Dans un laboratoire, un scientifique plus qu'excentrique a trouvé la formule de carottes modifiées qui transforment le premier lapin venu en superlapin.
Typiquement, le film nous montre Bugs qui non seulement apprécie le cadeau, mais en plus embrasse la cause de la défense du bien avec une belle énergie. Ca ne va pas très loin, mais rien que pour le costume trois fois trop grand, c'est à voir.
Et c'est assez indicatif de l'importance contemporaine de Superman, pourtant une création assez récente. Quant à la fin, elle nous rappelle qu'il y a, quelque part, une guerre à gagner, et que les animateurs de la Warner ont été eu aussi mobilisés à leur façon.
Comme dans la plupart des contes revisités par Chuck Jones et en particulier ceux qui présentent un rôle pour Bugs Bunny, ce film passe son temps à souligner sa condition de narration.
Ainsi les trois ours (Une création de Jones qui les réutilisera, en particulier le père interprété par mel Blanc et le fils idiot doublé par Stan Freberg, anticipant sur de nombreuses grandes choses, notamment la rivalité... entre Joe et Averell Dalton dans l'évangile selon Morris et Goscinny) décident ils pour contrer la fin de recréer le conte de Boucle d'Or, mais comme ils utilisent une soupe de carottes, leur visiteur sera bien sûr Bugs Bunny. Beaucoup de bonnes choses, mais ce qui est le plus frappant, c'est la façon dont le film va dévier vers le graveleux... Avec une certaine gourmandise.
Les trois ours deviendront d'ailleurs un trio récurrent à part entière, avec une dynamique toujours plus précise entre le père et le fils crétin, la mère abandonnera par contre très vite toute prétention à servir à autre chose qu'à remplir la scène...
Tom poursuit Jerry, encouragé par Mammy Two-Shoes: pour l'aider celle-ci tente d'attaquer la souris avec un balai, et donne un coup particulièrement bien asséné... au chat. Celui-ci en devient amnésique et se prend pour une souris... Ce que Jerry va moyennement apprécier, puisque même en souris, Tom n'est pas partageur. Jerry mais aussi Mammy-Two-Shoes tentent donc, chacun de son côté, de redonner le sens de la vie à Tom, ce qui passe inévitablement par des coups sur la tête...
De la violence, donc, beaucoup de violence: on est bien chez Tom et Jerry! C'est loufoque au possible, et ça a l'énorme avantage, outre d'être un film "convenablement dingo", selon la formule de feu Boris Vian, d'être unique en son genre... La logique implacable de la série est respectée jusqu'au bout, et on admirera la fin ouverte...
Tom et Jerry, en pleine poursuite comme d'habitude, vont croiser le chien Butch et son petit qui vaquent à leurs occupations quotidiennes, et ça ne va pas se passer très bien pour Tom... Butch fait savoir qu'il est interdit de toucher à son fils.
C'est un canevas assez récurrent, dans lequel Jerry est amené, soit à chercher protection auprès des deux chiens, soit comme ici à laisser faire la nature, la malchance de Tom et surtout l'agressivité méthodique du chien! Un passage hilarant montre Tom qui se retrouve avec le chiot, qu'il camoufle en le faisant passer pour une poule...
Sinon, le film est tellement salissant, qu'il se finira pour Tom dans une machine à laver...
Tom est un naufragé solitaire, et il commence à souffrir de la chaleur, d'épuisement, et surtout de faim. Il aborde une île, et il y découvre... un Jerry-Vendredi, dont il ferait bien son dîner. Mais la souris, pour se défendre, décide de se faire passer pour une souris sauvage et cannibale... Sans savoir que l'île est habitée par une tribu d'hommes de petite taille, qui ont sérieusement les crocs...
On ne va pas s'étonner trop de ne pas l'avoir beaucoup vu ces dernières années, celui-ci: l'occurrence de Jerry en black face (voire black body), les clichés délirants sur les tribus cannibales (l'os dans les cheveux, le pagne, et la syntaxe défaillante: "Cat Barbecue") garantissaient apriori à ce film foutraque et décérébré d'être enfermé à double tour dans un purgatoire conséquent... Mais est-il drôle?
Tom a beaucoup célébré la nuit précédente, et rentre au petit matin, totalement fatigué. Mais Mammy-two-shoes lui fait comprendre qu'il n'a pas intérêt à s'endormir sur son travail: il a une souris à attraper. Jerry qui a compris sa chance, fait tout au contraire pour qu'il s'assoupisse...
C'est une intéressante inversion de ces dessins animés dans lesquels la tâche (impossible) du héros est de ne pas révéiller un autre protagoniste. Ici, Jerry fait tout pout endormir Tom, qui justement ne demande que ça! C'est drôle, et enlevé.
Et l'invention permanente, de Tom comme des auteurs, est admirable. Des cure-dents utilisés pour garder les paupières ouvertes, au scotch pour les attacher à la nuque, tout y passe...
Jerry est tellement débordé à cause du comportement irritant de Tom, qu'il fait appel à son cousin "Muscles", qui est dans son quartier la terreur des chats... Fidèle à l'esprit de famille, Muscles répond favorablement à son invitation et vient régler son compte au chat...
Dès le départ de cet excellent cartoon, on fait la connaissance de Muscles, qui est un sosie de Jerry, mais doté de la voix d'un "tough guy", et habillé d'un pull distendu jaune, et d'un chapeau melon... C'est un peu lui le héros du film, Jerry disparaissant totalement ou presque, une souris apeurée.
Le thème de l'aide extérieure est élargi à Tom, qui fait lui aussi appel à des congénères, une société de chats-voyous qui sont supposés faire le ménage chez les souris.
Ils sont aussi supposés faire le poids, mais contre "Muscles"? Non, pas possible... Par contre, ce dernier est uniquement visible dans ce court métrage.
...Et donc, il y sera question de billard. C'est d'ailleurs le décmencheur: Tom joue au billard, eten envoyant boule après boule dans la machine, il dérange Jerry qui habite dans la table...
Le reste est une succession de gags tous plus logiques et absurdes les uns que les autres, qui montrent l'étendue de l'inventivité de Tom pour empêcher Jerry de trouver la quiétude, et la puissance de feu de Jerry quand on l'énerve!
Le degré d'invention dans la violence, et inévitablement de violence dans l'invention, dépass tout ce qu'on a vu jusqu'à présent... La salle de billard a particulièrement inspiré les réalisateurs et les animateurs, notamment en fournissant la présence logique d'objets et machines qui fournissent de la nouveauté (le distributeur de sodas est un bon exemple) et toutes les variations sur les manoeuvres de billard permettant de toucher dirctement à la physionomie du pauvre Tom sont très impressionnants...
Tom se rend chez la belle Toodles, une jeune chatte blanche raffinée... Il lui offre Jerry, enrubanné, qui n'est pas forcément décidé à se laisser faire et va avertir "la concurrence": un autre chat, le vagabond Butch, qui n'y va pas par le dos de la cuiller...
On a déjà vu ce genre de situation, dans laquelle Tom tente de séduire une jeune chatte, et c'est la première fois que le rival principal n'est pas Jerry lui-même (même si...), mais un autre chat. Celui-ci inspire sérieusement les animateurs... La véritable interaction entre Tom et Jerry est limitée au maximum, mais le face à face Tom / Butch ne manque pas de relief...
Tout part d'un larcin... Tom se sert une cuisse de poulet alors que la bestiole sort juste du four, et il fait suffisamment de bruit pour alerter Mammy Two-shoes. Quand celle-ci intervient, il fait accuser Jerry, pris la patte sur la cuisse, et le chat expulse manu militari la souris... pour mieux reprendre le poulet, qu'il dévore en un clin d'oeil.
Jerry prend acte, s'avise de la présence de Spike, le gros bull-dog, et il conçoit un plan très simple pour sa vengeance: tout faire pour que Spike en ait après Tom. Il suffira d'un os.
C'est éblouissant, et ça le serait sans doute bien plus encore s'il n'y avait eu une transgression majeure: Tom parle! Si on oublie cette franche faute de goût, c'est une constante montée en gamme de la violence inter-animale, entre le chat qui ne comprend rien à ce qui lui arrive, et un gros chien particulièrement jaloux de son os... A la fin, Hanna et Barbera font s'éloigner les trois protagonistes, plutôt que de tenter de trouver un final à l'escalade... Sage décision.
Note à l'usage des non-linguistes et autres béotiens de la langue de Droopy: to frame ne veut pas seulement dire "encadrer", mais peut aussi servir à désigner la manoeuvre qui consiste à porter une faute sur la personne qui ne l'a pas commise...