Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

Catégories

15 septembre 2019 7 15 /09 /septembre /2019 17:24

Dans la famille horreur, je demande la Paramount... et il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent! Disons que la compagnie, qu'on peut considérer comme à la pointe dans la plupart des domaines à cette époque, n'a pas vraiment brillé pour ses films fantastiques, et que la raison d'être de celui-ci est essentiellement pour se raccrocher au wagon des succès des premiers films fantastiques de la Universal, tout comme la MGM, la Warner et la RKO vont s'engouffrer dans la brèche. Dans ces conditions, que Mamoulian ait produit un bon film était déjà inespéré... Comme c'est un chef d'oeuvre, on pourra sans doute crier au miracle!

Le récit de Stevenson est déjà, à lui tout seul, une provocation d'une ironie cinglante: il a parfaitement réussi, à l'ère Victorienne, à capter l'esprit du mâle de l'époque: divisé fermement en deux, prêt à faire fortune et à se marier avec de décentes jeunes femmes de la meilleure société, mais à côté aussi prêt à se livrer à la débauche sans remords ni regrets puisque personne n'osera soulever le sujet à table... Et Henry Jekyll (Fredric March), qui ne brille pas par sa sainteté puisqu'il est vaniteux et que c'est un péché, n'est pas en reste: il souhaite convoler en justes noces avec une femme qu'il aime sincèrement, ou du moins dont l'aveu d'amour, de sa part, est sincère (Il se pourrait que ce fut du désir mal placé...); pourtant, à la première occasion, celui qui est persuadé que l'homme est effectivement divisé en deux, se laisse aller à un écart puisqu'après tout, il EST divisé en deux et n'y peut rien tant qu'il n'aura pas traité la chose scientifiquement. Et le gag, c'est qu'alors que son mariage avec la belle Muriel Carew (Rose Hobart) semble s'éloigner de jour en jour faute de consentement immédiat du père, l'expérience de séparation du bien et du mal à laquelle se livre le Dr Jekyll va tourner bien sûr à l'avantage du mal, pour ne pas dire du mâle...

Essentiellement, dans cette version de l'intrigue, le mal est de nature sexuelle: Hyde est une version du docteur Jekyll qui laisse libre cours aux pulsions sexuelles ressenties par le docteur... ce qui nous donne à nous, spectateurs, un rôle intéressant dans le film: quand le belle prostituée Ivy Pearson (Miriam Hopkins) vient chercher de l'aide auprès de Jekyll et raconte les turpitudes subies par la jeune femme, nous sommes aux premières loges pour constater qu'en réalité, ce qu'entend le bon docteur, c'est d'une part qu'elle déteste une partie de lui-même, et d'autre part, qu'elle l'aime, est prête à tout pour lui, et le lui dit d'ailleurs à genoux, en embrassant goulûment ses mains, et en caressant ses cuisses... Que se passe-t-il vraiment dans cette scène jouée d'ailleurs de manière intime (et qui contraste de façon évidente avec la distance gardée par Muriel et Henry)? Beaucoup de choses, sans doute...

Bref: on n'a pas besoin de nous faire un dessin, la suite est inévitable. De même, les conversations entre Muriel et Jekyll, au départ, finissent toujours par tourner autour d'un désir partagé, lancinant, et ressenti par les deux tourtereaux, mais qu'en raison de leur éducation et de leur statut social, ils ne peuvent ni nommer, ni concrétiser. C'est toute une société bâtie sur la compartimentation, l'hypocrisie et le non-dit qui en prend pour son grade, aussi bien dans le film que dans le conte.

Et Mamoulian s'en est donné à coeur joie; on pourra toujours objecter que si les premières transformations (effectuées surtout grâce à la lumière, au jeu de March et au montage) sont époustouflantes, le metteur en scène finit par se résoudre à des moyens plus mécaniques, en fondus-enchaînés, qui ne sont pas vraiment très adroits. Mais sinon, la mise en scène est constamment inventive, reposant sur des points de vue subjectifs (les cinq premières minutes), des miroirs (on pourrait s'amuser à les compter) et surtout, des fondus enchaînés qui traînent volontairement en longueur, et qui permettent de sonder les pensées, voire les obsessions du bon docteur: ainsi sa première rencontre avec Ivy (qui s'est quasiment offerte à lui) restera-t-elle bien longtemps dans les pensées du docteur, et nous n'en perdrons pas une miette... Je reste d'ailleurs persuadé que le choix des actrices (Rose Hobart, terne, et Miriam Hopkins, vivace pour ne pas dire vivante) a été effectué pour favoriser la fille des rues sur la froide héritière... March est excellent, de bout en bout et tout le casting de cette visite ironique d'un Londres légendaire est à l'avenant. 

Bref, le fantastique n'était peut-être pas la tasse de thé de la maison, mais le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est une réussite: d'emblée, l'un des meilleurs films du cycle fantastique des années 30 et de la période pré-code, l'un des plus chargés en sens aussi. 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Rouben Mamoulian
7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 18:29

Leonard est un vieux routier du cinéma, déjà, quand il doit affronter le parlant. Apparemment, ça ne lui a pas posé tant de problèmes que ça, si ce n'est qu'il lui a fallu refaire son dernier muet (Marianne, avec Marion Davies) en opérette... Durant le muet, on l'a beaucoup connu en réalisateur prioritaire de Mae Murray, dont il était l'époux. A la MGM, il a beaucoup travaillé avec Norma Shearer, et certains parmi les films qu'il a réalisé avec elle sont probablement parmi les plus convaincants de son oeuvre...

Jerry (Norma Shearer) et Ted (Chester Morris), deux jeunes gens de la meilleure société, qui se fréquentent depuis quelques temps, sont tellement impossibles à séparer qu'ils décident de ne faire qu'un, et se marient, un peu précipitamment. Le groupe d'amis continue à se voir, et trois années plus tard, c'est chez Ted et Jerry qu'ils viennent annoncer un futur mariage... Sauf que parmi les amis, une inconnue semble gêner Ted: c'est ce soir-là, pour leur troisième anniversaire de mariage, que Jerry apprend de Ted (qui doit partir pour une semaine travailler loin de chez eux) qu'il l'a trompée. Mais comme il le dit lui-même: "ce n'est pas grave, ça ne veut rien dire...".

La jeune femme le prend au mot et décide de le tromper avec un de ses amis... Quand il l'apprend, Ted ne peut se résoudre à l'accepter, et le divorce est vite inéluctable... Une fois définitivement séparée de son mari, Jerry décide de se comporter comme un homme et de collectionner les conquêtes masculines...

The Divorcee est probablement une mission délicate confiée à Shearer et Leonard: toucher au plus près d'un sujet sensible, tout en faisant semblant de prêcher l'apaisement des sens et le conservatisme familial! Tout en restant quand même une comédie, le film est une charge provocante, dans laquelle l'actrice occupe toute la place: le génie de l'interprète, ici, annonce sa mémorable performance (sur un sujet assez proche, au départ) dans The women de George Cukor!

La leçon du film tourne autour de l'attitude des hommes et des femmes face à l'adultère, d'une part, mais en filigrane le film égratigne aussi une vision particulièrement conservatrice du sentiment de supériorité affiché par certains hommes. Et surtout, au grand effroi de Louis B. Mayer j'imagine même si le vieux brigand devait au moins se réjouir de l'effet médiatique inévitable, il permet à Norma Shearer de passer assez allègrement d'un homme à l'autre, toutes griffes et toutes lèvres dehors... Leonard reste assez fermement dans la comédie, plutôt bien servi par une troupe de comédiens, dont certains nous sont déjà connus (Shearer et Conrad Nagel, bien sûr) et d'autres viennent de faire leur apparition (Robert Montgomery à l'aube d'une belle carrière et Chester Morris qu'on reverra deux trois fois à la MGM). Le vétéran s'octroie une ouverture intéressante, via un plan séquence d'une maison de vacances où la bande de jeunes gens prend du bon temps, puis impose un rythme assez rapide pour le dialogue, qui permet en particulier à Norma Shearer de rester très naturelle dans le film.

Il se permet aussi une embardée vers le drame, en développant deux personnages: Paul (Conrad Nagel), amoureux éconduit de Jerry au début, va sa saouler et entraîner un accident de voiture dans lequel sa petite amie Dorothy (Helen Johnson) sera défigurée... Il l'épousera, mais leur destin particulier, et le sacrifice de Paul, inspirera à Jerry de revoir sa fuite en avant vers la fin du film...

Certes, le bon goût familial triomphe à la fin, mais le film reste assez osé pour cette usine à barbe à papa que savait trop souvent être la MGM! Et c'est une bonne surprise, qui vaut bien mieux que la réputation (souvent justifiée) de réalisateur impersonnel de Robert Z. Leonard...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Comédie
4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 16:15

1931, un certain nombre de personnages quittent Pékin en train pour se rendre à Shanghai: le docteur Harvey (Clive Brook), médecin militaire en route pour soigner un haut dignitaire, un major français (Emile Chautard) en déshérence, qui dissimule un secret qu'il aura du mal à avouer, d'autant qu'il est l'un des rares à ne pas parler anglais; un industriel Américain, Sam Salt (Eugene Palette); Baum (Gustav Von Seyffertitz), un Allemand qui trafique de l'opium; Mrs Haggerty, une Anglaise (Louise Closser Hale), la propriétaire bien comme il faut d'une pension de famille; un pasteur, le révérend Charmichael (Lawrence Grant); un mystérieux Eurasien, Chang (Warner Oland)... Et deux femmes qui vont tout de suite se faire remarquer: Shanghai Lily (Marlene Dietrich), et Hui Fei (Anna May Wong). Deux prostituées de luxe, qui vont immanquablement provoquer la colère des uns, l'ironie des autres, et... la confusion de Harvey, qui a connu Shanghai Lily sous le nom de Madeline, et qui l'aime encore.

Mais c'est la guerre civile, et tout ce petit monde va être mis à rude épreuve lorsque Chang va s'avérer être un chef rebelle important, et qu'il va réquisitionner le train et prendre tous les passagers en otage afin d'obtenir la libération d'un lieutenant...

Le film prend sur plusieurs traditions, toutes ou presque liées au mélodrame: c'est un hus clos, situé dans ou autour du train, et dans lequel Sternberg reconstruit à sa façon (et avec l'aide de nombreux inserts et de transparences filmées en Chine par le grand caméraman James Wong Howe) la Chine dangereuse des films d'aventure. Il alterne le chaud et le froid dans une intrigue qui concerne essentiellement Shanghai Lily, Hui Fei, Chang et Harvey, le reste du casting jouant les choeurs Grecs, notamment en situant les évolutions de l'opinion publique. Le metteur en scène qui à l'instar de Stroheim, sait quelle valeur les signes religieux peuvent avoir dans ce type d'intrigue, va donner un rôle clé au révérend Charmichael, l'homme qui est le plus décidé à vouer les deux "courtisanes" à l'opprobre, va comprendre plus vite que d'autres qu'elles auront sauvé leurs compagnons...

Peut-être ce très rigoureux pasteur, a-t-il lu Boule de Suif? Comme je le disais, les événements rigoureusement faux et baroques de ce film étrange et envoûtant ressortent tous OU PRESQUE du mélodrame, mais la nouvelle de Maupassant, qui allait aussi inspirer à des degrés divers des cinéastes aussi différents que Mizoguchi et Ford avant la fin de la décennie, fait une apparition inévitable, à travers les aventures des deux femmes... Chacune d'entre elle se partage d'ailleurs le lot de l'héroïne de Maupassant... le film, visuellement, donne aux deux actrices une présence phénoménale, et certes, c'est Marlene Dietrich qui est la plus mise en avant, mais Anna May Wong, dotée d'une grande quantité de dialogue, et qui garde longtemps ses mystères, évite l'écueil d'un "rôle exotique" de plus, ou de trop...

Quant à la science de la lumière et de la mise en scène de Sternberg, elle est à son plus haut niveau dans ce film, à l'égal de The scarlet Empress et des trois chefs d'oeuvre muets des années Paramount. Le réalisateur s'est plus à utiliser toutes les opportunités offertes par un train, pour jouer et rejouer avec le cadre, séparant ou rapprochant les voyageurs, emprisonnant les uns dans la morale et les autres dans le mépris ethnique ou de classe... La preuve en images...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Josef Von Sternberg Pre-code
28 août 2019 3 28 /08 /août /2019 19:06

Un décor ultra-codifié, des personnages dérivés d'archétypes, une histoire réduite à l'essentiel, et des dialogues souvent réduits à leur plus simple expression... Le premier film de Sternberg de retour de l'expérience de Der Blaue Engel, surprend forcément. Comme peut surprendre le fossé considérable entre l'apparence brute, non raffinée, de sa star dans le film précédent, et sa toute nouvelle sophistication, où a été gommée l'apparente indifférence de Lola Lola vis-à-vis du monde...

Au Maroc, dans une petite ville, se télescopent plusieurs personnes autour d'un cabaret: un légionnaire (Gary Cooper) qui tombe toutes les femmes sans exception (y compris celle de son adjudant et ce dernier, on s'en doute, ne le prend pas très bien); un peintre Français, richissime admirateur des femmes des autres, mais qui a fait le voeu de rester à l'écart du mariage (Adolphe Menjou); enfin, une chanteuse de cabaret qui vient d'arriver et qui a un numéro basé sur une approche provocante et cynique (Marlene Dietrich). Les deux hommes, chacun à leur façon, vont tomber amoureux de la jeune femme, et...

On ne sera pas surpris: Sternberg a privilégié l'atmosphère sur les scènes de son film, et c'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles le dialogue est à la portion congrue. Difficile de croire à ces situations qui semblent emprunter à toutes les images d'Epinal du film de légion (un genre très en vogue jusqu'à la fin des années 30), mais les personnages ont une tendance à nous attirer vers nous: y compris Marlene Dietrich, sauf bien sûr quand elle chante...

...Si on peut appeler ça chanter. Reprenons:

Si je regrette que le chloroforme qui a été employé pour créer L'ange Bleu (de tous les classiques obligatoires, probablement le film que je déteste le plus) tend à plomber la première partie du film, j'apprécie de quelle façon Marlene Dietrich, par l'implication personnelle de son personnage de plus en plus évidente au fur et à mesure du film, finit par le sauver. deux scènes, en particulier, quasi muettes, sont fantastiques: la fin, sur laquelle je ne vis rien dire puisqu'il paraît que ça ne se fait pas, mais aussi une très belle séquence où elle entend, d'un salon, les clairons de la troupe qui revient. Elle se précipite dehors, et dévisage absolument tous les légionnaires qui reviennent d'une bataille, longuement, remontant le flot des hommes blessés.

...Si ce n'est pas de l'amour fou, ça y ressemble drôlement. Quels que soient les défauts occasionnels de ses films, leur kitsch assumé, Sternberg n'a pas son pareil pour nous envoûter autour d'un amour sensuel, brutal, entier et profane, qui faisait furieusement tâche à Hollywood. Et comme en plus il le faisait dans le cadre d'un effort photographique inédit (même si Morocco n'est pas le mieux préservé de ses films), le cinéphile a de quoi en profiter.

Tant qu'ELLE ne chante pas.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code Josef Von Sternberg
26 juillet 2019 5 26 /07 /juillet /2019 17:21

De grands films consacrés au premier conflit mondial sont sortis dès 1930...

Dans celui-ci, deux frères, Anglais (hum...), les Rutledge, sont en vacances avec leur ami Karl (James Darrow) chez lui, en Allemagne, quand l'un d'entre eux, le coureur Monte (Ben Lyon) a une aventure qui tourne mal: il est en plein rendez-vous amoureux avec l'épouse d'un général à monocle quand celui-ci débarque. Monte prend hâtivement la poudre d'escampette, et c'est son frère Roy (James Hall) le raisonnable, qui devra se battre en duel à sa place...

Quand ils reviennent à Oxford, pas de chance: la guerre est déclarée. Mais avant de partir, l'un par devoir, l'autre par désoeuvrement (je schématise), ils vont tous les deux tourner autour de la belle Helen (Jean Harlow), fille de la bonne société Britannique (Hum! Hum!): Roy va se croire son fiancé, mais cette fois c'est Monte qui va remplacer l'autre.

Puis ils font la guerre, les avions, tout ça... Gestes héroïques, prison, sacrifice, etc. A la fin les alliés gagnent.

Howard Hughes a commencé son film en 1927, après la sortie de Wings, ce qui n'a pourtant pas empêché l'ombrageux producteur d'attaquer Warner en justice quand ils ont sorti The dawn patrol. Le film a eu un nombre inquiétant de réalisateur crédités: Marshall Neilan, débarqué après quatre semaines, Luther Reed, dont je ne sais pas s'il a eu le temps de tourner quoi que ce soit avant d'être viré sous un prétexte quelconque, puis Edmund Goulding, mais c'est finalement Hughes qui a fini le film, trois années après le début du tournage, et des centaines de rejet de prises. James Whale était en charge de la direction des dialogues et de leur authenticité (mais pas de l'accent, manifestement, ni de l'intelligence des dialogues), et le film fait appel à des techniques qui sont remarquablement à cheval entre le muet et le parlant: certaines scènes tournées avant la décision de se doter de dialogues, ont été ensuite synchronisées de manière plus ou moins adroite, les scènes dialoguées en Allemand ont été dotées d'intertitres pour la traduction, et trois systèmes de couleurs ont été employés: des teintes comme au plus beau temps du muet, le procédé Multicolor (mais le film a été tiré sur support technicolor) pour une série de scènes bavardes situées vers le début, et le procédé Handshiegl pour les flammes dans des séquences de haute voltige.

Oui, parce que ce film qui est crétinissime de bout en bout n'existe que pour permettre l'existence de deux ou trois scènes tournées à grands frais, dans les airs, par des as de la grande guerre: il y a d'ailleurs eu des morts. Ces scènes sont à la fois techniquement spectaculaires et dramatiquement d'une affligeante platitude...

Car comme je le disais, il y a eu des films formidables dès 1930 pour parler de la première guerre mondiale. L'un d'entre eux était All quiet on the western front, de Lewis Milestone, et sinon il y a aussi eu Westfront 1918 de G.W. Pabst. Bref: celui-ci, de très loin, ne fait pas, mais alors pas du tout partie de la liste. Mieux vaut en rire...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Première guerre mondiale Pre-code
25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 09:56

Le film qui inaugure la carrière de Cukor à la MGM n'est pas une franche comédie, ce serait trop simple. Par contre, c'est de toute évidence un film de prestige, une sorte de Grand Hotel II après le carton du film-mammouth de Edmund Goulding qui osait rassembler une pléiade de stars dans le décor d'un palace, et a obtenu un succès phénoménal en retour. La formule avait du bon, la MGM s'est donc empressée de trouver le moyen de recommencer...

La pièce de Edna Ferber et George Kaufman a été adaptée, entre autres, par la plume acerbe de Herman Mankiewicz (celui dont son frère Joe a toujours dit "le génie, c'est lui"), et ça se sent. Plutôt qu'un lieu commun à tous les personnages, cette histoire qui en combine plusieurs nous conte les quelques jours qui précède un dîner où se retrouveront les personnages...

Oliver Jordan (Lionel Barrymore) est un armateur fini, raboté par la crise, et qui découvre à la faveur d'évanouissements répétés que son coeur est arrivé au bout de sa course. Son épouse Millicent (Billie Burke) a tellement pris des habitudes dans la haute société qu'elle ne se rend pas compte, et a décidé d'impressionner en organisant un dîner pour un Britannique de passage (qui ne se déplacera d'ailleurs même pas), quitte à y inviter, pour faire plaisir à son mari, le nouveau riche Dan Packard (Wallace Beery), et son épouse Kit (Jean Harlow), deux Américains très moyens, épouvantablement vulgaires, mais attirés par le clinquant. Et Dan pense pouvoir utiliser la soirée pour noyer le poisson, car il s'apprête à déposséder Oliver de son entreprise... Egalement invités, le médecin de famille (Edmund Lowe) des Jordan et son épouse (Karen Morley), et ça promet du sport: le bon docteur prodigue ses soins à Mme Packard qui elle lui prodigue ses charmes... Pour donner un peu de brillant à la soirée, Millicent a également invité la grande actrice Carlotta Vance (Marie Dressler), vieille amie de la famille, et un de ses collègues, l'acteur alcoolique (et fini) Larry Renault (John Barrymore). Ce que personne ne sait, c'est que Renault est l'amant de Paula (Madge Evans), la fille des Jordan qui n'a que 19 ans. Renault les a aussi, mais plusieurs fois... Et puis il y a aussi un autre problème: Renault se suicide juste avant le dîner...

Le film oscille constamment entre comédie (au vinaigre, bien sûr) et drame, servi par des performance exceptionnelles: celle de Wallace Beery pour commencer, j'ai un problème sérieux avec le bonhomme, mais c'était un grand acteur. Et ici meilleur que jamais... M'est avis que Cukor s'est mis en tête d'utiliser la personnalité de chaque acteur au maximum, et chaque personnage prend du même coup une vérité impressionnante. Donc oui, le film est bavard, mais c'est un bavardage salutaire... Et le courage de Marie Dressler qui joue quasiment son propre rôle, et celui de John Barrymore qui interprète un acteur has-been, lessivé par le parlant, surnommé "The great profile" (il n'en a qu'un, ajoute-t-on) et devenu alcoolique et consommateur de petites jeunes femmes, a quelque chose de stupéfiant...

Le film en devient presque la naissance à lui tout seul du style de Cukor, cette tendance à constamment confondre la comédie et le drame, derrière une classe de façade, et à croquer avec un talent fou les femmes: qu'elles soient de la génération d'avant celle d'avant (Dressler), parvenue en couchant (Harlow), déconnectée des réalités à force de luxe (Burke, et ses préparatifs névrotiques pour la soirée!), trahie et souffrant en silence (Morley), ou à l'aube d'une vie qu'elle va s'empresser de gâcher (Evans)... L'Amérique de 1933, vue à travers ses femmes.

N'empêche que le meilleur moment du film reste, vers la fin, un échange légendaire entre Harlow et Dressler: 

Harlow: I was reading a book the other day (je lisais un livre, l'autre jour)

Marie Dressler ne dit rien, mais s'arrête d'avancer, médusée...

Dressler: Reading a book?? (un livre??)

Harlow: Yes, it's all about civilisation or something, (...) do you know that the guy said that machinery is going to take the place of every profession? (Oui, un livre sur la civilisation ou quelque chose comme ça... Vous savez que le type disait que les machines vont bientôt replacer toutes les professions?)

Dressler: Oh, my dear, (elle la regarde des pieds à la tête) that's something you need never worry about! (Ma chère vous n'avez aucun raison de vous en inquiéter)

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans George Cukor Comédie Pre-code
5 juillet 2019 5 05 /07 /juillet /2019 07:16

A première vue, il n'y a sans doute pas de quoi se relever la nuit... Un film assez routinier, avec des stars entre deux contrats, dont une en devenir, et une intrigue mi-figue mi-raisin, située dans cette ville dont les films pre-code nous persuadent toujours qu'elle est à la fois un paradis sur terre et une antichambre de l'enfer... Paris.

Michael Trevor est un Américain qui vit à Paris, et il s'est relevé d'un scandale qu'il a vécu aux Etats-Unis, où il était l'éditeur d'un journal. Maintenant, c'est moins glorieux: il prétend travailler sur un roman, mais en réalité il imprime une feuille de chou semi-clandestine dans laquelle les pires potins sont galvaudés. Elle n'est pas vraiment faite pour être lue, en réalité, puisque elle sert de "munitions" dans des affaires de chantage, dont il se sort toujours indemne... Un jour, en "agissant en intermédiaire" entre le journal en question et une de ses victimes Guy Kibbee, persuadé que Michael lui rend un service en ami), il rencontre la nièce de celui-ci, Mary (Carole Lombard), et pour les deux c'est un coup de foudre. Michael remet toute sa vie en question...

A seconde vue, c'est un curieux mélange: Carole Lombard est sous-employée, "l'autre femme" est une accumulation de clichés (une collaboratrice de Trevor, qui a vécu et qui l'aime en silence, interprétée par Wynne Gibson), la mise en scène se contente d'aligner des décors élégamment constitués (Ah, Paris!) mais le rythme se traîne, Guy Kibbee nous fait espérer de la comédie... Oui, mais il y a William Powell. Tout en finesse, superbe même quand il ne fait rien, doté de son propre rythme de sa propre mise en scène, il est royal. Capable de sauver un film s'il le souhaite, ou s'il sait que ça sortira son studio de l'embarras... Inutile de dire que quand il sort du cadre, on s'ennuie.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code
31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 16:13

Le titre annonce la couleur: Hip, c'est une hanche... Il est souvent question du corps féminin, dans cette petite comédie musicale due au petit studio Radio pictures, qui allait bientôt fusionner avec RKO, mais c'est beaucoup plus dans le décor qu'au premier plan. Toutefois, la toute première scène, un numéro vaguement chorégraphié (avec un style qui tente de faire du Busby Berkeley sans trop de moyens) y va carrément: des mannequins prennent leur bain sur un podium, leur modestie protégée par des objets stratégiquement placés, pendant que Ruth Etting pousse la chansonnette... On est à Maiden America, une entreprise qui produit des cosmétiques, et on s'y inquiète d ela concurrence effrénée de Madame Irene. Mais la jeune vendeurse Daisy fait la connaissance de deux bons génies, supposés avoir le génie de la vente...

...Sauf que les deux garçons en question sont des escrocs. Et puis, qu'importe le script et l'intrigue, ce qui compte dans ce film c'est la dose solide de farfelu, qui est bien fournie mais sans doute pas tout à fait assez. Au moins, il y a une scène d'anthologie: les deux escrocs (Wheeler et Woolsey) se lancent dans une chorégraphie hallucinante, en compagnie de Thelma Todd et Dorothy Lee qui participent à la fiesta sans trop se poser de questions. Cinq minutes de pur bonheur qui sont sans effort le sommet du film. Pour le reste, c'est une comédie musicale fauchée et pre-code. Comme des dizaines meilleures que certaines, pire que d'autres...

Pour finir, si on regarde sans doute ce film plus pour y voir la grande Thelma Todd qui joue cette fois la patronne d'une entreprise et qui commençait à glisser vers des rôles plus murs avant que la tragédie ne nous en prive,  en tout cas je peux dire que j'ai vu un film avec les deux comiques étranges que sont Wheeler et Woolsey. Ils ne sont pas incompétents, non... Pas totalement insupportables, pas manchots non plus; mais... n'est pas Laurel ou Hardy qui veut. Ici, ce serait plutôt un mélange entre Groucho sous tranquillisant et Jimmy Durante sobre pour l'un, et un compromis entre ce pauvre Zeppo Marx, et un Harry Langdon bavard pour l'autre... 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Comédie Musical Pre-code
6 mai 2019 1 06 /05 /mai /2019 14:58

Dans un zoo situé, je vous le donne en mille, à Budapest, nous allons assister à une journée, suivie d'une nuit, durant lesquelles une foule de choses vont se passer: une orpheline va s'échapper de son groupe en visite car elle est majeure et elle sait qu'elle va être "louée" pour du travail forcé; un petit garçon va échapper à la surveillance de sa nourrice, et commencer une nuit à haut risque aux abords des cages de félins tous plus dangereux que les autres; enfin, Zani, un employé du zoo qui est un peu la mascotte des lieux, va risquer pour la énième fois de se faire virer, pour sa propension à "voler" les fourrures des visiteuses fortunées. C'est un militant, quoi... Les trois événements vont se télescoper et bien sûr cette collision va provoquer un certain vent de panique au Zoo de Budapest...

On ne quitte absolument jamais le zoo, du moins durant les 80 premières minutes du film. Après, il y a une courte codé, mais pour l'essentiel le film se déroule au milieu des animaux et cages. Le monde se divise en plusieurs camps: ceux qui aiment Zani et ceux qui ne le supportent pas, par exemple; d'un côté les orphelines, toutes désireuses de favoriser l'évasion d'une d'entre elles, et de l'autre la responsable du groupe qui souhaite l'empêcher car la jeune femme est "promise" à une entreprise qui ne manquera pas de l'exploiter. Les visiteurs qui aiment les animaux, et ceux qui ne les voient que comme des bêtes curieuses... Tout ça est un univers, un microcosme, que filme l'équipe de tournage, avec une invention photographique constante... du moins c'est ce que les copies en circulation laissent plus ou moins deviner, car la photo de Lee Garmes aurait besoin de meilleures circonstances pour être vue à sa juste valeur.

Le film prend son temps, sous la forme d'une comédie d'abord, avant de s'emballer poétiquement avec la "rencontre" de Zani (Gene Raymond) et Eve (Loretta Young): leur rapprochement physique est filmé comme une évidence, avec une forte charge érotique dans le fait que le désir de la jeune femme crève les yeux, quand le jeune homme feint l'indifférence... Le final de ce film métaphorique, qui s'emballe un peu dans tous les sens, surprendra, tout en décevant un peu: on a l'impression d'une soudaine flambée de violences diverses, motivée par la vision du final délirant et sadique de Tarzan, the Ape Man de Woody Van Dyke! Mais si le contraste entre la poésie quasi-Borzagienne de cette visite d'un lieu différent où la sensualité et la nature vont de pair, et un final avec lions qui menacent et sauvetage de dernière minute est un peu trop fort, il fait bien admettre que cette soudaine violence sied bien à un film inquiet qui choisit un lieu de paix, soudainement soumis à la montée de la haine, et à quelques manifestations de l'imbécillité humaine. Maintenant, on peut toujours se demander dans quelle mesure ce film de 1933 était visionnaire, ou s'il ne s'agit que d'un hasard.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Pre-code
29 avril 2019 1 29 /04 /avril /2019 16:17

 

Dès le début, on sent, on sait qu'on tient un film exceptionnel: la façon dont Walsh choisit de mettre le spectateur au coeur de ce qu'il veut lui montrer, la qualité joviale de la reconstitution du New York de 1900, et le ton volontiers vulgaire, voire limite grossier, du film, nous plongent de façon inéluctable dans le petit peuple des coins les moins fréquentables la grosse pomme: l'histoire montre la rivalité entre deux hommes aux moeurs légères (l'un - George Raft - admet vivre du jeu, l'autre - Wallace Beery - tient un bar dont les activités restent dans le cadre de la loi, mais bon, on a vu des métiers plus franchement moraux); la rivalité tient à peu de choses: ils ont chacun leur équipe de pompiers volontaires (payés au sauvetage, le premier incendie venu donne lieu à des bagarres), ils sont managers de boxeurs, ils luttent également pour le titre d'homme le plus populaire du Bowery, et bientôt, une femme se met entre eux: Lucy (Fay Wray) est hébergée par Chuck, mais aimée par Steve... Walsh, grand conteur, se laisse aller à son plaisir, et ça se sent; les acteurs qu'ils a convoqués n'ont jamais été aussi bons, et ne le seront jamais plus: Fay Wray, la "Scream Queen" de King Kong, joue Lucy, et Wallace Beery et George Raft se disputent ses faveurs. le film est plongé dans un bain cosmopolite de la plus belle eau, dans lequel on appelle un chat un chat, contrairement aux films de la Warner qui évitaient de nommer les ethnies à l'époque, les Chinois, les Italiens, Les Juifs, les Irlandais, ici tout le monde est typé, mais vit en bonne intelligence avec son voisin. La prostitution, la débrouille, les combines, tout est bon, et on est en droit de douter de la légalité du péage de la main à la main, réclamé par les policiers, sur le Brooklyn Bridge alors récemment construit... On voit d'ailleurs très peu la police, occupée ailleurs...

Le film est donc bien plus qu'une nouvelle variation sur le thème entamé avec What price glory? à la Fox: les copains-ennemis qui se chamaillent en permanence mais finissent par admettre s'adorer. Le film, bien que produit à l'extérieur du studio où Walsh a jusqu'à présent passé le plus clair de son temps (c'est une production de la 20th century de Zanuck, avant que les deux compagnies ne fusionnent), emprunte d'ailleurs sa fin au film de 1926. Je n'ai pas mentionné Jackie Cooper, qui à cette époque était un peu l'ombre de Wallace Beery à la MGM: il est son alter ego, et sert beaucoup à révéler l'humanité du bonhomme. Plus subtilement, il sert de trait d'union entre les deux hommes, bien plus que Fay Wray. Enfin, il joue un peu le rôle d'une version idéalisée du conteur lui-même, qui a souvent affirmé que ce film était pour lui un retour à l'enfance.

On devrait pouvoir voir ce film plus souvent, ce serait un plaisir, comme d'ailleurs ses petits frères, Regeneration (1915), premier film de gangsters de Walsh, dans lequel il se remémore sa vie à New York, The Roaring Twenties (1939), sur le passage des années 20, et l'adorable Strawberry Blonde (1941), sur la naissance du siècle. Grand connaisseur, et admirateur de Walsh, Scorsese lui a piqué l'anecdote des pompiers pour son Gangs of New-York.

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Pre-code Comédie