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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 17:17

Avec Gary Cooper et Jean Arthur, dans les rôles de deux icônes du Western, Cecil B. DeMille et sa fidèle Jeanie McPherson ont sorti en 1937 ce fort distrayant film, qui préfigure d’un certain nombre d’aspects du western à une époque (Deux ans avant le triomphe de Stagecoach) ou le genre n’avait pas très bonne presse : Le Western, dans les années 30, ce sont les petits films de série B, parlants et chantants, ou des serials à la petite semaine. Les grosses productions prennent toujours des prétextes plus nobles; The Big Trail, Cimarron, Billy The Kid seront vendus comme des épopées, pas des westerns. Si DeMille a abdiqué à l’arrivée du parlant toute prétention à faire un cinéma noble, après l’échec de son chef d’œuvre The Godless Girl, la vision de ce western de 1937 est malgré tout l’occasion de s’intéresser à ce que fut la vision de l’histoire qu’avait l’auteur de Joan the Woman, de The Crusades, et d’autres films qui prennent pour prétexte une période ou l’autre de l’histoire humaine. Il permet également de le situer par rapport à d’autres, pionniers (Griffith) ou plus modernes réalisateurs contemporains (Ford) qui ont approché ces thèmes à de nombreuses occasions dans leur fructueuses carrières… Enfin, il nous autorise à tenter une définition du héros DeMillien, en passant par le traitement par DeMille et McPherson de quatre grands noms du Far West, à savoir Wild Bill Hickok, Calamity Jane, « Buffalo » Bill Cody et le Général Custer… Vaste programme !

Suite à la volonté de Lincoln d’ouvrir les territoires des Etats-Unis à la colonisation, et le mouvement de la Frontière vers l’Ouest, les aventuriers confrontent leurs méthodes, s’aident, s’entraident, se trahissent occasionnellement, et font parfois front commun pour faire avancer la civilisation Américaine dans le sens voulu par Lincoln, tout en tissant la légende. La vision des pionniers par DeMille est, confrontée à la réalité des faits, édifiante : on voit les choix et simplifications auxquels se sont livré les auteurs, notamment en choisissant les acteurs. Si les efforts déployés par Jean Arthur qui jure, boit, crache et plastronne en Calamity Jane, sont finalement codés, mais vaguement réussis (le personnage original est suffisamment flou pour autoriser les à-peu-près un tant soit peu romantiques), on constate que Wild Bill Hickok, finalement, est surtout Gary Cooper. La scène de la première partie de cartes, au cours de laquelle les spectateurs mentionnent le tableau de chasse de l’impitoyable tueur n’y feront rien: il reste Gary Cooper jusque au bout du canon. On pourrait très bien imaginer quelqu’un lui dressant la réputation d’un William Munny (Unforgiven, de Eastwood : « Il a tué des femmes et des enfants aussi »), qu’on l’aimerait encore, totalement envoûtés par la présence minérale du bonhomme, parce que, après tout, c’est Gary Cooper. Tout ceci augure assez mal de toute prétention historique, et du reste, les autres personnages sont encore plus mal lotis: Buffalo Bill, marié, gauche, éternel second derrière la stature de Cooper est un faire-valoir assez tarte, et Custer ne vaut pas mieux, réduit à la simple représentation de son physique (une apparence qui était, historiquement, très travaillée par Custer lui-même) et l’énoncé occasionnel de son nom.

Toute date a disparu, rendant le tout fort rapide: on situerait pourtant le début du film en 1865 (La fin de la guerre civile, le 5 avril, et l’assassinat de Lincoln, le 12), puis on va vers l’ouest, rencontrant un Hickok fraîchement démobilisé: il porte encore son uniforme de l’union. Les retrouvailles avec Bill Cody ont lieu immédiatement, suivies dans la foulée de la confession de Mme Cody a Calamity Jane : elle attend un enfant. Celui-ci naîtra plus tard dans le film, ce qui ne sera que mentionné: Cody avouera en effet à Wild Bill que sa femme est retournée vers l’Est pour avoir son enfant chez ses parents, loin de toute violence. A ce moment du film, la bataille de Little Big Horn, commentée mais à peine vue, a lieu. Nous sommes donc en 1876. On le voit, le temps, la véracité des faits, n’ont pas été la préoccupation principale des concepteurs du film. Ce qui a compté, c’est sans nul doute l’impression globale, le choix capital de reposer sur des noms fantasmés, résonnant de multiples possibilités d’aventures pour le public. Mais l’absence de certains morceaux de bravoure (Après tout, pourquoi l’appelait-on Buffalo Bill? Et pourquoi ne pas nous montrer plus la bataille de Little Big Horn?) finit par être étonnante, surtout lorsque le film se dirige tout entier, de partie de cartes en rencontres avec le futur tueur, vers la fin «historique» de wild Bill Hickok, tué d’une balle dans le dos lors d’une partie de cartes par le nommé Jack McCall. Il ressort de cette volonté de slalomer un sentiment de rendez-vous manqué qui dessert le film, même si la fin rachète partiellement ce manque. Si My Darling Clementine de Ford ne nous montre pas toute la carrière, ô combien controversée, de Wyatt Earp, il évite aussi l’éparpillement en centrant en permanence le film à Tombstone, et fait de son film un portrait en creux d’une époque, en multipliant les plans de wagons de pionniers qui arrivent, il utilise la petite histoire pour raconter la grande. Il en ressort une cohérence qui fait défaut à ce film de DeMille. Si Ford avait choisi de confier à Fonda le rôle d’une grande figure, tout comme les noms portés par les personnages de The Plainsman sont des noms historiques, chez Griffith, que ce soit dans Intolerance, Birth of a nation, America ou Orphans of the storm, on constatera que les héros de ces films ne sont jamais les grandes figures, mais qu’en marge des drames humains du couple de Intolerance, des sœurs Girard, des familles Nordistes et Sudistes ou de la famille de Nouvelle Angleterre de America, l’histoire se déroule et avance. Typiquement, chez Griffith, l’histoire sert de toile de fond, et on inverse finalement le procédé observé chez Ford: la grande histoire sert ici l’histoire privée, tout en permettant l’accomplissement d’une (Ré)vision toute personnelle de l’histoire.

DeMille enfin, et ce film n’est pas une exception dans son œuvre, utilise l’histoire comme un showman, ou comme un publiciste: il est, n’en doutons pas, un héritier de ce Buffalo Bill qui fut pratiquement l’inventeur du spectacle Western, dans lequel il suffisait de voir en chair et en os l’un de ces grand noms (Annie Oakley, Sitting Bull…) pour que la légende prenne vie, voire s’invente au fur et à mesure. Combien de ces figures légendaires le sont elles devenues après quelques mois de tournées auprès de Buffalo Bill ou de Barnum? Avec DeMille, et quoiqu’il en ait dit lui-même, l’histoire sert le spectacle, et celui-ci, dans le cas de The Plainsman, est d’assez bonne qualité… Mais on en est toujours à l'utilisation du cinéma à des fins de spectacle telle qu'elle avait été théorisée en prélude à la réalisation de The Squaw Man, en 1914...

Un doute demeure sur le titre. Si la présence de Gary Cooper en figure tutélaire peut nous laisser penser que l’ « Homme des plaines » dont il est question est bien Wild Bill, une réplique, tôt dans le film, nous éclaire le film d’un jour nouveau: il y est question du plainsman, de l’homme qui se doit d’aller vers l’ouest pour y conquérir de nouveaux territoires. Il s’agit, après tout, d’un personnage générique, symbolique, qui finit par achever tout crédit à apporter aux héros, pantins d’une peinture plus vaste qu’il y parait. Et si on peut, en comparant ces personnages avec ce que l’on sait de la vérité, ou en faisant la même chose avec la Cléopatre de Claudette Colbert, on voit bien ici comment fonctionnent les héros des films parlants de DeMille: tels les figures de Pharaon et de son épouse (Ten Commandments), taillés dans le roc au cœur d’un très beau, mais très vain tableau vivant, les héros incarnent une possibilité publicitaire de raccrocher le film à une vague réminiscence historique, sont des pantins génériques, à défaut de tout autre sens. Si il est souvent reproché à Hickok d’être un tueur, jamais le fait n’est discuté, ni remis en question, ou en perspective : on n’en a pas le temps. On a juste demandé à Gary Cooper d’être Wild Bill Hickok, tout en restant Gary Cooper, et cela sert l’image du western telle que l’ont voulue les concepteurs du film. Bien sur, on préfère le Western selon Ford, que ce soit avec Stagecoach en 1939, avec The Searchers en 1956 ou avec The Iron Horse en 1924. Mais en faisant un Western en 1937, DeMille a malgré tout contribué à la survie d’un genre et de ses codes, et les passages de suspense du film(L’attaque de la cabane ou sont réfugiées Calamity Jane et Mrs Cody, ou encore la dernière partie de cartes), le lyrisme des décors, toujours plus vastes, et beaucoup plus variés que dans les Western post-Stagecoach, souvent situés dans le sud-ouest, le fourmillement DeMillien, prélude à l’action, comme dans The Crusades ou Unconquered, tous ces aspects contribuent au spectacle. Deux ans avant le très bondissant Pacific Express, un film curieux, fondamentalement regardable, et que je qualifierais volontiers de film le plus Hickokien de son auteur.

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Western Gary Cooper
1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 16:56

Warlock, petite ville du Sud-Ouest, bien trop grande pour que les citoyens fassent justice eux-même, mais trop petite pour qu'un vrai juge ou un vrai Shériff y fasse la loi. Et justement, le "deputy" (Adjoint) en charge de la ville est, au début du film, tué une fois de plus, car la bande d'Abe McQown a décidé de montrer qui est le patron: McQuown lui-même, un riche propriétaire terrien qui sème assez facilement la terreur avec ses cowboys, et qui couvre à peu près tout ce qui peut se pratiquer comme activité illicite: vol, attaque de diligence, vol de bétail, meurtre voire (Pour une anecdote) massacre pur et simple. Dans ce contexte, les habitants font appel à un redresseur de torts professionnel, Clay Blaisedell (Henry Fonda), un homme que sa réputation précède, et qui agit entre une certaine froideur et un sens aigu de la mise en scène: il a une paire de colts à crosse dorée dont tout le monde a entendu parler. Et il ne vient pas seul: Morgan, son alter ego, son ombre au passé trouble (Anthony Quinn) vient avec lui, et pour commencer fait main basse sur le saloon local. Une fois arrivé, le nettoyage commence, et Blaisedell encourage les vocations: un des hommes de la bande McQuown, Johnny Gannon (Richard Widmark) a depuis longtemps des scrupules à faire partie de la bande de malfrats qui tuent les gens en leur tirant dans le dos; il franchit le pas et devient, contre toute attente, le vrai "deputy" shériff de Warlock. Pendant ce temps, les agisements de Morgan font parler d'eux, et il devient assez rapidement clair que si Blaisedell et Gannon vont débarrasser la ville du problème McQuown, qui s'occupera de Morgan?

Les limites de la loi, et les frontières entre le bien et le mal: un bon vieux thème du western, habillé de neuf pour ce film qui louche par de nombreux aspects sur l'anecodte de Tombstone, mais bien loin de My darling Clementine. N'empêche, il est assez ironique de confier à Fonda le rôle, en version bling-bling, d'un autre Wyatt Earp... Et Morgan, avec son pied-bot et sa tendance à l'acoolisme, fait lui aussi bien penser à Doc Holliday, mais on remarquera assez facilement que la relation entre les deux est rendue particulièrement ambigue par le discours permanent de Quinn. Bien sur, d'une part, les deux hommes représentent chacun un aspect de la lutte impromptue contre le crime: une certaine rigueur, une certaine droiture un peu vieux-jeu d'un côté, l'histrionisme triomphant avec vantardise permanente de l'autre... Mais Morgan est obsédé par la place de héros que son ami doit occuper, et va jusqu'à tuer dans son dos les gens qui pourraient entâcher sa légende: homme, femme, peu importe... Et quand Blaisedell envisage de se marier et d'arrêter le cirque, la réaction de Morgan oscille entre le désespoir alcoolisé et l'agression.

De son côté, Johnny Gannon est un rôle en or pour Richard Widmark, un peu moins torturé qu'à l'accoutumée: il sait dès le départ de quel côté de la loi, ou plutôt de la morale, il doit pencher. Choisir de servir la loi comme il le fait est à la fois une façon de régler son compte à son passé de bandit, mais aussi de montrer le chemin, dans une ville en devenir, qui n'a que trop souffert d'être exposée au crime sans que les forces de la police ne puissent agir. Il est, à la fin du film, non seulement un héros local, il est aussi légitime et légal, ce qui ne peut que confirmer le soupçon de Blaisedell, qui avait bien dir en arrivant: ils m'accueillent en héros, mais à la fin ils voudront ma mort. Au moins pourra-t-on dire qu'avec Gannon, la ville s'est dotée d'un vrai défenseur de la loi... Et contrairement à Blaisedll, Gannon aura fait passer la morale avant la tuerie... Mais en attendant, la violence va s'installer, et les armes vont parler! Bref, un western, un beau, un vrai, un grand.

Warlock (Edward Dmytryk, 1959)
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Published by François Massarelli - dans Western
30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 10:24

Deuxième ou troisième film de DeMille (Les filmographies divergent à ce sujet), The Virginian avait beaucoup pour être un Squaw Man bis, avec les mêmes acteurs, les mêmes décors (Du moins en ce qui concerne les aspects Westerniens du premier film), et le même genre de source théâtrale; pourtant, la différence entre les deux est grande; d'une part, le metteur en scène sait désormais où il va et fait désormais du cinéma, sans avoir à tout inventer sur place pour retranscrire un pièce de théatre; d'autre part, le film est un western, le premier Western conscient de Cecil B. DeMille, alors que The Squaw Man était un mélodrame qui se déroulait dans l'ouest. Ici, Dustin Farnum est chez lui dans le Wyoming, et le folklore Westernien joue un rôle considérable.

L'intrigue, assez simple, repose sur deux conflits; d'une part, le "Virginien"(Dustin Farnum)est unCow Puncher, très apprécié de ses collègues et amis dans le Wyoming; son meilleur ami, Steve, est tenté par le banditisme. Lorsque Steve rejoint une bande de voleurs de bétail, le héros se doit de le punir avec les autres bandits et préside à sa pendaison. Sa petite amie, une institutrice fraîchement arrivée du Vermont, est déchirée entre son amour pour le héros et sa haine de la violence.

D'emblée, ce qui frappe dans ce nouveau film, c'est la décontraction de l'ensemble, mais aussi l'aspect transitoire du film: on est encore entre deux mondes, dans un style expérimental fascinant oscillant constamment entre archaïsme et nouveauté: Beaucoup de scènes sont tournées de façon théâtrale en un seul plan, mais le montage joue malgré tout un rôle dans l'identification des deux personnages principaux, ou encore pour construire ou raffermir une tension; la continuité, héritière des "tableaux" des films Edison ou Pathé, est par endroits un peu elliptique, ainsi lorsqu'on passe de l'arrivée de maîtresse d'école a la fête organisée en son honneur, sans que cela soit nécessaire. Par contre, ici ou là, la caméra s'approche, ou se laisse approcher (Réminiscence des Musketeers of Pig Alley(1912) de Griffith?), laissant la distorsion de l'espace souligner le suspense; si les plans de gare sont tous inspirés de la fameuse Arrivée d'un train en gare de La Ciotat des Frères Lumière, il est intéressant de souligner des plans de voyage en diligence filmés depuis l'habitacle du véhicule; enfin, tout en reproduisant le théâtre dans ses plans, DeMille cherche systématiquement des décors (Beaucoup d'extérieurs évidemment) qui élargissent le propos, et les place à bon escient; ainsi une poursuite se déroule-t-elle dans des prés, des forêts, des vallées, laissant le spectateur en profiter pleinement. Cette recherche de l'espace, cette excitation de la nature profite au film - et au western muet en général - et se marie bien avec la photographie solaire de Alvin Wyckoff, qui collaborera de nouveau avec DeMille; son travail est pour beaucoup dans l'impression naturaliste de l'ensemble.

Bien que DeMille emploie les mêmes acteurs, ils sont meilleurs que dans The Squaw man, comme si là aussi ils avaient pris conscience de n'être plus au théâtre, mais dans un autre médium; on est plus proche d'un certain naturalisme, à l'instar des productions Universal ou Ince de la même époque, dont la retenue du jeu est d'ailleurs souvent dictée par une volonté d'efficacité en même temps que pour échapper à la grandiloquence: a ce sujet, il faut revoir les Westerns Universal de John Ford avec Harry Carey, du moins les rares qui nous soient parvenus...

Quant à l'argument du film, il est plus intéressant, plus Westernien que celui du film précédent: du reste, si The Squaw Man contait l'arrivée d'un Européen dans l'ouest, celui-ci inverse le point de vue, et se place du coté des autochtones, qui voient arriver une institutrice. Le plus surprenant dans le film reste d'ailleurs l'impression que le conflit entre le progrès et la Frontière, qui sera à la base de très grands Westerns plus tardifs (Oxbow Incident, The man who shot Liberty Valance, les films de Peckinpah) est exposé, par le biais de l'institutrice et de son dilemme, puis remis à plus tard à la fin: Dustin Farnum la séduit dans la séquence finale. Mais les jalons sont posés: en ce monde idyllique(Les cowboys chevauchent, boivent, rigolent, font des farces de collégiens, etc), le problème de la violence est bien là: la scène de la pendaison est à ce titre exemplaire: dans un premier temps la violence tragique de l'acte est atténué par les fait que des bandits libres y assistent, cachés au loin. Le spectateur, qui les a vus peut plus facilement prendre parti pour les héros en dépit de la gêne que leur acte peut nous inspirer; mais une fois la pendaison effectuée, la vision fugitive de deux ombres de corps pendus nous renvoie à la réalité, tout

en continuant à la dissimuler. Une autre séquence nous procure un exemple de la volonté de l'équipe de faire du cinéma à tout prix: lors de la nuit qui précède la pendaison, les deux amis silencieux côtoient dans le même plan une surimpression témoignant de leur insouciance passée. Aussi crue soit-elle, elle anticipe des recherches qui culmineront avec The Whispering chorus 3 ans plus tard. On notera que le chef opérateur des deux films est le même. A qui faut-il attribuer cette idée, DeMille ou Wyckoff? Les paris sont ouverts, mais la présence de cette surimpression, des années avant la mode venue de Suède (Körkarlen, en 1921) est assez rare dans un film Américain de 1914, à plus forte raison un western.

Bref, ce film ne manque pas de qualités, tout en ne faisant pas plus de 55 minutes. Il témoigne de la vitalité de son metteur en scène, et de son équipe. Si The Squaw Man était une réussite, ce nouveau film va plus loin encore, et annonce beaucoup de feux d'artifices, aussi bien chez DeMille lui-même, que dans le cadre, alors en devenir, du Western.

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Muet Western 1914 *
30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 10:19

Voila un film étonnant à plus d'un titre; évidemment, DeMille s'est targué toute sa vie d'avoir fait avec ce film le premier long métrage du cinéma Américain. C'est faux, dans la mesure ou Kevin Brownlow a rappelé (Silents please, paru le 24 mars 2007 dans The Times) que la compagnie Kalem a sorti en 1910 une Vie de Moïse en 5 bobines, mais à raison d’une bobine par semaine. Quoi qu’il en soit, The Squaw Man reste une grande date. Pour un premier film de cette époque, sa durée et sa capacité à maintenir l'intérêt tout au long de ses 80 minutes sont remarquables, surtout avec un tel scénario:

Un Aristocrate Anglais accusé (A tort) d'un vol crapuleux fuit aux USA, protégeant du même coup son frère, le véritable voleur, dont  il est amoureux de l'épouse... Devenu ranchman, il épouse une jeune Indienne, qui lui donnera un fils. Celle-ci tue un homme pour protéger son mari, et lorsque le frère félon meurt, il prend le temps d'une ultime confession; Diana, sa veuve, arrive aux Etats-unis pour proposer au"Squaw man" de revenir, mais celui-ci pleure sa femme qui s'est suicidée... Le film finit assez brutalement, et on se doute que le héros restera aux Etats-Unis pour y finir ses jours.

La force de ce film est d'enchaîner les péripéties avec un incroyable aplomb, sans le moindre temps mort et avec une grande lisibilité, grâce à un scénario qui tient la route (la pièce originale était rodée, mais le film la transpose dans une multitude de décors: les Alpes, Londres, un port anonyme, l'ouest... Tout ça à Hollywood, bien sur), des acteurs qui sont plutôt sobres, et une caméra qui tient sa distance... Disons-le tout net, le DeMille de toujours est déja là, tout entier dans ce film et dans ce sens du cadrage simplissime mais idéal, sans forcer sur la profondeur de champ, en évitant les pièges de la composition théâtrale trop compassée (Contrairement à ses Dix commandements de 1956), et en prime, on sent dans ce petit film la joie de tourner en extérieurs et en Californie par dessus le marché. De plus, n'oublions pas que, non content d'avoir lancé la carrière imposante de son metteur en scène, The Squaw Man a contribué à établir la future Paramount...

Un doute demeure, malgré tout, puisque sont crédités deux réalisateurs, à savoir De Mille, dont c’était la première expérience de mise en scène, aussi bien cinématographique que théâtrale, et Oscar Apfel, l’un des acteurs qui lui a apporté assistance. Ce double crédit sera également au générique de The call of the North, le deuxième long métrage du metteur en scène, et Wilfred Buckland sera ainsi également crédité à la co-mise en scène de The rose of the Rancho en 1914.

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Published by François Massarelli - dans Muet Cecil B. DeMille Western 1914 *
18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 08:23

Deux jeunes cowboys (Ben Jonson et Harry Carey Jr) convoient des chevaux vers une petite ville de l'ouest dans l'espoir de les vendre. Ils arrivent à une petite ville, ou ils font la rencontre d'une groupe de mormons (conduits par Ward Bond) à la recherche de guides pour les amener en sécurité vers une vallée qu'ils désignent comme leur terre promise. Après une hésitation, les deux hommes acceptent, et le voyage va permettre à tout de petit monde de rencontrer des Navajos pas trop hostiles, des saltimbanques hauts en couleurs (Et avec un taux d'alcool dans le sang assez rarement constatés chez nos amis mormons), mais aussi des bandits, les Clegg, un homme accompagné de ses fils et neveux qui écument la région, et qui sont très, très dangereux...

Avec 85 minutes au compteur, ce film pourrait aisément être considéré comme une production de série B pour Ford. de plus, les vedettes en sont, essentiellement, les acteurs que le réalisateur-producteur a sous contrat: Jonson et Carey, habitués à jouer les seconds couteaux (Dans la trilogie de la cavalerie par exemple), Jane Darwell en souffleuse de trompette au regard halluciné, dont les oeillades à tous les hommes de passage nous font aisément douter de son appartenance à la rigoureuse tribu des disciples de Brigham Young, ou encore Ward Bond, sans oublier le toujours muet mais cette fois sobre Francis Ford, ils sont tous là... Mais pas de John Wayne, de Henry Fonda ou de Maureen O'Hara. Et il y a dans ce film une petite tendance au recyclage d'idées, avec le voyage d'un groupe vers une terre promise, l'errance d'une petit nombre de personnalités bien campées (Même si souvent caricaturales) qui nous rapellent un peu l'atmosphère sublime de Stagecoach, voire de Grapes of wrath. Le choix de Monument Valley débouche pour toute personne attentive sur une utilisation répétée des mêmes décors, et tout spectateur souhaitant évaluer la vraisemblance géographique des déplacements de nos mormons le constatera: ces gens-là tournent en rond, et d'ailleurs les mots de la fin s'inscrivent sur l'écran alors que le but du voyage n'est toujours pas atteint...

Pourquoi d'ailleurs avoir choisi un groupe aussi controversé que les Mormons, pour notre Ford toujours plus Catholique et Irlandais que jamais, qui semble ici s'accomoder de peindre l'errance d'un goupe de gens plus W.A.S.P. que la famille Bush elle-même, mais passés au travers du filtre déformant de son style: il suffit de voir comment le doyen Ward Bond ne peut réfréner une tendance à jurer qui lui attire systématiquement les gros yeux de sa communauté! On peut alors se poser la question: un groupe d'Irlandais, ça n'aurait pas été plus facile? Je pense qu'il faut attribuer la raison du choix de Ford et de son confrère producteur Merian C. Cooper à une envie de traiter un sujet rarement conté, on sait après tout la tendresse sans exclusivité du metteur en scène pour toute l'histoire de l'ouest. Et comme le film est réminiscent d'autres productions de Ford, le fait d'apporter une thématique en apparence nouvelle contourne les éventuelles critiques... Et l'histoire même des Mormons justifie après tout l'existence de ce film, qui comme je le disais plus haut, ne se termine pas par une découverte de la vallée promise, soulignant ainsi que le propos est le voyage lui-même, non son but. Une errance, aussi métaphorique (The lost patrol) que physique (Three bad men, Stagecoach), épique (Grapes of wrath, The iron horse) ou intérieure (The informer), douloureuse (Pilgrimage, The fugitive, Cheyenne Autumn) ou fondatrice (Four sons, Drums along the mohawk): le thème est illustré par tant de films de Ford.

Car ils sont bien sympathiques, ces gens qui ne ressemblent pas tellement à des mormons, amenés à cohabiter avec hospitalité (Et une certaine distance émotionnelle) avec des gens qui ne leurs ressemblent pas, et étendant une inattendue ouverture d'esprit aux autres parias de cet ouest rude de l'époque, les Navajos ou les propriétaires alcooliques d'un medicine show crapuleux. Ford peut, y montrer quelques destins qui épousent une trajectoire parfois accidentée, comme il l'a déjà fait dans ses grands films, Stagecoach en tête: le cow-boy insouciant et impétueux (Carey) épousera une jeune femme Mormon, et s'établira sans doute dans la communauté. Les Clegg trouveront leur juste récompense pour leurs services sanguinaires, les Mormons trouveront (Sans doute) leur terre promise, et l'autre cowboy pourra épouser la jeune femme du medicine show (Joanne Dru), qui de son côté trouvera la rédemption pour un passé de pécheresse qui est évident, mais jamais mentionné sinon par des regards, ou... des silences.

Car si Wagon master n'est PAS (Contrairement par exemple à l'autre production Argosy indépendante de cette même année, Rio Grande) un film mineur, bien au contraire, c'est bien par sa générosité, son humanisme et son immense poésie. Le film est une épure, un concentré d'univers familier et ensoleillé, dans lequel on se glisse avec gourmandise comme on retrouve un vieil ami. A l'heure ou Ford choisissait la redite (Les films de la Cavalerie) ou les tâches de studio, prestigieuses mais impersonnelles (Mogambo) ou carrément indignes et indigentes (What price glory, When Willie comes marching home), il prouvait aussi qu'il pouvait continuer à explorer son univers avec bonheur, en se renouvelant avec trois bouts de ficelle, sans stars, et quand même, quand même, avec Monument Valley. Voyage recommandé.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Western
13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 17:00

Interrogé sur sa carrière et ses débuts, lors d'une interview pour la télévision Française, Ford avait répondu d'une façon intrigante à une question sur son premier film, au milieu d'une foule d'autres mensonges tous aussi gros et picaresques les uns que les autres: il prétendait que c'était ce long métrage de 1924, qui s'avère en réalité être son cinquantième si on en croit la filmographie établie par Lindsay Anderson... Mais il y a sans doute des raisons, autre que le grand âge (Ford était retraité depuis quelques années lors de l'interview), la maladie, le gâtisme, ou même l'alcool. De fait, si Just pals en 1920 inaugurait la longue et fructueuse association du metteur en scène avec la Fox, ce long métrage de 12 bobines le consacrait de façon spectaculaire, tout en suivant de près la Paramount qui avait dégainé son premier super-western en 1923 avec The covered wagon. Non seulement le genre, qui était essentiellement lié à la série B et au serial, allait enfin connaitre mise en avant et considération grâce à de telles oeuvres, mais le metteur en scène était enfin reconnu et à sa juste place. Et ça n'a pas été sans mal, le tournage ayant été, si l'on en croit les commentaires contemporains, épique! Sans doute pas autant que ceux du disciple Peckinpah, mais pas si loin...

Le film suit en fait deux intrigues, largement imbriquées l'une dans l'autre: d'une part, il s'agit de rendre compte de l'histoire de la construction de la ligne inter-continentale de chemin de fer, décidée par le président Lincoln en 1862 après de nombreuses années à préparer cet évènement, et achevée en 1869. Le film suit partiellement la trajectoire des deux compagnies, la Union Pacific (Partie de Omaha, Nebraska, et faisant route vers l'Ouest) et la Central Pacific (Partie, elle de Sacramento en Californie), jusqu'à Promontory Point, en Utah. Mais surtout, il nous conte les aventures de Davey Brandon et Miriam Marsh, et leur participation à l'Histoire: voisin de Abraham Lincoln (Charles Edward Bull) quand les deux héros étaient enfants, le père du jeune Davey était un idéaliste, désireux de trouver la route parfaite pour une future ligne de chemin de fer à travers les Etats-Unis. Après un court épisode qui le voit deviser avec le futur président pendant que le petit Davey joue avec sa copine Miriam, on voit le père et le fils partir pour une expédition vers l'Ouest. Une séquence les voit bivouaquer en pleine nuit, près du territoire des Cheyennes, mais le père meurt lors d'une attaque d'Indiens, menée sous la direction d'un renégat (Fred Kohler), reconnaissable à sa main droite: il y manque trois doigts... La scène est fantastique, Ford réussissant à passer sans effort de la quiétude d'une soirée au coin du feu pour le pionnier et son fils, à un suspense lié à la présence d'indices troublants: le père a entendu quelque chose, semble inquiet; Ford nous montre alors une jambe en gros plan, un homme en mocassins qui avance précautionneusement, mais marche malgré tout sur des branches sèches. Retour au père, de plus en plus angoissé, qui tente de sauver la face de façon à ne pas effrayer son fils. Ford retourne au plan précédent, et nous montre la progression d'autres Indiens, toujours vus uniquement par leurs jambes. Le père, cette fois, saisit son fils, l'embrasse et l'éloigne. Le plan suivant le voit se faire attaquer, à plusieurs contre un. Il n'a aucune chance... La scène est ensuite vue du point de vue de Davey, qui est témoin à distance du meurtre, de son père par un homme qui le scalpe ensuite. Davey a vu la main droite de l'homme, et a entendu son père s'étonner du fait que son assassin était blanc... La scène est exemplaire de la façon dont Ford installe du suspense, sans jamais forcer la rupture de ton. Tous les ingrédients de ces deux séquences d'introduction mettent le reste du film en place: Lincoln et le père Brandon, visionnaires, tous deux tués, mais dont les visées civilisatrices seront reprises par Davey. Celui-ci aura également à coeur de venger son père, et de retrouver la petite Miriam d'autre part...

Miriam, de son côté, grandit auprès d'un père qui après avoir été réticent, va finalement faire sienne la volonté du père Brandon, et va souscrire au voeu de Lincoln d'unifier la nation par le chemin de fer avant même que la guerre de Sécession soit finie. On voit d'ailleurs une scène à la Maison Blanche, durant laquelle Lincoln doit faire face à une certaine opposition à cette construction, avant-gout de nombreux développements dans le film; par ailleurs Mr Marsh est venu pour être témoin de la signature historique par le président, et en profite pour lui présenter sa fille,désormais incarnée par Madge Bellamy. Celle-ci, enfin, est fiancée à Jesson (Cyril Chadwick), un ingénieur qui manque cruellement de glamour, et dont nous verrons bien vite qu'il est éminemment corruptible... La construction commence donc, et nous assistons dans un premier temps aux mésaventures des ouvriers de la Union Pacific, menés par Marsh et Jesson. Miriam est fréquemment sur place, et assiste avec passion son père, pendant que Deroux, un propriétaire local, manoeuvre et se met Jesson en poche afin de pousser la compagnie à utiliser ses terres, lui devant de fait un loyer... Mais arrive alors un jeune homme qui travaille pour le Poney Express, poursuivi par des indiens: c'est Davey Brandon (George O'Brien), et s'il se rappelle de Miriam Marsh, il sait aussi que son père avait bien trouvé un passage idéal, ce qui ne sera pas du tout arrangeant pour Deroux... Celui-ci, bien sur, a changé et est relativement méconnaissable depuis le meurtre du père de Davey, et bien sur, il dissimule toujours sa main droite.

L'arrivée de George O'Brien est non seulement spectaculaire, mais elle vient au bout de cinquante minutes. Ford nous a permis de l'attendre sagement, tout en nous donnant des arguments et des rappels: la scène dramatique exemplaire durant laquelle son père meurt, le fait qu'il ait été ensuite secouru par des trappeurs, vont lui donner non seulement le désir de se venger, mais aussi faire de lui un homme de ressources, un homme d'action en fait. L'entrevue entre Marsh et Lincoln, en présence de Miriam, passe le relais d'une évocation par le président du 'petit Davey Brandon': ainsi, même absent, le personnage demeure dans l'intrigue... Le choix d'O'Brien, trapu mais costaud, laconique et aux gestes sûrs, est excellent, sans parler de l'importance que l'acteur (Future vedette d'autres films de Ford, mais aussi de Hawks, et surtout de Sunrise de Murnau) va prendre à la Fox. Mais au-delà du caractère actif et droit du personnage, O'Brien est en quelque sorte à la fois le dépositaire, par l'héritage de son père, et la reconnaissance de Lincoln, du rêve d'avenir représenté par le "cheval de fer". La fin, qui vire assez artificiellement au symbolique, voit Davey, lassé des aventures, passer de la Union Pacific à la Central Pacific, et ainsi nous permet de le suivre et de montrer la jonction des deux tronçons comme une véritable réconciliation entre toutes les parties de l'Amérique: Brandon et le Caporal Casey, un copain joué en vieil Irlandais Fordien par ce cabochard de J. Farrell McDonald, peuvent ainsi retrouver leurs amis de la Union Pacific, et Davey retrouve aussi Miriam: mais le jeune homme attend la jonction officielle pour embrasser la belle.

La partie historique du film, qui va de pair avec un tournage spectaculaire (Aucun plan neutre, en fait, Ford place ici la barre très haut, en jouant sur la montage, le cadrage, la vitesse, et des placements de caméra inédits: dans une fosse sous les trains), est prolongée par un recours aux protagonistes réels, ainsi qu'à des épisodes et des faits marquants: l'arrivée des Chinois sur la ligne qui part de Sacramento, l'anecdote de l'aide apportée par "Buffalo" Bill Cody, la construction de villes entières sur la trajet des compagnies, qui sont démontées et remontées ailleurs en quelques heures, et bien sur la très documentée cérémonie de jonction finale, dont les images ici feraient presque illusion tant Ford y a copié les photos historiques, tout ceci est complété par des allusions westerniennes qui renvoient à d'autres folklore: la présence d'un saloon avec ses pensionnaires féminines, dont une prostituée qui joue un rôle important, la présence aussi d'un juge qui nous rappelle Roy Bean, à la fois patron de saloon et juge auto-proclamé: Ford invente beaucoup de formes et d'actes fondamentaux du western dans ce film, l'annoblit de façon spectaculaire avec la présence imposante de Lincoln, mais surtout il semble s'inventer lui-même, en recyclant, enrichissant l'héritage de Griffith, qu'il dépasse de très loin par l'efficacité de sa mise en scène et la cohérence de son humanisme...

Ford est en effet ici à la fête, il mène un tournage spectaculaire, qui donnera lieu à un succès énorme, et un film qui renvoie encore aujourd'hui le spectacle concurrent de la Paramount dans les cordes: le résultat est, malgré ses 150 minutes, d'une rigueur dramatique confondante. Les acteurs sont naturels, et réussissent à faire passer ce qui reste une intrigue symbolique de mélodrame pour argent comptant. Le metteur en scène excelle déjà dans des digressions qui ne prennent pas encore trop de place, et s'amuse beaucoup à faire incarner à ses amis les petits et les sans-grades de l'histoire: ses caporaux et sergents Irlandais qui sont venus prêter main-forte aux ouvriers de la construction, aidés par d'autres immigrants, qu'ils soient Italiens ou Chinois. L'amérique de Ford, déjà illustrée par ses films précédents, se prolonge et devient épique avec The Iron Horse, un film que pour la première fois celui qui professionnellement était crédité "Jack Ford" va désormais signer... John Ford. Et si c'était ça, la clé de ce fameux mensonge, justement? Le premier film pour lequel on l'ait reconnu, le premier qu'il ait signé de son pseudonyme "noble"? Peu importe, d'ailleurs: ceci est l'un des chefs d'oeuvre de Ford, un point c'est tout.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet Western 1924 **
4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 07:37

Pendant que la chanson qui donne son titre au film se fait entendre, des panneaux en bois, du type de ceux qu'on imagine annoncer les limites d'une ville typique du Far West qu'on aime, en bois vermoulu et troué de balles, déroulent un à un le générique du film... une entrée en matière absolument parfaite pour un film marqué d'une part par sa nostalgie westernienne magique, et d'autre part par son incursion définitive dans la légende de l'ouest, tellement belle qu'on la souhaite crédible... Il s'agit donc pour Ford de donner à voir une vision définitive de la fameuse escarmouche de Tombstone, durant laquelle (Selon la légende, s'entend) la famille Earp, aidée par "Doc" Holliday qui y perdit la vie, a une bonne fois pour toutes réglé leur compte aux bandits de la famille Clanton. Le film se situe entre une légende magnifique, rendue plus belle encore par un décor de ville qui se crée sous nos yeux, et une vérité forcément douteuse, relayée en particulier par l'ex-marshall, ex-hors-la-loi Wyatt Earp, que Ford dit avoir rencontré lors de ses jeunes années, et qui soignait lui-même sa légende. La rencontre entre Earp et Ford, deux menteurs patentés, donc, a du être haute en couleurs...

Pourtant, il y a de la véracité dans ce film, qui évite comme d'autres productions Fox de la même époque (Notamment le magnifique Ox-Bow incident de William Wellman sorti trois ans plus tôt) de tomber dans une imagerie d'Epinal un peu trop angélique: les Earp, après tout, sont avant tout des garçons vachers, pas des redresseurs de torts; ils sont crasseux, pas sophistiqués, mal dégrossis, et on ne saura pas grand chose de plus de leur passé (Je pense en particulier aux aînés, ceux qui survivent d'ailleurs à la fin) que ce qui nous est colporté par les gens de la ville de Tombstone lorsqu'ils croisent Wyatt: "Le Wyatt Earp? Celui de Dodge City?" Déjà légendaires, ils sont loin de se douter qu'ils vont replonger dans la lutte contre le crime. Le crime et la violence, parties intégrantes de tout western qui se respecte, sont situés ici dans une ville qui se pacifie à vue d'oeil, et est surtout représenté par les Clanton, une famille menée par un vieux fermier fascinant, peut-être le plus beau rôle de Walter Brennan, qu'on n'a rarement vu aussi glaçant. Les Clanton sont des gens qui se sont faits à un vieil Ouest, celui d'avant, et ne veulent pas lâcher leur civilisation de la violence: ils veulent, ils prennent, et en cas de litige, la solution est toute trouvée: comme le dit le vieux à l'un de ses fils après avoir distribué les coups de fouet, "Quand tu dégaines, tue un homme!"...

Mais comme on le sait d'autant plus depuis que Ford a concrétisé cette idée par un film superbe (The man who whot Liberty Valance, 1962), parfois la légende est plus belle et plus profitable que la vérité: Wyatt Earp, sous les traits d'Henry Fonda, est plus une idée qu'un homme, plus un symbole du cow-boy, saisi dans toute sa fascinante légende, avant sa disparition. Il ne fait, typiquement, que passer, et apporte avec lui la nostalgie d'une époque en voie de disparition, avec laquelle il s'évanouit au final, attiré un instant par la vie sédentaire que lui offre Tombstone et la perspective de miss Clementine Carter, la petite amie rejetée également par Doc Holliday, mais qui apparaît à Earp, comme à Holliday, comme trop belle et trop sage pour eux. En lieu et place, ils ont été condamnés jusqu'au bout à côtoyer les entraîneuses, les joueurs professionnels, les soiffards, et à tenir salon jour et nuit dans un bar d'ailleurs tenu par une grande figure du passé, J. Farrell McDonald, ancien metteur en scène passé aux rôles de vieil Irlandais bougon, souvent présent chez Ford jusqu'aux années 30... Tombstone, c'est l'émergence d'un futur pour l'ouest, ou tous les cow-boys, Marshalls, bandits et autres figures de l'ouest s'effacent devant une civilisation en marche, comme en témoigne la superbe scène de la danse, menée par une Clementine volontaire, et un Wyatt earp un peu gauche. Du début à la fin du film, les caravanes et les chariots arrivent, la ville se construit sous nos yeux, et Doc Holliday, consumé de l'intérieur par la maladie, ruiné par sa vie, rejoint à son tour les légendes du passé. Introduit par la chanson 'My darling Clementine', dont les paroles sont sans équivoques (You are lost and gone forever), Wyatt Earp est en sursis.

C'est sans doute, par sa lenteur calculée, le film dans lequel on verra le mieux les héros penser... Fonda en particulier, mais Ward Bond (Morgan Earp) aussi, qui voit s'éloigner le père Clanton seul, mais qui sait que le vieux renard a plus d'un tour dans son sac. Morgan, sans quitter le bandit des yeux, recharge son arme... Généralement nocturne, parfaitement dosé entre scènes d'action et de tension, et scènes de contemplation douce-amère, le film de Ford livre tout son sens par une confrontation entre Shakespeare et Tombstone: un acteur tente désespérément de livrer une interprétation de Hamlet, pendant que quelques brutes le harcèlent. C'est Doc Holliday qui l'aidera en remplissant les vides dans sa récitation. L'espace d'un instant, le western épouse les riches heures du passé, et la contemplation du bilan morbide de sa vie par le Prince Danois se confond avec le futur désormais vide de sens de toutes les figures du western qui s'agitent sous nos yeux. Et Ford, par ce film, acquiert la stature d'un Shakespeare Américain, dans une oeuvre sombre, belle et... légendaire.

 

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Published by François Massarelli - dans John Ford Western Criterion
3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 07:35

Nouvelle fratrie (Après les Coen, les Taviani, Dardenne e tutti quanti), les Miller font une entrée fracassante dans le cinéma Américain: co-scénaristes, l'un réalisateur, l'autre producteur, ce qui rappelle évidemment les Coen, ils effectuent une sorte de western hyper-classique, rigoureux et jouissif qui fait plaisir à voir. Leur vision de la conquête civilisatrice de l'Ouest sauvage lorgne furieusement du côté de Leone, et leurs provocations quasi-féministes dans cet univers généralement si masculin font plaisir à voir. Comme le film est structuré en une lente mais inexorable montée de la violence, sans pour autant être trop long (C'est même un modèle de sobriété à ce niveau, avec 94 minutes), il en faut peu au public pour être happé...

Au nouveau Mexique, à la fin du XIXe siècle, les efforts d'un jeune couple (Lui, Eduardo Noriega, est Mexicain, elle, January Jones, une ancienne prostituée; autant dire qu'ils ne sont pas très bien vus) pour vivre tranquilles sont menacés par le "prophète" Josiah, un illuminé (Jason Isaacs) qui a probablement été chassé de la ville des Mormons pour son extrémisme... Il vient de fonder une congrégation et tient la ville dont il graisse la patte des notables sous son aile. Il tend à éliminer tous ceux qui le gênent dans son désir d'expansion, et convoite non seulement la terre des jeunes gens, mais aussi la femme elle-même, Sarah. Ce qu'il ne sait pas encore, c'est que Sarah est capable de tout quand on y met les formes... Pendant ce temps, un vieux shérif enquête sur une disparition qui le mène droit à Josiah...

Le film est non seulement mis en scène avec aplomb et classicisme, sans excès ni effets, va à l'essentiel, mais en prime il est marqué par l'excellence des acteurs. January Jones partage le laconisme de Clint Eastwood, Jason Isaacs livre avec son prophète une version extrême de son Lucius Malfoy, et surtout Ed Harris rythme le film de ses apparitions en shérif illuminé, mais profondément ingénieux: il se comporte littéralement en Columbo auprès du prophète dont il se doute qu'il est un criminel, et invente presque sans s'en rendre compte la police scientifique en demandant l'aide d'un maréchal-ferrant pour identifier la provenance de balles...

Le personnage de Sarah est sur-codé, mais ce qui sauve le film au lieu d'en faire une succession de clichés, c'est la progression vers l'accomplissement de son destin d'ange exterminateur: les signes avant-coureurs sont là (Une scène située au début voit la jeune femme acheter une robe, qui deviendra son uniforme de femme vengeresse), mais essentiellement, Sarah est une femme repentie qui a sans doute commis l'erreur de s'installer dans l'endroit même ou elle a péché. Marquée à vie, elle essuie sans mot dire des réflexions désobligeantes qui font bondir son mari. Mais elle encaisse, garde en réserve, et saura se souvenir... Il y a un clivage fort entre la Sarah de la première heure du film, et celle de la fin: elle arbore de nouveau du maquillage, vieux souvenir des temps ou elle était une femme marquée; d'autre part, les cinéastes on osé une scène forte: son mari a disparu (Nous savons nous qu'il a été tué par Josiah), elle doit travailler seule, et elle es enceinte. Elle perd le bébé, et s'extirpe métaphoriquement de sa nouvelle condition de femme respectable et de future mère en versant le sang... A partir de là et bien qu'il lui faudra du temps pour en avoir la preuve, elle sait que son maril est mort. Josiah va pousser ses avantages dans une réminiscence de The Wind de Victor Sjoström (Il vient, l'assomme, la viole, et la considère désormais comme sa propriété)... Sexe et violence sont mêlés dans le film, d'une façon explicite et symbolique, jusqu'à une scène qui est une affirmation de supériorité féminine par la nudité: Sarah attire deux des disciples de Josiah en se baignant nue. Dans la rivière, elle leur montre son dos pendant qu'ils descendent de cheval, mais porte contre sa poitrine un gros flingue... L'ouest ne sera plus jamais comme avant!

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Published by François Massarelli - dans Western
3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 09:42

S'il est un exemple de western à la croisée des chemins, c'est bien ce film! A la fois l'un des premiers du genre en Cinemascope, dès 1954, western symbolique, remake d'un film noir de la Fox (House of strangers, de Mankiewicz, 1949) et vision en avance sur son temps, qui passe par la peinture dun mariage mixte entre un Irlandais (Spencer Tracy) et la fille dun chef Indien (Katy Jurado, appelée du début à la fin Senora parce que toute la bonne société feint de la prendre pour une Hispanique)... La barque est chargée, mais le film s'en sort bien, grâce à la structure en flash-back, forcément intrigante, l'écran large qui est totalement justifié pour un western, et l'interprétation dominée par Spencer Tracy et Richard Widmark. 

  http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/83/Spencer_Tracy_katy_jurado_broken_lance3.jpg

Matt Devereaux (Tracy) est un ranchman influent. Veuf, il est venu s'installer dans l'ouest avec ses trois fils, et a rencontré une jeune Indienne dont il est tombé amoureux. Une fois marié, il a eu un quatrième fils, John (Robert Wagner), et la vie a continué dans la régsion, sous la domination évidente de la famille Devereaux. Mais l'avenir s'annonce sombre: la question de l'héritage se pose, entre trois garçons désobéissants, turbulents et revendicatifs menés par Ben, l'ainé (Richard Widmark), et le plus posé John, qui hérite de deux cultures mais aussi de l'attitude sacrificielle de sa mère. Lorsqu'une confrontation avec des mineurs locaux tourne mal, John est volontaire pour se rendre en prison à la place de son père, mais son absence va précipiter les choses, et le drame qui couve depuis tant d'années entre ben et Matt va éclater...

           http://3.bp.blogspot.com/-i55yp7eUvrs/TlFrFSGCrmI/AAAAAAAAFQA/O3NedqwVJGM/s1600/Broken%2BLance%2B4.jpg

La lance brisée est l'enjeu du film, ce combat symbolisé par une lance, plantée aux pieds de Ben par John lors de l'enterrement de leur père. Le conflit du film est essentiellement situé entre les deux frères... Du film noir original, on retient la présence toute-puissance, même au-delà de la mort, du patriarche incarné dans le film de Mankiewicz par Edward G. Robinson de façon bien caricaturale, en Italien autodidacte. Tracy est sans nul doute plus authentique en Irlandais! On retient aussi l'opposition entre trois frères magouilleurs d'un coté et le préféré du père de l'autre, qui va payer pour tout... Mais le film de Dmytryk apporte en plus une vraie réflexion sur la marche du progrès dans l'Ouest, représentée à travers le conflit entre les tennats d'une liberté absolue d'entreprendre, et les corporations qui polluent littéralement l'environnement, symbolisé par l'eau, fil rouge du film (C'est là que Matt a rencontré "Senora", c'est là que le conflit se résoudra). Mais matt sera aussi un homme de progrès; lui qui ose braver tous ses concitiyens en s'afichant avec son épouse inattendue... ce que les braves gens sauront le moment venu reprocher à John. La marche du temps ne s'arrêtera pas, et le film devient onirique en montrant de façon allusive l'esprit du vieux Matt hanter le désert sous la fomre d'un loup, un homme qui a trouvé dans l'au-delà la liberté absolue dont il rêvait de son vivant, et que la marche du temps va bientôt rendre impossible pour les Américains...

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Published by François Massarelli - dans Western
5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 17:14

Ne rentrons pas dans les détails de l'histoire compliquée de ce film, et de son destin plus que contrarié: rappelons juste que suite à une décision d'un studio désireux de reprendre le contrôle d'un film dont le budget avait été un sérieux problème, Heaven's gate a été amputé avant sa sortie comme tant de films avant lui, et comme d'autres après (et d'autres à l'avenir aussi, n'en doutons pas). Pourquoi, comment, par qui, peu importe: ce sont là des questions qui méritent certes qu'on s'y attarde, mais qui justifieraient un livre à elles seules...

Concentrons nous plutôt sur le film tel qu'il nous est enfin restitué suite à une restauration digne de ce nom, orchestrée par Michael Cimino lui-même, et qui restitue sinon l'intégralité des 219 minutes du montage de 1980, au moins 216 minutes, dans ce que Cimino appelle sa version favorite. Au moins c'est clair... Et le film (Via une copie positive, seul le négatif de la version amputée ayant pu être localisé) a fait l'objet d'un ré-étalonnage numérique qui rend justice à l'extraordinaire photographie de Vilmos Szigmond, le chef opérateur avec lequel Cimino avait déjà travaillé précédemment pour The deer hunter.

Heaven's gate a souvent été qualifié de film qui montre la mort du western, comme si le genre pouvait réellement mourir... C'est le propre des westerns d'après 1960 d'être souvent qualifiés de "crépusculaires", mais ne faudrait-il tout simplement pas mieux admettre que comme tous les genres, celui-ci a tout simplement évolué? Cimino, en en montrant sa vision personnelle en 1980, se situe à mon sens dans les pas ô combien classiques de John Ford, qui a avant lui montré à sa façon de quelle façon l'évolution, la marche en avant des Etats-Unis se faisait en parallèle avec la violence sous ses nombreuses formes, tout en dépeignant une société Américaine marquée aussi bien par ses conflits de classe que par son multiculturalisme. Tous ces thèmes sont justement ce qu'on retrouve dans ce beau film de Cimino...

 

Le film commence, de façon inattendue, dans l'Est: à Harvard en 1870, des jeunes hommes obtiennent leur diplômes de fin d'études, et vont, sous l'impulsion de leur doyen, affronter la vie, aller loin et se mettre en quête de faire profiter les Etats-Unis de leurs richesses, et de leurs intellects. 20 ans plus tard, nous retrouvons l'un d'eux: James Averill (Kris Kristofferson), un homme richissime dans l'Est est devenu marshall de Johnson County; un endroit ou il aime à venir s'encanailler, en particulier en compagnie de la prostituée Ella Watson (Isabelle Huppert). De retour après un long voyage (Il est parti pour trouver un Tilbury de luxe pour l'offrir à Flora), il constate que le lieu a changé: de plus en plus d'immigrants se pressent dans les villes et les prairies, et des agents de la loi sont amenés à abattre certains de ces européens, qui ont procédé à des vols de bétail pour survivre, sans sommations. Mais bien vite, la situation va se compliquer encore plus, puisqu'avec l'appui du gouvernement fédéral, le chef d'un groupe d'éleveurs a obtenu de dresser une liste de 125 de ces immigrants à abattre sous le prétexte qu'on les soupçonne de trahison, d'anarchisme, ou d'être une bande organisée de voleurs. Parmi eux, la belle Ella...

Outre James Averill, on fait aussi la connaissance d'un certain nombre de personnages, dont certains peuvent lui être assimilés: ainsi son camarade d'université, William Irvine (John Hurt) est-il lui passé, bien qu'il le fasse par dandysme plus que par conviction, du côté des éleveurs; d'autre part, Nate Champion (Christopher Walken) est lui un agent de la loi, qui au début du film exécute les ordres, mais se refuse à participer à la tuerie finale, qu'il estime illégale, quelle que soit l'implication du président lui même (le Républicain Benjamin Harrison a en effet soutenu l'initiative du plus fort, ici, dans ce qui est resté célèbre dans l'histoire sous le nom peu glorieux de Johnson county war)... Ces hommes, d'une part et d'autre, auraient pu être Jim Averill lui-même... Mais celui-ci, par ennui, ou par romantisme, a décidé de se situer du côté des petits, et soutiendra jusqu'au bout la cause de ces déshérités du rêve Américain. Le parallèle est encore plus fort entre Averill le riche et Champion, un homme de loi illettré, intègre mais amer: les deux aiment la même femme, et celle-ci passe une bonne partie du film à hésiter entre eux.

La violence, dans ce film, est indissociable du progrès. De même que le crime semble indissociable de la conquête des espaces, et que si le rêve Américain existe (Le chef des éleveurs, Canton, vit le sien, qui l'autorise à tutoyer les grands de ce monde et à désigner qui vivra et qui mourra, un barman entreprenant fonde un dancing-patinoire afin de gagner de l'argent tout en fournissant de l'amusement à toute une ville en devenir...), il peut aussi être mis en question: il est évident qu'Averill a vécu le sien, mais qu'il en est revenu: d'ailleurs, il s'st marié dans l'Est et a fui. Tout le film renvoie à l'idée de civilisation: des villes se construisent et se peuplent, des commerces fleurissent sous nos yeux; Averill croit en la locomotion et en offre un moyen à Ella, qui de son côté souhaite rester afin de continuer à contribuer à la vie d'un endroit qui est clairement son chez elle (Elle est d'ailleurs une notable à bien des égards...); mais de l'autre côté, aussi bien les éleveurs et leur volonté de garder le Wyoming libre pour des prairies où faire paître leurs troupeaux, que les petits immigrants qui utilisent du fil barbelé pour délimiter leurs parcelles, tous font oeuvre de civilisation. Comment s'étonner qu'à un moment on réalise la vérité des Etats-Unis: il ne fait pas bon y être pauvre... un constat explicite dans le film, noir, mais qui renvoie aussi à une conclusion en forme d'ironique cauchemar: pour le riche Averill, seul véritable survivant d'une boucherie inutile, on n'échappe pas à son destin... et même si la démonstration s'enrichit (comme The deer hunter) d'une illustration du melting-pot folklorique à travers les langages européens nombreux et mélangés, et la présence de danses et musiques venues en particulier d'Irlande, le système de classes, inique et impitoyable, a le dernier mot dans cette fresque lyrique et monstrueuse. Et l'Amérique, lieu de réalisation de l'individu, devient ici le mouroir des individualités face aux grosses machines collectives... 

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Published by François Massarelli - dans Western Michael Cimino Criterion