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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 16:23

Dans ce moyen métrage situé au début de sa gloire, Lubitsch explore avec délectation les errements d'un quarteron de personnages qui se déguisent, se mentent et se trompent: un mari volage qui court le guilledou au lieu de répondre à une convocation de la police, un comte coureur de jupons obligé d'aller en prison à sa place, une épouse qui cherche à coincer son époux en se faisant passer pour une autre, et une servante déguisée en dame de la haute qui se paie le luxe de retourner à sa condition au lieu de mener la grande vie avec un bourgeois. Une fois faux semblants, tromperies et situations limites mis de coté, tout retournera dans l'ordre. Tout ceci est un peu rustique, mais on est déjà dans un univers proche de celui qui sera le théâtre de ses films du début des années 30.

Et Lubitsch et Hanns Kraly ont piqué l'intrigue à une opérette: Die Fledermaus (la Chauve-souris), de Richard Strauss. Le ton est résolument à la farce, ont est donc vraiment dans la première vague des films du maître, ceux qui respiraient le bon air des rues Berlinoises, ceux d'avant la Kolossale réputation du metteur en scène qui lui vaudra un ticket pour Hollywood, où il ira transformer à lui tout seul le cinéma... Tout ceci n'empêche pas ses bourgeois Berlinois d'voir un air de famille marqué avec ses héros, qu'ils soient de 1924 (The Marriage Circle) ou de 1932 (One hour with you)... Notons aussi une apparition irrésistible de Emil Jannings en gardien de prison alcoolique.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Ernst Lubitsch 1917
15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 16:36

Ceci est le dernier film que Bauer finira de son vivant, avant qu'il ne tombe malade sur le plateau du Roi de Paris... Et on ne peut pas dire que l'oeuvre de ce grand maître du drame baroque se finisse dans la rigolade! Son titre dérive d'un intertitre, dans lequel il est question de la quête incessante du bonheur, de l'héroïne du film: un prétendant se dit prêt à le lui procurer, mais elle estime que son bonheur à elle doit d'abord passer par celui de sa fille... Celle-ci, on le verra, souffre d'un handicap dont les sources sont essentiellement psychologiques, ce qui fait d'elle une petite cousine de Vera Karalli dans Le bonheur de la nuit éternelle, ou d'autres héros affligés pareillement de problèmes qui leur sont amenés par des angoisses.

Zoya Verenskaia (Lydia Koreneva), une riche veuve, est inquiète pour sa fille Li (Tasya Borman). Celle-ci est bientôt adulte, mais ne s'est jamais remise de la mort de son père dix années auparavant. Et le docteur est formel, elle perd progressivement la vue. L'amant de Zoya, l'avocat Dimitri (Nikolai Radine), souhaite qu'elle accepte de se marier avec lui, mais elle craint que ça n'arrange en rien les affaires de Li. D'autant que celle-ci se méprend sur la présence constante de Dimitri chez elles, et est amoureuse de lui. Lors d'un séjour en Crimée sur les bords de la mer noire, le drame va se précipiter...

Un plan, superbe, riche et chargé en sens semble résumer le film: Li est dans un jardin ensoleillé, au premier plan, installée sur un banc. Derrière elle, au fond, apparaissent sa maman et Dimitri. Elle ne les a pas vus, mais elle sait que Dimitri est là, et elle lâche les fleurs que le jeune peintre lui a donné, pour attendre fébrilement celui dont elle croit qu'il est venu pour elle. Pendant ce temps Zoya et Dimitri finissent leur cheminement jusqu'à elle.

Le film est lent, posé (Bauer comme à son habitude utilise tout l'espace et chaque centimètre carré de ses décors ont du sens), et empreint d'une ironie violente. Bauer prend son temps et surtout épouse le tempo lent de cette famille nantie, comme condamnée à vivre des dilemmes impossibles. Les deux adultes s'aiment, mais ont des intérêts divergents: lui ne pense qu'à elle, et souffre de leur éloignement forcé, elle ne pense qu'à sa fille... celle-ci, de son côté, refuse le bonheur à portée de main (Un jeune peintre qui n'a d'yeux que pour elle, et qui pour info est interprété par le décorateur du film, Lev Koulechov: ça fait de l'effet), et se pousse elle-même vers la maladie. On peut éventuellement se demander où Bauer veut en venir, mais fidèle à son habitude il nous a réservé un coup de théâtre de premier choix, qui finit par dresser tous ces gens les uns contre les autres dans un final particulièrement méchant. J'en parle en dessous, et si vous souhaitez voir le film d'abord... N'allez pas plus loin.

Puisque Zoya ne veut que le bonheur de sa fille, et que Dimitri a dit à Zoya qu'il l'aime plus que tout, le marché proposé par la jeune veuve à son amant est le suivant: il épousera Li, et ainsi il fera le bonheur de sa mère. Quand elle est venue le lui dire, chez lui, il a refusé, mais à ce moment, elle lui a annoncé la venue de Li: Dimitri est au pied du mur... Quand la jeune femme entre dans l'appartement, l'avocat est déterminé: il lui dit qu'il refuse son amour, puis ajoute qu'il en aime une autre; sa mère. C'est à ce moment que Li devient définitivement aveugle. Puis que le film se termine...

Je l'avais dit: Bauer, ironique jusqu'au bout, refuse une résolution à ses personnages... mais il y a quelque chose qu'il me fait dire maintenant, qui me paraît important... On ne demandait pas un grand effort aux femmes, j'imagine, dans la Russie de 1917 (d'avant la Révolution d'Octobre)... Donc d'une certaine façon leur oisiveté passe assez facilement. Mais ce Dimitri, victime permanente des complications féminines, je trouve qu'il a une propension impressionnante à dire (A trois reprises dans le film) "que mes clients se débrouillent!" et à partir en Crimée pour conter fleurette... une indication des sympathies de Bauer?

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Published by François Massarelli - dans Muet Yevgueny Bauer 1917
12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 09:53

Ce film tranche de manière spectaculaire sur le reste de la production du metteur en scène! Et pour cause: la Russie en 1917 est désormais dans une toute nouvelle configuration politique, après la révolution de février. Le film, écrit par l'acteur Ivan Perestiani, lui-même acquis à la cause de la révolution (DES révolutions, devrait-on dire, car il suivra avec enthousiasme les futurs changements d'octobre 1917, et sera l'un des premiers réalisateurs du cinéma Soviétique), est une solide oeuvre de propagande, qui est particulière puisqu'elle est l'une des rares qui nous soient parvenues, qui montre justement cette période de transition, plus du tout Tsariste (Nicolas II a abdiqué en février) mais pas encore Communiste (La gauche participe aux affaires, mais en ordre dispersé, et elle n'a pas le monopole du pouvoir). Et le film situe l'essentiel de son intrigue sur un débat qui agitait justement les révolutionnaires de l'époque; faut-il ou non participer à une guerre qui a été commencée par le Tsar, et qui devrait n'engager le nouveau pouvoir en rien?

La première bobine manque à l'appel: on y indiquait probablement le contexte, une exposition située en 1907. Le révolutionnaire qu'on appelle familièrement "grand-père" (Perestiani) est recherché par la police; Quand la deuxième bobine commence, les forces de l'ordre le dénichent réfugié chez son frère. Il est envoyé en Sibérie, ou il passe dix années de privation et d'oubli, à l'écart du monde. Il survit, déterminé à retourner se battre pour faire triompher ses idées. Quand il revient, le pays a changé, et il retrouve sa famille. Mais son fils (Vladimir Strighevski) qui est un radical, n'est pas d'accord avec lui sur la participation à la guerre: le "grand-père" souhaite en effet que la Russie se sorte du conflit en participant et en menant les alliés à la victoire, alors que son fils pense que le pays devrait se sortir du conflit sans autre forme de procès...

La troisième bobine, uniquement consacrée à la survie du héros en Sibérie, est étonnante: on est très habitué à suivre les aventures des personnages de Bauer dans des décors urbains et policés, alors qu'ici, le récit nous montre la vie "à la dure" de prisonniers qui sont loin de tout. De même, le cinéaste nous montre des grands espaces qu'il n'a pas souvent exploré, après tout. La fin de la séquence Sibérienne fait l'objet d'un raccourci saisissant, lorsqu'on voit Perestiani, sur un traîneau avec des chiens, qui s'éloigne de sa prison "naturelle" dans la neige, puis le plan suivant, sans aucune transition, nous montre un train qui s'éloigne vers le même horizon. la perspective est inversée, mais les deux plans mis bout à bout résument à eux seuls le voyage du vieil homme...

Ce n'est peut-être pas le meilleur de ses films, mais Bauer s'est bien sorti d'un exercice dont on ne saura jamais, finalement, s'il l'a accepté de bon coeur, ou si il a été forcé de le tourner par contrat! N'oublions pas que six mois à peine après la sortie de ce film, le metteur en scène allait décéder prématurément, et que quelques semaines plus tard, la Russie allait être totalement bouleversée. Quelle aurait été la place de Bauer dans le cinéma de ces années-là, on ne le saura jamais, mais Le révolutionnaire montre, que si devant un tel sujet il ne sort pas forcément des sentiers battus, au moins le film est-il largement plus que fonctionnel. La séquence Sibérienne à elle seule quitte le domaine purement illustratif pour y montrer une visualisation de l'entêtement d'un homme brisé, à ne pas renoncer à son idéal, exacerbé par la mort d'un jeune homme qui ressemble furieusement à l'image d'Epinal du Christ!

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Yevgueny Bauer
9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 08:54

Geraldine Farrar avait été Carmen en 1915, puis Jeanne d'Arc dans l'imposante production Joan the Woman en 1916, DeMille avec ce film continue de lui attribuer un traitement de star, avec cette fois le rôle de la dernière princesse Aztèque... L'avantage des Aztèques, c'est qu'on ne sait finalement pas tant de choses que ça sur eux, si ce n'est que leur société était avancée, hiérarchisée, et pratiquait les sacrifices humains. Il n'en faut pas plus, et DeMille, une fois de plus, s'est lancé dans un film sur le sujet...

L'intrigue est simple: d'un côté, Cortez (Hobart Bowwsorth) et les conquistadors arrivent au Mexique, de l'autre Moctezuma (Raymond Hatton) et les Aztèques voient venir avec inquiétude les Espagnols. Mais la fille de Moctezuma, Tesca (Geraldine Farrar) va tomber amoureux d'Alvarado (Wallace Reid), un soldat valeureux de Cortez. Tout ça va se résoudre dans un sacrifice, celui de Tesca qui sacrifie son peuple entier à son amour...

DeMille faisait donc dans l'alternance: grosses productions, comédies, drames importants. Ce film a beaucoup d'avantages: c'est une relativement grosse production, il a été créé pour faire bouillir la marmite, il permet au metteur en scène d'exploiter la popularité certaine de sa star tout en plaçant ses pions habituels (Wallace Reid allait d'ailleurs lui aussi bénéficier du statut de star sous peu), les Hatton, Kosloff voire Julia Faye en esclave court vêtue. Ca et là, les choix du metteur en scène nous rappellent son efficacité: sa science de la lumière en particulier dans une séquence... Mais c'est rare dans ce film, car DeMille est en mode essentiellement économique. on recycle, on va vite, et surtout, on ne fait que peu d'efforts de dramaturgie et de composition; tant qu'à recycler, le réalisateur engage même Walter Long pour interpréter le prêtre obsédé du sacrifice humain, mais on a le sentiment qu'il passe son temps à rejouer son rôle de Birth of a nation. C'est un tout autre sacrifice.

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Published by François Massarelli - dans Muet Cecil B. DeMille 1917
27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 09:47

Voilà un petit film mystérieux, qui aurait tout simplement du passer entre les mailles des filets, en faisant comme 80% de la production Américaine muette: disparaître sans laisser de traces... Au lieu de ça, on a retrouvé une copie Européenne presque complète et avec quelques traces mineures de décomposition, qui a été sauvegardée par le musée Eye d'Amsterdam, et qu'ils viennent de mettre en ligne via leur chaîne Youtube. C'est un mélodrame assez banal mais qui présente une nature, comme on disait alors, "risquée", ainsi qu'un sujet qui faisait florès: la traite des blanches. Mais était-ce bien le sujet? D'une part le film accumule les retournements de situation et les digressions, d'autre part, je dois admettre que ma connaissance du Néerlandais est tout bonnement au point mort... ce qui rend la compréhension de ce film, au sujet duquel il existe assez peu d'informations, très difficile.

Essayons toutefois; Maria (Marguerite Snow), une jeune immigrante Italienne, arrive à New York, et toute droit sortie d'Ellis Island, elle se met en quête de sa tante Loretta sensée l'accueillir. Mais elle est interceptée par un type louche et se retrouve directement confrontée à une scène inattendue: elle est placée à attendre dans une salle, où... une dame de la bonne société est venue "faire son marché": elle examine de jeunes immigrantes sous toutes les coutures. Comprenant vaguement qu'elle est entre les mains d'une dangereuse mafia, la jeune femme tente de s'enfuir, et elle est aidée et secourue par Jack Spaulding (James Cruze), un brave homme qui l'aide alors à retrouver sa tante. Ils se reverront...

Cette vague histoire de traite des blanches revient de façon intermittente, mais n'est jamais vraiment résolue; en réalité le principal aspect de l'intrigue qui sera développé, est l'attirance évidente de Jack pour Maria, et les conséquences que cet amour compliqué aura sur la liaison du jeune homme avec sa fiancée (Ou ex-fiancée?) Rosalie. Mais d'autres points demeurent obscurs: pourquoi Jack, qui a l'air selon les critères de 1917 d'être un brave homme parfaitement équilibré, invite-t-il la prude Maria à le suivre dans un "cabaret", pour reprendre les mots de l'intertitre (En Néerlandais dans le texte, donc), où ils vont assister à un spectacle vulgaire, de déshabillages déguisés en chorégraphie? Cet épisode aura l'avantage de résonner de façon douloureuse chez Maria, qui se rappellera à cette occasion son expérience traumatique, mais soyons francs: on n'y voit que prétexte à montrer de la nudité...

Par ailleurs on comprend mal les réticences de Jack à assumer son amour pour Maria. Est-ce parce qu'elle est Italienne? Auquel cas le film ne serait pas forcément un modèle d'ouverture d'esprit. A ce sujet, on constate que le film semble contenir toutes les possibilités de fin, avec des coups de théâtre successifs qui pourraient tout aussi bien être un bout à bout de deux issues différentes. Mais dans tous les cas, ça ne vole pas très haut...

La copie, outre le fait qu'elle ne contient pas de générique d'ouverture, est certainement une version d'exportation: les Européens ont toujours, à l'époque du muet, eu un rapport plus tranquille avec les étalages de nudité, et cette version ne se privant pas, on peut penser que c'est un montage qui nous était destiné. Reste à régler le problème de l'attribution du film: c'est une production soit de Kimberly films, soit de la plus connue Thanhouser. Bien que le film soit sorti en Europe en 1921, on retrouve les traces d'un Slave Mart de 1917 avec Cruze et Snow (Et de toute façon, Cruze passe d'acteur à metteur en scène en 1918). Le metteur en scène est inconnu, et au vu du résultat final, on tend à le comprendre...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 James Cruze
6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 16:13

Sjöström a beaucoup tourné durant les années 10, mais très peu de films ont survécu. A part les trente minutes disjointes de Dodskyssen (1916), on n' a rien gardé de ses films (beaucoup ayant disparu dans un incendie) réalisés entre Ingeborg Holm (1913) et Terje Vigen (1917)! Et la vision de ce dernier film prouve que le metteur en scène a mis à profit ces années de formation pour faire évoluer son style! Terje Vigen ne fonctionne pas, comme Ingeborg Hom, selon une progression linéaire, par tableaux, mais intègre le montage ainsi que des flash-backs dans sa structure, flash-backs dont on sait l'importance qu'ils vont acquérir avec son film le plus célèbre... Et Terje Vigen se situe totalement dans sa thématique sombre, avec une histoire de vengeance, inscrite dans les conditions météorologiques houleuses d'une ville côtière de la mer du nord...

Adaptée d'un poème de Henrik Ibsen, l'histoire est située en Norvège. La guerre fait rage, et le petit port ou vit le marin Terje Vigen avec sa petite famille est victime d'un blocus: les gens meurent de faim, et Vigen sent que son fils ne survivra pas longtemps. Il prend la décision de tenter de forcer le blocus et de se rendre seul au Danemark, afin de récupérer du maïs, pour tenter de nourrir la population... Comme il n'a qu'un frêle esquif, il parvient au Danemark sans problème, mais il est repéré sur le chemin du retour par un bateau Anglais, et les marins décident de le prendre en chasse pour s'amuser un peu; le bateau est coulé, et Vigen se morfond de longues années en prison...

A la fin de la guerre, il sera libéré, et rentrera chez lui, mais les nouvelles ne seront bien sur pas bonnes. Le film inscrit cette intrigue dans un flash-back, motivé  par la vision de Terje Vigen (Victor Sjöström) vieilli, aigri, qui a donc perdu son épouse et son enfant, et survit tant bien que mal, en maudissant quotidiennement la mer... C'est un rôle dont on ne peut pas dire qu'il soit tout en subtilité pour Sjöström! Mais l'acteur est souvent isolé par la composition, dans le film, qui du reste est assez court: ses quatre actes (En fait, plus trois et un épilogue) se déroulant sur moins de 53 minutes. Et le film est clairement l'histoire d'une malédiction personnelle, car tout y est vu du point de vue de cet homme qui a tout perdu, et qui se réfugie dans un espoir de revanche impossible... Comme Körkarlen, ou comme He who gets slapped, il est l'histoire, à heure du bilan, de quelqu'un qui a vécu pour pas grand chose! ET le metteur en scène choisit d'utiliser à fond la nature qui entoure son héros, notamment la mer, faisant un usage dramatique des conditions de la mer du nord.

Donc, tout ça n'est pas très gai... Heureusement, dans l'intrigue qui a prévu également une rencontre tardive entre Vigen et le capitaine Anglais responsable de son emprisonnement, c'est la présence d'un enfant qui rendra à Terje Vigen la raison, au terme d'une tentative de vengeance qui n'aboutira pas.

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Published by François Massarelli - dans Muet Victor Sjöström 1917
10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 09:32

C'est une sacrée surprise: non seulement ce film d'une réalisatrice peu connue, dont la carrière a été très courte, est excellent, mais en prime il nous apporte la vision d'une forme assez aigue de nostalgie de tout ce qui est le grand ouest Américain... en 1917! A l'époque, John Ford ou William Hart faisaient des films, qui étaient des westerns contemporains dans lesquels les cow-boys à cheval croisaient des Ford... Mais '49 -'17 anticipe sur le grand western historique de The covered Wagon ou The iron Horse, de six ou sept ans. 

Le titre fait allusion à l'époque durant laquelle un gand nombre de pionniers viennent tenter leur chance dans l'ouest, en 1849, et renvoie aussi à l'époque contemporaine. Ceci s'explique facilement par l'intrigue: un juge âgé, et nostalgique de sa jeunesse, explique à son secrétaire qu'il a vécu une ruée vers l'or, une vingtaine d'années auparavant: il a participé à la création d'une ville, Nugget Notch, qui a depuis disparu. Il aimerait recréer cette période, et charge donc le jeune homme d'aller en Californie, et de se mettre en quête d'une population susceptible de le suivre dans son caprice. Le secrétaire de tarde pas à trouver "the 49 camp", un medicine show, des acteurs et cavaliers qui sont au bord de la faillite. Avec eux, le juge va pouvoir accomplir son rêve... et régler quelques comptes, car il n'en a parlé à personne, mais il a un secret.

C'est formidable: le film est drôle, et joue souvent sur le décalage de la situation,comme dans une scène qui voit l'arrivée du vieux juge nostalgique venue de l'Est à Nugget Notch reconstituée: la population l'accueille avec plaisir, mais il décide de sortir son flingue pour fêter ça, et emporté par l'enthousiasme, c'est le "pied-tendre" qui terrorise la population de la petite ville de pionniers éberlués de voir ce maniaque du six coups tirer dans tous les sens. Le film possède aussi son intrigue, qui part parfois dans tous les sens, mais elle permet de posséder un ingrédient essentiel et indispensable: un méchant, interprété par l'inquiétant, ténébreux et filiforme... Jean Hersholt. Un acteur qui ira loin, même s'il ne quittera pas beaucoup la Californie.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Western
9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 16:53

Tourneur et Pickford n’ont fait que deux films ensemble, et Mary Pickford aura parfois tendance à minimiser le premier, Pride of the Clan, en raison probablement du manque de succès ; ces deux films représentent néanmoins une date dans la carrière de l’actrice, qui va ensuite consolider sa position de productrice dans une série de longs métrages, allant jusqu’à prendre son indépendance en co-créant United Artists. Avec le deuxième film, Poor little Rich Girl , Pickford va pour la première fois jouer sans réserves une jeune fille, ce qu’elle refera si souvent, et obtenir un grand succès, aussi bien critique que public. 

Ce film est peut-être la matrice des œuvres futures de l’actrice Mary Pickford, mais il s’agit bel et bien avant tout d’un film de Maurice Tourneur. Il conte les déboires d’une jeune fille riche que ses parents et son environnement ignore, jusqu’au jour ou un accident stupide du à la malignité d’un domestique menace la vie de l’héroïne. S’ensuit un curieux combat autour du lit de la malade, pour lui sauver la vie, combat relayé dans ses rêves par la jeune fille. La partie onirique est bien sur la plus belle du film, dans des décors irréels qui préfigurent le type de décors utilisés par Tourneur et Carré dans The blue bird, mais ici l’enjeu est de taille : la possible mort de la jeune héroïne se profile bien derrière la dernière partie. Le jeu naturaliste et sobre des interprètes, l’élégance des intérieurs, magnifiquement captés par la justesse des composition de Tourneur… Faut-il le rappeler, ces gens connaissaient leur affaire et le faisaient avec goût.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Maurice Tourneur
9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 16:49

Pour cette histoire Ecossaise, on trouve Mary Pickford dans un rôle dramatique qu’aurait pu lui confier Griffith : elle est l’unique héritière du chef d’un clan (Récemment noyé lors d’une tempête) sur une île éloignée au large de l’Ecosse, et en tant que telle, elle devra assumer la tâche de mener le clan. Alors qu’elle se prépare à se marier avec l’homme qu’elle aime et qui l’aime depuis l’enfance, la vraie famille de celui-ci arrive et tente d’emporter le jeune homme sur le continent, forçant plus ou moins la jeune femme à renoncer à leur idylle.

Ce petit film qui aurait pu en d’autres mains devenir un navet décoratif va devenir un peu plus grâce à Tourneur et son équipe (Van Der Broek et Andriot sont les chef-opérateurs, les décors sont de ben Carré). Ils composent un décor qui respire moins le folklore que le malaise de ces îles, tel qu’il sera capté par Michael Powell plus tard. Les plans du front de mer, avec tout le clan qui assiste résigné au naufrage du bateau qui ramène les pêcheurs, ont une beauté lourde de sens, avec ces rochers éparpillés, et cette dénivellation inconfortable.

Le film ayant été tourné dans l’est, il se peut que ce soit la côte du Maine, souvent employée pour ce genre de productions. Les personnages sont souvent représentés en silhouettes, un procédé qu’affectionnent Tourneur et son équipe. Le film est un vague mélodrame, amis on appréciera son âpreté : voici, une fois de plus dans cette adolescence du cinéma Américain, un film adulte. Notons toutefois que la fin est sujette à caution, puisque j’ai vu un happy-end, alors que Mitry, dans L’Anthologie du Cinéma, se rappelle avoir vu pour le même film une fin tragique.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Maurice Tourneur
6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 17:22

Frank Lloyd, venu d'Angleterre à Hollywood, fait partie des réalisateurs qui ont sans doute le plus compté sur la qualité des oeuvres qu'ils adaptaient... Ici, c'est donc de Dickens qu'il s'agit, et le film, concentré en 8 bobines, commence bien dans la France agitée de la pré-révolution avec la colère du peuple qui gronde (Symbolisée en particulier par une scène que Griffith reproduira dans son Orphans of the storm, qui doit énormément à ce roman de Dickens: la voiture d'un noble roule sur un enfant, et l'aristocrate, surtout ennuyé que l'incident ait probablement abîmé son véhicule, n'a d'autre pensée pour les parents de la victime, que de les dédommager en leur jetant une pièce...); il finit, bien sur, sur l'échafaud avec le sacrifice sublime de Sydney Carton, en compagnie d'une petite couturière résinée à son tragique destin...

William Farnum, la star de la Fox, y interprète le double rôle du Marquis de St-Evremond, le noble enfui en Angleterre qui tente de rattraper les crimes de ses aînés, et de Sydney Carton, avocat alcoolique et déchu. Les deux hommes ne partagent pas que la même apparence, ils aiment aussi la même femme (Jewel Carmen), ce qui précipitera le final. Dickens a bien sur favorisé le roman-feuilleton mélodramatique à souhait, ce que le raccourci proposé par le film rend bien, et on souffre durant les premières 25 minutes, qui accumulent les péripéties et les personnages... Mais il y a là un souffle, un intérêt, qui doivent finalement autant à Dickens qu'à Lloyd, dont le travail est tout à fait correct. Pas révolutionnaire, non: les vraies trouvailles cinématographiques avaient lieu à cette époque chez DeMille ou Tourneur! Mais le film est bien interprété, et les événements bien rendus dans un Paris glorieusement glauque.

A noter: A tale of two cities est le plus ancien des nombreux films de Lloyd qu'on peut consulter à sa guise sur Youtube, dans une copie regardable, C'est notable, même si l'oeuvre de ce franc-tireur assez académique n'est pas forcément la plus fascinante du cinéma Américain.

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Published by François Massarelli - dans Frank Lloyd Muet 1917