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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 09:10

L'Herbier a souvent raconté comment, durant ses années chez Gaumont, il a du batailler ferme contre la bêtise du maître des lieux, Léon Gaumont, qui ne comprenait absolument rien à ses recherches... Lorsque L'Herbier par exemple avait recours à un flou artistique, savamment pesé, calculé, et inséré de façon dramatique dans une scène, au cours de la projection de présentation aux producteurs, le patron ne manquait pas une occasion d'engueuler le projectionniste, accusé d'être incapable de faire le point! On n'a pas forcément idée, en voyant aujourd'hui ses films, quel point il était novateur, et surtout à quel point L'Herbier sentait le cinéma, en ayant pour cet art encore balbutiant des idées qui aujourd'hui ont fini par s'installer... Ainsi que d'autres plus étonnantes qui tendent à rendre son style si distinctif. Dans un film de L'Herbier, pour commencer, aucun plan n'est naturaliste, y compris si l'intention était de capter la vie, il y aura toujours quelque chose pour le distinguer: cadrage, voire encadrement (Il aime les iris inattendus et les caches biscornus, et en use en en abuse avec délectation dans cet Homme du large), teintes recherchées et mélangées au cours d'une séquence, un jeu d'acteurs souvent paroxystique, et une utilisation parfois envahissante des intertitres, qui véhiculent une poésie certes novatrice, mais bien embarrassante. Avant Feu Mathias Pascal, l'oeuvre de L'Herbier est faite de films qui oscillent constamment entre le génie formel et le ridicule de l'intrigue, et ce mélodrame de la mer ne fait pas exception.

On y fait la connaissance d'une famille Bretonne (Les Bretons vus de Paris, ombrageux, superstitieux, chaussés de sabots et pauvres d'esprit comme de bourse), dans laquelle le père (Roger Karl) pêcheur se réjouit de la naissance de son fils Michel. Il décide que le fils sera sa chasse gardée, et que l'épouse se chargera de Djenna, la file aînée. Mais en grandissant, les deux adolescents sont diamétralement opposés: Djenna (Marcelle Pradot) est exemplaire, et Michel (Jaque-Catelain) est un feignant, attiré par le vice, auquel on père passe tout, jusqu'au jour bien sur où e drame s'installera dans le village, à cause évidemment de Michel...

Stylistiquement, c'est souvent enthousiasmant, avec un sens du rythme plus qu'enviable, grâce à un montage hyper serré, et cette touche visuelle qui détache sensiblement es films de L'Herbier du tout-venant. Mais quelle salade! Toujours aussi prétentieux, le metteur en scène appelle son film une "marine", comme il avait appelé Rose-France (1918) une "cantilène", et convoque les figures du mélodrame ultra-conservateur comme si c'était l'évangile. Aveuglé par l'affection, il donne aux deux acteurs qui partagent sa vie le beau rôle, et Pradot s'en sort bien, d'autant qu'elle a un rôle passe-partout, mais Jaque-Catelain est immonde, ayant finalement plus de talent dans la coiffure que dans on jeu d'acteur. Le mélodrame est classique et sans véritable logique, et franchement, dans cette histoire moralisatrice (Michel est vraiment diabolique, la preuve, il va au café le dimanche), on ne voit pas un seul instant où le metteur en scène veut nous amener. Bref, L'Herbier avait beaucoup à dire, il avait aussi et surtout beaucoup à apprendre...

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Published by François Massarelli - dans Muet Marcel L'Herbier 1920 *
6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 17:22

Fièvre est le deuxième film de Delluc, ce critique Français passionné, et passé à la mise en scène dans un élan jusqu'alors inédit, créant du même coup le terme de "Cinéaste". Terme qui, au passage, change de sens d'une langue à l'autre: si en Français il désigne principalement ceux qui font du cinéma, et en premier lieu les metteurs en scène, en Anglais il prend plutôt la signification de notre 'cinéphile'... Donc on revient toujours à l'idée que Delluc était aussi passionné que créateur d'images.

Fièvre est une date importante du cinéma Français, ayant contribué à créer un mouvement au nom étonnant, l'impressionnisme cinématographique, à mon sens beaucoup plus une réponse apportée au style "Expressionniste" du cinéma Allemand, alors en vogue dans la critique Européenne malgré le fort ressenti anti-germanique de la population, qu'une traduction à l'écran du style impressionniste des oeuvres de Monet, Renoir et autres "impressionnistes"... S'il fallait trouver une style artistique auquel raccrocher Fièvre, il me semble que le terme de naturalisme s'imposerait de fait, car cette histoire d'un drame sordide, contée sur un temps comprimé mais sur une seule soirée, dans un décor unique, renvoie beaucoup aux oeuvres de Zola et Maupassant, et pour le cinéma, aux films de Stroheim. Cela était-il conscient? J'en doute, car en 1921, on commençai tout juste à distribuer les films de ce dernier en France, et le grand choc de Foolish Wives n'allait pas se produire avant 1923. Il y a pourtant, dans l'idée de départ, dans le ton et dans la façon de conter cette histoire, beaucoup de similitudes entre Delluc et le réalisateur de Blind Husbands...

Dans un bar à matelots sur le port de Marseille, on fait la connaissance de Sarah (Eve Francis), l'épouse de Topinelli (Gaston Modot), le patron. Elle l'a épousé suite à un chagrin d'amour: son amant Militis (Edmond Van Daele) avait disparu sans laisser de trace, elle ne l'a jamais ni revu, ni oublié... Des matelots en escale arrivent, et envahissent les lieux, accompagnés de filles. Parmi eux, Militis... la confrontation entre l'homme et sa maîtresse sera électrique, mais ce n'est rien à coté de ce qui va arriver lorsque Topinelli va comprendre la situation...

Tout part du café, que Delluc nous détaille: le bar, la façon tranquille dont Sarah mène son petit monde, les habitués, dont certains vont participer au drame, d'autres non. Et l'arrivée des marins en bordée va apporter le tumulte, on sent bien à partir de là la façon dont Delluc a choisi de traiter la mise en scène: il a assigné à chacun un rôle, tout en laissant faire les caractères et les affinités. On soupçonnerait volontiers le metteur en scène d'avoir choisi d'engager des professionnelles, comme Stroheim ou Pabst le feraient quelques années plus tard... Il ressort de ces scènes des impressions de vérité qui sont assez frappantes, et le film, tout en se déroulant souvent sur des plans larges, possède un sens du détail qui reste frappant... L'interprétation reste finalement très réaliste, à l'exception sans doute de Eve Francis, la star, qui en fait parfois des tonnes... Le film se conclura avec l'intervention d'un personnage finalement assez énigmatique, déclencheur du drame malgré elle: Militis est revenu d'orient avec une épouse, une jeune femme (Elena Sagrary) qui semble ne rien comprendre à rien, et qui ne s'anime, indifférente à ce qui l'entoure, que pour s'approcher d'une fleur qui l'intrigue par sa beauté... Mais elle sera déçue, elle est artificielle. Un soupçon de réminiscence de la beauté intrigante de Broken Blossoms, de Griffith, nous passe alors par la tête...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1921 *
29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 09:28

Ce film est le premier des longs métrages réalisés par Taylor après la fin de son travail muet avec Harold Lloyd, et hors de l'influence du comédien, on sent le metteur en scène parfaitement à l'aise dans la comédie légère, aidé par Beatrice Lillie, une actrice qui aurait pu faire concurrence à Chaplin et Keaton sur bien des points. Le film est délicieux, Chaplinien aussi dans sa politesse, et son refus d'une fin trop facile. Jack Pickford joue avec une conviction rare les hommes-objets, mais le show, c'est Lillie, femme à tout faire d'une troupe de théâtre qui se rêve actrice jusqu'au jour ou elle va jouer le rôle de sa vie... dans la vraie vie. A consulter les sites, articles et autres archives consacrés à Beatrice Lillie, on reprend souvent l'affirmation péremptoire d'une sorte de proximité évidente entre elle et Chaplin, et c'est vrai que la sûreté de son geste, son timing, son sens du comique la rapprochent de lui, mais à mon sens, la façon dont elle joue sur l'émotion exprimée sans aucunement la souligner, avec cette étrange mais fascinante impassibilité, et la raideur de son corps, elle renvoie finalement plus à Keaton, en tout cas à une comédie physique essentiellement... Et en vérité, ce film rare mais précieux renvoie au théâtre, à la performance permanente, et à un espace troublant de la vie d'un acteur, une zone perméable dans laquelle la vie et l'art, finalement, se confondent un peu...

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Published by François Massarelli - dans Muet Sam Taylor 1926 *
23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 16:56

Der var eingang, ou Il était une fois, le cinquième film de Dreyer reste probablement l'un de ses moins connus, et forcément, on le comprend d'autant mieux que la moitié en a disparu, et que si la cinémathèque Danoise a procédé à une reconstitution à partir de ce qui reste, elle est tout sauf confortable à regarder: il manque entre autres la fin, et plusieurs passages intermédiaires, qui en rendant le visionnage difficile. C'est d'autant plus dommage qu'il s'agit, à sa façon, d'un film unique dans l'oeuvre: une comédie narrée à la façon d'un conte de fées, en deux parties, dont une sous forte influence du Lubitsch de La princesse aux huîtres, et l'autre plus traditionnelle pour le metteur en scène, tournée en plaine forêt, avec une approche plus naturaliste:

Dans le royaume d'illyria, le roi (Peter Jerndorff) souhaite marier sa fille (Clara Wierth, également connue sous le nom de Clara Pontopiddan) qui ne manque pas de prétendants, mais qui est tellement capricieuse que c'est quasi impossible de la contenter. Elle a une fâcheuse tendance à exiger qu'on pende les princes qui ne lui plaisent pas, et aucun ne lui plait... Arrive alors le prince du Danemark (Svend Metling), qui est rejeté comme les autres, mais qui va user de subtilité: il réussit à trouver un stratagème pour compromettre la jeune femme, qui va le suivre contrainte et forcée, sans l'avoir reconnu, puis vivre avec lui dans une cabane au fond des bois un quotidien auquel elle n'est pas préparée, jusqu'à ce que l'amour fasse son travail.

La première partie est sans doute la plus épargnée par les années, et on apprécie de voir Dreyer, même s'il n'est pas toujours à l'aise, pousser ses acteurs, en particulier Clara Wierth, à l'excentricité et au grotesque. Le film se poursuit avec un stratagème, qui va pousser la jeune femme à voir le monde d'une façon différente et à changer, comme dans Le maître du logis... Le film est une commande, une adaptation d'une pièce un brin nationaliste, qui souhaitait montrer la rigueur et l'humanité dont savent faire preuve es Danois, et cet aspect de conte de fée vient de ce que la pièce était en fait basée sur plusieurs sources, dont Hans Christian Andersen... Et The taming of the Shrew, de Shakespeare.

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/der-var-engang

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Published by François Massarelli - dans Carl Theodor Dreyer Muet 1922 DFI *
21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 08:50

C'est curieux, comme un film à la réputation peu engageante est parfois plus qu'une excellente surprise. Ce Gaucho est en effet considéré avec Don Q. son of Zorro de Donald Crisp comme le vilain petit canard dans la filmographie de Fairbanks, pour un certain nombre de raisons: il est trop vieux, ce qui se traduit par une baisse sensible de ses prestations physiques impressionnantes et de ses cascades; et il se répète depuis Robin Hood, ce qui est sans doute vrai puisqu'on sait qu'à toutes les époques de sa carrière, Fairbanks s'est reposé sur des formules pour composer ses histoires... Mais il y a une volonté ici, justement, de renouveler le canon en partant dans une nouvelle direction, sur au moins deux points: Fairbanks n'est plus le chevalier blanc incorruptible qui redresse les torts dans un monde binaire, pas plus qu'il n'est cet adolescent attardé qui découvre la beauté de l'amour et s'embarque dans un voyage initiatique (The Thief of Bagdad). Le Doug du Gaucho est passé par la délicieuse ambiguïté d'incarner dans The black pirate un prince mystérieux mais qui se comporte quand même comme un pirate certifié... Et du coup, ce nouveau film présente une nouvelle vision du monde, tout en permettant, une fois n'est pas coutume, à une actrice de jouer un rôle nettement plus conséquent que d'habitude.

En Argentine, une région entière est sous la coupe d'un gouverneur félon, Ruiz, interprété par Gustav Von Seyffertitz. Il règne sans partage et s'en met plein les poches, pendant que la population attend une opportunité de se révolter. Normalement, c'est ici que Douglas Fairbanks devrait intervenir et être le nouveau Robin de Bois de cette histoire, mais il n'en est rien... Parallèlement, une sous-intrigue religieuse se met en place. On apprend l'existence une anecdote, dans laquelle une jeune bergère a eu un accident, mais a été sauvée d'une mort certaine par une apparition de la vierge. Depuis le lieu de l'incident est devenu un lieu saint, gardé par la jeune femme devenue une sainte (Eve Southern) pour la population, et assistée dans sa tâche divine par un prêtre (Nigel de Brulier). Quand enfin Douglas Fairbanks arrive, c'est en hors-la-loi, une authentique mais sympathique canaille, et s'il dispute en effet à Ruiz sa mainmise sur la population, c'est pour pouvoir faire à son tour main basse sur les richesses locales...

A son arrivée, le "Gaucho" est accueilli par une population assez enthousiaste, le personnage, dont la tête est mise à prix, étant quand même un héros du folklore. En particulier, une jeune femme, serveuse dans une taverne, se jette dans ses bras, et va devenir immédiatement sa maîtresse, ce qui va poser problème lorsque le Gaucho va croiser la route de la belle "sainte", qu'il va convoiter à son tour. Le risque d'un combat de tigresses va planer sur le film, mais... La jeune femme du miracle n'est pas de cette eau-là. En revanche, le rôle jouée par Lupe Velez est impressionnant. Elle a une présence bien plus charnelle (C'est Lupe Velez, donc...) que les leading ladies habituelles des films de Fairbanks, et intervient de manière importante dans l'action... Voilà donc ce qui change: cette fois, ce n'est plus un monde binaire, divisé entre une situation de chaos qui nécessite une restauration du bien et/où de l'ordre, mais bien un univers plus complexe, dans lequel le personnage principal n'est pas enclin au bien, à la morale. Il va lui falloir apprendre l'altruisme et la dimension morale, et cela va se faire au gré d'une punition divine, infligée par un mendiant lépreux à l'égard duquel Doug aura fait preuve d'une réelle méchanceté. On le voit donc, l'acteur-producteur-scénariste (Sous le nom d'Elton Thomas, une fois de plus) a semble-t-il fait sa révolution culturelle... Son nouveau film est une fois de plus d'inspiration Chrétienne, certes, mais se départit enfin de cet esprit boy-scout manichéen qui transparaît derrière tant d 'entre eux.

Ce qui n'empêche pas le film de présenter des traits familiers, à travers une équipe toujours aussi soudée, et dirigée une fois de plus derrière le réalisateur (Un transfuge de chez Sennett, auteur notamment de l'excellent The extra Girl avec Mabel Normand) par Fairbanks. Nouveau venu, Tony Gaudio est le chef-opérateur qui fait des merveilles avec un noir et blanc profond, qui tranche bien sur avec le Technicolor du film précédent (Auquel Douglas Fairbanks, sans doute échaudé par le relatif échec commercial du film, na va hélas plus toucher...). Et une vision inattendue vient compléter le cameo discret de madame Fairbanks dans The black pirate, venue une fois de plus surveiller son mari volage sur un plateau où il pouvait côtoyer la pulpeuse miss Velez: Mary Pickford a en un effet un rôle, un vrai, mais non créditée: elle joue la vierge. Mais arrêtons de considérer ce film comme une oeuvre mineure, avec ses 96 minutes superbement structurées, The gaucho, qui sera un nouveau flop relatif, est loin d'être un Fairbanks de trop.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1927 Douglas Fairbanks *
11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 14:57

Cinquième film du cycles d'aventures flamboyantes produites par Fairbanks, Don Q. est situé entre les deux meilleurs de ces films, respectivement The Thief of Bagdad (Raoul Walsh, 1924), et The Black Pirate (Albert Parker, 1926). Le premier choix du producteur-acteur-scénariste-maître d'oeuvre était d'ailleurs de faire suivre son Voleur par son grand projet, un film de pirates tourné en couleurs. Mais ce dernier prenait du temps, et il fallait éviter de rater son coup, tant le manque de succès de The thief of Bagdad avait montré les limites de la "formule" Fairbanks. Du reste, depuis que l'équipe tournait ces fresques monumentales dédiées à des justiciers, les coutures commençaient à se voir, et du coup, afin d'attendre et de donner toute sa chance à ce Black pirate dont Fairbanks attendait beaucoup, il a... tourné un bouche-trou. Heureusement, à la fin de The mark of Zorro, une bonne idée avait été de laisser un indice pour une éventuelle suite, en montrant Don Diego de Vega planter son épée dans un mur, en disant qu'elle ne sortirait que pour une bonne raison. Une bonne raison, ou un autre film, donc...

En Espagne, le fils de Don Diego fait ses humanités. Cesar est aussi matamore que D'Artagnan, et passe son temps à montrer son adresse au fouet. Il chauffe considérablement les oreilles de Don Sebastian, le chef de la police (Donald Crisp), d'autant que les deux hommes sont rivaux pour l'affection de la même jolie héritière (Mary Astor). Ayant par emportement tué un dignitaire de la couronne d'Autriche en villégiature (Warner Oland), il fait porter le chapeau à Cesar, qui n'a d'autre ressource que de disparaître, faisant croire à sa mort mais préparant sa riposte...

Une autre intrigue qui complète celle-ci fait intervenir Jean Hesrsholt, en homme ambitieux mais peu outillé, qui perce le secret du meurtre, et va se servir de cette information et faire chanter Sebastian en faveur d'un poste politique conséquent. Et bien sur, comme Rudolf Valentino le fera dans son dernier film The son of the Sheik, Fairbanks ne résiste pas à l'opportunité de montrer Don Diego-Zorro venir en aide à son fils dans un final sympathique mais convenu. Le film d'ailleurs est soigné, sans génie, comme si Fairbanks avait décidé après la luxuriance de son film précédent d'éviter de prendre un metteur en scène trop doué. Efficace, et trop accaparé en plus par le rôle important qu'il jouait pour faire des vagues, Donald Crisp était probablement le réalisateur idéal dans cette optique! Pour conclure, on dira modestement que ça se laisse regarder, sans beaucoup plus...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925 Douglas Fairbanks *
8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 16:24

Sorti sous le titre Sexes enchaînés en France, on connait ce film sous le titre alternatif de L'enlisement. Ce dernier traduit bien l'impression d'un couple qui s'enfonce dans la vase d'une loi inadaptée, puisque le film a un message: il entend dénoncer la situation dans laquelle les prisonnier de longue durée et leurs conjoints se trouvent, et notamment la frustration affective et sexuelle des uns et des autres. On sait la grande tolérance des écrans Allemands et Scandinaves à l'époque du muet en matière de sexualité, mais on ne s'attendait pas à une telle franchise dans la peinture du parcours d'un prisonnier qui est tellement en manque d'affection qu'il va développer une relation homosexuelle dans sa cellule, et du reste il faut croire que la censure non plus, puisque les Allemands n'ont semble-t-il jamais vu la version intégrale du film... Qui a survécu grâce à une copie d'exploitation Française (Le film est sorti en France en 1932, probablement dans les circuits de film d'art).

Le film conte les aventures d'un couple: Franz Sommer (Dieterle), ingénieur à la recherche d'une situation stable, désespère de voir son épouse Helene (Mary Johnson) commencer à travailler dans un restaurant; à servir des clients qui ne sont pas toujours respectueux avec elle. Lors d'une altercation, il blesse grièvement un homme, qui succombera vite à ses blessures. Sommer est donc condamné à trois ans de prison... Très vite, l'absence de l'autre va jouer des tours aussi bien à Franz qu'à Helene. Cette dernière va brièvement trouver refuge dans les bras de son bienfaiteur, l'industriel Steinau (Gunnar Tolnaes) qui lui est venu en aide au moment de l'incarcération de Franz, et ce dernier cède aux avances d'un prisonnier, Alfred (Heinz Heinrich Von Twardowski). La culpabilité qui s'ensuivra pour l'un comme pour l'autre va faire des ravages...

Avec son intrigue classique, ses audaces et sa mise en scène extraordinairement riche, le film a la réputation d'être le meilleur des muets de Dieterle. Celui-ci se joue de l'aspect "message" en confiant à certains personnages (Steinau, Helene) le soin de militer pour une plus grande souplesse dans l'application de la loi, et ne parasite jamais l'intrigue profondément humaine, ce qui donne encore plus de poids aux deux audaces fondamentales du film: d'une part, la façon dont on y aborde la sexualité, représentée comme un élément vitale de la complicité dans le couple ou dans l'équilibre d'un homme ou d'une femme; d'autre part, l'inévitable recherche d'une redéfinition personnelle de sa propre sexualité par Franz débouche sur un sentiment de culpabilité non parce qu'il a trahi la société en s'adonnant à des "caresses contre nature", le fameux euphémisme passe-partout, mais tout simplement parce qu'il a trahi son épouse. L'aventure avec Alfred est ici vécue comme un adultère pur et simple, et n'aurait rien changé si Alfred avait été une femme. Et justement, Twardowski joue ce dernier personnage avec une grande pudeur, et sans en exagérer le comportement, une gageure en cette époque! Paradoxalement, ce film gonflé est l'un des derniers films Allemands d'un metteur en scène surdoué, qui n'allait pas tarder à devenir l'un des magiciens des studios Warner, aux côté de Wellman et Curtiz. Comme quoi Max Reinhardt, Paul Leni et F.W. Murnau, avec lesquels il avait collaboré, pouvaient mener à tout.

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Published by François Massarelli - dans William Dieterle Muet 1928 Allemagne *
6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 16:36

On pourrait commencer en faisant comme d'habitude, en soulignant la rareté du film, qui fut perdu pendant 70 ans avant de miraculeusement refaire surface grâce à la ténacité des passionnés et de ses restaurateurs. On ne le fera pas, parce que d'une part il reste encore plus de 70% des films de la même époque à retrouver, et en plus ce prétexte est désormais utilisé pour vendre tout et n'importe quoi... On pourrait aussi arguer du prestige indéniable dot jouit aujourd'hui Henri Fescourt, mais ce serait clairement hypocrite et inutile: ce prestigieux réalisateur, qui dirigea un grand nombre de films entre 1912 et le milieu des années quarante, n'est aujourd'hui présent que dans les cinémathèques, où éventuellement sous la forme d'un double DVD épuisé qui contient le présent film, et un court métrage de 1913 disponible dans l'excellente anthologie Gaumont Le cinéma Premier (Volume 2). Non, je pense qu'il faut rendre à ce film son statut, celui d'une oeuvre flamboyante, exigeante... et populaire. Fescourt, dans les années 20, adaptait Hugo, Gaston Leroux, et faisait du Mandrin, ou du Monte-Cristo. A l'heure où L'Herbier modernisait Zola (L'argent, 1928), où Gance faisait exploser les limites du cinéma avec son Napoléon, Fescourt se livrait à un travail d'adaptation qui avait pour but de véhiculer des versions aussi complètes que possible de classiques populaires... Et la formule était gagnante, tant il est impossible de lâcher ce Monte-Cristo avant la fin, au bout de 3 heures et quarante minutes de films (Notons que pour les autres feuilletons du metteur en scène, on peut facilement compter le double...).

Monte-Cristo colle bien sur au roman de Dumas, démarrant par l'insouciance méridionale du retour d'Edmond Dantès au pays après un long voyage durant lequel le second a du prendre la place du capitaine décédé. On est en 1815, et l'ombre de Napoléon est encore partout. Justement, on dénonce Dantès, qui a fait un détour vers l'île d'Elbe pour voir l'empereur... Cette dénonciation malhonnête est le fruit d'une jalousie, celle de Fernand Mondégo, un concitoyen de Dantès qui convoite la main de Mercédès, sa fiancée. Un témoin de la traîtrise existe, la marin Caderousse, mais il a décidé de se taire... Enfin, le procureur de Marseille qui pourrait limiter la casse pour Edmond l'enfonce plutôt, car son père a des sympathies Bonapartistes et l'affaire pourrait faire surgir d'encombrantes vérités. Dantès prisonnier au château d'If, Mondégo peut tranquillement consoler puis épouser Mercédès, le procureur De Villefort peut monter en grade, et Cadérousse qui aime tant le vin va pouvoir s'offrir une petite auberge... Mais Dantès, même prisonnier, n'a pas dit son dernier mot...

En enlevant un ennemi au héros (Danglars, le comptable du bateau dont Dantès est le second, qui a comploté avec Mondégo), Fescourt raccourcit l'intrigue sans en enlever le sel. ET le film se déroule en deux parties, la première riche en péripéties (L'arrestation, le cauchemar du château d'If, la rencontre providentielle avec l'abbé Faria, l'évasion spectaculaire, le sauvetage de Dantès par des pirates solidaires, puis sa découverte du trésor de Faria, et dans une deuxième moitié, le début des intrigues qui vont mener à la vengeance), la deuxième a été tournée surtout en intérieurs: le salon des Morrel, la somptueuse salle de bal, le luxueux théâtre, les décors exotiques de la mystérieuse résidence de Monte-Cristo et le palais de justice. Cette deuxième partie plus courte est surtout consacrée à la manipulation de vengeance de Dantès, mais on y a droit à un duel, et à diverses péripéties aussi, notamment liées à la personnalité incontrôlable de l'orphelin Benedetto... Mais Fescourt repose, avec jean Angeo, sur un Dantès minéral, digne et sobre en toute circonstance... Le reste de la distribution est à la hauteur, avec une mention spéciale pour le splendide Jean Toulout (Villefort), et bien sur Gaston Modot dans le rôle de Mondégo. Les imports Allemands (Lil dagover, Mercédès, et Bernhard Goetzke, Faria) nous rappellent la tentative de plusieurs compagnies de fédérer un cinéma Européen, comme le faisaient la UFA et l'Albatros en cette période. Et le film, à la veille de l'arrivée du parlant, introduit quelques jeunes acteurs promis à un bel avenir (Marie Glory, et Pierre Batcheff, mais pour ce dernier, on le sait, la chance a tourné autrement...). Et Fescourt que le film inspirait de toute évidence, se laisse emporter, et transcende avec génie le matériau essentiellement populaire, en mettant sa mise en scène au service du frisson, et de la fougue, là où Angelo se retient, Fescourt se laisse aller... Et on en redemande. On en veut d'autres, même, Les Misérables, Mandrin, Rouletabille... Allez, les éditeurs, un bon mouvement!

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Published by François Massarelli - dans Muet 1929 Henri Fescourt * Dumas
4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 18:25

Alan Crosland mérite mieux que le sort qui est actuellement le sien, celui d'une notule dans une histoire du cinéma qui en prime s'avère fausse: oui, il est bien le réalisateur de The jazz singer, sorti d'ailleurs quelques mois après ce film d'aventures, mais non, ce n'est pas un chef d'oeuvre, ni, bien sur, un film parlant: tout au plus un film muet et musical dans lequel on peut entendre une minute et cinquante secondes de dialogues... Et Crosland, après ça, a plus ou moins disparu des radars. Rappelons les faits: quand on fait appel à lui pour diriger les films de prestige de la Warner, Crosland est à la plus prestigieuse Paramount. Il réalise donc avec Don Juan un petit chef d'oeuvre d'exubérance, avec un John Barrymore qui semble avoir trouvé une nouvelle jeunesse. La mise en scène est splendide, et le film obtient un succès certain grâce à l'attraction de sa nouvelle technique de restitution du son: il est accompagné de musique enregistrée, parfaitement synchronisée. C'est le prélude au déferlement du cinéma sonore tel qu'il aura lieu deux ans plus tard. When a man loves, tourné et sorti un an plus tard, est la suite logique. Il s'agit d'une adaptation de Manon Lescaut, de l'Abbé Prévost.

Le film suit donc les aventures de Manon Lescaut et du chevalier Fabien Des Grieux, qui se sont rencontrés à la croisée des chemins, au moment où l'un s'apprêtait à entrer dans les ordres et l'autre au couvent. De quiproquo en coup de théâtre, de farce en attrape, et jusqu'au naufrage du navire qui les emmène aux Etats-Unis, le film déroule comme le faisait Don Juan le tapis rouge à une certaine amoralité joyeuse: c'est essentiellement pour des motifs égoïstes que Don Juan et Manon cherchent la liberté absolue, et leur amour fou leur fait provoquer des catastrophes dans lesquelles d'autres périront... On est loin du parcours de rédemption à la Fairbanks, par contre Barrymore, saute, se bat, virevolte, sans un temps mort. La photo de Byron Haskin est très belle, riche en texture, et les nombreuses scènes nocturnes sont fort réussies. Le scénario est du à Bess Meredyth, la future Mrs Curtiz, ce qui me fait émettre une hypothèse...

Crosland en avait encore pour un an avec ce statut particulier de metteur en scène de prestige à la WB, qu'il allait pourtant perdre: C'est à Lloyd Bacon qu'on confie l'important défi de tourner la suite logique de The Jazz Singer, The singing fool. Puis Curtiz, arrivé dans le but précis de réaliser des oeuvres ambitieuses, va hériter de Noah's ark, dont Dolores Costello, la vedette de When a man loves, mais aussi de Old San Francisco, un autre film de Crosland, sera l'héroïne. Et si Curtiz n'était pas venu, peut-être Crosland aurait-il pu continuer à tourner ses films extravagants, dont celui-ci est sans aucun dote possible l'un des meilleurs... La richesse de l'intrigue, le nombre impressionnant des figurants, la beauté des décors et la vitalité du montage, en font facilement un précurseur des Captain Blood, Sea Hawk, Robin Hood et autres chefs d'oeuvre... Haut la main.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1927 Alan Crosland *
22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 09:25

Pour son premier film d'aventures situées dans le passé, Douglas Fairbanks incarne Zorro, le mystérieux "renard" Californien en lutte contre l'oppression d'un gouverneur félon qui compte depuis trop longtemps sur la confiance en ses intérêts d'une noblesse complice... Non seulement ce film a permis la spectaculaire reconversion de son principal artisan, l'acteur-producteur-scénariste-maître d'oeuvre Douglas Fairbanks, mais on peut probablement lui attribuer d'autres effets bénéfiques, et non des moindres: adapté d'un roman paru en 1919, The Curse of Capistrano de Johnson McCulley, le film de Niblo et Fairbanks crée un personnage cinématographique, une icône impressionnante qui a aujourd'hui une vie propre et une mythologie instantanément reconnaissable; en réadaptant le film "en costumes", un genre synonyme généralement de prétention et d'insuccès dans le cinéma Américain fondé essentiellement sur la vitesse e l'action, et en y insufflant un dosage savant de mélodrame, de comédie et une solide portion d'aventures bondissantes, Fairbanks a fait bien plus qu'une mutation de son propre style, il a inventé un genre à part entière, d'où viendront, finalement, aussi bien les héros incarnés par Errol Flynn, Burt Lancaster qui lui doivent tant tous les deux, mais aussi les films du cycle Indiana Jones. Et enfin, en en confiant la mise en scène à Fred Niblo, il a probablement eu un effet plus que déterminant sur la carrière de ce réalisateur freelance, qui allait ensuite réaliser une série impressionnante de films importants.

Le nouveau personnage incarné par Doug avait un atout de poids: il était double, ayant résolu sa crise d'identité, trait commun de tant de héros de l'acteur: le plus souvent, ils étaient des êtres sympathiques, mais marqués par un défaut, une inadéquation, une maladresse, voire une vulnérabilité dont il fallait se débarrasser afin de devenir un héros; chaque protagoniste était double, un excentrique qui devait découvrir sa part de flamboyance au travers de l'intrigue. Zorro-Don Diego, lui, a déjà résolu ce problème, mais Fairbanks étant malin, il a prévu un moyen de garder une part de cette révélation comme enjeu, puisque si le public (Ainsi que Bernardo, le fidèle, et muet, serviteur de Don Diego) sait que Diego et Zorro ne sont qu'une seule et même personne, personne d'autre parmi les protagonistes ne le sait. La révélation que Diego, cet insupportable nobliau détaché de tout, qui promène sa lenteur et ses tours de passe-passe minables de taverne en salon, est en fait Zorro devient le but à atteindre afin de retrouver l'équilibre final. Et pour commencer, cette révélation doit être la fin du parcours pour Lolita Pulido (Marguerite de la Motte), qui aime Zorro mais ne peut pas souffrir Diego. L'occasion enfin est trop belle pour que Fairbanks hésite à accentuer avec gourmandise les différences entre ses deux personnages (Zorro, au passage, est doté d'une moustache, mais elle est postiche. Encore un effort, Doug!). Ces huit bobines sont donc empreintes, à leur façon, de la mythologie mise en place par Douglas Fairbanks depuis 1915.

En revanche, le plaisir de recréer une Californie située cent ans auparavant se double cette fois d'un aspect pratique: The Mark Of Zorro a été tourné en décors naturels, pour la plupart, et bénéficie sans tricher du beau soleil local, ainsi que de l'architecture Hispano-Indienne. Ce sera l'une des rares fois que ce sera possible, bien sur, mais ça joue beaucoup dans le film, comme l'utilisation des décors spectaculaires du Grand Canyon dans A modern musketeer (1917) fournissait un souffle particulier à ce film d'Allan Dwan. Fairbanks utilise d'ailleurs le décor comme inspiration, pour mettre en place comme il en a le secret des scènes haletantes de poursuites spectaculaires: un plaisir constant, autant qu'une marque de fabrique. D'ailleurs, le film doit beaucoup au western, autant qu'au mélodrame dont Niblo était l'un des maîtres reconnus. The Mark of Zorro doit donc une grande part de son succès à une fusion de genres, fédérés dans une intrigue parfaitement irrésistible, et dont les implications dépassent en prime l'habitue thème des films de l'acteur: on ne parle pas seulement de révélation et d'accomplissement de soi, mais aussi de la lutte contre l'oppression (Le film à ce niveau ne fait pas dans la dentelle, avec trois intertitres d'introduction bien pompeux), et le triomphe d'une certaine idée de la démocratie; une façon de montrer une Californie ancestrale, qui aurait toujours eu foncièrement vocation à intégrer les Etats-Unis.

Après avoir eu recours aux services de metteurs en scène efficaces mais sans relief, les Joseph Henabery, Christy Cabanne et John Emerson (Je mets volontiers de côté Fleming et Dwan, qui étaient clairement au-dessus du lot), Fairbanks a fait appel à Niblo, qui n'a pas encore signé un seul de ses films importants, celui-ci étant le premier. Mis il a réalisé, pour le compte de Thomas Ince, un mélodrame flamboyant et volontiers excessif, dans lequel il a montré son sens du coup de théâtre. Et dans The mark of Zorro, Fairbanks a cette fois besoin d'un cadre qui doit être solide et aussi sérieux que possible. Zorro bondit, Don Diego nous fait rire par son inefficacité, fut-elle feinte, mais on doit croire à l'importance de cette lutte Californienne pour la liberté... Mais le film brille aussi pour l'ensemble de sa narration cinématographique: montage impeccable, et varié (Une scène montre une confrontation entre Zorro et l'un de ses ennemis en passant d'un plan large à un plan serré, puis un gros plan des deux visages l'un face à l'autre, aussi déterminés que dangereux l'un et l'autre... On ne rigole plus!), splendeur de a production, dont le sens du détail laisse pantois, tournage des scènes nocturnes de nuit, ce qui a du impliquer une sévère note d'éclairage, et utilisation superbe de la lumière, dans des scènes sombres: en particulier, Harry Thrope, William McGann et Niblo ont privilégié l'utilisation dramatique de sources lumineuses dans le champ, justifiant ainsi des compositions en clair-obscur qui ne sont pas courantes dans le cinéma Américain en 1920, à part chez DeMille et Tourneur: ainsi la libération des prisonniers de l'oppression s'effectue-t-elle à la lumière d'une lampe à bougie... Enfin, le metteur en scène utilise le point de vue pour rythmer les allée et venues des personnages dans une scène, sans passer nécessairement par un plan large pour établir la situation. Il utilise notamment un miroir dans lequel Marguerite de la Motte se regarde pour justifier des transitions qui maintiennent en permanence un dynamisme redoutable. L'acteur-producteur et son metteur en scène ont choisi des lieux emblématiques pour les extérieurs, vite identifiés par les spectateurs, et dans lesquels des scènes-clés vont se dérouler: la propriété de Diego et son père, la villa des Pulido, et la taverne du centre-ville permettent un ancrage sur du spectateur... Pour finir, Niblo et Fairbanks ont fait appel, pour la première fois, au talent de Fred Cavens, le spécialiste de l'escrime cinématographique. Ce ne serait pas la dernière fois...

Vu dans une superbe copie teintée, avec sa luxuriance de détails, The mark Of Zorro reste aujourd'hui un film excitant et superbe à voir. Une forme de classique instantané, dont Fairbanks a su tirer la leçon, puisque il allait se faire une spécialité de ce qu'on allait bientôt appeler le "swashbuckler", sous toutes ses formes, épuisant d'ailleurs en une décennie les sujets possibles, de D'artagnan à ...D'Artagnan! On peut aussi se demander, à propos, pourquoi l'acteur qui souhaitait tant incarner le héros de Dumas n'avait pas commencé ce cycle de films d'aventures par le sujet des Trois Mousquetaires, mais on ne va pas se poser la question très longtemps: potentiellement très cher, et si important pour lui, le sujet avait sans doute besoin d'une assurance suffisante pour être monté. Un Zorro à moindre frais ayant prouvé que la recette était valide, il ne lui restait plus qu'à mettre en chantier son D'Artagnan. Mais si The Mark of Zorro est, techniquement, un produit-test (!), c'est aussi un film suffisamment exemplaire pour avoir engendré une kyrielle d'imitations, ainsi qu'un hommage vibrant dans le film The artist, de Michel Hazanavicius, dédié à la grande décennie du cinéma muet Américain.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 Fred Niblo Douglas Fairbanks *