Après Tale of two kitties, de Bob Clampett, les personnages de Babbitt et Catstello deviennent des souris. Largement influencés par Abbott et Costello, les deux sous-comiques curieusement très populaires (on se demande vraiment pourquoi!) des années 40, les deux personnages de cartoon ont un duo assez classique, avec un dominant et un dominé parfaitement nigaud. Ils font beaucoup, beaucoup appel, comme leurs modèles, à des éléments verbaux qui personnellement me tapent sur le système.
L'histoire est un prototype de ce qui arrivera souvent dans les cartoons de Speedy Gonzales: deux souris convoitent du fromage, et doivent braver un chat. Sauf que ce sont les deux souris qui sont à la peine, et Catstello impose à Babbitt de faire tout le travail.
Tashlin n'est pas crédité dans ce film, qui a été fini à son départ du département d'animation de la Warner, et par moments on jurerait qu'il s'agit d'un film de Clampett: même distorsion des corps, même décomposition anarchique du mouvement, et même tendance à l'excès. mais, est-ce l'irritation que me causent les personnages, l'indigence du script, ou un ratage de l'ensemble? Ca ne marche pas, le film n'arrive pas à se hisser au-dessus de son anecdote.
Produit durant l'étrange période qui voyait la Warner participer à l'effort de guerre, y compris dans son département des dessins animés, ce film de Tashlin met en scène Porky Pig pour l'une des dernières collaborations du metteur en scène au studio. D'emblée, il se distingue par le côté volontiers anarchique de son animation, mais d'une anarchie bien différente de celles développées par Avery et Clampett: une tendance, notamment, à "poser sa caméra" beaucoup plus près des personnages, par exemple, qui participe à l'hystérie de l'ensemble. Autre fait notable: Porky Pig, dans ce film, porte... un pantalon.
L'intrigue est donc liée à l'attitude générale des Américains moyens durant la guerre, tout en usant d'une certaine ironie: toutes proportions gardées, on n'est pas trop loin de Draftee Daffy, de Clampett, qui voyait le peu patriotique canard tenter d'échapper à la conscription. Ici, une maman toute entière dévouée à l'effort de guerre, et désireuse de partir travailler sans inquiétude, confie son abominable garnement à Porky, et lui donne même un manuel d'instructions qu'elle prétend fort utile.
C'est une "Merrie Melody", mais on est bien loin des fadaises de Freleng et de Harman et Ising! Avery n'avait pas son pareil pour dépoussiérer à la dynamite tous les départements où il passait, et on voit bien avec ce film que la respectable série animée en couleurs, qui était au départ prévue pour chasser avec le plus d'élégance du côté de Disney, ne lui a pas résisté. En route donc pour un film de gangsters à la manière de, avec un bull-dog qui répond au nom pas vraiment crypté de Edward G. Robemsome, dans le rôle du bandit.
Dès le départ, Avery n'attend même pas que la situation soit installée pour balancer des gags idiots (mais alors vraiment!) à la mitraillette. Le chef de la police s'appelle Flat-foot Flanagan, ce qui permet un sous-titre 'With a floy-floy", allusion au méga-tube de Slim Gaillard et Slam Stewart, The flat-foot floogee with a floy, floy (une preuve de goût). Les banques dévalisées commencent par la First National bank, mais très vite ça dégénère: la 2nd National bank, puis ça monte jusqu'à la 112e. A l'exception notable de la treizième, le bandit étant superstitieux... Enfin, c'est l'une des plus célèbres intrusion dans le film d'un membre du public avec ce spectateur qui cafte à la police...
Bref tout n'est jamais sérieux. On regrette que l'imitation de Robinson tombe quand même un peu à plat, et on se délecte des jeux autour du langage, l'un des péchés mignons d'Avery, auteur de l'incontournable Symphony in slang.
Et donc, après la réussite indéniable du Domaine des Dieux, qui renouvelait enfin la formule de l'adaptation animée d'Astérix dans le bon sens, en utilisant à bon escient les images de synthèse, on prend les mêmes et on recommence: aux manettes, donc Alexandre Astier, humoriste exigeant (parfois un brin ombrageux voire obscur, mais il a une éthique, et il a compris comment fonctionnait Goscinny, c'est important), et Louis Clichy, animateur aguerri qui a beaucoup, mais alors beaucoup étudié le trait, mais aussi la façon de gérer les décors, d'Uderzo. Et à ce niveau, c'est irréprochable.
Panoramix se blesse: il prend alors conscience de sa mortalité, et décide de former un successeur. Le problème, c'est que sa magie (et en particulier sa fameuse recette de la potion magique qui donne une force surhumaine) doit être transmise selon la formule consacrée, "de bouche de druide à oreille de druide"... la tâche va être rude: il va lui falloir, avec une jambe en compote, trouver un druide en Gaule qui soit digne et capable. Pour l'aider, il va choisir deux braves guerriers, bien sûr, et se retrouver flanqué d'une petite Gauloise intrépide aux ressources insoupçonnées, Pectine: élève du vieux druide à l'école du village, elle essaie de lui montrer des inventions...
Et il se passe quelque chose d'inattendu: dans cette histoire qui selon les canons établis par Goscinny et Uderzo eux-même, maintenus par le dessinateur dans sa désastreuse équipée en solo, et continuée aujourd'hui par Conrad et Ferri, Astérix se passe un coup sur deux auprès du village, et la fois d'après ailleurs. Le domaine des dieux restait Armoricain, donc l'essentiel de ce nouveau film est situé au loin, même si on reste proche de la Gaule. Mais ce qui est inattendu, presque une transgression, c'est le fait que tous les hommes (sauf un, Assurancetourix) du village aient suivi... Ca nous donne quelques gags de fort bon ton, ou de fort bon thon puisque beaucoup sont dus à la nouvelle marotte d'Ordralfabétix: il tente des formules magiques, et ce n'est pas brillant...
Sinon les auteurs se sont efforcés, dans ce qui reste une histoire originale, donc à prendre avec des pincettes, de trouver un méchant intéressant, un rival (ancien ami) de Panoramix; il vient compléter une galerie de portraits assez traditionnelle, et un certain nombre de variations sur les figures imposées (le retour d'Aplusbégalix, le chef Gaulois Romanophile du Combat des chefs, César dans son palais mais surtout dans son bain, les pirates dans leur malchance habituelle, et un paquet de druides dont beaucoup, il faut le dire, sont gâteux, et bien sûr les bagarres du village, et les noms savoureux, parmi lesquels je garde toute mon affection au sénateur Tomcrus, ou aux apparitions fugaces de jean-Patrix ou des quatre Fantastix) renouvellent la série en douceur. Je suis plus circonspect sur le final délirant avec gigantisme de rigueur, mais il contient suffisamment de gags pour nous satisfaire.
Reste deux problèmes de taille: d'une part, Astérix et Obélix, héros historiques, semblent purement et simplement disparaître des radars devant tout ce cirque. C'est dommage... Sinon, j'appréciais beaucoup le rythme parfois indolent du Domaine des Dieux: on pouvait compter les poules. Ici, c'est difficile même si les gallinacés y jouent un rôle crucial, voire héroïque... Je pose donc la question: à quoi bon s'efforcer de reprendre au mieux le style d'Uderzo, ce virtuose des arts graphiques, si ce n'est pour qu'on ne puisse jamais prendre le temps d'en profiter, parce que quelqu'un qui ne fait pas confiance à la patience d'un public certes accro aux jeux vidéos, s'est cru obligé d'imposer un rythme infernal à ce film?
Tout en affichant ma méfiance, j'ai décidé de faire comme tout le monde et de créditer Walt Disney à la réalisation de ce film, mais je n'y crois pas une seconde: c'est très probablement Ub Iwerks, principal animateur de ce qui est la toute première (et la plus courte!) des Silly symphonies, ces courts métrages qui allaient pendant environ dix années envahir les cinémas, bien placés dans des programmes de complément des longs métrages, et parfois rafler la vedette tellement ils étaient bons. Et chacun d'entre eux allait à sa façon apporter une pierre à l'édifice: l'utilisation inventive de la couleur, les raffinements de la bande-son, les essais de perspective et l'illusion du relief, tout vient des Silly symphonies!
Pourquoi ne pas en créditer le patron lui-même? Tout simplement parce que le bonhomme a passé sa vie à placarder son nom sur des films réalisés par d'autres, le moins souvent possible crédités, alors que le nom de Walt Disney était sur toutes les lèvres: mais David Hand, Ub Iwerks, Burt Gillett, Jack King ou d'autres encore ont toujours fait beaucoup plus que le VRP Disney, commercial de génie, oui, mais dont la principale idée aura été de s'approprier les personnages des autres, à commencer par Mickey Mouse, créé par Iwerks...
Ce qui n'enlève rien à ce film, véritable merveille de grand n'importe quoi ironique et macabre, dont les squelettes prennent vie à l'heure où tout le monde se couche, et se lancent dans une grande farandole à la fois noire et idiote, faisant autant rire que peur. La musique de Carl Stallings (futur compositeur pour les Looney Tunes et les Merrie Melodies de la Warner, les éternels concurrents) y est formidable et a clairement servi de base pour les danses joyeusement crétines de ces squelettes bien inoffensifs. Pas un plan de trop, pas un geste inutile: cette Danse macabre (qui tourne autour de Saint-Saens plus qu'autre chose, sans jamais citer ouvertement le maître) est tellement rigolote que les modèles d'animation qu'elle propose seront utilisés et réutilisés dans plusieurs autres films de l'époque.
C'est sans doute afin de donner un dernier coup de tournevis à leur nouvelle invention géniale que les ateliers Disney ont mis ce film de court métrage en chantier. Bien leur en a pris: le film a remporté haut la main l'Oscar du meilleur court métrage d'animation... L'utilisation de la caméra multi-plans, ici expérimentée avec succès (un dispositif qui permet de représenter plusieurs couches de décor, et d'atteindre un plus grand réalisme) va donner un avantage considérable à Disney, au moment d'entamer le premier long métrage maison, l'ambitieux Snow white and the Seven Dwarfs...
Un moulin tout vermoulu sert de refuge à toute une faune: oiseaux, rongeurs ont élu domicile dans son enceinte branlante, et sous l'ombre de ses ailes, une petite mare est habitée par des grenouilles. Mais le vent se lève, et l'orage menace...
Voilà, c'est tout, et c'est parfaitement suffisant pour remplir un court métrage de 8 minutes, rempli de prouesses d'animation, qui réussissent à être à la fois réalistes et en droite ligne de l'univers anthropomorphe des premiers courts métrages Silly symphonies: du coup, le film se place en précurseur de Blanche-Neige, bien sûr, mais aussi Bambi voire certains aspects de Fantasia.
Tout film de la série Silly symphonies se doit d'avoir un angle d'approche technique, ici il est vite trouvé: King Neptune est essentiellement le deuxième film Disney à se pavaner en Technicolor trois bandes, le système de Gone with the wind dont Disney avait à cette époque l'exclusivité sur les autres studios d'animation. Et la mission donnée à Burt Gillett était simple: montrer de l'action, du mouvement, pour en mettre plein la vue...
Quant à l'intrigue, elle est réduite à l'essentiel: des pirates (avinés, pas fins et très schématiques) avisent un groupe de sirènes et décident de les kidnapper, provoquant ainsi la colère de Neptune, et le déchaînement des eaux... Le film anticipe sur la Petite sirène à sa façon, et aurait largement pu s'appeler King Neptune and the Topless Mermaids, tellement ça saute aux yeux...
Notons pour finir que Gillett, le metteur en scène (non crédité selon les mauvaises habitudes de la maison) était attaché à son personnage de Neptune puisqu'il l'a utilisé dans d'autres films... et pas forcément tous des Disney.
La chanson qui donne le titre à ce film de la série Merrie Melodies, selon la tradition, est donc une ritournelle de basse extraction, le genre qui se chantait à l'entracte lors de séances cinématographiques...
C'est précisément le cadre du film, décousu et inégal, mais souvent glorieusement loufoque: pendant une séance, donc, nous assistons au ballet des changements de place intempestifs, à l'indécision d'un gigantesque hippopotame qui ne parvient pas à se décider, aux mésaventures d'un petit canard qui s'ennuie ferme, et pendant ce temps, nous voyons un certain nombre de passages de films parodiés. Le plus notable est une scène de The Petrified Florist, qui si vous voulez mon avis est nettement meilleure que l'intégralité du très ennuyeux The Petrified Forest...
Les scènes du public de la salle de cinéma seront recyclés plus tard, en particulier dans A Bacall to arms de Bob Clampett, en 1944.
En 1933, finalement, Ising et Harman, les transfuges de chez Disney qui ont constamment roulé leur bosse en passant sans vergogne d'un studio à l'autre, pouvaient en remontrer à n'importe qui: c'est la leçon de ce petit film d'une grande qualité en dépit de ses aspects franchement épisodiques...
Sur les étalages d'un marchand de journaux, les personnages des couvertures de magazines prennent vie, et dans un premier temps, se lancent dans l'interprétation d'une chanson (qui donne son titre au film). C'est un cow-boy qui donne le ton mais tout le monde participe. La deuxième partie voit des gangsters s'échapper des magazines de cinéma, et tenter de voler le contenu de la caisse, et tout le monde se ligue contre eux...
D'une part, on voit bien le mode de fonctionnement des Merrie Melodies, et leur limite: illustrer une chanson du répertoire Warner... De l'autre, outre le prétexte du film qui reviendra plusieurs fois notamment dans Book Revue de Clampett (et ce de façon autrement plus spectaculaire), nous voyons ici tout l'univers des cartoons de la WB, qui tranchait quand même beaucoup sur celui de Disney: une thématique volontiers adulte, un ton plus sérieusement acide, et une invention graphique solide... Sans oublier une inspiration fortement cinématographique. Une leçon que retiendra l'animateur en chef, ici: c'est Friz Freleng...
Tous les matins, Ralph le loup et Sam le chien quittent leur domicile respectif en se saluant; ils travaillent tous les deux au même endroit: l'un garde les moutons, l'autre doit les chasser. C'est bien sûr absurde, mais une fois le prologue établi on peut assister à une série de tentatives toutes plus lamentables les unes que les autres du loup, qui ressemble furieusement à un de ses cousins... Un certain coyote.
Sachant que l'histoire (pour sa plus grande part constituée de gags purement visuels) est signée du complice Michael Maltese, que les décors, fortement abstraits et stylisés, sont de Maurice Noble, on ne s'étonnera pas que l'ombre de la série des films du Coyote plane au-dessus de ce film. Mais c'est de bonne guerre, car le film inscrit son message éminemment philosophique dans le cadre de l'absurdité du monde du travail, un chantier de réflexion que l'humoriste Chuck Jones se plaisait à contempler, et en prime la situation est l'occasion pour les animateurs d'expérimenter avec non seulement le timing, mais aussi l'espace filmique. Comme dans les films du Coyote, le champ, le hors-champ, le vide sont mis à contribution avec une aisance déconcertante, et en plus...