Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 11:58

It a obtenu un succès phénoménal, en cristallisant un concept fumeux, celui du 'It', justement, une façon de désigner le sex-appeal sans trop entrer dans les détails, qui avait été la grande trouvaille de l'auteure Elinor Glyn dans un livre qui serait probablement imbuvable aujourd'hui. La dame apparaît d'ailleurs dans le film, pour essayer de définir elle-même le principe, dans une scène inattendue mais assez plaisante. Mais bon, on s'en fout: on veut Clara Bow, et c'est sur elle que repose le film... Clarence Badger l'a bien compris, qui a bâti It autour d'elle... Nous sommes à la Paramount en 1927, et Badger, réalisateur de comédies passé chez Sennett, est à son aise dans un film qui a été planifié dans un gros, très gros studio. Mais il n'est sans doute pas seul, car parmi les gens qui ont travaillé sur ce film, on relève parfois le nom du réalisateur qui l'a commencé, avant de bifurquer vers le film Underworld: Josef Von Sternberg. Aucune trace, a priori, du style de "Von" dans ce film. C'est d'abord et avant tout une comédie virevoltante, comme sa star. 

Betty (Clara Bow) travaille dans le très grand magasin du père de Cyrus Waltham (Antonio Moreno). Celui-ci remplace actuellement son père à la direction et Betty, la petite vendeuse, est amoureuse de lui... Mais il ne la voit pas. Par contre, Monty, l'ami de celui-ci, un riche oisif (William Austin), l'a repérée, parce qu'il n'a que ça à faire, mais aussi parce qu'il est obsédé par le "It", et estime que la jeune vendeuse possède ce caractère essentiel. Il l'invite à déjeuner dans un restaurant de la bonne société, et là, c'est le miracle: une fois dans son élément, Cyrus aperçoit la jeune femme, et s'éprend d'elle. Mais il va y avoir des complications: d'un côté, la fiancée (Du meilleur monde) voit évidement d'un mauvais oeil la fréquentation entre son fiancé et une petite vendeuse; ensuite, celle-ci vit en compagnie d'une amie qui est fille-mère, et qui est menacée par les mères-la-vertu du coin de devoir abandonner son enfant tant qu'elle ne travaille pas, ce qui va pousser Betty à mentir en prétendant qu'elle est la mère; enfin, Cyrus va devoir comprendre que Betty n'est pas une fille facile, et que ses vues sur lui sont aussi légitimes que celles de la première pimbêche venue...

Le film est empreint de cette splendide technique à laquelle le cinéma Américain était parvenu en 1927. Dés le départ, la caméra nous embarque à sa suite, en nous plongeant d'un mouvement en avant au coeur de la ville moderne où se situe l'action. Et elle suit en particulier Clara Bow, dont le dynamisme et l'optimisme coloré donnent le la du film. Mais l'essentiel de ce film est dirigé dans le sens d'une évocation d'une structure de classe, à deux vitesses, dans laquelle Betty joue un peu le rôle du grain de sable... une scène (Typique du ton Paramount des années 1925-1934) le résume assez bien, en nous montrant comment deux femmes séparées par leur niveau social se préparent simultanément pour une soirée: d'un côté, la fiancée de Cyrus, Adela (Jacqueline Gadsen) se déshabille dans un dispositif de mise en scène sophistiqué, avec un fondu au moment ou sa chemise glisse de ses épaules; on passe à Betty, filmée en buste, qui laisse son amie poudrer son corps avant qu'elle n'enfile sa robe. Betty danse en riant... Le film a choisi son camp, et Betty, qui sera amenée avec la complicité de Monty à imiter les gens de a haute, va mettre un joyeux bazar là-dedans... Une scène résume bien le personnage de Betty: au début quand l'inutile (mais foncièrement sympathique) Monty tente sa chance, il propose à Betty de la raccompagner chez elle. Elle accepte à condition qu'il vienne avec elle dans "sa voiture", en désignant un tramway... Betty est modeste, mais affiche une belle énergie non seulement dans son travail, dans sa faculté à défendre son amie et par là-même sa classe, mais aussi pour défendre sa vertu. 

On peut se réjouir qu'une copie de ce film ait été retrouvée dans les années 60, car comme la plupart des films avec Clara Bow, il était perdu. Elle est lumineuse, et on comprend le succès de ce film... et de sa star, véritable résumé à elle toute seule du jazz age et de ses contradictions. A propos de contradictions, si le film accuse avec une certaine pertinence les bourgeois du film de se comporter de façon déplorable, en montrant un oisif obsédé par l'inutile quête du "It", il était inévitable que les publicistes en fassent un argument de vente du film! 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Clara Bow Comédie Muet 1927 *
11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 09:21

Ce film possède un atout embarrassant: Clara Bow. Je m'explique: la jeune apprentie actrice, qui venait de débuter dans un long métrage, dont l'intégralité de ses scènes avaient été coupées au montage, revenait donc à la charge à la faveur de cette production indépendante, largement financée par des dons locaux, dédiée à une vision romanesque d'un métier, celui des chasseurs de baleines en nouvelle-Angleterre. Bien sur, Clara Bow ne chassait pas la baleine, mais son personnage était inséré dans l'intrigue mélodramatique du film, parce qu'en 1922 comme en 2016, on ne fait pas un film dramatique avec des prises de vues documentaires, aussi réussies soient-elles. Et du coup, aujourd'hui, l'aspirante actrice, qui s'en tire d'ailleurs fort bien dans son rôle de petite peste empêcheuse de tourner en rond, est devenue le principal argument de vente de ce digne représentant d'un monde finalement assez peu connu: les productions indépendantes à l'époque du muet. Les grands studios et leurs héritiers, les fox, MGM, Warner, Paramount, ont tous eu la possibilité de faire connaitre, de ressortir voire de préserver leur production. Mais les petits? Pour en revenir une bonne fois pour toutes à Clara Bow, clarifions: oui, c'est le premier rôle significatif de la future "It" girl au cinéma, mais non, inutile d'y chercher son style, sa coiffure, son dynamisme espiègle mais annonciateur d'une vie intérieure débordante et sensuelle. Ici, pour un second rôle et pas plus, Clara Bow est essentiellement une petite peste à la Griffith, un de ces seconds rôles féminins dont la fonction est d'embêter le plus possible les rôles principaux, tout en se mettant convenablement en danger de temps à autre, afin de faire rebondir les péripéties... Inutile donc d'y chercher le quelconques prémices d'une carrière de premier plan...

Je viens de mentionner Griffith: comment faire autrement? Elmer Clifton était son assistant, nu vrai (On sait que tout ce qui portait casquette, mégaphone et bandes molletières dans les années 20 se présentait comme l'un des assistants du maître sur The Birth of a nation, de Stroheim à Browning en passant par Ford, mais d'authentiques assistants, sur la durée, Griffith n'en a pas eu autant. Clifton, lui, a bien occupé ce poste, de 1915 à 1920, sur trois films: The Birth of a nation, Intolerance (Dans lequel en prime il jouait un rôle significatif, celui du Rhapsode amoureux de Constance Talmadge) et Way down East (dont il a d'ailleurs été amené à tourner lui -même certaines scènes, tout en doublant Richard Barthelmess dans les séquences fameuses de la fonte des glaces). Il a aussi tourné un certain nombre de longs métrages dans les années 10, le plus souvent issus de la production secondaire de Griffith. Aucun de ses films ne se distingue particulièrement, à part celui-ci, mais je me suis amusé à chercher des éléments sur lui sur internet, et je suis tombé (Sur Wikipédia, certes) sur cette phrase: "He was the first filmmaker to discover the talents of Clara Bow, whom he cast in Down to the sea in ships released on March 4,1923." ...Clairement, on tourne en rond. Heureusement, l'article précise aussi "The independently produced film was well reviewed for its visual authenticity.", ce qui est plus intéressant; car oui, le film de Clifton avait bien cette réputation d'authenticité visuelle. C'est probablement le seul de ses films a pouvoir être vu aujourd'hui, profitons-en donc!

Située en Nouvelle-Angleterre donc, à New Bedford dans le Massachussetts, l'intrigue de Down to the sea in ships conte les aventures de quelques individus engagés dans et autour de la chasse à la baleine, au sein d'une communauté Quaker. Le père Morgan (William Walcott), un ancien baleinier reconverti en propriétaire d'une flottille, et principal employeur de la communauté, souhaite marier sa fille unique Patience (Marguerite Courtot) à un homme du même métier (Et quaker de surcroît), mais elle rêve quant à elle de retrouver le petit garçon qui jouait avec elle, enfant, et qui est depuis parti vers la grande ville. Si Patience est l'enfant unique, c'est parce que son frère aîné a disparu lors d'un naufrage en compagnie de son épouse. Seule leur fille Dot (Clara Bow) a survécu, une adorable petite peste qui a clairement a bougeotte. Visant à mettre la main sur les bateaux, deux fripouilles vont s'immiscer dans les affaires de Morgan: Finner, va essayer de provoquer une mutinerie sur un bateau, pendant que Siggs va essayer d'amadouer le vieux Morgan en se faisant passer pour un ancien baleinier et quaker. Mais Allan Dexter (Raymond McKee), l'ancien compagnon de jeux, revient au pays, bien décidé à revoir celle à laquelle il a pensé tout ce temps. Il a deux problèmes: bien qu'aisé et en bonne santé, il n'est ni quaker, ni baleinier. Devant le refus de Morgan, qui préfère promettre sa fille à l'infâme Siggs, Dexter se fait employer sur un bateau, décidé à devenir harponneur sur le tas... La chasse va être riche en péripéties, d'autant que pour suivre un jeune marin dont elle s'est entichée, Dot est elle aussi passagère clandestine sur le même baleinier...

Beaucoup de personnages, tous présentés durant les quinze premières minutes. Le film prend ses précautions pour installer suffisamment de drames, de mélodrames, d'enjeux et de coups de théâtres potentiels, pour être sur de capter son audience. Toutes ces conventions mélodramatiques fonctionnent très bien, et sont mises en scène avec goût, d'autant que les deux chef-opérateurs ont su tirer parti efficacement d'un tournage essentiellement en décors naturels. Sans parler des scènes prises en mer bien entendu, la photogénie naturelle de a Nouvelle Angleterre, la beauté des bateaux de la deuxième moitié du XIXe siècle sont très bien rendues, et certaines scènes nocturnes sont très réussies. La communauté Quaker est fort bien documentée, avec un certain respect également, ce qui est remarquable, puisque en même temps, Clifton se sert dramatiquement de la rigueur de l'obédience pour servir le mélodrame. De l'école Griffith, le metteur en scène retient le sens du détail documentaire, qui le pousse à saupoudrer d'informations annexes son film, mais sans les gros sabots de l'auteur Griffith, qui ne résistait pas à une occasion de se faire mousser (Voir à ce titre les mentions hors-sujet sur les Bolcheviks dans Orphans of the storm, par exemple...). Mais dans cette production qui exalte l'histoire locale de la Nouvelle-Angleterre, l'essentiel du film consiste bien sur en ces images prises sur le vif en pleine mer, durant lesquelles d'innocents mammifères se font d'ailleurs authentiquement massacrer (Il n'y en aura que trois, deux baleines et un dauphin, dans le film, mais c'est après tout bien suffisant). Elles sont fascinantes, dynamiques, et Raymond McKee et d'autres acteurs paient vraiment de leur personne. le montage en est très serré, et près de cent ans après leur tournage ces séquences gardent leur pouvoir intact...

Maintenant, je parlais il y a quelques instants de conventions, le film en est rempli, et la plus embarrassante, au-delà de la présence de quelques femmes indigènes (On disait probablement des "Indiennes" à l'époque...) semblant plus ou moins réduites en servitude ça et là, mais ce qui n'a rien de surprenant pour une histoire sise en plein XIXe siècle dans le Massachussetts côtier, est bien sur le fait que Siggs, l'infâme bandit qui tente de ravir la charmante héroïne à son papa, afin de mettre main basse sur l'héritage, est en fait... un Jaune! Eh oui, il a dans son patrimoine génétique un soupçon de sang Chinois, donc toute alliance avec la belle dame blanche serait un crime. Pour les Quakers du XIXe, comme pour les spectateurs et censeurs du XXe, bien entendu.

A part Clara Bow, les acteurs de ce film n'ont pas eu une carrière très remarquable, à part peut-être McKee et Coutot, et encore. Les deux acteurs étaient mariés, et l'un, un vétéran de la première guerre mondiale, a eu une carrière en dents de scie de 1915 à 1929 (Son film probablement le plus notable était Three women, de Ernst Lubitsch, dans lequel il avait un pettit rôle, mais il partageait également la vedette avec Lon Chaney dans A blind bargain de Wallace Worsley... aujourd'hui perdu.) Marguerite Courtot, de son côté, a interprété quelques serials jusqu'à 1923. Si l'actrice, cantonnée à un rôle sage de bonne fille qui reste à la maison, ne se distingue pas outre mesure, McKee a une présence très intéressante dans les scènes maritimes, surtout lorsqu'il est harponneur à l'avant d'un canot, en face d'un authentique cachalot de 90 tonnes...

La copie montrée en avant-première en novembre 1922 à New Bedford, Massachussetts, tournage local oblige, durait près de deux heures trente, en douze bobines. Les copies ensuite sorties en distribution nationale avait été réduites à 9 bobines. Certaines scènes (Surtout terrestres, les distributeurs n'étaient pas fous et avaient su repérer dans les scènes maritimes l'essentiel de l'intérêt du film) ont clairement souffert de cette réduction. mais quoi qu'il en soit, ce film survivant garde intacte sa dignité et son importance relative, au-delà de la présence d'une future star.

Down to the sea in ships (Elmer Clifton, 1922)
Down to the sea in ships (Elmer Clifton, 1922)
Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Clara Bow 1922 *
10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 18:56

Ce film, adapté d'une histoire de Thomas Ince et C. Gardner Sullivan (Tout comme The Coward, réalisé par Barker l'année précédente) fait partie de ces rares films qui dans les années 10 se sont intéressés au sort des immigrants dans la Grande Amérique encore bourgeonnante. A l'espoir d'un rêve Américain, dont les films contemporains nous apprennent qu'il était sans doute réservé à des Anglo-saxons, le film oppose donc le sort peu enviable des immigrés Italiens, venus pour participer à l'immense progrès représenté par l'Amérique, et qui finissent par se trouver moins bien lotis que dans leur Italie natale. L'intrigue suit les pas de Beppo (George Beban), un éternel optimiste venu à New York afin de devenir quelqu'un, ce qui l'autorisait enfin à faire venir Annette, sa fiancée. Dans un premier temps, tout va bien, Beppo a "réussi", en créant un business florissant de... cirage de chaussures. Mais les circonstances vont s'acharner sur lui et sa nouvelle épouse, et une canicule va leur prendre leur petit nouveau-né, et le sentiment d'injustice ressenti par le héros sera à son comble lorsqu'un homme qui lui a refusé de l'aide fera savoir par voie de presse que son propre enfant est malade, et que les meilleurs médecins se penchent sur son cas...

Le film est étonnamment rythmé pour un mélodrame, suivant le dynamisme de George Beban qui fait de son personnage un agité permanent. Ca fait bien sur partie de la caractérisation "ethnique", la spécialité de l'acteur, qui donne également lieu à des intertitres à la Chico Marx. reste que le film est attachant, avec son refus du compromis, et un sens marqué du pathos, qui prend fait et cause pour les petits immigrants. Chez Ince, cette question du point de vue donnait souvent des résultats intéressants, le producteur favorisant souvent celui des victimes de l'injustice, à l'écart des clichés bien-pensants.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Thomas Ince Muet 1915 *
10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 09:17

Dans New York, que des centaines d'immigrants rejoignent chaque jour, on découvre un réseau de prostitution, qui est essentiellement consacré à cueillir les nouvelles arrivantes directement à la source, mais pas seulement... Tourné presque en contrebande, réaliste et rempli d'images fortes, ce film est le premier long métrage produit par Universal... à leur insu toutefois. La rocambolesque histoire du tournage de ce film est aujourd'hui bien documentée, en particulier par Kevin Brownlow qui accorde une place de choix à ces six bobines dans son livre Behind the mask of innocence, qui s'intéresse aux tendances sociales, réformatrices et progressistes dans le cinéma muet Américain... Pour faire court, disons que Tucker et le producteur et scénariste du film, Walter McNamara, souhaitaient se lancer dans un film qui dénoncerait les réseaux de prostitution, très actifs à partir des lieux d'immigration, et bien sur en premier lieu à New York, où les ferries venant de Ellis Island débarquaient. La Universal ne souhaitait pas donner suite à un tel film, puisque la spécialité de la compagnie de distribution restait les courts métrages de deux bobines, et les longs métrages n'étaient pas encore l'usage. En tournant directement dans les rues, y compris les lieux réels de l'action, Tucker et son équipe ont fini le film, l'ont monté, et l'ont quand même proposé à Carl Laemmle, qui a bien été obligé d'accepter le cadeau. et inévitablement, le film spectaculaire a fait des petits...

Le film commence par installer une intrigue et ses personnages, et il est frappant de voir le nombre de protagonistes que Tucker et McNamara ont convoqués: l'histoire commence par nous montrer une famille, faites de deux soeurs qui travaillent dans une confiserie. L'aînée, Mary (Jane Gail) est la plus sage des deux, mais Lorna (Ethel Grandin) est pour sa part encore délurée, et par exemple elle est systématiquement en retard. Leur père est un inventeur malchanceux, qui a pourtant perfectionné un système d'enregistrement très fidèle de la voix. Cela va d'ailleurs servir l'intrigue plus tard... On fait également la connaissance de Burke, jeune agent de police interprété par Matt Moore, qui va lui aussi jouer un rôle crucial. C'est le fiancé de Mary, un policier incorruptible. Puis, le film nous amène au plus près du système, nous présentant les "rabatteurs" et leur technique, nous montrant un bordel vu de l'intérieur, sans être trop graphique bien entendu, mais la présence d'une "madame" et de ses filles, certaines pas forcément contentes d'être là, sont on ne peut plus explicites. Enfin, l'intrigue incorpore aussi les images de la vie d'une famille de la bonne société, les Trubus: le père est à la tête d'une association de charité, et s'apprête à marier sa fille avec un riche héritier. ce que ni sa fille Alice ni son épouse ne savent, c'est que 'honorable M. Trubus, sous couvert de charité, est en réalité le patron du réseau de trafic de chair fraîche... C'est à la faveur d'une bavure de son équipe, qui tentait de s'approprier deux jeunes soeurs Suédoises fraîchement débarquées, que la police, et en premier lieu Burke, va commencer à mettre le nez dans les petites affaires de Trubus. Mais il faut faire vite, car Lorna a disparu...

Tucker a privilégié autant qu'il le pouvait des scènes captées en extérieurs réels, dans les rues mêmes de New York, et cette bonne idée porte ses fruits. le film est marqué par un jeu très naturaliste pour l'époque, et par des scènes très physiques: un raid sur le bordel est filmé d'une façon spectaculaire, et la sortie sous caution d'un des bandits arrêtés précipite un mouvement de foule très impressionnant à regarder. Le montage accélère au fur et à mesure de la progression de l'intrigue, et si de nombreux éléments renvoient bien sur au mélodrame, des choix éditoriaux novateur permettent d'éviter tout simplisme dogmatique: oui, la soeur qui va se faire attraper était la plus délurée, mais cette tentation de simplifier selon les codes moraux alors en vigueur est largement contrebalancée par le fait que dans toute cette histoire, c'est toute la bonne société et ses mensonges qui sont pointés du doigt. Tucker ne fait pas dans la dentelle, mais il dénonce malgré tout une Amérique à deux vitesses, qui n'est pas, loin s'en fait, le meilleur des mondes. Il le fait dans un film qui en prime a permis d'établir l'importance du cinéma en tant qu'agitateur d'idées, et bien sur comme lanceur d'alertes. Les conséquences de ce film qui fut un grand succès en même temps que la source de scandales, ne furent pas que cinématographiques. Il est dommage que les films de Tucker n'aient pas tous survécu, et il est dommage aussi que le metteur en scène, considéré avant les anées 20 comme l'un des plus grands, ait été emporté en 1921 par une longue maladie en 1921, à l'âge de 41 ans.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1913 *
2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 21:32

Un serial Soviétique, qui fonctionne à la fois en continuité (La dette à Mabuse, aux Vampires et aux serials Américains est évidente), et en rupture ("Soviétique", déjà, et le film s'amuse constamment à envoyer des piques à l'Ouest triomphant, avec un humour souvent provocant, et parfois désopilant). Ces aventures en trois épisodes, situées dans une Amérique de pacotille, sont celles de trois apprentis journalistes embarqués dans une rocambolesque intrigue autour de la mort d'un homme qui n'est pas tout à fait mort, un riche industriel à la vie trépidante et aux maîtresses nombreuses, avec de l'humour méchant qui s'attaque aux préjugés typiques de Américains ("Oui, un homme est mort, mais ce n'est pas très grave, il est noir..."), avec des ramifications sociales (Les héritiers du mort liquident l'usine et renvoient tous les ouvriers), politiques (Derrière le conglomérat industriel, se cache un complot proto-fasciste, et bien sur ces salopards vont accuser les bolcheviques...), policières (Des enlèvements, des assassinats, en veux-tu en voilà) et bien sur une petite pré-apocalypse chimique, avec contamination des pauvres soviétiques par le virus de la peste... Au milieu de tout ça, une femme, convoitée par tous les hommes, une ouvrière digne et flanquée d'un neveu auquel elle tient comme à la prunelle de ses yeux: Miss Mend. D'où le titre...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Russie Muet 1926 *
18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 15:46

On prend les mêmes et on recommence? pas tout à fait hélas! En 1921, la sortie de ce nouveau film Goldwyn, mis en scène par Worsley sur un scénario adapté d'un roman de Gouverneur Morris, avec Lon Chaney en vedette, pouvait faire espérer en effet que le miracle de The penalty ne se reproduise. Il n'en est rien, car le film rate son coup. Le propos en est différent, même s'il reprend les arguments volontiers conservateurs du film précédent (Qui a un moment alliait dans un intertitre la pègre et le danger communiste): dans Ace of hearts, un groupe d'idéalistes portant tous ou presque un bouc à la Russe projettent de tuer un grand patron (Raymond Hatton), mais cela ne se fera pas parce que le terroriste désigné (John Bowers) pour accomplir le meurtre va changer d'avis au moment opportun. il est amoureux et heureux, et le meurtre qu'il s'apprêtait à accomplir aurait fait deux victimes collatérales, un couple de tourtereaux, qu'il ne peut se résoudre à éliminer... Le film se situe donc clairement dans cette période du début des années 20, qu'on a appelée la "Red scare", la peut des rouges", qui suivait le début d'installation du régime Soviétique.

Et Lon Chaney dans tout ça? Avec une coupe de cheveux mi-longs, il est l'un des membres du groupe pseudo-bolshevik (Le mot n'est nulle part, mais il faut savoir lire entre les lignes). Comme Bowers, il est amoureux de LIlith (Leatrice Joy), et comme d'habitude il tend à se morfondre sur son amour gâché. mais il va, comme d'habitude, se sacrifier bien à sa manière...

Le problème n'est pas Chaney, qui trouve un rôle bien dans son univers. Le souci c'est que le film se traîne, jouant en permanence sur un suspense un peu frelaté, et utilisé un peu partout sans vergogne: Bowers va-t-il faire exploser sa cible? Chaney va-t-il se déclarer? Chaney va-t-il tuer Bowers? La lenteur calculée (Même à 24 images/seconde) n'arrange rien... Et l'argument manque de ces fulgurances de violence qui faisaient le sel de The penalty.

Quant au titre, il fait allusion au tirage au sort du "volontaire" pour accomplir les méfaits du groupe de terroristes barbus: ils tirent les cartes, celui qui tire l'as de coeur a gagné. Ou pas.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Lon Chaney Wallace Worsley Muet 1921 *
16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 07:55

Une tribu Sioux prend assez mal la violation d'un accord par une compagnie Américaine qui vient installer un chemin de fer sur la réserve, et s'attaque au fort dans lequel un pauvre bataillon de la cavalerie va souffrir. Mais la tragédie viendra en réalité d'ailleurs, du destin individuel d'une jeune femme Indienne qui sera une victime indirecte de la situation. Les Indiens, ici, sont certes une menace, mais décente, rationnelle, débarrassée des oripeaux du racisme ordinaire dont on accuse souvent le western à tort. Et le film, attribué à Thomas Ince, mais probablement du en réalité au grand frère de John Ford, Francis, qui était un acteur-réalisateur très actif à l'époque, est le premier à mettre en scène une vraie tribu Indienne, tout en proposant une vision de l'Ouest nettement plus réaliste que ne le feront bien des films ultérieurs.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Western Muet Thomas Ince 1912 * Francis Ford
9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 09:07

On n'attendait pas vraiment Griffith sur ce terrain, mais le titre de cette chronique douce-amère est un peu une antiphrase... L'auteur de tant de mélodrames, si peu enclin à manier l'humour subtil des mots, s'est pour une fois laissé aller, pour un de ses films les plus inattendus, et les plus personnels. Il a aussi été à l'encontre de sa tendance si facile à la xénophobie, et en particulier pour qui a vu Hearts of the world, à l'anti-germanisme le plus primaire. Il convient de rappeler que Griffith a toujours suivi le vent, et que le vent de 1923 n'est pas le même que celui de 1918 au niveau des sentiments de l'Amérique envers l'Allemagne. Mais de là à imaginer David Wark Griffith emmenant sa troupe (Carol Dempster, Neil Hamilton, Frank Puglia, et le chef-opérateur Hendrik Sartov) en Europe pour en ramener un état des lieux de la pauvreté de la population Allemande écrasée par la crise, franchement, il y avait un pas à franchir... C'est pourtant ce que propose ce film adapté d'un roman de Geoffrey Moss, qui montre, avec des extérieurs filmés en Allemagne et en Autriche, la vie d'ne famille (De réfugiés Polonais, afin sans doute de contrer l'éventuel sentiment anti-Germanique qui restait important aux Etats-Unis) qui tente de remonter la pente: trouver un logement, de la nourriture, un travail, se prendre en charge et reconstruire une vie décente...

Les rôles principaux sont tenus par Carol Dempster et Neil Hamilton: Inga est une jeune orpheline recueillie par une famille Polonaise, et elle aime Paul, l'un des deux grands fils, et celui-ci le lui rend bien. Leur idylle, qui les pousse à s'en sortir, est le fil rouge du film. Autour d'eux, bien sur, une galerie de personnages qui sont une vraie famille élargie, avec quelques nouveaux venus, dont Lupino Lane, récemment immigré aux Etats-Unis (Il était Britannique). Ici, il est un compagnon d'infortune de la famille, qui tente par tous les moyens d'égayer ses amis avec des acrobaties, des chansons et des danses. Le film serait débarrassé de toute menace humaine, si Griffith n'avait pas saupoudré sa continuité d'apparitions d'un homme sombre, grand et à l'allure inquiétante. Une façon de nous prévenir qu'il y aura des ennuis pour Carol Dempster et Neil Hamilton. Mais même là, il ne cède pas à la tentation habituelle, et nous montre en effet une bande de voyous qui tentent, eux aussi de survivre; comme dit l'un d'eux, oui, ils sont des monstres, mais ce n'est pas leur choix...

L'interprétation, partiellement Européenne (Les voyous cités plus haut sont des acteurs Allemands), est assez solide, avec une mention spéciale, ce n'est pas souvent, pour Carol Dempster: elle est excellente dans le rôle de ce petit bout de bonne femme qui veut sa place au soleil, mais pas à n'importe quel prix... Le moment le plus célèbre de ce film montre Inga qui fait la queue pour acheter de la viande, avec une somme absurde en poche: elle a en effet 12 000 000 Marks sur elle, suite à la fameuse inflation la plus délirante de tous les temps! Elle espère pouvoir finir la journée avec un peu de viande en poche, mais les prix montent tellement vite qu'une fois arrivée à la boucherie, elle constate que la viande est désormais trop chère. L'autre versant de cette scène sera, dans La rue sans joie de Pabst, la fameuse scène durant laquelle des jeunes femmes sont réduites à la prostitution pour pouvoir manger. Mais Griffith, s'il nous montre un monde pas dénué de profiteurs, reste concentré sur la peinture de la résilience humaine, celle de tout un peuple. Il utilise le titre comme un leitmotiv, afin de rappeler qu'il y a toujours une solution, dans un monde qui en apparence va au chaos, il s'attache à montrer une famille qui va s'en sortir avec décence... Et même 90 ans après, ça fait du bien.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1924 *
8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 17:31

Sir Oliver Tressillian (Milton Sills) a-t-il vraiment tué un homme? C'est ce que croient son voisin, sir John (Marc McDermott) et sa pupille, également soeur du défunt, et fiancée du suspect! Cette dernière est interprétée par Enid Bennett. Accusé de tous les maux, bannis, le malheureux est condamné aux galères, et... à l'aventure, qui va l'amener à devenir un corsaire pas très regardant, sous le nom de Sea Hawk (le faucon des mers)... Et sa vengeance, bien sur, sera terrible...

Frank Lloyd était un réalisateur autocratique et entreprenant, qui même après l'établissement d'une nouvelle forme de système de production dans lequel les metteurs en scène n'étaient plus qu'un des maillons de la chaîne, a continué à travailler dans le cinéma Américain comme il le faisait déjà dans les années 10: c'était lui le patron, et ses films étaient du genre ambitieux: aventures débridées, péripéties, Dickens (Oliver Twist, A tale of two cities), mélodrames, etc... Le problème, c'est qu'il a aussi eu tendance à limiter son style à ce qu'il faisait dans les années 10, et c'est ce qui est embarrassant dans ce film de deux heures, qui certes montre un certain panache, mais dont les lourdeurs convenues ("Mon dieu, mais cet homme s'allie avec les Arabes, c'est donc un renégat!!!") passent d'autant moins bien que le style de jeu histrionique de Milton Sills est assez insupportable. Le film montre une réelle ambition en particulier dans l'utilisation de vrais bateaux construits exprès pour le film sous la direction de Fred Gabourie (Collaborateur de tout premier plan de Keaton, faut-il le rappeler?), et si on est loin du film de pirates comme il se ferait quelques années plus tard, en tout cas, il y a des choses à voir... On y voit quelques combats navals de fort belle allure, mais rien de comparable, disons, avec Ben-Hur de Niblo (Sorti l'année suivante).

Dans ce film, on croise aussi le chemin d'une fripouille qui se spécialisait dans ce genre de rôle accessoire de bon vieux bandit qui vous viendra en aide au moment où vous y attendez le moins, Wallace Beery. Sa présence souvent rigolarde allège la punition du spectateur. Quant au titre, forcément, il est familier, mais ici, il y a plus d'affinités avec Le Comte de Monte-Cristo dans cette adaptation de Rafael Sabatini, qu'avec un autre film du même nom, réalisé sous la direction de Michael Curtiz, dont nous parlerons très prochainement, ce qui me fait dire que j'ai failli terminer cette courte chronique sans une seule fois écrire le nom de...

Errol Flynn.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Frank Lloyd 1924 *
13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 16:10

Louis Delluc citait souvent ce film en exemple. L'exigeant critique (Et parfois cinéaste lui-même) y retrouvait un niveau artistique rarement atteint par le cinéma en cette époque... Pourtant une vision du film aujourd'hui produit souvent un sentiment de confusion, parfois d'ennui. Il faut vraiment y revenir pourtant, tant ce film, mélodrame revendiqué (L'Herbier donnait à tous ses films une catégorie changeante: Marine, Eau-forte, etc... C'était bien sur essentiellement de la prétention et un fort snobisme, mais dans le cas d'El Dorado, il a fait simple: la Gaumont a promu le film comme étant un "Mélodrame de Marcel L'Herbier".) tranche en effet sur toute la production Française, et même sur l'avant-garde, fort turbulente à cette période... Et il me fait penser aux efforts contemporains d'un autre cinéaste, et en dépit de la présence de sa muse Eve Francis, ce n'est pas Louis Delluc.

C'est afin de rendre hommage à l'Espagne que L'Herbier en a écrit le scénario, en compagnie de Dimitri Dragomir, son assistant sur plusieurs films. Il a imaginé une histoire de tous les temps, située à Grenade: Sibilla (Eve Francis) est danseuse, dans un bouge, l'El Dorado. Les filles dansent, et même si ce n'est jamais dit, elle vont peut être aussi un peu plus loin. Sibilla est la préférée des habitués, et elle danse toujours avec le sourire, même si la vie n'est pas rose: elle a eu un enfant d'une idylle ancienne, avec une crapule, Estiria, et le petit est malade. Sibilla sait que si personne ne lui vient en aide, le gamin mourra. Elle fait appel à son ancien amant (George Paulet), mais celui-ci marie sa fille (Marcelle Pradot) avec un homme de la haute noblesse, et ne veut pas laisser son passé le rattraper. Lorsque Sibilla découvre que la fille d'Estiria a un amoureux, un peintre (Jacque-Catelain), elle décide rpofiter de l'occasion pour assumer sa vengeance, tout en confiant son fils aux bons soins de la maman du jeune peintre...

L'Espagne de ce film a beau être essentiellement une image, une pose esthétique, L'Herbier lui donne une surprenante sensualité, en tournant quelques scènes-clés dans les palais hérités de la domination Arabe. Il favorise ici des caches très élaborés, rappelant les décorations de ces palais, et nous montre une vie intense et trouble dans les locaux enfumés de l'El Dorado. La faune qui peuple le café est évidemment en contraste avec la bonne société qui tourne autour d'Estiria, mais L'Herbier donne pour une fois à ces bourgeois suffisants une dimension satirique fort méchante, ce qui est une belle avancée pour ce moraliste impénitent... Et l'utilisation de tous les trucs habituels du cinéaste (Flous, caches, déformations) sont en harmonie avec le jeu intériorisé de l'actrice principale: El Dorado est le meilleur film d'Eve Francis, haut la main. Et si L'Herbier ira dans d'autres directions bientôt (L'inhumaine, Feu Mathias Pascal), ici, il se rapproche de Stroheim: même sens de la composition riche en détails, même mélange de sacré et de profane, de beauté et de laideur (Avec une composition étonnante de Philippe Hériat en fou du village qui ne pense qu'à violer Sibilla)... Il manque sans doute à L'Herbier un sens de l'éclairage que Stroheim possédait de manière spectaculaire, un sens plus sobre du montage (Celui de ce film est formidable, mais un peu trop pyrotechnique, contrairement à Stroheim qui savait doser son rythme)... et un scénario un peu plus solide! Mais en l'état, El Dorado, une fois passés les défauts si typiques de L'Herbier (Marcelle Catelain et Jacque-Pradot sont comme d'habitude la définition même de l'adjectif "tarte") est bien un film surprenant qui a après tout mérité son immense succès, et donné des ailes à L'Herbier qui s'apprêtait à lancer sa propre compagnie, Cinegraphic.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1921 Marcel L'Herbier *