
Ce film, l'avant-dernier de Hawks, illustre parfaitement un adage typiquement Hawksien: quand les personnages sont bons et que l'alchimie entre eux est parfaite, pourquoi ne pas les reprendre? Et du même coup, pourquoi d'ailleurs ne pas reprendre la même trame, les mêmes enjeux? Donc de Rio Bravo, on passe à El Dorado. De là à faire deux bons films, toutefois, ce n'est évidemment pas gagné. Et pourtant...
Cole Thornton (John Wayne), un homme à la gâchette sûre, un professionnel mais doué de moralité, a un rendez-vous pour un travail: il doit porter son flingue et son savoir-faire au service de Bart Jason, un gros bonnet du conté d'El Dorado. Mais le shérif dudit conté, J. P. Harrah (Robert Mitchum), qui est un vieux copain à lui, ne l'entend pas de cette oreille: il sait que Jason entend faire main basse sur les terres de ses voisins, des éleveurs tranquilles, les Mac Donald. Décidé à refuser l'offre, Thornton voit Jason, mais en revenant à El Dorado il est attaqué par un des jeunes Mac Donald. En légitime défense, il le tue, et ramène son corps dans sa famille. Le père de la victime comprend, mais pas sa soeur, l'impétueuse Joey (Michele Carey): elle tire à son tour sur Thornton, et sans pour autant le tuer, lui loge une balle près de la colonne vertébrale...
Quelques temps plus tard, Thornton apprend que Jason n'a plus face à lui qu'un shérif alcoolique et bon à rien: avec l'aide de "Mississippi" (James Caan), un jeune aventurier rencontré sur sa route, il revient pour prêter main-forte à son copain...
Tout ce qui précède est assez éloigné, finalement, de Rio Bravo, mais ce n'est que le prologue. On reviendra immanquablement aux figures imposées: un shérif, peu d'aide, des gens qui se targuent d'être des pros, des innocents et des "civils" qui passent leur temps à se mêler de ce qui ne les regarde pas, et un vieux bras cassé qui parle trop mais qui abat du boulot: Walter Brennan marchait à la dynamite, pour Arthur Hunnicutt ce sera l'arc et les flèches. En lieu et place de Ricky Nelson, James Caan est un "bleu" très convaincant, dont le chapeau déclenche bien des commentaires. On ajoute aussi, par rapport à Rio Bravo, des chevauchées dans une nature rassurante et fortement ciné-génique! Mais si Hawks a décidé d'inverser le shérif et son copain, c'est quand même Mitchum qui sera l'alcoolique auquel il faut venir en aide: pas question de refiler une telle tare à John Wayne!
Ce dernier est ralenti par sa blessure, ce qui sert tout le monde: ça ajoute un brin de suspense, et ça permet à l'acteur de ralentir le rythme d'une façon convaincante, car l'âge et la santé fragile sont là... Les convictions aussi d'ailleurs, car durant le siège inévitable, en fin de film, les échanges portent autour d'un discours sécuritaire bien à droite, qui est probablement celui de tous les protagonistes: Mitchum, Hawks, Wayne et Caan ne s'en sont jamais cachés.
...Et alors? C'est le mythe du western, cette vieille idée que la loi sur la Frontière dépend d'abord des hommes avant de dépendre de la collectivité, que la loi n'est bonne qu'à s'appliquer, elle ne venge pas et elle ne débarrasse pas nécessairement des putois. Non, croyez-moi, on ne fait pas de gros fun qui tâche avec un western de gauche, parce que c'est purement et simplement de ça qu'il s'agit: du fun. Mission, en ce qui me concerne, accomplie: certes, El Dorado n'est pas Rio Bravo, mais... ce n'est pas Rio Lobo non plus.







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Avec ce film, je pense qu'on peut vraiment parler soit d'un incompréhensible caprice un rien embarrassant, ou éventuellement d'un acte de foi! Blake Edwards, établi grâce à une série de succès certifiés et planétaires (Breakfast at Tiffany's, The Pink Panther, The Party...), s'est senti obligé de marquer son époque en reprenant les rênes d'un genre dans lequel on ne l'attendait certes pas! Et le western, en 1971, ne va pas bien, alors s'imaginer que ce film mal fichu allait le régénérer, ce serait bien naïf.
Le film est assez difficile à comprendre aujourd'hui, la faute n'incombant pas qu'aux cinéastes: on ne dispose de ces premiers films Universal, la plupart du temps, que dans des copies retrouvées en république Tchèque, en Hongrie ou en Pologne. Ils ont fait l'objet de tripatouillages à leur sortie (Par exemple, le personnage de Carey, dans Straight shootin', s'appelle Hal Philips!); Mais ce qu'on comprend, c'est un cahier des charges western très bien rempli: dès le départ, Ford nous propose une étonnante introduction, qui voit un auteur de romans recevoir une lettre d'un lecteur qui se plaint du manque de réalisme de ses personnages. Pour y remédier, il regarde une reproduction du tableau de Remington, A misdeal... qui s'anime sous nos yeux, et le film peut commencer! Et il y a des inventions jusqu'au bout, lorsque le héros pourchasse son ennemi jusque dans le désert, dont il ne réchappera que de justesse. Le tout est pimenté de surprenantes ruptures de ton: à l'humour bon enfant du début, succédera bientôt un climat plus oppressant quand Harry se transforme de cow-boy solitaire en homme dévoué à la femme qu'il aime et qui est en danger. Hell-bent, après tout, est un adjectif qui veut dire qu'on est déterminé à aller jusqu'en enfer s'il le faut, pour faire triompher sa cause.


