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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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29 novembre 2021 1 29 /11 /novembre /2021 21:09

Dans The We and the I sorti trois années plus tôt, Gondry avait imaginé une étrange conversation entre deux adolescents qui s'ignoraient quelques minutes auparavant: ils se trouvaient tout à coup un terrain de partage en évoquant un parent bricoleur dans l'atelier duquel ils aimaient à se retrouver: de toute évidence, un souvenir tenace chez Gondry, même si dans ce film la situation finissait par dégénérer entre eux! Microbe et Gasoil, tourné en France, dans la région natale du metteur en scène, part de ce souvenir lui aussi...

Durant l'année scolaire, le petit Daniel, 14 ans, est surnommé microbe par les autres, en raison de sa petite taille. Entre ça et sa longue chevelure qui lui vaut de se faire confondre avec une fille (y compris par ses professeurs), il s'en prend plein la figure, et Laura l'élue de son coeur, bien que son jeu soit équivoque, ne l'épargne pas non plus! Un nouveau venu, Théo, va capter son attention, ainsi que celle de tout le collège: mais eux, c'est pour le rejeter... Pas Daniel, qui est fasciné par l'originalité et la culture de son ami (que tout le monde surnomme Gasoil en raison de l'odeur de carburant qu'il semble avoir parfois adopté comme parfum!). Ils deviennent inséparables, parlent de tout et de rien, et se lancent dans des bricolages inattendus: à partir d'un moteur, ils inventent une maison roulante avec laquelle ils décident de prendre la route, vers l'Aubrac (où Théo a un souvenir de colo avec des monitrices, je cite, à gros nichons) ou vers le Morvan (où Daniel sait que Laura est partie en vacances)... Ce sera un périple farfelu, inoubliable...

C'est merveilleux: un film mené par deux jeunes acteurs débutants, sous l'oeil attentif d'un metteur en scène totalement habité par son sujet, hautement personnel, et qui est parfois clairement, une fois de plus, hanté par le fantôme de Jean Vigo; comme chez le cinéaste de L'Atalante, il n'y a pas vraiment de méchants chez Gondry, juste des adultes trop occupés par leurs problèmes pour vraiment accompagner leurs enfants dans la vie: les parents de Théo, par exemple, sont conscients de la fragilité de la santé de la mère et n'ont que des reproches à adresser à leur fils; la mère de Daniel (Audrey Tautou) est une allumée religieuse, membre farfelue d'une secte de timbrés où elle aimerait tant enrôler son fils... 

Comme tant d'autres le film enfile les anecdotes comme d'autres les perles, mais sans jamais perdre le fil de ce qui reste le sujet profond: la façon dont une amitié, une fugue et un été vont à eux tout seuls résumer une enfance enfin devenue, pour quelques semaines, glorieuse! Et le ton adopté, mi-comique, mi-grave, sied parfaitement à cette équipée sauvage un rien burlesque: après tout, le véhicule parfaitement fonctionnel de Théo et Daniel est une voiture-maison, qui dès qu'un véhicule de police s'aventure sur la route, devient une cabane de jardin! Et Gondry, qu'on n'a jamais connu si raisonnable, abandonne son art du bricolage personnel pour se concentrer sur ses personnages et son dialogue aussi: Daniel et Théo, joués respectivement par les deux jeunes acteurs Ange Dargent et Théophile Baquet, nous rappelleront forcément la jeune troupe de la Guerre des Boutons d'Yves Robert, en se lançant parfois de fabuleuses répliques, que je vous laisse découvrir. Tout comme je vous laisse découvrir une course-poursuite entre les deux héros, au volant d'un sommier à moteur, suivi de près par une horde de footballeurs américains d'origine coréenne. Ca, je ne l'avais jamais vu...

 

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Published by François Massarelli - dans Michel Gondry
28 novembre 2021 7 28 /11 /novembre /2021 11:43

C'est l'été, et c'est le dernier jour de lycée dans le Bronx: les lycéens prennent donc le bus pour rentrer chez eux, et... il s'en passe, des choses, dans le bus!

C'est un film effectivement tourné dans un vrai bus, dans le vrai New York, avec des vrais lycéens, qui ont participé à l'établissement d'un scénario basé sur l'idée initiale de Gondry: utiliser l'unit de temps et de lieu pour révéler les caractères, selon la règle suivante: dans un bus, les hordes de jeunes ne se comporteront absolument pas de la même manière selon le fait qu'ils seront plusieurs, ou isolés... Et en vidant peu à peu son bus de ses occupants, certains par réaction contre les autres, certains littéralement exclus, d'autres tout simplement rendus chez eux, le cinéaste permet à l'humanité de surnager de plus en plus au milieu d'un ensemble d'anecdotes, de comportements, de gags et de digressions. Certains plans sont tournés depuis l'extérieur du bus, mais l'essentiel des décrochages sont soit des délires (un gamin qui tente de séduire en se présentant comme u génie de la jet-set, une digression qui fait intervenir un faux Donald Trump), soit des souvenirs recréés à la Gondry bricolo (carton-pâte, accélération, accessoires détournés), voire des mensonges élaborés...

Le film est divisé en trois parties: The Bullies, qui est ancré sur la présence de trois petits cons, particulièrement portés sur l'humiliation agressive de leurs congénères; l'un d'entre eux a des problèmes sentimentaux et les dissimule derrière une attitude de provocateur sans scrupules. The Chaos, qui part d'une partie d'action ou vérité qui dégénère pour montrer l'ensemble du bus partir en vrille, une sorte de conversation à 60... Enfin, The I recentre sur quelques individualités. Et comme on est chez Gondry, de ce chaos parfaitement contrôlé et parfaitement rendu, naîtra non seulement de la confusion, mais aussi et surtout une certaine intimité entre deux personnages soudain confrontés à la vérité d'un drame, ce qui en fait une phénoménale rupture de ton, après le déferlement de situation scabreuses, d'agressions, de gros mots, une agression raciste commise par une septuagénaire, des anecdotes sexuelles auto-glorifiées, etc... 

Mis en scène par un éternel réalisateur de douze ans, avec des techniciens et des acteurs débutants (tous affiliés à une association d'entr'aide du Bronx qui leur permet de s'initier au théâtre) mais saisissants de vérité, ce film est à raccrocher au cinéma de Vigo: mal poli, poétique, vrai et turbulent, mais surtout magnifique.

 

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Published by François Massarelli - dans Michel Gondry
22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 17:48

"C'est une histoire entièrement vraie car je l'ai imaginée d'un bout à l'autre" disait Vian dans l'avant-propos de L'écume des jours. Au-delà de la provocation et de l'oxymore, cette phrase me semble aussi résumer l'oeuvre de Michel Gondry, artiste de cinéma dédié tout entier à tout et son contraire: des histoires enfantines et flippantes, du cinéma souvent tangible et surréaliste, des films joués par des acteurs qui finissent par sembler être des personnages de dessin animé... et surtout des comédies sur la mort, la séparation, et l'oubli.

On ne va donc pas parler de Vian plus que ça, poète génial et romancier surdoué, qui a certes habité son roman de la première à la dernière ligne, mais ici on parle de Michel Gondry et de son film, un projet à part, dantesque et usant, qui a probablement autant fait vieillir Gondry que son personnage Nicolas (Omar Sy) dans le film qui d'un plan à l'autre se retrouve garni de cheveux blancs... Un film dans lequel Gondry, une bonne fois pour toutes, se retrouve à changer le monde qu'il filme, en un univers autre, délirant, bricolé et merveilleux... Jusqu'à un certain point, car

Colin (Roman Duris) rencontre sa moitié Chloé (Audrey Tautou), ils s'aiment et se complètent, se marient et vivent heureux. Mais pas longtemps, car Colin fait soudain face à la maladie de Chloé, et pour ne pas la perdre va tout faire: lui qui vivait sur sa fortune, la dilapide pour soigner sa femme, puis cherche un travail, puis son monde se détruit au fur et à mesure de la maladie... autour d'eux, avec les personnages d'Alise (Aïssa Maïga) et de Chick (Gad Elmaleh), disciples de Jean-Sol Partre, on voit comme un écho destructeur de ce chaos vécu par les deux principaux protagonistes, à travers l'histoire burlesque et lamentable de ce Partromaniaque qui s'abîme dans l'addiction à l'oeuvre du philosophe, et le monde lui-même, inéluctablement, va perdre ses couleurs...

C'est une somme, un film que Gondry avouait avoir envie de faire depuis toujours, et quand on voit le résultat on le comprend. Non seulement le réalisateur réinvente le monde pour le plier à sa fantaisie et à celle de Vian (avec une intervention permanente de Duke Ellington), mais il nous présente chaque invention, chaque bricolage, comme allant de soi, obtenant au passage un naturel confondant de chaque acteur qu'il a engagé. le quotidien qui nous est présenté est une invention de cinéma du début à la fin, mais le film ne nous en sort jamais, et la façon dont Gondry a toujours manipulé l'humour et le pathos ensemble, sous couvert d'une invention picturale constante, font la réussite du film. Un regret, un seul, pour moi: Audrey Tautou, lâchée sans dialogues dans un film qui se construit au jour le jour, ne m'a pas convaincue, mais elle est la seule.

Et au final, la métaphore du nénuphar pour le cancer achève hélas de nous attirer dans ses filets. Même si le film nous présente un monde refait, réinventé, remodelé, avec des souris (Sacha Bourdo) intelligentes, des voitures transparentes et des chef-cuistots (Alain Chabat) dans le frigo, c'est inéluctable: on a vécu cette histoire.

 

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Published by François Massarelli - dans Michel Gondry
29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 09:01
La lettre (Michel Gondry, 1998)

Stéphane est un rêveur de treize ans, qui passe ses nuits à faire des agrandissements de photos de sa camarade de collège Aurélie au lieu de dormir. C'est qu'il est amoureux, alors son frère de deux ou trois ans son aîné lui conseille de passer à l'offensive. D'autant que ce sont les vacances de noël 1999-2000, et qu'Aurélie a promis à Stéphane de lui envoyer une lettre. Un matin, il est réveillé par un coup de téléphone: Aurélie lui propose de venir chez elle pour prendre sa lettre puisqu'elle a perdu son adresse... Il enfourche son vélo.

Réalisé dans un noir et blanc plus neurasthénique qu'autre chose, le film tranche un peu sur l'univers visuel du jeune Gondry, sur ses clips-cartoons flippants, même si une séquence de rêve y renvoie directement. Ici, il s'agissait probablement pour lui de montrer des gages de savoir-faire en tant que raconteur d'histoires. Tourné en Français, avec essentiellement des jeunes acteurs, le film ne paie pas de mine et se situe dans la continuité de l'oeuvre du réalisateur: apparences trompeuses, peur du ridicule et du rejet, déception amoureuse...

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Published by François Massarelli - dans Michel Gondry
29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 08:47
The green hornet (Michel Gondry, 2011)

De prime abord, on n'a pas envie, soyons franc: Seth Rogen et ses copains, montant dans le train en marche des films de super-héros, en adaptant une série radiophonique à succès? Et Seth Rogen lui-même en super-héros, c'est impossible. Et le film joue beaucoup de ce côté idiot, justement, avec un super-héros patron de presse qui n'est en fait que l'instrument du véritable héros, son chauffeur si doué pour les arts martiaux, la mécanique et la création et le maniement des armes! Il en joue tellement qu'il y a pas mal de graisse à enlever, généralement due au style profondément énervant de Rogen. Voilà, c'est dit, on n'y reviendra pas.

Gondry, de son côté, a affirmé avoir fait le film pour se faire pardonner par son fils qu'il a "abandonné" en alant s'installer à Los Angeles. Soit: mais le metteur en scène, tout en faisant essentiellement son job avec une certaine efficacité et de façon quelque peu impersonnelle, a surtout réussi à faire passer un certain nombre de thèmes personnels, et d'obsessions: le rejet amoureux (Human Nature, La science des rêves, Be Kind Rewind et Eternal sunshine of the spotless mind le faisaient aussi, tout comme le court métrage La lettre), la difficile succession d'un père (Human nature, La science des rêves) et d'une manière générale des rapports humains compliqués. Le problème, c'est que le héros en titre du film, qui n'est en fait que le financier de l'aventure, reste quand même un gros con, un type qu'on n'a pas envie de suivre. Et que le vrai type fantastique dans ce film, ce 'est même pas Jay Chou, dans le rôle de Kato l'homme de main qui tire les ficelles, non: c'est Chritopher Waltz, en chef mafieux psychopathe et obsédé par son image. Il est hilarant. Ah, sinon, il y a Cameron Diaz aussi.

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Published by François Massarelli - dans Michel Gondry
20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 17:52
La science des rêves (Michel Gondry, 2006)

Stéphane Miroux (Gael Garcia Bernal) a vécu au Mexique, mais sa maman est Française. peu de temps après le décès de son père, il revient à Paris, où Madame Miroux (Miou-Miou) lui a trouvé un travail, qui lui dit-elle conviendra à son côté créatif: mais en réalité il est supposé faire de la photo-composition chez un éditeur de calendriers. Comme en plus il ne parle plus très bien le Français et est obligé de s'exprimer en Anglais, sa situation n'a rien d'enviable. Et pour couronner le tout, Stéphane rencontre sa jeune voisine Stéphanie (Charlotte Gainsbourg), et tombe amoureux d'elle instantanément. A cause d'un quiproquo, il ne lui révèle pas être son voisin, et va se réfugier dans ses rêves pour gérer l'impossible situation dans laquelle il se trouve.

Eternal sunshine of the spotless mind est d'une certaine façon la version rose de ce film étrange et séduisant, qui sera prolongé par l'étonnante version de L'écume des jours que le metteur en scène tournera quelques années plus tard. Mais dans cette histoire comique et triste d'un artiste qui se sent d'autant plus déplacé qu'il n'est à sa place ni professionnellement, ni linguistiquement, il faut lire de l'auto-biographie, celle d'un réalisateur Français totalement anti-conformiste, et qui a des difficultés à ne pas provoquer lui-même son propre rejet par les femmes qu'il aime. Et on se prend à regretter, d'une façon, que le couple formé par Charlotte Gainsbourg et Gael Garcia Bernal ne puisse pas concrétiser leur amour, tellement ces deux-là sont bien ensemble...

Le film, douloureux, est constamment sur le fil du rasoir, grâce à son acteur principal, qui évolue dans un monde burlesque et inquiétant, dans lequel ses rêves sont mis en images avec des séquences bricolo qui ont fait la réputation de son metteur en scène, et des acteurs choisis pour entourer les héros, on se réjouira bien sur de la présence de Guy, alias Alain Chabat. En roue libre, il aurait pu tout aussi bien s'appeler le Professeur Thibault, du nom d'un scientifique nécessiteux, mais mythique.

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Published by François Massarelli - dans Michel Gondry
12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 07:42

Le premier film de Gondry est mal aimé, la faute sans doute à un mélange malaisé entre des critiques maussades ("On attendait mieux" de Gondry, dont c'est pourtant le premier long métrage) et de la singularité absolue de la chose: scénarisé par charlie Kaufman, comme du reste Being John Malkovich, le film ne ressemble décidément à pas grand chose... Sauf peut-être, et encore, les clips de Gondry, justement, l'un d'entre eux pour Björk étant cité à la fois par l'atmosphère (Le décor d'une forêt partiellement reconstruite en studio), l'intrigue (Patricia Arquette évolue dans les bois comme Björk dans la vidéo) et bien sur par le fait que contre toute attente, Arquette chante...

Pas une comédie musicale, pourtant. Il est difficile de catégoriser ce film, qui s'attache à un quatuor inattendu: une jeune femme, Lila (Patricia Arquette) écrivain naturaliste mais dotée d'une pilosité exceptionnelle, ce qui la complexe, et la fait constamment hésiter entre l'interaction avec la nature, ou celle avec l'humain, cette dernière l'obligeant soit à être considérée comme un monstre de foire, soit à se raser en secret le corps des pieds à la tête; un scientifique, Nathan (Tim Robbins), élevé par des parents adoptifs maniaques, et qui se trompe en permanence de combat: il s'intéresse aux comportements animaux, et a passé le plus clair de son temps à élever des souris afin qu'elles puissent adopter des manières décentes à table (L'une de ses obsessions). Lui non plus n'est pas doué pour les rapports humains; lorsque le film commence, il est aussi vierge que Lila mais pas pour les mêmes raisons...; un troisième personnage, fascinant lui aussi, est un homme (Rhys Ifans) que son père a quand il était enfant fait retourner à l'état sauvage. Il a désappris à parler et se comporte exactement comme un chimpanzé... enfin, "Gabrielle" (Miranda Otto) est une assistante du professeur Nathan, qui cherche à le séparer de sa compagne, et qui va d'ailleurs y parvenir. Mais Gabrielle et son insupportable accent Français cachent des secrets inavouables (Et qui resteront à l'écart du film) puisque elle n'est pas plus française que les autres...

L'intrigue est simple: Lila rencontre Nathan, et tout en se préservant de lui confier son secret, ils filent tous deux le parfait amour. Jusqu'au jour où lors d'une balade en forêt, Lila qui ne résiste pas à l'appel de la nature, se déshabille, et tombe nez à nez avec un homme nu qui se comporte comme un chimpanzé. Le but de leur vie, désormais, sera d'élever Puff (C'est le nom qui lui sera donné par Gabrielle, assistante de Nathan) à son statut d'être humain... C'est là que les ennuis vont commencer, car deux des quatre protagonistes vont manipuler les deux autres... Pendant ce temps, les souris intelligentes (Elles ne confondent pas les fourchettes auxquelles elles sont désormais capables d'attribuer le bon usage!) observent, et commentent silencieusement l'action. A moins qu'elles ne soient les vraies héroïnes...

La nature humaine n'est pas bien sur expliquée, juste observée avec une certaine férocité ici. Quiconque a déjà vu un film de Gondry sait qu'on y croise une dose impressionnante de déprime, et que le metteur en scène n'a pas son pareil pour appuyer là ou ça fait mal. Ce premier long métrage ne fait pas exception, mais il le fait avec une loufoquerie inédite: et Rhys Ifans, qui va perdre sa dignité en trouvant l'humanité (C'est le fait d'être humain justement qui donne à ses gestes de chimpanzé, masturbation compulsive ou tendance à sauter sur les femmes en permanence, leur caractère offensant) est un personnage exceptionnel, bien entendu. Patricia Arquette, avec ou sans poills, est excellente dans un rôle pas vraiment facile, et Tim Robbins incarne à merveille cet autre monstre de foire qu'est ce sale gosse dénaturé de Nathan... Ce qu'il ressort de la nature humaine, ici, c'est le sentiment qu'il n'y en a pas un pour rattraper les autres... Ce qui peut effectivement être dit en moins de 90 minutes. Mais quand c'est dit d'une façon aussi drolatique, après tout, pourquoi se priver?

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Published by François Massarelli - dans Michel Gondry
7 mai 2016 6 07 /05 /mai /2016 17:04

Joel Barish (Jim Carrey) ne va pas bien. Il supporte mal son sentiment de solitude, et se pose des questions sur sa vie sentimentale au point mort. Sur un coup de tête qu'il n'explique pas, il déserte son travail et se rend sur les bords de l'atlantique, un matin. Il y fait une rencontre, celle de Clementine (Kate Winslet). C'est une femme qui semble être son contraire: extravertie, gonflée, cachant son mal-être derrière l'excès plutôt que la discrétion. Ils sont très amoureux. Mais ils ont tous les deux un secret. Et c'est à eux-mêmes qu'ils le cachent...

Un film de Michel Gondry, c'est rarement très confortable. Même la petite comédie Be kind, rewind, qui se cache sous des allures loufoques de petite fable farfelue et à l'écart du monde, avec ses boutiquiers de vidéo-club qui se mettent à faire leur propres versions pathétiques de films mythiques, est en réalité une évocation nostalgique d'un monde en sursis. Et La science des rêves, Human nature, L'écume des jours ne cachent absolument pas leur amertume profonde. Pour résumer, c'est un cinéaste des sentiments qui partent en cacahuète...

Ca fait maintenant plus de quinze ans qu'il tricote ces petits films volontiers flippants autour de la fuite potentielle de l'amour, des souvenirs et des sensations, qui ont le culot de se situer généralement à l'intérieur du subconscient. Il est extrêmement doué pour l'image, et pour la bricoler jusqu'à ce qu'elle triche jusque dans les moindres détails. Je pense que celui-ci est son meilleur film, celui qui réussit plus l'équilibre entre histoire de gens, et images qui prennent des chemins de traverse assez inattendus pour provoquer l'émotion.

La chronologie des événements est bouleversée, afin qu'on comprenne tardivement (Certains le captent plus vite que d'autres, car les indices sont nombreux, différents et placés avec soin) qu'il s'agit de l'histoire d'un homme qui rencontre une femme qu'il a déjà aimée, avec laquelle il a vécu, et par laquelle il est très attiré. Cette attirance est réciproque, mais les deux protagonistes ont été amenés, suite au tumulte de leur relation, à faire appel à une entreprise qui a trouvé un business rentable: ils effacent les souvenirs des amoureux déçus qui le leur demandent. Et le film, pour une large part, va mener jusqu'au bout sa logique sensitive d'exploration de l'inconscient en montrant la façon dont les propres souvenirs des héros se battent contre leur effacement. Vont-ils parvenir à éviter l'irréparable oubli?

Réponse dans le film, bien sur.

En attendant, c'est une merveille de délicatesse interprétée avec bonheur par des acteurs qui sont fantastiques: non seulement Jim Carrey et Kate Winslet, mais aussi Elijah Wood, Kirsten Dunst, Jane Addams et Mark Ruffalo.

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Published by François Massarelli - dans Michel Gondry
16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 08:37

Les comédies de Michel Gondry se suivent et ne se ressemblent que sur un certain nombre de points. Il y a peu de rapports entre Human nature, par exemple, et le second film Eternal sunshine of the spotless mind, ou entre le dérangeant La science des rêves, et ce nouveau film. Pourtant tous partagent une sorte de touche rêveuse, voire cauchemardesque, qui distord la réalité de la façon dont les films aiment justement à nous montrer l'inconscient... C'est le sujet du troisième long métrage, dans les rêves duquel on a tendance à se noyer de façon peu confortable. Avec ce dernier opus, la rêverie est nettement plus agréable, et possède une honnêteté et une fraicheur rare: non seulement le principe est de se promener dans l'univers de gens simples, mais le cinéaste a planté ses caméras dans un environnement authentique, dont il a manifestement débauché des habitants pour jouer la figuration: la petite banlieue ouvrière (Et donc peu reluisante, on l'aura compris, le chômage et le désoeuvrement y sont très importants) de Passaic, New Jersey. Mais contrairement à un Steven Soderbergh qui se déplace dans une petite communauté pour y improviser un film avec les gens du coin, et débouche sur une histoire désolante de criminalité et de folie (Bubble), Gondry y vient avec une idée de film épatante et des stars: Jack Black, Mos Def, Danny Glover et Mia Farrow, plus Sigourney Weaver qui fait une petite apparition. Tous les autres sont en ce qui me concerne, des inconnus, des acteurs de télévision, des acteurs du circuit indépendant, etc. Quant au scénario, il ressemble à un prétexte pour construction improvisée: Mike (Mos Def) et Jerry (Jack Black), deux post-ados indécrottables, doivent garder le vidéo-club de Mr Fletcher (Danny Glover), leur ami, mais au lieu de cela ils se rendent sur le site de la centrale énergétique de la ville, ou Jerry est victime d'un accident qui le rend magnétique. Le lendemain, il se rend au magasin de Fletcher, et efface par sa seule présence toutes les VHS. Il leur faut honorer certaines commandes, ils improvisent donc le tournage d'une nouvelle version de Ghostbusters, en 5 heures. Puis, c'est Rush Hour 2, et l'incroyable arrive: le quartier aime vite les films et en réclame d'autres...

 

Le film "suédé", pour utiliser le terme que Jerry  trouve pour expliquer sans expliquer la différence entre ces films amateurs et les vraies oeuvres, c'est donc du bricolage low-fi, hilarant et aussi foutraque que possible, ce qui bien sur donne de la comédie... On apréciera le fait que Mos Def, par ailleurs réminiscent dans sa lenteur d'un Stepin Fetchit, les connotations racistes en moins, et Black se laissent assez joyeusement aller à l'exagération... Mais le film distille malgré tout une mélancolie doucereuse, à travers le destin du magasin, condamné à la démolition, et qui essaie de survivre, devenant ainsi le symbole d'un quartier en faillite. Il est touchant de voir les gens se liguer derrière les films nullissimes de Jerry et Mike, puis les aider dans leur baroud d'honneur: une fois que les majors ont envoyé une avocate (Sigourney Weaver)  pour cesser les activités de piratage intellectuel auxquelles ils se livraient, l'idée germe, de réaliser un film sur Fats Waller: le musicien de jazz est l'un des fils rouges du film. En effet, Fletcher, qui a recueilli Mike quand il était enfant, s'était amusé à inventer une anecdote qui faisait de Passaic le lieu de naissance du jazzman, plus précisément la maison ou le vidéo-club est installé. c'est bien entendu totalement faux, mais Mike y croit dur comme fer; le dernier des films "Suédés" est présenté sur une vieille toile dans une arrière boutique, et pendant environ une heure, tout le quartier est là, les gens sont heureux, comme dans un Capra, mais avec un peu plus de pudeur toutefois. C'est un grand moment de magie, bien sur...

 

On a rarement aussi bien filmé le désespoir et les façons de le combattre, c'est la principale qualité de ce petit film, dont certes les parodies affligeantes de grand film (King Kong, Ghostbusters, voire Le Roi Lion!!) sont un morceau de choix, cela va sans dire...

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Published by François Massarelli - dans Michel Gondry