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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 13:08

Paradoxe: avec son intrigue qui n'a rien à envier aux mélodrames précédents qu'on a imposé à Garbo, tous les deux adaptés de Vicente Blasco Ibanez, Flesh and the devil a tout pour être du tout-venant. L'histoire est inspirée cette fois de Hermann Sudermann, et le titre dit clairement ce qu'il fait en penser: la chair, le diable... Il est question de fesse, ça c'est sur! Et pourtant, ce film, sans être son meilleur, est le plus important de la carrière muette de Greta Garbo, et représente sa rencontre avec deux partenaires qui vont énormément compter pour elle: le réalisateur Clarence Brown et l'acteur John Gilbert...

Mais répétons-le: cette intrigue! ce personnage, celui de Felicitas, une amoureuse qui collectionne les hommes, en prétendant les aimer... Garbo a profondément détesté cette expérience, et n'a cessé de s'en ouvrir, lors du tournage. Le film commence par nous intéresser à deux de ses futures "victimes", les jeunes aspirants Ulrich Von Etz (Lars Hanson), et Leo Von Rhaden (John Gilbert). Lorsqu'ils rentrent chez eux, pour retrouver l'un sa petite soeur Hertha, l'autre sa bonne vieille maman, Leo voit une jeune femme dont la beauté l'intrigue. Quelques jours plus tard, il la retrouve lors d'une réception, et les deux vont instantanément commencer une aventure, à l'insu de leur entourage. Mais Leo n'apprendra que plus tard, trop tard, en fait, que Felicités est mariée: le mari (Marc McDermott) va en effet les surprendre chez lui. Leo le tue en duel, mais s'arrange pour que l'aventure ne s'ébruite pas. Et avant son exil forcé de trois ans, duel oblige, il demande à Ulrich de veiller sur la jeune veuve, sans lui expliquer les raisons de ce geste. Quand trois années plus tard il revient, Leo est confronté à l'inévitable: Felicitas s'est remariée avec son meilleur ami Ulrich.

Derrière cette intrigue au romanesque réchauffé, les atouts du film sont nombreux: la classe de la production, pour laquelle Clarence Brown a su mener son monde à la baguette, mais avec une efficacité maximale. Des scènes qui doivent tout leur impact à l'invention liée à la lumière (La fameuse scène de la cigarette, durant laquelle les deux acteurs sont apparemment éclairés depuis la main de Gilbert, les nombreuses scènes nocturnes), aux ombres chinoises (Le duel, scène célèbre dans laquelle Brown évite de refaire The merry widow, de Stroheim)... Et à l'alchimie entre les acteurs. Surtout Garbo et Gilbert.

A ce propos, c'est durant le tournage de ce film que leur histoire d'amour (Compliquée au possible) a commencé, et disons le sans certitude, fini: c'est également durant le tournage de ce film que Gilbert a eu sa malencontreuse idée de demander sa main à l'actrice, qui ne s'est pas déplacée le jour venu. C'est donc aussi l'époque qui a vu Gilbert avoir une discussion enflammée avec Louis B. Mayer, qui a mené à sa déchéance... Mais en attendant, l'acteur ici ne cache absolument pas sa passion pour sa partenaire, et Clarence Brown n'avait qu'à les filmer... Et c'est je pense la raison pour laquelle ce film est passé au rang de mythe.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1927 Clarence Brown Greta Garbo *
18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 10:15

Pour ce qui est de l'intrigue, et incidemment de la réputation de ce film, qui est loin d'être flatteuse, disons-le tout de suite: l'histoire est d'une affligeante banalité... Pour la MGM, une nouvelle occasion de se ridiculiser en utilisant les romans de Vicente Blasco Ibanez, qui a cette fois décidé de montrer ce qu'il pense des femmes en général, non, pardon, de LA femme. Dans le film, c'est Elena (Greta Garbo), une croqueuse d'hommes, qui ne peut s'en empêcher, même si à un moment, elle tente mollement de se disculper, plus ou moins: "ce n'est pas moi, c'est mon corps..." Elle est donc, comme le titre l'indique, La Tentatrice. Donc la mission de l'équipe du film est de donner corps à des fantasmes délirants, dans lesquels l'homme avance, et construit (Ou alors il est voué à la dépression ou la mort), et la femme détruit. Le mieux qu'elle puisse faire, sinon, est d'inspirer: ce qu'elle fait pour la plupart des personnages masculins ici...

L'intrigue commence à Paris: Manuel Robledo, Argentin de passage, rencontre lors d'une soirée galante une jeune femme qui le subjugue. Il tombe instantanément amoureux... Mais ne la revoit pas, jusqu'à ce qu'il découvre en visitant son ami le marquis de Torre-Bianco que la femme de ses rêves n'est autre que la nouvelle marquise. Le marquis a bon dos, et ne semble pas se rendre compte du fait qu'Elena a des amants. Mais a vérité éclate dans un scandale retentissant lorsque l'un d'entre eux se suicide en public en lui dédiant sa mort. 

Manuel retourne en Argentine, bien décidé à se jeter à corps perdu dans le travail, mais cette saine résolution sera mise à mal lorsque son ami Torre-Bianco arrive à son tour, accompagné d'Elena: Manuel, bien que réticent, mais aussi la plupart de ses associés, et le bandit local Manos Duras, un agité du poignard, du fouet et de la dynamite, tous vont tomber amoureux de la fatale beauté Parisienne.

Voilà: pas grand chose à faire donc, avec un script pareil, que d'y aller franco. Ce qu'a fait Niblo, dont la tâche était rude, car non seulement il s'attelait à un film infaisable, mais en prime il devait reprendre le tournage des mains de Mauritz Stiller... Il est de bon ton quand on parle de ce film, d'en citer la double paternité. Avant d'écrire ces lignes, je me suis promené dans la silento-blogosphère, et on y attribue souvent ce film à Fred Niblo et Mauritz Stiller, voire Mauritz Stiller et Fred Niblo. Occasionnellement, on aura même un "The Temptress, un film de Mauritz Stiller". Bien. Si effectivement le tournage en a bien commencé en mars 1926, sous la direction de Stiller, le metteur en scène Russo-Suédois a été viré manu militari, et tout ce qu'il a tourné a été refait par Niblo. Et les preuves sont nombreuses: la fête du début, qu'il avait effectivement tournée en entier, était située dans un décor différent, et l'acteur Antonio Moreno avait à la demande de Stiller rasé sa moustache: dans le film fini, il a sa moustache. Pour la scène du dîner fatal, chez le marquis, là encore, le lieu diffère, et la moustache est présente, attestant que la scène telle qu'elle est dans le film est bien de Niblo; de plus, Stiller avait donné le rôle de Torre-Bianco à H. B. Warner, et dans le film fini, c'est Armand Kaliz... Il semble donc que toute contribution de Stiller ait été effacée.

Manuel Robledo, c'est Antonio Moreno donc, révélé par Ingram dans Mare Nostrum l'année précédente. Il fait le job, dirons-nous, mais il est à peine plus qu'un stéréotype... face à lui, Armand Kaliz est somme toute excellent en homme parfaitement décalé, un noble qui n'a jamais travaillé de sa vie, et qui est juste bon à tomber tout cru dans les bras d'une Elena... Ou d'une autre, puisque on le voit négligemment fricoter avec sa bonne. Les moeurs légères telles que dépeintes dans ce film sont pour moi l'une des preuves que le film n'est décidément pas à prendre au sérieux: Niblo, inspiré par Clarence Brown (The eagle), a réalisé une excellente scène de dîner dans laquelle il s'est amusé en un majestueux travelling arrière entrecoupé d'inserts, à contraster fortement la noble assemblée, et les pieds et jambes des convives, qui semblent doués d'une vie propre... et moins propre.

Mais le principal argument de vente du film, ce autour de quoi il a été tourné, et c'était déjà l'intention lorsque Stiller était aux commandes, c'est bien sûr Garbo. Autant The torrent ne l'utilisait que peu, autant ce film est construit autour d'elle, et pour elle. Et Garbo, qui a détesté l'entreprise de A jusqu'à Z, y fait un boulot fantastique: autant son personnage de tombeuse diabolique est ridicule et lamentable, autant l'actrice y est impériale! Niblo ne s'y est pas trompé, car elle l'a inspiré. la première fois qu'on la voit, elle porte un masque; le metteur en scène va délayer le moment de la démasquer, et va même aller jusqu'à choisir de nous montrer la révélation de son visage en cadrant la réaction de Robledo. Lors de la visite de celui-ci chez Torre-Bianco, il répète cet effet pour nous révéler que la jeune épouse du marquis, d'abord vue de très loin descendant un monumental escalier, est bien Elena, comme le prouve la surprise de Manuel...

Le seul autre à bénéficier de cette largesse du metteur en scène est Roy D'Arcy, qui interprète le bandit Manos Duras. La première fois qu'il est vu, c'est son ombre qui l'annonce avant qu'il ne passe lentement la porte avant d'arriver dans la maison de Robledo. D'Arcy, bien sûr, était le double maléfique de Stroheim dans The merry widow, et on voit qu'il avait pour mission de répéter ce personnage dans ce nouveau film. Mais impossible de prendre au sérieux ce desperado tout vêtu de cuir noir, qui manie le fouet comme George Raft les pièces de monnaie. Il sert essentiellement de caution érotique masculine, en permettant une série de scènes qui font s'affronter les deux hommes, torse nu, un fouet à la main, pour Elena, et la récompense: Elena va soigner de ses baisers le torse meurtri de Robledo.

Rien que ça...

Pour finir, c'est un film hautement divertissant, de par son exagération même, car il est impossible d'y croire un seul instant. La MGM fait malgré tout une démonstration de ses moyens, avec des effets spéciaux (Robledo construit un barrage, donc, dynamite, et inondation, sont au programme), des scènes de nuit particulièrement soignées. Le fait est que c'est aussi un film qui accuse la femme d'être à l'origine de tout le mal possible et imaginable, ce qui me fait préférer la version "rose" du film, celle qui dispose d'une fin heureuse: Robledo finit son barrage, et en attribue l'achèvement au fait qu'Elena a su le galvaniser. Dans l'autre version, il finit son barrage, mais Elena finit à la rue, complètement saoule dans un bistrot, croyant reconnaître Jésus dans un client anonyme de la terrasse...

Bref: mauvais, oui. Mais tellement soigné. Les personnages sont des stéréotypes navrants, absolument. mis ils sont tellement bien interprétés. Ce film rend fou.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Fred Niblo Greta Garbo *
17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 18:33

Ceci est le premier film Américain de Greta Garbo, dont la MGM ne savait manifestement pas encore quoi faire. Monta Bell, entre Lady of the night et Upstage, était en plein dans ses obsessions, entre le monde du spectacle, les bas-fonds et la prostitution, qu'il avait représentés avec Norma Shearer. Il ne savait sans doute pas trop quoi faire de la jeune Suédoise non plus! Et il n'avait peut être pas très envie de mettre en scène cette espagnolade avec catastrophe naturelle (Un torrent, une inondation, etc), adaptée du toujours pratique Vicente Blasco Ibanez: rien qu'au temps du muet, parmi les adaptations de son oeuvre, on compte The four horsemen of the apocalypse, Blood and sand, Mare Nostrum, et The temptress, tous tournés à la Metro ou la MGM...

Le film, essentiellement mélodramatique et mettant aux prises la belle Leonora (Garbo), cantatrice richissime issue d'une famille pauvre, et Don Rafael Brull (Ricardo Cortez), député issu d'une famille de la très bonne société, ne tient évidemment pas debout, mais le cinéaste se rappelle parfois à notre bon souvenir, en particulier par la peinture de la frustration du milieu du spectacle, qui anticipe évidemment sur Upstage. Une scène a retenu mon attention, qui montre le désarroi de Leonora, "La brunna", qui a tout, mais voudrait tant reconquérir le coeur de l'homme qui lui a fait faux bond. Bell choisit de la montrer au milieu des convives d'un club Parisien, en plaçant sa caméra sur la scène, derrière les jambes d'une danseuse anonyme qui danse le charleston. Pour le reste, le cinéaste accomplit ni plus ni moins que son boulot, donnant à voir une intrigue sans saveur ni conviction, autour de scènes de désastre plus ou moins bien fichues. 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Monta Bell Greta Garbo *
13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 17:01

Adapté de George Sand, le film raconte une aventure de deux tourtereaux perdus dans le monde cruel des Mauprat, une famille du Berry dont l'une des branches vit de brigandage, sous l'influence du patriarche (L'impayable Maurice Schutz). Sa nièce, Edmée (Sandra Milowanoff), tombe sous sa coupe. Elle va s'échapper grâce à son cousin Bertrand (Nino Costantini). mais celui-ci fait partie de la bande... Echappera-t-il à l'exécution?

Epstein retrouve pour sa toute première production indépendante (Des "films Jean Epstein") l'esprit de Robert Macaire, qu'il avait tourné dans les décors naturels du Sud. Et en toute liberté il réalise en plein Berry une adaptation de George Sand, il place donc ses acteurs dans les lieux même du drame et se laisse prendre dans une splendide spirale mélodramatique sans temps mort. Pas de rigolade ici contrairement à son film à épisodes cités plus haut, mais je ne comprends absolument pas la réputation de médiocrité dont soufre ce film: Certes, c'est un divertissement, mais il atteint son but avec style, avec panache même, dans l'esprit des meilleurs films romanesques... C'est une grande réussite.

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Published by François Massarelli - dans Jean Epstein Muet 1926 *
12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 20:45

Ceci est le troisième film d'Epstein pour la compagnie Albatros, et le scénario en est signé de sa soeur Marie... Mais la patronne incontestée, déjà vue dans Le lion des Mogols, et qui avait joué aux côtés d'Ivan Mosjoukine aussi bien en Russie qu'en France (Le brasier ardent), c'est Natalie Lissenko. Mon sentiment, devant ce film, c'est qu'Epstein s'est tout simplement dit qu'il allait profiter de la commande pour faire ses gammes...

La comtesse Maresco (Lissenko) se sacrifie pour un homme (Jean Angelo) qui disparaît en la laissant enceinte. Vingt ans plus tard, les fantômes du passé resurgissent: alors qu'elle a refait sa vie autour de son fils unique, Jacques (Pierre Batcheff), elle constate que celui-ci devient aussi joueur que l'était son père... Et celui-ci, qui a fait fortune aux Etats-Unis, refait surface.

Naalie Lissenko est grande, belle et digne, Jean Angelo est lent, et Pierre Batcheff intense dans un de ses premiers rôles. Epstein souligne un peu trop ses effets, dans une production qui pourrait finir par devenir profondément ennuyeuse à force de lenteur... Mais on voit ou toute l'équipe veut en venir: on sonde ici les tréfonds de l'âme d'une mère: passionnée, jusqu'au-boutiste, accueillant à bras ouverts la mauvaise foi si la bonne santé de son fils en dépend... Une maman bien Russe, au fond.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925 Jean Epstein Albatros *
9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 16:49

Pour cette histoire Ecossaise, on trouve Mary Pickford dans un rôle dramatique qu’aurait pu lui confier Griffith : elle est l’unique héritière du chef d’un clan (Récemment noyé lors d’une tempête) sur une île éloignée au large de l’Ecosse, et en tant que telle, elle devra assumer la tâche de mener le clan. Alors qu’elle se prépare à se marier avec l’homme qu’elle aime et qui l’aime depuis l’enfance, la vraie famille de celui-ci arrive et tente d’emporter le jeune homme sur le continent, forçant plus ou moins la jeune femme à renoncer à leur idylle.

Ce petit film qui aurait pu en d’autres mains devenir un navet décoratif va devenir un peu plus grâce à Tourneur et son équipe (Van Der Broek et Andriot sont les chef-opérateurs, les décors sont de ben Carré). Ils composent un décor qui respire moins le folklore que le malaise de ces îles, tel qu’il sera capté par Michael Powell plus tard. Les plans du front de mer, avec tout le clan qui assiste résigné au naufrage du bateau qui ramène les pêcheurs, ont une beauté lourde de sens, avec ces rochers éparpillés, et cette dénivellation inconfortable.

Le film ayant été tourné dans l’est, il se peut que ce soit la côte du Maine, souvent employée pour ce genre de productions. Les personnages sont souvent représentés en silhouettes, un procédé qu’affectionnent Tourneur et son équipe. Le film est un vague mélodrame, amis on appréciera son âpreté : voici, une fois de plus dans cette adolescence du cinéma Américain, un film adulte. Notons toutefois que la fin est sujette à caution, puisque j’ai vu un happy-end, alors que Mitry, dans L’Anthologie du Cinéma, se rappelle avoir vu pour le même film une fin tragique.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Maurice Tourneur * Mary Pickford
9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 16:46

Ce film est une histoire de prestige, avec la grande actrice Clara Kimball Young. Ce sont les temps héroïques du cinéma, et Tourneur se consacre à une intrigue complexe de quasi possession, et de passions, qui sera par ailleurs filmée aux débuts du parlant: Svengali, de Archie Mayo, avec John Barrymore et Marian Marsh, est sorti par Warner en 1931.

Clara Kimball Young, à l'époque des Griffiths et Ince, faisait partie des premières actrices prestigieuses qui avaient réussi à obtenir ce que Mary Pickford s'était battue pour avoir: le nom au dessus du film! Elle est ici chez elle, et le metteur en scène la met en effet en valeur d'une façon novatrice, en jouant sur le décor, d'autant que la belle, du moins au début du film, est modèle pour les sculpteurs et peintres du quartier latin. Puis, sous la coupe d'un étrange personnage qui l'emprisonne dans une passion factice, elle va devenir l'objet de tous les fantasmes en devenant une immense vedette, au risque de se perdre...

Cette histoire de George du Maurier de génie qui hypnotise la femme de ses rêves permet au moins à Tourneur de continuer à explorer les possibilités narratives du tournage en intérieurs, avec une scène de concert aux multiples angles de prise de vue : le public vu de la scène, deux membres du public vus en plan rapproché, la cantatrice vue en plan rapproché, vue de dos depuis l’orchestre, etc.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1915 Maurice Tourneur *
9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 16:41

Alias Jimmy Valentine (1915) est l'un des plus connus parmi les films muets Américains de Maurice Tourneur. Robert Warwick y est un cambrioleur génial qui mène une double vie. Après un séjour en prison, il fait l’objet d’une expérience : le gouverneur de l’état (Frderick Truesdell) le sort de Sing-sing car il croit (A tort) en son innocence, poussé il est vrai par sa fille (Ruth Shepley) qui a un faible pour le jeune homme. Celui-ci décide de vraiment devenir honnête, au grand dam de ses deux anciens collaborateurs (Johnny Hines et Alec B. Francis), mais l’inspecteur Doyle (Robert Cummings) souhaite coincer le héros, qui va se trahir dans une scène au suspense inattendu.

Ce film, aux cotés de The musketeers of Pig Alley (1912), de Griffith, et Regeneration (1915), de Raoul Walsh, est l’une des premières grandes dates du film de gangsters, et la réalisation fait la part belle aux séquences tournées en intérieur, avec en particulier des scènes splendides tournées lors d’un cambriolage, vues en contre-plongée: elles témoignent d'une envie de faire avancer le cinéma, et d'associer le spectateur à l'action en lui présentant l'aventure sous des angles inédits.

On évite le prêche grâce à la grande subtilité de la direction, et le rapport qui s’établit entre l’inspecteur et sa « proie » est très intéressant. Je soupçonne que ce type non-conventionnel de traitement du film policier soit un import Français, peut-être piqué à l’ancien collègue de Tourneur à l’Eclair, Victorin Jasset, dont les feuilletons s’intéressaient beaucoup plus aux bandits qu’aux policiers.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1915 Maurice Tourneur *
8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 09:46

Taylor, dans l'histoire du cinéma, est surtout resté pour être le metteur en scène dont l'assassinat (jamais résolu) a déclenché le nettoyage d'Hollywood par Will Hays, en même temps que la fameuse "affaire Arbuckle". Il est donc intéressant de voir l'un de ses films pour lui rendre mieux hommage. Et ce film, disponible dans le fantastique coffret Treasures III édité par l'association des cinémathèques Américaines, est une bonne occasion de le racheter, en effet. 

Un enfant abandonné, victime de l'ostracisme de ses camarades d'orphelinat et de la négligence des adultes, s'enfuit, et tente de faire sa vie seul. Repêché par une juge progressiste (Dans son propre rôle) suite à une intrusion au domicile d'un politicien, il est recueilli par celui-ci, et prouve sa valeur à travers une bonne action savamment menée. 
Nous voici en présence d'un mélo social de haute volée, dont les acteurs jouent souvent juste, et dont le metteur en scène utilise à merveille le montage pour installer un rythme soutenu. Le cadre est au plus près des visages, et l'effet est là aussi efficace, surtout devant la recherche d'authenticité des protagonistes (Les gamins notamment).

Ce film totalement oublié est à voir, d'autant que l'écheveau des ses intrigues réussit à déjouer les pièges du manichéisme le plus total: il faut voir la femme du politicien faire une moue paniquée lorsqu'elle entend son mari se porter volontaire pour accueillir le délinquant. Pourtant, c'est elle que plus tard le jeune appellera sa mère... Le recours au réalisme est accompagné d'une grande science des ombres et du tournage de nuit: La première scène montre deux femmes (L'une d'elles est enceinte) négocier un futur nouveau-né, en ombres chinoises; lorsque la mère biologique s'en va, l'autre sort de l'ombre, et son visage vulgaire contredit efficacement le chic de sa toilette... Les scènes de l'orphelinat sont très réalistes et un petit suspense très prenant s'installe autour du sort d'un enfant coincé dans une baignoire, lors d'une visite de candidates pour une adoption. Le recours au juge Lindsey, spécialiste du droit des enfants, évite le didactisme en le faisant vraiment jouer un rôle dans le dénouement. Une très heureuse surprise, qu'on aimerait accompagner d'autres films de ce metteur en scène.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 William Desmond Taylor *
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:43

Avant de partir pour la floride tourner deux drames le cinéaste tentera d’opérer une synthèse de ses films avec The greatest question. Ce titre est éclairé par l’introduction verbeuse dans laquelle Griffith pose le problème de la vie éternelle, présentée comme la principale question de l’humanité. Cette thématique prétentieuse parcourt le film par le biais d’un personnage, celui d’une mère visitée par son fils décédé. Dernier des films de Griffith produits et sortis en 1919, The greatest question appartient pourtant sans aucune ambiguïté au canon mélodramatique, mais louche aussi du coté des chroniques campagnardes du metteur en scène; du reste, Lillian Gish et Bobby Harron en sont une fois de plus les protagonistes, après A romance of happy valley et le splendide True heart Susie. Comme dans ces deux films l'enjeu est pour Lillian Gish et Bobby Harron de sortir de l'enfance en préservant au maximum leur cocon, mais en cette fin 1919, le spectre de la guerre d'une part, les réminiscences de Broken blossoms et de sa brutale noirceur font que la sauce est relevée d'une pointe de sadisme, et comme dans les meilleurs Griffith, Lillian Gish est, une fois de plus, menacée d'un traitement "pire que la mort"... La noirceur du film provient de l'une des scènes d'exposition, lorsque la petite Nellie assiste à un meurtre crapuleux... la campagne Américaine chère à Griffith ne sera plus la même...

Une jeune fille, traumatisée donc par meurtre, trouve refuge suite au décès de ses parents chez des braves agriculteurs pauvres mais bons. Leur fils cadet devient vite le compagnon de jeux, et plus encore; mais lorsque le fils ainé part pour le front Européen, la nécessité économique pousse Nellie à parti s’installer chez les méchants voisins, dont elle devient la bonne à tout faire, le souffre-douleur et l’objet des douteux désirs du chef de famille. Comme en plus le couple de quasi-Thénardiers est coupable du crime dont Nellie a été le témoin, on se doute qu’une fois de plus Griffith fait peser une menace importante sur ce monde rural qu’il aime tant peindre…

Bien que sérieusement mis en danger de sombrer dans le ridicule à cause de son thème philosophico-Chrétien, et en dépit des sales manies de Griffith qui confie à Tom Wilson le soin d’interpréter Zeke, le bon vieux noir superstitieux, c’est un film qui passe tout seul, grâce à sa construction sans temps mort, à la photo de Bitzer, et à sa troupe d’acteurs. A 80 minutes, le film est un spectacle complet, dans lequel Griffith se fait plaisir. Ce qui va le pousser à expérimenter plus avant dans le mélo avec ses films suivants…

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1919 Lillian Gish *