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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 19:52
3 godfathers (John Ford, 1948)

C'est après l'échec public retentissant de leur première production en commun, The fugitive (Objectivement, l'un des pires films de Ford, adapté de Graham Greene) que Merian Cooper et Ford ont renchéri avec un film clairement taillé pour le succès, un conte de Noël déjà tourné une fois à la MGM par Chester Morris... Ford disait souvent que Marked men (1919) qu'il avait tourné avec Harry Carey, était aussi une version de la même histoire, mais le film étant perdu, on pourra juste le croire sur parole, ce qui n'est jamais garanti! Le deal avec la MGM, après l'aventure du flop précédent, était une bonne affaire, et le film (Dédié au passage, à Harry Carey, décédé quelques mois plus tôt) ressemble quand même beaucoup à du sur-mesure pour le box-office. De fait, c'est un classique, sur lequel je ne peux pas m'empêcher d'avoir deux avis...

Rappelons l'histoire: trois hommes (John Wayne, Harry Carey Jr et Pedro Armendariz) arrivent dans la sympathique petite ville de Welcome Arizona, et conversent quelques minutes avec le shériff (Ward Bond) et son épouse (Mae Marsh) avant de se tuer sur la banque et de la dévaliser. En fuite, ils se précipitent dans le désert, qu'ils envisagent de traverser en allant d'un point d'eau à l'autre... mais la malchance les poursuit, l'eau vient à manquer bien vite, es chevaux s'enfuient, et l'un d'entre eux (Harry Carey Jr) est sérieusement blessé. Ils trouvent un chariot, dans lequel une femme (Mildred Natwick) enceinte, agonisante, va donner vie en leur présence à un garçon. Ils décident de le suver, même s'ils doivent tous mourir pour ça...

Donc d'un côté, un conte fortement teinté de Christianisme pour cous d'écoles, dans lequel "trois parrains" vont se donner à fond pour un enfant, rachetant du même coup tous leurs péchés, même si cela ne semble pas du tout être l'intention! Un conte simpliste, fait de bons sentiments, de coïncidences et de miracles téléphonés...

De l'autre, c'est un film de John Ford, certes pas forcément de la meilleure eau, mais on sent qu'il a aimé tourner cette histoire, et que ses acteurs l'ont aussi apprécié. On aime toujours voir John Wayne en baroudeur du désert de l'ouest, on sent que ce n'est jamais un rôle de composition. De même, Ward Bond en shériff bourru est fantastique, et le Technicolor rutilant (C'est le deuxième film de Ford en couleurs après Drums along the Mohawk), vu par son oeil unique mais légendaire fait merveille avec les teintes du désert et la nuit d'un bleu pâle inattendu, mais si esthétique... Alors on se laisse gentiment aller, bien entendu...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Western John Wayne
25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 10:06

On peut imaginer pire, dans le déroulement d'une journée, que de regarder ce film... Mais il faut avoir conscience de son importance, tant pour la carrière de ses deux principaux protagonistes que pour l'histoire du genre dont il fait partie: avant Stagecoach, Ford a réalisé des films pendant 21 ans, et a fait son dernier western en 1926. Plus encore, on peut considérer qu'il ne tourne plus pour ce genre depuis son passage à la Fox en 1920; en effet, Cameo Kirby se passe dans le sud des Etats-Unis, The iron horse sera d'abord vendu pour ses aspects épiques et historiques, et Three bad men pouvait passer comme un film d'aventures classiques, même s'il mélangeait, plus efficacement que ne le faisait The iron horse les valeurs du western et celles de l'épopée historique. C'est donc un grand retour pour Ford, et en 1939, le western était motibond, confiné à part quelques rares films à la série B. Le résultat sera pourtant non seulement un énorme succès, tant critique que public, mais on peut aussi le considérer comme l'invention consciente du western moderne...

Ford y ménage bien son suspense, de façon magistrale, en jouant sur quatre enjeux: une diligence parcourt le pays en proie à la rébellion Apache, quand attaqueront-ils? Les passagers en réchappront-ils? Ringo Kid parviendra-t-il a assumer sa vengeance une fois arrivé à Lordsburg? Et enfin, quelle sera sa réaction lorsqu'il découvrira que Dallas, la femme dont il est tombé amoureux, est une prostituée? On peut ajouter un cinquième, voire un sixième enjeu, d'une part la façon de percevoir Dallas: quand va-t-elle être acceptée par les autres, et dans quelle mesure (On sait ce que le film doit à Boule de suif, de Maupassant)? Et enfin, le "major" Hatfield va-t-il trouver la rédemption dans le voyage, par le biais de l'amitié de la belle native de Virginie (qui n'est autre que la fille de l'homme sous les ordres duquel le jouer professionnel a jadis servi)? Autant de question qui trouveront à temps des réponses...

Purement Rooseveltien, avec ses luttes de classe dans une diligence, le film est aussi très Fordien, par sa symbolique construction d'une famille idéale, Américaine, faite de parias qui se rachètent (Le prisonnier évadé Ringo Kid, la prostituée Dallas, qui dorlote un nouveau-né pendant une bonne demi-heure, ce qui va faire changer d'avis toute la bonne société en ce qui la concerne). Ford attaque le mauvais esprit des conventions, opposant à la bigoterie et aux préjugés des "braves gens" (John Carradine, le "major", Berton Churchill, le corrompu banquier, Louise Platt l'oie blanche de Virginie) la simplicité et la véracité des sentiments humains du délinquant et de la femme déchue. On prend, une fois de plus, Ford en flagrant délit d'humanisme catholique! Par ailleurs, le réalisateur aimait à confronter un groupe communautaire en fuite à des forces négatives, on peut donc difficilement trouver meilleur exemple que cette diligence en proie à un groupe d'Apaches anonymes...

Et de nouveau confronté au western 13 années après Three bad men, Ford s'en donne à coeur joie: il installe ce sentiment d'urgence et de menace sur la frontière qui nous aggrippe dès l'ouverture du film, campe ses personnages les uns après les autres dans le cadre de la ville nouvelle dans laquelle la diligence va faire le plein de ses passagers, et laisse éclater son lyrisme dans les plans de Monument Valley... Où il orchestre une poursuite d'anthologie, ainsi qu'une charge de cavalerie de bon aloi. Le plan est célèbre, et mérite d'être rappelé: un panoramique tranquille, pris depuis les hauteurs d'une mesa, nous montre a diligence à vive allure... avant de brusquement se tourner vers la gauche: sur une hauteur, les Apaches que nous attendions depuis 75 minutes sont là, et ils vont enfin attaquer! Une autre scène va alimenter des centaines de westerns à venir: Luke Plummer, le bandit de Lordsburg, est prévenu que Ringo Kid est en ville. Il se met en chasse dans la ville obscurcie par la nuit. Ford nous rappele son influence expressonniste dans une scène paradoxale, puisque c'est le héros qui se fait cette fois attendre, et les trois bandits vont être ses proies. Après quelques minutes, Wayne, en silhouette, entre dans le champ par la gauche. On sait que les trois autres n'ont aucune chance. Quelques années plus tard, Ford tournera une variante de la scène pour l'un de ses ultimes chefs d'oeuvre... 

Mais il fait mieux encore: Revitalisant le western, John Ford en profite pour lui créer une star, vue dans le plus glorieux de ses moments dans le film: après 15 minutes passées à remplir une diligence, on se rendait bien compte qu'il y manquait quelqu'un: le bandit au grand coeur. Tout à coup, un homme arrête la diligence, et la caméra, comme prise par surprise, a du mal à faire le point. La Winchester virevolte, une voix dit "Oh, it's the Ringo kid!" A star is born. Magnifique plan!! Superbe film.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Western John Wayne Criterion
28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 18:04

Produit par Aaron Rosenberg pour Universal, sur un script de Borden Chase, et interprété par James Stewart: avec ses scènes de haute montagne, on est forcément tenté de rapprocher ce film de la série des collaborations de l'acteur avec Anthony Mann: ce film aurait d'ailleurs du être leur 9e collboration, mais Mann, qui désapprouvait le choix du studio de confier un rôle à Audie Murphy, en a décidé autrement. Et c'est ainsi qu'en l'absence d'un réalisateur prestigieux, Night passage est devenu l'unique production de cinéma du metteur en scène de télévision James Neilson. Avec son pedigree, on serait bien sur tenté de crier au tâcheron, mais il s'en sort finalement assez bien...

Le film commence tranquillement, avec une scène durant laquelle James Stewart interprète un homme qui va le long de la voie ferrée, de ville en campement, pour proposer ses services de musicien. Il joue de l'accordéon, et semble tenter de faire oublier un passé de fine gâchette, en faisant danser les ouvriers du cheval de fer... Les premières scènes renvoient à une caricature des films de Ford, avant que le drame Shakespearien ne nous rappelle qu'on est dans un territoire proche des films de Mann, avec sa rivalité entre le grand frère James Stewart passé du côté de la morale, et le plus jeune Audie Murphy qui lui penche du coté de la flibuste un peu romantique, mais assez franchement malhonnête: il travaille pour un dingo, joué avec conviction et un poil de sadisme, par Dan Duryea. Stewart, lessivé et lâché par tous, obtient un job dangereux: il doit convoyer la paie des ouvriers, alors que la bande dont fait partie son frère attaque systématiquement les trains qui passent à sa portée.

C'est un film dont l'intrigue se bonifie au gré de son déroulement, avec un certain nombre d'avantages: la montagne, bien sur, et des points de vue à couper le souffle, que William Daniels ne se prive pas de rendre magnifiques à l'écran. Un Technirama, petit cousin du Cinémascope, de fort belle tenue, la musique de Dmitri Tiomkin. Bon, certes, Murphy n'est pas à la hauteur... Mais Neilson, à quelques exceptions près, fait un bon boulot: l'attaque du train, vue de plusieurs points de vue, est passionnante, et certaines scènes de fusillade à la fin (Certes un cran en dessous du final de Winchester 73, mais à l'impossible nul n'est tenu) valent le détour. Occasionnellement, il révèle son métier de réalisateur de télévision en privilégiant les plans d'ensemble, au détriment du suspense, mais il s'en tire bien avec l'écran large, ce qui n'en doutons pas, devait le changer un peu...

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Published by François Massarelli - dans Western
14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 10:09
Jeremiah Johnson (Sydney Pollack, 1972)

Jeremiah Johnson (Robert Redford) se rend dans les montagnes de l'Utah encore sauvage, dans le but d'y vivre au jour le jour. Il va faire des rencontres, cocasses, dangereuses, ou mortelles. Au hasard d'une transaction, il va se marier, et même etre doté d'un fils inattendu. Mais il va aussi faire la connaissance de plusieurs tribus indiennes, les Crows, les Blackfeet et les Flatheads. Et au milieu de ces tribues antagonistes, il va se mettre en danger...

Retour à la nature, ce film est aussi la preuve que la nature peut être infernale. Elle est aussi splendide... Sydney Pollack n'a pas désiré choisir, et nous livre une vision qui ne peut être que lyrique, certes, mais elle l'est par les images. Dans ce conte de survie qui semble se dérouler à l'écart du temps, un homme est amené à vivre au jour le jour, par choix. On ne sait pas exactement d'où il vient, mais il porte une paire de pantalons marqués d'une bande jaune pale sur le côté: c'est l'armée de l'union. Et une des rares conversations qu'il tient durant le film nous montre qu'il a participé à la guerre contre le Mexique de 1846 à 1848. nous sommes donc devant une histoire située à peu près durant la première décennie des années 1850. L'Amérique n'est pas finie, et le territoire exploré par Johnson n'est colonisé sérieusement que depuis 1848 (Précisément depuis la fin de la guerre Américano-Mexicaine), suite à l'installation des Mormons à Salt Lake City en 1847... C'est la raison pour laquelle Johnson ne verra pas grand monde durant ses aventures.

Et pourtant, le film est avant tout une galerie de personnages, confrontés à Jeremiah Johnson, qui apprend vite, et évolue dans sa perception de cet univers qu'il s'est choisi. Les rencontres sont construites en miroir: après avoir pris le fusil d'un homme mort gelé (Qui lui ressemble terriblement, ce n'est absolument pas un hasard!), rencontre qui aurait du être tragique, mais devient presque cocasse grâce à un message posthume qui prouve qu'un homme, même mourant, a de l'humour, Jeremiah va rencontrer le vieux trappeur "Bear Claws" (Will Geer), qui va l'initier à la vie à la dure. Puis il tombe sur une femme devenue folle (Alyn Ann McLearie), qui est face aux cadavres de deux de ses enfants. Jeremiah recueille le troisième (Josh Albee) à sa demande, le garçon ne prononcera pas un seul mot du début à la fin... Ils font tous deux une rencontre assez étonnante: Del Gue (Stefan Gierasch) est un aventurier qui a rencontré une tribu de trop, mais comme il avait pris la sage précaution de se raser la tête au préalable, les Indiens l'ont laissé à mourir, enterré sauf pour sa tête qui dépasse... Johnson, le garçon et Del vont enfin rencontrer deux partis Indiens, les Black feet et les Flatheads. C'est chez ces derniers, qui parlent un excellent Français, que Johnson se retrouve marié... Après, la seule rencontre nouvelle sera celle d'une troupe de soldats venus pour une mission de secours. Après avoir apprécié le fait de pouvoir enfin reparler Anglais, son épouse ne le parlant pas, Johnson se débarrasse asse vite des militaires, avant de faire une découverte tragique... A partir de là, Johnson va rencontrer les mêmes personnages dans l'ordre inverse, avec des variantes...

Du début à la fin, littéralement, la présence fantomatique des Crows, les guerriers dangereux qui semblent régner sur la région, se fait sentir. Johnson semble savoir qu'ils seront la source d'ennuis, et va le découvrir d'une façon terrifiante. Mais c'est dans la logique de la situation qu'il a choisi en venant s'installer dans ces montagnes... Ca fait partie intégrante du bol d'air frais que propose le film, pour lequel Robert Redford a du donner beaucoup. Le résultat est, bien sur, superbe, conté de main de maître par un réalisateur au sommet de son art.

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Published by François Massarelli - dans Western Sydney Pollack
16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 07:55

Une tribu Sioux prend assez mal la violation d'un accord par une compagnie Américaine qui vient installer un chemin de fer sur la réserve, et s'attaque au fort dans lequel un pauvre bataillon de la cavalerie va souffrir. Mais la tragédie viendra en réalité d'ailleurs, du destin individuel d'une jeune femme Indienne qui sera une victime indirecte de la situation. Les Indiens, ici, sont certes une menace, mais décente, rationnelle, débarrassée des oripeaux du racisme ordinaire dont on accuse souvent le western à tort. Et le film, attribué à Thomas Ince, mais probablement du en réalité au grand frère de John Ford, Francis, qui était un acteur-réalisateur très actif à l'époque, est le premier à mettre en scène une vraie tribu Indienne, tout en proposant une vision de l'Ouest nettement plus réaliste que ne le feront bien des films ultérieurs.

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Published by François Massarelli - dans Western Muet Thomas Ince 1912 * Francis Ford
10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 16:30

Des soldats de l'Union dont l'officier Kerry Bradford s'évadent d'un pénitencier Sudiste, avec une nouvelle qui intéressera beaucoup leur état-major: le colonel Vance Irby, qui dirigeait leur lieu de détention, va partir pour Virginia City, Nevada, une ville nouvelle à l'écart des Etats, mais qui a la réputation d'être une place forte Sudiste; Irby, avec l'aide de la belle Julia Hayne, y prendrait en charge une cargaison d'or qui pourrai bien sauver la mise du Sud agonisant... L'or devient l'obsession de chacun: Irby et Hayne pour le Sud, Bradford pour le Nord, et le bandit Murrell pour lui-même... Pour tout compliquer, Bradford et la belle Julia ne sont pas indifférents l'un envers l'autre...

A la fin de Dodge City (1939), Errol Flynn et Olivia de Havilland se rendaient à Virginia City afin d'y faire régner l'ordre... Je ne sais pas s'il y a eu un moment une intention à la Warner de réaliser une suite de ce premier film, mais en tout cas, un an plus tard on est bien face à une toute nouvelle intrigue... Ou du moins un nouvel assemblage, car l'art du recyclage façon Warner n'est pas un vain mot: ce n'est pas tant une intrigue ici qui est répliquée, c'est plus une impression de redistribution de choses déjà vues. L'intrigue compliquée n'a pas grand chose à envier à celle, parfois délirante, de The sea hawk (1940); les personnages, particulièrement Flynn (Bradford) et Randolph Scott (Irby), renvoient à la coupure fondamentale entre le Nord et le Sud telle qu'elle apparaît en filigrane dans The santa Fe Trail (1940); la présence d'une bande organisée (Avec Bogart à leur tête) qui met la pagaille dans la ville, mais aussi une série de scènes liées à une complicité entre Flynn et un gamin, renvoient à Dodge City. Pourtant, la sauce ne prend pas aussi bien qu'on l'aurait espéré... Trop riche? Trop compliqué? Trop de redites? Pas de Olivia De Havilland, qui est ici supplantée par Miriam Hopkins pour ce qui a tout du come-back?

Reste le plaisir, ou la curiosité, de voir Bogart en méchant de western...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western Errol Flynn
29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 18:34

Ce film très controversé est le troisième des westerns de Michael Curtiz avec Errol Flynn. Ce dernier y interprète le personnage historique de Jeb Stuart, un militaire sudiste qui a bien, comme le dit le film, été à West Point avec Custer, mais qui est ici bien plus romantique que son modèle. L'histoire est surtout celle de John Brown (Raymond Massey), un prédicateur fanatique qui trouvait que les anti-esclavagistes prenaient bien trop leur temps pour passer à l'action contre le Sud, et qui a été un important agitateur durant la décennie qui a précédé la guerre civile.

Si des gens (nordistes, dont le fameux Custer -Ronald Reagan- dans le film) ont eu tendance à le suivre ou l'excuser, il était malgré tout considéré comme un dangereux terroriste: il souhaitait tout simplement libérer tous les esclaves, par la force s'il le fallait. Flynn-Stuart (Ce dernier était effectivement esclavagiste dans la réalité) adopte une position légitimiste: ce n'est pas à une initiative privée de trancher entre les états du Sud et ceux du Nord. Le sous-entendu est clair: c'est à un président démocratiquement élu de le faire...

Ce que Lincoln fera d'ailleurs, mais ça n'a pas du plaire à Jeb Stuart!

Fidèle à son habitude, Curtiz n'a que faire de la politique, par ailleurs très ambigue, de ce film: les seuls politiciens présents sont le Général Lee, et un ministre de l'administration démocrate qui précéda Lincoln, du nom de Jefferson Davis. Le premier est connu pour avoir rejoint le Sud dont il était originaire au moment de la guerre de Sécession, et avoir embrassé la cause des esclavagistes alors qu'il n'en était pas un partisan... Le deuxième est surtout connu pour avoir été le président de la confédération du Sud durant la guerre.

Le scénario rappelle la sympathie toujours observée aux Etats-Unis non pour la cause de l'esclavage, mais pour la défense par les états du Sud de leur légitimité; ce que Curtiz met en valeur, c'est le destin de tous ces gens, la marque de John Brown qui en fait un futur pendu, ou la visite de tous les jeunes soldats à une voyante Indienne, qui leur annonce leur "brouille": celle-ci, dit-elle, a déjà commencé et fera d'eux des ennemis mortels.

John Brown a permis d'allumer le feu de la guerre civile; en attendant, Curtiz nous montre les uns et les autres qui vont devoir choisir leur camp et s'entre-déchirer s'il le faut; un thème typique de ses films de la période, donc, même si le metteur en scène, fidèle à son habitude, reste neutre, et nous décrit des Etats-Unis en proie au chaos. Il se laisse volontiers aller à quelques séquences baroques, et Raymond Massey a beau être le méchant de l'affaire, le dernier mot lui revient: il sait que le destin l'a choisi pour entamer ce conflit, et bien qu'on célèbre un mariage (dans un train en marche, tout un symbole! Et avant que vous ne posiez la question, oui, c'est bien Olivia De Havilland...), c'est vers une guerre nécessaire que les Etats-Unis se dirigent.

On passera sur le traitement des noirs dans le film, désignés naturellement comme des esclaves dans un train où les braves gens s'offusquent de leur présence, ou se rendant eux-mêmes à la conclusion que la liberté que leur promet Brown n'est pas tant plaisante, et que dans ce cas ils préfèrent retourner à la servitude! Il n'y avait pas vraiment de progressisme à attendre en matière d'ethnicité de la part des dirigeants de la Warner en 1940, et Curtiz continuait à filmer en contournant les obstacles avec prudence!

Ce que le film ne dit jamais, mais sous-entend, tant par les prédications foldingues de Brown que par la prudence du soldat Jeb Stuart, c'est que la raison pour laquelle les USA ont tardé à régler leur problème d'esclavage, c'est que les gouvernements qui ont précédé Lincoln étaient trop timorés pour faire quoi que ce soit: Le statu quo observé dans le film a duré 40 ans... Il ne faut sans doute pas trop s'attacher à la politique de ce film, pas plus qu'à celle de Casablanca ou Passage to Marseille; mais il recèle de nombreux détails, visibles ou non, qui en font un film Curtizien très classique, même mineur.

 

The Santa Fe Trail (Michael Curtiz, 1940)
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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western Olivia de Havilland
5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 08:54
The hangman (Michael Curtiz, 1959)

Sorti en 1959, ce western de relativement petite envergure fait partie de la fin de la carrière souvent atypique de Michael Curtiz, décédé en 1962, et qui ne s'est pour ainsi dire jamais arrêté de tourner, y compris après son départ des studios Warner pour une carrière freelance. Au milieu d'un ensemble de films disparates, tournés dans de nombreux studios (La Fox pour The Egyptian, la MGM pour Huckleberry Finn, la Paramount pour A breath of scandal, etc), The Hangman (Paramount) brille de tous ses feux, et fait un peu oublier la médiocrité du reste. Le film est riche de questionnement moral, et me semble prouver que Curtiz, y compris au bout de quarante-cinq années de bons et loyaux services dans le médium qu'il s'est choisi, a su rester au fait des nouveaux développements... Plus encore, il le fait sans trahir en rien ses thèmes de prédilection, et en continuant, comme du reste dans ses films noirs, à montrer une vision humaniste et flamboyante, constamment généreuse, de la vie. Et ce qui me semble encore plus intéressant, il le fait aussi en se situant clairement à l'opposé des tendances les pires de la chasse aux sorcières poussiéreuse qui a eu lieu dans le Hollywood du début de la décennie.

Rappelons que le film raconte l'histoire d'un justicier à l'ancienne, droit dans ses bottes et rigide dans ses conceptions, interprété par un Robert Taylor assumant totalement son âge. Il est à la recherche d'un homme qui a commis une erreur de jeunesse, mais dont la population de la ville qui l'a accueilli se porte garante de son intégrité, acquise depuis qu'il s'est installé. Le "Bourreau", comme on l'appelle, n'en a cure, et est bien décidé à trouver, voire acheter, des témoins pour pouvoir arrêter l'homme...

Dans un noir et blanc ultra-classique, Curtiz va droit au bit, et nous fait suivre les pérégrinations d'un héros paradoxal, un jusqu'au-boutiste fascnant mais dont il n'est pas possible un seul instant de douter qu'il puisse effectivement se tromper. Bien sur, c'est l'amour d'une femme (Tina Louise) qui va faire triompher le bien, et tout rentrera dans l'ordre, mais cette critique moralement haute, et impeccablement distrayante sur les 87 minutes du film, est l'une des grandes réussites de Curtiz, et pas seulement de cette fin de carrière.

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Published by François Massarelli - dans Western Michael Curtiz
18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 10:14

Mine de rien, Wichita est le premier film en Cinémascope de Tourneur, et mine de rien, le metteur en scène a réalisé une sacrée prouesse: en 1 heure et 21 minutes, chrono en mains, il nous brosse un super-western intrigant, riche et rempli à ras bords, à la fois de traditions gouleyantes, tout comme de frissons inattendus, on n'est pas le réalisateur de Cat People pour rien, et le fils de Maurice Tourneur s'y entendait comme pas un pour distiller en contrebande des ingrédients inattendus...

Tout commence dans l'Ouest, sur la prairie. Une troupe de cow-boys sales et mal rasés sont à la fin d'une étape de leur voyage: ils convoient du bétail et vont arriver à Wichita, Kansas, une ville construite par et pour les gens comme eux, une étape joyeuse pour les garçons vachers de passage, qui peuvent y trouver tout ce dont ils ont manqué dans leur voyage: du bon temps, un bon bain, de quoi boire, et des filles. La devise de la ville, c'est que "Tout est permis à Wichita". Mais avant l'arrivée, la troupe croise un inconnu, un cow-boy solitaire, Wyatt Earp (Joel Mc Crea) qui ne recherche rien d'autre qu'un peu de nourriture et un contact humain pour la nuit. La discussion s'engage autour de l'arme impressionnante que possède le nouveau venu, et dans la nuit, deux hommes tentent de le voler. Ce sera un échec, mais Wyatt Earp va ainsi se faire des ennemis farouches. Il arrive le lendemain à Wichita, où il empêche le bon déroulement d'un hold-up, en présence de Mc Coy (Walter Coy), le négociant tout puissant de la ville, et de sa fille (Vera Miles): les notables vont bien vite demander à Wyatt Earp de se charger de pacifier la ville... puis vont le regretter bien vite...

Earp n'est pas ici le héros romantique malgré lui de Henry Fonda dans le film de Ford, il n'est pas non plus le redresseur de torts professionnel d'autres films: il est un homme capable, mais qui garde ses mystères. Son apparition le rend fantomatique, presque surnaturel, et il défie à sa façon la logique des cow-boys, avec son pistolet plus grand que les colts des Texans, plus lourd aussi, mais qu'il est toujours plus rapide qu'eux à dégainer. C'est un maverick, mais il est aussi doté d'un sens moral exceptionnel. Il anticipe tout, et s'il a un passé (Comme à leur façon Shane, et son remake virtuel, le "Pale rider" d'Eastwood, deux autres justiciers laconiques célèbres), celui-ci n'apparaîtra pas dans le film. Un effet de surprise formidable est apporté par l'arrivée en ville de Morgan et Jim Earp, les deux petits frères, qui le complètent si bien: durant un temps, ils se présentent comme des tueurs venus pour l'assassiner, puis se révèlent; qui les a prévenus de la présence de leur frère à Wichita? On ne le saura pas vraiment...

Mais ce héros super-positif, qui est en lutte avec les malfrats, est aussi en lutte avec les braves gens de la ville, pour lesquels le cow-boy apporte des dividendes nécessaires, et ils voient donc d'un mauvais oeil ce redresseur de torts qui ose les mettre en prison puis les chasser de la ville. Earp est bien vite en lutte contre une corporation et des notables, sans bien sur que ça dégénère comme dans le baroque High plains drifter, de Clint Eastwood, mais la menace qui pèse sur le justicier fait bien vite que Earp doit faire face à deux oppositions, plutôt qu'une.

Du coup, ce western aux apparences classiques devient très vite l'histoire d'un homme vertueux contre un système capitaliste gangréné par une certaine forme de corruption, et la bataille de la civilisation contre la barbarie acceptable... Le film n'hésite pas à nous indiquer dans quelle direction porter notre partialité, en montrant la mort accidentelle d'un enfant dans une orgie de coups de feu qui dure bien trois minutes. Et le film se transforme alors en une tragédie de civilisation qui dépasse joliment le cadre westernien...

 

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Published by François Massarelli - dans Western Jacques Tourneur
4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 08:17

Le cinéma de Peckinpah, et bien sur en particulier ses westerns, renvoie beaucoup plus à John Ford qu'à n'importe quel autre metteur en scène. Les deux hommes partagent d'une certaine manière le même univers, celui d'une histoire de la frontière, contée sous l'angle d'un changement d'époque et d'un choc entre les générations: leurs protagonistes sont souvent des groupes humains en butte à l'arrivée de nouvelles pratiques, qui vont soit provoquer, soit empêcher le progrès. Mais là ou Ford, lyrique, tend à faire de ses récits des chroniques du passage inéluctable et irrépressible du temps, Peckinpah lui s'intéresse au chaos engendré par le choc en question. Cette différence fondamentale se ressent bien sur dans l'irruption de la violence, puis l'insistance du metteur en scène à faire de celle-ci le sujet même de ses films. C'est en particulier sensible, bien sur, dans cet opéra de la violence qu'est The wild bunch, un film dont décidément on pourra dire qu'il y a un avant et un après...

1913: Un groupe de gangsters, déguisés en soldats, s'introduit dans une petite ville Texane pour un coup spectaculaire: ils vont dévaliser le bureau du chemin de fer car ils ont eu vent d'une cargaison d'argent qui y serait entreposée. Mais ils ne savent pas qu'il s'agit d'un piège, et une fusillade éclate entre les "soldats" et des tireurs embusqués. Six bandits survivront au massacre: leur chef, Pike Bishop (William Holden), le second Dutch Engstrom (Ernest Borgnine), le jeune Mexicain Angel (Jaime Sanchez), les deux frères Gorch, Lyle (Warren Oates) et Tector (Ben Johnson), et enfin le vieux Freddie Sykes (Edmond O'Brien).Non seulement ils ont perdu des hommes, mais ils ont aussi perdu leur temps: il n'y avait pas d'argent, c'était un coup monté. Ils doivent se rendre au Mexique, pour échapper à leurs poursuivants menés par Deke Thornton -Robert Ryan), un ancien complice de Bishop qui est obligé d'accomplir cette mission s'il ne veut pas retourner en prison. Au Mexique, les bandits vont tenter de se refaire en accomplissant une mission pour le "Général Mapache" (Emilio Fernandez), un soit-disant militaire qui mène un combat pas toujours régulier contre Pancho Villa, et en profite pour mettre tout le pays à sa botte...

La "frontière" n'existe plus en ce début de siècle, et Peckinpah nous montre des hommes fatigués, usés, dont l'idéal s'est évaporé avec elle. Pike Bishop, d'ailleurs, est déterminé à trouver la porte de sortie, c'était tout le sens du hold-up du chemin de fer. Les hommes de sa bande vivent désormais à l'écart d'un monde qui continue tranquillement à tourner sans eux, et les bandits croisent, un moment, une automobile, qui les fait parler du progrès: ils mentionnent en particulier les rumeurs selon lesquelles il y aurait un appareil volant qui aurait été expérimenté, là-bas dans l'Est... Et pour appuyer son propos, le metteur en scène va jalonner son film de rencontres entre les bandits lessivés et des groupes d'enfants. Le nombre de jeunes mères qu'ils croisent, en particulier parmi les prostituées qu'ils sollicitent de façon constante, est clair: l'avenir se prépare, il se préparera bientôt sans eux. L'ouverture magistrale du film, consacrée au hold-up, se déroule pendant qu'un groupe d'enfants s'amuse autour d'un micro-incident: deux scorpions luttent sans espoir contre des fourmis rouges. Ca les amuse beaucoup, pourtant c'est poignant, cruel, et... inéluctable, comme le destin des anti-héros du film.

Et bien sur, on ne peut pas parler de ce film sans mentionner ces séquences de montage fou qui ont tant fait jaser, été tant copiées, voire parodiées (Avec génie par Monty Python notamment): si Sergio Leone aimait à étirer avec le montage et la tension qu'il installait les moments qui précèdent la violence, son contemporain Peckinpah fait de cette dernière le sujet même de ses séquences spectaculaires, en utilisant le montage, le ralenti, et une multiplication, jusqu'à la nausée s'il le faut, de plans de mort violente, avec bien sur le sang qui gicle au ralenti... L'Ouest, et même les Etats-unis, nous dit-il, se sont construits dans le chaos et la guerre, dans la mort et le meurtre. Ca commence dès l'enfance, et ça ne s'arrête jamais: on notera l'age des protagonistes qui sont loin d'être frais comme la rosée... Cette ultra-violence qui fait ainsi irruption dans le cinéma classique (Pekinpah après tout peint aussi les mêmes paysages que Ford, Monument Valley en moins, et se délecte de montrer des communautés Anglo-Hispaniques à l'heure de la sieste, qui chantent Shall we gather at the river, une chanson souvent présente chez Ford) n'est pas un acte gratuit, mais pour Peckinpah tout un pan, jusqu'alors occulté, de l'Histoire. Des litres d'hémoglobine trouvent ainsi leur justification. Mais le destin contrarié (tout en étant programmé vers la destruction) de ces bandits valait bien un dernier chant, un baroud d'honneur.

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Published by François Massarelli - dans Western