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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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12 octobre 2022 3 12 /10 /octobre /2022 17:29

Quel étrange film... Un drame westernien, situé en plein Arizona, et avec un shérif valeureux, interprété par... Roscoe Arbuckle, dans un rôle à peine teinté de comédie. Et pour couronner le tout, le film a été son plus grand succès critique, avant d'être retiré de la circulation pour cause de scandale...

Jack Payson trahit son meilleur ami, Dick, qui est parti faire fortune en laissant sa petite amie Echo derrière lui, car il veut faire fortune pour l'épouser. Jack dit à Echo que Dick est mort, tué par les Indiens... Quand a lieu le mariage, Dick revient et comprend en regardant par la fenêtre, il disparaît sans laisser de traces. 

Dans le cadre d'une enquête, le Shérif Slim (Roscoe Arbuckle) est aiguillé vers son ami Jack par un témoin plus que louche, et avant de se rendre à la police, Jack révèle la vérité à Echo... Puis il s'enfuit pour retrouver Dick, poursuivi par Slim et un posse imposant, ainsi qu'une troupe de renégats menée par le témoin qui souhaite se débarrasser de Jack!

Ouf, pas simple, tout ça... Tout se passe comme si le scénario de Tom Forman (futur réalisateur de Shadows avec Lon Chaney, et d'ailleurs il joue un rôle important ici) essayait d'accumuler autour de la star désignée Rocsoe Arbuckle toutes les péripéties western possibles et imaginables! Et on finit par ne plus trop s'intéresser à l'histoire, mais plutôt à la façon dont Arbuckle semble s'installer presque en contrebande dans le rôle d'un shérif efficace et valeureux, extrêmement bon camarade mais très malheureux en amour. Sinon, il y un indien qui fait, à un moment, une cascade tellement spectaculaire qu'on jurerait qu'il s'agit de Buster Keaton.

 

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Published by François Massarelli - dans Roscoe Arbuckle 1920 Muet Western Comédie **
3 septembre 2022 6 03 /09 /septembre /2022 11:45

Lord et Lady Greystoke se rendent en Afrique où le noble va s'attaquer au problème de l'esclavage, en pleine recrudescence... Mais en chemin, leur bateau subit une mutinerie. Sauvés par Binns, un marin loyal, ils s'installent dans une cabane de fortune, pendant que Binns est fait prisonnier par les marchands d'esclaves. Lady Greystoke donne naissance à un fils et ne survivra pas. Un chimpanzé qui entend le bébé vient et avec ses congénères, tue Lord Greystoke et s'empare du petit, car il vient d'y avoir la mort d'un petit chimpanzé et sa mère est inconsolable... Vous devinez sans doute la suite.

C'est le premier de tous les films de Tarzan, adapté directement d'Edgar Rice Burroughs, et grâce à son contrôle sur la production, très fidèle à sa vision... Tarzan a donc un contexte, une histoire et même une illustre lignée, ce qui fait de lui un Anglais: c'est souvent dit et répété, il n'est plus blanc, il est Anglais! Et c'est parce qu'il l'est, nous dit-on, qu'il a tant de facilités à dominer la jungle, mais aussi à apprendre, et pas seulement des singes. On pourra rire devant son apprentissage en un éclair, mais cette naïveté fait partie des charmes du film (bien plus que les relents d'eugénisme qui traversent les oeuvres de Burroughs, et que les films MGM sauront brillamment mettre à la poubelle!

Tarzan (Elmo Lincoln) est Anglais, d'ailleurs, jusqu'au point de comprendre qu'il ne faut pas céder à ses pulsions avec Jane (Enid Markey) quand elle le lui indique: "vous êtes un homme, après tout!"... Et Tarzan achève de devenir le noble qu'il a toujours été... Bon, pour ma part, je préfère les batifolages aquatiques de "moi Tarzan, toi Jane"...

Le racisme du film est indéniable, et à double tranchant. D'une part, on nous montre les Arabes comme d'horribles exploiteurs de chair humaine, et d'inquiétants bandits, et ce du début à la fin. Mais quand ils enchaînent Binns au côté d'un Africain, le film semble envoyer un message trouble, comme si le plus désolant chez ces esclavagistes, était de mettre à égalité un blanc et un noir!

Enfin, une petite note pour ce bas de page: on lit régulièrement que la grande Lois Weber aurait été la scénariste du film, ou en tout cas aurait participé à la rédaction d'une adaptation. Elle lançait sa propre compagnie à l'époque, n'avait aucun lien avec la First National qui a distribué ce film, et avait sans doute d'autant moins de temps pour cela, qu'elle tournait un nombre considérable de longs métrages par an... Donc en attendant des preuves de cette allégation, on va la tenir à l'écart de ce petit film gentiment historique...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1918 Groumf **
1 septembre 2022 4 01 /09 /septembre /2022 17:36

Dans une petite banque familiale, le vieux caissier (Lon Chaney) découvre que le directeur, Peabody, et son fils, détournent de l'argent. Ils le frappent et s'en débarrassent, le croyant mort: le complice qui transportait le corps a un accident. Le corps a disparu...

La fille du vieux Forbes, le caissier disparu, demande de l'aide à son ami Billy, qui décide de profiter de l'occasion pour prouver qu'il n'est pas un bon à rien...

C'est l'un des rares longs métrages Universal avec Lon Chaney d'avant 1919 à avoir été conservé entier ou à peu près... Et c'est un film assez connu, du coup, souvent montré ou édité, dès les années 80, en super 8 puis VHS et enfin DVD. Mais c'est avant tout un mélodrame assez sombre, avec un arrière-plan moral et une leçon, dans les limites de la convention: les Peabody sont des gens avides et sans scrupules, qui non seulement détournent l'argent de leurs clients avec des malfrats, mais en plus vont saigner à blanc ceux qui ont des dettes envers eux. Des capitalistes, dans le pire sens du terme, qui s'en prennent à un descendant du patriote Paul Revere, interprété par Chaney! Et pendant ce temps, un homme simple mais amoureux va révéler sa vraie force morale et faire triompher le bien.

Le film est décent, avec de belles scènes de suspense nocturne. Chaney y est excellent malgré la charge mélodramatique de son rôle, qu'il assume à 200%! Et la direction de l'artisan Joseph de Grasse (dont le frère Sam interprète ici le fils Peabody) est adéquate, sans plus...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Lon Chaney 1917 ** Joseph de Grasse
29 août 2022 1 29 /08 /août /2022 10:08

Nellie (Dorothy Phillips) est une aspirante actrice, qui s'enfuit de chez elle pour percer à New York. Dans la gare, elle rencontre un acteur (William Stowell) qui la séduit par son amabilité. 

Arrivée à Broadway, elle monte un à un les échelons du théâtre, et va presque malgré elle se servir d'un homme, le critique Paul Niehoff (Lon Chaney), un homme malade, qui souhaite faire représenter une pièce qu'il a écrite, avant de mourir...

Il manque les deux dernières bobines du film, sur cinq à l'origine, et ce qui reste n'est pas brillant... La troisième bobine en particulier a beaucoup souffert des ravages du temps. Mais en 33 minutes, on a quand même une assez bonne idée de ce qu'est ce film, réalisé comme tant d'autres de ceux qui employaient Chaney à l'époque par Joseph de Grasse. Pendant toute la durée de ce qui reste du film, on est assez circonspect devant une intrigue qui n'en finit pas de ressembler à une parodie. Ca s'explique très bien par la fin, résumée dans les copies disponibles...

C'est un film moyen, qui se réveille soudain à la fin de la troisième bobine, justement, quand un producteur véreux est assassiné par l'héroïne qui souhaite se défendre de ses intentions malfaisantes... De Grasse y utilise un bel éclairage, et Dorothy Phillips y incarne à merveille une ingénue dépassée par la violence dont elle fait preuve: là encore, ça sert assez bien le film quand on en connaît le dénouement. Chaney, enfin, y échappe au rôle de méchant, même si sa première apparition, en critique démiurge dans les coulisses d'un théâtre, fait craindre le pire...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1917 Lon Chaney ** Joseph de Grasse
27 août 2022 6 27 /08 /août /2022 16:26

Pas grand chose à glaner aujourd'hui dans un long métrage réduit à 5 minutes de fragments plus ou moins disjoints... Lon Chaney y est un profiteur, fumant le cigare et arborant en permanence un sourire de satisfaction perverse, une attitude qu'il utilisera souvent.

Mais voilà: comme tant d'autres, ce filma été victime du peu d'intérêt que la Universal manifestait pour le devenir de ses films, devenu des produits de saison qui n'avaient plus aucune attraction pour les exploitants et le public une fois leur exploitation finie... du moins le croyaient-ils!

Ida May Park a écrit le scénario, et Joseph de Grasse est le réalisateur, comme souvent pour les films interprétés par Chaney à cette époque. On retrouve d'ailleurs dans ces quelques images la préoccupation de montrer un visage urbain du mélodrame et du crime, qu'on trouvera aussi dans Broadway love de Ida May Park, passée réalisatrice.

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Published by François Massarelli - dans Muet Lon Chaney 1915 ** Joseph de Grasse
27 août 2022 6 27 /08 /août /2022 16:10

François Villon, vagabond, poète et bandit à ses heures, a détroussé en compagnie de son copain Colin deux moines, car ils avaient eux-mêmes donné tout leur argent à une famille dans le besoin. Ils sont jetés dans une oubliette, mais Colin aide Villon à s'échapper. Puis le héros assiste à l'exécution de son copain, et se venge sur un noble qui se moquait du défunt. 

Désormais doté d'une armure, Villon va ensuite délivrer une jeune femme des griffes de son tuteur violent, et fera une rencontre déterminante en la personne du Roi Louis XI, qui justement l'admire...

A l'origine, c'était une série de quatre films de deux ou trois bobines, concoctés par Universal pour le public populaire. Ce n'est pas à proprement parler un film d'une grande originalité, et le jeu de Murdock McQuarrie (Villon) vient en droite ligne des histrions des débuts du cinéma. L'acteur était pourtant souvent employés pour jouer les héros, dans des westerns et des films d'aventure.

Mais le principal intérêt du film aujourd'hui n'est ni McQuarrie, ni même le personnage ou la légende de François Villon: dans le rôle du tuteur libidineux, silhouette massive et inquiétante, qui mourra d'une main justicière après quatre minutes de présence sur l'écran, c'est Lon Chaney, dans ce qui est son plus ancien film de long ou moyen métrage à avoir été sauvegardé. Et d'ailleurs, après By the sun's rays, réalisé la même année par le même Gyblin, réalisateur très peu notable, c'est le deuxième plus ancien film conservé de l'acteur.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1914 Lon Chaney **
7 août 2022 7 07 /08 /août /2022 11:29

1924, à Moscou, l'ingénieur Los travaille à un grand projet, et rêve un peu trop... Quand il capte, comme la terre entière, un mystérieux message (Anta, Odeli, Uta) sur les ondes, il est persuadé que c'est Mars qui nous contacte... Entre deux crises de jalousie conjugale et autres péripéties, il conçoit une idée folle: aller sur Mars pour retrouver la Reine Aelita, dont il a rêvé...

On ne va pas y aller avec le dos de la cuiller, ce film, l'un des tout premiers à traiter un sujet qu'on qualifiera de science-fiction, est unique. Deux ans avant Metropolis, diront les tenants de la bouteille à moitié pleine. Oui, mais sans les moyens hallucinants de Fritz Lang et de la UFA, diront les autres... Réussir à mêler une histoire de lutte des classes et une intrigue de révolte sur Mars, un mélodrame qu'on n'ose pas qualifier de bourgeois, et un voyage interplanétaire...

Protazanov adaptait à la demande du studio (privé) Mejrapbom un roman prétexte d'Alexis Tolstoï (un cousin de l'autre), afin de fournir de l'évasion aux masses inquiètes. Si Protazanov, qui était parti en exil en 1917, est rentré en Union Soviétique et a accepté de travailler pour les studios locaux, et si le script fait tout son possible pour intégrer la nouvelle donne (un sale type est un pur capitaliste, un policier a des méthodes qui en font un fasciste de la pire espèce, et un soldat désoeuvré brûle d'exporter la Révolution sur Mars), le réalisateur fait quand même passer en sous-main une vision un peu moins glorieuse, avec ces appartements bondés dans lesquels toute intimité familiale est bannie, et une société qui reste quand même à plusieurs strates. Par-dessus le marché, il montre aussi la nostalgie des années d'avant lors de scènes de comédie...

Mais rien ne peut nous préparer à l'hallucinant design des costumes sur Mars, au jeu indéniablement affreux des acteurs et actrices qui doivent incarner les extra-terrestres. Et c'est, au milieu d'une joyeuse absurdité et de quelques bribes du savoir-faire évident de son metteur en scène, ce qui plombe sérieusement le film. Comme quoi on ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la kolkhozienne.

 

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Muet 1924 Bientôt, nous serons des milliers **
22 juillet 2022 5 22 /07 /juillet /2022 08:55

"Twinkletoes" (Colleen Moore) est une jeune femme pétillante qui a grandi dans le quartier très populaire de Limehouse, avec son père (Tully Marshall) très aimant. Elle danse et est en train de devenir la star du quartier avec son numéro de music-hall. Elle est attirée par l'autre étoile des lieux, le boxeur Chuck (Kenneth Harlan), qui le lui rend bien, mais il est, hélas, marié: avec Cissie (Gladys Brocknell), une créature perfide, alcoolique et de mauvaise vie, certes, mais quand même! Un soir, la jeune femme se fait agresser dans la rue, et Chuck la protège. A partir de là, Cissie va tout faire pour accomplir sa vengeance, et en particulier dénoncer les agissements illégaux du père de sa rivale: tout le monde le sait à Limehouse, c'est un voleur. Enfin, tout le monde, sauf bien sûr sa fille.

Ce n'est pas Ella Cinders, d'Alfred Green, qui a été tourné un peu avant. Donc exit la comédie burlesque et de caractère, sous la haute protection de Harry Langdon qui venait de faire son entrée à la First National... Twinkletoes est un mélodrame assez classique, mais qui a une particularité, celle d'être déguisé en un conte de fées à l'ancienne, dans lequel Charles Brabin utilise à fond les caractéristiques culturelles de Limehouse pour montrer un monde à part, celui d'un quartier qui vit à son propre rythme et replié sur lui-même... En quelque sorte, d'ailleurs, c'est le point de vue de la jeune femme qui lui sert d'héroïne que le film nous expose...

Le script est, comme le film de Griffith Broken Blossoms, inspiré d'une nouvelle de Thomas Burke, qui avait compilé ses histoires dans un recueil intitulé Limehouse Nights. On y retrouve des Londoniens de la classe ouvrière, et une forte communauté Asiatique (donc attention aux stéréotypes) dans un univers fait de débrouille, d'échappatoires divers à la pauvreté, et de distractions populaires: à la boxe, déjà présente dans le film de Griffith, vient s'ajouter cette fois e fait que Colleen Moore va briller sur les planches. L'actrice, qui a 27 ans au moment des faits, mène la danse, littéralement, avec une énergie incroyable, mais elle est quand même adroitement doublée dans de nombreux plans éloignés. Elle permet aussi, par son jeu dynamique, de rapprocher constamment le film du ton de la comédie, un médium dans lequel elle était décidément très à l'aise...

Le film pourtant utilise des ressources propre au mélo, avec en particulier un certain nombre de personnages qui vont mettre des bâtons dans les roues de la romance entre Harlan et Moore: Gladys Brocknell, qui jouera la méchante soeur de Janet Gaynor dans Seventh Heaven, ou encore Warner Oland dans le rôle ultra-stéréotypé de manager véreux, plus attiré par ses danseuses que par la bonne marche de son établissement. Du coup, il devient difficile de prendre le film au sérieux, mais ça marche totalement en sa faveur!

Pas de quoi bouder un plaisir un peu fainéant, donc...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Colleen Moore 1926 **
5 mai 2022 4 05 /05 /mai /2022 16:47

Le petit royaume de Graustark, en Europe, sollicite le retour du prince héritier Oscar (Creighton Hale), exilé à Washington. Accompagné de sa cousine, Beverly Calhoun (Marion Davies), ce dernier part donc vers son destin... Et va devoir laisser tomber le rendez-vous car il a un accident de ski en route! Pour la stabilité du royaume, une seule solution, demander à la "princesse" Beverly de remplacer le monarque, au moins le temps que celui-ci se rétablisse. En chemin vers le royaume, Oscar-Beverly est attaqué(e) par une troupe de soldats dissidents et défendu(e) par un berger, Tandan (Antonio Moreno): ce dernier accepte de lui servir d'escorte, et Beverly, sous son déguisement, tombe amoureuse de son ange gardien... Mais il apparaît très vite que le responsable de l'attentat pourrait bien être l'affreux général Marlanax (Roy D'Arcy), qui était déjà à la source de l'exil d'Oscar... Celui-ci n'est donc pas disposé à collaborer avec le nouveau roi...

C'est un film romantique, certes mais c'est aussi et surtout une comédie. William Randolph Hearst, après tant d'années, finissait par laisser la Cosmopolitan produire des films dans lesquels Marion Davies pouvait se reconnaître, et si celui-ci recycle beaucoup d'aspects déjà présents dans bien des scripts de ses films, on sent bien que la star a insufflé énormément de sa bonne humeur contagieuse dans l'intrigue: et surtout elle s'y livre à quelques-uns de ses péchés mignons, le déguisement en homme (comme dans Little Old New York, qui recèle beaucoup de points communs avec ce film) et l'alternance entre scènes maquillées et scènes visage libre (qui lui permettait dans Lights of old Broadway et Zander the great de jouer plusieurs âges d'une jeune femme). Et tout en se situant dans un royaume de pacotille, le film rejoint un peu When knighthood was in flower, dont l'intrigue reposait beaucoup sur la raison d'état.

Le metteur en scène est déjà un vétéran, et un réalisateur tous terrains qui a du satisfaire Hearst pour son flair particulier pour le mélodrame classique, ce qui ne l'empêchait pas de jouer double jeu: on sent son envie de suivre Marion Davies dans une mise en scène iconoclaste qui se joue des genres, dans la façon aussi dont il laisse Roy d'Arcy, mâcheur de carpette numéro un ("chew the carpet", c'est une expression imagée qui signifie qu'un acteur en fait des tonnes), se moquer allègrement de lui-même et de son personnage... La photo, nocturne le plus souvent, est superbe, et le film garde son final en Technicolor bichrome... On dit donc, une fois de plus, merci à Edward Lorusso, Ben Model et les petits lutins de la Bibliothèque du Congrès, qui nous ont rendu disponible ce petit film...

 

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Published by François Massarelli - dans Sidney Franklin Marion Davies 1926 Muet Comédie Technicolor **
29 mars 2022 2 29 /03 /mars /2022 18:22

1910 : l’expédition Terra Nova part de Nouvelle-Zélande, dans le but de mener une expédition Britannique au Pôle Sud. L’objectif principal : planter l’Union Jack (le drapeau Britannique) au Pôle Sud, et le faire avant l’expédition concurrente menée par les Norvégiens de Roald Amundsen.

Le chef de cette expédition Britannique, qui allait se prolonger jusqu’à 1913 en comptant les conditions difficiles mais aussi le voyage retour, était Robert Falcon Scott ; le cinéaste de l’expédition était Herbert Ponting…

On le savait quand le film est sorti, on peut toujours le savoir maintenant, Scott, pas plus que quatre de ses camarades, n’est pas revenu vivant de son périple, et s’il a effectivement atteint le pôle Sud (des photos en témoignent) avec ses infortunés camarades, ils ont immédiatement constaté que les Norvégiens étaient déjà venus, et étaient repartis après avoir posé leur drapeau sur place. C’est donc un échec, d’autant plus désastreux que des hommes y ont perdu la vie. Mais c'est aussi, sans nous épargner l'inévitable couplet nationaliste, un échec grandiose...

Le film est un récit aussi complet que possible, et même surprenant par la légèreté de ton qu’il prend avant les deux dernières bobines, de ce désastre, qui fait la part belle au temps et à la contemplation : on imagine que le travail a du être intense sur les premiers longs mois de ce périple, mais ce qui ressort le plus souvent de ces images, c’est la beauté des paysages, l’amusement des hommes, la fascination pour les animaux (partagée sans aucun doute par le public friand de pingouins, ce qui explique le temps un peu excessif dévolu aux observations de ces charmants petits oiseaux), la sportivité un peu juvénile de tous ces gens, ceux qui allaient mourir et ceux qui allaient revenir…

Et c’est frappant de voir à quel point le temps passé entre la captation des images (entre 1910 et 1913) et la sortie en 1924 du film hors conférences (et j’imagine que Ponting a dû en donner vu l’engouement du public pour ces histoires de conquête et d’héroïsme polaire) a profité au film, permettant aux images de l’expédition de bénéficier de la précision du montage de la décennie suivante : narrativement, c’est passionnant.

...Cinématographiquement, c’est superbe, et les couleurs obtenues par un mélange de teintes et de tons directement sur la pellicule, ajoutent à la beauté de ce film, faut-il le dire, superbement restauré: un compagnon idéal à l’autre grand documentaire Britannique de cette année 1924, le fameux Epic of Everest de John Noel : un autre désastre, comme par hasard…

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924 **