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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 16:56

Il y a trois films en un dans le superbe 42nd street, qui est au passage le premier musical de la Warner dont on a confié les scènes de spectacle à Berkeley: d'abord un film "de spectacle", qui déroule l'argument numéro un de tant de comédies musicales de toutes les époques; on prépare un show, et il est vu sous les angles combinés des répétitions, de la vie des protagonistes, les obscurs et les sans-grade comme les vedettes, dans les joies comme dans les galères. Le personnage qui sert de fil rouge est le metteur en scène/producteur Julian Marsh, interprété par Warner Baxter. Lorsque le film commence, il est au bout du rouleau et a besoin d'argent. Ensuite, il est tyrannique, mais juste, dur mais efficace durant tout le film, et on a l'impression qu'il est sur les genoux... Autour de lui, on assiste aux ballets des chorus girls Ruby Keeler, Ginger Rogers, Una Merkel, des vedettes Bebe Daniels et Dick Powell, ainsi qu'à des histoires impliquant tout un panel de personnages typiques du cinéma de l'époque: un quasi-gigolo (George Brent), un millionnaire-mécène (Guy Kibbee), des hommes de spectacle de toutes obédiences (Ned Sparks, Allen Jenkins)... L'argument a tellement été utilisé, qu'on croirait s'en lasser, mais il n'y arien à faire, la direction d'acteurs nerveuse, le ton résolument à cheval entre un certain réalisme et la comédie, font merveille.

Ensuite, c'est une impressionnante métaphore qu'il nous est donné de voir, d'une Amérique à la recherche d'un certain volontarisme, et dans laquelle un spectacle se crée grâce à tous ceux qui se retroussent les manches. Cette Amérique ne se sortira de la crise que par un effort commun, et Julian Marsh est l'incarnation de cette nécessité. Il est malade, le sait très bien, mais ne peut vivre qu'en accomplissant son art. Et il ne peut absolument pas le faire à moitié. La société qui nous est présentée, symbolisée par la compagnie de Marsh, est égalitaire: lorsque Dorothy (Bebe Daniels) ne peut assurer son rôle, elle est immédiatement remplacée par une novice (Ruby Keeler) qui va porter le show sur ses épaules... grâce à l'effort de chacun. Et lors du finale, le portrait de l'amérique passe par une représentation de la vie urbaine (Un numéro intitulé, justement, 42nd Street), un véritable portrait d'une Amérique qui bouge, faite d'une multitude d'êtres humains de toutes tailles, de toutes origines, lâchés dans une rue reconstruite pour le théâtre. Chacun y jour un rôle, mais la cohésion y est parfaite... un message à peine voilé, qui sera relayé dans les films suivants de la compagnie qui avait pris le train Rooseveltien en marche, mais ne pas le quitter avant longtemps.

Enfin, le plus célébré sans doute des aspects de ce film, 42nd street est typique de cette vague de films WB co-réalisés par Berkeley, dans lesquels la dernière demi-heure laisse la créativité exploser dans tous les coins, en dynamitant les limites du théâtre filmé: si le premier des trois numéros présentés nous est brièvement présenté dans le cadre d'une représentation théâtrale, les deux suivants sont impossibles à réaliser sur scène, et Berkeley, aidé de ses compagnies de chorus girls (Qu'on reconnait d'ailleurs d'un film à l'autre), s'amuse avec la chorégraphie et la géométrie, dans un jeu permanent sur le point de vue et la forme. Et bien sur, le numéro 42nd street est fait de longs plans virtuoses, et possède tellement de figurants, et un tel décor, qu'il est infaisable! Mais c'est un tel bonheur... Le public ne s'y est pas trompé, et le metteur en scène-chorégraphe a mis de la cohérence dans son projet, obtenant la même cohésion pour ses séquences que celle demandée par marsh à sa petite troupe indisciplinée...

Première pierre d'un cinéma Rooseveltien, première oeuvre majeure d'un cinéaste important (Je ne parle pas de Bacon), premier chef d'oeuvre de la comédie musicale qui sortait enfin des carcans médiocres imposés depuis The singing Fool (De... Lloyd Bacon), première pierre donc d'un chemin qui mène à Singing in the rain, excusez du peu... 42nd street est un peu tout ça, en plus d'un spectacle totalement satisfaisant: bref, un film majeur et significatif.

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Published by François Massarelli - dans Comédie musicale Pre-code Busby Berkeley Lloyd Bacon
5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 09:35

C'est tout un genre à part entière, qui explose dans les années 30: le film "colonial", situé dans un pays lointain, avec si possible de la jungle à profusion, et accessoirement quelques indigènes à maltraiter! Et pourtant nombre de ces films sont devenus des classiques, c'est le cas de celui-ci.

Red Dust est situé en Cochinchine (Sud Vietnam) durant les années 30. Dennis Carson (Gable) y est planteur de caoutchouc, assisté de deux hommes aux tempéraments bien différents: Mac, joué par le vétéran Tully Marshall, est un vieil homme brave, paternel e compréhensif qui veille sur Carson avec une tendresse bourrue, alors que Guidon (Donald Crisp) est un alcoolique qui pour ne rien gâcher a le vin très mauvais. Les Willis (Mary Astor et Gene Raymond) sont un couple don c'est la première visite dans un pays aussi difficile, lui est ingénieur, et elle est assez clairement insatisfaite de sa vie maritale. Carson va tout faire pour éloigner Willis de la plantation, surveillé de près par Vantine (Jean Harlow, une prostituée amoureuse de lui qui veille à ce qu'il ne profite pas trop de la situation pour s'emparer de celle qu'elle surnomme avec dérision "Duchess".

C'est une merveille, un de ces films réalisés à Hollywood avant que le 'code de production', drastique censure interne établie entre eux par les studios, entre en vigueur. La liberté de ton y est totale, les personnages sont gorgés d'une vie et d'une saveur qui tendra à disparaître du tout-venant du cinéma Américain dans les années à venir; à ce titre, la confrontation entre Harlow, Gable et Astor est un modèle de confection d'étincelles, d'éclairs et de coups de tonnerre. Aucune édulcoration n'était de toute façon possible avec Jean Harlow, et il est clairement et sans le moindre détour question de sexe et de possession. Pourtant, le film est très clair, Carson et Vantine sont faits l'un pour l'autre, il faudra des flirts plus que suggestifs avec Mary Astor pour s'en rendre compte. Fleming mène l'action tambour battant, et ses trois personnages principaux sont érotisés avec justesse, en particulier bien sûr Jean Harlow qui se tire d'un rôle casse-cou avec un aplomb admirable, et d'une scène célèbre de nudité avec une ingénuité rare.

Le film sera refait en 1952 par John Ford sous le titre de Mogambo... Le personnage de fille légère sera repris par Ava Gardner, et la jeune femme bien comme il faut par la jeune Grace Kelly. Que reste-t-il de tout l'érotisme de Red Dust dans le film de 1952? Pas grand chose: le film est situé en Afrique, et devient un assez vague film d'avantures avec des safaris, et accessoirement un dilemme amoureux qui sera résolu au bout de deux heures! 

A noter que si le film de Ford gommera l'exploitation quasi esclavagiste de l'être humain par le personnage de Clark Gable, il partage quand même une solide dose de racisme colonial avec Red Dust! Ici, en particulier, Mary Astor demande à Carswell, au milieu de ses employés indigènes, si ça ne lui manque pas trop de vivre au milieu des gens... 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Victor Fleming
29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 22:21

On est bien peu de choses... En 1931, la Paramount et la MGM se livrent une lutte acharnée pour la suprématie du cinéma que l'on se devra de qualifier de sophistiqué, un mot qui veut tout, et rien dire en même temps... Aux premières loges, Garbo et Dietrich, les deux femmes aux vies sexuelles aussi mystérieuses que perturbantes, aussi floues que permissives, et pour les servir, des films qui sont autant d'écrins...

A ce stade, Marlene Dietrich gagne au moins sur deux tableaux: D'une part, la Paramount croit en elle, et d'autre part, elle est protégée par son amitié et son exclusivité pour le réalisateur Sternberg, pas Garbo, qui n'a pas pour elle de réalisateur attitré, et doit se fier uniquement à sa chance. Elle n'en a d'ailleurs pas beaucoup en 1931: c'est l'année de Mata Hari, de George Fitzmaurice. Pas un chef d'oeuvre, non, mais un film, disons, notable...

Mais la réaction de la Paramount est plus qu'intéressante: Sternberg met en chantier un film qui, de véhicule un peu impersonnel (Une espionne Autrichienne se meurt d'amour pour l'homme qu'elle a suivi et qui a failli la faire arrêter, elle lui permet de s'évader en pleine guerre, et va devoir répondre de son acte), se mue en tragédie érotique: Marlene Dietrich semble vivre pour Victor McLaglen un amour exclusif, malsain, qui exclut toute autre considération, aidée par la mise en scène exceptionnelle de Sternberg.

Ce dernier laisse comme deux ou trois ans auparavant, avant le grand cataclysme du parlant, parler l'image autant que possible, dans des scènes qui brillent autant pour leurs non-dits que pour le baroque qui s'y déploie; une fête où tout le monde est masqué, par exemple, voit les protagonistes (Dietrich, McLaglen, Warner Oland) ne communiquer que par gestes... et pas serpentins. La lenteur calculée, sensuelle et fataliste, mène immanquablement à la tragédie: le film s'achève, bien sûr, sur une exécution inoubliable. Un dénouement dans lequel le cinéaste abat, de façon inattendue, une carte pacifiste, provoquée par l'affection d'un jeune sous-officier pour celle qu'il a pour mission de tuer...

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Josef Von Sternberg
24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 09:29

Le film, comme The invisible man produit à la Universal l'année suivante, est adapté d'un classique de H.G. Wells: Un naufragé rescapé est recueilli sur l'île du Dr Moreau, un scientifique devenu fou qui a créé des êtres à demi-humains, à partir d'animaux domestiques. Moreau (Charles Laughton) envisage d'utiliser la présence de ce Parker (Richard Arlen) pour tenter une expérience d'accouplement avec l'une des ses "manimals".

 

La réputation mitigée de Island of lost souls s'explique sans doute par le fait qu'à l'instar d'un autre film de la même période, le Dr Jekyll and Mr Hyde de Mamoulian, il a été produit et distribué par Paramount, soit à l'écart de la Universal, dont il faut bien dire qu'elle est associée à 100 % dans l'esprit des cinéphiles et des historiens du cinéma à cette vague sublime d'horreur qui a déferlé dans ce début des années 30. Et de l'autre côté du spectre, la MGM offrait avec Freaks un film suffisamment extrême pour attirer toute l'attention, y compris malgré un flop retentissant... Pourtant, on redécouvre le film de Kenton aujourd'hui, à la faveur d'un certain nombre d'éléments... Pour commener, sans doute, l'extraordinaire prestation de Charles Laughton en Dr Moreau y est certainement pour quelque chose! Son jeu délibérément subtil, sa façon de jouer non seulement avec le dialogue ou avec ses co-stars (Pauvre Richard Arlen!) mais aussi avec la lumière, son talent apparemment sans aucun effort pour dominer n'importe quelle scène d'un geste ou d'une inflexion... Et bien sur, la superbe photographie de Karl Struss, toute en brume (Réelle, il y avait du brouillard sur Catalina quand le film a été tourné), toute en ombres, montre bien l'étendue de son immense talent.

 

Mais ce qui a probablement beaucoup fait pour la réputation du film, c'est bien sur le fait qu'il a été l'un des films les plus coupés de la période: Laughton, en Dr Moreau, y dit à plusieurrs reprises sa volonté de jouer à Dieu, il y est question de torture (La "maison de la douleur", où Moreau expérimente toujours plus avanat sur ses créatures, mi-animaux, mi humains), de sadisme, et bien sur d'accoupler un homme (Richard Arlen) et une femme-panthère (Kathleen Burke). Les censeurs de tous les pays se sont déchaînés, transformant le film en un kaléïdoscope différent d'un état à l'autre, incohérent, et généralement privé de ses parties les plus provocantes. Ce qu'on redécouvre aujourd'hui avec une gourmandise certaine, c'est bien sur la version intégrale de ce qui est bien un grand film, portant en lui non seulement la marque de la meilleure horreur de l'époque (Un métrage court, rythmé, des coups de théâtre comme s'il en pleuvait, des jeux d'ombres et du pulp sans remords parfaitement dosé, avec en prime des répliques qui tuent: "Are we not men?", demande Bela Lugosi à ses congénères), mais aussi celle de la Paramount, soit un ton délibérément sexy et qui pousse le bouchon de la sensualité loin, très loin.

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 09:03

Des trois films de gangsters mythiques (Little Caesar de Le Roy et Scarface de Hawks étant bien sur les deux autres) qui entament la décennie, celui-ci est le plus fascinant; James Cagney y est incroyable, mais la grande force reste la mise en scène exemplaire, impeccable et plus qu'inspirée de Wellman. C'est l'un de ses très grands films, si ce n'est le plus grand, peu importe: c'est juste l'une des preuves de son génie. Il a su prendre un matériau bien de son temps, et inventer une manière de faire, qui n'allait pas rester sans suite: Angels with dirty faces (Curtiz 1938) et The roaring twenties (Walsh, 1939) allaient tous deux reprendre la même structure chronologique, passant d'une exploration de l'Amérique populaire des débuts du siècle jusqu'aux années 30 en n'oubliant pas les cassures de la première guerre mondiale et de la prohibition, deux évènements traumatiques qui ont sérieusement entaché cet âge de l'innocence qu'auraient été les années 20 sans elles. Bien sur, les deux films en question ajoutent aussi la crise de 1929, absente de ce film, mais le propos est ailleurs: dépeindre l'histoire d'un gangster comme une illustration du rêve Américain, un thème que The public enemy partage du reste avec Little Caesar, de Mervyn Le Roy.

 

Tom Powers (James cagney) est un jeune homme qui a de l'ambition, mais qui est surtout déterminé à les réaliser hors du giron de la loi: le souvenir des fessées paternelles, administrées quotidiennement par un père policier? Le fait qu'elles ont manifestement développé chez lui un plaisir masochiste de transgression et de défi? Quoi qu'il en soit, Powers est tellement motivé qu'il s'impose bien vite à ses employeurs, et va découvrir avec la prohibition un terrain de jeu qui lui permettra vite de devenir quelqu'un, et de tout avoir: pouvoir, ascendant sur les hommes et les femmes, et de multiples occasions de passer sa colère... La chute, bien sur, sera expéditive.

 

Dès le départ, Wellman plonge dans le coeur du sujet, littéralement, en multipliant les plans-séquences dans son exposition; la façon dont il nous prévient en nous montrant une rue peuplée de gens qui vont et viennent, dans laquelle les hommes qui véhiculent de l'alcool (Un camion encombré de tonneau, un homme qui transporte plusieurs seaux remplis de bière), croisant ironiquement une parade de l'armée du salut, nous installe dans un monde qui n'a pas encore affronté ses contradictions, et qui y viendra en 1919 avec le Volstead Act, la loi qui installera la prohibition sur l'ensemble du territoire Américain. dans ce monde de 1909, où il faut choisir son camp, Tom Powers, qui traine toujours avec son copain Matt, est déjà attiré par le crime, ne serait-ce que parce qu'il est en permanence en colère, contre son père surtout. Celui-ci ne dira pas un mot, mais la courte séquence qui le présente, figure silencieuse et menaçante qui se rend dans la cuisine pour décrocher du mur la ceinture de cuir qui lui sert à administrer de cuisantes corrections à son fils, ne laisse aucun doute: son fils est éduqué à la violence par la violence, et il va apprendre à aimer cela, comme le prouve le plan durant lequel le père hors champs le frappe, et le visage du jeune homme se transforme sous nos yeux, lorsqu'afin de supporter le traitement dont il est la victime, il s'efforce de regarder son géniteur dans une posture de défi.

 

Puis l'évolution de Tom Powers se fait sous la houlette de diverses autres figures paternelles, dont le louche Putty Nose, un gangster de moindre envergure qui embauche Tom et Matt, avant de les lâcher en pleine crise, après qu'ils aient provoqué la mort d'un complice lors d'une affaire, ou le "régulier" Paddy Ryan, un autre Irlandais qui les prend sous sa houlette. Putty Nose est surtout vu à travers deux séquences qui le montrent jouer la même chanson au piano: dans la première, il en joue pour les gamins fascinés de la rue, et s'arrête de chanter sur un mot lorsqu'il avise la présence de Matt et Tom, auxquels il souhaite confier une affaire. Lors de la séquence qui voit Tom supprimer son ancien patron, il joue la même chanson, et s'arrête sur ce même mot, touché à mort par la balle que vient de tirer Tom (Hors champ, bien entendu): l'inévitable meurtre du père, transgression qui est aussi une libération pour Tom. Paddy Ryan sera aussi pour Powers l'occasion d'affronter un complexe d'Oedipe fort mal vécu; réfugié chez Paddy, fin saoul, Powers couche sans même s'en apercevoir avec la compagne (Particulièrement gourmande, d'ailleurs) de son protecteur, ce qui lui occasionnera une grosse colère le lendemain... Mais ses rapports avec les femmes seront le plus souvent marqués soit par sa domination (Ce dont l'incroyable séquence dite 'du pamplemousse' se veut le témoin), soit par la recherche impossible d'une égale, et surtout par son ambition; ainsi, il se dabarrasse de Kitty, sa première petite amie, après qu'il ait commencé à s'ennuyer avec elle, et la remplace par Gwen une jeune femme qui a plus de classe (Et qui est jouée par Jean Harlow avant que celle-ci ne soit une actrice, comme en témoigne la scène parfois gênante durant laquelle elle lui susurre des "Oh, My bashful boy"). Tom Powers est la recherche de femmes avec lesquelles il puisse se sentir en confiance, mais son "métier" aura toujours le dessus. Ses rapports avec les hommes sont aussi riches et aussi bien évoqués dans le film, notamment son amitié pour le moins complexe avec le compagnon Matt: dès les premières séquences, nous voyons Powers choisir Matt plutôt que sa soeur (Celle-ci se consolera avec le frère de Tom, celui qui incarnera le versant honnête, mais aussi insipide, de la famille!); il passe son temps à tenter de rabaisser son copain, mais ils sont inséparables, et c'est après qu'une bande ait éliminé Matt que Powers va déclencher les impressionnantes hostilités de la fin du film. Il va se dépasser, dans une scène qui est aujourd'hui célèbre, parce que Wellman, tout simplement, nous en prive: il filme Powers qui entre dans un restaurant, et... le bruit d'une altercation musclée, suivie d'un plan qui aurait pu terminer le film, nous montrant Powers blessé tomber dans l'eau (Il pleut en abondance) en murmurant  "I ain't so tough", je ne suis pas si dur.

 

Le mythe ne se referme pas sur cette scène, la fin nous montre un Tom qui a échappé de peu à la mort, et qui semble être sur la voie de la guérison, voire de l'honnêteté, renouant avec sa famille... Mais Wellman ne peut pas  nous laisser sur un happy-end, et la fin portera sa dose d'énigme, de non-dits, d'ellipse. elle sera visuelle, définitive et forte, marquée par une mise en scène sublime, dans laquelle le cinéaste nous montre une fois de plus, comme il l'aura fait durant l'ensemble des 83 minutes de son film, sa maîtrise absolue du mouvement, du placement de la caméra, de la composition, du rythme, de la profondeur de champ et du coup de théâtre, en un seul plan de quelques secondes, suivi de la vision d'un phonographe dont le disque tourne à vide. Fin: The public enemy est l'un des plus beaux films Américains de tous les temps.

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code
12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 10:28

Des numéros musicaux, justifiés par une intrigue située dans le milieu du spectacle, des femmes filmées sous tous les angles, des hordes de danseurs et danseuses amoureusement tricotés les uns aux autres, et des sujets de ballets qui sont tous plus fripons les uns que les autres, le tout sous la bienveillante surveillance du président Roosevelt... Oui, ceci est bien une comédie musicale pré-Code de Warner avec Busby Berkeley à la réalisation des séquences chorégraphiées... Certes, officiellement, le film n'est que de Lloyd Bacon, mais comment tiendrait-il debout sans l'incroyable invention de Berkeley? Comme avant lui 42nd Street, et Gold diggers of 1933, ce film est entièrement dévolu à la création par Bacon des conditions qui vont permettre à Berkeley de dégainer ses incroyables numéros...

Dans ce film, qui retourne à l'inévitable intrigue urgente de 42nd street (Lancer un show dans des conditions difficiles, comme si sa vie en dépendait), nous avons une compagnie dont le gagne-pain est de réaliser des prologues dansés pour les cinéma des grands boulevards, mais dopée par la concurrence avec un autre studio. L'énergie déployée par les artistes est phénoménale, et le résultat doit être à la hauteur... Il le sera, aucun doute là-dessus. Mais la supériorité de ce film sur les autres tient à une alchimie particulière... qui tient en deux mots: James Cagney. Parce que tout le reste de l'équipe est bien là, mais ce film est le seul des films musicaux de ces années glorieuses dans lequel l'acteur joue, et imprime son style (En concurrence avec Joan Blondell, qui est comme d'habitude parfaite...). et Footlight parade tient aussi sur un petit suspense: Cagney dansera-t-il?

 

...Oui, il dansera, et c'est l'un des ingrédients qui donnent force et cohésion au film: le rythme est soutenu, mais entièrement basé sur la montée de l'adrénaline tant pour les artistes que pour les spectateurs. Mais la façon dont le personnage de Cagney s'implique lui permet de s'insérer dans un numéro, et de l'habiter sans jamais démériter. Oh, bien sur, il ne chante pas bien, mais sa partenaire Ruby Keeler, qui avait toujours deux ou trois chansons pour elle dans ses films, est pire. Mais l'intrusion de Cagney dans les ballets est ce qui permet au film de lier les deux styles sans couture apparente.

 

Et puis il y a les numéros, qui à part pour l'un d'entre eux, d'ailleurs le plus faible, sont enchaînés dans les 37 dernières minutes. Que du bonheur, avec les épices secrètes: corps féminins alanguis, rassemblés dans l'eau pour dessiner d'improbables corolles, puis montés les uns à coté des autres dans une fontaine humaine (By a waterfall). Les situations graveleuses de The Honeymoon Hotel sont suivies d'un final patriotique un peu fripon dans lequel les marins américains trouvent le repos du guerrier dans une fumerie d'opium... C'est incroyable, filmé au plus près des corps, avec d'impossibles costumes et tellement de sous-entendus qu'on en remplirait un dictionnaire... 104 minutes à l'écart du monde.

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Published by Allen john - dans Pre-code Musical Busby Berkeley Lloyd Bacon
2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 08:21

Sorti quelques mois après un film de Curtiz intitulé Female, ce petit film d'aventures exotiques aurait pu s'intituler... Female, justement. Kay Francis y interprète le personnage de Tanya, une chanteuse échouée à Rangoon et trahie par son amant (Ricardo Cortez) qui l'a vendue à un proxénète (Warner Oland); elle s'enfuit pour Mandalay, mais sur le bateau ou elle voyage vers une nouvelle vie, elle rencontre un beau docteur (Lyle Talbot) dont elle guérit l'alcoolisme, mais aussi elle retrouve Tony, l'homme qui l'a trahie... Doit-elle se résigner à retrouver son passé, dont le moteur est l'amour qu'elle a ressenti pour Tony, ou doit-elle se diriger vers un futur fait de dignité aux côtés de celui qu'elle vient de rencontrer?
Un bateau en direction d'un endroit idéal, des personnages exilés et en errance, une galerie de personnages durs et des choix de vie déterminants, on est malgré le coté série B du film en plein dans la thématique de Michael Curtiz , et Kay Francis, en personnage de femme qui prend son destin en charge, est dans la lignée des portraits de dames du metteur en scène: exploitée, prostituée, Tanya n'aura de cesse de jouer le jeu en allant plus loin que les personnages masculins et retourner leurs propres armes contre eux; la deuxième partie du film la voit prendre l'avantage et elle est désormais à même de sauver un autre personnage de la situation dans laquelle il est: il partiront ensemble à la fin...

Moins marqué qu'à l'accoutumée, mais toujours efficace, le style du réalisateur apparaît surtout dans le rythme effréné, on l'imagine dirigeant ses acteurs d'un tonitruant "Faster!" comme seule indication scénique; il est vrai que la consigne était de boucler un film en 7 bobines, il faudra attendre 1935 avant qu'on autorise Curtiz à faire long (Il fallait sans doute expier l'échec public de Noah's ark...) Les personnages, comme à l'habitude sont très bien campés face à une caméra qui sait n'en négliger aucun. Sinon, nous sommes en présence d'un film Warner typique des audaces de la période, avec les références frontales à la prostitution, les danseuses à peine vêtues, et surtout le fait qu'un faux crime, non élucidé et impuni, donne l'idée à un personnage de l'accomplir et de s'en tirer sans dommage, à la fin, et au contraire, libre... le film regorge d'images dures et exotiques, à commencer par la peinture de Rangoon dominée par la figure imposante (Et totalement exagérée) de Warner Oland en parrain menaçant ou veule (Tout dépend de l'interlocuteur...) du crime et de la prostitution.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Pre-code
30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 13:15

S'il est un film et un seul qui puisse être envisagé sous l'angle d'une Garbo "auteur", c'est bien celui-ci; elle l'a voulu, l'a porté, et lui a été associé jusqu'à sa mort et même au-delà, comme en témoignèrent les hommages qui fleurirent dans la presse et sur les autres médias à l'occasion de son décès: passage obligé, le fameux plan final de ce film de 1933, sensé représenter la résignation et l'abandon de sa carrière par une Garbo  arrivée au bout de ses envies en 1941. Il n'y avait sans doute pas une grande envie de faire ce film à la MGM, alors que les premiers films parlants de l'actrice témoignaient surtout de la tentation de l'enfermer dans des stéréotypes, des femmes fatales malgré elles. Le désir de romantisme de Garbo pouvait par contre s'accomoder de ce qui était une sorte de guerre de studio, entre la Paramount et la MGM, qui rivalisaient par star interposées. A ce petit jeu, la star de la Paramount était Marlene Dietrich. Il y a par endroits dans Queen Christina des passages qui peuvent être un clin d'oeil au style développé par Sternberg, mais l'ironie est que celui qui réalise cette biographie réinventée d'une reine de Suède est Rouben mamoulian, qui allait peu de temps après diriger Marlene Dietrich à la firme concurrente, dans des conditions pas vraiment idéales (The song of songs).

 

La reine Christine de Suède est lasse de faire le jeu de la cour et du royaume, de signer des déclarations de guerre ou de cautionner des politiques qui ne vont pas dans le sens de ses aspirations. Désireuse d'ouvrir la Suède à la culture étrangère, elle tend la main à ses ennemis et rivaux européens, et se désole d'avoir si peu de temps pour elle-même. Elle a des amants, dont Magnus Gabriel de la Gardie (Ian Keith), elle a des amies, dont la comtesse Ebba (Elizabeth Young), sa confidente. Mais elle n'aime rien tant qu'à partir pour un ou deux jours chasser en compagnie de son valet-ange gardien Aage (C. Aubrey Smith). La cour souhaite ardemment que la reine se marie afin de préserver la couronne, et avec un Suédois pour couper court à toute folie nationaliste, les prétendants étrangers se bousculant au portillon. C'est en ces circonstances qu'elle rencontre un envoyé du roi d'Espagne, Don Antonio (John Gilbert). Elle est habillée en homme, ils sont amenés à partager une chambre, et tombent instantanément amoureux l'un de l'autre. Au retour, il va falloir choisir: la raison d'état, qui la pousserait à se marier avec le héros national Karl Gustav (Reginald Owen), ou celle du coeur, qui lui permettrait de vivre le parfait amour avec son bel Espagnol... La révolte menace, les intrigues de cour se forgent, il lui faudra vite faire son choix...

Honnêtement, le choix est vite anticipé par le public; celle à laquelle on a si souvent fait dire 'I want to be left alone' dans ses films, pouvait-elle vraiment faire autrement que d'abdiquer? Dans une oeuvre comme celle-ci, dont la mise en scène classieuse et inventive de Mamoulian sert surtout d'écrin à la prise de pouvoir par Greta Garbo elle même de son rôle et de son film, l'actrice affirme sa propre croyance en une liberté totale, un abandon des responsabilités pour pouvoir vivre à sa guise par une femme de pouvoir. Elle met tout son art dans cette idée, depuis la première scène ou on la voit (Elle ou sa doublure) galoper pour rentrer au palais, gardant la caméra dans son dos jusqu'à ce moment ou elle se tourne enfin, puis enlève son chapeau. A l'inverse, elle est vue toute entière dans la si fameuse scène de l'auberge, lorsque la reine après sa nuit d'amour avec Antonio, s'imprègne de chaque détail de la pièce, passant une main tendre sur chaque meuble, finissant en se couchant de façon langoureuse sur le lit... elle utilise le corps, comme pour faire une déclaration d'identité: le garçon manqué qui chevauche bon train, la femme aimée et qui peut enfin être elle-même, qui marche d'un meuble à l'autre dans une robe de chambre informe... deux extrêmes, oui, mais deux affirmations d'indépendance. Ce que sont aussi la première scène, qui voit la toute jeune Christine couper court au texte qu'on lui a fait apprendre, la scène d'abdication, dans laquelle elle (re)devient le centre de tout après avoir vu la stabilité nationale voler en éclat suite aux intrigues de cour, ou encore et surtout la scène finale, ou garbo devient la figure de proue d'un vaisseau qui part pour nulle part, garant d'une liberté chèrement acquise, au gout amer, mais qui sera pleinement assumée.

A ses côtés, l'actrice a insisté pour avoir son ancien partenaire et compagnon John Gilbert (Flesh and the devil, Love, A woman of affairs). Un geste largement commenté dans tous les sens: action charitable, retour de service (l'acteur avait beaucoup fait pour que Greta Garbo se sente plus à l'aise dans sa carrière en 1926), ou intuition géniale? Quoi qu'il en soit, c'était un excellent choix: l'acteur est parfaitement à sa place dans le rôle impétueux de ce Don qui lui permet occasionnellement de faire une discrète auto-parodie, comme dans la scène de l'auberge, avant que l'Espagnol n'ait découvert que cet impétueux jeune homme qui l'accompagne n'est autre qu'une jeune femme. Mamoulian pourtant ne se trompe pas de personnage principal, et réserve au duel fatal entre Don Antonio et Magnus une ellipse: ce qui compte n'est pas la mort du Don, mais bien le fait que Christina perde son amant, nuance...

 

Film d'une incroyable beauté, superbe réinterprétation de l'histoire, le film doit beaucoup à la sensibilité de Mamoulian, qui a parfaitement dosé les mouvements de la star dans ses scènes-clés, et qui fait tomber toutes les barrières avec une caméra discrètement mobile. Il a aussi su insuffler un soupçon d'ambiguité sur le personnage ô combien controversé de la Reine Christine, dont les rapports éventuels entre Garbo et Elizabeth Young tels qu'ils apparaissent à l'écran via un baiser pas si chaste, cachent une réalité complexe, autour des représentations d'une bi-sexualité triomphante, voire agressive, un refus de se plier à la seule dimension féminine de son personnage (Revendiquant en particulier le fait qu'elle assumait la lourde tâche d'un homme en accédant au trône). Cette ambiguité permet au cinéaste de jouer sur les frontières entre les sexes, comme dans le long passage de l'auberge. Elle permet aussi aux auteurs (Garbo ET Mamoulian) d'interroger les rapports entre le pouvoir et le genre, masculin ou féminin. L'abdication de Christina serait en fait la prise de pouvoir de la femme contre les conventions, et vers la liberté totale. Une liberté absolument pas mise de côté lorsque l'être aimé meurt. Le sommet émotionnel du film, qui permet à Garbo de vraiment exprimer un sentiment complexe à l'écran sans apparemment rien faire, sera aussi le sommet de sa carrière. Pas le sommet des succès de la MGM... tant pis.

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Greta Garbo Rouben Mamoulian
28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 09:36

Une noce, manifestement assez luxueuse, a lieu. On apprend assez vite que le marié est le majordome, Albert (Paul lukas) d'une famille riche et respectée, et la mariée Anna (Virginia Bruce) est également employée de la même maison. L'harmonie règne entre les différentes strates de la société, et Albert est particulièrement ému de l'attention que lui témoignent ses maîtres, le Baron Nicky Von Burgen (Reginald Owen) et la baronne Eloïse (Olga baclanova). Arrive un homme, élégant et moqueur, qui s'installe dans la noce avant de négligemment révéler son identité: il est le nouveau chauffeur, Carl (John Gilbert). Dès le départ, il s'amuse des autres, transgresse les conventions, installe un malaise de plus en plus palpable, en particulier chez les femmes. Il ment, séduit, manipule... Albert en particulier, très attaché à la hiérarchie sociale qui définit son rôle de majordome, va souffrir dans son statut et dans son jeune couple de l'arrivée du nouveau venu...

C'est d'un argument de John Gilbert (Prévu pour un film muet en 1928, et mis de côté pendant quatre ans) que le script du film a été adapté, comme c'était déjà le cas pour Man, Woman and Sin du même Monta Bell. Gilbert, peut-être sous l'influence de son ami Erich Von Stroheim, a imaginé un personnage de chauffeur sans gène qui sait profiter de sa séduction pour vivre à sa guise, mais ses motivations profondes ne sont pas vraiment claires: il semble surtout mu par l'appétit de pouvoir, le fait de pouvoir profiter d'une femme (La cuisinière, Sophie, interprétée par Bodil Rosing, est sa première victime. A des degrés divers, la baronne et la jeune mariée Anna auront également à souffrir de ses exactions), et semer la confusion, parce que ce qu'on voit très vite, c'est qu'il n'en est pas à sa première famille, et ce ne sera pas la denière fois qu'il flanquera la pagaille... Donc inutile de chercher chez lui un appat du gain, des plans plus élaborés. Ce n'est même pas un escroc, lui qui admet sans faire de détours aux femmes dont il profite qu'il ne reculera devant aucune opportunité, avec une désarmante candeur...

John Gilbert joue à fond la carte de la séduction la plus vile, et propose à son tour une nouvelle vision d'un thème qui était déjà au coeur d'autres films du même réalisateur: et si les rôles pouvaient s'inverser? A la femme "coupée en deux" interprétée par Norma Shearer dans Lady of the night, deux rôles, deux femmes nées le même jour, mais dans des classes sociales différentes, à la vision d'une artiste incapable de faire autre chose que d'apparaitre sur scène, qui affiche des ambitions disproportionnées dans Upstage, Gilbert oppose l'homme qui a décidé que les conventions rigides de la hiérarchie entre domestiques et leurs employeurs n'étaient que des limites à transgresser. Mais on va plus loin ici: c'est précisément parce qu'il y a des barrières et des limites que Carl existe. Il se nourrit du malaise que sa présence et ses manipulations (Coucheries, tromperies, vol, chantage, adultère... la routine donc) vont engendrer, et du même coup on comprend qu'il n'est qu'un révélateur du système. Ce n'est pas un hasard si le film se déroule dans la vieille Europe, et on retrouve ici l'ombre de Stroheim et ses mondes parallèle, comparaisons entre une Europe décadente et une Amérique toujours plus moderne...

Le film, ni une comédie ni un drame, distille un malaise qui sera écarté d'un seul coup, grâce à une salutaire prise de pouvoir par Albert. Mais les cicatrices du passage du chauffeur mettront sans doute du temps à disparaitre. Le film est plus qu'intéressant, et montre paradoxalement que Gilbert et Bell, en disgrâce à la MGM, ont peut être bénéficié de l'indifférence à leur égard que pouvait manifester un Louis B. Mayer pour faire absolument ce qu'ils voulaient, un film dans lequel un homme utilise ouvertement les femmes, dynamite les conventions et malmène la famille... La mise en scène de Monta Bell montre le metteur en scène contrôlant la situation de bout en bout, utilisant à merveille les objets de tous les jours pour créer des liens entre les scènes, les êtres, et nier en douceur les conventions et les hiérarchies pourfendues par le chauffeur... auquel on donne finalement raison: lorsque le Baron voit Albert mettre un coup de pied salutaire au derrière de Carl, il a un geste qu'on aurait pour un chien qui s'est bien conduit. Le mariage du début n'était qu'une façade: les maitres sont bien les maitres, et les valets resteront en bas, "downstairs".

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code John Gilbert Monta Bell
9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 14:32

Night nurse est un sacré petit film, avec la grande Barbara Stanwyck; tourné la même année que The public enemy, à la Warner, le film bénéficie du savoir-faire du studio et de la mise en scène coup-de-poing du grand "Wild Bill", mais soyons aussi clair que possible: si le film joue beaucoup avec les codes contemporains (Présence d'un bootlegger, donc prohibition, pauvreté et crise, abandon coupable d'une mère qui boit et écoute du jazz en permanence, etc...), et se veut réaliste, on est quand même pas dans la réalité. Mais le monde dépeint dans le film, s'il n'est pas authentique, est une lecture raccourcie et fascinante d'une certaine Amérique de 1931, pas souvent représentée: Lora Hart (Stanwyck) est une jeune femme peu qualifiée qui profite d'un quiproquo pour devenir infirmière et va gravir les échelons jusqu'à devenir diplômée, et devenir l'infirmière de nuit d'une riche famille, dont le père est mort et la mère est tombée sous la coupe d'un inquiétant personnage, le chauffeur Nick (Clark Gable). Celui-ci laisse les enfants mourir à petit feu, afin sans doute de mettre main basse sur l'argent de la mère. Lora a le choix entre écouter sa conscience d'une part, ou se plier aux règles syndicales d'éthique, et ni faire des vagues, ni dénoncer le médecin en charge de l'affaire... avec l'aide d'une sympathique fripouille, pourvoyeur de whisky frelaté avec une morale, elle choisit pourtant la première solution...

Ce film est par moments un catalogue fascinant de tout ce qui fait le sel des films "pré-code", à plus forte raison lorsque Wellman est aux commandes: les premières trente minutes, qui voient Lora gravir les échelons en vivant quasiment 24 h sur 24 à l'hôpital, en compagnie de sa copine (Joan Blondell) les voient se déshabiller ou s'habiller en permanence, et le metteur en scène joue sur la promiscuité d'ailleurs soulignée entre les internes et les infirmières, et l'esprit farceur des jeunes médecins se manifeste de plusieurs façons. Les deux jeunes femmes ont vécu, leur langage, leur attitude aussi (Cette façon que Joan Blondell a de mâcher aussi vulgairement du chewing gum pendant la récitation des droits et des devoirs du métier d'infirmière, sans perdre la complicité du public - en même temps, c'est Joan Blondell...), ou encore les discussions à bâtons rompus entre les deux jeunes femmes, et leur carapace de plus en plus dure au fur et à mesure que le film progresse, dresse un portrait d'une Amérique des gens qui travaillent, qui une valeur bien plus documentaire que le drame qui alimente la seconde partie. Quant à celle-ci, tout en restant en effet assez baroque, elle se plie à une règle d'or toute Wellmanienne: quand les autorités ne font pas leur boulot (Des médecins empêchés par l'éthique de se dénoncer les uns les autres bien que leurs turpitudes soient avérées, par exemple) il faut qu'un autre 'corps constitué' les remplace: par exemple les gangsters; cette vieille idée de prendre le contrôle la loi qui est aussi au coeur de ce beau film qu'est The star Witness donne à ce film une fin sardonique, réjouissante et inattendue...

Et sinon, pour finir, je vais le répéter: c'est un film de William Wellman, avec Barbara Stanwyck, Joan Blondell et Clark Gable dans le rôle d'une sale brute. A-t-on besoin finalement d'en savoir plus?

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code Barbara Stanwyck