S'il est un personnage de dessin animé qui a fait comme il le fallait la promotion de la chasse (c'est à dire en s'en moquant avec classe), c'est bien Bugs Bunny. On retient bien sûr la prépondérance des rencontres sur le terrain de Bugs Bunny (avec ou sans Daffy Duck) et d'Elmer Fudd... Mais ce film de Friz Freleng est différent...
Non, Elmer contre Bugs, c'est vraiment l'affaire de Chuck Jones (Rabbit fire). En choisissant d'opposer son lapin à Yosemite Sam, Freleng est à son affaire, lui qui a créé le petit bandit (qu'il soit cow-boy, pirate ou comme ici, chasseur, c'est à dire un insupportable bas du front) justement pour bénéficier du concentré explosif de colère et de petite taille du personnage aux favoris extrèmement roux...
Et donc, Bugs Bunny est tranquille à vaquer à ses occupations (la préparation de carottes rôties au feu de bois), quand Sam arrive et décide de chasser le lapin. S'ensuivront donc des aventures cocasses et délectables, avec le timing impeccable qui est la marque du réalisateur.
Le début en particulier, qui tourne autour d'un fusil aux proporiétés étranges, est éblouissant... Quant à la fin, pour une fois, néanmoins... mais non. Regardez par vous même...
Parmi les partenaires de Bugs Bunny dans les films de Chuck Jones, celui-ci est assez rare: le petit pingouin "Playboy" est présent en tout et pour tout dans deux films, dans lesquels Bugs Bunny l'aide à retrouver son chemin... L'autre s'intitule Frigid Hare.
Dans celui-ci, le pingouin est laissé par les responsables du cirque qui l'emploient et Bugs s'évertue à le ramener au Pôle Sud, ignorant que l'oiseau est natif de Hoboken, New York...
C'est très drôle, le ressort comique reposant beaucoup sur le contraste entre le lapin sarcastique et le petit oiseau souvent larmoyant... La comparaison entre le pingouin et un poulet, qui crée un gag récurrent, donne aussi une coloration absurde au film. L'apparition tout aussi récurrente de Humprhey Bogart, en vagabond à la "Sierra Madre", est par contre assez irritante...
Devenu star, Bugs Bunny prend quelques minutes pour répondre aux journalistes... Il leur livre un récit édifiant d'un classicisme rigolard, dans lequel il a monté les échelons de la célébrité, à travers quelques anecdotes.
C'est un assez bon film, globalement, qui montre Bugs Bunny en star installée, un rien hautain, et le caractère qui est le sien est en parfaite adéquation avec ce parcours ironique... On trouve un peu ici l'esprit des flash-backs des premières bobines de Singin' in the rain... Et puis le "partenariat" avec Elmer Fudd y est gentiment moqué dans une absurde séquence de comédie musicale.
Dans un château médiéval, un valet offense un chevalier... Ils vont se battre en duel. Le valet c'est Bugs Bunny, et le chevalier va donc souffrir,en dépit des anticipations de la foule...
Film plutôt pépère, Freleng y développe sa conception du personnage, un trublion qui s'autorise tout sans aucun scrupule, our tenir le choc contre des méchants toujours plus bêtes que dangereux... Comme l'équipe du metteur en scène ne respecte rien, le lieu du duel devient assez rapidement un stade avec un commentateur à micro!
C'est donc l'un des premiers Bugs Bunny "médiévaux", et il y en aura d'autres, le lus souvent dus à friz Freleng et Chuck Jones.
Bugs Bunny se réfugie pour la nuit dans une maison, sans savoir qu'il s'agit du repaire d'un duo de bandits, Rocky (caricature de Edward G. Robinson) et Hugo (caricature de Peter Lorre). Il va vite ne faire qu'une bouchée des deux malfrats...
C'est un film rigolo, mais assez vide: on devine très vite que Bugs Bunny va se payer les deux bandits, qui n'ont aucune chance. Du reste, "Peter Lorre" s'échappe très vite, et il reste une caricature de Robinson qui est assez plate si on la compare à ce qu'en faisait notamment Tex Avery (Thugs with dirty mugs)...
Ce film aura au moins une descendance, avec des courts métrages qui mettront Bugs Bunny aux prises avec des malfrats, mais Freleng s'y abstiendra de passer ar les caricatures, en créant des personnages pérennes, Rocky et Mugsy (Bugs and thugs)...
Celui-ci est un classique: superbement animé, il nous montre Bugs aux prises avec un savant fou qui est une magnifique caricature de Peter Lorre, mais aussi un monstre inclassable, sorte de boule de poils géante, qui préfigure en rigolo le terrifiant monstre de l'Id de Forbidden Planet.
...Avec une paire de baskets.
Voilà, ces films à l'animation fluide et inventive nous offrent comme un véritable age d'or, une période durant laquelle d'ailleurs les animateurs n'avaient pas peur de s'écarter des modèles établis: ainsi le lapin de CHuck Jones est il plus petit que celui de Freleng, McKimson et Clampett. Un choix délibéré pour Jones qui aimait opposer Bugs Bunny à des immenses costauds baraqués de partout sauf du cervelet: le monstre rouge cité plus haut, par exemple, ou le grand Nasty Canasta... Et ces six films sont autant de classiques.
Dans un laboratoire, un scientifique plus qu'excentrique a trouvé la formule de carottes modifiées qui transforment le premier lapin venu en superlapin.
Typiquement, le film nous montre Bugs qui non seulement apprécie le cadeau, mais en plus embrasse la cause de la défense du bien avec une belle énergie. Ca ne va pas très loin, mais rien que pour le costume trois fois trop grand, c'est à voir.
Et c'est assez indicatif de l'importance contemporaine de Superman, pourtant une création assez récente. Quant à la fin, elle nous rappelle qu'il y a, quelque part, une guerre à gagner, et que les animateurs de la Warner ont été eu aussi mobilisés à leur façon.
Comme dans la plupart des contes revisités par Chuck Jones et en particulier ceux qui présentent un rôle pour Bugs Bunny, ce film passe son temps à souligner sa condition de narration.
Ainsi les trois ours (Une création de Jones qui les réutilisera, en particulier le père interprété par mel Blanc et le fils idiot doublé par Stan Freberg, anticipant sur de nombreuses grandes choses, notamment la rivalité... entre Joe et Averell Dalton dans l'évangile selon Morris et Goscinny) décident ils pour contrer la fin de recréer le conte de Boucle d'Or, mais comme ils utilisent une soupe de carottes, leur visiteur sera bien sûr Bugs Bunny. Beaucoup de bonnes choses, mais ce qui est le plus frappant, c'est la façon dont le film va dévier vers le graveleux... Avec une certaine gourmandise.
Les trois ours deviendront d'ailleurs un trio récurrent à part entière, avec une dynamique toujours plus précise entre le père et le fils crétin, la mère abandonnera par contre très vite toute prétention à servir à autre chose qu'à remplir la scène...
Tom poursuit Jerry, encouragé par Mammy Two-Shoes: pour l'aider celle-ci tente d'attaquer la souris avec un balai, et donne un coup particulièrement bien asséné... au chat. Celui-ci en devient amnésique et se prend pour une souris... Ce que Jerry va moyennement apprécier, puisque même en souris, Tom n'est pas partageur. Jerry mais aussi Mammy-Two-Shoes tentent donc, chacun de son côté, de redonner le sens de la vie à Tom, ce qui passe inévitablement par des coups sur la tête...
De la violence, donc, beaucoup de violence: on est bien chez Tom et Jerry! C'est loufoque au possible, et ça a l'énorme avantage, outre d'être un film "convenablement dingo", selon la formule de feu Boris Vian, d'être unique en son genre... La logique implacable de la série est respectée jusqu'au bout, et on admirera la fin ouverte...
Tom et Jerry, en pleine poursuite comme d'habitude, vont croiser le chien Butch et son petit qui vaquent à leurs occupations quotidiennes, et ça ne va pas se passer très bien pour Tom... Butch fait savoir qu'il est interdit de toucher à son fils.
C'est un canevas assez récurrent, dans lequel Jerry est amené, soit à chercher protection auprès des deux chiens, soit comme ici à laisser faire la nature, la malchance de Tom et surtout l'agressivité méthodique du chien! Un passage hilarant montre Tom qui se retrouve avec le chiot, qu'il camoufle en le faisant passer pour une poule...
Sinon, le film est tellement salissant, qu'il se finira pour Tom dans une machine à laver...