Dans le film The incredibles, une scène de pirouette finale est restée dans toutes les mémoires: alors que la situation s'est éclaircie, que tout va bien, c'est en écoutant les messages de la baby-sitter du petit Jack-Jack qu'Helen et Bob Parr apprennent non seulement que ce dernier a été enlevé, mais aussi qu'il a sans doute enfin démontré qu'il avait des pouvoirs... Et quels! Ce court métrage de complément (destiné au DVD) explore cette sous-intrigue en nous montrant l'envers du décor: comment Kari, la baby-sitter (Interprétée par l'animatrice Bret Parker), a vécu l'expérience de garder un bébé dont elle ne savait pas (et ses parents non plus) qu'il pouvait être invisible, léviter, traverser la matière, envoyer un rayon destructeur avec ses yeux et tant qu'à faire opérer une combustion spontanée sans la moindre conséquence sur sa propre santé... mais pas sur son entourage.
C'est une irrésistible suite de gags qui complètent avantageusement le film de long métrage; plutôt que de laisser cette suite de séquences très drôles à la fin du film, en lieu et place de l'énervant bêtisier qui était devenu la tradition Pixar, Bird a préféré en faire une cerise sur le gâteau, mais surtout un film de court métrage à part entière, soigné et fort bien construit... Tant mieux.
Le beurre et l'argent du beurre, comme on dit: peut-on à la fois mener la carrière qu'on s'est choisie, le faire bien et sans regrets, et du même coup maintenir une vie de famille résolument solide et "normale"? C'est la question soulevée par ce film... Tout en étant une histoire de super-héros, ce long métrage Pixar qui me semble être tout bonnement le pic absolu de la production du studio, aborde en effet une thématique qui tient particulièrement au coeur de Brad Bird, et dont celui-ci vient d'opérer un dépoussiérage avec son nouveau film, sorti cette année, et qui s'appelle... The Incredibles 2!
Mais n'allons pas trop vite: intéressons-nous à cette drôle d'entreprise, un film qui à la fois offre une satire enlevée des films de super-héros, propose une revitalisation du genre, une histoire modèle, et se paie le luxe d'en exposer les codes dans de nombreuses scènes de méta-cinéma de haute volée! Et tout ça, comme le film Superman de Richard Donner, part d'un lien établi à l'écran entre glorieux passé et présent incertain: on commence par des interviews vintage de super-héros qui apportent leur réflexion à un thème soulevé par des journalistes: qu'est-ce que la vie de héros, quelles en sont les frustrations, et l'anonymat y est-il nécessaire? Les trois héros interviewés, Mr Incredible (Craig T. Nelson), Elastigirl (Holly Hunter) et Frozone (Samuel L. Jackson) sont assez clairs: il est impossible de concilier une vie de famille et un sacerdoce de super-héros. Frozone va même jusqu'à s'en réjouir... Dans un soupir qui en dit long, cependant.
Mais très vite, après une séquence fabuleuse en forme de florilège du "style" de Mr Incredible, on apprend que la situation de ces trois héros flamboyants est du passé, que les gens du public se sont lassés, et que les justiciers sont priés de faire profil bas, et de ne surtout plus intervenir. Mr Incredible, soit Robert Parr, marié avec Elastigirl alias Helen Parr, est agent d'assurances. Il est la proie de son patron, un insupportable connard de 62 cm de haut qui prend un malin plaisir à se payer la fiole d'un employé taillé comme un tank. Ils ont la sécurité, un petit pavillon et trois enfants... Je n'ais pas encore parlé des super-pouvoirs des deux parents: Bob Parr est fort, très fort: il fait ses exercices matinaux en soulevant des locomotives! Helen, comme son nom de scène ElastiGirl l'indique, est dotée d'une souplesse phénoménale... Et leurs deux grands enfants, la timide fille Violet et le turbulent Dash, ne sont pas en reste: Violet est dotée d'un pouvoir d'invisibilité qu'elle a pour l'instant du mal à contrôler, et peut générer des champs de force, mais là encore, c'est balbutiant. Dash est doté d'une vitesse et de réflexes impressionnants... Mais l'un comme l'autre, tout comme leurs parents, doivent rester discrets sur ce point...
Le film prend vraiment son envol lorsque Parr est licencié après un coup de sang (salutaire, si vous voulez mon avis). Il trouve un emploi mystérieux, en acceptant la proposition d'une femme inconnue, Mirage (Elizabeth Pena) de travailler pour un commanditaire qui restera secret: il accepte, en secret pour ne pas inquiéter Helen (ce qui s'avérera une erreur riche en conséquences), et ne sait pas que pour se remettre à effectuer son boulot de super-héros, il vient de signer un pacte avec un ancien fan frustré, qui a décidé de supprimer tous les super-héros dotés de pouvoirs... Afin de les remplacer avec ses inventions. Un danger public, incarné par "Buddy" (Jason Lee)...
La famille reste le maître mot du film, qui montre de quelle façon elle va être mise en danger, puis réunie par les circonstances. Brad Bird, qui avait montré un certain pessimisme sur le sujet dans The Iron Giant (et allait le faire de nouveau dès son film suivant, Ratatouille), me parait avoir fait une concession à l'esprit Pixar ici, mais ce n'est pas un gros problème, car le thème du film n'est pas que la famille, justement. C'est le problème de la place d'une personne dans le monde que cherchent à établir Robert Parr, Helen Parr et leur ami Lucius Best (Frozone), ce qui est transcrit par des scènes enlevées, de super-héros dans la vraie vie, d'engueulade familiale à table, de rivalité de fratrie entre deux membres de la même famille dotés de super-pouvoirs... Et autre thème (très présent dans les films Pixar, bien sûr): qui est-on? Une question non seulement soulevée par la frustration de ne pouvoir assumer leur réelle identité, pour les héros, mais aussi par le fait que Jack-Jack, le dernier né de la famille Parr, n'a pas de pouvoirs. Pas, ou pas encore? Et si c'est ce dernier cas, quels sont-ils? Réponse dans le film...
Bird arrivait dans Pixar auréolé d'un succès non négligeable avec The Iron Giant. Le studio lui a déroulé le tapis rouge, le laissant libre de développer son projet avec une quasi carte blanche (si on excepte la présence obligatoire de quelques thèmes maison, évoquée plus haut). Le résultat, qui est à la fois une parodie et un film qu'on peut après tout prendre au premier degré, est une réussite au-delà de toute espérance: superbe graphiquement, à l'animation fluide et surprenante, supérieurement monté, et doté d'un script absolument étanche. Pas un défaut ne vient se mettre en travers du plaisir que génère ce film. C'est un chef d'oeuvre...
Pluto s'acharne contre un chaton, qu'il poursuit jusque dans la maison de Mickey Mouse; celui-ci se fâche, Pluto puni s'endort au coin du feu, et... il subit une tentation extérieure: un chat vient le provoquer, il le suit jusqu'en enfer où une troupe de chats le condamne pour l'ensemble de ses mauvaises actions.
Très moral et impeccablement réalisé, ce court métrage est non seulement l'un des premiers en couleurs (l'excellent Technicolor trois bandes, dont Disney avait encore l'exclusivité), mais aussi l'un des premiers dans lesquels les scénaristes et animateurs essaient de passer outre la transparence du personnage de Mickey, dont il était clair que tout la ménagerie qui l'entoure est beaucoup plus intéressante à tous points de vue. Le voyage de Pluto aux enfers, monuments disneyien de sadisme contrôlé, est un grand moment, et on peut sans aucun problème y voir la source de l'inévitable "spin-off'", la série des courts métrages entièrement consacrés au chien, qui allaient se tourner quelques années plus tard... Ou Pluto.
Comme il est clair que l'enfer que visite le chien dans son cauchemar est une émanation de son subconscient, on se dit que ce personnage, par ailleurs si désespérément vide, a une vie intérieure assez effrayante.
Admirable film, le premier Mickey régulier en couleurs, avec en prime l'apparition de Donald Duck en trouble-fête. Un concert y est donné par une petite fanfare, qui s'attaque à du lourd (L'ouverture de Guillaume Tell, par exemple) mais dont la prestation est sabotée par l'intervention de Donald, dont l'enthousiasme pour la musique le pousse à jouer avec l'orchestre... Sauf que lui ne sait jouer que Dixie.
Le film est indispensable, c'est celui qui fait le lien entre les années durant lesquelles Mickey évoluait au sein d'une basse-cour hétéroclite (Ici devenue un orchestre) et les futurs dessins animés qui le verront perdre de l'importance au profit de ses acolytes. le chef d'orchestre Mickey est très impliqué physiquement dans la prestation, et ça le rend volontiers agressif et irascible. Certes! Pour la bonne cause...
Mais il y a aussi une progression notable depuis les premier films musicaux un brin mécaniques, et celui-ci ou tout est si fluide... Un modèle indépassable d'animation où chaque geste est pesé, au profit d'un effet, qui ne rate jamais sa cible.
Dans le cadre permissif de l'effort de guerre, ce film est l'un des derniers authentiques Looney Tunes, c'est à dire en noir et blanc; pas de héros, comme dans les travelogues bouffons de Tex Avery et Bob Clampett, juste une narration basée sur une idée simple: nous sommes supposés voir un film d'actualité et de propagande du Japon durant la seconde guerre mondiale, et bien sûr, ce que nous voyons est en réalité une oeuvre de propagande anti-Japonaise...
...Et la charge est lourde, odieuse, profondément raciste, jubilatoire, inexcusable, hystérique, et proprement injustifiable. Alors à vous de choisir: si vous avez un problème avec les gags raciaux de Buster Keaton, ou avec l'interprétation de Mickey Rooney dans Breakfast at Tiffany's de Blake Edwards, surtout passez votre chemin. Si vous êtes prêt à encaisser l'impossible, et si vous avez un minimum de second degré... Ca peut peut-être passer.
Africa est, comme le film My Pal Paul du même Walter Lantz, un dessin animé qui a pour but de contribuer à promouvoir sans trop en avoir l'air le musical The King of Jazz, dont il reprend certain éléments du cartoon qui en était l'introduction. En villégiature en Egypte, le lapin Oswald y danse avec une reine d'Egypte un peu (mais pas trop) sexy, et se bat avec des lions, et autres animaux...
Ce serait totalement anecdotique, sauf pour un ou deux détails du générique... Les noms qui y figurent sont impressionnants: les voix en sont assurées par Pinto Colvig, qui allait être la voix de Goofy quelques années plus tard pour Disney. Un autre nom lié à Disney était l'animateur principal, Clyde Geronimi, qui allait un solide réalisateur de la firme de Burbank durant une trentaine d'années. Sinon, les noms de Ray Abrams et Fred "Tex" Avery sont également ceux de futurs animateurs et réalisateurs de talent...
C'est en 1927 que Ub Iwerks et Walt Disney ont créé ce personnage, qui sera ensuite distribué par Universal. Mais le personnage s'avérant insatisfaisant, Disney va demander à Iwerks de revoir sa copie, avec, je ne sais pas, moi, une souris par exemple?
Donc bonjour Mickey, exit Oswald: celui-ci, dans un premier temps, a été continué pour alimenter les programmes Universal, ce qui explique qu'on en ait quelques minutes en ouverture de l'extravagant musical en Technicolor consacré à la musique de Paul Whiteman, The King of jazz.
Dans ce film produit dans la foulée, Oswald cherche à se pendre. Il est secouru par rien moins que Paul Whiteman, qui chante et danse avec lui, avant qu'ils décident de ne plus être copains. Du coup, le chef d'orchestre essaie de pendre le lapin...
Vous avez bien lu: on est bien loin de l'esprit policé des dessins animés ultérieurs! Mais il ne faut surtout pas chercher la cohérence dans un court métrage d'animation des débuts du sonore, où chaque geste est d'abord pensé en fonction de la synchronisation, et non afin de donner libre cours à la motivation d'un personnage! Et le film avait probablement pour fonction d'être une sorte de publicité subliminale pour le dispendieux musical... dont il recycle quelques éléments d'animation. Notons pour finir que parmi les animateurs de ce film, figurent Clyde Geronimi (futur animateur et réalisateur chez Disney), mais aussi Ray Abrams (Qui allait, lui, travailler un peu partout, dont la MGM à l'époque de Tex Avery).
D'un côté, il y a le fait que ces films sans queue ni tête qui tournent autour de la cohabitation entre humains et personnages de cartoons, depuis Who framed Roger Rabbit, ne parviennent pas à renouveler l'apport essentiel du film de Zemeckis, qui reste la référence du genre, et ne devrait pas avoir à subir de concurrence.
Sans parler du fait que le plus souvent, l'intrigue n'est qu'un prétexte et ne vaut pas tripette, et qu'en plus on a le sentiment que les acteurs qui jouent das ces films ont été punis...
Alors je ne parlerai pas de l'intrigue, je me contenterai de dire qu'elle est un énième prétexte à virer Daffy Duck, à afficher sa tendance à être jaloux de Bugs Bunny, et sinon, qu'on y voir Steven Martin dans ce qui est sans doute son rôle le plus atroce. Même si cette fois, en revanche, c'est volontaire...
Mais c'est un film de Joe Dante, l'enfant terrible déchu, qui a accepté le défi, non seulement parce qu'il fait bien vivre, mais aussi parce qu'il lui permettait de rendre un hommage vibrant à Chuck Jones. Après tout, pourquoi pas? Mais qu'il est loin, le temps de Matinée, de The howling, ou de The Burbs.
A 1:29 dans ce cartoon tardif, le coyote est pris dans un engrenage de désastres particulièrement impressionnant: juché en haut d'un rocher que le décorateur Maurice Noble a rendu très risqué, il s'apprête à utiliser un arc... Mais se prend l'élastique en pleine poire, et par conséquent, tombe. Le gag aurait du s'arrêter là, mais en tombant, l'arc s'accroche sur un piton rocheux. L'effet d'élasticité propulse alors le coyote sur un autre piton rocheux auquel il tente de s'accrocher... Le premier roc casse, et l'élastique ramène alors le bout de rocher sur le coyote, l'écrasant. Là encore on aurait pu s'en contenter... mais pas Chuck Jones. Par enchaînement, le piton rocheux qui vient de subir un choc se casse à son tour, et le coyote, pris en sandwich entre deux fragments de roche, tombe donc. Le gag rebondit encore deux ou trois fois avant d'aboutir.
C'est le meilleur moment d'un film qui n'apporte rien, ni ne retranche rien, à la légende du coyote qui n'arrive pas à attraper son déjeuner. Si ce n'est le fait que désormais Michael Maltese est loin, et sinon, le style évolutif de Chuck Jones (en partenariat, désormais, avec son animateur numéro 1, Abe Levitow) est moins attractif que par le passé...
Dans ce douzième cartoon des aventures du coyote, Michael Maltese et Chuck Jones ont décidé de varier le début d'une manière inattendue: en lieu et place d'une exposition, l'ouverture se fait, avant même l'arrivée du titre, sur un gag en cours... Qui va comme d'habitude se terminer sur une défaite cuisante pour l'animal, cela va sans dire.
La suite est conforme à ce qui était attendu: des gags courts et longs, des plans élaborés à l'aide de matériel acheté chez Acme, et souvent spécialisé (un "élastique pour attraper les Roadrunners", par exemple!); des chutes qui se terminent par des nuages de poussière vus de très haut, en plongée, et des enchaînements savants d'ennuis compliqués...
Mais à cette période, Jones qui s'apprêtait en compagnie de son animateur Abe Levitow a changer considérablement sa manière (en rendant ses animaux plus touffus notamment, et ses humains plus anguleux), a permis à Maurice Noble, le décorateur des films, de rendre son désert de plus en plus abstrait, et l'artiste s'est fait plaisir avec les rochers en équilibre fragile, notamment...
Autre changement notable: alors que les dessins animés avaient toujours gardé une sorte de logique globale, fut-elle fragile, les auteurs s'évertuent à trouver pour varier les gags des choses de plus en plus farfelues: ici, les "graines de tornade". Pourquoi pas?