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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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8 juin 2019 6 08 /06 /juin /2019 16:46

En cette fin des années 40, Walsh est amené à refaire ses propres films à la Warner: ce n'était pas spécifique au metteur en scène de Gentleman Jim, du reste: n'avait-il pas, avec Background to danger (1943) et They died with their boots on (1942), revisité Casablanca (1942) et The charge of the light brigade (1936), respectivement, tous les deux de Michael Curtiz? Et ce dernier n'avait-il pas à son tour, en 1944, partiellement refait Casablanca avec Passage to Marseilles

Mais si Walsh revisite en mode mou The strawberry blonde dans One Sunday afternoon (1948), il va mettre beaucoup plus de lui-même dans ce film: Joel McCrea y incarne Wes McQueen, un bandit qui s'évade de prison juste avant son transfert dans une grande ville, et cette évasion est favorisée par un ancien associé, dans le but de profiter de l'expertise de McQueen pour un cambriolage de train. Le coup va être réussi, mais tournera au désastre en raison de l'incapacité et de la duplicité des associés de Wes...

Dans High Sierra, impeccable film noir, Humphrey Bogart incarnait un bandit d'un autre âge qui tentait malgré tout de trouver s place au soleil, se trompait de muse, et finissait par trouver l'amour avec Ida Lupino, juste avant d'accomplir son destin au pied d'une montagne. L'Amérique semblait continuer sans lui, alors que dans Colorado Territory (dont le final grandiose reste le plus beau moment du film) on a le sentiment que le monde qui entoure Wes McQueen disparaît avec lui... A Ida Lupino, succède Virginia Mayo, qui est excellente en sauvageonne revenue de tout, avec une sensualité à fleur de peau; elle est la première d'une série de jeunes héroïnes avec lesquelles Walsh va pousser un certain nombre de coups de boutoirs sur la censure tatillonne des années 40 et 50...

Quant à ce film, qui raconte à peu près la même histoire mais entièrement adaptée au western, il ne s'imposait certes pas, et il n'apporte sans doute pas grand chose ni à l'histoire initiale, ni au personnage. La rédemption offerte au personnage, thème éminemment Walshien par excellence, passe ici par un don inattendu fait par les deux personnages principaux à une église, dont la cloche sonne au final... Sans doute Bogart est-il largement au-dessus de McCrea, mais cette fin à la fois baroque et digne finit par envelopper le film dans une vision de tragédie qui emporte tout sur son passage...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 16:34

Au terme de six années de collaboration entre les deux hommes, Raoul Walsh et Errol Flynn ont donc tourné ce dernier western ensemble, un genre qui leur convenait à tous deux, mais dont il n'auront pas pu sacrifier très souvent l'un avec l'autre: l'unique autre expérience du duo en la matière est cette merveilleuse épopée, They died with their boots on. Flynn était content d'avoir échangé Michael Curtiz contre Walsh: il pouvait enfin sympathiser avec son metteur en scène et se sentait épaulé, plus que jeté dans l'arène, à charge pour les acteurs de se débrouiller sans le réalisateur. C'est du moins ce qu'ont ressenti de nombreux acteurs sous contrat à la Warner qui ont tourné avec le Hongrois génial mais ombrageux... 

Et puis Flynn en avait assez de jouer les Robin Hood, les vaillants Capitaines Blood ou les Aigles de mers, vertueux et dotés d'un code d'honneur même dans la piraterie! Certes, il allait jouer des héros avec Walsh aussi. Mais les personnages qu'il va interpréter dans ces sept films (sauf peut-être l'officier de Objective Burma, et l'Australien de Desperate journey) ont leurs zones d'ombre: Custer est épouvantablement vaniteux, Corbett manipulateur et porté sur une exagération systématique qui le met en avant en toutes circonstances; dans Northern pursuit, on soupçonne le canadien d'origine Allemande d'allégeance au nazisme; dans Uncertain glory, Jean Picard est une fripouille... Pire, c'est un assassin! mais à chaque fois, il va finir le film par une mort héroïque, ou a tout prendre, une rédemption bien assumée.

Et justement, la rédemption est un thème éminemment Walshien, qui l'a donc illustré dans Uncertain glory, mais aussi à travers Arthur Kennedy dans They died with their boots on, et on peut ajouter les héros de The roaring twenties, High sierra, et bien d'autres. Mike McComb, dans Silver River, en fait partie: il est un officier de la guerre civile qui a un jour pris une bien mauvaise décision, mais qu'il estimait juste. Il a brûlé la paie des soldats (un million de dollars) pour qu'elle ne tombe pas aux mains des hommes de Jeb Stuart (un officier Sudiste interprété au passage par Flynn dans Santa Fe Trail de Curtiz); mais le geste lui a valu promptement une dégradation, que McComb a fait suivre d'une descente aux enfers d'un style bien personnel: il est devenu en fondant un saloon, le maître du jeu à Silver River, une ville située près de mines d'argent, et dont il ne va pas tarder à devenir le  maître tout court...

Walsh choisit une narration parfois assez ironique, ayant sélectionné pour permettre au public de s'identifier (car il est difficile de s'identifier à Flynn dans ces circonstances) le personnage d'avocat interprété par Thomas Mitchell. Celui-ci prête sa bonhomie et son humanité au personnage, largement inspiré des rôles tenus par Mitchell chez Ford. Mais surtout, il va incarner la part positive de McComb, alors que ce dernier va multiplier les actes carnassiers: laisser le principal propriétaire minier se faire massacrer par les indiens, lui piquer son épouse (Ann Sheridan), et au final écraser toute opposition pour devenir le maître de la ville, allant jusqu'à promettre deux trois mots doux au président Grant, mais ces promesses ne seront pas tenues. Durant tout ce temps, Mitchell sera le baromètre de la popularité de McComb...

Sauf que dans l'ombre du spéculateur sas trop de scrupules, d'autres agissent, et ils sont pires. J'en profite au passage pour saluer la présence, comme dans tant de films parlants de Walsh, de Monte Blue, le grand acteur du muet, qui comme d'autres (Leo White qui est ici un barbier), a été sauvé de la misère par le metteur en scène qui lui confiant des apparitions dans presque tous ses films. Ici, son personnage de politicien est bien plus qu'une apparition. Et Walsh de nous montrer que si l'Amérique a souffert de la rapacité des hommes comme McComb, elle en a probablement eu besoin. Mais il réserve ses coups de griffe pour les profiteurs de tous poils, qui sont prêts à aller jusqu'au meurtre... 

Ainsi le film obéit-il à une sorte de structure en grandeur et décadence, suivie... de rédemption, bien sûr, car c'est dans l'ombre de son double positif, l'avocat Plato Beck, l'homme qui a osé briser les secrets du 'grand homme' McComb, que ce dernier va enfin prendre sa vraie place dans la communauté de Silver River, songeant enfin au bien commun et non à sa seule personne. A ses côtés, son épouse Georgia interprétée par Ann Sheridan. Du coup, le film prend son temps, mais Walsh fait monter la pression jusqu'aux dernières scènes, dans lesquelles l'intrigue se pare des couleurs sociales des plus belles heures de la Warner...

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 16:43

1867: un joueur qui vient de ratisser un certain nombre de notables dans une ville de la frontière, se retrouve coincé: s'il veut qu'on lui laisse la liberté, il devra accepter une mission dangereuse. Il doit enquêter incognito et trouver l'identité du voleur mystérieux qui dévalise la Wells Fargo depuis quelques temps. Systématiquement, les diligences se retrouvent détroussées, sans que quiconque s'en soit approché, et le seul indice est un petit poème, laissé au fond des coffres vides... Jim Wylie, qui tient autant à la liberté qu'à ses cartes, accepte et part pour Cheyenne, la ville autour de laquelle les derniers hold-ups ont gravité...

C'est l'histoire de Black Bart qui a inspiré le scénario de ce film. Charles Boles (1828 - ?) était en effet un citadin qui avait suffisamment de renseignements sur les déplacements des diligences, pour ensuite se servir lui-même, en opérant des attaques à main armées, très théâtralisées: il était masqué, et avait lui aussi cette petite manie de laisser de courtes poésies, souvent tournées autour d'une petite vulgarité. Mais on attendrait de Walsh un film enlevé, et... celui-ci ne l'est pas du tout.

Le problème, c'est la multiplication des problèmes justement: plusieurs femmes, plusieurs bandits, plusieurs bandes, plusieurs missions... et au milieu, une énigme qui finit d'en être une, car on apprend assez vite qui est ce "Poet" recherché par toutes les polices, et on en vient d'ailleurs à se demander comment ils ont fait pour ne pas comprendre! Tout cela n'est pas très sérieux, comme ce personnage principal mal défendu par Dennis Morgan, plus prompt à flirter sans vergogne avec Jane Wyman, qu'à faire son travail de héros. Et la confusion s'installe lorsque le "poet" que tout le monde recherche s'avère être un filou assez sympathique. C'est le problème lorsqu'un film cherche à lancer un bandit aux trousses d'un autre bandit. On se rattrapera avec d'autres westerns de Walsh, à n'en pas douter.

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western
17 mai 2019 5 17 /05 /mai /2019 16:21

Avant de s'attaquer à ce qui est un admirable monument, considérons un instant l'histoire, la vraie. Celle avec un grand H... Quand Custer meurt à Little Big Horn, c'est la dernière chance d'un homme que la politique Américaine a sévèrement rejeté, qui a trop longtemps été considéré comme non fiable, et qui meurt d'envie de devenir le président des Etats-Unis. Militaire compétent mais impulsif, il a gagné des médailles pour le Nord durant la guerre de Sécession, mais la vie civile ne lui a pas été clémente. Il a vu d'un oeil de plus en plus jaloux le général Grant, ancien alcoolique notoire, devenir président en 1868, 'est s'est dit que son tour viendrait. Mais plus soucieux de son image, de sa publicité que de stratégie ou de plan à long terme, il n'a pas réussi à s'imposer... La bataille de Little Big Horn, c'est donc un cas atterrant de manque total d'intelligence, de forfanterie, et d'aveuglement, qu'une publicité posthume a transformé en sacrifice divin: la vérité, c'est que Custer refusait d'ouvrir les yeux devant le fait que ses 700 hommes, face aux milliers d'Indiens exceptionnellement unis entre trois branches normalement antagonistes, ne faisaient tout bonnement pas le poids, et que non, une fois confrontés aux demi-dieux blancs et blonds, les hommes rouges n'allaient pas battre en retraite. Il a donc, par sa bêtise, sur un coup de poker, envoyé plus de trois cents bonshommes à la mort, et forcé le gouvernement Américain, pour gérer la confusion qui s'ensuivit, à pendre des mesures encore plus féroces contre les Sioux vainqueurs... Bref, Custer, historiquement, est une nuisance, qu'on a trop facilement transformé en un héros... un peu à la façon d'un Napoléon, le chapeau à la con en moins...

Venons en au film, qui prend le contre-pied, s'assoit allègrement sur l'histoire, et propose un spectacle western de toute beauté. Walsh est un artisan de l'histoire, avec un petit h, il en a raconté toute sa vie, a aussi menti toute sa vie, comme tant d'autres, et ses contes ne sont pas près de nous lasser, donc on ne va pas, pour une fois, se plaindre, ou alors il faudrait jeter tous les westerns! Car je ne sais pas si vous le savez, mais un western, c'est forcément un ramassis de stupidité, et si ce film ment, c'est en nous montrant la politique politicienne qui n'hésite pas à s'asseoir sur un traité de paix avec les Indiens, pour protéger des intérêts privés... Ce 'est un mensonge que par déplacement, et si on fait de ce pauvre imbécile de Custer un chevalier blanc tentant de protéger les intérêts des Indiens, et se sacrifiant plutôt que de cautionner le mal qui leur est fait, interprété par Errol Flynn qui plus est, c'est historiquement faux, mais tout à fait valide de mon point de vue!

Donc, on suit Custer, de son arrivée à West Point en 1857 jusqu'à Little Big Horn, 19 ans plus tard. On voit comment le cadet incorrigible, impétueux, mais sympathique gaillard se voit dépêché à Washington avant la fin de ses études par les dirigeants de l'école comme un officier potentiel, et ruser pour obtenir un poste. On le voit changer la donne à Gettysburg, courtiser Olivia de Havilland, à laquelle je souhaite à nouveau un bon anniversaire puisqu'elle eu 100 ans hier, on le voit, et c'est Errol Flynn! Et Flynn plus Raoul Walsh, dont c'était la première collaboration, c'est un alliage fantastique. C'était un film, une fois de plus, prévu pour Michael Curtiz, mais Flynn y a mis son veto (Lassé de servir un metteur en scène certes génial, mais qui ne savait qu'aboyer sur les acteurs), et je pense que le film en a bénéficié: Walsh, depuis The birth of a nation sur lequel il était en charge de la coordination des batailles, est parfaitement dans son élément dans ce genre de film, et le montre en permanence. Tout ici est fait pour nous agripper, et ne plus nous lâcher avant la fin du film, qui bien sur passe par une spectaculaire et galvanisante reconstitution de la boucherie de Little Big Horn...

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western Olivia de Havilland
4 mai 2019 6 04 /05 /mai /2019 12:16

Situé dans la filmographie de son réalisateur juste après la plénitude de The Roaring Twenties, ce film est une toute autre paire de manches... Un contrat probablement signé avec la Republic et avec John Wayne, la toute nouvelle étoile montante du western en renouveau, alors que Walsh était encore incertain sur l'avenir de sa carrière. Du coup, s'il est évident que le metteur en scène s'est plus à mettre en images une petite communauté bourgeonnante de l'Ouest en devenir, l'intrigue de ce film lui a échappé, probablement par ennui, et on y décèle surtout la confusion des idées politiques de son acteur principal... Ce qui on le reconnaîtra facilement, n'est pas une bonne nouvelle.

The Dark Command est situé dans le Kansas des prémices de la Guerre de Sécession, alors que le Nord et le Sud affûtaient leur couteaux, et que certains territoires, dont le Kansas était le plus représentatif, se construisaient, sans avoir pleinement choisi entre défendre l'esclavage ou défendre l'Union. Un cow-boy (Wayne) vient s'y installer, et va devenir marshall, entrant en concurrence avec un maître d'école (Walter Pidgeon) acquis à la cause Sudiste, pour les beaux yeux de Claire Trevor.

Le maître d'école est un démarquage du personnage sulfureux de William Quantrill, un homme acquis à la cause du Sud, mais surtout attiré par le profit qu'il pouvait tirer de pillages peu scrupuleux. Dans ce film il se mue en un intellectuel frustré qui mesure mal sa propre volonté de puissance... Et Walter Pidgeon ne parvient pas à lui donner toute la puissance voulue, pour commencer, ce qui rend le film très confus. Mais surtout le personnage de Wayne, représentant la force angélique du minus habens (et fier de l'être), se place dans une glorification du débile profond, opposé à cet être maléfique, l'intellectuel, qui devrait nous faire rire si elle n'était constamment affligeante. On peut passer son chemin, ou regarder les trente première minutes, Walsh s'y est (un peu) amusé.

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Western John Wayne
27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 16:06

Ce western spectaculaire est à la fois la marque de l'intention d'un producteur (William Fox) et d'un metteur en scène (Raoul Walsh) de donner une véritable noblesse au genre, d'une part, et le chant du cygne des histoires de l'ouest sauvage telles qu'elles ont été contées durant les années 20: de The covered wagon à The Big Trail, en effet, c'est tout un pan du western "pionnier" qui se dessine, à l'opposé des films plus crus, plus intimistes, tournés par wagons entiers de bobines à la Universal depuis les années 10, mais aussi par Cecil B. DeMille ou Thomas Ince. Mais si ce courant a disparu, c'est effectivement non seulement au désintérêt du public (Three bad men, de Ford, avait été un relatif insuccès commercial alors que deux ans plus tôt The iron horse avait lui été un énorme succès), à la méfiance des producteurs qui sentaient passer la note, mais aussi et surtout à l'échec public de ce film qu'il le doit...

Une caravane massive se prépare à amener des pionniers vers l'Oregon, à l'assaut des rivières, forêts, tribus Indiennes, et montagnes qui leurs barrent la route. Celle-ci ne sera pas de tout repos, car en plus de tous ces dangers, l'homme qui conduit tout ce troupeau hétéroclite de pionniers, d'immigrants, et d'animaux, est un bandit, le redoutable Red Flack (Tyrone Power, Sr), assisté de son âme damnée Lopez (Charlie Stevens) et du joueur professionnel Thorpe (Ian Keith), un Sudiste qui semble fuir le Sud plutôt que d'y retourner... Heureusement, Breck Coleman (John Wayne) veille: c'est un homme attaché à la caravane pour faciliter les échanges et le dialogue avec les populations Indiennes, et il est droit, franc, et a en plus un compte à régler avec Flack et Lopez... de plus, il s'intéresse de près à la jolie Ruth Cameron (Marguerite Churchill), l'une des pionnières du convoi...

C'est merveilleux: non seulement dans ce film à la durée spectaculaire, tourné en écran large (Le procédé 65mm Grandeur, un ancêtre du 70mm et du cinémascope), on assiste avec bonheur à tous les passages obligés de ce type de récit, racontés de main de maître par un génie du cinéma d'action, mais ce dernier a réussi à convaincre le studio de lui laisser carte blanche. Ainsi, dans une production hallucinante qui oblige déjà l'équipe à véhiculer des chariots, des troupeaux, et des gens sur des routes aussi proches des pistes originales que possible, à tourner en séquence c'est à dire de façon chronologique afin de profiter au mieux des paysages et de permettre aux acteurs un certain confort dans la continuité de leur rôle, Walsh improvise des séquences entières lorsque le paysage l'inspire, et il s'imprègne en permanence de l'esprit pionnier! C'est un film qui a beau conter une histoire du XIXe siècle, on y retrouve l'exploit qui a consisté à faire ce film dans la magnifique nature Américaine, armé en prime d'un système de prise de vue qui était particulièrement inconfortable... Sans parler du son! Walsh passe son temps à se jouer de la difficulté de l'écran large, dont il fait de remarquables compositions, tout en maintenant sur deux heures un rythme soutenu.

Et cela va sans dire (C'est souvent la seule chose qu'on a à dire sur le film, et ça me semble un peu court tant son souffle épique est communicatif), Wayne est impeccable, ne se doutant sans doute pas qu'après ce rôle de premier plan dans un film spectaculaire, il serait obligé de passer 9 années au purgatoire des productions médiocres... Et Walsh d'ailleurs allait être aussi mal loti, comme du reste le western dans son ensemble. Mais ce film est tellement enthousiasmant (Contrairement à l'insipide Cimarron,de Wesley Ruggles sorti l'année suivante et qui en dépit d'un Oscar non mérité n'allait pas pouvoir inverser la destinée du western) qu'on lui pardonnera volontiers les menus défauts que sont une diction parfois embarrassante, le parlant n'en était qu'à ses débuts, et une tendance à se réfugier derrière le concept si douteux de la Destinée manifeste: cette idée selon laquelle la destinée de l'homme blanc était de redessiner les contours du monde en conquérant l'Amérique. Billevesées et conventions: on a un western, un vrai, un beau, un grand.

The big trail (Raoul Walsh, 1930)
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Published by François Massarelli - dans Western Raoul Walsh Pre-code John Wayne
26 avril 2019 5 26 /04 /avril /2019 10:18

Fin décembre 1928, le film a été présenté et a été instantanément un triomphe: qu'on en juge: une année et quelques mois après The Jazz Singer de la Warner, la compagnie Fox pouvait se vanter d'avoir accompli une prouesse: un film 100% parlant, tourné en nombreux décors naturels et en son direct! Une obsession du studio, qui avait expérimenté sur plusieurs courts et moyens métrages avec les aléas du tournage parlant en extérieurs, et qui ne s'arrêterait pas là: The big trail (1930) est une épopée pour en témoigner.

Alors, Cummings ou Walsh, Walsh ou Cummings? Au départ, c'était le grand Raoul qui non seulement devait diriger le film, mais aussi interpréter le rôle du "héros" Cisco Kid. Quand il a eu un accident qui lui a d'ailleurs coûté son oeil, il a été remplacé par Cummings et le rôle a été repris par Warner Baxter. Maintenant, le film entier porte sa marque, à travers un certain nombre d'éléments: le picaresque, incarné ça et là par des acteurs qui sont ses copains (J. Farrell McDonald dans la séquence d'ouverture, James Marcus: tous deux composent des silhouettes de quidams inoubliables); les références à New York à travers le personnage de Edmund Lowe; et une multitude gags ethniques, références aux Irlandais, Chinois, Italiens, et Hispaniques qui peuplent l'Ouest de Walsh... 

Cette histoire de bandit au grand coeur, trahi par la femme qui l'aime mais qui s'en sort au prix d'un grand sacrifice, n'a bien sûr pas un gramme d'intérêt, et on en oubliera très vite les contours. Quand au reste, il remplit le contrat du film: ça parle. pas très bien, et les accents de Dorothy Burgess et Warner Baxter donnent envie d'abattre le troupeau, mais le public de 1928 a du être conquis! Reste la curiosité d'un film situé dans les grands espaces aux confins de Monument Valley et qui nous fait entendre les sons des chevaux, coups de feu et autres diligences. Le cinéma devait sans doute en passer par là.

11 années plus tard: Stagecoach.

 

 

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Published by François Massarelli - dans 1928 Western Raoul Walsh
1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 18:42

Si les films muets de Ford sont parmi les nombreuses victimes Américaines du temps qui passe, des deux périodes, Universal et Fox, c'est la première qui a le plus souffert. Très peu des films tournés à cette époque (1917-1919), souvent en compagnie de Harry Carey, n'ont survécu.

Mais on le sait, depuis la découverte dans les années 70 d'une copie de Straight shooting, on possède encore quelques belles pièces... Mais peu ont survécu dans une version intégrale: témoin ce By Indian post, film de 1919 dont on pense qu'il totalisait deux bobines, et dont seule une copie divisée de moitié est parvenue jusque à nous.

C'est Lobster, comme souvent, qui a remis en selle cette comédie mineure, mais qui montre bien à quel point Ford était déjà en pleine possession de se moyens dès qu'il s'agissait de faire dans le picaresque, avec cette légère histoire de courrier volé et de cow-boy amoureux, interprétée par Pete Morrison. Le soin apporté à montrer la vie dans une communauté soudée malgré les bisbilles est un trait qui reviendra jusqu'à la fin de sa carrière... Et si la comédie ici ne vole pas très haut, elle reste, de par sa vulgarité roborative, proche de ces écarts grossiers assumés dont le metteur en scène conservera l'habitude d'émailler ses films jusqu'à la fin de sa carrière. 

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Published by François Massarelli - dans Muet John Ford Comédie Western
1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 18:37

La redécouverte deBucking Broadway, un film de cinq bobines tourné en 1917, mais sorti en 1918, a permis de mettre la main sur un film qu'on qualifierait volontiers d'atypique aujourd'hui, si on oubliait qu'en ces années reculées, le western racontait des histoires souvent contemporaines...

Cheyenne Harry (Harry Carey) est amoureux de la fille du patron, mais celle-ci fuit à New York en compagnie d'un gandin, dont les intentions sont tout sauf honorables... Les cow-boys se ruent donc à New York, et font irruption sur Broadway pour récupérer la belle. une comédie donc, et empreinte de mélodrame contemporain typique, avec méchant à moustache! Le tout mâtiné de western, et bien mouvementé.

Mais le film possède aussi la grâce Fordienne en matière de représentation du groupe soudé de cow-boys, partageant tous l'amour de leur métier, des animaux. Un plan montre Harry et sa belle, chevauchant au premier plan, pendant que le troupeau s'étale au second plan. Un type de composition qu'on retrouve dans The searchers. Le lyrisme Fordien est déjà bien présent, savamment dosé, avec de grandes rasades de comédie picaresque, et des cowboys saouls qui chantent en choeur... Probablement avec l'accent Irlandais.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet John Ford Western 1917 **
3 février 2019 7 03 /02 /février /2019 16:32

A l'origine, je pense que ce film devait surtout être, dans l'esprit de son créateur principal David O. Selznick, une occasion de faire "un petit western", et en même temps un prétexte pour retravailler avec King Vidor, en souvenir de la petite escapade Polynésienne de Bird of Paradise (1932). Mais Selznick étant Selznick, ça a quelque peu dégénéré: plus de Technicolor, plus de stars, plus de scènes, plus d'érotisme bien lourd, plus de tout... Le résultat n'est pas, à mon sens, un film de Vidor. C'est du reste ce qu'en pensait le réalisateur lui-même. Ce n'est d'ailleurs pas non plus un film qu'il puisse totalement renier, le scénario reprenant un certain nombre de figures qu'on retrouve dans son oeuvre, et qui pour certaines allaient attendre un peu...

Pearl Chavez (Jennifer Jones), la fille d'un gentleman Sudiste déchu (Herbert Marshall), doit faire un voyage lorsque son père, condamné pour le meurtre de son épouse, est exécuté: il lui a conseillé d'aller chercher refuge chez une de ses anciennes amours, Laura Belle McCanles (Lillian Gish), mariée à un très riche et très irascible propriétaire terrien du Texas (Lionel Barrymore). Celui-ci n'accueille pas Pearl, pour moitié Indienne, d'un très bon oeil, mais ses deux fils Jesse (le gentil, interprété par Joseph Cotten) et Lewton (le méchant, incarné avec excès par Gregory Peck), eux, se réjouissent de l'arrivée de la jeune femme...

Ajoutons pour faire bonne mesure Harry Carey en avocat qui est en lutte ouverte avec le vieux McCanles au sujet de l'arrivée du chemin de fer, Walter Huston en prédicateur auto-proclamé, Charles Bickford en prétendant assassiné, et Butterfly McQueen en domestique de Laura Belle, et on pourra au moins reconnaître que la distribution est impressionnante. Seulement voilà, à trop vouloir refaire l'exploit de Gone with the wind, à trop reprendre des mains de ses réalisateurs (Vidor, mais aussi Dieterle, et il se murmure que Sternberg aurait aussi mis la main à la pâte) son jouet pour le remodeler indéfiniment, Selznick a commis erreur sur erreur... Et le film est excessif en tout. Parfois excessivement beau à voir en même temps qu'excessivement vide, avec trop de stars et trop de trop, on s'étouffe.

Tiens, justement: Jennifer Jones, comme d'habitude et plus que d'habitude, en fait trop. Et si Vidor a pu ressortir quelques idées du placard, et s'intéresser aussi à deux jusqu'au-boutistes qui préfigurent un peu les héros de The fountainhead (1949), il se noie sous le cahier des charges et surtout les aspects passionnels du film: chaque personnage porte en lui un rapport à la passion qui est différent: le vieux McCanles en est revenu, la dame Sudiste l'a vécue et souhaiterait y revenir, le fils raisonnable s'en tient précautionneusement à l'écart... Seuls Lewt et Pearl y succombent: lui volontairement, elle à son corps défendant. On ne s'étonnera pas que ça finisse mal; on ne s'étonnera pas non plus d'apprendre que Jennifer Jones et Selznick filaient le parfait amour: on ne voit que ça.

...Et Lillian Gish, bien sûr, pour l'un de ses rôles les plus substantiels d'après sa période muette. Une bonne raison de voir le film, en somme...

 

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Published by François Massarelli - dans Western King Vidor Lillian Gish