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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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22 mai 2019 3 22 /05 /mai /2019 17:52

On a écrit tellement de bêtises sur Rosita (probablement autant que sur Greed, Citizen Kane et Intolerance) que la légende l'a emporté: un film que sa star aurait détesté, sur lequel elle aurait tant affronté son metteur en scène qu'il en aurait été viré, au point qu'un autre (Raoul Walsh) aurait été convoqué manu militari pour finir le film... Au final, un film raté qui aurait été un tel flop qu'il devenait impossible à quiconque de prononcer le nom de Lubitsch devant Pickford! 

Du reste, si on lit les commentaires a posteriori de Pickford sur le film et sur le metteur en scène, c'est vrai: elle a en effet pris le film et son auteur en grippe, une fois sa carrière achevée... mais elle a eu tendance à faire d'un film qui ne fut pas un énorme succès, le flop qu'il n'était pas. Et les historiens qui lui ont emboîté le pas ont non seulement contribué (à une époque où il était assez facile de ne pas voir les films dont on parlerait abondamment, dans la mesure où le public ne les verrait pas plus!) à officialiser le film comme étant mauvais, ils ont aussi contribué à sa quasi-disparition. Rosita était virtuellement un film oublié, impossible à voir dans de bonnes conditions depuis des décennies...

C'est Pickford qui a fait venir Lubitsch aux Etats-Unis, une belle idée: si elle ne l'avait pas eue, il est probable que quelqu'un d'autre l'aurait eue... Sinon la face du cinéma Américain eut été changée. Je pense que ce qu'elle voulait était ce cinéma vigoureux, légèrement excentrique, mais au soin remarquable, qui triomphait dans le films les plus spectaculaires du metteur en scène: on ne s'étonnera donc pas trop que Rosita ressemble par certains côté plus aux films Allemands de Lubitsch, qu'à ses futurs films Américains. 

Rosita (Mary Pickford) est une jeune femme qui vit à Séville, pendant le règne d'un roi d'espagne (Holbrook Blinn) aussi dépravé que son épouse (Irene Rich) est juste et vertueuse; la jeune femme chante d'une façon provocatrice des chansons qui attaquent la moralité et la corruption de la cour. Quand elle est arrêtée, alors qu'elle vient de chanter en public devant un inconnu fasciné mais masqué, le roi incognito, le noble Don Diego (George Walsh) prend sa défense et tue un garde: il sera condamné à mort. Mais Rosita, protégée par le roi, va au contraire se voir dotée d'une villa luxueuse... Jusqu'à quel point pourra-t-elle échapper aux implications de sa nouvelle condition? ...Et comment sauver Don Diego, l'homme dont elle est instantanément tombée amoureuse?

Ce qui me frappe, c'est de voir à quel point le film est un confluent: si Rosita existe, c'est non seulement par la volonté conjuguée de sa star et de son metteur en scène, mais aussi par le fait que les collaborateurs les plus prestigieux se sont succédé: Hanns Kräly, venu avec Lubitsch, a apporté sa touche au script, le décorateur William Cameron Menzies (qui s'échauffait pour The thief of Bagdad, et ça se voit!) a partagé son crédit avec un autre import, Svend Gade, le cinéaste-décorateur du Hamlet de Asta Nielsen, et on retrouve sa patte dans la façon dont Lubitsch va composer avec des décors imposants mais qui restent étonnamment, si j'ose dire, à taille humaine! Enfin, Charles Rosher, le chef-opérateur attitré de Mary Pickford au cours des années 20, est déjà en place. 

Le film est intéressant aussi pour son maniement des foules, un point fort de Lubitsch dans tous ses films Allemands à grand spectacle: ici, il s'amuse de l'atmosphère de quasi-orgie permanente dans Séville... Car ce film de Mary Pickford, assez notable, est en effet la première tentative des années 20 de sortir l'actrice de son rôle d'éternelle petite fille, et Lubitsch a pris cette mission à coeur: tout ce qui tourne autour du personnage de Rosita permet à Pickford de jouer d'une façon surprenante, qu'on n'avait que peu vue jusqu'alors: un rôle d'adulte, de femme aimante, et lors d'une scène, il n'est pas très difficile de comprendre que Rosita a passé une nuit d'amour avec Don Diego (pour information, ils se sont mariés entre-temps, rassurez-vous)... Mary Pickford se joue avec génie de la façon dont Lubitsch fait exploser les frontières du drame et de la comédie autour d'elle, comme dans la scène célèbre du panier de fruits...

Autour d'elle, Holbrook Blinn interprète un roi qui est une insatiable fripouille, donc un rôle fort rigolo à jouer. Il est très Lubitschien, aussi, versant Emil Jannings: pas très éloigné du Henry VIII du film Ann Boleyn (1920), soit un type capable d'aimer avec tendresse la même personne qu'il exécutera deux années plus tard... un rôle de fieffé coquin sympathique, qui va quand même commettre deux trois exactions malfaisantes sans se départir de sa bonne humeur. Ceux qui verront Irene Rich en mère-la-pudeur un peu sèche en seront pour leurs frais à la fin du film, et... George Walsh n'est pas formidable, par contre... C'est amusant quand on apprend que Pickford voulait travailler avec Ramon Novarro, quand on sait que ce dernier a remplacé Walsh dans le rôle de Ben Hur...

Le film n'est pas un chef d'oeuvre, mais un cas intéressant, une sorte de ballon d'essai pour Mary Pickford comme pour Ersnt Lubitsch, qui mélange ici les genres avec maestria, mais se retrouve quand même avec une intrigue finalement assez anecdotique. Restent de belles scènes qui permettent au talent exceptionnel de Mary Pickford de s'exprimer. Mais l'expérience a été de courte durée: l'actrice a vu le succès mitigé du film comme un signe qu'il aurait mieux fallu s'abstenir, et a eu tendance à la fin de sa vie à en blâmer Lubitsch, ce qui est inélégant au possible: je répète que ce n'est pas son plus grand film, mais ce Rosita permet au moins au réalisateur de donner un film qui possède une grande classe. Quant a crédit de Walsh (Raoul, pas George) répété à l'envi par tous les journalistes sous-informés, je pense qu'il faudrait en tracer la source dans le fait qu'en 1923, Walsh était un visiteur fréquent du couple Pickford-Fairbanks, alors qu'il préparait The Thief Of Bagdad avec l'acteur (et incidemment avec William Cameron menzies). Peut-être a-t-il été consulté ça et là, peut-être était-il plus facile de dialoguer avec lui qu'avec Lubitsch, qui ne maîtrisait pas l'Anglais. Peut-être une Mary Pickford âgée a-t-elle souhaité arranger l'histoire en choisissant de donner le beau rôle à un Irlandais, comme elle? ...Ou peut-être que le whisky... Bref. On a enfin une restauration décente de Rosita, et ça, c'est formidable!

 

 

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans 1923 Muet Ernst Lubitsch Mary Pickford **
22 avril 2019 1 22 /04 /avril /2019 15:56

Le grand déclencheur, ça a été The big parade: le film de King Vidor a changé pour toujours la façon dont le cinéma Américain allait désormais voir la guerre. Avant, c'était Hearts of the world, The four horsemen of the apocalypse ou Shoulder arms: la tragédie, l'opéra même, voire la comédie, mais quelque soit la teneur dramatique, il y avait toujours un "nous" et un "eux"... Avec The big parade, on a découvert, enfin, que la guerre est une souffrance partagée, un gouffre dans lequel l'homme perd son humanité. ce qui ne l'empêche pas de rester, occasionnellement, un héros. Après le film de Vidor, d'autres sont venus s'ajouter et confirmer cette nouvelle façon de voir. Dans cette période qui va de 1925 à la fin du muet, on peut évidemment compter Wings (1927) de William Wellman, et le magnifique film All quiet on the western front (1930) de Lewis Milestone. De façon moins flagrante, Seventh heaven (1927) et Lucky Star (1929) de Frank Borzage, et Four sons (1928) de John Ford, s'ajoutent par certaines séquences à la liste. Enfin, ce film de Walsh, l'un des rares à avoir survécu, est l'un des plus gros succès de la période...

Deux Marines, le capitaine Flagg (Victor McLaglen) et le sergent Quirt (Edmund Lowe) sont d'éternels rivaux, depuis toujours: à chaque fois que Flagg fait une conquête féminine, Quirt se débrouille pour la lui piquer... Mais c'est la guerre, et Flagg est le che d'un bataillon au repos sur l'arrière, dans un petit village: il est très bien, du reste, car le cafetier local a une jolie fille, Charmaine (Dolores Del Rio), dont Flagg est vaguement amoureux. Bref, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si d'une part Quirt ne venait relever le capitaine de son commandement, le temps d'une permission à Bar-Le-Duc, et bien sûr, s'il ne fallait pas de temps à autre aller chatouiller les Allemands...

L'impression qui domine, est celle d'une fuite en avant. Flagg et Quirt n'ont pas d'attache, semble-t-il, ils vivent tout entiers pour leur mission... Mais ça ne les empêche pas d'avoir une vraie lucidité sur les hommes qui les entourent. Flagg en particulier est une vraie mère poule, du moins par derrière... Et Walsh divise son film en deux sortes d'épisodes: ceux consacrés à la vie qui continue, à l'arrière, malgré la menace permanente, et ceux-là sont de la comédie pure et dure. Les autres parties du film sont bien sûr les scènes de guerre, et elles tranchent sur les autres par leur dureté et leur réalisme...

Le propos de Walsh est de montrer que l'homme a besoin en temps de guerre d'une sorte d'espace neutre, et Charmaine est cette garantie pour les deux hommes... Pas que pour eux, car Charmaine, qui clame haut et fort qu'elle ne vendra pas son coeur, devient chez le sentimental Raoul Walsh une mère poule pour tous les soldats qui peuvent mourir un jour où l'autre. Elle agit même en mère de substitution pour un jeune artiste-peintre dont Flagg pense qu'il n'a rien à faire dans cette guerre.

Mais rien à faire: le côté bourru des hommes entre eux en attendant la bataille, le "repos du guerrier" incarné par une fille pas farouche, tout ça est daté, et pas vraiment concluant... Trop de picaresque finit par rendre le film un peu suspect, et puis on n'oublie pas qu'il y a une pièce à succès, justement. Walsh a mieux dépeint la guerre dans Objective to Burma, par exemple... Reste qu'on aimerait au moins voir ce classique jamais édité en DVD dans de bonnes conditions! 

Une dernière chose: je ne le trouve certes pas convaincant, mais ce What price glory? de Raoul Walsh, a au moins un avantage pour lui: il n'est pas l'immonde remake de 1952, l'un des films les plus atroces de John Ford.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Raoul Walsh Muet 1926 Première guerre mondiale **
21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 14:23

Au moment d'entamer la réalisation de ce film, Douglas Fairbanks triomphe: ses trois premiers films spectaculaires (The Mark of zorro, The three musketeers, Robin Hood) ont confirmé la validité de son intuition, et c'est en héros qu'il a été accueilli en Europe. Reçu en embassadeur partout, il a aussi pu vérifier la solidité de l'industrie Allemande du cinéma, et s'est porté volontaire pour faire distribuer un certain nombre de films par le biais de la United Artists... avec une idée derrière la tête. Il envisage de réaliser un film merveilleux, et va s'inspirer de ce qu'il a vu. C'est une sage décision, le film fantastique Américain étant à cette époque en l'état de voeu pieux, il fallait s'inspirer de ceux qui savaient y faire: en 1924, la révolution de Caligari est passée par là, et on a pu voir sur les écrans Allemands Der müde Tod (Les trois lumières) et Die Nibelungen, de Fritz Lang, ou Le cabinet des figures de cire, de Paul Leni: ces trois films en particulier fourniront l'inspiration visuelle du nouveau Doug... Et puis il peut se vanter de bien remplir les salles avec ses films, et comme la United artists a été créée en premier lieu dans la but de satisfaire aux désirs des artistes (Chaplin, Fairbanks, Pickford et Griffith) qui l'ont imaginée, c'est en toute confiance qu'il se lance dans le tournage d'un film unique pour les années 20: un film fantastique, extravagant, mais tellement bien pensé et tellement soigné qu'il est encore irrésistible 9 décennies plus tard... Pour accomplir cet exploit, Fairbanks s'attache les services d'un jeune réalisateur qui monte, Raoul Walsh, avec lequel la complicité sera des plus efficaces.

Ahmed, le voleur de Bagdad interprété par Fairbanks, rejoint la liste des héros typiques de l'acteur: valeureux, c'est dans l'action qu'ils se définissent; ils ne négligent pas le déguisement (Zorro) et seront le plus souvent aidés dans leur volonté de sauver autrui par l'amour. Une fois motivés, ils peuvent déplacer les montagnes, et l'énergie athlétique dont ils font preuve peut éventuellement s'accompagner d'une aide, venue au bon moment, des hommes et des femmes qu'ils ont fédéré: voir bien sûr Robin Hood, et plus tard The Gaucho, ou The Black Pirate. Mais surtout, les films sont un peu des parcours initiatiques dans lesquels le personnage principal va définir sa vraie nature: A Don Diego, l'inutile nobliau ridicule, Fairbanks oppose la flamboyance de Zorro; le "pirate noir" n'est pas en réalité le chef dur qu'il semble être, c'est un prince, et le Gaucho sera sauvé par l'amour... Comme le voleur de Bagdad. Mais celui-ci sera aussi sauvé par un certain nombre d'accessoires magiques, importés d'Allemagne: objets venus de l'orient dont un tapis volant (Les Trois lumières) bestiaire imaginaire fantastique dans lequel brille un dragon (Die Nibelungen); le tout sera situé dans un orient constamment stylisé, assumé comme faux (Inspiré du Cabinet des figures de cire), et dont le rendu va bénéficier d'une idée toute simple: c'est une immersion complète, on ne verra aucune couture, ainsi on pourra assumer que le décor de Bagdad est fait d'un sol ciré, y compris dans la rue, ainsi, il sera possible d'assumer cette fausse mer faite de toile... Le résultat est proche d'un décor d'opéra.

A l'expressionnisme de ses sources, Fairbanks va opposer une autre forme d'exagération, en accentuant le coté ballet de sa propre prestation, d'autant que les figurants sont tellement nombreux qu'il faut bien faire un effort pour que l'acteur s'en détache. Un bon exemple de cette gestuelle exagérée se trouve au début du film, lorsque Fairbanks est encore un simple voleur, et parcourt de balcon en toit les rues de Bagdad, en grapillant son déjeuner, et les bourses tentantes des passants. Voyant la démonstration d'une corde magique, il la convoite, et fait un geste de la main, qui fait d'ailleurs penser à un enfant. Ce geste répété n'a rien de naturel, mais est parfaitement clair. Autre avantage pour l'acteur, il peut, pour une fois, échapper au maquillage qui le blanchit considérablement habituellement, puisque Fairbanks est un adepte des activités sportives sous le ciel de Californie et sa peau constamment exposée a le plus souvent besoin qu'on l'assagisse un peu s'il veut jouer un D'artagnan ou un Robin Hood... Ici, c'est un Fairbanks au naturel, habillé de peu d'étoffe du reste, qui va exposer son corps d'athlète dans des gestes plus emphatiques encore que d'habitude. Enfin, l'exagération et l'exacerbation des mouvements sont étendues à l'ensemble du casting, dans lequel on reconnait Julanne Johnston en princesse, So-Jin en prince Mongol, Anna May Wong en traîtresse, et Snitz Edwards en copain du héros; Ahmed est donc un voleur militant, qui ne vit que par une seule philosophie: quand il a envie de quelque chose, il le prend. Lorsque c'est une belle princesse qu'il convoite, il va mettre au point un stratagème pour être l'un des princes qui s'alignent pour venir lui faire officiellement la cour. Et va du même coup être transformé par la révélation de l'amour... Mais parmi ses rivaux, il y a aura aussi le fourbe prince des Mongols, cruel et plein de ressources pour faire le mal et assumer son but: la domination...

On le voit, ça se gâte vers la fin du résumé, puisque cette sale manie de donner le mauvais rôle aux Asiatiques est ici présentée de façon spectaculaire, avec deux des stars Orientales les plus populaires. Mais dans le cadre du film, situé dans un imaginaire de carton-pâte (Avec les beaux décors en somptueux vrai-faux de William Cameron Menzies), cette odieuse convention s'accepte finalement assez bien... Et avec ses treize bobines, et 152 minutes de projection, le film s'offre le luxe d'être l'un des plus longs films Américains des années 20, je parle ici des durées de films en exploitation, non lors de premières, souvent plus longues. Cette longueur inhabituelle est sans doute l'une des raisons qui vont pousser le public à bouder le film, hélas... Dommage parce que non seulement c'est une fête visuelle, mais en prime les effets spéciaux sont très réussis, la cohérence des séquences merveilleuses un rare succès dans un pays qui, répétons-le, ne savait pas encore faire du cinéma fantastique... Et Walsh dans tout ça? Disons que d'une part, il peut s'enorgueillir d'avoir réalisé non seulement le plus long, le plus cher, mais aussi le meilleur des films de Fairbanks. Et sa réputation n'est aujourd'hui plus à faire, mais l'image du conteur génial est née de ce genre de films, dans lesquels le metteur en scène s'efface derrière l'efficacité de ses dispositifs. Et il fallait du talent pour réussir à rendre cohérent un mélange entre personnages bien définis, décors délirant et envahissant, et histoire de longue haleine; réussite, selon moi, sur toute la ligne: on ne perd jamais de vue les héros, et les allers-retours entre Ahmed et ses concurrents lors de la recherche d'un objet magique pour permettre de départager les "princes" afin de déterminer qui emportera la main de la princesse sont un conte qui se boit comme du petit lait. Quant aux idées d'importation (Dragons, tapis volant, boule de cristal, cape d'invisibilité), ils sont parfaitement rendus, et ne se contentent pas d'apparaître, le metteur en scène les a dotés de vie... Donc c'est un grand film de Raoul Walsh, autant qu'un grand Fairbanks... celui-ci va avoir du mal, d'ailleurs, à suivre ce film, c'est le moins que l'on puisse dire. En attendant, replongeons-nous dans l'un des plus beaux films des années 20, si possible avec la musique inspirée de Rimsky-Korsakov qui était déjà le principal choix en 1924...

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Published by François Massarelli - dans Muet Raoul Walsh 1924 Douglas Fairbanks **
16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 10:25

Quel casting! Joan Crawford, Anita Page et Dorothy Sebastian, accompagnées de Nils Ashter et Johnny Mack Brown, sont des jeunes gens bien nés comme on dit, qui vivent en Californie. Nous allons suivre leurs soirées, leurs amours aussi, parfois en rivalité les un(e)s avec les autres... L'héroïne de ce film est Diana (Crawford), la plus énergique mais aussi la plus délurée des trois filles. Elle pense que la jeunesse est un moment dont il faut profiter, et le fait savoir, ce qui lui donne une réputation désastreuse auprès des parents! ...auprès des hommes aussi, du reste, même si ça ne les empêche pas d'en profiter. En dépit de son attirance pour elle (qu'elle fait tout pour encourager), le playboy Ben (Mack Brown) hésite à l'épouser; il finit par demander sa main à Ann (Page), qui le manipule depuis quelques temps en compagnie de sa mère obsédée par l'idée que sa fille puisse faire un "beau mariage". Pendant ce temps Diana trouve refuge auprès de sa meilleure amie Bea (Sebastian) qui s'est mariée avec Norman (Ashter): l'amour de ce dernier est étouffant au point qu'il a tendance à mettre son épouse sous cloche...

Trois femmes, trois comportements différents... Le film n'est pourtant pas porté par une vision morale très classique. Et cette histoire de femmes dessine aussi, en creux, un intéressant et impitoyable portrait des hommes, qui se servent du comportement parfois "risqué", souvent scandaleux, des jeunes femmes, jusqu'à ce qu'ils désirent se ranger, auquel cas les mêmes jeunes femmes deviennent tout à coup infréquentable. Il y a une ellipse, dans ce film, à laquelle on peut faire dire ce qu'on veut: est-ce que Ben a couché avec Diana? c'est probable, d'autant que l'une des raisons d'être de l'intense jalousie de Norman est cet euphémisme parfois rappelé par Bea rappelant qu'avant son mari, "il y avait eu des hommes"...

La cible de ce film, un énorme succès de l'année 1928 pour la compagnie Cosmopolitan et la MGM, était la jeunesse de la fin du jazz age, du moins en quelque sorte: le script a tout fait pour incorporer un maximum de cette ambiance de fête permanente de la bonne société Californienne des années 20, en favorisant le point de vue de quatre personnes: tous ont entre 20 et trente ans... Et pourtant il y a une sorte de morale parentale derrière. C'est sans doute un brin paternaliste, certainement motivé par une certaine démagogie bien dosée... c'est aussi constamment intéressant par une mise en scène inventive, notamment par le superbe travail de caméra.

Sachant que Beaumont n'est pas à proprement parler un grand metteur en scène, juste un technicien compétent qui fait ici sans doute son meilleur film, il convient de rappeler à quel point le cinéma Américain dans on ensemble est devenu un vivier artistique fabuleux en cette miraculeuse année 1928. Quand on voit ce que le metteur en scène du soporifique Beau Brummel (1924) est devenu capable de faire avec ce film, on en a une preuve en or... quant à Joan Crawford, excellente de bout en bout dans ce petit film qui repose sur son énergie, elle devra reprendre quasiment le même rôle dans deux autres films: un des derniers films muets en 1929, Our modern maidens, de Jack Conway, puis l'un des premiers films parlants de Crawford, Our blushing brides, de nouveau dirigée par Beaumont. Aucun des deux n'est proprement inoubliable... Celui-ci, la matrice, de par le reflet de la société de 1928 qu'il propose, de par son invention et la fraîcheur de ses interprètes qui se trouvent confrontées au rôle pur la première fois (Page reviendra dans les deux films suivants et Sebastian pour le troisième), a bien mérité son statut de classique.

 

 

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Published by François Massarelli - dans 1928 Muet **
1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 18:37

La redécouverte deBucking Broadway, un film de cinq bobines tourné en 1917, mais sorti en 1918, a permis de mettre la main sur un film qu'on qualifierait volontiers d'atypique aujourd'hui, si on oubliait qu'en ces années reculées, le western racontait des histoires souvent contemporaines...

Cheyenne Harry (Harry Carey) est amoureux de la fille du patron, mais celle-ci fuit à New York en compagnie d'un gandin, dont les intentions sont tout sauf honorables... Les cow-boys se ruent donc à New York, et font irruption sur Broadway pour récupérer la belle. une comédie donc, et empreinte de mélodrame contemporain typique, avec méchant à moustache! Le tout mâtiné de western, et bien mouvementé.

Mais le film possède aussi la grâce Fordienne en matière de représentation du groupe soudé de cow-boys, partageant tous l'amour de leur métier, des animaux. Un plan montre Harry et sa belle, chevauchant au premier plan, pendant que le troupeau s'étale au second plan. Un type de composition qu'on retrouve dans The searchers. Le lyrisme Fordien est déjà bien présent, savamment dosé, avec de grandes rasades de comédie picaresque, et des cowboys saouls qui chantent en choeur... Probablement avec l'accent Irlandais.

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet John Ford Western 1917 **
23 mars 2019 6 23 /03 /mars /2019 17:03

Les partisans de la politique des auteurs en seront pour leurs frais... en attendant, ce film intrigant et puissant a bien été vendu comme un western, dans le cadre de la production de films de genre par Cecil B. DeMille, qui était soucieux de remplir les salles afin de pouvoir continuer à financer ses projets coûteux. William K. Howard est ce qu'on appelle un solide technicien, et on lui doit quelques films intéressants: celui-ci est sans doute au sommet de la pyramide... Probablement par accident d'ailleurs!

Dans la ferme du père Carson (George Nichols), on élève des moutons. Ca nécessite du personnel, bien sûr, d'autant que le père est maussade: son fils (Kenneth Thompson), qu'il a élevé tout seul, est marié, et il n'aime pas sa belle-fille. Celle-ci (Jetta Goudal), pourtant, est adorable, loyale et volontaire, et particulièrement soucieuse de réussir à se faire accepter par son beau-père. Mais la routine s'installe, et le vieux Carson n'en démord pas: il estime qu'elle ne vaut rien. Quand un ouvrier de passage (George Bancroft), un dur à cuire un peu fort en gueule, vient travailler pour lui, il voit que le nouveau venu cherche à tourner autour de la jeune femme. Plutôt que de l'empêcher, il souffle sur les braises...

C'est âpre, et pour tout dire assez austère. Le film est un huis-clos dans l'essentiel de sa durée, et si un personnage d'ouvrier un peu gauche (Clyde Cook) vient apporter un peu de comédie, le ton est grave. On sent très vite que le conflit qui se joue (contrairement à celui qui est au coeur de City Girl de Murnau, assez similaire par certains côtés) est et restera entre Nichols et Goudal. L'actrice, qui était une découverte de DeMille, est fantastique, réussissant sans jamais perdre en cohérence à osciller entre la fragilité et la douceur d'une femme sur laquelle le ciel tombe, et la force de caractère d'une personne sûre de son bon droit, et qui est confrontée à trois caractères d'hommes qui la révoltent: au premier, la méchanceté et la mauvaise foi; au deuxième, la lâcheté; au troisième, la duplicité et la luxure... 

La mise en scène adopte très vite une linéarité intéressante, tout en concentrant l'essentiel du point de vue autour de Jetta Goudal. Si le premier plan nous montre Nichols sur son rocking-chair, le bruit fait par les ressorts nous permet de comprendre que le bruit indispose la jeune femme... Ce qu'il sait d'ailleurs probablement! Et une conversation à bâtons rompus entre père et fils, à table, est vécue par la jeune femme qui se noie dans leurs propos sur le bétail: pour illustrer cette conversation sans intertitres, on nous montre des surimpressions envahissantes du troupeau... Enfin, la scène-clé du film, celle qui va occasionner la confrontation finale entre les trois membres de la famille Carson (la jeune femme a été "visitée" par Bancroft durant la nuit), est absente, volontairement: à nous de nous situer, moralement, comme la jeune femme le demande à son mari qui l'accuse un peu trop rapidement...

Le western n'en est pas vraiment un, par contre les liens avec d'autres films de l'époque sont nombreux: comme Sunrise, White Gold est une épure. Comme le film de Murnau (sans pour autant être un tel sommet bien sûr), il se passe souvent de titres inutiles. Comme The Wind, de Sjöström, il est la confrontation d'une femme qui n'est pas préparée à la dureté de la vie chez les pionniers; et comme City Girl, de Murnau, White Gold est un tableau sans compromis de la vie campagnarde, qui se tient bien à l'écart des clichés du paradis pastoral...

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Muet 1927 **
27 février 2019 3 27 /02 /février /2019 17:12

Faut-il présenter l'intrigue de ce film? Bien sûr que non, puisque dans cette version, la deuxième à laquelle s'est attaqué Richard Oswald, cette fois en qualité de réalisateur après avoir écrit l'adaptation du film de 1914, on est particulièrement fidèle à l'histoire du roman, et en particulier à son ambiance.

On y retrouvera donc non seulement Holmes, interprété par Carlyle Blackwell, et Watson, qui donne de sa personne (George Seroff). Fritz Rasp est un génial Stapleton, et parmi les acteurs, Oswald a fait appel à des Allemands, mais aussi des Italiens, des Britanniques... Et surtout il a veillé à ce que la lande et Baskerville Hall soient crédibles... ET il s'y attache dès le plan d'ouverture, un panorama sur la vieille demeure et ses habitants, une nuit durant laquelle le vent souffle... 

C'est l'un des plaisirs du film, une obsession pour le metteur en scène de donner vie à l'atmosphère inquiétante de ce roman, qui a eu une telle influence justement pour ça... Le metteur en scène se plaît à nous lancer sur des fausses pistes, par le biais de son montage et de son cadrage, et même si le choix de cette vieille fripouille de Rasp conditionne le fait que le spectateur qui ne connaîtrait pas le roman n'ait pas beaucoup de doutes, il est toujours intéressant de faire semblant de ne pas savoir la clé de l'énigme.

Voilà, c'est tout, finalement, mais c'est déjà beaucoup: un film de samedi soir pour l'année 1929, qui n'est pas sorti dans beaucoup de pays, mais qui montrait mine de rien un savoir-faire conséquent en matière d'ambiances gothiques... 

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans 1929 Muet ** Sherlock Holmes
26 février 2019 2 26 /02 /février /2019 19:37

Adaptée d'une pièce de Richard Oswald, cette antiquité s'efforce de ne pas vraiment raconter l'intrigue du meilleur (c'est en tout cas mon avis) roman de Conan Doyle, au profit de péripéties dignes du serial: Holmes apprend que cette sombre affaire qui ne l'intéresse que moyennement a été en fait prise en charge par un homme qui prétend justement être Sherlock Holmes, des séquences qui se terminent dans des trappes, des conduits mystérieux, des coups de théâtre en carton-pâte...

Le cinéma Allemand se cherchait et Meinert apportait sa pierre  l'édifice: un film idiot, aussi anglais qu'un couple de touristes habillés en Tyrolien dans les alpes suisses. Watson y est une commodité sur environ huit secondes de pellicule, Holmes ressemble à l'inspecteur Lohmann de Fritz Lang, et la seule qualité de ce film est d'avoir offert une carrière de cinéaste à l'auteur de la pièce: quand le succès de ce très médiocre film d'aventures a poussé les studios à créer une série de suites, Oswald en a réalisé deux...

...avant de devenir un des francs-tireurs du cinéma Allemand, et de retourner sur les lieux de son crime en 1929, pour une deuxième version autrement plus satisfaisante.

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Published by François Massarelli - dans 1914 Muet ** Sherlock Holmes
21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 13:10

Adapté d'une pièce Irlandaise, elle-même inspirée d'un fait divers authentique, The Collen Bawn raconte les rocambolesques amours d'un couple, un riche héritier marié à une paysanne, qui doivent s'aimer et se marier en cachette, jusqu'à ce que la famille du nobliau décide de le marier à sa cousine...

Quand je pense qu'on continue à voir un peu partout des articles qui patent du principe que le premier long métrage Américain est Birth of a nation! Si sa contribution à l'évolution du cinéma a été plus que minimale, au moins on peut concéder à Olcott d'avoir été parmi les premiers à étendre sciemment le champ des films, en livrant dès 1911 des films qui dépassaient les deux bobines. Notons qu'à la même époque, Griffith peinait à imposer à la Biograph des sujets de deux bobines, justement...

Mais il serait injuste de comparer Olcott et Griffith. Certes, l'un et l'autre tournaient à cette époque, l'un depuis 1907 (Olcott) l'autre depuis 1908, et l'un comme l'autre ont tant bien que mal maintenu leur activité jusque vers la fin (Olcott) voire au-delà (Griffith) du muet... Mais si Olcott était curieux des possibilités dramatiques du cinéma, comme son cadet, et avait choisi de partir de l'Est pour tourner dans les lieux emblématiques des histoires qu'il avait choisi (La Palestine ou l'Irlande, excusez du peu), sa grammaire restait bien rudimentaire, sa direction d'acteurs limitée, et une scène chez lui équivalait à un plan, comme au bon vieux temps des "tableaux" dans les films Français de 1905... 

Et par dessus le marché, sa vedette (et épouse) Gene Gauntier lui a par la suite contesté la paternité complète de ses films, en revendiquant sa part dans la mise en scène de nombreux films, dont celui-ci. Je ne sais pas si c'était une bonne affaire, tant le style est vieillot: l'une des raisons du succès des films "Irlandais" de Olcott et Gauntier, était justement le choix de décors Irlandais authentiques. Le fait est qu'on a le temps de les voir...

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Published by François Massarelli - dans 1911 Muet Sidney Olcott **
20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 18:12

Peut-être serait-il plus honnête de titrer cet article: The Exquisite Thief, deuxième bobine... Car c'est bien sûr tout ce qu'il reste de ce film, situé dans la carrière du futur réalisateur de Freaks, juste après The Wicked Darling, film assurément très important aussi bien pour le metteur en scène que pour sa star Priscilla Dean, mais aussi bien sûr pour Lon Chaney dont le rôle était limité, mais inoubliable. L'acteur n'est pas présent ici, mais pour le reste on est dans le même univers de proto-film noir, excitant et novateur, que pour le film précédent.

Dans l'extrait donc conservé, Dean est une cambrioleuse de luxe qui s'introduit dans un dîner de la haute société avant de prendre le large avec tout un butin qu'elle a subtilisé à ses "hôtes"... Sans savoir que dans sa fuite elle emmène aussi sans le savoir l'un des convives, un lord Anglais de passage qui doit avoir, j'imagine, un faible pour elle... Il va devenir son prisonnier, à moins que...

C'est formidable: en un peu plus de huit minutes seulement, on peut voir un fragment extrêmement frustrant de ce qui a du être un sacré bon film. Priscilla Dean y joue un personnage déjà rodé, mais qu'elle tient remarquablement bien, et paie de sa personne en permanence. Les autres acteurs sont aussi remarquables de subtilité, et la réalisation est une constante démonstration du génie de Browning pour les ambiances noires, avant sa chute alcoolique vertigineuse... Inquiétante poursuite nocturne, clair-obscur, science de la lumière, silhouettes: tout y passe, et on en redemande. On pourra aussi noter, quelques secondes seulement sur l'écran, un acteur anonyme qui porte le costume que portait Chaney dans The Wicked Darling et qu'il allait de nouveau utiliser dans Outside the law: un signe que sa contribution avait été remarquée, et en son absence (son contrat avec Universal se terminait justement avec le film précédent) le réalisateur envoyait au spectateur une sorte de souvenir subliminal...

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Published by François Massarelli - dans 1919 Muet Tod Browning **