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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 18:58

 

Mais pourquoi ce film admirable n'est-il pas parmi les classiques révérés du muet, les Metropolis, The General, Napoléon, Sunrise, The Iron Horse, ou Safety last? C'est un western, il possède une séquence spectaculaire, il  été conservé dans des copies de première génération en parfait état, et en prime, il fait le lie avec le parlant, non seulement par la carrière de son metteur en scène (Henry King n'est quand même pas n'importe qui, même si ses films ultérieurs ne soulève généralement pas mon enthousiasme de par leur académisme trop prononcé), mais aussi, surtout par le fait qu'il est interprété par deux stars, et quelles stars! Ronald Colman, et Gary Cooper!

Il faudrait ajouter Vilma Banky, bien sur: d'autant qu'elle est l'interprète de Barbara Worth, la personne qui donne son titre au film. Elle est aussi un lien symbolique de la résistance humaine et de la résilience sur l'ensemble de l'intrigue: enfant trouvée dans le désert lors d'une tempête de sable, ses parents venant de mourir, elle a été adoptée par le brave Jefferson Worth, un homme qui s'est installé dans le désert comme on part évangéliser sur un coup de tête! Entouré d'une authentique famille, son acharnement vont lui permettre de vivre tranquille, avec un rêve: un jour, irriguer la rude et aride vallée au bord de laquelle il s'est installé. Ce sera chose faite lorsque, quinze années après la découverte de la petite Barbara, viennent s'installer le banquier James Greenfield et son fils adoptif Willard Holmes (Ronald Colman). Greenfield vient avec les moyens financiers d'installer un système d'irrigation, et Holmes est son ingénieur. Mais les deux hommes n'ont pas la même conception du progrès. Pour Holmes, c'est un moyen de faire avancer l'humanité. Pour Greenfied, un moyen de s'enrichir. a ce conflit entre les deux philosophies vont bientôt s'ajouter deux autres problèmes: d'une part, Worth n'accepte pas la colonisation de son pays par Greenfield et ses méthodes; d'autre part, le jeune Abe Lee, le fils d'un des collaborateurs de Worth, apprécie très peu la venue de Holmes, qui se pose vite en rival pour les affections de Miss Worth... Qui va donc gagner le coeur de la belle?

L'amour de l'homme de l'Ouest (Cooper) et de l'homme de l'Est (Colman) pour la même femme cache un conflit de civilisations, dans lequel King se refuse à trancher: si la belle blonde représente bien sur une terre à dompter, une civilisation à installer là ou il n'y  rien, c'est de l'alliance entre les deux que naîtra le salut. Entre la destinée manifeste combinée au progrès, et la recherche romantique d'une certaine tranquillité fragile, il y a moyen de s'entendre. Tout un portrait de l'Ouest, en somme. Pourtant, ce western qui se termine dans les années 20 est plutôt une histoire contemporaine au moment où il est filmé, mais la beauté des paysages, tournés en plein désert, et le don de la composition phénoménal de King trouvent dans ces lieux désolés un lyrisme à tomber à la renverse... Ajoutons que les acteurs sont dirigés avec tact, et leur jeu nous rappelle bien sur les autres chefs d'oeuvre de King dans les années 20: Tol'able david (1921), The White sister (1923) et Stella Dallas (1925). La retenue de Colman et Banky, le naturel de Cooper sont exemplaires. 

...Et il y a la scène de l'inondation! Prouesse de montage, en une dizaine de minutes, la description de la fuite d'une population éberluée, en plein désert, à laquelle on annonce l'arrivée d'un raz de marée qui va dévaster leur ville, filmée à grands renforts de figurants, et fourmillant de détails superbes, est digne de figurer aux côtés de l'inondation de Metropolis (1926), la ruée vers le Dakota dans Three bad men (1926), la traversée de la Mer Rouge dans The ten commandments (1923) ou la course de chars dans Ben Hur (1925). A une époque où c'est en découvrant des effets spéciaux que les studios (En particulier la MGM: voir The torrent (1925) et son inondation, ou The temptress en 1926 et ses destructions de barrage très convenues) se mettent à banaliser et affadir le spectaculaire cinématographique, King se sort de l'exercice avec les honneurs. Il fait même plus encore: en combinant le volontarisme rigoureux de Tol'able David, le spectaculaire religieux (Vu ici sous un angle profane) de White sister, et le mélodrame habité de Stella Dallas, il réussit un authentique chef d'oeuvre, le sien, mais aussi un des très grands westerns. Voilà.

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Published by François Massarelli - dans Muet Western 1926 * Gary Cooper
1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 17:09

C'est chez Al Christie, le second couteau des studios de comédie qui tentait désespérément de jouer le troisième homme après Roach et Sennett dans les années 20, que ce film a été tourné. Il a un pedigree étonnant: adapté d'une pièce de 1892 qui a eu un succès phénoménal, rien ne prédisposait ce classique des planches, basé sur des quiproquos et des dialogues à la fine répartie, à devenir un succès du cinéma muet! Par ailleurs, on connait surtout Scott Sidney pour un fiml de 1918, qui est la première adaptation au monde du comic et des romans Tarzan, d'Edgar Rice Burroughs... Mais en 1925, c'est un vétéran, et son style tient plutôt de l'absence de style. Non, bien sur, LA raison de voir ce film, en 1925 comme en 2017, c'est sa vedette Syd Chaplin.

Privé de moustache contrairement aux six autres de ses films "en solo" que j'ai pu voir, Sydney Chaplin interprète un lord Anglais, un étudiant d'Oxford dont les manières ne font aucun doute: l'homme est de noble extraction... Ce qui ne l'empêche pas d'être un coquin, un séducteur, un soiffard et un gaillard doté d'une sérieux sens de l'humour. Il va donc se prêter à la demande de ses amis à une mascarade qui va permettre à l'acteur de porter sur les deux tiers du film un déguisement ultra-codifié: alors que ses deux camarades de chambrée attendent la tante de l'un d'eux, et que ladite dame est en retard, les copains ont quand même besoin d'une duègne afin de permettre au tuteur de leurs petites amies de laisser les deux jeunes femmes passer du temps en leur compagnie. C'est donc Sydney Chaplin qui va interpréter la vieille tante... Y compris quand celle-ci arrive, qui plus est accompagnée de sa propre nièce, qui est l'ex-fiancée de Syd!

Donc, déguisement, et comportement décalé qui va avec. On est dans un registre dont on imagine que Leo McCarey aurait pu tirer un film de deux bobines rempli de gags sublimes, avec Charley Chase... Donc on peut questionner l'opportunité de l'étirer sur sept bobines. Sauf que ce temps permet à Syd Chaplin de monopoliser l'attention de toutes et de tous, par sa gestuelle, ses gags, et son incroyable charisme: bon sang ne saurait mentir. Il est totalement crédible en lord élégant et racé, et tout autant en vieille tante qui viendrait du Brésil... "Where the nuts come from". Le film est probablement son meilleur, et a eu, tant mieux, un certain succès en 1925.

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Comédie Sydney Chaplin *
1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 13:42

Il ne reste pas grand chose de la pléthore de films avec Clara Bow, qui ont précédé son arrivée à la Paramount avec Mantrap en 1926. La plupart, mais pas tous, étaient des productions Preferred de B. P. Schulberg, un indépendant avisé, qui exploitait celle en laquelle il reconnaissait son principal atout, avec des rôles adéquats, et parfois très limités. Elle étai sous contrat, il avait pour idée de l'imposer au public, film après film, en la distribuant dans rôles plus ou moins grands selon les circonstances. D'une part, ça a payé. D'autre part, ça a contribué à forger une expérience professionnelle à une actrice qui toute sa vie a surtout laissé son tempérament et ses émotions prendre le dessus sur toute hypothétique technique de jeu...

Certains des films Preferred ont été mises en scène par Louis J. Gasnier, le patronyme à peine transformé du Français Louis Gasnier, auquel on doit les débuts de Max Linder en 1905, et bien sur les fameux Perils of Pauline... De Gasnier non plus il ne reste pas grand chose; la faute en incombe sans doute à des mauvais choix de carrière, ou tout simplement qu'en 1920, quiconque faisait déjà des films quinze années auparavant était automatiquement un has been: voir  ce sujet les carrières plus que déclinantes d'un Griffith ou d'un Olcott! Mais si tout ce qu'il faisait était à l'aulne de ce joli petit film, on aimerait en voir plus: il y a du métier, un oeil évident pour la composition, et une façon de laisser les acteurs "naturels" (donc Miss Bow) faire le spectacle...

L'histoire est un brin ridicule, et repose sur deux postulats: d'une part, les Français sont des grands romantiques; d'autre part, le public Américain ne connait pas la France au-delà des clichés... donc l'intrigue part d'une soirée au cabaret: des apaches tels que Feuillade les avait dépeints dans Les Vampires partagent leur temps entre leur danse canaille pour épater le bourgeois, et des visites dans leurs maisons pour les délester de leurs biens. C'est lors d'une de ces expéditions qu'Armand (Donald Keith) est blessé, pendant que sa petite amie Marie (Clara Bow) fait le guet. Mais Pierre Marcel (Lou Tellegen), l'homme qui est responsable de la blessure décide de changer la destinée du bandit, et le pousse à reprendre les études qu'il avait interrompu. c'est compter sans Marie, qui va tout faire pour récupérer "son homme", avec l'aide de la bande d'apaches...

Ca n'a ni queue ni tête, la police apparaît et disparaît sans crier gare, mais on s'en fout: ce qui compte, finalement, c'est l'atmosphère de canaillerie Parisienne, dont Gasnier essaie tant bien que mal de reconstituer les contours; et puis bien sur, il y  Clara Bow, en roue libre, qui s'est enfin trouvée esthétiquement (la coiffure, le maquillage), qui assure le show à elle toute seule: elle joue une criminelle, toute entière dédiée à une vengeance, et risque un moment la mort, mais le film reste une comédie du début à la fin. On notera que le film structure son intrigue sur une série de baisers, depuis la toute première, jusqu'à la dernière scène... Basée sur une unique copie conservée, la version actuellement en circulation a l'air d'être complète, en plus d'être présentée avec des teintes d'origine du plus bel effet. C'est rare et ça mérite d'être souligné...

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Published by François Massarelli - dans Muet Clara Bow 1925 Comédie *
27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 09:32

1897: On découvre de l'or en Alaska, dans la région du Klondike. La nouvelle se répand par la presse dans tous les Etats-Unis, et nous faisons la connaissance des protagonistes de l'épopée, des plus rompus à l'aventure, jusqu'aux obscurs baroudeurs novices. Une fois arrivés en Alaska, les ennuis vont commencer, certains vont abandonner, les uns seront déçus, et les autres... seront bien peu nombreux. En particulier, on s'intéresse à Jack Locasto (Harry Carey), l'un des premiers pionniers à avoir répandu la nouvelle, qui a une fâcheuse manie de s'approprier les exploitations, mais aussi les femmes des autres; et parmi les victimes du bandit, Berna (Dolores Del Rio, venue avec son grand père qui n'a pas survécu au voyage, a rencontré Larry (Ralph Forbes) mais celui-ci associé avec Jim (Tully Marshall, toujours dans les gros coups!!) et Lars (Karl Dane), semble plus préoccupé par l'or que par sa relation avec la jeune femme. Et d'autres, plein d'autres...

Ca peut paraître étonnant, de prime abord, de voir l'élégant metteur en scène de The flesh and the devil (1927) et Anna Karenina (1935) aux commandes d'un grand film d'aventures épique, tourné dans des conditions de danger telles qu'il y aurait eu, selon la légende, des morts parmi l'équipe technique... Ce serait oublier le parcours surprenant d'un homme qui s'intéressait à tous les aspects du cinéma, et dont le style policé et visuellement inventif savait occasionnellement s'adapter à toutes les conditions, qu'il soit en studio, ou plus rarement en extérieurs: parmi ses premières armes, Brown avait en particulier pris les commandes du Dernier des Mohicans (1920) de Maurice Tourneur, lorsque ce dernier était tombé malade, et ce n'est en aucun cas un tournage fait en studio! Mais Brown n'était pas Van Dyke, et un certain nombre des passages les plus spectaculaires ont été l'occasion pour la MGM de tester des effets spéciaux... Encore rudimentaires, les séquences de descente des rapides par exemple, sont un peu limite. Par contre les effets expérimentés lors du tournage de Ben Hur (La destruction de bâtiments) sont mis à contribution avec efficacité pour figurer cette fois des avalanches...

Le film est divisé en deux, d'une façon inédite: la première partie, comme on dit aujourd'hui, serait un film "choral", dans lequel on fait connaissance avec tous les protagonistes les uns après les autres, et elle fournit beaucoup d'humour tout en nous habituant à chacun des personnages. la deuxième, recentrée faute de combattants autour de Ralph, Berna, Lars, Jim et Locasto, ressort du mélodrame classique. Mais du début à la fin, ce qui frappe, c'est le réalisme des séquences... le fait, comme le souligne Leonard Maltin, qu'on puisse presque sentir l'effet du blizzard. Et pour cause: une partie du tournage s'est déroulée en Alaska, et Brown a du se résoudre à faire ce que Chaplin s'était refusé à faire: contrairement à l'acteur-metteur en scène de The Gold Rush, qui avait tourné le passage de Chilkoot au nord de la Californie, Brown a reçu de la MGM la mission de le tourner sur les lieux même... Ce qui est hallucinant à voir. Le cinéma montre ici finalement les limites de la recréation: on VOIT que lorsque certains personnages se plaignent (Un gamin, en particulier, forcé de prendre un bain réfrigéré de pieds pour le passage d'une rivière) des conditions, c'est parfaitement authentique! Le film est formidable, mais il ne fait sans doute pas trop creuser ce type d'informations. Quoi qu'il en soit, en dépit de l'indéniable réussite du film, Brown détestait en parler.

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Published by François Massarelli - dans Muet Clarence Brown 1928 *
23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 09:04

Zola avait la main lourde, mais quelle bénédiction pour le cinéma Français! Après tout, le premier de ses romans à avoir été transcrit sur l'écran avait donné à Albert Capellani une occasion de faire ses premières armes sur un film "long" (Trois bobines) dès 1908 (L'assommoir); Renoir utilisera Nana pour faire un film maladroit à la manière de Stroheim, et Duvivier, mais aussi Christian-Jacques, Marcel L'Herbier, Marcel carné et tant d'autres s'y frotteront à leur tour. Mais tous n'avaient pas la rigueur et ce que j'appellerais volontiers si ce 'était un peu redondant le naturalisme naturel d'Antoine. Ce metteur en scène de théâtre, passé occasionnellement et semble-t-il parfois avec réticences au cinéma avait fait du naturalisme sa marque de fabrique, au point de provoquer chez ses acteurs, souvent amateurs ou débutants, les conditions de vivre pleinement leur rôle... Donc il se devait de venir à Zola, forcément!

Le choix de ce roman, pas parmi les plus flamboyants de l'auteur, est étonnant, mais je pense qu'il faut y voir une tentation de se prendre des chemins de traverse, et de ne pas faire comme les autres; et La terre permettait aussi un tournage en liberté, sur les lieux même du drame, sans avoir les encombrements de la vie citadine. Le film a donc bénéficié de ce réalisme, et je pense qu'on n'a que très rarement filmé la paysannerie et l'agriculture avec moins de lyrisme: c'est glorieusement sordide!!

Les acteurs qui jouent les protagonistes sont pour la plupart méconnus, sauf sans doute Germaine Rouer, qui débutait avec ce film une carrière un peu en marge des grands noms du cinéma Français, et qui était à peine âgée de vingt ans. Comme ses autres collègues, elle correspond parfaitement à ce que voulaient aussi bien Zola (Elle est l'une des rares personnes 'fiables' de l'intrigue) qu'Antoine (Elle est photogénique et son jeu est retenu mais clair). Comme toujours avec Zola, l'intrigue est plus un enchevêtrement de sous-intrigues qu'autre chose, et tout commence par l'arrivée d'un personnage, Jean Macquart, qui s'installe dans une ferme, dans la Beauce. Les "autorités" locales sont plusieurs familles, mais ce ne sont pas des dynasties, plus des troupes disparates de gens dont l'humanité disparaît sous leurs turpitudes, leurs jalousies, leurs médiocrités... et leurs tares: bien sur, il y a un ou deux alcooliques dans le lot; on se rappelle qu'on est chez les Rougon-Macquart. Sauf que Jean, d'une part, est le seul de la belle famille à avoir échappé à la malédiction voulue par l'auteur, d'une part, et d'autre part, Antoine coupe court à cette identification en ne le nommant jamais...

Le film est âpre et sans concessions, mais il est surtout réaliste jusqu'à une certaine nausée. On pourrait s'en plaindre tellement le visionnage est malaisé, mais les acteurs et la mise en scène, parfois à distance, parfois au plus près des acteurs, sont très réussis. pas de décors, le film a été tourné dans du vrai, du tangible, et là encore c'est très impressionnant! Rien d'étonnant à ce qu'Antoine ait eu tant de difficultés à monter ses films, qu'il a fini par laisser tomber la carrière, ce film a dû avoir le plus grand mal à s'imposer. Et il a longtemps été perdu, on en doit la redécouverte au Gosfilmofond, qui en avait gardé une copie; rien d'étonnant, car si le film n'est pas socialiste, il attaque avec une férocité implacable la médiocrité rapace de ses protagonistes qui sont tous à se battre pour des saletés... 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 *
20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 09:00

L'année 1929, il valait mieux parler, sinon le succès ne pouvait pas être au rendez-vous. Combien de films Américains ont-ils sacrifiés sur l'autel absurde du micro, cette croyance dans le fait que le muet était définitivement révolu? Du reste, peu de films muets d'envergure ont été tournés cette année-là. Dans cette situation d'expédition des derniers films muets, sacrifiés au tout-bavard, Eternal love ne fait pas exception: généralement considéré comme étant sans le moindre intérêt, et par ailleurs il est vrai qu'il se rattache justement essentiellement au style muet de Lubitsch, plongé dans la routine flamboyante et un peu vide des productions de John Barrymore, des films à l'ancienne, entièrement à la gloire de l'acteur, et tournés selon ses termes.

Et pourtant...

Début du XIXe siècle: dans les Alpes Suisses, une petite communauté montagnarde subit de plein fouet l'occupation Française. A la fin des conflits, la libération est le prétexte d'une célébration durant laquelle tout le village se retrouve à danser et boire. Et Marcus (John Barrymore) en profite pour une fois de plus dire son amour à la belle Ciglia (Camilla Horn), la nièce du prêtre de la paroisse. Il n'est as le seul sur les rangs: Lorenz (Victor Varconi), un utre villageois un peu moins impétueux que lui, est amoureux de la belle. Mais s'il est clair que Ciglia aime Marcus, ce n'est pas au point de céder à ses avances alors qu'il a clairement trop bu. Il rentre donc chez lui, saoul, et ne s'attendait pas à trouver dans sa chambre Pia (Mona Rico), une jeune femme qui le suit partout et qui elle est prête à tout... Y compris, le lendemain, à faire un scandale retentissant: Marcus épouse donc Pia, et Ciglia est promise à Lorenz; le drame couve...

On retrouve ici deux univers: celui de Barrymore y est présent, son impétuosité, le romantisme exacerbé, la flamboyance des sentiments, des actions, du sacrifice et aussi, parfois, l'excès dans le péché! Les clichés qui ont la peau dure, aussi... De son côté, Lubitsch apporte sa science de la mise en scène des liens invisibles entre les êtres, son savoir-faire pour représenter la foule et son idéologie, et bien sur un ton décalé, qui passe par une observation pointilleuse et un sens du détail consommé. Et cerise sur le gâteau, Lubistch a réalisé en 1920, dans les montagnes enneigées du Tyrol, Romeo und Julia im Schnee, une autre histoire d'amour, mais qui était elle traitée beaucoup plus sur le ton de la comédie. C'est d'ailleurs l'une des clés de l'oubli flagrant dans lequel ce film tardif est tombé: ce n'est pas une comédie, mais bien un film ouvertement sentimental, dont la noirceur rejoint l'âpreté souvent associée au lointain souvenir du film perdu The patriot, réalisé l'année précédente par Lubitsch. et juste avant, le metteur en scène avait tourné pour la MGM The student prince, qui faisait évoluer la comédie sentimentale vers le drame... Or ce n'est pas l'image de lubitsch aux Etats-unis; peut-être le metteur en scène a =-t-il aussi peu gouté cet exercice de style?

...En ce cas ça ne se voit pas beaucoup, car s'il a bien fait le travail qui lui était demandé et utilisé son savoir-faire pour tourner des séquences lyriques de LA star Barrymore en montagnard fier, dans les décors absolument magnifiques de l'Alberta, des scènes d'avalanche et des scènes de foule impeccables, ce qui a le plus motivé Lubitsch dans ce film, c'est bien sur l'intime, le fonctionnement visuel d'une communauté en proie à la suspicion et au ragot; il lui fat peu d'images pour installer dès le début du film cette impression de rejet basé sur la jalousie et la bêtise, de Marcus par la population des braves gens qui jamais ne se mêleront d'autre chose que de ce qui ne les regarde pas!

Et la façon dont Lubitsch utilise la caméra et le montage, les détails et parfois leur absence, pour amener une idée à bon port, est ici au sommet de son art: plusieurs scènes pour se faire plaisir, en fait: dans l'une, on voit le prêtre chez lui, servi par sa bonne qui est triste de le voir soucieux. On la suit jusqu'à la pièce ou est Ciglia, et la bonne est triste de la voir soucieuse également. Une cloche: on a sonné: la bonne va voir, revient et apparaît radieuse à la porte: Ciglia pleine d'espoir attend: mais c'est Lorenz. Quelques instants après sa visite, la cloche de nouveau: la bonne va ouvrir, et Ciglia attend: cette fois, quand la porte de la pièce s'ouvre, on aperçoit juste la main de la bonne qui dépose dans la pièce un fusil. Nous savons à qui appartient ce fusil, et Ciglia aussi. Son visage s'éclaire... pas d'intertitre, même pas une image de Marcus, mais le message est passé. Dans l'autre scène qui me vient à l'esprit, Marcus est rentré chez lui après sa tentative maladroite de séduire Ciglia lors d'un bal costumé, et il est flanqué de Pia. Il se débarrasse d'elle sans le moindre ménagement, avant de rentrer dans sa maison. Quelques instants plus tard, il ressort, inquiet: et si la jeune femme était restée pour tenter d'entrer? Il ne la voit pas, rentre de nouveau dans sa maison. Le dernier plan nous le montre entrant dans sa chambre et déposant ses affaires puis regardant droit devant lui, une expression de surprise au visage; nous ne verrons pas ce qu'il a vu, mais la caméra fait un léger détour sur la droite, et au mur, nous apercevons, accroché à une patère, le masque que portait Pia...

Certes, ces jolies efforts de mise en scène sont au service d'un mélodrame des plus embarrassants, et ces belles images ne sont guère plus que le dernier souffle d'un cinéma muet en pleine agonie. Mais dans un film qui tente, à sa façon, de donner la version de Lubitsch de la mise en scène à la Murnau (C'est flagrant dans la façon de montrer les intérieurs de ces maisons rigoristes de montagnards teigneux), qui une fois posé le style de jeu flamboyant et encombrant de la Star incontestée, permet à des acteurs aussi intéressants que Varconi et Horn (Très probablement dirigés en Allemand, ils sont d'une grande justesse) de briller dans des rôles qui échappent eux aux clichés qui auraient pu les handicaper, il y a beaucoup plus que ces conventions. Que ce ne soit pas le meilleur film de Lubitch, c'est entendu, mais c'est un excellent film de John Barrymore.

Pour finir, une petite pointe d'ironie positive: Mary Pickford, qui avait fait venir Lubitsch aux Etats-Unis en 1923, lui gardait rancune de leur mésentente sur le tournage de Rosita. Elle prétendait des années plus tard que c'était un incapable, qu'il n'était motivé que par la représentation des portes... C'est amusant de constater qu'ici, on a en effet une "mise en scène des portes", dans ces scènes qui savent utiliser les rapports entre les gens et le fonctionnement ancillaire des maisons, pour montrer la vie. Mais c'est sans doute aussi très paradoxal, que ce film muet tardif et si mal vu ait survécu justement grâce à l'appui, du vivant de la star; de... la Fondation Mary Pickford, entièrement dédiée à la préservation et au sauvetage des films muets.

Merci, Mary, grande dame jusqu'au bout.

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Published by François Massarelli - dans Muet Ernst Lubitsch John Barrymore 1929 *
12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 15:52

Tourné avant, sorti après les trois premiers films First National de Langdon (Tramp, tramp, tramp, de Edwards, et The strong man et Long pants de Capra), ce film était probablement une sorte d'assurance prise par Sennett en cas de désertion de son acteur. de fait, il en avait l'habitude: Arbuckle, Chaplin, même Mabel Normand, tous l'ont déserté pour aller voir ailleurs. ce long métrage a été complété longtemps avant la fin du tournage des courts métrages de Langdon. Si donc le film est sans doute plus ou moins une commande de Sennett, son intrigue est particulièrement typique de Langdon et de son équipe.

Par moments, on dirait deux films collés l'un à l'autre: le titre fait allusion à deux sortes de flammes. Le premier amour, bien sur, représenté par Natalie Kingston, la fiancée qui en veut à l'argent d'Harry aveuglé par ses sentiments, et contre laquelle son oncle Vernon Dent le met en garde. Et sinon, Harry s'improvise pompier, lorsqu'il est recueilli par Dent, qui est capitaine de la caserne locale, et il y a deux incendies dans la dernière bobine, un sérieux, et un plus douteux... Harry s'y distingue, sauvant notamment un mannequin.

Dent & Langdon tournent ce qui deviendra, de par la grâce d'une sortie tardive, leur dernier film muet ensemble, et leur équipe fait toujours merveille. Elle est assez complexe, aussi, ne reposant pas seulement sur la dynamique de la brute et du naïf. Le lien familial entre les deux permet à la fois d'imposer que l'un (Dent) ait de l'autorité sur l'autre (Langdon) sans pour autant qu'il y ait un déficit d'affection entre les deux. De son côté, Natalie Kingston se voit donner une chance de jouer un rôle inhabituel, celui de la méchante femme qui ne souhaite se marier avec le héros que parce qu'il est riche. Sa soeur, interprétée par Ruth Hiatt, se tient prête à récupérer le fiancé Harry dont elle est amoureuse, et elle a l'idée, en voyant Harry participer à un sauvetage, de l'appeler à l'aide en simulant un incendie. Le feu et Harry se mélangent fort bien, permettant à Langdon de jouer sa lenteur proverbiale dans une atmosphère de suspense brûlant.

Il est beaucoup question de mariage dans ce film, où l'oncle dissuade son neveu, la fiancée part avec un autre, et un ami rencontré par hasard se révèle mener un existence dangereuse et tumultueuse dès qu'il franchit la porte de chez lui: son épouse est violente! Harry Langdon trouve quand même le temps d'interpréter une scène habillé en femme, et n'a pas besoin de faire grand chose de plus pour déclencher le rire. Erratique, le scénario (Ripley et Capra) qui part dans tous les sens, ce qui ne sera pas le cas des films longs à venir. On a le sentiment malgré tout qu'on pourrait pas couper dans ce film, et obtenir des morceaux cohérents. D'ailleurs une coupe a eu lieu, sans doute due aux ravages du temps, et rend un passage très difficile à comprendre. Le film n'existe pour l'instant dans aucune copie cohérente, et la version la plus satisfaisante (à 44 mn, il en manque encore 8 d'après les estimations) est celle qui se trouve sur le formidable coffret Harry Langdon: Lost and found.

Inégal, le film semble résumer efficacement l'ensemble des courts et moyens métrages de Langdon pour Sennett: erratique, bizarre, avec des moments de folie (Une course contre la montre avec la carriole des pompiers, et Harry qui fait trois fois le tour de la maison incendiée avant de s'arrêter), et des moments de lenteur calculés (Harry assommé met une minute à tomber). Il fera mieux, mais est déjà cet étrange individu perdu dans un univers qui nous est vaguement familier, mais qu'on ne voit pas ici comme on le verrait chez d'autres, Chase, Chaplin, ou Keaton. Un univers singulier qui est bien plus celui de Langdon que celui de Sennett.

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Published by François Massarelli - dans harry langdon Muet Comédie 1925 *
14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 10:15

Ce film provient de l'écurie Triangle Fine Arts, le "label" qui couvrait les productions de David Wark Griffith entre 1916 et 1918, et si c'était un label de qualité, Gretchen the Greenhorn était ce qu'on appelait un "programmer", comprendre "complément de programme", ces films de moindre durée sensés accompagner les productions prestigieuses. Dorothy Gish, jamais totalement reconnue à sa juste valeur, était souvent reléguée dans ces films courts, dont la plupart ont disparu. Les frères Franklin étaient à l'aube d'une carrière qui pour l'un d'entre eux allait être prestigieuse: Sidney, bien sur, a signé quelques films non négligeables, ce qui n'est pas tout à fait le cas de Chester. Les films Fine arts étaient, selon l'expression consacrée, "supervisés" par Griffith, et on reconnaîtra ici, outre la star, un grand nombre de ses acteurs fétiches...

Gretchen (Dorothy Gish) est donc une immigrante Hollandaise, venue rejoindre son père Jan (Ralph Lewis) qui est un nouvel arrivant typique: accent à couper au couteau, mais des rêves pleins les yeux. Dans le petit monde, fait de braves gens d'horizons divers, où ils vivent, un voisin, Rogers (Eugene Pallette) va proposer une affaire à l'artisan Jan: mais c'est un piège, car sans le savoir, il va fabriquer de la fausse monnaie...

Un Américain malhonnête, des immigrants vertueux et qui souhaitent rester du bon côté de la loi, jusqu'à ce que l'un d'eux, l'Italien Pietro (Frank Bennett), ne sauve sa fiancée Gretchen des mains des bandits. Certes, c'est schématique et naïf, mai à l'heure d'une vague anti-immigration sans précédent dans le monde entier, on aurait bien besoin de cette naÏveté et de ces bons sentiments dans notre société actuelle. Le film est un enchantement, construit tambour battant, sans les habituelles et irritantes notations de Griffith dans les inter-titres, et les acteurs font très bien leur travail. On ne peut que s'étonner qu'un film aussi soigné ait été réalisé dans le seul but de boucher des trous du programme dans les salles de 1916, alors que certains de ces acteurs apparaissaient dans Intolerance, produit au même moment. On ne peut que s'étonner et s'émerveiller aussi que ces cinq bobines aient survécu dans une aussi belle copie...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916 Sidney Franklin *
7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 09:13

Marion Davies était, en Anglais dans le texte, une comedienne, donc une actrice dont la spécialité, l'inclinaison naturelle était de jouer la comédie, de faire rire, donc. Fait rare chez une actrice de ce calibre, elle était en prime une actrice physique, qui pouvait jouer de tout son corps, et avait un superbe timing: c'est rare parce que les studios cherchaient ce genre de qualité chez leurs acteurs de comédie, pas chez les actrices... Mais elle avait aussi un sacré boulet, d'une certaine façon: maîtresse quasi-officielle de William Randolph Hearst, elle devait se soumettre à l'obsession de son bonhomme de la voir mise en valeur dans des drames (Ce qui ne la motivait guère!), jusqu'à... Ce film. Produit par Cosmopolitan, une petite structure qui dépendait directement du magnat de la presse, The red mill acquiert un certain prestige, du fait qu'il s'agit d'une adaptation d'une comédie musicale qui avait triomphé à Broadway. Mais ça reste une comédie burlesque... D'où l'emploi d'un spécialiste du genre.

William Goodrich n'existe pas, bien sur, il s'agit d'un pseudonyme. Roscoe Arbuckle, abimé à jamais par la campagne de presse dégueulasse qui avait suivi son arrestation pour diverses ignominies dont il était bien sur innocent, était en dépit de son innocence (Etablie dans plusieurs procès) persona non grata à Hollywood, la seule solution pour lui permettre de travailler était donc de lui trouver un alias dare-dare. Ce qui ne manque pas de sel, c'est bien sur le fait que ce premier long métrage de l'acteur-réalisateur, caché sous un faux nom, est une production de l'homme de presse qui a été le plus infect à son égard durant l'affaire... Mais du coup, Hearst qui ne faisait pas confiance en Arbucle-Goodrich, lui a mis des bâtons dans les roues: plusieurs réalisateurs de la MGM (Dont George Hill et King Vidor) se seraient retrouvés à réaliser des retakes. C'est une habitude ancrée à la MGM de l'époque, et de toute façon, le résultat porte fermement la marque de Roscoe Arbuckle...

Dans une Hollande de carte postale, en plein hiver, les braves gens passent du temps à patiner sur la glace des canaux... Sauf Tina (Marion Davies), la bonne à tout faire de la taverne du Moulin Rouge, tenue par le méchant Willem (George Siegmann). Il la fait trimer en permanence, et pour résumer, c'est un très mauvais sujet. Tina est bien seule, réduite à parler à a souris qui habite son sabot, Ignatz, et à "patiner" sur le sol enduit de savon... Mais les charmes et les clichés de la Hollande attirent les touristes étrangers, dont Dennis (Owen Moore), accompagné de son valet Caesar (Snitz Edwards), venu au pays pour y séduire les jolies Hollandaises. Il est le juge d'un concours de patinage, dont il doit embrasser la gagnante: Tina se débrouille pour participer, et gagne, mais les circonstances font que le baiser est retardé, et... n'arrivera pas. Le lendemain, Dennis doit partir. Quand il revient, Tina est décidée à tenter le tout pour le tout afin qu'il voie qu'elle existe! Elle va donc monter toute une machination, avec a complicité d'une femme du pays, Gretchen (Louise Fazenda), amoureuse d'un marin benêt, la capitaine Jacop (Karl Dane)... Mais il fait faire vite, car on veut marier Gretchen à un autre...

Le film sent parfois l'amas de clichés, du reste reconstruits en studio, et ce ne sont pas là ses meilleures qualités. Non, comment détacher ses yeux de Marion Davies? Elle était amie avec de nombreux comédiens, ce n'est pas un hasard, car c'est vraiment l'idiome dans lequel est le le plus à l'aise. Elle n'hésite ni à s'enlaidir si besoin, ni à se couvrir de ridicule. Et elle sert pleinement le style de comédie propre à Abuckle, fait de rappels permanents de notre terrestrialité et de la gravité qui s'en suit (Chutes), de mentions du trivial (le savon, dans la première scène), de raccourcis surréalistes (Dans une scène, elle apparaît, peu maquillée, et son visage trahissant les aspects les moins attirants de son anatomie, et se fait un masque de boue. Lorsque le masque s'en va, elle est maquillée comme une actrice des années 20!), d'une poésie du bizarre (Le baiser qui n' pas pu être donné était empêché par le fait qu'elle avait le visage littéralement gelé, mais un sourire de Marion craque la glace comme un rien...); et d'une série de scènes à la fin, magnifiquement éclairées, comme Roscoe savait les obtenir de ses chef-opérateurs en 1916 chez Sennett...

A propos de la fin le film tient son titre de la présence dans le décor d'un de ces clichés Hollandais, qui serait hanté. C'est l'endroit où Dennis, Tina et Willem vont s'affronter, une scène fort bien réalisée, qui contraste sérieusement avec le reste du film. Un film bancal, mais attachant, qui a décidé Marion Davies à franchir définitivement le Rubicon et à se consacrer à la comédie. Donc à produire Show people... Pour Roscoe Goodrich, l'histoire ne se termine pas aussi bien:ayant déplu à Hearst, une fois de plus, il a été congédié du plateau, et on le retrouve pour un film avec Edie Cantor à la Paramount, puis de nouveau, à réaliser des courts métrages sans prestige pour les studios les plus fauchés... Ce à quoi il consacrera le reste de son temps jusqu'à sa mort en 1933. On a de la chance d'avoir ce film, aussi mineur soit-il, et de l'avoir en prime dans une copie parfaitement conservée, qui rend justice à la beauté de sa photographie, et de ses teintes nocturnes.

The red mill (William Goodrich a.k.a. Roscoe Arbuckle, 1927)
The red mill (William Goodrich a.k.a. Roscoe Arbuckle, 1927)
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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet 1927 Marion Davies Roscoe Arbuckle *
1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 22:31

Film fondateur, ce western est né d'une intention, celle de Thomas Ince, de redonner au genre une nouvelle dimension, alors que les productions vite faites mal faites se multipliaient.C'es un long métrage, avec une vedette reconnue et qui n'allait pas tarder à être profondément associé au genre, et on y trouve une complexité morale en même temps qu'une impressionnante fluidité narrative. ...Et pour couronner le tout, on y ose un final baroque dans lequel les images possèdent une expressivité rare, et très en avances sur son temps!

Le révérend Henley (Jack Standing) doit selon sa hiérarchie se confronter à une communauté tranquille, car ils pensent qu'il a besoin de temps avant de montrer les qualités essentielles à son ministère. Ils commettent l'erreur de l'envoyer dans une ville nouvelle de l'Ouest, où le crime et la luxure sont partout... Flanqué de sa soeur Faith (Clara Williams), il arrive dans un endroit dont les deux citoyens les plus en vue sont déterminés à ne laisser ni la loi ni la religion s'installer. Pourtant, à l'arrivée des Henley, le bandit Blaze (William Hart) subjugué par la jeune femme, va changer d'optique. Mais la partie va être rude...

Hart est le premier héros adulte de western, d'une certaine façon; ici, il incarne un cowboy corrompu, mais avec une sorte de préjugé essentiellement politique; il n' a sans doute jamais rencontré de prêtre qui l'ait respecté, ce qui explique son agacement à l'idée de la venue des deux jeunes gens de l'est. Mais la rencontre avec Clara Williams (Qui a un rôle délicat, car elle doit incarner le bien même, c'est casse-gueule et elle s'en sort plus que bien) est une épiphanie authentique, dans un film qui ne manque pas de symboles: Blaze, à propos, c'est un nom qui n'est pas innocent, le terme ayant un cousinage avec le feu, et c'est dans les feux de l'enfer que la ville finira, sous le regard rageur d'un homme qui a choisi le bien, et qui est presque devenu un ange exterminateur...

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Published by François Massarelli - dans Western Muet Thomas Ince William Hart 1916 *