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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 07:51

Le propos de la Warner avec ce film était sans doute de donner de la hauteur au mélodrame en racontant aussi méthodiquement une affaire de justice. Le film est sorti après Fury (Fritz Lang, 1936) dont il n’y a que peu de chance qu’on ait eu envie de le copier, puisque il n’a pas eu un grand succès ; They Won’t forget, de LeRoy, est venu plus tard, et a été l’objet de plus d’attentions de la part de la firme: Claude Rains était une étoile montante, et George Brent dans ce film de Curtiz est plutôt sur le déclin, sans compter qu’il n’est pas omniprésent à l’écran: Mountain justice est dominé par Josephine Hutchinson, une actrice capable, mais dont la carrière n’a pas provoqué de raz-de-marée public. Ce drame noirissime chez les hillbillies était donc un film B, mais cela n’a pas empêché Curtiz de s’intéresser particulièrement au film, et en bon contrebandier, de faire passer pas mal de choses par les chemins détournés qui le caractérisent.

Ce n’est pas tant l’intrigue dans son ensemble qui a intéressé le metteur en scène : une jeune femme éduquée habitant les Appalaches avec sa famille, soucieuse de faire avancer les choses en poussant les habitants arriérés à laisser la médecine s’intéresser à eux, rencontre un jeune avocat qui, manque de chance, est précisément venu pour un procès dans lequel le fruste et brutal père de l’héroïne va être condamné. Il s’ensuivra une aggravation des rapports entre la jeune femme et son père, un ressentiment très fort entre celui-ci et l’avocat qui l’a fait condamner, et une haine de plus en plus forte des habitants pour la jeune femme, identifiée comme une influence extérieure… Cela ira jusqu’à la violence et la mort, et au-delà.

La désintégration d’une famille en proie à des passions d’autant plus fortes qu’il s’agit d’un choc de civilisations plus que d’un conflit de générations, la capacité de résistance de l’obscurantisme, le jusqu’au-boutisme de l’extrémisme des gens locaux, et la lente montée de l’horreur sont les choses qui ont intéressé Curtiz ici, plus que le coté didactique, ficelé qu’aurait eu un film de procès. Fury avait à cœur de démontrer le mécanisme des mouvements de foule, et d’inscrire cette démonstration dans une fable amoureusement contée par un maître, qui culminait dans une scène de procès, convoquant la morale de la société et la confrontant à une morale plus élevée, qu’elle soit humaine ou religieuse. They won’t forget sera lui aussi, avec talent d’ailleurs, un film de procès, dont les coups de théâtre s’inscrivent (Pour autant que mes souvenirs lointains du film me permettent de vraiment m’en souvenir !) dans une logique de suspense judiciaire. Le film de Curtiz évite soigneusement de s’appesantir sur les procès, qui sont les moments durant lesquels George Brent peut faire sortir son talent, disons pas vraiment spectaculaire. Non, le principal intérêt du film, c'est l’évolution du calvaire de Ruth Harkins, dont la première scène fait pourtant une héroïne à la Blood: assistante du médecin local (Guy Kibbee) qui vient de procéder à un accouchement, elle est vue, et son volontarisme avec, avec autant de méfiance que le docteur lorsqu’elle tente de persuader les gens de faire appel à des moyens plus modernes pour leur communauté; on est naturellement surpris lorsque l’on voit cette jeune femme éduquée, qui tranche sur les gens locaux rentrer chez son père, et celui-ci va dominer le film de toute la force de la menace qu’il représente : terrorisant ses filles par la sécheresse de sa communication, intervenant en meute pour empêcher sa fille de fréquenter un étranger à la foire, rentrant chez lui après la prison pour voir une maison décorée avec un peu de frivolité par ses filles et sa femme, et commençant à tout casser méthodiquement avant de corriger sa fille aînée dans une scène d’une violence qui rappelle en plus ironique (Mais oui) Broken blossoms (David Wark Griffith, 1919): Curtiz a recours à des silhouettes et des ombres, et cadre d’une caméra en position basse un napperon sur le mur, seule décoration autorisée dans ce foyer traditionnel, sur lequel est écrit Tu aimeras ton père et ta mère

Les épisodes situés en dehors de l’environnement fruste des montagnes sont réduits à l’essentiel, Curtiz ne situant qu’une scène en extérieurs dans les épisodes New-Yorkais, une promenade à Central Park qui sert vraisemblablement de fausse piste. Après l’épisode, le retour au pays sera ultra-violent, avec des suggestions d’infanticide et un parricide patenté. Les ombres, ces acteurs que Curtiz préférait dans de nombreux films, sont ici déchainées : il ne s’agit pas seulement de signer son film à la façon de Hitchcock, ce qu’il faisait en se livrant à une petite scène d’ombres chinoises dans tous ses films ou presque, mais d’étendre le cadre de ce qu’il peut montrer en suggérant ce qu’il ne peut pas filmer (Les scènes de violence, l’accouchement) en profitant d’une certaine économie de moyens (Contrairement à un Borzage qui réclamait manifestement des décors à fenêtres, Curtiz les suggérait par des ombres. C’est souvent le cas dans ce film) et par-dessus le marché Curtiz situe le gros du film dans la nuit, dans des masures montagnardes sombres qui ré-haussent le coté glauque de l’histoire.

Si on cherche les seconds rôles Curtiziens dans cette sombre histoire, on sera servi, mais l’histoire d’amour boiteuse entre Guy Kibbee (cet acteur est très attachant) et l’admirable Margaret Hamilton sert autant de bouche-trou sans intérêt que de comic relief à la Ford. Du reste, ces deux personnages permettent quand même d’humaniser un peu les montagnes par leur bonté et leur soutien à l’héroïne. Mais une surprise de taille, lors du deuxième procès, est réservée par une jeune actrice (Marcia Mae Jones) qui a un cri du cœur, inattendu et d’autant plus fort que la situation de sa sœur, Ruth, est arrivée à un paroxysme dramatique. Autant dire que le film va loin, et que Curtiz, typiquement, va sans doute plus loin que ne l’avaient prévu les producteurs, qui n’ont pas du s’impliquer de façon très importante dans ce film ; lui, si: cet histoire d’exil forcé (D’un état vers l’autre, mais Ruth aime ses montagnes, elle le dit à George Brent dans une très jolie scène diurne) , accompli dans la violence et le renoncement à la liberté élémentaire (Y compris avec la bénédiction des autorités, bienveillantes en ces années Roosevelt telles que les représente la Warner), ne peut que lui ressembler. Et on ne me fera pas croire que la fin soit un happy-end, pour Curtiz, comme pour son héroïne : Ruth Harkins, à la fin du film, condamnée à ne jamais revenir afin de rester libre, erre entre deux mondes, comme décidément beaucoup de héros de Michael Curtiz.

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Noir
28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 18:41
"Round up the usual suspects"
 
Ai-je quelque chose de neuf à dire sur Casablanca, son importance dans l'histoire du cinéma Américain, et bien sûr dans l'oeuvre de Michael Curtiz dont c'est sans doute le film le plus connu, le plus vu, le plus emblématique? Non, sans doute. Pourtant, il y aurait beaucoup à dire, mais quant à dire du neuf... Le film se trouve en plein coeur de l'admirable et prolifique carrière à la Warner du réalisateur, situé juste entre deux films plutôt atypiques: Yankee Doodle dandy, qui est pour Curtiz l'un de ses premiers films "biographiques" d'une figure du spectacle, et Mission to Moscow, film de propagande totalement assumé, qui se love avec une affection embarrassante sur les genoux de Tonton Staline. Mais justement: l'un et l'autre appartiennent plus ou moins lointainement à l'effort de guerre, comme le film qui a précédé Yankee doodle dandy (Captain of the clouds) et les deux films qui suivront Mission to Moscow, la revue musicale This is the army, et le film de résistance Passage to Marseilles... Au milieu de tous ces longs métrages, Casablanca trône, ayant en 102 minutes parfaitement défini le style de film d'aventures romantiques qui serait la règle à la Warner jusqu'à la fin des hostilités, et dont les autres exemples bien connus sont Passage to Marseilles, To have and have not (Hawks), ou encore Uncertain glory (Walsh). Le conflit intérieur qui est à chaque fois mis en lumière, est celui de la découverte par un aventurier d'une envie de résister, ignorée ou combattue auparavant. Les personnages sont des hommes revenus de tout qui renaissent à la faveur d'un amour symbolique d'un engagement pour la liberté et la démocratie. Dans Casablanca, Bogart-Rick Blaine incarne donc cet archétype avec maestria, le définit et l'invente...
 
"Everybody comes to Rick's"
 
Et Curtiz? Où faut-il le chercher dans ce film? Bien sur, Casablanca fait partie de ses grands films, il le sait, et il ne s'est pas fait prier: travellings d'exposition avec mille figurants, ombres qui dansent sur les murs blancs des cafés, figuration typée et hantée par une humanité principalement Européenne, on retrouve sa touche miraculeuse dans toutes les scènes, son rythme, sa nervosité et son sens de la recréation de la vie à l'écran. Mais cette histoire ne pouvait que le concerner directement... Immigré à plusieurs reprises, en transit même à la Warner qu'il a soudain quitté en 1954 après 27 ans, Curtiz est un peintre de l'exil. Mais plus encore, c'est un cynique, un homme qui se retrouve aussi bien dans Rick Blaine et sa faculté à composer avec tous, qu'avec le Capitaine Renault, joué avec intelligence par l'affable Claude Rains, un complice de Curtiz qui a joué dans nombreux de ses films et rejouera pour lui. De fait Renault est doté des répliques les plus réjouissantes du film, c'est un plaisir de le suivre dans cette histoire de résistance et de tromperie, ou finalement c'est celui qu'on aurait cru le plus collaborateur qui a le revirement le plus spectaculaire...
 
"You must remember this"
 
La vérité historique ne nous aide pas à suivre ce film, qui est une charge symbolique (Situé en décembre 1941, nous dit Rick Blaine, l'Américain qui va finir par s'engager...) d'abord et avant tout. Si le statut du Maroc en 1941 est aujourd'hui difficile à appréhender, il semble que la situation n'était pas beaucoup plus simple pour les contemporains: le capitaine Renault a fait allégeance à Vichy, mais des laisser-passer importants sont frappés du sceau de ...De Gaulle. Qu'importe: il faut très peu de temps pour comprendre toute la situation, grâce aux montages typiques de la Warner qui ouvrent le film, vite relayés par les scènes grouillantes de figurants (Certains d'entre eux se retrouveront d'ailleurs plus tard avec des scènes dialoguées dans le film) et d'une clarté absolue. Le point culminant de cette introduction est bien sûr le moment ou un homme abattu par la police meurt devant une affiche géante du Maréchal Pétain... Curtiz, éternel exilé, qui a fui le durcissement du régime Hongrois en 1918, et qui a trouvé en Autriche, puis en Allemagne, puis à Hollywood un refuge, n'a sans doute pas la politique claire; c'est un instinctif, quelqu'un qui donne de la sympathie aussi bien à Rick, engagé systématiquement auprès des perdants, qu'à Renault, qui semble plus ou moins profiter de la situation à titre personnel (Claude Rains n'était-il pas le Prince Jean dans Robin Hood?), mais aussi profiter de sa situation pour améliorer le sort de quelques candidats à l'exil. Candidates, devrait-on dire...
 
"Play it, Sam"
 
Bon, et puis que dire devant un film qui a su là aussi donner au sentimentalisme en vogue dans ces années de guerre un écrin à la mesure de l'enjeu: combien de secondes parfaites dans le jeu d'Ingrid Bergman ou de Bogart, dans ces non-dits, ces regards, cette soudaine pesanteur, le recours classique à la chanson-que-l'on-ne-doit-pas chanter (As time goes by), etc: l'amour est décrit avec passion, mais aussi avec mesure, et on a envie d'y croire, et de s'y abandonner. Cela explique aussi le succès de ce film auprès de tant de personnes, et le fait que dans cinquante ans, il sera toujours là: et ça, c'est rassurant. Parce que non seulement Casablanca est l'assurance de l'éternité pour Curtiz, Bergman, Bogart, Lorre, Henreid, Greenstreet, Veidt, et bien sur Claude Rains, mais c'est aussi un lien perpétuellement recommencé (Triomphalement regardé en Blu-Ray cet après-midi...) entre aujourd'hui et le cinéma d'hier: bref, c'est un classique admirable.
 
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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz
18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 15:59

Quelle que soit l'importance de l'histoire de Robin des Bois en tant qu'image d'Epinal, et ce n'est pas rien, quelles qu'aient été les tentatives nombreuses pour renouveler, voire parodier le mythe, on revient toujours à ce film comme à une référence absolue. Le tournage de The adventures of Robin hood a commencé sous la direction de William Keighley, qui venait avec Flynn de réaliser The prince and the pauper, un excellent divertissement. La Warner étant déterminée à retenter l'aventure de la couleur (le contrat d'exclusivité de la compagnie Technicolor avec Disney pour l'utilisation du Technicolor trois bandes ayant pris fin en 1935), le film allait pouvoir bénéficier d'une avantageuse palette. Mais Keighley ne satisfaisait pas le studio, et il a été décidé de le remplacer (Après environ un tiers du tournage, mais selon toute vraisemblance, des scènes seront retournées par le nouveau metteur en scène) par rien moins que Michael Curtiz: celui-ci a pratiquement inventé Errol Flynn, il est d'une efficacité légendaire, et il a une habitude enviable de la couleur, qu'il utilisait dès 1930, et du Technicolor trois bandes, qu'il vient d'utiliser pour Gold is where you find it... A partir du moment ou Curtiz était à bord, Robin Hood est devenu un film mythique. Il l'est toujours.

 

Le film, contrairement au précédent Robin (Celui de Dwan et Fairbanks, en 1922), commence dans le vif du sujet, avec une série de scène d'exposition d'une incriyable efficacité. En particulier, la présentation des protagonistes en situation permet à Flynn de donner la pleine mesure de son talent bondissant dès la fin du premier quart d'heure... Le film expose non seulement la traitrise du Prince Jean, comme le précédent, mais il la place dans un contexte politique plus affirmé, avec la rivalité entre les Saxons (Loyaux au Roi Richard, derrière Robin de Locksley) et les Normands qui souhaitent avec Jean prendre le contrôle: on est donc devant le même contexte politique que dans Ivanhoe, de Walter Scott. Une autre marque de cette contextualisation politique est la référence à l'enlèvement du Roi Richard, contrairement une fois de plus au film de Dwan dans lequel Wallace Beery, en roi au coeur de lion, revient victorieux d'une croisade...

 

Aux cotés d'Errol Flynn, on trouve parmi les Saxons Alan Hale (En Little John, qu'il jouait déja dans le film de Dwan en 1922), Patric Knowles en Will Scarlett, un personnage purement décoratif, et Eugene Palette en Frère Tuck, le redoutable religieux querelleur; après le film de Dwan dans lequel Jean était le traitre en chef, sir Guy son exécuteur des basses-oeuvres, et le Shériff de Nottingham une silhouette, ce film divise le camp des félons en quatre personnages de premier plan, parfaitement campés: Claude Rains est un prince John admirablement retors, Basil Rathbone un admirable Sir Guy, véritable âme damnée, Melville Cooper un Shériff couard et un peu ventripotent, et enfin le vétéran Monatgu Love un évèque Normand sur de son bon droit et de ses privilèges. Parmi les Normands, donc les "méchants" du film, Lady Marian Fitzwalter(Olivia de havilland) joue un rôle particulier. Loyale à Richard, elle découvre au fur et à mesure de l'intrigue que Robin n'est pas un brigand, et que Jean manigance des conchonneries avec son âme damnée Guy de Gisbourne. Son cheminement permet au film de mettre en avant le choix personnel de l'héroïne de se mettre aux côtés de Robin, et de participer à sa façon à la résistance; de fait, cela donne au film un personnage féminin intéressant, un suspense final tangible (Elle est emprisonnée, et Robin n'est pas content), un enjeu qui va donner à Gisbourne et Robin une raison d'être rivaux au-delà de la politique, et au cinéphile une occasion supplémentaire de se prosterner aux pieds de la grande Olivia de Havilland... Face à un Robin engagé dès le départ aux cotés de Richard, contre Jean et ses politiques iniques, elle humanise sérieusement l'intrigue, et l'actualise même. Comme toujours, le film est typique de la Warner de l'époque et de sa politique humaniste...

 

Il peut s'avérer épineux de déterminer la paternité d'un tel film, comme cela l'est devant Spartacus, par exemple, ou encore Gone with the wind. Avec celui-ci, on a peu de scrupules à l'attribuer au seul Curtiz. Bien sur, Keighley est mentionné au générique, une façon de rappeler qu'il n'est pas resté les bras croisés... Mais ici, on n'a aucune peine à voir que c'est bien Curtiz qui a signé ce film, depuis le rythme très enlevé de l'action, au luxe de détails utilisés pour peupler le chateau, avec ces plans d'exposition qui commence par montrer les mitrons qui s'emparent des plats, avec rathboe et rains au fond du champ, et qui finissent... sur les chiens qui se disputent les carcasses! Et puis il y a le duel final, qui oppose bien sur Flynn et Rathbone, et qui a pour objet non pas le futur de l'Angleterre, mais bien la main de marian. Curtiz les filme dans une confrontation effrenée, à travers escaliers et donjons, et les perd un moment pour mieux cadrer leurs ombres qui se battent à leur place, comme deux immenses titans. l'ombre de ce film n'a pas fini de se faire sentir, admirable film d'aventures universel, parfait, un film qui rend toujours aussi heureux celui qui a le bonheur de le voir. C'est tout.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Olivia de Havilland
27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 18:14

Un film qui tente de renouer avec l'esprit des films de Lubitsch, situé en Autriche à la veille de la grande guerre, avec de jeunes vedettes prometteuses (Sophia Loren, et John Gavin), des valeurs sures légendaires (Maurice Chevalier, Angela Lansbury), un scénario propice à délicieux sous-entendus, et le tout luxueusement décoré, situé dans les alpes, les vraies, avec des costumes idoines, et la cerise sur le gateau, une réalisation de Michael Curtiz!!

 

Mais bon, il faut raison garder: Curtiz est vieux, malade, et revenu de tout depuis qu'il a quitté la Warner en 1954. Ce film, qui nous conte la valse-hésitation de la princesse Olympia (Loren) devant son destin (Epouser un moustachu à l'esprit obtus) ou son désir (Epouser un jeune ingénieur Américain de passage), est poussif, mou, une fois passée la charmante scène d'introduction. Seul personnage digne en théorie du réalisateur, Angela Lansbury est malgré tout une bien piètre manipulatrice, et Chevalier, pas dirigé, est insupportable, réussissant après tant d'efforts dans ce sens à faire à la langue de Shakespeare ce que Nicolas Sarkozy a fait à notre service public. Bref, passez votre chemin.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Navets
17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 18:34

Le dernier film de Michael Curtiz est donc un Western, dominé par un John Wayne en forme ! C’est si je ne dis pas de bêtise le septième western d’un auteur touche-à-tout, qui a su trouver dans les paysages du sud Texan (et les contreforts magnifiques de Monument Valley) un décor lyrique à souhait. Chez lui, le western a toujours été plus le théâtre des passions (Santa Fe trail, Virginia City, Bright Leaf, Proud Rebel...) que le conte de civilisation... En coulisses, un étrange ballet a eu lieu. John Wayne, qui n’allait pas tarder à se laisser rattraper par le cancer, a remplacé au pied levé un Curtiz qui souffrait de plus en plus, et qui allait décéder à la fin du tournage. Cet échange venait en plus d’une longue période de préparation qui avait vu le film et les rôles principaux passer de main en main. Ni Wayne ni Curtiz n’étaient présents sur le projet à la base, ils vont toutefois marquer le film tous les deux…

1843, Galveston Bay, Texas. Le Texas Ranger Jake Cutter (Wayne) arrête un homme, Paul Regret (Stuart Whitman) : il a tué un homme, le fils d’un notable, au cours d’un duel en Louisiane. Cutter tente de ramener le jeune homme, avec lequel il sympathise, mais il s’évade. Quelque temps après, alors que Cutter tente d’infiltrer une bande de Comancheros, des bandits ayant fait alliance avec les Comanches, il tombe de nouveau sur son prisonnier. Il va désormais s’allier avec lui afin de mener à bien sa mission…

Bien sur, John Wayne tire la couverture à lui. Texan jusqu’au bout des ongles, il est présenté comme un homme déjà acquis à la cause de l’union (Le Texas n’en fait pas encore partie à cette époque, et est une république indépendante); il est patriote, le dit, et a à cœur de respecter et faire respecter la loi avec droiture, quitte à faire de petits arrangements le cas échéant, mais tout cela reste bon enfant. Wayne est déjà en train de peaufiner ses futurs rôles de patriarche bourru, même si une idylle enfouie semble surgir à la faveur d’une pause, ce que ne manque pas de relever Regret. Le film anticipe donc sur les productions de McLaglen…

…mais il reste un film de Curtiz, même si celui-ci a sans doute eu des difficultés bien compréhensibles sur ce tournage. Si le Texas romantique est bien celui de Wayne, si le décor magnifique renvoie à Ford (Bien que Monument Valley soit vu souvent d’un autre angle, des collines environnantes notamment, avec de la pelouse !!), et si une scène d’approche renvoie encore plus directement à The searchers, Curtiz a fait du parcours de Paul Regret l’itinéraire d’un dandy, un gentleman, qui a tué un homme, parce qu’il était provoqué en duel, mais avoue qu’il a mal visé! Un gentleman Sudiste, pris malgré lui dans une lutte qui ne le concerne pas, et qui le moment venu fera les bons choix, c’est bien du Curtiz. Du reste, avec un Texas ranger qui accepte de le laisser filer à la fin, la cavale de Regret n’est pas finie, loin de là… Le choix d'ouvrir en Louisiane donne d'ailleurs un relief qu'il n'aurait pas eu à regret si le film avait commencé à Galveston Bay, et une fois de plus renvoie au propre exil de Curtiz, qui a marqué tout son cinéma. On remarquera aussi la présence de Guinn Williams, qui a joué dans plusieurs de ses westerns, ainsi que chez Borzage et Ford à la fin du muet.

Bien qu’il soit violent, et qu’on touche avec les "Comancheros" à des tortures graphiques (ils adorent laisser rôtir leurs prisonniers au soleil…), le film est totalement distrayant, plein de péripéties. Wayne doit se déguiser, mais oui, et l’épisode avec Lee Marvin en matamore brutal et alcoolique est un mélange de suspense et de picaresque qui bénéficie d’une mise en scène brillante: à une table de poker, magnifiquement éclairée, Cutter va de nouveau rencontrer son prisonnier évadé. A coté, les scènes d’action pêchent un peu par leur mollesse et le fait qu’on en voit un peu trop les coutures, sans parler de ses gens qui tombent de cheval de façon un  peu trop chorégraphiée. Même s’il faut être indulgent avec le capitaine du navire, on se dit quand même qu’on est clairement à la fin d’une carrière. Ces scènes sont l’œuvre de metteurs en scène de seconde équipe, pas de Curtiz ni de Wayne. Un autre problème est que le film est marqué par les anachronismes: Les armes utilisées n'existaient pas en 1843, et les costumes du western traditionnel renvoient plutôt à 1885. La première scène située en Louisiane détonne, tout comme Wayne fait tâche dans le bateau à aubes... Mais une fois qu'on est dans l'Ouest, on se laisse aller, tant pis pour les dates...

Néanmoins, le film a l’étoffe d’un petit classique, ce qui n’est pas rien, compte tenu de la fin de carrière souvent problématique de l’immortel auteur de Casablanca… il peut donc rejoindre le cercle fermé des autres réussites de Curtiz dernière manière, auprès de King Creole: un autre film Fox! Wayne a refusé d'être crédité au générique pour sa contribution, afin de rendre hommage au grand réalisateur, un geste fort, qui scelle la réussite d'un film qui ne bouleverse rien, mais qui est un plaisir qui n'a rien de coupable.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz
7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 18:04

Situé au tout début de l'aventure du Cinémascope, The Egyptian a tout d'un film sacrifié. Sacrifié sur l'autel de sa propre légende, colportée d'abord par l'un de ses protagonistes, l'acteur Peter Ustinov, dont l'humour est bien connu. Il a propagé l'idée que le film était un monument de kitsch, et de fait cette impression a fini par devenir quasi officielle... Ensuite, sacrifié par rapport à la carrière de Michael Curtiz, dont tous les films réalisés après Mildred Pierce sont considérés avec suspicion, à plus forte raison ceux qui ont été faits en dehors de la Warner, ou il avait passé il est vrai 28 ans. Et s'il avait eu, après 28 ans, l'envie de voir ailleurs, tout simplement? L'offre de la Fox était alléchante, et peut-être que les films familiaux et commémoratifs dans lesquels il était cantonné lui donnaient un gout de trop peu. Peut-être enfin avait-il envie de retourner au genre qui l'avait révélé dans les années 20, en Autriche comme aux Etats-Unis?

The Egyptian conte l'histoire de Sinhoué, un homme né dans le mystère et recueilli, c'est une manie, sur les eaux du Nil, par un homme sage et bon, médecin de son état. une fois devenu adulte, Sinhoué envisage de donner son temps aux pauvres, à la suite de son père adoptif, mais les circonstances vont le précipiter au palais, chez un pharaon bien inattendu, monothéïste militant, et comme de juste menacé par tous: ses soldats, sa famille, ses prêtres. de son coté, Sinhoué passe son temps à questionner sa propre place dans le monde, ne comprenant pas ce qu'il est venu faire sur terre...

 

Un peplum philosophique et religieux, rien d'étonnant... quoique le parcours de Sinhoué, anti-héros et instrument du destin soit particulièrement original. face à l'émergence d'une religion monothéiste, un aspect rarement relaté sur l'Egypte, Sinhoué doit lui aussi choisir son camp, se frayer un chemin et donner corps à ses idéaux... mais Curtiz ne fait évidemment pas Casablanca avec ce film. Toutefois il n'a aucune raison d'avoir honte, il a fait du très bon travail, réussissant à donner une vérité à cette antiquité, plutôt bien jouée si on excepte la contre-performance d'Edmund Purdom (Si on en croit Patrick Brion, il remplaçait Marlon Brando...) en Sinhoué, et l'abominable Bella Darvi, dont on espère sincèrement qu'elle a été fusillée sur place à la fin du tournage. Zanuck partageait en effet avec Curtiz un penchant pour les jeunes starlettes, mais Curtiz n'avait pas pour habitude de les faire jouer, Zanuck si! On appréciera les thèmes sous-jacents du réalisateur, incorrigible pessimiste, qui met en avant chaque aspect de ce film comme si c'était la fin d'un monde, et qui s'attache à montrer avec méthode les pires comploteurs en architectes du crime, comme il l'a toujours fait. Sinon, on notera dans ce qui est inexplicablement présenté systématiquement comme un ratage un sens toujours aussi aigu de la composition dopé par le Scope, et une belle tendance, une fois de plus grâce à l'écran large, à utiliser le plan-séquence. Sinon, en 1954, Curtiz n'est plus le maitre qu'il a été, ce n'est pas nouveau; il sait malgré tout rendre un film intéressant, et celui-ci est peu banal.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz
3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 08:21

Voilà un film qui a tout pour être une curiosité, et qui en fait est bien plus que cela: pendant presque une demi-heure, sur les 65 minutes que dure le film, on assiste à un spectacle qui est priche du policier, un pré-film noir stylisé, et mené, on s'en doute, avec maestria. Puis le film bascule dans une nouvelle dimension, devient, conformément à son titre, un film fantastique, le troisième et dernier réalisé par Curtiz pour la Warner. Comme les deux précédents, Doctor X et The mystery of the wax museum, le fantastique apparait plus dans l'atmosphère que dans quoi que ce soit d'autre: le "mort qui marche" du titre est en fait un condamné à mort ressuscité par la science. Comme toujours, que ce soit dans le fantastique ou la comédie musicale, il est nécessaire à Curtiz d'ancrer son baroque dans la réalité, sinon il ne peut plus avancer...

 

Un procès tourne au désavantage de l'accusé, pourtant le juge Shaw sait ce qu'il risque: face à lui, il a Nolan (Ricardo Cortez), un avocat dont le système mafieux en fait trembler plus d'un... une fois le verdict prononcé, le juge a de fait prononcé son arrêt de mort; seulement il faut faire attention, et Nolan a justement un plan: un pianiste, John Ellman (Boris Karloff), condamné par Shaw, vient de sortir de prison. On va lui mettre le meurtre de Shaw sur le dos. Le plan se passe à merveille, sauf pour un couple de scientifiques qui passait par là, et qui a vu les gangsters mettre le cadavre du juge dans la voiture d'Ellman. Menacés, ils ont ont résolu de ne rien dire... Ellman "défendu" par Nolan va être condamné à mort, et il a beau clamer son innocence, rien n'y fait. Le jour de l'exécution, les deux jeunes scientifiques (Marguerite Chrurchill, Warren Hull), pris de remords, se confient à leur patron, le docteur Beaumont (Edmund Gwenn), un génie qui travaille sur le maintien en vie de cellules et d'organes, et ils contactent tous les trois la personne qu'ils pensent devoir contacter pour faire libérer Ellman, Nolan, qui fait trainer les choses. Ellman est exécuté, Beaumont se résout à tenter l'expérience de le ranimer...

 

Ce mélange des genres, et le coté gothique du film dont la plupart des scènes se situent de nuit, le coté inéluctable de la vengeance, et les images de la lente mais sure progression de Boris Karloff, silhouette penchée et impassible, on ne compte pas les motifs qui ont du décider Curtiz à faire ce film, et à le signer de la première à  la dernière minute... Les scènes conscrés aux opérations scientifiques, toutes de poudre aux yeux, montrent bien quel parti un grand metteur en scène peut tirer d'un laboratoire encombré, et d'une tension dramatique poussée à son comble. Curtiz a déjà fait le coup dans Doctor X, ici, il y va plus doucement, aidé en cela par l'austérité du noir et blanc ... N'empêche, même improbable, avec ses trois scientifiques si pratiques pour mettre l'histoire en route, le film ne semble rien avoir de trop, et en dépit de sa brièveté, on ne peut pas imaginer d'autre développement au film, comme ses deux prédecesseurs. Les thèmes chers à l'auteur sont bien là, depuis le destin tragique de John Ellman, à la présence d'une organisation tentaculaire de manipulation des âmes, autour de Nolan, un démiurge plus qu'un gangster. Beaumont, de son côté, n'est pas ennemi de la manipulation, comme lorsqu'il met en scène un concert du pianiste resscuscité John Ellman, afin de confondre les membres de l'organisation de Nolan, qu'il a invités. Comme dans ses futurs films noirs, la duplicité des êtres, notamment Nolan, y explose au grand jour...

 

Quant à Ellman, Curtiz lui a réservé un traitement particulier. L'homme, qui accepte sa mort à venir lorsqu'il a compris que le recours ne viendrait pas, a une dernière volonté: il souhaite de la musique lors de sa marche à la mort... Plus tard, après son réveil, c'est au piano qu'il va révéler qu'il n'est pas qu'un corps réveillé, que son âme est toujours là, et que c'est bien lui John Ellman: sa musique devient un symbole de la vie. Mais en présence des bandits, il se dédouble, l'enveloppe corporelle d'une part, celle de John Ellman, et un ange exterminateur d'autre part...Les indices abondent dans ce sens, de la scène du concert, durant laquelle pendant qu'Ellman joue, son vidage qui fixe ses meurtriers s'éclaire d'une étrange lueur, et le regard effrayant, accentué par la paupière paralysée de l'oeil droit, leur envoie un message d'une aveuglante clarté; la musique redevient, comme au moment de l'exécution, l'annonce de la mort. Durant les scènes ou Ellman se rend chez les bandits afin de les tuer les uns après les autres (Sans jamais les toucher), Curtiz convoque toute sa virtuosité, et toute sa panoplie, afin de séparer Ellman de son corps: recours aux ombres, forcément, utilisation de miroirs dans le champ, noirceur de la nuit... la scène du premier meurtre se conclut sur une scène impossible, avec l'ombre de Karloff, qui seule, descend un escalier...

 

On était prévenu, par une courte scène, en apparence anodine. Curtiz, qui a déja filmé à sa façon les préludes d'une exécution, et le refera pour Angels with dirty faces, a une fois de plus ici joué avec la représentation de l'indicible, en nous montrant de façon solenelle l'approche de la mort, cadrant d'abord l'ombre d'Ellman dans sa cellule avant de nous montrer son corps, mettant en scène par l'arivée du musicien (un violoncelliste) le retard pris par l'exécution, lentement laissant les officiels, prêtres, gardiens, etc, s'approcher de leur pas lourds, puis au moment opportun, le professeur Beaumont et le procureur appelle; c'est un garde qui prend l'appel, et à ce moment, la lumière change, indiquant que l'homme est déja soumis à ses décharges électriques. Toute cette mise en scène devrait nous conter la mort d'un homme, mais Curtiz en raconte en fait la transformation, la séparation... Une scènde de plus pour montrer ou penche le coeur de l'eternel romantique Curtiz, fasciné par cette ulime confrontation à l'humain qu'est l'exécution d'un condamné, qu'il n'approuve pas, mais qui l'inspire artistiquement.

 

Lorsque Ellman, qui a vu la mort, et n'en a plus peur, retourne là d'où il vient, le professeur Beaumont prononce quelques fadaises sur Dieu, la mort, les mystères... Qu'importe: On sait ou Ellman a été, on sait ou il veut retourner. Du reste, sa mission est accomplie. Aucun ridicule dans ce film. pas plus que de scène en trop, l'interprétation au premier degré rebnd justice à ce qui n'aurait été qu'un honnête petit thriller fantastique, si le talent, le génie même de Curtiz n'en avait pas fait un chef d'oeuvre, baroque certes, mais définitif. Curtiz ne reviendra jamais au fantastique après ce film...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz
2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 09:00

C'est presqu'un genre à soi tout seul: les films concernant les batailles et conquêtes coloniales de l'empire Britanniques, sensés jouer sur le parfum d'aventure exotique, tout en offrant un pendant au western, avec lequel les  passerelles sont nombreuses. Dans tous ces films, la dimension d'aventures subsiste aujourd'hui, et les penchants coloniaux, et autres stupidités liées à l'honneur de l'armée (Honneur et armée, deux mots tellement vomitifs...) restent toujours aussi insupportables... Justement, la Warner en 1936 est à la recherche d'un nouveau souffle, et l'a prouvé dès l'année précédente en mettant en chantier un grand nombre de films, réalisés par des auteurs prestigieux, qui quittent la peinture de l'Amérique de la crise pour s'attaquer à de grands sujets littéraires et d'aventures... Anthony Adverse (Le Roy) et Black Fury (Curtiz) en ont représenté deux versants, le premier une adaptation littéraire de grande classe, le deuxième un plaidoyer social magnifique. A midsummer night's dream (Reinhardt, Dieterle) de son coté, est venu apporter ue caution 'artistique', pendant que Captain Blood (Curtiz) semblait faire la synthèse: film épique, adaptation littéraire populaire d'un roman qui certes avait déjà servi, et grand film d'aventures, avec création de star à la clé: Erroll Flynn est né. et son succès est si immédiat, que la Warner lance un nouveau film en chantier, qui reprend le romantisme aventurier, les pseudo-prétentions littéraires (Un poême de Tennyson), les deux stars (Flynn et Olivia de Havilland), ainsi que le metteur en scène.

 

En Inde, sur la frontière, les agissements politiques d'un indépendantiste turbulent, liés à des mouvements de troupe russe, inquiètent les Anglais; en même temps, deux frères, les Vickers, se disputent l'affection d'une femme...

 

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Je pense que contrairement à Captain Blood, Curtiz n'a pas été spécialement interessé par ce nouveau film; il n'en a signé que la photographie principale, et le morceau de bravoure en est parait-il du principalement à des assistants... Mais il a réussi à y apposer sa marque d'une façon intéressante, et bien dans sa manière: ironiquement, bien sur... D'une part, il y a du désespoir chez Flynn, qui doit ici jouer l'échec total de sa vie amoureuse. Curtiz le souligne, montrant une Olivia de Havilland qui se sent forcée à devoir l'épouser, prisonnière d'une affection aveugle... La complicité des acteurs rend ces scènes qui auraient du être mièvres (Qu'on les compare avec les scènes des deux tourtereaux, Patric Knowles et De Havilland...) gagnent une forte ironie, et la vision romantique de Curtiz en ressort grandie. Mais surtout, devant un film conçu pour gagner par des scénaristes qui ont tout verrouillé, Curtiz choisit une scène et la soigne particulièrement: dans les dix premières minutes, la colonne de lanciers arrive chez Surat Khan, pour lui signifier son changement de régime, qui n'est en rien favorable, puisqu'un importante subvention lui est retirée. Les scènes dans son palais, un endroit baroque avec des relents art déco, sont toutes de politesse, et de gentillesse: "quel brave homme, ce Surat Khan, il a très bien pris la chose..." Seul Flynn semble amer: il a flairé que l'ennemi veille, et qu'il va se passer quelque chose. Mais Curtiz l'a pris de vitesse: toute la première entrevue entre les lanciers et le Khan est filmée par un Curtiz goguenard, qui a multiplié les ombres de danseuses projetées sur les murs effrayants de blancheur... Pendant que les hommes parlent, et empilent deux trois fadaises, les ombres qui s'agitent nous rappellent ironiquement à l'ordre, et de fait, l'atmosphère entre les deux factions ne va pas tarder à se refroidir...

 

Le héros Flynn, de plus, se voit attribuer un sacrifice, qu'on veut nous faire croire idéaliste et politique, mais Curtiz souligne la nature privée et romantique de ce qui est bien un suicide. Baroque, puisqu'à l'instar de Custer dans They died with their boots on, Vickers entraine des soldats dans la mort... Sinon, fidèle à son habitude, Curtiz a particulèrement soigné certaines scènes: massacres, escarmouches, scènes de panique, et bien sur diverses parties nocturnes. Ce n'est donc pas le meilleur Curtiz-Flynn, qui ne doit sans doute sa  réputation qu'à la présence de la star, mais certains films ont une vie propre: des passages répétés à la télévision durant notre jeunesse ont fini d'en faire un classique, qu'on le veuille ou non... Cela dit, j'ai fait une allusion à They died with their boots on, de Walsh: celui-là est un chef d'oeuvre, un vrai.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Olivia de Havilland
27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 15:25

Habitué à décrire des êtres à la dérive, Curtiz fait les choses en grand avec ce film superbe, qui commence par une vue d'un quartier foisonnant d'une grande métropole à l'aube du 20e siècle. Les gens y sont, majoritairement, d'origine Irlandaise, ce qui ne sera jamais dit mais transpirera du début à la fin du film. Jerry Connolly et "Rocky" Sullivan sont deux amis, des ados grandis trop vite, qui sont toujours à l'affut d'un mauvais coup. Coursés par la police, ils vont être rattrappés, mais Jerry court plus vite et Rocky lui fait comprendre de sauver sa peau. Il ira seul en maison de correction... Les années passent, et Rocky (James Cagney) devenu un gangster revient suite à sa libération sur les lieux de sa jeunesse. Il retrouve son ami jerry (Pat O'Brien), devenu prêtre, "father" Connolly, et passe du temps avec une jeune femme qu'il connaissait durant sa jeunesse (Ann Sheridan), qui a perdu son mari à cause du gangsterisme. Mais surtout, il va se frotter à plus fort que lui, en affrontant le système mafieux du gangster Mac Keefer (George Bancroft), et son associé l'avocat douteux Frazier (Humphrey Bogart), tout en s'occupant d'un groupe de jeunes voyous dont le père Connolly tente par tous les moyens de faire des bons garçons honnêtes, mais qui sont plus attirés par le clinquant d'un Rocky...

 

La foule de choses qui précèdent ne doit pas nous leurrer, ce film est d'une simplicité cristalline. ce qui nous est conté est le crépuscule d'un homme, contrairement aux films de gangsters des débuts des années 30 qui s'intéressaient à l'ascension puis la chute, ce film, tout comme The roaring twenties, passe assez rapidement par les années de formation, pour s'intéresser à la façon dont Sullivan va chuter. Chuter? Pas si sur... le fait que Curtiz ait convoqué la foule des grands jours, et se soit beaucoup plu à filmer au plus large dans les décors très réalistes de Robert Haas, magnifiquement filmés par Sol Polito, nous renseigne sur l'importance que le metteur en scène a accordé personnellement à ce film. Il l'a tout bonnement inspiré, et il s'est suffisamment retrouvé en Cagney pour lui donner un écrin en forme de crescendo émotionnel... Parmi les "héros" qui ont inspiré Curtiz, on retrouve des idéalistes, le plus souvent sur le retour (Bogart dans Casablanca), des criminels fous et vaguement artistes (Lionel Atwill, Mystery of the wax museum, et Claude Rains, The unsuspected), des femmes perdues (Crawford dans Mildred Pierce) ou des démiurges fascinants (Doctor X, Mad genius...). L'anti-héros crépusculaire représenté par Cagney ici fait à la fois partie d'une nouvelle catégorie, qu'on retrouvera dans d'autres films Warner, dont bien sur High Sierra, mais il est aussi un démiurge, à sa façon. on y reviendra...

 

Mais revenons en arrière, à ce moment où Jerry et Rocky s'en vont, poursuivi par les forces dl'ordre... Rocky tombe sur une voie ferrée, et va pousser Jerry à continuer sans lui. Rocky va donc devenir un gangster en allant en maison de correction et en suivant le cursus habituel, mais Jerry va se repentir, et devenir prêtre. Et si il fallait considérer cela, tout simplement comme les deux posisibilités offertes à tout être humain? Sectionnés ironiquement par le passage d'un train, ils vont garder tout au long du film cette amitié presque contre nature, et qui poussera Jerry à ne jamais juger ni abandonner Rocky, y compris lorsque celui-ci polluera ses petits protégés. Le film devient un combat, non entre le bien et le mal, mais entre l'attirance du bien et l'attirance du mal... de plus, l'anecdote nous pousse dans l'idée que Rocky devient par ce geste le bon génie qui va permettre pas son sacrifice à Jerry de prendre de la heuteur, et de fait de les sauver tous les deux. Ce qui n'est pas rien...

 

Ce n'est pas la première fois que Curtiz réalise un film dans lequel une exécution se met en place: il a déjà exploré le sujet avec le très beau 20,000 years in Sing-sing dans lequel un gangster affrontait son destin jusqu'au bout. Ici, il place son propos un cran au-dessus, en ayant recours à une astuce de scénario qui brouille les cartes et donne à la mort de Rocky une connotation sacrificielle, sans jamais nous donner la solution d'une petite devinette... Tendre à l'égard des petits protégés de son ami Jerry, Rocky sait quelle influence il a sur eux... A la fin, lorsque Jerry lui demande de mourir en geignant, en faisant semblant de pleurer, en se comportant comme un lâche, Rocky refuse fermement mais poliment. Puis, au moment de mourir, il pleure, geint, supplie. Le message passe, les gamins l'apprennent, et suivent Jerry, le coeur gros. Ils sont sauvés. Bien sur on ne sait pas si le héros s'est volontairement prêté à cette mise en scène,et on ne le saura jamais. Curtiz, qui de toute façon n'a sans doute pas le droit de montrer de façon directe cette exécution, passe par sa méthode habituelle, de montrer les ombres de l'exécution, de nous montrer de façon furtive quelques gestes de désespoir de James Cagney, de jouer sur la bande-son. En faisant semblant de vouloir montrer l'exécution sans la montrer, il la fait passer au rang du mythe. Seules les larmes de jerry qui assiste à l'exécution nous renseignent sur l'interprétation que celui-ci fait du geste de son ami. Cette  façon inattendue de retourner le film, et le final qui suit (Jerry vient chercher les jeunes voyous dans leur repaire, et ils montent un escalier avec lui, ascension littérale), nous donnent le pouvoir de cropire que Curtiz laisse à chacun des spectacteurs le choix. L'élégance de la mise en scène, le coté "baroud d'honneur" des aventures de Rocky et l'amitié que les gens lui portent, ainsi que la sympathie qu'il inspire au spectateur, de toutes façons, tout fait de lui cet élégant manipulateur qui fait de sa propre mort une mise en scène afin de dissuader six ou sept gamins de suivre son exemple, tout comme il s'est symboliquement sacrifié pour permettre à son ami Jerry de s'en sortir. Magnifique.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz
28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 18:38

La comédie, chez Curtiz, donne souvent l'impression, en particulier en ce début des années 30, que le metteur en scène se désintéresse complètement du propos, laissant les gags au dialogue (Dont le director est un certain Arthur Glenville Collins), et se concentrant plutôt sur l'enluminure de la mise en scène. C'est flagrant avec ce film mineur qui se laisse regarder, mais dont la mise en scène semble parfois se désolidariser de l'ensemble, et parfois commenter le film avec ironie. Le cadre trouvé par Curtiz à cette histoire de détective privé (George Brent) qui tombe amoureux de la femme qu'il doit espionner (Kay Francis) est en effet un trou de serrure, cet accessoire de voyeur, qui encadre les personnages des premières images de la première scène, et qu'on retrouve à la fin, comme pour signaler la fin de l'autorisation de regarder.

 

Avec ce film visuellement élégant (Décors du fidèle Anton Grot), il faut bien dire qu'il n'y a pas grand chose d'intéressant en effet dans cette intrigue ressassée, pas plus dans les dialogues amoureux assez tartes. heureusement, Brent est bon, Francis aussi: celle-ci interprète une jeune femme, Anne Vallée, qui dissimule à son vieux mari un fait embarrassant: elle était déja mariée, et son mari, le falot Maurice, la fait chanter plus ou moins. Le nouveau mari, Schuyler, la soupçonne d'infidélité. Lorsqu'elle lui demande à partir seule en croisière, Schuyler lui met dans les jambes un détective privé, Brent, flanqué d'un "valet" comique, Hank Wales interprété par le pittoresque Allen Jenkins. Il n'est pas très difficile de deviner que les deux héros Brent et Francis vont à un moment ou l'autre tomber dans les bras l'un de l'autre. Mais la comédie est surtout fournie par les mésaventures de Hank Wales au prise avec une jeune femme, Dot (Glenda Farrell) qui cherche à se caser auprès d'un homme riche, et qui a cru flairer en lui le pigeon idéal; ils vont donc à eux deux écluser un grand nombre de verres, en profitant du passage du bateau hors des eaux territoriales peremettant d'chapper à la prohibition, et de l'enveloppe conséquente des faux frais des deux détectives dont Wales est justement le trésorier.

 

L'histoire tient donc toute seule, avec un Curtiz qui en souligne selon son style habituel, et son sens du rythme sans faille, tel ou tel aspect. On n'y croit pas plus que lui, mais le spectacle devient plaisant quand on s'amuse à observer de quelle manière Curtiz renvoie les motifs mis en lumière par l'ouverture-trou de serrure. La façon dont il utilise les hublots du bateau pour encadrer Kay Francis met en valeur le regard, mais aussi l'emprisonnement de la jeune femme, souligné par un autre plan, qui voit la jeune femme rentrer chez elle en voiture, alors que la caméra est placée derrière la grille d'un balcon: Chez Curtiz, les plans zébrés de barreaux n'ont pas besoin de l'univers carcéral d'un 20,000 years in Sing-Sing pour proliférer... Sinon, le film se terminera d'une façon moins polissée que bien des comédies, et l'humour très noir viendra à bout de tous les problèmes de nos deux tourteraux...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Pre-code