Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 16:38
Born reckless (John Ford, 1930)

Ce film est l'histoire édifiante d'un gangster: en 1917, Louis Berretti (Edmund Lowe), un bon fils pour ses parents, est en réalité le chef d'un gang de truands spécialisés dans le cambriolage de bijouteries. IL mène son monde à sa guise, truand certes, mais exigeant quant à la moralité de sa soeur (Marguerite Churchill). Arrêté, il va être puni d'une façon inattendue: il est envoyé en Europe pour participer au conflit contre les Allemands. Il en revient couvert de gloire, et désireux de s'élever. Mais va-t-il pouvoir reprendre sa vie dans le quartier, sans retomber dans les ennuis?

Sorti juste avant Up the river, Born reckless prouve que Ford n'était plus, en 1930, aussi à l'aise pour y tourner des films selon son coeur qu'il n'avait été depuis 1920 à la Fox... Il y a bien sur plusieurs facteurs, certains ayant d'ailleurs été fort bien exposés dans le documentaire Murnau, Borzage and Fox de John Cork: essentiellement, la perte de contrôle de sa société par William Fox a amené les nouveaux décideurs à redistribuer leurs cartes, et d'ailleurs, Ford comme d'autres vont être amenés à céder une partie de leur contrôle sur leurs films à des co-réalisateurs sensés plus à même de s'adapter au son. Officiellement, celui-ci est un film de John Ford, mais il a en fait été co-dirigé par un certain Andrew Bennison. Il serait facile de lui attribuer le ratage du film, je ne me le permettrai pas. D'abord parce que Born Reckless est malgré tout une tentative par Ford de retrouver partiellement dans certaines scènes le style qu'il avait adopté, à l'imitation de Murnau, avec Upstream en 1927, et dont il avait encore usé dans Hangman's house, Mother Machree et une partie de Four sons en 1928. Ainsi ce nouveau film, plutôt orienté vers la peinture de la faune urbaine et de la pègre, est-il riche en scènes nocturnes, en recherches sur l'éclairage et l'ombre, qui parfois sortent le spectateur de sa léthargie. On retrouve même vers la fin du film un décor qui nous est familier, pour l'avoir vu filmé de plusieurs angles dans plusieurs films: un marécage embrumé vu dans Lucky star (Borzage, 1929), Four sons (Ford, 1928), et... Sunrise (Murnau, 1927)... L'autre raison qui nous pousserait à continuer à attribuer ce film surtout à Ford, c'est une direction d'acteurs parfois erratique, déjà vue dans le poussif Black watch (1929) et qu'on retrouvera dans l'ennuyeux Flesh en 1932!

Tout comme son style visuel, le film est un mélange un peu indigeste entre film de gangsters, comédie ethnique (Avec des conversations en Italien mêlant les acteurs qui le parlent et ceux qui le déchiffrent...) et même comédie de guerre: durant le passage consacré à la première guerre mondiale, c'est comme si la Fox se souvenait tout à coup avoir produit le film What price glory? de Raoul Walsh... Mais si Ford essaie de s'imposer un style parfois recherché, avec de belles compositions ça et là, l'ensemble est quand même torpillé par la lourdeur des acteurs et des dialogues. Sorti un an avant Public enemy et Little Caesar, Born Reckless ne leur arrive pas vraiment à la cheville.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans John Ford Pre-code
6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 08:19
Up the river (John Ford, 1930)

Le parlant en était encore à ses balbutiements lorsque Ford a réalisé ce film, une comédie sans grande prétention qui témoigne au moins de sa capacité à s'adapter à la nouvelle donne cinématographique. S'il est un aspect du film qui nous pouse à nous y intéresser aujourd'hui, c'est bien sur la présence de jeunes acteurs venus du théâtre, et qui tranchaient sur les jeunes premiers favorisés par les studios en cette époque de tout-parlant et tout-chantant, par leur naturel et leur aura: Spencer Tracy et Humphrey Bogart. C'est d'ailleurs sans doute à Tracy, vedette en titre du film pour son tout premier rôle dans un long métrage, qu'on doit la présence de Bogart, les deux étant à l'époque très proches. Si Bogart est encore un peu vert, mal à l'aise dans un rôle qui tranche sur sa future personalité cinématographique (Sauf lorsque le personnage doit montrer les dents, sans surprise...), Tracy est déjà là et bien là... Pour le reste, cette comédie d'évasion et d eprison est largement, comme on dit, "sympathique":

On y asiste aux aventures de Saint Louis (Tracy), un professionnel de l'évasion carcérale, qui est une vedette confirmée dans toutes les prisons où il passe... Et ne fait que passer. Mais le film se concentre essentiellement sur une évasion qu'il va mettre à profit pour venir en aide à un ancien copain de prison, Steve Jordan (Bogart), d'une bonne famille de la Nouvelle Angleterre, dont l'image est menacée par un escroc qui menace de révéler son passé de taulard à sa famille. Saint Louis s'évade donc uniquement pour régler le problème, et promet de revenir...

Mineur dans la carrière de Ford qui en ces débuts du parlant attendait, un peu maussade, qu'on lui donne de vrais bons sujets à la Fox après ses oeuvres personnelles de 1924 à 1928, on pense en voyant ce film à un autre auteur: Ford considérait, disait-il jusque dans les années 60, le film Fox The honor system de son collègue Raoul Walsh (Sorti en 1917, et hélas perdu), comme le meilleur qu'il auit jamais vu. Le film exposait avec un style coup de poing la violence et la brutalité de la vie en prison, ainsi que les liens des prisonniers avec l'extérieur, généralement situés dans une ambiance d'uintimidation et de corruption politique... Au vu de ce qui est pour Ford son seul film "de prison", on se dit qu'il a laissé passer une belle occasion!

Néanmoins,le film reste quand même d'un niveau honnête, avec la diction rapide typique des films de prison, mais si on cherche ici un film coup de poing à la Big house, on sera déçu: la prison ressemble surtout à un endroit sympa, ou les hommes parlent fort, mais s'amusent à organiser des spectacles et des matchs de base-ball, avec la complicité du directeur de la prison, et tout ce petit monde reluque en permanence du côté de la prison pour femmes située juste à côté des bâtiments pour les hommes... C'est malgré tout le plus distrayant des trois films de 1930 (Les deux autres sont Born Reckless, et Men Without women, dont seule une copie partiellement parlante a survécu), en dépit de la qualité douteuse de la seule copie ayant survécu... On pourra toujours y chercher un lointain cousinage avec les scènes de camaraderie et de comédie des films de cavalerie des années 40-50, ou des ingrédients qui rattachent ce petit film du folklore des comédies Sudistes indolentes qui n'allaient pas tarder à raviver le petit univers de Ford, quelques années plus tard, toujours pour la Fox. Et à propos de l'univers Fordien, le film nous permet d'assister à la correction d'un grand barraqué qui s'en prend aux plus faibles, et qui est interprété par... Ward Bond.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans John Ford Pre-code Comédie
3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 19:01

Un groupe de délinquants est envoyé dans une maison de correction, dans laquelle la discipline, le régime et les méthodes globales employées par la direction sont tout bonnement inhumaines. Thompson (Dudley Digges), le patron de l'établissement, traite les gosses sans aucun égards, et l'infirmière, Dorothy Griffith, fait tout ce qu'elle peut pour leur témoigner de l'humanité... Jusqu'au jour où un administrateur d'un genre nouveau apparaît: c'est Patsy Gargan (James Cagney), un gangster qui a hérité d'un faut emploi suite à des services rendus à des politiciens; même si la mission est fausse, il lui faut quand même visiter l'établissement une fois par an. La belle infirmière, ou un sursaut de tendresse paternelle aidant, il va se prendre d'intérêt pour le lieu, et tout faire pour améliorer la vie des pensionnaires... Jusqu'au drame.

A la suite de I was a fugitive from a chain gang la réputation de la Warner en matière de drame social et de films polémiques n'était plus à faire... Mais ce film, par son thème du moins, est loin du brûlot de Mervyn Le Roy. Sur un sujet voisin, et avec des acteurs en commun (On reconnait le génial Frankie Darro, par exemple), il est également assez éloigné de Wild boys of the road, de William Wellman. Mais avec The mayor of hell, le propos est plutôt d'utiliser les ressources d'un drame baroque pour pointer du doigt un système qui a grand besoin d'être réformé... et depuis fort longtemps, le cinéma s'étant déjà penché sur le problème des "reform schools" dès 1915. D'un autre côté, avec James Cagney qui est ici à la fois un gangster et un administrateur de maison de redressement, comme on dit pudiquement, il est difficile de prétendre au réalisme. On n'a donc qu'à se laisser aller à la narration, au style habituel de la Warner avec ses dialogues à la mitrailleuse, et à constater: Cagney sera toujours Cagney, mais ici, il se fait voler la vedette par Darro et ses copains... Et par un final grandiose, confié à Curtiz après que la fin initiale dirigée par ce brave Archie Mayo ne convainque la direction de la Warner qu'un film pareil ne devait se finir que dans les flammes de l'enfer...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Pre-code
31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 09:32

On réduit un peu souvent ce film à une réplique, en l'occurrence "Boys will be boys!", prononcée par Al Jolson, alors qu'il vient de voir deux hommes commencer à danser ensemble dans son club, le subtilement nommé Wonder bar. Al "Wonder" est donc une sorte de pré-Rick: Américain, il vit à Paris, et tient un night-club de luxe, essentiellement visité par des Américains, ce qui est une bonne chose, car on n'y parle manifestement pas un gramme de Français. L'intrigue principale est un pentagone amoureux: deux hommes, le patron Al Wonder et le chef d'orchestre-crooner (Dick Powell) aiment la même femme, la plantureuse Inez (Dolores Del Rio). Mais celle-ci est amoureuse de son partenaire (Ricardo Cortez), un goujat qui la trompe avec des bourgeoises auxquelles il donne des... leçons de danse. La dernière en date s'appelle Mme Renaud (Kay Francis). Durant une soirée typique au club, les rivalités vont culminer en coulisses, pendant que se succèdent les numéros mis en images par rien moins que Busby Berkeley...

Ce 'est pas un chef d'oeuvre: Lloyd Bacon a eu la chance d'être le maître d'oeuvre principal de deux autres films avec Berkeley, 42nd street et Footlight parade, mais autant ces deux-là étaient fantastique, autant Wonder bar déçoit par son côté poussif et téléphoné, et le manque de numéros musicaux d'intérêt. Par moments, on n'est pas très éloigné d'un Hollywood party avec ses numéros de stars enchaînés sans génie, alors qu'on serait en droit d'attendre un Grand hotel à la façon Warner... Et Al Jolson, après sept années au cinéma, n'a toujours pas un gramme de talent.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Musical Busby Berkeley Lloyd Bacon
31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 09:15

Dans la jungle représentée par les films WB de 1933, Lady Killer n'est sans doute pas le plus brillant des joyaux... Il ne manque pourtant ni d'intérêts, ni de qualités. Et surtout, il est un de ces films qui rendent totalement transparente la politique du studio en cette période riche en expérimentations, tout en étant une bien aimable comédie... Le film, comme d'autres avant lui, et de nombreux autres après, nous conte l'ascension et la chute d'un truand, Dan Quigley (James Cagney), qui est venu à ce métier par véritable talent et vocation, et qui, à environ la moitié du film, se fait doubler par sa bande. Acculé, il réussit à s'en sortir, trouve un emploi de figurant sur les tournages, et de fil en aiguille, devient une star, qui file le parfait amour avec sa co-vedette Lois Underwood (Margaret Lindsay). Mais bien sur au moment ou tout va bien, sa bande se rappelle à son bon souvenir...

Comme Edward G. Robinson à la même époque, Cagney semble enchaîner les comédies en cette période. Rien d'étonnant: si le code de production n'est pas vraiment en vigueur, et les studios sont en relative liberté, de nombreuses voix s'élèvent pour demander à ce que les films de gangsters cessent de glorifier la pègre... D'où la profusion de comédies durant lesquelles les durs tentent de s'affranchir de leur passé (Little giant, Archie Mayo, 1933; Jimmie the gent, Michael Curtiz, 1934...). C'est doublement payant: on retient donc des films initiaux les frissons et l'image de leurs stars (Public enemy et Little Caesar restent à ce niveau les principales références), tout en dotant d'une intrigue qui dégonfle un peu la charge, voire des situations qui les tournent un peu en ridicule.

Mais ici, la Warner joue de toute évidence un double jeu: oubliez Margaret Lindsay, l'essentiel du film est une joute entre Cagney et une autre actrice, Mae Clarke. Vous la connaissez certainement, elle était dans de nombreux films, notamment en 1931 Waterloo Bridge et Frankenstein, tous les deux de James Whale, mais aussi et surtout, Public enemy, cachée dans une scène célèbre derrière un pamplemousse. Ici, l'actrice a une fois de plus à subir le caractère de Cagney, mais d'une façon différente (même si lors d'une scène, l'acteur lui donne de façon menaçante... un ananas!). Le film, vendu au public sur cette réminiscence, vaut bien sûr mieux que ça... Et il participera sans doute de façon importante à la cristallisation du statut de star de James Cagney, et ça, après tout, ce n'est pas rien!

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Comédie
30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 08:50

Le gangster Danny Kean (James Cagney) sort de prison, bien décidé à ne pas y retourner. Il a durant son séjour reçu une visite d'un rédacteur d'un magazine, et envisage de lui demander du travail. McLean (Ralph Bellamy), le rédacteur en question, n'est pas très chaud, mais une opportunité se présente: un pompier devenu fou après avoir trouvé dans les restes de sa maison incendiée les cadavres de son épouse et de l'amant de celle-ci, s'est retranché à l'étage de son domicile et tire sur tout ce qui bouge; aucun reporter n'étant assez fou pour s'approcher, on a besoin d'un type assez gonflé pour tenter l'affaire... C'est ce qui va rapporter à Danny un engagement en bonne et due forme, et il va devenir photographe pour la presse à scandale...

Ce film a presque tout ce qui fait le bonheur d'un spectateur des films pre-code de la Warner: un rythme enlevé, des situations qui évoluent en permanence entre comédie, faits de société, situations limites et drame contemporain, des dialogues à la mitraillette, et des personnages: Kean, bien sur, est une nouvelle variation sur le mythe Cagney, un homme dur, aux scrupules pas toujours conformes aux désirs de la bonne société, mais avec une éthique fondamentale indéniable... Et comme le film est essentiellement une comédie, il s'en sortira! A côté de lui, Ralph Bellamy interprète avec la bonhomie qui le caractérise un homme qui n'a jamais été du mauvais côté de la loi, contrairement à son collègue, mais qui est brisé par les abus (Alcool, un métier qu'il juge foncièrement immoral, et une petite amie interprétée par Alice White qui nécessite un mode d'emploi particulier...).

Le script permet ici de trouver une échappatoire au mythe des films de gangsters (La grande préoccupation dans le studio, après la belle envolée des débuts de la décennie, chaque film ressemblait à une déclaration d'intention de sortir des clichés...) en reportant l'énergie de Cagney sur le monde de la presse, et le fait qu'il travaille pour un tabloïd permet au moins de maintenir l'imagerie canaille du personnage! S'il faut trouver des défauts, disons qu'on a du mal à croire qu'il délaisse Alice White (C'est sa collègue du journal, et sans être nymphomane, disons qu'elle a du tempérament...) pour Patricia Ellis, qui joue non seulement une étudiante et le genre de femme qu'on épouse, mais surtout elle est fille de flic... Quant à Lloyd Bacon, s'il n'est ni Dieterle, ni Curtiz, ni Wellman, au moins on sait à quel point il connait son métier. Il effectue ici un excellent travail, dans le rythme, la direction d'acteurs au métronome et un don pour l'économie: là ou Curtiz alourdissait le budget, il semble que Bacon n'ait pas son pareil pour l'alléger intelligemment.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Lloyd Bacon
23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 17:07

Oublions le film de De Palma, cet infâme brouet de mauvais gout, et intéressons nous à Scarface, le seul, l'unique, le vrai: le film de gangsters de Hawks, produit par Howard Hugues, comme toujours sur plusieurs années. Si je ne pense pas que le film mérite son actuel statut tant vanté par la publicité en mal de facilité (Le "meilleur film de gangsters de tous les temps", allons donc, et The public enemy, alors?), il est plus que remarquable, par l'art de la transgression dont Hawks fait preuve, mais aussi par l'étonnant dosage de comédie, de tragédie et de drame qui est ici à l'oeuvre...

Le principal lieutenant de Johnny Lovo, l'étoile montante de la mafia Italienne, s'appelle Tony Camonte, et il est très précieux, parce qu'il est efficace et qu'il aime ça. Lorsque le film commence, il est à l'oeuvre, assassinant le principal concurrent de Lovo. Mais une fois celui-ci à la tête des familles Italiennes, alors que le conflit menace avec les Irlandais, Camonte se prend à rêver d'accéder à la place de Lovo, qu'il juge trop mou et trop prudent... Il convoite non seulement la position enviable, mais aussi le style de vie et la petite amie de son patron, et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes de gangsters si Camonte n'avait un sérieux talon d'Achille en la personne de sa turbulente jeune soeur Francesca, qui va précipiter sa chute...

Le propos de Hugues, avec ce film au pedigree aussi riche que celui d'un film de Selznick, était essentiellement de faire une concurrence impitoyable à la Warner, qui triomphait avec The public enemy et Little Caesar. Pour le milliardaire, son film ne pouvait être que plus actuel, plus brûlant, et bien sur plus sensationnel que les films de la firme de Burbank. Ironiquement, on trouve beaucoup de scènes dans Scarface qui jouent à la fois le rôle d'indiquer la relation entre ces histoires de tueries et l'actualité urbaine de ce début de décennie, mais aussi de souligner le rôle parfois ambigu joué dans la presse pour informer sur ou glorifier les gangsters... Mais beaucoup de ces séquences sont des ajouts visant à détourner la censure, ce qui ne l'a absolument pas empêchée de tomber à bras raccourcis sur le film qui n'en demandait pas tant. Et ce qui me frappe, c'est bien sûr le ton, ce côté picaresque de la vie quotidienne de ces monstres qui passent leur temps à s'entretuer; un aspect qu'on ne trouve ni chez Le Roy, ni chez Wellman. Hawks s'est d'ailleurs beaucoup amusé à brouiller les pistes et à demander à Paul Muni de jouer son "Scarface" en grand enfant. Il n'a pas oublié sa préoccupation du travail et du professionnalisme, et nous montre le gang des Italiens comme une entreprise dans laquelle l'ascenseur social existe, et bien sûr comme un lieu de travail qui requiert des outils perfectionnés: dans une scène, en pleine fusillade, Camonte s'avise que lui et ses copains sont attaqués par des fusils mitrailleurs, il n'aura de cesse d'en avoir un à son tour!

Ensuite, bien sur, il est fascinant de constater à quel point Hawks (Secondé, sans qu'on puisse y voir la moindre indication de la proportion de cette co-direction, par Richard Rosson), qui clama toute sa vie n'avoir aucun style et aucun talent pour la mise en scène sophistiquée, est un menteur: dans Scarface, il brille de tous ses feux, par un rythme endiablé, des plans-séquences hallucinants qui annoncent Scorsese et ses propres histoires de gangsters, et un goût pour les motifs. Le plus évident est ce jeu avec les X (Allusion bien sûr à la cicatrice qui lui barre le visage), sous toutes les formes, dans le décor ou en ombres, qui annoncent le plus souvent les meurtres perpétrés par Tony Camonte. Les idées géniales fourmillent et donnent à ce film dans lequel les balles pleuvent plus encore de paradoxale légèreté...

Al Capone, pour finir, n'avait que deux frères, dont un qui lui a survécu jusqu'aux années 70, et non une soeur... Cela ne l'a pas empêché de se reconnaître en Camonte. Pas un hasard, car depuis la présence d'une cicatrice voyante sur son visage, jusqu'à sa conception de l'auto-promotion à coup de flingues, en passant par son manque total de peur et de scrupules, le personnage de matamore sous-éduqué, d'origine Italienne, est un décalque de Capone, qui nous fait presque oublier les différences physiques entre muni et son modèle. Bien sur, Capone, lui, n'a pas plongé en raison de l'attachement excessif qu'il avait pour sa jolie soeur, mais en raison de problèmes d'impôts. Plus efficace et moins glamour, mais il faut reconnaître que ce quasi-inceste qui nous est narré loucherait plutôt vers une version pervertie du gangster, une idée qui sied bien à l'esprit tortueux de Hugues. Hawks appréciait l'idée, qui lui semblait ressortir de la tragédie classique, ce qui détourne évidemment le sens du film vers le baroque. Peut-être aussi appréciait-il de travailler avec Ann Dvorak, qui est comme d'habitude exceptionnelle. Quoiqu'il en soit, ces turpitudes n'ont pas empêché Capone d'aimer le film, et on raconte même qu'il en aurait possédé une copie...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Howard Hawks
26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 16:52

Ceci est le quatrième film parlant de Douglas Fairbanks, et la dernière de ses propres productions... Durant les premières années du règne du parlant, il a cherché une nouvelle voie, tant il était devenu impossible de retrouver la grande liberté et l'échelle impressionnante de ses grands films d'aventures avec la technique encombrante du cinéma sonore. Mr Robinson Crusoe fait partie, aux côtés du semi-documentaire Around the world with Douglas Fairbanks de Victor Fleming de ces expérimentations. Il raconte l'histoire d'un homme (Jamais nommé, appelons-le donc Doug...) qui fait un pari insensé alors qu'il est sur un yacht longeant les côtes d'une île paradisiaque: il parie q'il pourra y recréer une vie de confort, sans rien avoir apporté avec lui à la base. Il va, bien sur, y faire preuve d'ingéniosité, rencontrer un "Vendredi", mais aussi une "Samedi", une jeune femme locale (Maria Alba) qui s'est enfuie afin d'éviter un mariage arrangé, et qui va tomber amoureuse de lui. Il va aussi rencontrer des "canniales", en fait une farce faite par ceux avec lesquels il a parié, mais aussi son acariâtre belle-famille...

On est perplexe, devant un film certes sympathique et original, mais qui part du principe que Douglas Fairbanks est le grand sorcier blanc omnipotent, capable d'apprendre aux indigènes comment vivre dans leurs îles. On a beau ici rappeler que les cannibales dans les îles des mers du sud sont essentiellement un mythe raciste, ce qui est un progrès, on est embarrassé de voir ce grand acteur du muet parler tout seul en commentant chaque action, et le film fait vraiment miteux comparé aux chefs d'oeuvre passés. D'autant que chacune des aventures qu'il vivait représentait auparavant pour le personnage un enjeu, un saut dans le vide. Ici, rien, rien que l'ennui distillé en 70 minutes par un film qui réussit à être 10 fois trop long! ...Sa seule prouesse.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Navets Douglas Fairbanks
15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 16:56

Il y a trois films en un dans le superbe 42nd street, qui est au passage le premier musical de la Warner dont on a confié les scènes de spectacle à Berkeley: d'abord un film "de spectacle", qui déroule l'argument numéro un de tant de comédies musicales de toutes les époques; on prépare un show, et il est vu sous les angles combinés des répétitions, de la vie des protagonistes, les obscurs et les sans-grade comme les vedettes, dans les joies comme dans les galères. Le personnage qui sert de fil rouge est le metteur en scène/producteur Julian Marsh, interprété par Warner Baxter. Lorsque le film commence, il est au bout du rouleau et a besoin d'argent. Ensuite, il est tyrannique, mais juste, dur mais efficace durant tout le film, et on a l'impression qu'il est sur les genoux... Autour de lui, on assiste aux ballets des chorus girls Ruby Keeler, Ginger Rogers, Una Merkel, des vedettes Bebe Daniels et Dick Powell, ainsi qu'à des histoires impliquant tout un panel de personnages typiques du cinéma de l'époque: un quasi-gigolo (George Brent), un millionnaire-mécène (Guy Kibbee), des hommes de spectacle de toutes obédiences (Ned Sparks, Allen Jenkins)... L'argument a tellement été utilisé, qu'on croirait s'en lasser, mais il n'y arien à faire, la direction d'acteurs nerveuse, le ton résolument à cheval entre un certain réalisme et la comédie, font merveille.

Ensuite, c'est une impressionnante métaphore qu'il nous est donné de voir, d'une Amérique à la recherche d'un certain volontarisme, et dans laquelle un spectacle se crée grâce à tous ceux qui se retroussent les manches. Cette Amérique ne se sortira de la crise que par un effort commun, et Julian Marsh est l'incarnation de cette nécessité. Il est malade, le sait très bien, mais ne peut vivre qu'en accomplissant son art. Et il ne peut absolument pas le faire à moitié. La société qui nous est présentée, symbolisée par la compagnie de Marsh, est égalitaire: lorsque Dorothy (Bebe Daniels) ne peut assurer son rôle, elle est immédiatement remplacée par une novice (Ruby Keeler) qui va porter le show sur ses épaules... grâce à l'effort de chacun. Et lors du finale, le portrait de l'amérique passe par une représentation de la vie urbaine (Un numéro intitulé, justement, 42nd Street), un véritable portrait d'une Amérique qui bouge, faite d'une multitude d'êtres humains de toutes tailles, de toutes origines, lâchés dans une rue reconstruite pour le théâtre. Chacun y jour un rôle, mais la cohésion y est parfaite... un message à peine voilé, qui sera relayé dans les films suivants de la compagnie qui avait pris le train Rooseveltien en marche, mais ne pas le quitter avant longtemps.

Enfin, le plus célébré sans doute des aspects de ce film, 42nd street est typique de cette vague de films WB co-réalisés par Berkeley, dans lesquels la dernière demi-heure laisse la créativité exploser dans tous les coins, en dynamitant les limites du théâtre filmé: si le premier des trois numéros présentés nous est brièvement présenté dans le cadre d'une représentation théâtrale, les deux suivants sont impossibles à réaliser sur scène, et Berkeley, aidé de ses compagnies de chorus girls (Qu'on reconnait d'ailleurs d'un film à l'autre), s'amuse avec la chorégraphie et la géométrie, dans un jeu permanent sur le point de vue et la forme. Et bien sur, le numéro 42nd street est fait de longs plans virtuoses, et possède tellement de figurants, et un tel décor, qu'il est infaisable! Mais c'est un tel bonheur... Le public ne s'y est pas trompé, et le metteur en scène-chorégraphe a mis de la cohérence dans son projet, obtenant la même cohésion pour ses séquences que celle demandée par marsh à sa petite troupe indisciplinée...

Première pierre d'un cinéma Rooseveltien, première oeuvre majeure d'un cinéaste important (Je ne parle pas de Bacon), premier chef d'oeuvre de la comédie musicale qui sortait enfin des carcans médiocres imposés depuis The singing Fool (De... Lloyd Bacon), première pierre donc d'un chemin qui mène à Singing in the rain, excusez du peu... 42nd street est un peu tout ça, en plus d'un spectacle totalement satisfaisant: bref, un film majeur et significatif.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Comédie musicale Pre-code Busby Berkeley Lloyd Bacon
5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 09:35

C'est tout un genre à part entière, qui explose dans les années 30: le film "colonial", situé dans un pays lointain, avec si possible de la jungle à profusion, et accessoirement quelques indigènes à maltraiter! Et pourtant nombre de ces films sont devenus des classiques, c'est le cas de celui-ci.

Red Dust est situé en Cochinchine (Sud Vietnam) durant les années 30. Dennis Carson (Gable) y est planteur de caoutchouc, assisté de deux hommes aux tempéraments bien différents: Mac, joué par le vétéran Tully Marshall, est un vieil homme brave, paternel e compréhensif qui veille sur Carson avec une tendresse bourrue, alors que Guidon (Donald Crisp) est un alcoolique qui pour ne rien gâcher a le vin très mauvais. Les Willis (Mary Astor et Gene Raymond) sont un couple don c'est la première visite dans un pays aussi difficile, lui est ingénieur, et elle est assez clairement insatisfaite de sa vie maritale. Carson va tout faire pour éloigner Willis de la plantation, surveillé de près par Vantine (Jean Harlow, une prostituée amoureuse de lui qui veille à ce qu'il ne profite pas trop de la situation pour s'emparer de celle qu'elle surnomme avec dérision "Duchess".

C'est une merveille, un de ces films réalisés à Hollywood avant que le 'code de production', drastique censure interne établie entre eux par les studios, entre en vigueur. La liberté de ton y est totale, les personnages sont gorgés d'une vie et d'une saveur qui tendra à disparaître du tout-venant du cinéma Américain dans les années à venir; à ce titre, la confrontation entre Harlow, Gable et Astor est un modèle de confection d'étincelles, d'éclairs et de coups de tonnerre. Aucune édulcoration n'était de toute façon possible avec Jean Harlow, et il est clairement et sans le moindre détour question de sexe et de possession. Pourtant, le film est très clair, Carson et Vantine sont faits l'un pour l'autre, il faudra des flirts plus que suggestifs avec Mary Astor pour s'en rendre compte. Fleming mène l'action tambour battant, et ses trois personnages principaux sont érotisés avec justesse, en particulier bien sûr Jean Harlow qui se tire d'un rôle casse-cou avec un aplomb admirable, et d'une scène célèbre de nudité avec une ingénuité rare.

Le film sera refait en 1952 par John Ford sous le titre de Mogambo... Le personnage de fille légère sera repris par Ava Gardner, et la jeune femme bien comme il faut par la jeune Grace Kelly. Que reste-t-il de tout l'érotisme de Red Dust dans le film de 1952? Pas grand chose: le film est situé en Afrique, et devient un assez vague film d'avantures avec des safaris, et accessoirement un dilemme amoureux qui sera résolu au bout de deux heures! 

A noter que si le film de Ford gommera l'exploitation quasi esclavagiste de l'être humain par le personnage de Clark Gable, il partage quand même une solide dose de racisme colonial avec Red Dust! Ici, en particulier, Mary Astor demande à Carswell, au milieu de ses employés indigènes, si ça ne lui manque pas trop de vivre au milieu des gens... 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Victor Fleming