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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 10:05

Durant les Jeux Olympiques de Tokyo, un businessman Anglais, Sir William Rutland, se retrouve à cohabiter avec deux personnes: une jeune femme Anglaise, Christine Easton, et un architecte-athlète Américain, Steve davis. Il se met en tête de les rapprocher afin qu'il se rendent compte que chacun est l'âme soeur de l'autre, et agit en bonne fée...

Oui, bon, si on ne dit pas que Sir Rutland est interprété par Cary Grant, rien ne va plus. Même si les rôles de vieux ne lui ont jamais plu, il s'y essaie pour au moins la deuxième fois, après son commandant de sous-marin vieillissant dans Operation Petticoat). la partie "comédie romantique" du film se laisse bien sur voir, mais elle manque justement d'un enjeu qui engage clairement Cary Grant :lui-même, et ici, le cheminement du personnage vers la réalisation qu'il peut aider les deux jeunes est totalement occulté, ce qui a pour effet de rendre le film très peu crédible. Bon, sinon, Samantha Eggar est excellente... Mais le film ne tient debout que parce qu'une fois de plus, à son corps défenbdant, on a laissé Cary grant jouer comme il sait si bien le faire la comédie de l'embarras: perdu dans l'emploi du temps de la ssalle de bain, imposé par une colocataire réfractaire et soucieuse d'imposer ses habitudes quotidiennes afin de préserver sa vie, coincé sur un toit en robe de chambre, et applaudi par une foule de Japonais stoïques, en caleçon pour participer à un  marathon, Cary Grant peut toujours nous faire rire. quant on pense qu'il avait horreur de tous les gags impliquant quelque degré de délestage de vêtement... ce type doit avoir eu une vie horrible.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 15:35

Ce film avec Buck Jones est donc la première réalisation de Frank Borzage pour la Fox. La star a déja interprété un rôle similaire à ce Steve "Lazybones" Tuttle dans d'autres films, dont par exemple un beau long métrage de Ford qui était aussi son premier film Fox: Just pals, en 1920. Le style de ces films est typique de ces petites histoires rurales Américaines, dont Griffith ou Henry King (Tol'able David) ont été un temps les chantres. Borzage va s'approprier ce matériel et en faire un très grand film, qui redistribue les cartes du mélodrame avec talent et souvent avec génie; totalement dans son élément, le cinéaste nous fait partager son émotion, sans aucune retenue...

 

Dans une petite ville de la campagne, Steve Tuttle est tellement fainéant qu'on lui a attribué un surnom afin de ne jamais l'oublier. Sa maman, qui le soutient, se désespère, mais lui l'assume pleinement, ne trouvant rien à faire de plus grisant que de se prélasser au bord d'une rivière tumultueuse à taquiner le poisson d'une canne fort peu alerte. Il est amoureux d'Agnes, qui la cadette de sa famille; il va de soi que la maman d'Agnes désapprouverait totalement de voir sa fille flirter avec un tel bon à rien, mais ele est trop préoccupée de caser son autre fille avec un banquier plein d'avenir pour s'apercevoir de quoi que ce soit. Celle-ci, Ruth, a un problème: elle s'est mariée, en secret, par amour avec un marin, qui est décédé peu après, et elle a un enfant. Lorsqu'elle revient au pays, elle tente de se suicider. Steve la sauve, puis recueille son secret... et le bébé. le reste du village qui ne l'aimait pas beaucoup se déchaine alors contre lui... et contre le bébé, une fille, qui grandira bien seule...

 

Un scénario plein, donc, avec ses péripéties héritées du mélodrame le plus pur. Pourtant Borzage ne s'éloigne jamais de la comédie avec ce film, y compris lors de scènes dramatiques âpres et cruelles. Le stigmate social est la première cible du cinéaste, à travers ces voisins bien intentionnés qui ferment leur porte et leur coeur à la première occasion; bien sur, première visée, la maman de Ruth et Agnes, qui mène la méchanceté jusqu'à la folie; il ne peut nous échapper qu'elle a tout d'une sorcière de conte de fées, ce qui sied particulièrement à un film de Borzage. mais au-delà de la dénonciation, il me semble que Steve Tuttle est le premier grand héros Borzagien, auquel il donne une série de traits qui reviendront, de film en film: marginal, il est vu et revu à travers ses pieds, inactifs et emmêlés l'un dans l'autre lorsqu'il se prélasse. ce motif traverse le film et se substitue à Steve occasionnellement (une paire de chaussures neuves joue d'ailleurs un petit rôle humoristique à la fin du film). sa position préférée, allongé contre un arbre, le suit jusque dans ses rêves, jusqu'à la guerre... La marge pour Steve, c'est une choix assumé et sans grand drame, comme le Chico de Seventh Heaven qui travaille dans les égouts mais vit près des étoiles, le Tim de Lucky star qui est paralysé mais garde son envie de vivre, ou encore le Bill de A man's castle dont la clochardise devient un art de vivre... Leur position en marge leur confère une moralité et une capacité à donner lorsque cela a vraiment du sens, à d'autres: femmes ou enfants, Diane, Mary Tucker, Trina ou Kit...

 

Mais cet anti-héros va tout donner, et risquer sa vie pour une autre. Puis, il va recueillir la petite Kit, et l'élever avec sa mère, se mettant définitivement au ban de la société. Ironiquement, ces deux actions vont être passées sous silence, mais les gens vont le fêter pour un haut fait d'armes accompli par hasard, lorsqu'en pleine bataille il était resté planqué, devenant le seul soldat Américain à pouvoir sortir ses compagnons du pétrin. C'est que Steve a tout sacrifié, ne pouvant révéler le secret de Ruth à personne, pas à sa mère, pas même à la soeur de la jeune femme, pas même à Kit. Une scène très belle (Admirable Zasu Pitts, qui a semble-t-il utilisé la méthode Lillian Gish, et accentué sa maigreur cadavérique pour une scène d'agonie très effective: elle fait très peur) voit Ruth mourir dans les bras de Kit, qui ne comprend pas ce qui lui arrive, mais trouve une prière appropriée pour celle dont elle ne saura jamais qu'elle était sa mère...

 

La transformation de Steve est surprenante de discrétion dans ce film, par opposition à ce qui se passe dans d'autres films. Le plongeon dans l'eau assume sans trop de problèmes le statut d'une renaissance, d'autant qu'il va y devenir un héros, mais aux seuls yeux de Ruth et du public. Ensuite, il va garder le secret, bravant les yeux de tous, et laisser Agnes partir; à la fin, la fête pour le "héros" est bien ironique, qui le voit s'éloigner pour calmer ses pieds meurtris dans l'eau froide pendant que les jeunes gens dansent. Ce dernier passage, qui voit Steve revenir de la guerre, légèrement transformé (Des cheveux blancs), et tomber amoureux de celle qui l'a élevé. Celle-ci l'a déja supplanté avec un jeune homme (Qui lui ressemble subtilement): la vie de Steve est déjà à son crépuscule... il est passé à coté comme il aime tant à laisser la rivière suivre son cours quand il pêche. Il lui fallait être fêté par tout le village pour s'en apercevoir.

 

Beau film sur une exclusion, qui nous montre un anti-héros dans toute son humanité, sa complexité, presque malgré lui. Pour Borzage, le jugement a priori est une saleté, et ses personnages sont face à leurs seuls actes; Steve "Lazybones" Tuttle est un homme qui a fait le bien, mais il ne s'en vantera pas: bien qu'il ait tout perdu, à la fin (sauf sa maman, qui lui donne sa canne à pêche afin qu'il revienne à la case départ), bien que Kit soit partie avec un autre, et Agnes ait appris la vérité trop tard pour revenir en arrière, Steve donc  continue comme si de rien n'était, à la fin de ce film qui nous a conté 25 ans de sa vie. Borzage a lui aussi beaucoup accompli avec ce film; le village qu'il nous montre est souvent réduit à ses allées poussiéreuses, à ses arrières cours et à ses champs. peu d'intérieurs, et l'impression d'être resté en coulisse d'une petite localité ainsi stylisée. C'est un trait de ses films qui restera, là encore, autant la stylisation que cette tentation de montrer les coulisses d'un monde.... Ce sera la même chose avec la guerre, qui reste très schématique, et une fois n'est pas coutume, anecdotique: pas de gros bouleversement, contrairement à ce qui se passe dans tant d'autres films (Toujours les mêmes: Seventh Heaven, Lucky Star...). Mais la façon dont Borzage mêne comédie et mélodrame, dont il filme de façon frontale le suicide de Ruth, dont il laisse ses acteurs donner le meilleur de'eux-mêmes dans l'expression de l'émotion (Jane Novak, Agnes, découvrant la vérité à la fin, par exemple, dans une scène très cruell mais aussi très juste) n'ont aucune concurrence. Admirable.

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage 1925 Muet
26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 11:51
Voilà: 11 cartoons, des séries mythiques Looney tunes et Merrie melodies sont aujourd'hui privés de parutions DVD, ne sont jamais montrés à la télévision. Ordre d'en haut, d'une hiérarchie bureaucratique qui a décidé de faire un getse en vue du politiquement correct. ce geste ne date pas d'hier, mais du début des années 70. mais ça tient toujours... Le résultat est que ces films, inégaux mais historiques, ne peuvent être vus que sur Youtube, ou sur de médiocres DVD pirates, ou sur des sites interlopes, et que les télécharger est aussi bien vu que d'aller sur un site néo-nazi... En effet, la principale faute des auteurs de ces films est d'avoir joué avec les stéréotypes raciaux. Voyons ces films avant de les mettre au feu (ce que nous ne ferons d'ailleurs pas, tout film mérite sa place au soleil...)
 

 
Hittin' the trail to Hallelujah land (Rudolf Ising, 1931) Premier des 11 cartoons auto-censurés par WB, pour cause de stéréotypes: en voyant ce petit bout de film, on hallucine: pourquoi le censurer? Sinon, il est très moyen, et largement tributaire de la "Skeleton dance" de Disney et Ub Iwerks.
 

 
Sunday go to meetin' time (Friz Freleng, 1936) Deuxième des "censored 11", et un film bien dans la manière de Freleng: musical, avec une animation fluide. Une fois de plus, si on joue sur les clichés, pas de quoi bruler le film pour autant.
 

 
 
Clean pastures (Friz Freleng, 1937)
Uncle Tom's bungalow (Tex Avery, 1937)
Jungle jitters (Friz Freleng, 1938)
The Isle of Pingo Pongo (Tex Avery, 1938)
Tous ces films ont été retirés de la circulation pour cause de stereotypes raciaux gênants… pas tant que ça pourtant. La parodie de documentaires, Pingo-Pongo, est hilarante, et Clean pastures met en scène quelques grandes figures de Harlem, dont Louis Armstrong, Cab Calloway et Fats Waller, ce qui fait montre d’une certaine culture. Jungle Jitters est crétin et impardonnable avec ses primitifs cannibales, mais Uncle Tom’s bungalow est un chef d’œuvre, qui fait plus que
préfigurer les films MGM de Tex Avery : il les dépasse.
 

 
All this and rabbit stew (Tex Avery, 1941)
Bon, il est temps de s'affirmer: de toute l'oeuvre de tex Avery, de la Universal ou il a réalisé quelques films réputés médiocres, mais qu'on ne voit jamais, à la Universal et la pub, à la fin de sa carrière, alors que les restrictions budgétaires et les contraintes de la télévision ont considérablement affadi son talent, il est deux périodes qui sont primordiales: A la Warner, ou il a fait beaucoup pour transformer l'humour vers le délire, et à la MGM ou il a inventé Droopy. Il est de bon ton (Télérama l'a décrété) de préférer la seconde, mais moi, je préfère la période Warner: d'abord parce que l'animation y est pure, qu'on 'y répète moins, et les voix sont effectuées à 90% par une seule personne, le grand Mel Blanc. Et puis il y a Bugs, qu'Avery n'a pas inventé, mais auquel il a su donner une personnalité.
Ce cartoon n'est pas le meilleur des Avery, mais il est une intéressante curiosité. des gags resserviront, et sinon, le petit noir qui poursuit Bugs Bunny est aussi maltraité par le script que pouvait l'être Elmer, le chasseur. Alors pourquoi ne pas interdire les cartoons avec Elmer?
 
Coal black and de sebben dwarfs (Bob Clampett, 1943)
Je l'ai déja dit, le plus immense animateur de l'histoire n'est pas Tex Avery, encore moins Walt disney, qui n'a jamais été animateur. C'est (Roulement de tambour) Bob Clampett!! Hystérique, halluciné,tellement riche qu'on ne peut tout capter, son style explose dès le début des années 40. Coal black, c'est bien sur une version "noire" de Snow White, et la censure est-elle justifiée? Dans cette hjistoire ou tout personnage est noir, parle l'argot de Harlem, fait référence au jazz, et çà une certaine culture de vaudeville auto-référentielle (les comiques noirs de l'époque ne disaient pas autre chose, en fait), on y voit surtout un intéressant noircissment de l'écran, alors que la plupart des films à succès alignaient les gens blancs en gommant toute minorité, ce film qui pousse la "négritude" jusqu'à l'absurde est bienvenu, surtout grâce à la vitalité dont il fait preuve.
Et puis marre: on peut voir des sketches entiers de ce facho de Bigard, on peut écouter notre mini-Mussolini d'1m12, on peut aujourd'hui voir, acheter, télécharger légalement Birth of a nation, film important oui, mais totalement raciste, mais on ne peut pas voir ce petit court qui utilise gentiment des stéréotypes pour faire marrer.
 

 
Tin Pan Alley Cats (Bob Clampett, 1943)
Encore un WB censuré! Mais cette fois, comme avec Coal black de la même année, il est réalisé par Bob Clampett, un connaisseur des nuits de Harlem, puisqu'il trainait avec des jazzmen à chaque fois qu'il pouvait. Ici, il s'amuse à montrer la dualité de la communauté Afro-Américaine, à travers deux officines sise côte à côte: la mission baptiste locale, et le bar louche. Un chat, caricature du grand pianiste et chanteur Fats waller, choisit la deuxième, mais l'ivresse le conduit dans un pays zinzin déja exploré par Clampett dans le cartoon Porky in Wackyland, et c'est tellement idiot que le chat en question va finir par retourner sa veste. les stéréotypes sont là, mais il y a aussi une sorte d'application, en particulier pour rendre hommage aux musiciens. On notera aussi Staline et Hitler, dans le passage délirant, qui nous rappellent que Tex Avery, à coté de Clampett, n'était qu'un amateur...
 
Angel Puss (Chuck Jones, 1944)
Toujours censuré, pour toujours les mêmes raisons, voici un des premiers films typiques de Chuck Jones: Humour noir (sans jeu de mots), absurde, situation prise dans son déroulement, au lieu d'être exposée, et un grand jeu d'expressions désespérées. Le chat, dans sa malignité, est assez proche du Bugs Bunny "méchant" que Jones aimait à mettre en scène.
 
Goldilocks and the three jivin' bears (Friz Freleng, 1944)
Le dernier des "censored 11" est un film assez moyen de Freleng, c'est à dire inégal, musical, et bien en dessous des pépites de Clampett, Avery ou Tashlin, même si on n'est pas encore dans sa série très médiocre consacrée à un canari et un chat qui s'en prend plein la figure... Ici, on notera beaucoup de jazz, et des gags piqués à Avery...
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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Bob Clampett
24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 17:10

http://thedroidyourelookingfor.files.wordpress.com/2010/11/busterkeaton_battling-butler.jpgMélange improbable de Bertie Van Elstyne (The saphead) et Rollo Treadway (The navigator), Alfred Butler est un jeune homme totalement incapable de faire quoi que ce soit. C'est son majordome, Martin (Snitz edwards) qui dispose de la cendre de ses cigarettes, et à chaque conseil qu'on lui donne, et qu'il suit, son seul réflexe est de dire à Martin: Arrangez ça. Il vont donc tous les deux faire du camping, afin de satisfaire la volonté du père d'Alfred, et là, ce dernier rencontre une jeune femme, tombe amoureux, et... envoie Martin demander sa main à sa place. Afin de donner du poids à sa requête, le majordome a l'idée de faire croire que son patron est en fait un boxeur, le teigneux Alfred "Battling" Butler, un homonyme, dont la route ne va pas tarder à croiser celle du héros...

 

Je n'aime pas les films de boxe, parce que je n'aime pas la boxe, parce que je n'aime pas le sport. Du tout, mais alors vraiment pas. Et pourtant, le meilleur de ce film, c'est la dernière partie durant laquelle Keaton doit asumer l'identité d'un boxeur, et donc... boxer. Toujours à l'aise dans l'humour physique, et flanqué de Martin, son ombre, l'acteur s'investit à fond dans ces scènes. Sinon, il est à l'aise aussi dans la partie consacrée au camping, dans laquelle il s'ingénie à montrer l'inefficacité de son personnage, tellement minable à la chasse qu'il est identifié par tous les animaux comme sans danger. La partie de pèche aussi, qui voit Buster finir, au terme d'une lutte à mort entre lui et un canard, à l'eau...

 

http://media.jinni.com/movie/battling-butler/battling-butler-1.jpegMais voilà: Soumis à une cadence effrénée, obligé de sortir deux films par ans, à une époque ou ses deux principaux concurrents (Chaplin et Lloyd, bien sur) ralentissent considérablement, Keaton ne fait pas que des chefs d'oeuvre, et forcément, on aime bien ce film, on le voit sans déplaisir, et certains fragments nous resteront, mais ce n'est ni The navigator, ni The general. le manque d'enthousiasme de Keaton ne se voit pas trop ici, mais on le devine quand même impatient de faire autre chose, de se lancer dans une recréation d'un univers, qui lui permettra de faire du grand cinéma de nouveau. A l'aube de quitter le contrat de distribution qui le lie à MGM pour aller flirter avec la United Artists, Keaton s'apprète à frapper un grand, un très grand coup...

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet 1926
24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 16:35

Avec son troisième film pour la Mutual, Chaplin quitte le domaine bourbeux du slapstick grossier de son précédent film, heureusement; il se paie même le luxe d'une entrée en matière très soignée, qui nous fait nous poser la question: cette introduction est-elle la trace d'un film inachevé de Chaplin? On constate que la plupart des films Mutual tournent autour d'un décor, d'un objet souvent (l'escalier roulant et la rampe de la caserne des deux films précédents sont deux exemples), et dans les quatre premières minutes de ce film, Chaplin se lance dans des variations autour des battants de porte du saloon: il est un musicien itinérant, et il fait la manche. Ces quatre minutes se concluent par une bagarre généralisée, due au mécontentement d'un orchestre de musiciens qui estiment que Chaplin leur pique leurs sous quand il fait la quête. Chaplin s'amuse à créer un ballet avec ses portes à battants, puis quitte le décor de saloon, qu'on ne verra plus de tout le film...

 

http://photo.charliechaplin.com/images/photos/0000/0730/The_Vagabond_1916_Mutual_big.jpg?1238419337

L'étape suivante, c'est l'irruption du mélodrame. avec son introduction, le metteur en scène a déja établi que le héros est un très modeste musicien de rue, et a défini un contexte on ne peut plus populaire. la séquence suivante voit donc un intérieur bourgeois, dans lequel une dame d'age moyen (Charlotte Mineau) se lamente sur la photo de son enfant disparue... le plan suivant nous montre une Edna Purviance, souillon, présentée en "Cendrillon", qui est exploitée par des gitans. Du mélodrame, on retourne vers le grotesque, sans quitter une certaine gravité pour autant: le couple de gitans qui ont "recueilli" Edna sont caricaturaux, pires que ceux de Griffitgh en 1908 dans Adventures of Dollie... Lui, c'est Eric Campbell, donc il est TRES menaçant. L'arrivée de Chaplin dans ce petit monde va déclencher une tempête de gags, et l'évolution de l'intrigue: le vagabond sauve la jeune femme maltraitée par les gitans et la prend sous son aile. ils vont, pour toute la seconde bobine, cohabiter, et de fait les film se pose en précurseur de The kid.

 

La jonction du mélo et de la comédie Dickensienne s'effectue donc dans cette deuxième partie, plutôt avare en gags, mais fascinante par la façon dont Chaplin montre la cohabitation entre les deux exclus: lui dort dehors, mais donne desleçons tendres de propreté à la jeune femme. Il prend le temps des gestes du quotidien, et le film est, comme d'habitude, une leçon de pantomime. Un peintre va précipiter l'inévitable dernière partie: se romenant dans la campagne, il voit la jeune femme, décide de la peindre. Elle a un faible pour lui, ce qui est très embêtant pour le héros. Après le départ du jeune homme, il s'essaie à la peinture... en vain. De son coté, le jeune homme présente son tableau dans une grande galerie; la mère y reconnaitt, sur le bras de la jeune femme, une tache de naissance, et elle vient avec le peintre pour récupérer sa fille. le film aurait pu se terminer sur les adieux, comme ce sera la cas dans The circus par exemple. D'ailleurs, même s'il le fait bien ostensiblement, le vagabond prend le départ de la jeune femme avec grandeur d'âme... Mais elle revient le chercher, pour un très rare Very happy ending.

 

ce film marque donc le retour de Chaplin à la tentation du mélo, du film classique. Il le joue avec beaucoup d'énergie, mais son personnage est doté cette fois non seulement de sentiments, mais aussi d'une dignité qui est assez nouvelle. Le cinéaste Chaplin continue ainsi à raffiner son univers, tout en maintenant son légendaire sens de l'économie de l'espace cinématographique. On notera par contre un travelling arrière, centré sur le portrait exposé dans la galerie: la caméra s'éloigne pour nous laisser découvrir le beau monde qui se presse à l'exposition: un plan relativement sophistiqué pour contraster avec le décor rustique de la roulotte en pleine campagne que nous venons de quitter. Le film est l'un des meilleurs Mutual, un film tendre et riche, dans lequel certes Chaplin paie sa dette, aussi bien à Griffith qu'à Dickens, mais il en profite aussi pour faire du cinéma comme il l'entend, entrant ainsi en interaction avec Edna purviance et Eric Campbell dans des scènes à l'énergie burlesque communicative.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin
24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 10:22

A la fin de l'entre-deux guerres, nous sommes dans une petite ville perdue dans un improbable pays Est-Européen, des voyageurs perdus en attendant que la voie de chemin de fer soit dégagée de la neige qui l'encombre: deux hommes préoccupés par le cricket jusqu'à l'aveuglement, Chalders et Caldicott; une gouvernante qui rentre chez elle après 6 ans de bons et loyaux services; un musicien qui fait des recherches sur les traditions musicales anciennes, et une jeune femme qui doit retourner chez elle afin de se marier: elle a beau tenir de beaux discours, ça ressemble bien à un enterrement; enfin, un couple adultère dont l'homme est manifestement paranoïaque au point d'en devenir odieux, alors que la femme semble lasse du peu de perspectives offertes par leur statu quo. Tout ce petit monde est Britannique, et va donc prendre le train, et l'un d'entre eux va disparaitre: comme l'indique le titre, c'est une femme qui manquera à l'appel. Une autre femme, seuls à admettre avoir vu la disparue, va devoir lutter contre tout le train, et même pire, pour la retrouver.

 

Le film prend son temps pour démarrer, il y a de bonnes raisons à cela; d'une part, Hitchcock se laisse aller à la comédie, dans cet hôtel bondé ou les gens doivent partager leurs chambres. il y prend un plaisir gourmand, alors pourquoi se priver... Sinon, il lui faut du temps pour exposer convenablement les tracas et problèmes de chacun, ce qui va payer plus tard. Enfin, il joue beaucoup sur la couleur locale: le langage est un savant mélange de consonnances Italiennes et Allemandes, ce que l'allure Alpine et les simili-coutumes observées viennent compléter: on est donc dans un pays fasciste, et à de nombreuses occasions, les conversations le rappellent. Ce didactisme est-il du à Gilliatt et Launder, les auteurs du script? Bien sur, cela ne veut pas dire qu'Hitchcock n'ait pas signé cet aspect du film... Par ailleurs, dans cette demi-heure, Hitchcock place un étrange meurtre, celui d'un musicien qui semblait donner une sérénade à la vieille gouvernante. Le meurtre en question n'est pas gratuit, et nous permet de patienter en toute connaissance de cause, jouant le même rôle dans ce film que la première attaque de mouette sur Tippi Hedren dans The birds.

 

Tranches de vie contre tranches de gâteau: on sait qu'Hitchcock a toujours soigneusement évité dans ses interviews de trop pousser la chansonnette politique, prétendant souvent que son art n'est finalement que celui, sans idéologie, de l'illusionnisme enfantin. Mais on peut le voir dans le film, avec le grand Doppo, l'illusionniste collabo, on peut être à la fois prestidigitateur et engagé... le film est exactement ça: un film d'aventures, sis dans un train en marche, avec une intrigue splendide, totalement distrayant, et un film qui dit tout ce qu'il y a à dire sur cette drôle d'entre-deux-guerres qui occupait les esprits en 1938: il faut s'engager, ne pas rester à rien faire, sinon c'est la mort des démocraties.

 

Le train, métaphore de la vie, en même temps qu'outil excitant de vitesse et de mouvement puissant, Hitchcock tourne bien sur autour depuis bien longtemps, et en a joué dans The 39 steps entre autres. Il y reviendra souvent, l'utilisant beaucoup pour faire se rencontrer les gens (Suspicion, Strangers on a train, North by northwest), pour dévoiler des intrigues (North by northwest), pour obliger des inconnus à cohabiter le temps d'une conversation (Strangers on a train). Ici, il coince ses voyageurs, que nous connaissons tous, dans un train durant plusieurs jours, et profite de tous les aspects de l'endroit, le coté longiligne de l'espace, la compartimentation forcée des cabines, mais aussi les tunnels, gares et aiguillages pour créer des difficultés  pour les personnages, bref, du suspense et de la tension! La façon dont Miss Froy disparait est suffisamment intrigante pour que les doutes subsistent: nous l'avons vue, nous aussi, mais nous savons qu'Iris, la jeune femme qui la cherche, a reçu un coup sur la tête...

 

Le vide, sujet admirable de film, auquel Hitchcock souhaitait tant s'attaquer. Il disait à Truffaut vouloir réaliser un film dans lequel une conversation se tiendrait sur une chaine de montage d'une usine automobile; on verrait le chassis, puis la carrosserie, la voiture serait alors peinte, puis finie. au moment d'ouvrir les portières, un cadavre tomberait... Bien sur, il ne l'a jamais faite, mais s'en est souvent approché. On peut dire que le meurtre impossible d'Annabella Smith (The 39 steps )ressemble un peu à cela. Ici, c'est de disparition qu'il est question, et une fois partie Miss Froy semble ne rien avoir laissé à personne. Les seuls indices seront un nom écrit dans la poussière sur une vitre, un paquet de thé, et une paire de bésicles...

 

Le train, on le voit bien dans le film, n'est pas qu'une métaphore de la vie, il est aussi doté d'un sens politique. N'oublions pas la préoccupation majeure de ces années de pré-guerre, l'avancée d'Hitler, l'Anschluss (Annexion de l'Autriche par l'Allemagne Nazie), les menaces sur la Tchéquoslovaquie, la Pologne... Les Anglais du film ont tous une raison de ne pas s'en soucier, préoccupés par leur nombril: les deux cricketomanes, la future mariée obsédée par l'auto-justification de son improbable mariage, le doux-dingue qui compile des musiques dont tout le monde se contrefiche, le couple en fuite perpétuelle... Seule miss Froy (C'est une espionne, ce qu'on apprend dans la dernière demi-heure, mais cette information est un Mac Guffin: une information vide de sens qui ne sert qu'à donner une motivation à certains personnages et certaines actions) a, on le verra, un rôle à jouer là-dedans. Et de fait, on se positionne dans le film, par rapport à elle. Admettre qu'on a vu Miss Froy, nous disent en substance Gilliatt, Launder et Hitchcock, c'est lutter contre la dictature et le Nazisme...

 

Tout le film fonctionne aussi sur cette ligne politique, avec ses deux camps bien délimités, et ses gens qui se révèlent dans l'action: le gentleman si épris de ses petits secrets douteux qui se dérobe de son couple adultère, se dérobe aussi politiquement; les deux fans de cricket (Naunton Wayne et Basil Radford) , en revanche, ont l'héroïsme à fleur de peau. Ils sont, après tout, plus Britaniques que tous les autres: ils aiment passionément leur pays, et sa liberté... de parler cricket. ils seront d'ailleurs employés par les scénaristes dans d'autres films... Tous les acteurs, surtout Margaret Lockwood en jeune femme qui vit sa première (Et peut-être la dernière) grande aventure, Paul Lukas en médecin louche, ou Dame May Whitty en Miss Froy, sont superbes. Le film aussi, c'est un classique, et l'un des meilleurs films d'Hitchcock, tout simplement.

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock
23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 16:17

En 1924 et 1925, la toute jeune MGM a beaucoup employé de jeunes et moins jeunes réalisateurs, parmi lesquels Josef Von Sternberg, William Wellman ou Frank Borzage, qui n'ont pas fait long feu au sein de la compagnie. Les méthodes de production de la compagnie, malgré leur Ars gratia artis si clairement affiché au frontispice de chaque film, n'étaient pas forcément des plus avantageuses pour les artistes, justement. C'est donc dans ces conditions que Frank Borzage, au sortir de deux petits contrats avec la Cosmopolitan de William randolph Hearst, puis la First National, a réalisé deux films mineurs. le premier, Daddy's gone a-hunting, que je n'ai pas vu, n'a pas bonne réputation, et le deuxième, The circle, adapté d'une pièce de Somerset Maugham, est meilleur, dans une certaine mesure.

 

La source théâtrale est évidente dans ce film qui se situe largement en intérieurs, et qui est surtout l'histoire d'une soirée: Lady Catherine a déserté son foyer avec le témoin de mariage de son mari, Hughie, et les années ont passé: le mari, Clive ne s'est pas remarié, mais a élevé son fils Arnold, qui est aujourd'hui marié. La situation risque de se reproduire, puisque l'pouse du fils a décidé d'inviter la mère et son compagnon afin de juger par l'effet des années si la désertion vaut la peine d'être tentée...

 

Les ruptures de ton, Borzage connait, on l'a vu avec Secrets (1924). Mais ona quand même souvent l'impression, et il semblerait que ce ne soit pas qu'une impression, que l'auteur de Humoresque n'ait pas spécialement été emballé par cette histoire, dont il faut bien dire que le meilleur est l'introduction, les quelques 6 minutes qui nous présentent la fuite de Lady Katherine: c'est, il est vrai, la jeune starlette Lucille Le Sueur, qui ne s'appelait pas encore Joan Crawford, qui interprète la jeune femme... L'aube d'un grand amour qui sacrifie tout le reste, forcément, ça a plus parlé à Borzage que le reste du scénario, divisé en 3 actes: d'une part, l'exposé de la situation présente par l'héroïne (Eleanor Boardman), et la présentation de chauqe personnage; lorsque on voit pour la première fois le mari interprété par Creighton Hale avec son monocle, on ne peut que lui donner raison d'avoir envie de foutre le camp, honnêtement. un deuxième acte voit l'arrivée de Lady Katherine et de Hughie, désormais aussi vieux que leur âge, et plus pittoresque que romantiques. Ils semblent diriger le film vers la grosse farce, et la conclusion qui semble devoir s'imposer est que l'amour ne viellit pas bien... Jusqu'au coup de théâtre: apercevant les deux vieux amants enlacés tendrement après une dispute, la jeune femme tente le tout pour le tout. Le dernier acte voit l'insupportable mari jouer son va-tout, et casser la figure à son rival. Tant pis.

 

Le film n'avait as grand chose pour intéresser l'auteur. celui-ci a fait son travail, dans une certaine mesure (On sait que bien des films de la MGM à l'époque passaient par plusieurs mains, donc il faut être prudent), mais il n'a pas donné la pleine mesure de ses moyens à la MGM: le film suivant de Borzage, Lazybones, inaugurait un contrat à la Fox, et on allait voir ce qu'on allait voir, oh oui. Et bien sur, Borzage reviendra en 1937 à la MGM, pour là encore faire autrement mieux que ce petit film sympathique, mais secondaire.

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23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 15:54

http://storage.canalblog.com/52/01/110219/49947142.pngCe film muet tardif est le plus ancien des films de Naruse à être parvenu jusqu'à nous, un rescapé de nombreuses catastrophes comme tous les quelques pauvres films muets survivants de Mizoguchi, Shimizu, ou encore Ozu. Il reflète particulièrement l'époque durant laquelle il a été filmé, en termes cinématographiques: Naruse s'amuse à enchainer les ruptures de ton, et à utiliser le montage afin de donner des illustrations, digressions et contrepoints. L'influence d'un cinéma bouillonnant et expérimental, du cinéma Européen des années 1925-1930 notamment, se fait sentir dans un montage qui part dans tous les sens et qui donne une grande énergie à ce film court.

L'histoire est à la base une comédie, ce qui surprendra bien sur un peu les familiers de l'oeuvre du cinéaste, et qui plus est, cette comédie est centrée sur un homme, père de famille et modeste employé d'une compagnie d'assurance. Le film le voit à la fois travailler (ni avec un grand talent, ni grande efficacité) à essayer de placer ses assurances, et échapper à sa condition d'adulte. Il essaie d'être un père modèle, encouragé par sa femme, mais se cache lorsque le propriétaire vient réclamer son loyer, et joue à saute-mouton avec les enfants d'une cliente pendant qu'un concurrent réussit à embobiner cette dernière et lui refourgue une assurance-vie... Bref, un enfant, coincé dans une vie mal partie; mais jusqu'à un certain point, la vie reste belle, et le personnage principal réussit même à retourner la situation en sa faveur, et se rend ainsi capable de réaliser son (petit) rêve, acheter un jouet à son fils. C'est à ce moment que ce dernier est impliqué dans un accident très grave...

Le passage délicat de la comédie de caractères à un drame très noir, c'est sans doute la caractéristique la plus notable du film. Du reste, le drame inspire Naruse, qui déploie les grands moyens du clair-obscur dans les scènes d'hopital, absolument magnifiques y compris dans cette copie bien malade. De même, le morceau de bravoure le plus commenté du film, le moment ou on apprend la sale nouvelle au héros, brille-t-il par une séquence de 20 secondes en montage rapide qui nous montre les associations d'idées, souvenirs et regrets à cent à l'heure du personnage. Le film n'est pas, évidemment, comparable à ces grands drames familiaux et pessimistes qui s'attachent à décrire des personnages féminins en lutte quotidienne avec les éléments, mais il est une introduction plus que plaisante à l'univers d'un très grand cinéaste. Il faut remercier Criterion et Eclipse d'avoir une fois de plus permis l'accès à des films rares avec ce coffret des films muets de Mikio Naruse.

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23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 09:10

Le dernier volume de la série créée par Joanne Rowling, tant attendu et tant espéré en son temps, était horriblement décevant, pour des raisons qu'on aurait pu prévoir: dans ces livres ou le degré de précision dans la prévision était si admirable, comment s'étonner que tout retombe si joliment et si logiquement à sa place dans le chapitre final, que toutes les pistes entamées plus tôt trouvent un aboutissement, sans surprise, à l'exception d'un ou deux personnages sacrifié pour la cause de façon mécanique? On avait l'impression de lire une fin rodée, huilée, et dont la saveur disparaissait à chaque chapitre. Là ou le précédent volume (The half-blood prince) avait surpris, touché, choqué même par ses idées centrales (Priver Harry de son bouclier d'enfance, en menant Dumbledore à sa fin, d'une manière spectaculaire, se concentrer enfin sur Voldemort pour en définir plus avant les contours et lui donner une vraie biographie, et donner à voir le personnage de Severus Snape dans toute sa complexité, au lieu d'en faire un ambigu mais surtout folklorique sale type.), le dernier enfonçait les portes ouvertes; mais à l'intérieur de cette déception, des moments sauvaient le livre du naufrage: d'une part, la solitude forcée de la quête de Harry,Hermione et Ron, en fuite, et réfugiés dans une nature hostile et désertique; d'autre part, bien sur, toute la lumière enfin faite sur celui que j'ai la manie de considérer comme le principal personnage de cette série, le plus fascinant: Severus Snape, donc. mais pour ce dernier, il va falloir attendre la deuxième partie de ce film pour lui rendre justice.

 

Paradoxalement, cette déception ne se retrouve pas avec ce film. Bien sur, il est centré sur la quête solitaire, et possède une certaine austérité; ensuite, la décision sage de couper l'adaptation en deux, inévitable commpte tenu de la nécessité pour le scénariste Steve Kloves de mener à leurs termes toutes les ficelles piquées à Rowling durant la confection des 6 précédents films, a mené l'équipe à développer pleinement la première partie du roman, soit la meilleure. On regrettera que toutes les parties consacrées à l'évocation d'Albus Dumbledore aient été caviardées, mais ce qui reste, l'essentiel enfin, c'est le voyage initiatique des trois jeunes héros, et c'est une très bonne nouvelle. La façon dont les tensions s'accroient, dont les jalousies se font jour, attisées par un bijou maléfique que doivent porter, à la façon du Frodo de Lord of the rings, les jeunes protagonistes, et la rancoeur d'être obligés de crapahuter dans les bois en se cachant au lieu de profiter pleinement de leur âge, profite bien à nos trois acteurs, dont l'alchimie crève l'écran.

 

Visuellement, on sait que depuis l'abandon du réalisateur Chris Columbus, le robot qui a efficacement rendu les deux premières adaptations sans âme de la série, les films sont devenus de plus en plus beaux, grâce à Alphonso Cuaron (The prisoner of Azkaban, trop rapide mais superbe de bout en bout) d'abord. Mais David Yates a apporté beaucoup dans ses deux films précédents, en particulier une façon de jouer sur l'abstraction dans les scènes de combat, les rendant supportables (Je les trouve généralement insipides et inutilement gonflées dans les livres) et souvent esthétiquement excitantes. Ici, il bénéficie de leur raréfaction. Le passage au ministère de la magie, qui doit autant à 1984 (Et à l'esthétique des illustrations de 1948-1950) qu'à Brazil, d'ailleurs cité ouvertement (Volontairement ou non? je ne saurais le dire): les sycophants qui encombrent les directeurs et autres cadres du ministère désormais acquis à la cause de Voldemort et se pressent autour d'eux, ou encore l'abondance de papiers, sans oublier les gestes mécaniques et le regard baissé de tous les personnages présents. Il y a de l'humour, bien sur, et le recours aux personnages récurrents, et aux décors de la maison des Weasley, bien que limités par la solitude des héros, nous gratifie de deux apparitions du grand Rhys Ifans.

 

Voilà, cette moitié de film est certainement, contrairement au roman, la meilleure des 7 adaptations jusqu'à présent, parce qu'on a pu pleinement laisser les personnages respirer, les situations se mettre en place, et pour tout dire, faire réellement vivre tout ça; on sait que ces personnages qui veulent sauver le monde de la menace du mal (Le parallèle entre l'art dégénéré et nazi et l'esthétique liée à Voldemort, notamment sur les couvertures de livres de propagande aperçus ça et là, n'échappera à personne), sont aussi en train de jouer leur passage à l'age adulte. La suite sera forcément un film d'action, on soupire, et on se dit qu'on le verra sans doute au moins une fois, ne sserait-ce que pour voir comment on va traiter l'accomplissement de la destinée de Severus Snape.

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Published by François Massarelli - dans Harry Potter
21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 18:47

 Secrets, 1924

 

Norma Talmadge était la grande tragédienne de l'écran, dont il faut sans doute rappeler qu'à l'époque du muet, sa popularité la hissait juste derrière Mary pickford - dans un genre bien différent. c'ets lors d'un contrat de quatre films avec la First National que Borzage a été amené à travailler avec la grande actrice pour deux films, celui-ci et The lady (1925). Secrets étonne aujourd'hui, d'une part par la finesse du jeu de Norma talmadge, dont on se demande pourquoi on ne nous montre pas tous les films séance tenante. Ensuite, la construction en flashbacks et le jeu de point de vue, entièrement soumis aux souvenirs d'une femme, sont très impressionants, permettant au film d'échapper à la convention mélodramatique. Enfin, le film est une histoire d'amour qui transcende tout sur son passage, et ça, on le verra bientôt, c'est le terrain de jeu privilégié de notre metteur en scène...

 

Mary Carlton, une vieille dame, se désespère: son mari va mourir. elle se confie à son journal intime et entame un voyage dans ses souvenirs: lorsque John l'avait enlevée en Angleterre parce que son père ne voulait pas de ce prétendant sans fortune, puis leur fuite vers les Etats-Unis; comment John avait tenu tête à des bandits alors que leur fils unique se mourait; le soutien inattendu des parents lors d'une crise conjugale, suivie d'une réconciliation; puis John se réveille, et Mary aussi...

 

Norma Talmadge ne se contente pas de jouer avec le maquillage et les années, elle incarne cette histoire d'amour d'une grande subtilté, et on est captivé par son charme et son charisme. De plus, Frances Marion scénariste et Borzage ont mis tous deux la barre très haut, multipliant les ruptures de ton: l'enlèvement est une comédie presque boulevardière, relevée d'un érotisme qui reviendra, lorsque John aide mary un peu gênée à se changer: cette promiscuité inattendue est la marque des amours Borzagiennes... Après la comédie, la quasi-western de la seconde partie, avec un John qui bataille ferme contre les assaillants extérieurs, alors que Mary se rend compte de la mort de leur enfant, mais la cache afin de ne pas gâcher les chances de John de vaincre les bandits: à l'issue de la confrontation, son mari devient ainsi un héros local, grâce à ce sacrifice. C'est enfin à elle que revient le choix de continuer ou de repousser son mari qui a fauté. Là encore, elle prend la bonne décision. Tout porte à croire que la survie de John, l'homme tant aimé dans ce beau film, est entièrement conditionnée à la volonté de cette femme extraordinaire...

 

Première incursion à ma connaissance dans l'amour absolu pour Borzage, le film porte sa part de miracle, de beauté, de cet étrange lien sacré entre les êtres. Il est porté par une actrice exceptionnelle...

 

 

Secrets, 1933

 

Avec le remake réalisé par Borzage (Qui rejoint ici une confrérie d'auteurs qui ont été amenés à refaire eux-même leurs films, ce qui fait de lui un égal d'Hitchcock, Hawks, DeMille, Walsh, Duvivier et gance), c'est Mary Pickford qui incarne l'héroïne. L'histoire est désormais totalement linéaire, le film commençant avec le flirt, puis la fuite des deux amants. Ensuite, le passage des ans permet de visiter quelques unes des étapes de leur périple, et Leslie Howard comme Pickford sont vraiment à la hauteur... Mais on regrette le sens du sacré si présent sur la première version. Le choix du flash-back permet à la version de 1924 de constamment pouvoir faire ressentir la gravité de l'enjeu, et à la fin de toucher au miracle, alors que cette nouvelle version joue sur la légèreté, et l'humour. Seule concession au mélodrame absolu, la scène de la mort de l'enfant repose entièrement sur le don pour la pantomime de Mary Pickford, et c'est une grande réussite. Le reste tient plus de la comédie sentimentale, jouant ça et là sur les mêmes émotions que les scènes de la version de 1924 (On retrouve en particulier cette scène de promiscuité durant laquelle leslie Howard déshabille littéralement Mary Pickford).

 

Ce film est un remake qui ne s'imposait pas, certes, mais au moins on apprécie de retrouver Mary Pickford dans un film à la hauteur de son talent, et pour Borzage cette commande bien assumée lui permet de continuer à imposer sa marque, avant de réaliser l'un de ses plus beaux films à la Columbia...

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Muet 1924