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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 16:22

Un jeune homme de l'Indiana (Eric Linden) désire se rendre à New York ou il espère trouver bonheur, frissons et prospérité... il y est attendu par son cousin, Gibboney (Walter Catlett), qui lui promet monts et merveilles, mais qui est en réalité un parasite professionnel, un vantard qui vit aux dépens des autres, surtout quand ils viennent de loin, qu'ils sont naïfs, et qu'ils ont récemment fait un héritage! Bref, "Bud" va se faire avoir, mais il va aussi rencontrer l'amour, en la personne de Vida (Joan Blondell), une "chorus girl" désoeuvrée qui est elle aussi "montée" de sa cambrousse jusqu'à New York quelques années auparavant... Mais quand la première soirée passée en ville dégénère en beuverie, puis en meurtre, rien ne va plus pour le jeune naïf...

Ce n'est bien sur ni Little Caesar, ni Three on a match! Mais Big city blues fait partie de cette incroyable période durant laquelle la Warner sortait en un rien de temps des films qui reflètent bien leur époque, celle des "Gold diggers", des bootleggers, des films essentiellement urbains qui jouent avec la censure... La ville y est montrée à la fois comme repoussante et fascinante, oposée à la vieille Amérique rurale et rigoureuse des années 10, et de Griffith. Un repoussoir fascinant qui ne nous présente pas seulement la belle Joan Blondell à l'aube de sa carrière, parce qu'on y voit aussi Humphrey Bogart à ses débuts pour le studio!

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Published by François Massarelli - dans Mervyn Le Roy Pre-code
4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 08:44

La preuve évidente que parfois un remake peut largement éclipser l'original, ou dans ces cas précis "les films précédents". Car si ce film antérieur au classique (1941) de John Huston est effectivement la première adaptation du roman de Dashiell Hammett, ce n'est pas la seule adaptation des années 30. L'autre, c'est la comédie de William Dieterle, Satan Met a Lady (1936)... Dans les années 30, la futur style "noir" est plus en gestation qu'autre chose, et ce film aux codes policiers pourtant clairement énoncés paraît très loin des canons du genre: d'un côté, on a bien une intrigue obscure dans laquelle on se perd, des personnages baroques, et des situations dangereuses. De l'autre, aucune profondeur des caractères, zéro atmosphère. C'est Roy Del Ruth, rappelons-le, est l'un des tâcherons de la comédie à la Warner, qui va occasionnellement se frotter à d'autres genres, mais souvent sous l'angle de la parodie. Donc Sam Spade (Ricardo Cortez) est un séducteur impénitent qui saute (sur) tout ce qui porte jupon, et le film le souligne avec insistance: dès la première séquence, on croise une belle paire de jambes, celle d'une jeune femme qui restera anonyme, et si on en croit le dialogue, elle vient de passer un moment intéressant en compagnie de Sam Spade. Elle sort justement de son bureau. L'intrigue commence donc, et Effie (Una Merkel), la secrétaire de Spade, entre dans son bureau pour lui annoncer la venue d'une belle, très belle femme. Vu le ton de la secrétaire, les oeillades qu'elle et son patron se lancent, et leur comportement, disons, tactile, du début à la fin du film, il est clair qu'elle aussi est passée à la casserole. Et bien sur, Miss Wonderly (Bebe Daniels, star en titre du film) ne va probablement pas en rater une miette non plus...

Le problème, le gros problème de ce film, c'est que le metteur en scène ne s'est pas intéressé plus que ça à l'intrigue. Non qu'elle soit compréhensible, mais on peut y glaner des choses fascinantes qui ne sont absolument pas présentes ici. La galerie de portraits dépasse à peine le pittoresque, et surtout, surtout Spade (Qui s'est aussi tapé la femme légitime de son partenaire, pour faire bonne mesure) est un sale con prétentieux et insupportable. Donc malgré le casting de luxe (Daniels, Merkel, J. Farrell McDonald, Thelma Todd, Walter Long, Dwight Frye!!!), malgré Bebe Daniels (qui d'ailleurs comme Mary Astor dans le film de Huston, semble avoir été engagée parce qu'elle n'est plus de la première fraîcheur!), le film fait long feu.

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 17:21

"Blotto", c'est de l'argot d'époque, et ça veut dire "complètement bourré", ce qui est paradoxal quand on connait l'intrigue de ce film dans lequel Laurel et hardy boivent, certes, mais du thé... Cette-fois, Roach et ses deux compères tentent frontalement l’aventure du trois bobines, ce que Laurel et Hardy feront de temps à autre, tout en continuant à fournir des courts en deux bobines d’une part, et en explorant le long métrage (Ca va venir très vite !) d’autre part. Celui-ci est attachant, on voit comment Parrott et Laurel ont profité de l’espace pour élargir la palette : le premier acte dure environ 13 minutes et met aux prises Laurel avec sa femme, jouée par Anita Garvin, dans sa première prestation parlante aux cotés des deux comédiens. Elle est évidemment à la hauteur de la tâche, cela va sans dire...

Laurel doit rejoindre Hardy (Qui se manifeste plusieurs fois par le biais du téléphone) et faire une bringue du tonnerre, mais Mrs Laurel a bien compris le type de récréation à laquelle son mari va s’adonner, et elle lui tend un piège : elle échange le contenu de la bouteille que Mr Laurel veut emmener en douce contre du thé assaisonné au poivre. Le deuxième acte nous montre Laurel et Hardy buvant en douce leur « alcool », et se saoulant (!) tout en se faisant remarquer, pendant que divers spectacles ont lieu autour d’eux, et Stan fait pour la première fois montre de son talent à bouger les oreilles… Pendant ce temps, Mrs Laurel va acheter un fusil, débarque au cabaret et prend les deux hommes en chasse.

Sur un sujet pareil, l’extension (à 26 minutes au lieu des 20 habituelles) n’était peut-être pas utile, mais ce film se voit avec plaisir. De plus, le budget du film profite de sa bobine supplémentaire avec un décor très élégant de cabaret 1930. A noter qu’un gag célèbre a disparu, victime de la décomposition: Laurel, pour justifier son envie de sortir, prétend manquer d’air frais. Mrs Laurel se lève, et va allumer un ventilateur… Sinon, on peut aussi remarquer l’inversion par rapport aux habitudes. Jusqu’ici, lorsqu’un de nos deux comédiens est célibataire, c’est plutôt Stan...

Il existe une version Espagnole du film, La Vida Nocturna, également créditée à Parrott, avec Linda Loredo en Mrs Laurel. Plaisant, mais le remplissage devient trop évident avec trop de numéros de music-hall. Par contre, la fin est moins précipitée, et surtout la fameuse scène du ventilateur est bien là!

Et tant qu'à fare, une version du film qui vient d'être redécouverte est la version dite "d'exportation": quand les films devinrent parlants, les compagnies Hollywoodiennes ont fourni des versions muettes ou sonores alternatives, avec des intertitres à traduire pour les pays qui comptaient exploiter les films sans pour autant pouvoir le faire en anglais. Cette version condensée est limitée à deux bobines, et elle est assez étrange: on SAIT en le voyant que le film a été tourné pour le parlant... Les spectacles du cabaret sont limités au strict minimum (une interaction avec un chanteur) et la première bobine est plus rapide à se finir...

Par contre, Anita Garvin, muette, est aussi incendiaire qu'en version sonore...

Blotto (James Parrott, 1930)
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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy James Parrott Comédie Pre-code Muet
1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 16:09

Dans le flot impressionnant des films de la MGM des années 30, qui il faut bien le dire avaient tendance à se ressembler furieusement, se trouve parfois une pépite inattendue, et les ex-nageurs olympiques n'y sont pas forcément forcés de grimper aux arbres... Ce film est une merveille, de bout en bout: Nick et Nora Charles viennent de se marier, et le détective va donc se ranger. Mais c'est compter sans le destin: une jeune amie (Maureen O'Sullivan) de la famille a perdu son père, et l'instinct de limier de Nick Charles ne peut pas s'empêcher de se mettre en route... Surtout qu'il y est poussé par son héritière d'épouse qui entre deux (ou trois, ou quatre) cocktails, s'ennuie un peu.

Les enquêtes de Nick (et Nora Charles) ont un petit je ne sais quoi de suranné, d'Herculepoirotien qui devrait être répulsif: il s'agit de whodunits classiques, dans lesquels on aura beau faire, le spectateur ne trouvera pas la solution de l'énigme. Elle nous sera donnée par Nick (William Powell), triomphal, au cours d'un repas bien arrosé. Et une fois le coupable du crime trouvé, on l'oubliera aussitôt. Non, l'essentiel, c'est bien sur le comportement gentiment asocial de Nick et Nora (Myrna Loy), et le fait que, flanqués de leur chien poltron Asta, ils se promènent de palace en palace en maintenant une soûlographie exemplaire: à ce titre, la première vision de Nora, en robe du soir, digne et belle (Je le redis, c'est Myrna Loy!!!!) demandant à Nick combien de Martinis il a bu afin de rattraper son retard, donne le ton.

Dans ces obscures histoires de meurtres en famille, marqués par une ambiance pas éloignée du film noir, on est à l'affût des échanges pleins de double-sens salaces entre les deux tourtereaux, et de leur manie de commencer, partout ou ils arrivent, par vider le contenu de tous les verres présents.

Et Woody Van Dyke, l'un des metteurs en scène les plus efficaces et économiques de la planète cinéma, réussit à assumer un tournage parfaitement cohérent, en privilégiant systématiquement des scènes domestiques: car l'essentiel du propos, un brin subversif (et qui sera maintenu dans les films suivants une fois le filon devenu une franchise rentable) est de fouiller dans des placards de familles en apparence dignes, mais les dits placards sont bien sûr remplis de squelettes. Face à cette débauche, seuls remparts de la dignité humaine, Nick et Nora, invitations vivantes à une vie entière consacrée aux vices combinés de la drague et de l'alcool mondain, font donc figure d'exemples à suivre... 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Woody Van Dyke William Powell
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 17:05
The scarlet empress (Josef Von Sternberg, 1934)

Dans la guéguerre pour le prestige orchestrée à coup de publicité par les deux studios concurrents qu'étaient la MGM et la Paramount, j'ai souvent choisi mon camp: pour la MGM et Garbo, contre la Paramount et Dietrich. Parce que voilà, elle a joué dans des films formidables, mais je n'aime pas Dietrich. Et Sternberg parlant ne m'intéresse pas énormément, surtout ne navet insupportablement kitsch et ridiculement lent qu'est L'ange bleu. Et surtout, elle chantait... Du moins elle essayait, la pauvre.

Mais ce film, c'est vraiment différent... Jusqu'où The scarlet empress était-il une réponse de la Paramount à la MGM, de Dietrich à Garbo, de Sternberg à Mamoulian, je ne le sais pas, mais il venait une année après Queen Christina, déjà un film sur le pouvoir (et la solitude forcée qui en découlait), et déjà un film qui ne se privait pas d'étaler, avec élégance, des conduites qui devaient certainement être immorales aux yeux circonspects des plus puritains des Américains. Mais le film de Sternberg enfonce joyeusement le film de Mamoulian, à tel point qu'on pourrait lui attribuer une grande part du retour programmé de la censure avec le renforcement du code Hays qui se profilait à l'horizon...

Nous faisons la connaissance de la jeune Princesse Sophie Friederike Auguste von Anhalt-Zerbst-Dornburg, une petite Allemande destinée à être un jour l'épouse d'un prince Russe. Elevée dans les contes formidables mais morbides des grands monarques et empereurs Russes, elle doit un jour quitter son pays pour rejoindre Moscou, à la demande de l'impératrice Elizabeth (Louise Dresser) qui la destine à épouse son neveu Pierre, futur Tsar (Sam Jaffe). ce dernier n'aura aucun intérêt pour elle, préférant passer du temps à jouer au soldat, ou en compagnie d'une autre. Elle va vite trouver à se consoler. Mais à la mort de l'impératrice, Pierre prend le pouvoir, et s'aliène non seulement son épouse, mais aussi l'armée... Un coup d'état menace...

Louise Dresser, en 1925, était Catherine II dans The eagle de Clarence Brown: une impératrice qui savait déjà ce qu'elle voulait, à savoir passer du temps en compagnie des jeunes officiers de sa garde impériale, contre leur gré d'ailleurs. On pourrait aisément imaginer, à la fin de ce film, une impératrice Dietrich qui assoirait sa domination de cette façon, mais pour l'heure le film est un conte cruel surprenant, adulte, dans lequel une jeune femme préparée sans le savoir par les histoires sadiques qu'on lui racontait à l'heure du coucher, devient la toute-puissante impératrice de Russie. Si Garbo-Christine vacillait puis abdiquait par amour, Catherine triomphe en décidant se débarrasser de ses sentiments, et en laissant libre cours à ses appétits. le sexe, bien sur, et le pouvoir vont ici de pair, et les hommes vont apprendre à affronter bien meilleure qu'eux à ce petit jeu...

Sternberg est sans doute à son apogée baroque ici, avec ces images étranges, tournées dans des décors envahissants et qui tous renvoient à la fois au sexe, à la religion et au sadisme: des sculptures d'hommes difformes, chargées, figés en des gestes à la fois religieux et profanes, et des lumières qui proviennent de partout, projetant de nombreuses ombres. Et à plusieurs reprises, le film s'emballe, dans des montages délirants qui mêlent des images semblant venir de partout. En particulier, bien sur, pour les images les plus dures à supporter pour la censure, qui en quelques plans, dénoncent les turpitudes les plus hallucinantes imposées à leurs sujets (Surtout les femmes) par les grands empereurs qu'étaient Pierre le Grand et Ivan le Terrible: décapitations, tortures diverses. Le plus fou, c'est qu'on ait laissé passer ces images, comme on a laissé passer le fameux bain de Tarzan et Jane dans Tarzan and his mate! Mais en guise prologue pour le plus extravagant des films de Sternberg, c'est tout à fait approprié. D'autant que ces horreurs sont sciemment fondus et enchaînées avec une séquence durant laquelle l'encore innocente Sophie Friederike Auguste von Anhalt-Zerbst-Dornburg fait de l'escarpolette... Cette juxtaposition, bien sur, entre les horreurs qui ont gavé son imaginaire et son apparente innocence n'est pas un hasard de montage. Le film n'aura jamais la moindre tentation de donner à l'héroïne une quelconque excuse de vouloir participer à cette quête horrifique du pouvoir, dont il suggère qu'elle l'assoira par le sexe, et le maintiendra par la terreur...

Quant au reste, c'est probablement de l'histoire, ça n'a donc que peu d'intérêt dans cette discussion.

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Published by François Massarelli - dans Josef Von Sternberg Pre-code
23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 08:55

Ceci est la première production indépendante de Ford pour la RKO, en collaboration avec son ami Merian C. Cooper et clairement les deux hommes y ont apposé leur marque... C'est un film d'hommes, d'une part parce qu'il n'y a pas une seule femme à l'horizon (Même si on parle d'elles parfois, en des termes d'ailleurs pas vraiment sacrés!), ensuite parce qu'il y est question d'aventures à l'ancienne, de situations dangereuses, et n'est-ce-pas, autres temps, autres moeurs... Le film commence bille en tête par la mort d'un homme: en uniforme colonial, un jeune officier à cheval s'avance dans les dunes, et soudain tombe: il a été frappé à mort par une balle. Un autre homme le rejoint et constate le décès, puis prend les commandes de la patrouille. Une dizaine d'hommes, jusqu'ici hors champ, les attendaient derrière. La situation est grave: l'officier était le seul au courant des données de la mission, et le sergent (Victor McLaglen) va devoir prendre la suite, sans rien savoir... Et les hommes, attaqués par des tireurs embusqués, vont se réfugier dans une oasis où ils vont se faire, les uns après les autres, tirer comme des lapins. Mais pas seulement: l'affrontement sera aussi interne, car le Sergent va devoir lutter aussi contre Sanders (Boris Karloff), un aumônier que le soleil a dangereusement transformé, et qui devient peu à peu un fou de Dieu irresponsable, qui va jusqu'à provoquer autour de lui la mort de ceux qu'il juge en permanence...

Filmé en Arizona et en Californie, le film est constamment situé en extérieurs, sous un soleil de plomb, dans des dunes dont on n'a aucune difficulté à admettre qu'elles sont authentiques. Sous le patronage de Cooper, Ford a tourné un film d'aventures qui est à des années lumières d'une honnête production ficelée en studio comme The black watch. Grâce à la collaboration avec RKO, Cooper a obtenu sans aucune difficulté la participation de Max Steiner, qui va d'ailleurs rafler un Oscar pour sa bande originale... Et le script signé Dudley Nichols, oppose avec adresse les caractères, en permettant bien sur les numéros d'acteurs. Outre les deux plus spectaculaires, on remarque une belle brochette d'acteurs Britanniques, Irlandais, Sud-Africains ou Australiens, Billy Bevan, Brandon Hurst, Reginald Denny et Wallace Ford... Mais la prestation de McLaglen cimente le film, il est, comme toujours, impressionnant, en homme qui à l'origine n'est pas taillé pour assumer la responsabilité complète d'un groupe d'hommes, en éternel sergent, mais qui va devoir quand même, avec rigueur et énergie, relever le défi. Et on est loin des sergents de pacotilles de ses apparitions dans les films de cavalerie!

Très court, et entièrement composé d'images d'une beauté et d'une rigueur impressionnante dans leur composition, The lost patrol ne sacrifie pas encore, comme le fera The informer l'année suivante, à la tendance post-expressionniste de Ford, à laquelle il revenait de temps à autre depuis Upstream et Hangman's house. Relativement anodin, le film est très distrayant, et la plongée en enfer de ces hommes livrés à leurs démons, incarnés par un ennemi qui restera invisible pour l'essentiel de la durée du film, est une de ces études des groupes humains en difficulté qui sera toujours un thème intéressant pour Ford. L'arrière-plan religieux est ici, comme on s'en doute pour le Catholique Ford, d'une grande importance. Il oppose d'ailleurs, on ne s'en étonnera pas, les Irlandais pragmatiques et portés sur la fraternité, ainsi que l'athée Brown, au rigoriste Protestant Sanders, qui s'enferme dans le mépris intolérant pour tous ses camarades, au fur et à mesure de la montée de sa folie ...Qu'il me soit toutefois permis de dire que Boris Karloff en fait trop dans son rôle, mais sa composition extrème est étrangement en phase avec la situation difficile dans laquelle ses camarades se retrouvent...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Pre-code Reginald Denny
9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 16:45

Difficile a priori de reconnaître la patte de John Ford, qui est engagé par la Goldwyn pour réaliser son unique film avec Ronald Colman. C'est un résultat passionnant, parfois ambigu, et profondément attachant. Colman y interprète le héros éponyme du roman de Sinclair Lewis, un médecin obsédé par la trace à laisser dans l'histoire de la science, et qui malgré lui revient toujours à découvrir avec stupéfaction en lui l'humanité d'un médecin généraliste... Une fois passé du côté de la science pure, Arrowsmith va avoir à sa disposition du pain sur la planche, à la faveur d'une épidémie de peste bubonique qui va tester sa résolution: faire avancer la science à tout prix et donc faire profiter l'humanité toute entière, au détriment des malades sil le faut, ou traiter les gens de manière à empêcher qu'ils meurent, sans pour autant faire avancer les choses... Arrowsmith, dès le début du film, fait une rencontre qui sera déterminante: Leora Tozer (Helen Hayes) va, en effet, devenir assez rapidement sa femme. Elle le soutiendra, et d'une certaine façon sera toujours par sa présence la garante de l'humanité du médecin. C'est précisément parce qu'il la laissera derrière lui lors de son expérience avec la peste que la situation va dégénérer.

Difficile de considérer Arrowsmith comme un héros Fordien, en effet. Il manque singulièrement d'humanité et laisse trop tardivement le doute s'installer en lui. Il a un côté Malthusien, dont toute l'empathie semble conditionnée à la présence de son épouse. Et on n'a pas l'habitude de voir Ford s'attacher à la vie d'un scientifique... Mais si le metteur en scène a en effet été greffé au projet sur le tard, le film a des qualités, d'abord plastiques: toujours surdoué pour la composition photographique, Ford avec la complicité d'un chef-opérateur Goldwyn, Ray June, s'amuse avec la brume, avec la lumière et profite des changements d'ambiance du film avec une certaine gourmandise; no passe, après tout, du Dakota à New York, de la neige à la mousson dans les caraïbes... Colman est Colman, c'est-à-dire qu'il est aussi impeccable que Britannique, et Helen Hayes, figure tragique, semble ici dirigée d'une main experte, elle qui avait parfois tendance à en faire sérieusement trop, fait ici connaissance avec la méthode Ford: si ce n'est pas mal à la première prise, pourquoi en faire une seconde?

Maintenant, si j'en crois les filmographies, le film est semble-t-il à 98 minutes incomplet, manquant sans doute 10 minutes. Une sous-intrigue pourrait bien avoir été sérieusement rabotée. Lors de son éloignement, Arrowsmith fait la rencontre d'une jeune femme qui lui décoche des regards d'autant plus langoureux qu'il s'agit de Myrna Loy. Le film en l'état ne nous montre pas leur idylle, mais il est probable qu'elle n'était pas que suggérée dans la version sortie avant le renforcement du code Hays. En attendant, la rencontre est, en un seul mouvement de caméra des pieds à la tête de l'actrice (C'est Myrna Loy!!! Je l'avais déjà dit?), l'un des moments les moins spirituels de toute la filmographie de Ford...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Pre-code
6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 16:38
Born reckless (John Ford, 1930)

Ce film est l'histoire édifiante d'un gangster: en 1917, Louis Berretti (Edmund Lowe), un bon fils pour ses parents, est en réalité le chef d'un gang de truands spécialisés dans le cambriolage de bijouteries. IL mène son monde à sa guise, truand certes, mais exigeant quant à la moralité de sa soeur (Marguerite Churchill). Arrêté, il va être puni d'une façon inattendue: il est envoyé en Europe pour participer au conflit contre les Allemands. Il en revient couvert de gloire, et désireux de s'élever. Mais va-t-il pouvoir reprendre sa vie dans le quartier, sans retomber dans les ennuis?

Sorti juste avant Up the river, Born reckless prouve que Ford n'était plus, en 1930, aussi à l'aise pour y tourner des films selon son coeur qu'il n'avait été depuis 1920 à la Fox... Il y a bien sur plusieurs facteurs, certains ayant d'ailleurs été fort bien exposés dans le documentaire Murnau, Borzage and Fox de John Cork: essentiellement, la perte de contrôle de sa société par William Fox a amené les nouveaux décideurs à redistribuer leurs cartes, et d'ailleurs, Ford comme d'autres vont être amenés à céder une partie de leur contrôle sur leurs films à des co-réalisateurs sensés plus à même de s'adapter au son. Officiellement, celui-ci est un film de John Ford, mais il a en fait été co-dirigé par un certain Andrew Bennison. Il serait facile de lui attribuer le ratage du film, je ne me le permettrai pas. D'abord parce que Born Reckless est malgré tout une tentative par Ford de retrouver partiellement dans certaines scènes le style qu'il avait adopté, à l'imitation de Murnau, avec Upstream en 1927, et dont il avait encore usé dans Hangman's house, Mother Machree et une partie de Four sons en 1928. Ainsi ce nouveau film, plutôt orienté vers la peinture de la faune urbaine et de la pègre, est-il riche en scènes nocturnes, en recherches sur l'éclairage et l'ombre, qui parfois sortent le spectateur de sa léthargie. On retrouve même vers la fin du film un décor qui nous est familier, pour l'avoir vu filmé de plusieurs angles dans plusieurs films: un marécage embrumé vu dans Lucky star (Borzage, 1929), Four sons (Ford, 1928), et... Sunrise (Murnau, 1927)... L'autre raison qui nous pousserait à continuer à attribuer ce film surtout à Ford, c'est une direction d'acteurs parfois erratique, déjà vue dans le poussif Black watch (1929) et qu'on retrouvera dans l'ennuyeux Flesh en 1932!

Tout comme son style visuel, le film est un mélange un peu indigeste entre film de gangsters, comédie ethnique (Avec des conversations en Italien mêlant les acteurs qui le parlent et ceux qui le déchiffrent...) et même comédie de guerre: durant le passage consacré à la première guerre mondiale, c'est comme si la Fox se souvenait tout à coup avoir produit le film What price glory? de Raoul Walsh... Mais si Ford essaie de s'imposer un style parfois recherché, avec de belles compositions ça et là, l'ensemble est quand même torpillé par la lourdeur des acteurs et des dialogues. Sorti un an avant Public enemy et Little Caesar, Born Reckless ne leur arrive pas vraiment à la cheville.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Pre-code
6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 08:19
Up the river (John Ford, 1930)

Le parlant en était encore à ses balbutiements lorsque Ford a réalisé ce film, une comédie sans grande prétention qui témoigne au moins de sa capacité à s'adapter à la nouvelle donne cinématographique. S'il est un aspect du film qui nous pouse à nous y intéresser aujourd'hui, c'est bien sur la présence de jeunes acteurs venus du théâtre, et qui tranchaient sur les jeunes premiers favorisés par les studios en cette époque de tout-parlant et tout-chantant, par leur naturel et leur aura: Spencer Tracy et Humphrey Bogart. C'est d'ailleurs sans doute à Tracy, vedette en titre du film pour son tout premier rôle dans un long métrage, qu'on doit la présence de Bogart, les deux étant à l'époque très proches. Si Bogart est encore un peu vert, mal à l'aise dans un rôle qui tranche sur sa future personalité cinématographique (Sauf lorsque le personnage doit montrer les dents, sans surprise...), Tracy est déjà là et bien là... Pour le reste, cette comédie d'évasion et d eprison est largement, comme on dit, "sympathique":

On y asiste aux aventures de Saint Louis (Tracy), un professionnel de l'évasion carcérale, qui est une vedette confirmée dans toutes les prisons où il passe... Et ne fait que passer. Mais le film se concentre essentiellement sur une évasion qu'il va mettre à profit pour venir en aide à un ancien copain de prison, Steve Jordan (Bogart), d'une bonne famille de la Nouvelle Angleterre, dont l'image est menacée par un escroc qui menace de révéler son passé de taulard à sa famille. Saint Louis s'évade donc uniquement pour régler le problème, et promet de revenir...

Mineur dans la carrière de Ford qui en ces débuts du parlant attendait, un peu maussade, qu'on lui donne de vrais bons sujets à la Fox après ses oeuvres personnelles de 1924 à 1928, on pense en voyant ce film à un autre auteur: Ford considérait, disait-il jusque dans les années 60, le film Fox The honor system de son collègue Raoul Walsh (Sorti en 1917, et hélas perdu), comme le meilleur qu'il auit jamais vu. Le film exposait avec un style coup de poing la violence et la brutalité de la vie en prison, ainsi que les liens des prisonniers avec l'extérieur, généralement situés dans une ambiance d'uintimidation et de corruption politique... Au vu de ce qui est pour Ford son seul film "de prison", on se dit qu'il a laissé passer une belle occasion!

Néanmoins,le film reste quand même d'un niveau honnête, avec la diction rapide typique des films de prison, mais si on cherche ici un film coup de poing à la Big house, on sera déçu: la prison ressemble surtout à un endroit sympa, ou les hommes parlent fort, mais s'amusent à organiser des spectacles et des matchs de base-ball, avec la complicité du directeur de la prison, et tout ce petit monde reluque en permanence du côté de la prison pour femmes située juste à côté des bâtiments pour les hommes... C'est malgré tout le plus distrayant des trois films de 1930 (Les deux autres sont Born Reckless, et Men Without women, dont seule une copie partiellement parlante a survécu), en dépit de la qualité douteuse de la seule copie ayant survécu... On pourra toujours y chercher un lointain cousinage avec les scènes de camaraderie et de comédie des films de cavalerie des années 40-50, ou des ingrédients qui rattachent ce petit film du folklore des comédies Sudistes indolentes qui n'allaient pas tarder à raviver le petit univers de Ford, quelques années plus tard, toujours pour la Fox. Et à propos de l'univers Fordien, le film nous permet d'assister à la correction d'un grand barraqué qui s'en prend aux plus faibles, et qui est interprété par... Ward Bond.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Pre-code Comédie
3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 19:01

Un groupe de délinquants est envoyé dans une maison de correction, dans laquelle la discipline, le régime et les méthodes globales employées par la direction sont tout bonnement inhumaines. Thompson (Dudley Digges), le patron de l'établissement, traite les gosses sans aucun égards, et l'infirmière, Dorothy Griffith, fait tout ce qu'elle peut pour leur témoigner de l'humanité... Jusqu'au jour où un administrateur d'un genre nouveau apparaît: c'est Patsy Gargan (James Cagney), un gangster qui a hérité d'un faut emploi suite à des services rendus à des politiciens; même si la mission est fausse, il lui faut quand même visiter l'établissement une fois par an. La belle infirmière, ou un sursaut de tendresse paternelle aidant, il va se prendre d'intérêt pour le lieu, et tout faire pour améliorer la vie des pensionnaires... Jusqu'au drame.

A la suite de I was a fugitive from a chain gang la réputation de la Warner en matière de drame social et de films polémiques n'était plus à faire... Mais ce film, par son thème du moins, est loin du brûlot de Mervyn Le Roy. Sur un sujet voisin, et avec des acteurs en commun (On reconnait le génial Frankie Darro, par exemple), il est également assez éloigné de Wild boys of the road, de William Wellman. Mais avec The mayor of hell, le propos est plutôt d'utiliser les ressources d'un drame baroque pour pointer du doigt un système qui a grand besoin d'être réformé... et depuis fort longtemps, le cinéma s'étant déjà penché sur le problème des "reform schools" dès 1915. D'un autre côté, avec James Cagney qui est ici à la fois un gangster et un administrateur de maison de redressement, comme on dit pudiquement, il est difficile de prétendre au réalisme. On n'a donc qu'à se laisser aller à la narration, au style habituel de la Warner avec ses dialogues à la mitrailleuse, et à constater: Cagney sera toujours Cagney, mais ici, il se fait voler la vedette par Darro et ses copains... Et par un final grandiose, confié à Curtiz après que la fin initiale dirigée par ce brave Archie Mayo ne convainque la direction de la Warner qu'un film pareil ne devait se finir que dans les flammes de l'enfer...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Pre-code