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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 16:48

Entre The Mollycoddle (Sorti le 13 juin 1920) et ce film, sorti pour sa part le 6 mars 1921, il y a eu une révolution: Fairbanks, convaincu par ses amis qui le pressaient d'aller dans ce sens, a monté la production, écrit, interprété et sorti via United Artists The mark of Zorro, dirigé par Fred Niblo. L'une des décisions "de confort" qui a permis à l'acteur de se lancer dans une telle entreprise était l'engagement de toute la compagnie de tourner et sortir ensuite un autre film, dans le style des comédies contemporaines, et de voir lequel des deux aurait le plus de succès. Comme on s'en doute, c'est The mark of Zorro qui a remporté un triomphe, envoyant ainsi tout le cycle de comédies de Fairbanks telles qu'il les tournait aux oubliettes... Et renvoyant The nut dans la position inconfortable d'un bouche-trou peu convaincant, le film de trop, ce qu'il n'est pas. Admettons toutefois que ce film tourné vite, sans conviction, par un ancien assistant de Victor Fleming, réalisateur de seconde équipe sur le Zorro, et interprété sans passion par Fairbanks pris à son propre piège, est loin d'être son meilleur film...

Charlie Jackson (Douglas Fairbanks) est un inventeur, du genre de ceux qui cherchent à optimiser chaque instant de la vie quotidienne, d'une façon ingénieuse mais inutile; Il est très amoureux de sa voisine, la jolie Estrell Wynn (Marguerite de la Motte), et est prêt à tout pour la conquérir. Il souhaite en particulier l'aider dans un projet social un peu original pour lequel elle peine à trouver du soutien. Aidé de son ingéniosité et de sa passion, il tente de lui apporter ces soutiens sur un plateau, en essayant de contrer la concurrence d'un malfrat (William Lowery) qui s'est entiché de la belle, et a lui u peu plus les moyens que Charlie de promettre monts et merveilles, tout en n'ayant bien sur pas le moins du monde l'intention de tenir les dites promesses.

Le film non plus ne tient pas toutes ses promesses, d'une part parce qu'une fois le quotidien de l'inventeur montré dans une séquence d'ouverture amusante et qui anticipe sur les films de Buster Keaton (Dont les idées en matière d'inventions délirantes débouchaient le plus souvent sur des trouvailles géniales, ce n'est pas tout à fait le cas ici), les inventions disparaissent au profit d'idées extravagantes, mais sans aucun apport technologique. Ensuite, on attend d'un film de Fairbanks des cascades, de l'énergie, ici, les calories sont brûlées à vide, dans une comédie parfois un peu vaine. L'acteur avait certainement choisi son camp, et souhaitait à n'en pas douter revenir à l'aventure avec un grand A, lui qui rêvait d'incarner D'Artagnan! Mais le film vaut au moins pour son extravagance, ses petites touches occasionnelles, comme les standardistes qui changent en fonction de l'interlocuteur au téléphone: Doug a droit à un angelot, alors que le bandit passe par un standard tenu par Belzébuth lui-même! The nut est donc un exercice mineur, et inattendu pour qui est familier des autres films des années 20 de Fairbanks... Qui n'allait pas tarder, enfin, à porter la moustache pour de vrai.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1921 Douglas Fairbanks *
14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 11:15

La cupidité est au coeur de l'oeuvre de Pabst, en particulier ses films muets: l'argent est le moteur de nombreux personnages de La Rue sans joie, le pharmacien du Journal d'une fille perdue est prêt à vendre sa fille pour garder son commerce, et certains amis de Loulou semblent aisément et dangereusement corruptibles... Ce premier film du metteur en scène sous forte influence de l'expressionnisme cinématographique Allemand, qui vivait ses derniers feux en cette année 1923 (Le cabinet des figures de cire, de Paul Leni), s'appelle justement Le trésor, et va tourner autour de réactions différentes à l'appât d'un magot, qui pour rejoindre une autre préoccupation majeure du cinéaste, est assimilé à la sexualité, et l'amour...

En actuelle Slovénie, chez un artisan, on parle d'un trésor légendaire: quand les Turcs ont envahi la région de Vienne, un magot phénoménal aurait été caché dans les environs. C'est un conte plus ou moins accepté comme une légende, mais un homme y croit dur comme fer, un assistant (Werner Krauss) de l'artisan (Albert Steinruck). Arrive un travailleur itinérant (Hans Brausewetter) qui demande et obtient de s'installer avec eux, et entend parler du trésor. Il n'y croit pas, préférant s'intéresser à a fille du patron, mais celle-ci (Lucie Mannheim) lui fait comprendre qu'il y a peut-être du vrai dans cette histoire... La compétition devient rude entre les deux assistants, que ce soit pour trouver ce fameux trésor, ou pour les faveurs de la jeune femme...

La préférence de Pabst, elle, ne fait aucun doute. Werner Krauss, qui sera bientôt (Dans la magnifique La rue sans joie de 1925, le troisième film de Pabst) un boucher qui fournit de la viande aux jeunes femmes contre des faveurs sexuelles, joue ici un homme inquiétant, presque animal, dont l'obsession sexuelle est soulignée dès les premières séquences, au moyen du regard terrifiant et fixe avec lequel il dévisage l'objet de son désir. On le verra, le trésor est pour lui plus qu'une obsession, ce sera la clé de ses fantasmes puisqu'il échangera l'usufruit du magot une fois celui-ci trouvé contre la fille... Mais le héros, pourtant un cavaleur de première classe trouvera lui en la fille de la maison l'amour, et saura s'arrêter à temps.

L'intrigue, comme celle de beaucoup de films muets Allemands, tient en vraiment peu de péripéties, mais Pabst a surtout soigné son image, en combinant avec adresse des décors inspirés de l"expressionnisme, mais bien plus réalistes, un clair-obscur adroit (Du au chef-opérateur Otto Tober) et un jeu divisé en deux tendances: excessif pour les obsédés du trésor, plus raisonnable pour les autres. Pabst, on le sait, ira vers le naturalisme avant la fin de la décennie, pour l'instant il est amené à étudier et exploiter l'héritage expressionniste avec une certaine finesse, dans un petit film miraculé comme tant d'autres...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 Georg Wilhelm Pabst * ...Jusqu'à l'aube
11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 15:22

Beaucoup des films Artcraft de Fairbanks, produits en indépendant mais avant la création de la compagnie United Artists, ont été perdus. C'est la raison pour laquelle, en dépit de qualités exceptionnelle de A modern musketeer, paru en 1917 soit plus d'un an avant celui-ci, il semble y avoir un gouffre entre ces deux films! Fairbanks entend bien jouer dans la cour des grands avec ce long métrage extravagant et d'une exceptionnelle richesse. Ses films feront désormais six bobines, et il va déployer une impressionnante galerie d'effets spéciaux pour donner vie à une intrigue qui ressemble à du Fairbanks concentré, mais aussi sérieusement enrichi. L'ancien chef-opérateur Victor Fleming est désormais à la manoeuvre, une idée qui me parait excellente tant les péripéties de cette intrigue nécessitaient une maîtrise de l'image que bien des metteurs en scène n'avaient pas. On peine d'ailleurs à croire qu'un tel log métrage puisse venir d'un débutant, et pourtant Fleming n'avait jamais réalisé de film avant. Par contre, comme chacun sait, il ne va pas s'arrêter en si bon chemin...

Un préambule incongru nous montre un scientifique, le Dr Ulrich Metz (Herbert Grimwood), qui devant un parterre de confrères annonce sa décision de se lancer dans une expérience inédite: il va manipuler un être humain jusqu'à provoquer sa mort, réclame, et obtient leur approbation... L'être humain en question est Daniel Boone Brown (Douglas Fairbanks), un jeune homme tellement superstitieux qu'il se complique la vie en permanence. Les manigances du Dr Metz le rendent en retard chez son employeur, qui est aussi son oncle (Ralph Lewis) Celui-ci le met à pied pour lui apprendre la vie, et durant sa période de chômage technique, il rencontre une jeune femme aussi toquée que lui (Kathleen Clifford), et c'est bien sur le coup de foudre réciproque. Sauf que... Lonette, la jeune femme, est plus ou moins promise, et à un escroc en plus (Frank Campeau), et celui-ci vient justement en ville, pour faire affaire avec l'oncle. Il va donc y avoir du sport, des cris et des quiproquos, sous le regard inquiétant du Dr Metz....

Quel autre film peut se vanter de montrer son protagoniste en plein cauchemar, courant au ralenti pour échapper à une tourte, un homard, un oignon et du fromage Gallois qui le poursuivent? Dans quel autre film un savant fou s'adresse-t-il à une assemblée de scientifiques pour leur faire part de son projet de tuer un être humain à titre expérimental? Et quel autre film de la période passe ainsi de la comédie de boulevard, avec triangle amoureux et poursuites d'une pièce à l'autre, à une représentation des rêves de son héros puis à une inondation géante? Ca aurait bien sur pu être très brouillon, mais la réussite de l'ensemble (Découpage, interprétation, effets spéciaux, etc...) est telle que le problème ne se pose pas. Une fois de plus, Douglas Fairbanks réussit à nous faire croire qu'il est un homme timoré, empêché cette fois de briller par une superstition maladive, jouée avec cocasserie, mais il montre aussi le chemin à d'autres: Lloyd et Keaton (Qui se souviendra de l'effet dramatique d'une inondation dans Steamboat Bill Junior) tireront tous deux la leçon de ce film brillant et unique en son genre.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919 Victor Fleming Douglas Fairbanks *
6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 23:13

Comme pour passer à a vitesse supérieure, Douglas Fairbanks s'attache les services d'Allan Dwan, un vétéran déjà, pourtant encore à l'aube d'une carrière de cinquante années. L'un (Fairbanks) et l'autre (Dwan) avaient semble-t-il un attachement particulier à la personne de D'Artagnan, et un autre de leurs dix films ensemble (Tous muets, sortis de 1916 à 1929) sera d'ailleurs de nouveau consacré au personnage de Dumas: The Iron Mask (1929). Mais en attendant, Douglas Fairbanks est encore dans ce film co-écrit avec Dwan le héros moderne et bondissant de films d'aventures comiques, situées dans l'Amérique contemporaine, les deux hommes vont donc user d'un stratagème pour permettre au comédien, pour une petite partie du film, d'incarner le mousquetaire de légende... Et ce pour servir en réalité une autre cause, qui prend tout son sens en examinant la carrière et la filmographie de l'acteur...

Donc, un prologue nous rappelle l'ardeur, la vivacité et le style de D'artagnan, bien sur interprété par Fairbanks, qui comment un acte chevaleresque (Rendre à une belle dame son mouchoir qu'un bandit lui a volé) en fauchant tout ce qui bouge de son épée adroite. Mais Doug a bien pris soin de s'avancer vers la caméra, pour montrer d'un clin d'oeil complice à ses admirateurs qu'il est bien toujours le même sous l'étonnante moustache, en tout point similaire à celle qu'il fera vraiment pousser à partir de 1921, et gardera jusqu'à la fin de ses jours. A la fin de ce court prologue, le Doug moderne s'avance de nouveau vers la caméra pour effectuer une transition, par un nouveau clin d'oeil. C'est un étrange début, assez en phase avec la structure chaotique de ce long métrage, par ailleurs l'un des meilleurs de cette première période de Fairbanks... en même temps que son plus décousu.

L'intrigue proprement dite démarre par une nouvelle allusion, lorsque Ned Thacker, né sous le double signe de D'Artagnan qu'aimait tant sa maman, et d'un cyclone qui ravageait le Kansas au moment de sa naissance, quitte le domicile familial avec un véhicule offert par son papa. Ultime allusion, la voiture est...jaune. En chemin vers l'Ouest, il rencontre des touristes: Madame Dodge (Kathleen Kirkham), accompagnée de sa fille Elsie (Marjorie Daw) et d'un intrigant multigame qui cherche à accrocher Elsie à son tableau de chasse, Forrest Vandeteer (Eugene Ormonde). Ils font route ensemble vers le Canyon du Colorado, ou ils vont rencontrer des Indiens Hopis, menés par le dangereux Chin-de-Chah (Frank Campeau qui lui aussi, tout comme Ned bien sur, convoite la jolie Elsie. Mais qui, des trois amoureux, l'emportera? A votre avis?

Je mentionnai plus haut une cause qui justifierait l'emploi du personnage de D'artagnan et du Paris de Dumas, mais c'est à mon avis évident que Fairbanks a déjà l'ambition de révolutionner le film d'aventures comme il le fera plus tard avec ses grands films. Le prologue et le thème servent ici de ballon d'essai, tout comme l'élargissement spectaculaire des décors, en passant par le grand Canyon, et la façon dont Dwan et ses chefs-opérateurs utilisent l'arrière-plan, sont la marque d'une ambition, qui passe ensuite, suprême audace, par une liberté de ton, et une liberté de filmer, qui me semble absolue. Le film est superbe, impertinent, et "Fairbanksien" en diable, tout en se situant sans aucune tricherie dans un décor mythologique, avec ses vrais villages Hopis, et ses vrais canyons! L'acteur a su trouver le ton parfait, et signe son premier chef d'oeuvre, voilà tout.

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Published by François Massarelli - dans Muet Douglas Fairbanks 1917 Allan Dwan *
5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 18:43

Le dernier film de l'équipe rassemblée autour de Doug Fairbanks, avec Anita Loos et John Emerson, Victor Fleming à la photo (Assisté de Sam Landers) et Eileen Percy en vedette, Reaching for the moon prouve que désormais Douglas voit grand. Il commence à tenter de faire reculer les limites du cadre qui est le sien: cinq bobines, c'est assez pour des comédies, mais... il voit plus grand, plus loin... Quatre ans plus tard, il sautera le pas comme on le sait, mais pour l'instant il trouve des moyens d'élargir son champ d'action sans pour autant renier les côtés sportifs, modernes et optimistes de ses petites productions...

Alexis Brown est né, de son propre aveu, sous un patronage exigeant: sa mère qu'il n'a jamais connue l'avait en effet prénommé Alexis Caesar Napoleon, en hommage bien sur à deux autocrates bien connus, mais aussi au roi Alexis, de son lointain pays, la Vulgaria. Et Alexis, qui ne s'y est jamais rendu, est persuadé que son destin est lié à ce royaume, où il serait appelé à faire de grandes choses. Il lit en permanence des livres de pseudo-philosophie dont il ne comprend pas le sens, et s'imagine fait pour la grandeur, au grand dam de son amie Elsie, qui l'aime désespérément, mais qui souhaiterait qu'il retombe sur terre, tout comme son patron, d'ailleurs, qui espère que son imagination galopante va un jour servir les destinées de l'entreprise qui l'a embauché. Mais peine perdue: le rêve reste le maître mot d'Alexis, qui va justement se laisser embarquer dans une histoire particulièrement délirante...

L'introduction au film nous montre Doug qui tente de saisir la lune, comme le propose le titre. Au figuré, il s'agit d'une injonction à être ambitieux, et si le film tend à nous montrer que c'est bien joli, mais qu'il fait aussi savoir avoir les pieds sur terre, de fait on sent que Fairbanks se laisse emporter lui aussi par des rêves de grandeur, qui donnent justement au film une certaine classe: la portion qui se passe en Vulgaria a permis à l'équipe de faire construire des décors et de multiplier les costumes des nombreux figurants; désormais, Fairbanks entend bien jouer dans la cou des grands; il filme encore à New York (Dont il nous montre des images tournées en toute liberté), mais se rend aussi en Californie, une partie du film ayant été tournée à Venice. Il ne tardera pas à s'y installer définitivement. Pour finir, Fairbanks gardait un bon souvenir de ce petit film, au point d'en voler le titre pour un de ses films parlant, mais qui semble n'avoir rien en commun avec cette intrigue...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Douglas Fairbanks *
5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 11:28

Réalisé dans la foulée de l'exubérant Wild and Woolly, Down to earth part dans une direction nouvelle, tout en se situant clairement dans le genre de comédies qui ont fait la popularité de Douglas Fairbanks: il y reconduit d'ailleurs la même équipe que dans son précédent film, avec Anita Loos, John Emerson, Victor Fleming, et jusqu'à Eileen Percy qui est engagée pour interpréter un rôle totalement différent que celui de Nell qu'elle jouait dans le précédent film. Mais surtout, il s'agit du premier film Californien de Fairbanks, tourné pour une large part à Yosemite National Park. Il ne tardera plus à s'installer définitivement sur la côte ouest pour devenir un membre influent de l'aristocratie Hollywoodienne...

Billy Gaynor (Fairbanks) est un homme aventureux, sportif et doté d'une certaine hygiène de vie rigoureuse et dynamique. Mais depuis sa plus tendre enfance il est amoureux de Ethel Forsythe (Eileen Perry), une jeune femme comme il faut de la bonne société, qui lui préfère un homme de sa classe (Charles K. Gerrard), et va se marier avec lui. Billy parcourt le monde pour oublier la dame de ses pensées pendant que celle-ci plonge la tête la première dans une vie sociale faite de fêtes, de dîners tardifs, d'alcool et de cigarettes qui l'épuisent. Elle doit être soignée pour une dépression carabinée, et Billy vient un jour la voir dans un sanatorium pour riches, tenu par un docteur véreux (Gustav Von Seyffertitz). Rien n'est fait pour y améliorer la santé des patients, et Billy décide de racheter l'établissement et d'emmener les patients en croisière vers une île déserte où il va les forcer à sortir de leur coquille...

Si c'est un film mineur dans la carrière de Fairbanks, il a le mérite d'être original, et probablement très personnel: on sait que l'acteur mettra beaucoup de lui-même dans des films à grand spectacle qui seront toujours marqués par une morale foncièrement optimiste, aussi simpliste que sincère. C'est cet optimisme et ce semblant de bon sens qui me semblent l'emporter dans Down to earth: Billy Gaynor décide d'imposer à ses "patients" une vie radicalement différente de celle qu'ils ont vécu jusqu'à présent. il va les secouer jusqu'à ce qu'ils chagent, en les manipulant s'il le faut. La partie du film consacrée à l'île déserte (Un mensonge, en fait, comme on le verra à la fin du film) montre Douglas Fairbanks régir son petit monde un peu à la façon dont Crichton va prendre le contrôle de ses patrons dans Male and female de Cecil B. DeMille, mais ici, le but n'est pas de survivre, mais il est de montrer à tous, de façon peut-être un peu dictatoriale, le chemin d'une vie saine. Cette obsession de la bonne santé est une préoccupation bien de son époque, dans l'Amérique de 1917, c'est aussi une croyance profonde de Fairbanks.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Douglas Fairbanks *
4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 15:44

Un vrai gamin, Jeff Hillington, qui est tellement obsédé par l'Ouest sauvage, du moins celui qu'on découvre dans les romans qu'il lit... Il s'est aménagé dans sa chambre un coin "tente" atour duquel il recrée avec une précision maniaque les conditions de vie d'un cow-boy. Ca irrite forcément son père, qui rêverait volontiers d'un héritier plus convenable pour ses affaires, mais il l'a quand même embauché pour l'assister. Arrive une occasion rêvée: des clients de l'Arizona viennent solliciter une aide financière pour des installations, M. Hillington propose d'y envoyer son fils afin de faire d'une pierre deux coups: venir en aide à ses clients, et... permettre à son fils de découvrir le vrai Ouest moderne. Mais d'une part les habitants du village dans lequel Jeff va se rendre ont l'idée de recréer l'ambiance de l'Ouest mythique, afin de faire une farce au jeune homme, qui est bien sur ravi en arrivant dans une ville de cow-boys plus vraie que nature, et d'autre part une bande de hors-a-loi mijote un coup fumant, et pourraient bien tirer parti de la confusion qui va s'installer avec la venue de Jeff...

Filmé à Fort Lee, New Jersey, Wild and Woolly est l'une des premières productions indépendantes de Fairbanks, qui a quitté la Triangle et travaille désormais pour Artcraft/Paramount. Il a constitué une fine équipe avec laquelle il travaille dans une totale indépendance, et avec une redoutable efficacité: Anita Loos au script, John Emerson à la direction et Victor Fleming fait ses débuts de chef-opérateur à l'aube d'une exceptionnelle carrière. Le film est du pur Fairbanks, empreint d'un enthousiasme enfantin, communicatif et débordant d'énergie positive et de clins d'oeil. On aperçoit, outre la star incontestée qui n'hésite pas à se moquer de son propre enthousiasme débordant , et se représente en pur naïf, Eileen Percy qui joue la belle Nell, l'une des autochtones qui va être chamboulée par l'arrivée de Jeff, ou encore Sam De Grasse en méchant à moustache... Parmi les rôles moins importants, on eut noter Charles Stevens, le petit-fils de Geronimo selon la légende, et qui est le plus souvent de la partie dans les films de Doug. Enfin, Tom Wilson et Monte Blue font eux aussi des apparitions.

Le film ne se prive pas de montrer une image des peuples Indiens (Lâches, pouilleux, et soiffards) qui ne leur fait pas honneur, mais c'est à mon sens dans la lignée de The battle at Elderbush Gulch, de Griffith (L'un de ses pires films à mon avis), et de la littérature de gare que Jeff Hillington lit par brouettes entières... Le film, tourné à une cadence moins rapide que ses prédecesseurs, est aussi plus long: petit à petit, Fairbanks fait son trou dans le cinéma Américain. On ne m'empêchera d'ailleurs pas de penser qu'à sa façon, ce film célèbre le genre même des oeuvres du comédien-producteur, cette capacité à fournir du rêve, quitte à oublier toute vraisemblance. L'ouest rêvé par Jeff est anachronique, et n'a bien sur jamais vraiment existé, mais l'acteur nous montre comment le jeune homme peut, par le simple pouvoir de sa venue, lui donner corps, et donner aux habitants des raisons d'y croire eux-mêmes. On est ici dans une symbolique, dont l"optimisme dépasse largement le champ du western ou du cinéma. Des années avant ses superproductions, Doug Fairbanks donne déjà des leçons de vie qu'on aimerait tellement avoir la possibilité de mettre en pratique!

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Douglas Fairbanks *
4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 08:55

Le film commence sans aucun temps mort: Jimmy (Douglas Fairbanks) et Marna (Constance Talmadge) vont se marier: l'Anglais a un verbe, To elope, qui veut dire "se marier en douce", et c'est une tradition des récits romantiques, l'idée étant pour des jeunes gens de ne pas attendre un accord des parents, d'ailleurs parfois pas garanti dans ces histoires d'un autre temps, et de se trouver un certificat de mariage d'une part, et un révérend d'autre part... Pour échapper au père de la jeune femme, les deux amoureux vont donc prendre un train... Mais les péripéties vont se multiplier, et comme la père très en colère a embauché pour récupérer sa fille le fiancé qu'il avait lui-même choisi, il va y avoir du sport pendant 46 minutes fort concentrées...

Douglas Fairbanks sort d'un train, ou court après un train, bondissant de toit en toit pour échapper à ses poursuivants... On est en pleine légende ici, tant il est vrai que l'acteur-producteur n'a pas attendu ses héros légendaires de films épiques pour bondir avec bonheur dans tous les sens dans des séquences espiègles et insouciantes. Ici, il remplit son contrat avec un film au but simple, mais dont les péripéties multiples ne vont pas tarder à devenir des habitudes de la comédie. Harold Lloyd lui-même va beaucoup s'inspirer de ce type d'intrigue, et on peut même tracer une filiation entre ce film et la screwball comedy dans années 30. Par ailleurs, la "chorégraphie de ce film montre que l'art de Douglas Fairbanks est en train de se raffiner. L'acteur est ainsi vu s'installer sous un train en marche comme les vagabonds le faisaient dans tant de contes, ou arrêter un train en marche en s'installent sur la voie pour le stopper! Et puis ici, la cerise sur le gâteau, c'est que pour une fois, Doug qui choisissait toujours des actrices effacées pour être la seule attraction, a eu la bonne idée de confier à une vraie grande actrice un vrai r^ole, et Constance Talmadge participe avec bonheur à la fête...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916 Douglas Fairbanks *
1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 18:32

August Holliday (Douglas Fairbanks) est peintre, autant dire qu'il crève la faim... Néanmoins il a une bonne humeur et un optimisme de tous les instants. Un jour, il montre à son meilleur ami Harry (W. E. Lawrence) un portrait qu'il a peint d'une jeune femme qu'il a croisée dans un parc, et il s'avère qu'Harry la connait. August lui supplie de la lui présenter, et si la famille aisée (Des rapaces!) de la jeune femme, Gladys (Jewel Carmen), est immédiatement hostile à un artiste, en revanche Gladys ele-même ne lui est pas indifférente. Afin d'aider le jeune homme, pas très dégourdi dans ses approches, la meilleure amie de la jeune femme l'assiste dans une "répétition" de déclaration d'amour enflammée... qui est évidemment surprise par Gladys, qui se méprend et coupe les ponts. Et quand il rentre chez lui, le portrait a disparu, volé par un cambrioleur. August décide de se tuer, constate que c'est difficile, et se résout à engager un tueur (George Beranger). Celui-ci n'accomplira pas sa mission car le jour même sa maman décède non sans lui avoir fait promettre de retourner dans le droit chemin! Mais ça, August, qui va retrouver toutes les raisons de considérer la vie comme valant la peine d'être vécue (Gladys comprend sa méprise et l'aime toujours, le tableau est retrouvé intact, et un oncle obscur et inconnu lui lègue une fortune!), vit désormais dans la peur panique de se faire tuer à tout moment...

C'est à William Christy Cabanne qu'on doit l'argument de ce film, qui rappelle vaguement l'argument des Tribulations d'un Chinois en Chine, de Jules Verne... Le film a été beaucoup critiqué pour la longueur de son exposition, Variety allant jusqu'à parler d'une absence de comédie. Pourtant cette longueur à montrer dans toute sa clarté la situation d'August Holliday me semble aller dans la bonne direction, permettant par une exposition aussi complète que possible de donner à Fairbanks quelque chose qui lui manquait souvent cruellement: la motivation, en bonne et due forme, contrairement à une identité toute faite et un peu artificielle comme ses personnages modernes, dans des films où il fallait aller vite, en avaient trop souvent. Et basée sur la possibilité du meurtre, l'intrigue est empreinte d'humour noir, une rareté dans les films muets Américains... à part chez Keaton, bien sur! Le film est donc très intéressant avec sa façon de poser les éléments d'intrigue les uns après les autres avant d'établir une poursuite entre Faibanks et rien (Chaque individu croisé dans la rue, surtout es barbus, devient une menace!) qui est, n'en dépaise à la presse de l'époque, drôle et très enlevée. Et le film, mis en images par le chef-opérateur William Fildew, bénéficie d'une lumière splendide, ce qui ne gâche rien.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916 Douglas Fairbanks *
1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 09:23

Avant d'incarner les justiciers les plus divers, de préférence en costume, Douglas Fairbanks avait mené avec talent et énergie sa petite entreprise de confection de films, mettant généralement la main au scénario, et incarnant avec esprit, voire espièglerie, un héros bondissant et ô combien moderne. Le troisième de ses longs métrages, et un classique à part entière, His picture in the papers est l'une de ces comédies, située non en Californie mais bien dans la région de New York et du New Jersey (N'oublions pas qu'avant Hollywood, Fort Lee, N.J. était la Mecque du cinéma Américain pour les Tourneur, Griffith et consorts), et Fairbanks s'y moque de certaines tendances contemporaines: la diététique à outrance, ou l'art de se croire supérieur quand on mange sans plaisir, (...Et qu'on en a les moyens); l'obsession de la publicité, ici clairement revendiquée comme vide et sans aucune raison d'être, et l'arrivée dans le mélodrame des proto-mafias, ces groupes de méchants aux mines patibulaires, inspirées probablement beaucoup plus des Vampires de Feuillade que des vrais gangsters Américains...

La famille Prindle est toute entière dédiée aux produits diététiques qu'elle produit en quantités astronomiques. Le père Proteus, les deux grandes files Pearl et Pansy...toute, sauf un: Pete, l'unique fils (Douglas Fairbanks), n'a aucun goût pour ces produits miracles, et préfère un bon steak. C'est d'ailleurs le cas de Christine (Loretta Blake), la fille d'un ami de son papa, Cassius Cadwalader. Ce dernier qui envisageait de ne donner sa fille qu'à un adepte de la diététique Prindle, accepte l'union entre sa fille et l'héritier paradoxal, à la seule condition que ce dernier se fasse vraiment remarquer et permette de faire de la publicité pour les produits de son papa. Pete se met donc en tête de mettre "sa photo dans les journaux", en première page bien sur...

Le film va à toute vitesse, et comme la plupart des films de Fairbanks à l'époque, il totalise cinq bobines, et est produit par la compagnie Fine arts, qui fait partie du conglomérat Triangle. Faitrbanks, qui n'a jamais signé la mise en scène de ses films, même s'il aurait pu y prétendre, en était le maître d'oeuvre reconnu de tous. Ici, il bénéficie de la complicité qui ne tardera pas à devenir systématique, de la scénariste Anita Loos (Formée chez Griffith, mais aux idées trop délirantes pour son patron!) et de son futur mari, le co-scénariste et metteur en scène John Emerson. L'univers de Douglas Fairbanks, c'est déjà un monde entier d'aventures bondissantes, mais elles sont aussi farfelues et se terminent systématiquement sur un sourire; Il fait d'ailleurs énormément pour créer un modèle de structure que d'autres reprendront à leur compte avec succès: notamment Harold Lloyd. Il s'y moque du monde cotemporain, mais sans cette supériorité affichée, parfois insupportable de suffisance, qu'on décèle chez Griffith. Quand Fairbanks se moque des Américains qui font de la boxe le dimanche, c'est parce qu'il en faisait partie, tout simplement. Pour finir, parmi la bande de bras cassés qui s'attaquent dans une sous-intrigue u vieux Cadwallader, on reconnaîtra la silhouette inquiétante d'un malfrat aux cheveux très courts, avec un bandeau sur l'oeil: Erich Von Stroheim.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916 Douglas Fairbanks *