, Proto-film noir) et la présence d’autres films de genres différents: des comédies musicales, notamment, qui servent ici à prouver que Curtiz ne se sentait pas à l’aise, avec le genre, ce que sa filmographie ultérieure prouvera, puisqu’il ne se départira jamais d’une tendance à vouloir rendre les musicals… réalistes! D’autre part, il y a bien sur deux films fantastiques, franchement à part, mais ce sont bien sur deux chef d’œuvres dans lesquels la puissance formelle de Curtiz apparait dans toute sa splendeur.

Je me suis volontairement arrêté, symboliquement, juste avant Captain Blood, afin de revenir ensuite sur la période suivante, dominée par Eroll Flynn, en plusieurs temps. Je reviendrai ultérieurement plus en détail sur un certain nombre des films mentionnés ci-dessous, parmi lesquels bien sur les plus importants, les plus intéressants, ou tant qu’à faire, mes préférés… Doctor X et 20,000 years in Sing-Sing en tête.

5279269423_bf4fff61f7.jpgThe Glad Rag Doll (1929)

Film perdu; Drame, avec Dolores Costello, l’héroïne de Noah’s ark. Chef-opérateur : Byron Haskin.

Madonna of Avenue A (1929)

Film perdu; Drame, avec Dolores Costello. Chef-opérateur : Byron Haskin.

Hearts in Exile (1929)

Film perdu; comédie romantique, avec Dolores Costello, l’héroïne de Noah’s ark. Chef-opérateur : William Rees.

The gamblers (1929)

Film perdu; Drame, avec H.B. Warner et Lois Wilson. Chef-opérateur : William Rees.

Mammy (1930)

mammy.gifFilm musical. Avec Al Jolson et Lowell Sherman, présentant des séquences en Technicolor. Certaines ont été conservées mais ne sont pas disponibles sur toutes les copies. Chef-opérateur : Barney McGill.

Hélas… Ce film souffre bien sur d’être bien statique, et il nous offre une première incursion de Curtiz dans un domaine ou il ne sera jamais à l’aise : le musical. Tous les numéros ici sont encadrés par la scène, comme si Curtiz se refusait à imaginer qu’on puisse faire autrement. Bien sur, Busby Berkeley mènera à la Warner une révolution qui ne commencera qu’en 1932, mais dès 1929, bien que très archaïques, il existe déjà des musicals qui essaient justement de faire éclater le cadre music-hall du genre… Gardien d’une certaine forme de réalisme, fut-il baroque, Curtiz ne s’y laissera jamais entrainer. Sinon, le film est à l’image d’Al Jolson : si vous l’aimez, ça va, sinon… passez votre chemin. On notera toutefois, une fois de plus, une thématique chère à Curtiz : sa troupe de comédiens est en errance perpétuelle.

 

Under a Texas Moon (1930)

Western musical, avec Frank Fay, Raquel Torres, Myrna Loy. Le premier film de Curtiz à être entièrement en Technicolor. Chef opérateur : William Rees.

 

The Matrimonial Bed (1930)

Comédie, avec Frank Fay et Lilyan Tashman. Chef opérateur : Devereaux Jennings.

Matrimonialbed19302.jpgEncore une petite comédie pour le sombre Curtiz. si on finit par admettre qu'il n'était qu'un (immense) talent gâché à ses débuts à la Warner, cette petite adaptation gonflée d'une pièce de Yves Mirande est notable pour son dialogue tellement rempli de sous-entendus que ça déborde... En homme amnésique soudain revenu sur le lieu de sa vie passée, Frank Fay est comme toujours fatiguant de vacuité. Sinon, on retrouve un Curtiz qui s'implique un peu plus, dans une séquence ...d'hypnose.

 

Bright Lights (1930)

Comédie musicale, avec Dorothy Mackaill et Frank Fay. Chef-opérateurs : Lee Garmes et Charles Schoenbaum.

Entièrement en Technicolor, mais la version intégrale en couleurs n’a pas été retrouvée. Une version raccourcie, en noir et blanc, est donc la seule possibilité de voir ce film.   Une énième comédie musicale, avec Dorothy Mackaill en nouvelle vedette de Broadway aux prises avec son ancien petit ami, un autre artiste qui ne parvient pas à la laisser partir. Le ton est léger, le film aussi. On retrouve le Curtiz des coulisses dans ce film, qui frappe par les moyens de la mise en scène, très fluide, et le rythme global, très enlevé. Pour le reste, ce sont des moyens gâchés, la vedette du film étant Frank Fay: on peut difficilement rêver d'un premier rôle plus antipathique.

 

A Soldier's Plaything (1930)

Drame, avec Ben Lyon et Harry Langdon. Chef opérateur : Barney McGill.

Le film a été tourné en deux versions; une en 35 mm, l’autre en Vitascope, le procédé Warner qui faisait concurrence aux autres procédés d’écran large utilisés à l’époque par Fox (« Grandeur », The big trail de Walsh, 1930), Paramount (Magnascope, Wings de Wellman, 1927) et MGM (Realife, Billy the kid, de Vidor, 1930). Tous seront mis au placard très vite, et il y des spéculations sur le fait que le film ait jamais été projeté dans ce format… quant à la participation de Langdon, elle donne bien entendu envie de voir ce film.

River's End (1930)

Film d’aventures inspiré de James Oliver Curwood, avec Charles Bickford, Evelyn Knapp et J. Farrell McDonald. Chef-opérateur: Robert Kurrle

Tourné en studio pour une grande part, le film se situe dans le grand nord Canadien, qui n’inspire Curtiz que pour les 20 premières minutes, qui voient trois hommes aux prises avec la mort. Le reste, l’histoire d’un homme qui a pris la place d’un autre et va devoir sacrifier son bonheur, laisse peu de place aux prouesses visuelles, en raison d’une tendance au dialogue lourd. Dès que McDonald disparait de l’écran, Bickford et surtout Knapp ont du mal à être naturels…

Dämon des Meeres - Version Allemande de Moby Dick (Lloyd Bacon)(1931)

Drame. Avec William Dieterle. Chef-opérateur: Sydney Hickox.

Unique version étrangère d’un film américain à laquelle ait participé Curtiz. Perdu?

God's Gift to Women (1931)

Comédie (musicale). Avec Frank Fay, Laura LaPlante, Joan Blondell, Louise Brooks. Chef-opérateur: Robert Kurrle.

Ne nous emballons pas : le casting féminin fait très envie, mais en particulier Louise Brooks a un rôle très restreint ici, étant à l’époque une has-been… Joan Blondell et Laura LaPlante, toutes deux supposées jouer l’adoration face à Frank Fay, sont sacrifiées sur l’autel de ce comédien, qui vient de tourner quelques films avec Curtiz, mais qui est particulièrement fade. Par ailleurs, ce film était une comédie musicale, avant de perdre une partie de son métrage : toutes les chansons ont été évacuées, la production ayant peur que le genre ne lasse le public. L’année suivante, heureusement, la Warner s’est ravisée. Pas Curtiz. De toute façon, cette comédie de marivaudage est lourde, et pas franchement drôle.

The Mad Genius (1931)

Drame. Avec John Barrymore, Marian Marsh. Chef-opérateur: Barney McGill

Avec ce film, on entre enfin dans un univers qui semble beaucoup plus convenir à Curtiz que les aimables comédies et les Musicals tièdes. La création du personnage de maître de ballet fou par John Barrymore, qui s’approprie ses danseuses et danseurs comme autant de créatures, vient bien sur dans le sillage de son Svengali, avec Marian Marsh, et le film de Curtiz reprend dans les grandes lignes le style du metteur en scène, qui trouve en cet artiste malade un premier cas intéressant de démiurge. Il s’y livre à des expériences sur le décor, entremêle à loisir le spectacle (Tout ce film se déroulant dans les coulisses d’une troupe de ballet) et la vie, et met tout son poids dans le personnage incarné par Barrymore, à tel point qu’on associe le plus souvent ce film certes baroque aux deux films d’horreur de Curtiz à la Warner dans les années 30, bien que le film ne possède aucune fibre vraiment fantastique… A part peut-être l'apparition brève de Boris Karloff.

The Woman from Monte Carlo (1931)

Drame. Avec Lil Dagover, Warren William, Walter Huston. Chef opérateur: Ernest Haller.

Une sombre histoire, dans ce film  intéressant à plus d’un titre : un capitaine de bateau (Huston) soupçonnant que sa femme (Dagover, bien sur) le trompe (Avec Warren William, évidement) va laisser perdre son navire, et les gens qui sont dessus. Errance, noirceur du destin, triangle amoureux tordu, et un meneur d’humains qui perd le nord… Tous ces thèmes ont bien sur des résonnances sur l’œuvre de Curtiz. On aime le mélange savant et baroque entre boulevard et romantisme, l'impeccable composition de Warren William. Lil Dagover, trop agée pour le rôle et mal à l'aise en Anglais, s'en sort plutôt bien; mais Curtiz est totalement dans son élément. Il passe sans aucun effort d'éléments de comédie épicée (Les marins qui regardent sous les jupes des femmes d'officiers qui montent sur le bateau), à l'action et au drame, sans oublier un procès chargé en tension...

Alias the Doctor (1932)

Drame. Avec Richard Barthelmess, Marian Marsh.Chef-opérateur: Barney McGill.

Ce film a été commencé par Bacon, mais celui-ci a été remplacé par Curtiz, qui lui a imprimé sa marque, sans pour autant réussir un grand film. La faute en incombe-t-elle à ce brave Barthelmess, toujours franchement mou ? L’atmosphère de cette Europe recréée dans ce drame de la rédemption d’un homme qui doit se battre pour avoir le droit d’exercer son art. Un sujet pourtant propre à intéresser Curtiz, mais celui-ci a du surtout s’intéresser à ses décors…

ANN+DVORAK,+LESLIE+FENTON+STRANGE+LOVE+OThe Strange Love of Molly Louvain (1932)

Drame. Avec Ann Dvorak, Lee Tracy, Richard Cromwell. Chef-opérateur: Robert Kurrle.

Dans ce petit film nerveux, mené par une Ann Dvorak énergique et émouvante, on suit avec intérêt la chute mélodramatique de la belle héroïne, puis son combat pour la rédemption. Un film marqué par le succès du film The front page, de Lewis Milestone, avec l’apparition de Lee Tracy en journaliste qui parle très vite. Un Curtiz essentiel, qui montre bien la patte du réalisateur dans le rythme, la peinture du monde moderne, et de ses turpitudes. un film, enfin, qui anticipe sur le film noir, avec une sacrée longueur d'avance...

 

doctor-x-madman.pngDoctor X (1932)

Film fantastique. Avec Fay Wray, Lee Tracy, Lionel Atwill. Chef-opérateur: Ray Rennahan. Entièrement en Technicolor.

Chef d’œuvre baroque, film ahurissant qui entremêle cannibalisme et utilisation douteuse de cadavres, perversion et amputation… Le Technicolor deux bandes inspire manifestement notre metteur en scène. Une chance qu’on ait retrouvé une copie couleurs toutefois…

 

Cabin in the Cotton (1932)

Drame Avec Richard Barthelmess, Bette Davis. Chef-opérateur: Barney McGill

Cet étrange classique n’a qu’un seul défaut, en la présence de Barthelmess. Sinon, l’histoire de rivalité entre les riches et les pauvres, sur fond de provocation sexuelle, est fascinante. Le personnage de Bette davis, et une de ses plus fameuses répliques, aussi. Par de nombreux aspects, on peut trouver ici des points communs avec une autre œuvre « sociale » ultérieure, Black fury.

 

Twenty Thousand Years in Sing Sing (1932)

Drame. Avec Spencer Tracy, Bette Davis. Chef-opérateur: Barney McGill

Superbe film que je me permettrai de qualifier de proto-noir, on y voit Spencer tracy payer à sing-Sing pour tous les crimes du monde. Une vision splendide du système carcéral, et un grand film tout de passion et de violence. …avec la jeune Bette Davis !!

 

The Mystery of the Wax Museum (1933)

Film fantastique. Avec Glenda Farrell, Fay Wray, Lionel Atwill. Chef-opérateur: Ray Rennahan. Entièrement en Technicolor.

Comme Doctor X, le Technicolor deux bandes est un argument de vente à lui tout seul, mais cette histoire horrifique, qui resservira, est un écrin plus raisonnable sans doute pour la gourmandise de Curtiz en matière de représentation de l’horreur; voilà un autre film dont on ne se lasse pas...

 

The Keyhole (1933)

Comédie. Avec George Brent, Kay Francis. Chef-opérateur: Barney McGill

Petite comédie charmante, et assez épicée. Curtiz s’amuse à mettre tout ce petit monde, en peine folie adultère, derrière le trou d’une serrure, et souligne par sa mise en scène le travail du détective joué par Brent. Kay Francis, forcément, est très bien aussi.

 

Private Detective 62 (1933)

Film d’aventures. Avec William Powell. Chef-opérateur: Tony Gaudio.

Ce film mené tambour battant est un véhicule pour le grand William Powell qui passe du film d'aventures improbables à la comédie avant de devenir un film policier plus classique… Distrayant, en effet.

 

Goodbye Again (1933)

Comédie. Avec Warren William, Joan Blondell. Chef-opérateur: George Barnes

Adaptation d’une pièce, avec Warren William en roue libre, et la fabuleuse Joan Blondell, dans un marivaudage pré-code sympathique en diable.

 

The Kennel Murder Case (1933)

Comédie policière. Avec William Powell, Mary Astor, Eugene Pallette. Chef-opérateur : William Rees.

Un crime improbable dans une vieille bâtisse Bourgeoise, un William Powell, une liste de suspects, une casting étendu, un flic bourru et ventru... tous ces clichés n’ont pas gêné Curtiz. Passant outre les pesanteurs de l'adaptation théâtrale, le metteur en scène, comme Hitchcock finalement, choisit d'innover partout, ne répétant jamais un angle de caméra, plaçant celle-ci de manière inattendue dans les endroits les plus improbables afin de continuellement varier ses compositions, et bien sur utilisant sa magie des ombres au moment ou Powell expose ses théories, accompagnées en flash back par une vision du meurtre: le criminel y est une ombre...

Female (1933)

Comédie. Avec Ruth Chatterton, George Brent. Chef-opérateur: Sydney Hickox.

Commencé par William Dieterle, le film a été fini par Curtiz, est pose un problème : faut-il le lui attribuer? après tout, il a été signé par lui, et porte souvent sa marque, tant thématiquement que dans l’impeccable réalisation. C’est sans doute le plus célèbre de ses films « pré-code » osés, avec Ruth Chatterton en patronne dynamique qui pratique la promotion canapé sur ses ingénieurs, avant de tomber sur un os : Un incorruptible, amoureux, et son égal…

Mandalay (1934)

Film d’aventures Avec Kay Francis, Ricardo Cortez. Chef-opérateur: Tony Gaudio.

Aventures exotiques menées tambour battant, le film fait la part belle à un érotisme léger et parfois canaille, qui n’est pas sans rappeler le cinéma Français de l’époque. Francis et Cortez sont deux aventuriers en fuite, mais Cortez est malhonnête dans l’âme, alors que Francis cherche la rédemption… Elle la trouvera, mais il y aura des morts…

British Agent (1934)

Film d’espionnage. Avec Leslie Howard et Kay Francis. Chef-opérateur : Ernest Haller

Le choix difficile entre le devoir et l’amour : l’agent Britannique du titre tombe en effet amoureux de son ennemie, l’espionne jouée par Kay Francis… Des choix impossibles, des pays en révolte, des foules sanguinaires… comment s’étonner que le metteur en scène soit inspiré quand on lui donne ses jouets préférés ?

Jimmy the Gent (1934)

Comédie Avec James Cagney, Bette Davis. Chef-opérateur: Ira H. Morgan.

Comédie dans laquelle James Cagney et Bette Davis se font concurrence sur le marché des agences matrimoniales. Ancien gangster, le personnage joué par Cagney ne recule devant rien, le film ne fait donc pas toujours dans la dentelle. Un film sur la débrouille, donc la crise, et sur les multiples opportunités offertes par le rêve Américain…

The Key (1934)

Drame. Avec William Powell. Chef opérateur: Ernest Haller.

Un rappel de British Agent, en mineur. Film un peu trop bavard, malgré la présence de ce bon William Powell…

Black Fury (1935)

Drame. Avec Paul Muni, Karen Morley. Chef opérateur: Byron Haskin.

Splendide film « social », traité de façon spectaculaire par un Curtiz en verve, qui reprend le flambeau social là ou l’avait laissé son propre Cabin in the cotton. Merveilleux film passionné, habité par un Paul Muni survolté, parfois trop, mais tant pis. A voir !

The Case of the Curious Bride (1935)

Comédie policière. Avec Warren William, Margaret Lindsay. Chef opérateur: David Abel.

Comme avec The Kennel Murder case, un film policier mené à vive allure, dans lequel, on le sait, un jeune acteur tasmanien fit ses débuts Américains. Bref, sans ce film très recommandable, pas de Captain Blood !!!

Annex%20-%20Davis,%20Bette%20(Front%20PaFront Page Woman (1935)

Comédie journalistique. Avec Bette Davis, George Brent. Chef-opérateur: Tony Gaudio.

Bette Davis en journaliste prête à tout, et qui doit se battre contre la concurrence, la police, l’humanité toute entière… ce type de comédie à la Front page était un genre à part entière… Sinon, un film qui nous rappelle, avec Female, Mandalay, Molly Louvain, ou même Mystery of the wax museum, que Curtiz est un cionéaste de femmes. Eh oui !

Little Big Shot (1935)

Comédie. Avec Sybil Jason, Robert Armstrong, Edward Everett Horton, Glenda Farrell. Chef-opérateur: Tony Gaudio.

Dernier arrêt avant Captain Blood, cette aimable petite comédie sans prétention ressemble à un premier balbutiement d’un futur genre souvent exploré par Curtiz (Imposé par la Warner ?) : la comédie familiale. Ici, elle tourne autour d’une compétente concurrente de Shirley Temple. Elle se retrouve flanquée de deux escrocs minables. Un film tendre, dans un contexte pourtant assez dur : le film, bien que pour toute la famille, est situé dans l’Amérique de 1935, et la débrouille est liée à la survie.

 

Au sortir de ce panorama, on peut bien sur estimer avoir du mal à cerner la personnalité de Curtiz ; elle est pourtant présente dans ces films, y compris les médiocres. Son génie de filmer, son style, appelez ça comme vous voulez, mais ces films pleins de vitalité nous réparent aux fêtes à venir, à Captain blood qui suivra, mais aussi à The adventures of Robin hood, Angels with dirty faces, ou encore Mildred Pierce, dont la mise en scène vient en droite file de ces fascinantes années de formation. Curtiz entre 1929 et 1935 a appris très vite à avoir le contrôle absolu sur la composition, le montage, le rythme, la dynamique sonore, le contenu des plans (une constante, les plans séquences en guise de master-shots, avec des douzaines de figurants, et une caméra qui nous montre tout le studio avant de foncer sur les acteurs… des plans impossibles à couper. Qu’importe : Curtiz montait comme John Ford, dans la caméra, et avait la réputation toujours comme Ford de ne filmer que le nécessaire. Sinon, il faut parler de sa petite manie des ombres. On constate que la plupart de ces films porteront cette particularité en guise de signature, ces petites scènes durant lesquelles le cinéaste passe par les ombres plutôt que les acteurs... on ne va pas pouvoir faire la même remarque de mauvaise foi que Lotte Eisner dans son ouvrage sur Murnau, qu'elle n'aimait guère, prétendant que ses innovations étaient dues à Karl Freund, son chef-opérateur sur Der Letzte Mann. Curtiz ne tournait pas avec le même chef-opérateur, on peut le voir, il y avait un sacré roulement. on remarquera quand même la présence du grand Tony Gaudio, et d'autres grands noms, tel le déja vétéran Byron Haskin, qui sera plus tard réalisateur, ou encore Georges Barnes, avant sa collaboration avec Hitchcock. Pour en finir avec ces ombres, si le metteur en scène avait déja un sens aigu du visuel en Europe, on le sait maintenant, cette fascinante caractéristique que tant d'historiens attribuent à "la formation Expressionniste de Curtiz" (Rudy Behlmer!!!!) est en fait née à la Warner. Le Michael Curtiz que j'admire tant y est né aussi.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz
17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 18:54

Premier film de Curtiz sorti en 1938, premier de ses films en Technicolor trois bandes, Gold is where you find it est intéressant à plus d'un titre. D'une part, il nous offre la première de deux collaborations entre le metteur en scène et Olivia de Havilland, sans Erroll Flynn (La deuxième sera The proud rebel de 1958); d'autre part, il est sa première incursion dans le western, si on excepte Under a Texas moon (1930), qui était probablement plus un musical qu'un western. Western est sans doute un bien grand mot, car après tout le renouveau du genre, ce sera plutôt l'année suivante, avec Stagecoach. Enfin, le metteur en scène retourne avec le charmant George Brent, qui était déja l'une des vedettes du fascinant Mountain justice en 1937...

 

L'histoire nous conte la lutte entre les grandes corporations qui exploitent les filons d 'or dans les hauteurs de Californie du Nord, et les agriculteurs qui tentent de cultiver du blé, et des vergers en contrebas: l'eau utilisée pour provoquer l'érosion des filons finit toujours par inonder les champs... Intéressant, mais ce film, qui prend directement l'approche historique avant de nous entrainer sur un terrain typique du western la lutte entre les anciens et les modernes, et les conflits inter-corporations, ne réussit pas ses paris. Trop sage, à l'image d'une Olivia de Havilland cantonnée à un rôle de trop jeune femme passionnée, ou à l'image du gentil George Brent. la menace n'est pas clairement identifiée, et la principale qualité de ce film qui aurait pu le voir déchainer les passions (qu'on songe à Duel in the sun), reste ses très belles couleurs. Du reste, la Warner devait être au moins satisfaite de cet aspect: c'est afin de tenter l'aventure des extérieurs en couleurs que ce film mi-figue, mi-raisin a été lancé. On pourra se consoler aussi en prêtant attention à la performance de ce vieux Claude Rains, dans l'une de ses nombreuses apparitions impeccables chez Curtiz. Pour l'année 1938, ce dernier n'avait pas dit son dernier mot: quatre autre films suivront, deux sont parmi les plus importants films du metteur en scène, si pas les plus importants films du cinéma Américain. Et un observateur attentif de l'univers de Michael Curtiz pourra toujours s'amuser à voir George Brent louvoyer entre le progrès (L'or) et son coeur, éternel insatisfait ayant du mal à choisir son camp, tentant vainement de rester un témoin impartial de la folie des hommes, qui se déchaîne quand même d'assez belle façon, vers la fin de ce film trop sage. Et on appréciera un clin d'oeil dans cette production Cosmopolitan (Le studio de W. R. Hearst): on y rencontre le sénateur Hearst, de Californie, qui se plaint lors d'une soirée du fait que son fils ainé qui veut se lancer dans le journalisme vienne d'acheter un journal, l'Examiner...

 

Sinon, mon premier contact avec ce film date de la vision en 1987 du film Daffy Duck à Hollywood sorti la même année: le héros de Tex Avery, cinglé comme jamais, y massacrait le montage d'un film Warner de ce titre, tourné par un autocrate porcin à fort accent Européen...

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western