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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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24 décembre 2022 6 24 /12 /décembre /2022 18:09

En Novembre 1917 se sont tenues les premières élections pour l'assemblée constituante en Russie, et c'était évidemment une date importante pour les Bolcheviks, principale force de la Révolution d'Octobre... Comment Starewitch, qui n'allait pas tarder à émigrer à la faveur d'un tournage, a-t-il été amené à participer à la propagande socialiste en vue de cette élection, et par là-même à réaliser l'un des premiers films Soviétiques militants, c'est pour l'heure un mystère, mais ni la situation chaotique de la future URSS, ni la position paradoxale des artistes du cinéma Russe des années 10, ne sont finalement claires... Notons par exemple que si Starewitch, qui a réalisé ce film pro-socialiste, finira par émigrer et s'installer en France, Protazanov de son côté émigrera sans demander son reste dès la révolution aux côtés de Mosjoukine, participera à l'établissement d'une compagnie de cinéma en France qui allait devenir l'Albatros... et rentrera au pays pour tourner avec Aelita le fantasme Soviétique ultime!

Toute cette confusion n'empêche de toute façon absolument pas ce film, réduit à une vingtaine de minutes dans la version que j'ai vue (mais on parle parfois d'une version en 6 bobines... prudence!), d'être totalement inintéressant et prévisible: on annonce des élections, et un délégué syndical très populaire qui selon toute vraisemblance sera élu par toute sa communauté, est écarté par un patronat vendu... Et par-dessus le marché, le principal actionnaire souhaite se débarrasser du camarade pour faire main basse sur sa fiancée... Bon, Starewitch ne s'en est pas trop vanté, de celui-ci...

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Published by François Massarelli - dans 1917 Ladislas Starewitch Muet
23 décembre 2022 5 23 /12 /décembre /2022 18:35

Ce film est incomplet; il s'agissait à l'origine d'un long métrage de cinq bobines, entièrement en prises de vues réelles, et il subsiste une trentaine de minutes, sans intertitres, ce qui est très fâcheux... Le métrage subsistant est tiré des trois premières bobines, et on n'a donc pour se faire une idée de ce film, que les deux premiers actes...

Un jeune homme est engagé comme chauffeur, et va devenir parce qu'il a plu à sa maitresse (plusieurs sens donc à donner à ce terme) un jockey pour l'écurie de ses patrons... Mais ses attaches près de la communauté bohémienne et en particulier ses liens avec une jeune musicienne, provoquent la jalousie de la riche bourgeoise...

C'est un sombre drame, difficile à expliciter aujourd'hui, dont les scènes se partagent entre des plans de compétition sportive, des séquences au restaurant, et beaucoup de scènes d'intérieur, éclairées avec soin... Pas de quoi se relever la nuit hélas, et n'oublions pas que Sarewitch lui-même, qui considérait son travail comme celui d'un animateur, n'avait aucune indulgence pour les films qu'il a été amené à accepter pour nourrir sa famille.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Ladislas Starewitch
1 septembre 2022 4 01 /09 /septembre /2022 17:36

Dans une petite banque familiale, le vieux caissier (Lon Chaney) découvre que le directeur, Peabody, et son fils, détournent de l'argent. Ils le frappent et s'en débarrassent, le croyant mort: le complice qui transportait le corps a un accident. Le corps a disparu...

La fille du vieux Forbes, le caissier disparu, demande de l'aide à son ami Billy, qui décide de profiter de l'occasion pour prouver qu'il n'est pas un bon à rien...

C'est l'un des rares longs métrages Universal avec Lon Chaney d'avant 1919 à avoir été conservé entier ou à peu près... Et c'est un film assez connu, du coup, souvent montré ou édité, dès les années 80, en super 8 puis VHS et enfin DVD. Mais c'est avant tout un mélodrame assez sombre, avec un arrière-plan moral et une leçon, dans les limites de la convention: les Peabody sont des gens avides et sans scrupules, qui non seulement détournent l'argent de leurs clients avec des malfrats, mais en plus vont saigner à blanc ceux qui ont des dettes envers eux. Des capitalistes, dans le pire sens du terme, qui s'en prennent à un descendant du patriote Paul Revere, interprété par Chaney! Et pendant ce temps, un homme simple mais amoureux va révéler sa vraie force morale et faire triompher le bien.

Le film est décent, avec de belles scènes de suspense nocturne. Chaney y est excellent malgré la charge mélodramatique de son rôle, qu'il assume à 200%! Et la direction de l'artisan Joseph de Grasse (dont le frère Sam interprète ici le fils Peabody) est adéquate, sans plus...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Lon Chaney 1917
29 août 2022 1 29 /08 /août /2022 10:08

Nellie (Dorothy Phillips) est une aspirante actrice, qui s'enfuit de chez elle pour percer à New York. Dans la gare, elle rencontre un acteur (William Stowell) qui la séduit par son amabilité. 

Arrivée à Broadway, elle monte un à un les échelons du théâtre, et va presque malgré elle se servir d'un homme, le critique Paul Niehoff (Lon Chaney), un homme malade, qui souhaite faire représenter une pièce qu'il a écrite, avant de mourir...

Il manque les deux dernières bobines du film, sur cinq à l'origine, et ce qui reste n'est pas brillant... La troisième bobine en particulier a beaucoup souffert des ravages du temps. Mais en 33 minutes, on a quand même une assez bonne idée de ce qu'est ce film, réalisé comme tant d'autres de ceux qui employaient Chaney à l'époque par Joseph de Grasse. Pendant toute la durée de ce qui reste du film, on est assez circonspect devant une intrigue qui n'en finit pas de ressembler à une parodie. Ca s'explique très bien par la fin, résumée dans les copies disponibles...

C'est un film moyen, qui se réveille soudain à la fin de la troisième bobine, justement, quand un producteur véreux est assassiné par l'héroïne qui souhaite se défendre de ses intentions malfaisantes... De Grasse y utilise un bel éclairage, et Dorothy Phillips y incarne à merveille une ingénue dépassée par la violence dont elle fait preuve: là encore, ça sert assez bien le film quand on en connaît le dénouement. Chaney, enfin, y échappe au rôle de méchant, même si sa première apparition, en critique démiurge dans les coulisses d'un théâtre, fait craindre le pire...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Lon Chaney
18 décembre 2021 6 18 /12 /décembre /2021 19:18

Le banquier Favraux s'est construit une fortune considérable en exploitant sans scrupules la misère d'autrui... Un jour, alors que tout semble aller au mieux pour lui, que sa fille, jeune veuve et mère d'un enfant, s'apprête à se remarier, il meurt, et un scandale éclate. Le fautif? Judex, un homme mystérieux dont la famille a été autrefois victime des agissements du banquier... Mais Favraux est-il mort? Et qui est réellement Marie Verdier, la jeune gouvernante dont Favraux s'est entichée et qui une fois le banquier mort va chercher fortune ailleurs?

Côté pile, le film commence comme du pur Feuillade, qui installe avec un talent fou une intrigue qui pose une masse de questions, des personnages en liberté, des maniaques et des gens bien, des bandits et des justiciers… Le prologue est exemplaire et les premiers épisodes donnent une envie folle de savoir la suite! Judex (René Cresté) est un personnage fascinant parce qu’à la demande de Gaumont c’est un justicier, un vrai, et contrairement aux Vampires sa quête est motivée par des raisons hautement morales… Et pour le cas où on s’ennuierait d’Irma Vep et de ses collants noirs, Feuilade a engagé sa muse préférée pour le rôle riche de Marie Verdier / Diana Monti… On s’en doute, cette dernière s’avérera un authentique génie du mal…

Côté face, Judex fait suite, dans l'oeuvre de Feuillade, aux Vampires, à son impressionnant succès... et aux polémiques nées de ce que certains censeurs considéraient comme la nature scandaleuse de son cinéma: qui pouvait douter un seul instant que dans le serial en dix épisodes qui avait tenu en haleine les spectateurs Français durant 9 mois, les héros étaient en fait la dangereuse mais fascinante mafia de voleurs, d'assassins et d'escrocs des "Vampires", rassemblés autour d'Irma Vep (Musidora)? Le film, d'épisode en épisode, marquait de façon spectaculaire son époque, et bien que se déroulant à l'arrière, soulignait par le recours à des armes de plus en plus sophistiquées (Lance-flammes, canons, gaz et masques) l'existence quotidienne, ressentie par toute la population, de la guerre qui se jouait dans le nord du pays... Et du coup, la violence et la mort y étaient partout.

Judex est donc né de cette nécessité d'une revanche pour la Gaumont et les bien-pensants, qui souhaitaient que les lucratives idées de Feuillade s'expriment dans un sens qui puisse aller conformément avec le bien public tel que les autorités morales le concevaient... On sent bien que l’auteur a été pris entre deux feux avec ce nouveau film, passant d’une vengeance terrible, celle de Judex, à un appauvrissement de plus en plus évident au fur et à mesure de l’évolution de son amour pour la belle Jacqueline (Yvette Andreyor), la fille de son ennemi.

Et c'est bien ce qui me chiffonne dans Judex, un feuilleton qui part tambour battant, et qui installe vite l'idée que derrière le drame bourgeois qui est à la base, il y a une force, mystérieuse et secrète, représentée par l'énigmatique Judex, un justicier masqué qui s'arroge de le droit de vengeance en utilisant une machinerie compliquée, qui a le pouvoir de tuer s'il le souhaite et veille au grain, aussi menaçant que l'auraient été les Vampires... avant de se rétracter par amour, et d'abandonner une à une toutes ses ficelles, quasiment émasculé. Alors bien sûr, le film accumule les péripéties, et Feuillade comme à son habitude dose de façon convaincante les coups de théâtre préparés, et l'improvisation, mais le coeur n'y est pas autant qu’on l’aurait souhaité. René Cresté, en justicier énigmatique, est parfois terne lorsque le doute qui le ronge l’empêche d’agir, les relations avec l'entourage sont convenues, et on réclame toujours plus de Diana Monti, l'aventurière jouée par Musidora, qui par sa vilénie rappelle les exactions basses, viles et immorales, des Vampires. Et au milieu de tout ça, à travers le personnage de Cocantin (Marcel Levesque) et de sa bonne amie Daisy Torp (Lili Deligny) si prompte à se déshabiller pour plonger en maillot noir (un épisode lui est dédié vers la fin, L’ondine) on voit bien que Feuillade était gêné aux entournures par ces préoccupations de censeurs.

 

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Published by François Massarelli - dans Louis Feuillade Muet 1917
7 mai 2021 5 07 /05 /mai /2021 17:14

Avant de partir pour l'Autriche, d'où il s'embarquerait pour une carrière fabuleuse à Hollywood, Mihaly Kertesz (de son vrai nom, Emmanuel dit Mano Kaminer) a quasiment été assimilé à la production Hongroise de films... Réalisateur des oeuvres les plus ambitieuses, sans doute, mais ça reste hypothétique puisque tant d'oeuvres ont disparu. Il en resterait, manifestement, une poignée; j'en ai recensé quatre, réalisés entre 1914 (A tolonc) et 1919 (le court métrage de propagande Jon Az Ocsem). L'un d'entre eux n'existe plus que sous la forme d'un fragment privé de son contexte...

Mais le film est intéressant, même réduit à sa plus simple expression, en trois pauvres petites minutes... Par exemple, l'art de l'ombre et de la lumière ici, la façon de capter les intérieurs, la composition, sont en droite ligne d'un forte influence Danoise: on sait que Curtiz, pour apprendre son art, a eu le culot de faire le voyage jusqu'à Copenhague et de s'inviter sur le plateau d'August Blom! Et à la fin de l'extrait, il filme une scène folklorique durant laquelle son acteur fétiche Victor Varconi est au milieu d'une foule impressionnante, et déjà, l'art de Curtiz explose quand il s'agit de manier les foules... Pour le reste, on se perd en conjectures devant ce sombre drame doublement muet.

 

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Published by François Massarelli - dans 1917 Michael Curtiz Muet
27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 19:14

Ce film fait partie de la charrette impressionnante de films réalisés par Gance entre La folie du Dr Tube (qui va scandaliser ses producteurs au point qu'ils ne le sortiront pas) et J'accuse (qui va sceller son triomphe)... La plupart de ces films appartiennent aux genres soit du mélodrame soit des films d'aventures, mais le droit à la vie appartient à la première catégorie, et est à rapprocher de Mater Dolorosa et La Xe symphonie par son style.

Nous faisons la connaissance de quatre personnages:  Veryal (Paul Vermoyal), banquier et boursicoteur fanatique, ne vit que pour s'enrichir; son collaborateur Jacques Alberty (Léon Mathot) lui est un honnête homme, et il aime Andrée Maël en secret; Cette dernière (Andrée Brabant) ignore l'amour de Jacques et accepte à la mort de sa grand-mère, sa seule famille, d'épouser Veryal qui la convoite. Enfin, Marc Toln (George Paulais) est le secrétaire de Veryal, encore plus véreux que lui...

C'est le drame d'un égoïsme, celui de Veryal, combiné à sa propre cupidité et à celle de Toln. Gance ne fait donc pas dans la dentelle, et affiche sans vergogne les deux affreux comme d'abominables corrompus. Les deux tourtereaux, de leur côté, ont du mal à faire le poids! Sinon, au-delà du délire mélodramatique, le metteur en scène affine son style proche de celui de DeMille, dans des scènes nocturnes aux compositions recherchées, un style qu'il achèvera de maîtriser avec Mater Dolorosa... 

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Published by François Massarelli - dans Muet Abel Gance 1917
27 novembre 2020 5 27 /11 /novembre /2020 15:55

Jack Dunn (Charles Gunn) est un avocat déchu, qui est tombé dans le piège de la drogue, et qui est réduit à conseiller des gangsters sur des questions de droit, au lieu de faire son métier. Repéré par Nan Bishop (Louise Glaum), il va se remettre d'aplomb en triomphant de son addiction, puis va pouvoir reprendre l'exercice de son métier, d'abord en devenant l'avocat de la pègre, puis Nan va sacrifier son amour pour le pousser à retourner dans le droit chemin... Sa première grande affaire sera médiatique: il participera au procès d'une jeune femme accusée à tort de meurtre. Devinez qui...

C'est un pur "véhicule" pour la star Louise Glaum, qui a ici le rôle principal, celui d'une vamp tentée par le bien, mais sans doute trop fière pour sacrifier sa vie directement. C'est un film des studios Kat-Bee de Thomas Ince, très efficace, et rempli d'audaces de thème et de ton, la peinture de la drogue et du milieu en faisant bien entendu partie...

Ce n'est pas forcément non plus le plus grand film du genre, The penalty (de Wallace Worsley, avec Lon Chaney)le dépassera en baroque et en émotions fortes, mais c'est une curiosité qui nous permet de retrouver une personnalité peu connue, une actrice à mi-chemin entre Theda Bara pour le côté vamp, et la peinture de la criminalité à la façon de Priscilla Dean.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Thomas Ince
22 juillet 2020 3 22 /07 /juillet /2020 14:46

Le plus ancien film conservé de John Ford fait partie d'un ensemble de westerns, produits par Universal. A la base, l'idée était de tourner des films vite faits avec Harry Carey en vedette, d'utiliser les décors (Ceux des studios Universal, mais aussi des paysages aussi naturels que possible) au maximum, et d'assembler deux bobines; mais pour ce film, Ford a été plus loin, et a obtenu un certain succès avec le résultat final, qui emmène les aventures du cowboy joué par Carey vers des hauteurs qu'on ne soupçonnait peut-être pas à l'époque. Cheyenne Harry (Carey) est un hors-la-loi engagé par un gros propriétaire, pour exproprier par la force une famille de fermiers. Harry est prêt à accomplir la mission, mais venant pour menacer, voire tuer ses cibles, il les surprend en pleine cérémonie: ils viennent d'enterrer l'un d'eux, le fils du vieux fermier, abattu de dos. Harry décide de passer de l'autre côté, et va les aider à lutter, puis à ameuter d'autres fermiers pour se défendre.

La prairie, les bêtes, les chevauchées... Ford se définissait à cette époque comme un débrouillard "avec un certain flair pour la composition", et on ne peut lui donner tort. Si le metteur en scène avait déjà la réputation de tourner vite, le style visuel est déjà très fort... Et son talent pour installer une atmosphère particulière avec un rien (Ici, la pluie et une beuverie composent une scène de digression comme il y en aura bien d'autres, dans un saloon miteux), mais aussi pour aller au bout des caractérisations de ses personnages, est là aussi présent. Et un thème, au-delà d'un sentimentalisme familial qui ne le quittera jamais, affleure dans ce film, celui de l'étranger, de l'outsider: Cheyenne Harry, hors-la-loi assimilé à la violence, est attiré par la vie des fermiers auxquels il vient en aide, mais comme Bim (Just pals), ou Ethan Edwards (The searchers), il en est exclu: Ford utilise le cadre de la porte comme il le fera dans d'autres films pour montrer qui est à l'écart, et qui a le droit d'entrer...  Harry tombe amoureux de Joan, la fille du fermier (Molly Malone). Il lui faut choisir: la cavale, ou la vie à deux. Le film ne semble pas vraiment choisir, et on jurerait qu'il plaque deux fins l'une sur l'autre: d'abord, Harry laisse la jeune femme à son ami de toujours, puis Joan vient chercher un obligatoire baiser pour retenir le cow-boy...

Pour finir, sur un film très attachant, on constate que Ford a déjà l'oeil pour repérer des endroits qui donnent un cachet époustouflant à une scène: ce passage étroit entre deux roches, on le reverra souvent chez lui, et chez Keaton aussi. Il profite du surcroît de pellicule dont il dispose pour pousser ses caractérisations à l'extrême, avec cette science des petits gestes qui sera un atout de tous ses personnages dans tous ses films, il expérimente avec le cadre en piquent à son frère Francis une technique de mise en relief par le biais d'objets mis au premier plan (si c'est Francis qui a enseigné ça à son assistant de frère, le fait est que John "Jack" Ford en fera à lui seul une impressionnante marque de fabrique). Il raffine avec bonheur la séquence à la Griffith d'une maison assiégée, qui se solde par une prouesse de montage, et enfin il donne vie à une foule de personnages qui sont autant d'immigrés potentiels, dotés d'une vie propre, à des lieues de tout archétype. Voilà qui en finit de cristalliser au sujet de ce film l'idée qu'on y assiste à la naissance d'un style bien personnel... En même temps qu'à une sorte de vraie naissance d'un genre: une fois que Ford aura montré le chemin le western ne sera plus jamais le même.

 

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet Western 1917
14 avril 2020 2 14 /04 /avril /2020 15:42

Elue juge, une figure proéminente (Dorothy Davenport) des Suffragettes doit se battre pour se préserver contre la presse pro-masculine... Ce qui ne va pas s'améliorer quand simultanément, elle va solliciter les suffrages de ses concitoyens pour devenir gouverneur d'une part, et d'autre part son mari, piégé par des bandits Italiens, va se retrouver condamné à mort pour un attentat contre le principal journal qui l'attaquait...

Partiellement refait (l'intrigue a été resserrée et les intertitres adaptés) et ressorti en 1921 sous le titre Every woman's problem, il y a fort à parier que Mothers of men était déjà un solide (hum...) mélodrame avec toute la panoplie. Mais on peut comprendre le besoin d'oblitérer une première version et d'en gommer certains contours en se référant au contexte: le 20e amendement a été ratifié, et désormais ce qui était une projection fictive dans le film de 1917 devient effectivement une possibilité; contrairement à d'autres tous petits pays reculés dont la France, les Etats-Unis ont enfin garanti le droit de vote, et de facto d'éligibilité, aux femmes...

Il est donc intéressant de voir un film se pencher sur la question avec un rien de finesse, et donner à Clara Madison (Dorothy Davenport) un rôle constamment positif. Evidemment, les circonstances sont pour le moins excessives, et on déplorera, au milieu d'une belle ouverture d'esprit à l'égard des femmes, que les immigrés (ici des Italiens) soient désignés comme autant d'ennemis du progrès et de la loi... 

Une partie des éléments du film me semblent suspendus en l'air, notamment un fait: Clara Madison, l'héroïne, n'est pas l'unique enfant de ses parents, elle a une soeur; celle-ci est malvoyante, et on le sait bien, c'est un ingrédient typique du mélodrame, à plus forte raison dans une histoire où la justice a une importance. Mais si à un moment la soeur a effectivement une conviction et l'exprime (en gros, "je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour aider ma soeur"), le personnage n'est pas plus développé que ça dans la version disponible du film, un déséquilibre certainement dû au remontage.

Et d'un point de vue strictement cinématographique, on assiste à l'inévitable suspense lié à la peine de mort, et on le sait bien, depuis Intolerance, s'il y a bien un ingrédient qui permet le suspense, c'est l'imminence d'une exécution. Quand en plus le gouverneur est une femme, que cette femme est sous la surveillance de tous ses administrés, et qu'en plus elle est l'épouse du condamné, on se doute qu'il y a du sport... Tout ceci fait que ce film hautement mélodramatique, hautement improbable, et qui va au bout de son ridicule avec un aplomb remarquable, garde un fort capital de sympathie.

 

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Published by François Massarelli - dans 1917 Muet