Si Wiene est pour toujours associé à la production de Caligari, son film le plus célèbre et sans conteste le plus important, il ne faut pas oublier qu'il a eu une plus que respectable carrière (de 1915 à 1938), et qu'il fut prolifique (plusieurs dizaines de films). Le problème des pionniers quand ils sont prolifiques, c'est a) qu'on trouve, comme on dit, à boire et à manger dans leur filmographie, et b) qu'un grand nombre de leurs films sont perdus... On pourrait ajouter que c) Wiene était un metteur en scène de studio, soit un exécutant avant d'être un artiste... Mais un exécutant qui travaillait dans une cinématographie qui s'accommodait fort bien des velléités artistiques de ses exécutants!
Après Caligari, d'autres expériences ont porté la marque de l'expressionnisme dans l'oeuvre de Wiene: Genuine pour commencer, film entièrement bâti comme une sorte de prolongement et qui se plantait dans les grandes largeurs, et Raskolnikoff qui passait Dostoïevski à la moulinette des décors peints et des perspectives faussées... C'est une bonne nouvelle qu'avec ce film de 1924, une production ambitieuse des studios Autrichiens qui adaptent un roman d'épouvante à succès (de Maurice Renard), Wiene va placer le jeu expressionniste dans des décors qui donneraient presque l'impression d'être réalistes. J'ai dit "presque"...
Paul Orlac (Conrad Veidt) a un accident grave, qui le prive de ses mains: il est pianiste et comme dit son épouse, sans ses mains il mourra... Mais un médecin décide de tenter le tout pour le tout, avec une greffe révolutionnaire... On greffe donc des mains en parfait état au pauvre Orlac, qui va donc attendre patiemment d'en retrouver l'usage lors de sa convalescence. Sauf qu'il apprend que ses mains sont celles de Vasseur, un meurtrier qui a été exécuté, et qui étranglait ses victimes avant de les poignarder... Et en dépit de sa rééducation, Orlac qui est de plus en plus sujet à des cauchemars, n'arrive pas à utiliser ses mains... Un visage aperçu de temps à autre au hasard des rencontres, le hante: celui d'un homme qui le regarde avec une ironie sournoise (Fritz Kortner): s'agirait-il de Vasseur? Très vite la réponse arrive: on retrouve le corps du père d'Orlac, assassiné. Les empreintes sont celles du meurtrier guillotiné...
L'intrigue est jouée au premier degré, dans une narration qui s'effectue à hauteur de point de vue. On a d'ailleurs deux "héros" à suivre, Orlac et son épouse (Alexandra Sorina), à laquelle Wiene va imposer un jeu torturé assez proche de celui de Veidt. Ce sera la principale marque expressionniste du film, un jeu volontairement extériorisé à l'extrême, dans lequel Wiene oppose des éclairages clair-obscurs du plus bel effet, à des décors sobres, et un jeu impassible pour certains personnages, au jeu délirant des principaux protagonistes. Sorina se distingue en particulier lors d'une confrontation avec le chirurgien au début du film: celui-ci ne bouge pas d'un iota alors que sa partenaire de jeu se lance dans une gestuelle folle furieuse...
Mais le rythme choisi, le côté "cauchemar éveillé" du film jouent définitivement en sa faveur, et cette adaptation du roman de Renard est bien plus convaincante que celle de Karl Freund (Mad love)... Ce film de transition sonne assez bien le glas de l'expérience expressionniste, avant que tout le cinéma Allemand, et Wiene avec lui, ne passe à autre chose. Mais en ce qui concerne Wiene, dont plus aucun film ne se distinguera, c'est bien la fin.
Montré en 1923, le film La roue est l'aboutissement d'un travail de plusieurs années, entamé par Abel Gance dans le but initial de créer une tragédie de la modernité, incarnée par cet objet cinématographique entre tous, le train. Le héros du film, Sisif, est un mécanicien-conducteur de locomotive qui un jour n'a fait que son devoir: il a supervisé avec une certaine efficacité les opérations de sauvetage après un déraillement qui s'est situé juste à coté de chez lui. Il a aussi, personnellement veillé durant les opérations sur une petite fille, Norma, dont il s'est aperçu à la fin du déraillement que personne ne venait la réclamer: il a donc pris la décision de la recueillir, afin qu'elle tienne compagnie à son fils unique, Elie. La mère de Norma a effectivement été tuée dans l'accident, et la maman d'Elie est décédée en donnant naissance à son fils.
Les années passent, et on découvre un Sisif ombrageux, querelleur, porté sur le vin, le jeu et la bagarre. Surtout, il mène la vie dure à "ses" enfants, leur interdisant le plus souvent de passer du temps ensemble. Norma est restée très proche de son père, et est encore une jeune femme, insouciante et joueuse, mais elle provoque la convoitise des hommes, ce qui a le don de mettre Sisif dans des colères noires. De son coté, Elie manifeste aussi souvent que possible son dégoût de la vie moderne telle qu'elle s'incarne dans les rails et les installations ferroviaires aux alentours, et il est devenu luthier, obsédé par l'idée de reproduire un vernis à la façon de Stradivarius, afin de créer des violons parfaits. Il aime sa soeur d'un amour profond, tendre, mais dont il n'a pas encore cerné la vraie valeur... Mais il n'est pas le seul: Hersan, un bourgeois qui supervise la travail de Sisif, et le fait aussi inventer des appareils qu'il reprend à son compte, envisage de demander Norma en mariage, et Sisif lui-même a du mal à réprimer son amour fou pour celle à laquelle il n'a pas osé avouer qu'elle sa fille adoptive... Dans un premier temps, le seul facteur de stabilité de la vie de Sisif, c'est son métier: il est un excellent conducteur, et travaille avec coeur. Mais jusqu'à quand?
J'accuse, en 1919 tranchait sur la production habituelle de Gance, qui venait de réaliser deux mélodrames bourgeois, Mater dolorosa et La dixième symphonie. Le film, qui proposait une vision hallucinée d'un poète sur la guerre mondiale, avait établi Gance comme un metteur en scène à suivre, ambitieux pour ne pas dire fou, un visionnaire qui avait à coeur d'utiliser toutes les ressources du cinéma: c'est exactement ce qu'il a fait avec La roue, spectacle monumental dont les versions les plus longues ont atteint plus de sept heures de projection; les versions que j'ai vues initialement, raccourcies à respectivement 133 minutes (Une copie établie par Gance lui-même qui limitait le film à 12 bobines afin de le rendre exploitable) et 261 minutes (La restauration sortie en DVD par Flicker Alley, qui tente de réincorporer tout le matériau existant des versions disponibles à l'exportation dans une version aussi proche que possible de l'originale) gardent l'impression d'un film épique qui d'une certaine manière réussit à faire ce que cherchait Stroheim avec Greed: traiter un matériau cinématographique en lui donnant une dimension romanesque, tout en utilisant des ressources proches du naturalisme.
Sur ce dernier point, le symbolisme du film peut paraître en contradiction: il n'échappera à personne que la présence de "Sisif" renvoie à la mythologie Grecque, et que la deuxième partie sise sur les pentes du Mont-Blanc, qui voit Sisif-Sisyphe monter et descendre en conduisant un funiculaire, insistent sur cette analogie; de plus, Elie et son métier renvoient à cette obsession pour Gance de faire de ses héros des poètes (J'accuse, La Fin du monde), des compositeurs de génie (La dixième Symphonie, Un grand amour de Beethoven), voire des dramaturges (Molière, son premier scénario pour Léonce Perret, un rôle qu'il a d'ailleurs interprété lui-même): Bref, des artistes. Cette obsession de représenter l'artiste comme étant au-dessus du monde peut évidemment faire sourire, et on est du même coup à des années-lumières de toute prétention naturaliste... sauf que la façon dont Gance dirigeait ses acteurs (Séverin-Mars en Sisif et Ivy Close en Norma sont particulièrement remarquables) leur permettait de vivre leur rôle au maximum: il était le seul à savoir ce qu'il allait ce passer, et il les guidait en permanence; par ailleurs, les scènes situées dans la vie quotidienne des cheminots respirent la vraie vie, et il se dégage une certaine tendresse de ces caractérisations...
Avec La Roue, Gance souhaitait d'une part représenter le monde des machines et le monde des hommes l'un avec l'autre, tout en s'attaquant à l'absurdité de l'existence. Mais il montrait aussi l'obsession humaine qui le condamne à vivre entre désir et travail, ce dernier étant la seule solution pour échapper à l'animalité. Si Sisif n'avait pas eu son travail, que se serait-il passé?
Il faut bien dire que les circonstances ont tout fait pour éloigner le metteur en scène de son but initial: durant la préparation du film, son épouse, Ida Danis qui avait survécu à la fameuse épidémie de grippe Espagnole de 1918, a soudain développé des complications, et la tuberculose a été diagnostiquée très vite. Il fallait donc faire en sorte que le tournage soit compatible avec les séjours de plus en plus fréquents en sanatoriums, et le plan de tournage a suivi la maladie: Nice et les studios de la Victorine, puis Chamonix et le Mont-blanc. De fait la deuxième partie, est entièrement située dans la montagne. Le film commence par des images de rails qui se rejoignent et se séparent, une métaphore courante que reprendra à son compte Hitchcock dans Strangers on a train; dans un premier temps, le film suit le plan de départ, en particulier dans la première partie La rose du rail (Un surnom dont aussi bien Sisif que Hersan ont affublé Norma): le train est partout, et la roue est cet objet qui symbolise la vie difficile du cheminot Sisif. Celui-ci est vu d'abord très assuré à la barre de sa locomotive ("Norma", bien sur!), et Gance s'amuse avec le montage, de façon excitante. Mais très vite, les séquences consacrées à ces périples en locomotive seront hantées par la mort, en particulier sous la forme de tentatives de suicide. Sisif terminera sa carrière de conducteur de locomotive en "suicidant" la Norma... Une trace de la mort programmée d'Ida Danis?
Mais à cette mort annoncée de la femme de sa vie, le sort allait aussi ajouter le destin de Séverin-Mars: l'acteur était malade, au point de pouvoir incarner la mort de Sisif durant la deuxième partie sans forcer le maquillage. Du coup, le film est beaucoup plus un film sur la mort qu'un film sur la roue... La mort incarnée dès les premières images par l'accident ferroviaire spectaculaire, suivie de la confrontation fatale dans la montagne entre Elie (Gabriel de Gravone) et Hersan (Pierre Magnier); celle-ci est suivie d'une course contre la montre dans laquelle Gance joue avec le montage de façon sublime, mais Elie mourra quand même... on n'est qu'aux trois-quarts du film, et tout est consommé, le reste sera d'ailleurs consacrée à la lente et inexorable agonie de Sisif, et à la façon dont il parviendra à faire la paix avec sa fille, bien qu'il l'ait très vite accusée d'être responsable de la mort de son fils. De la dimension sociale (Les cheminots et leur crasse opposés aux orgies de Hersan et compagnie), la deuxième partie ne retient pas grand chose, se concentrant sur l'élévation de Sisif, qui vit désormais le plus loin possible de celle qu'il a tant aimé, dans la montagne. Tourné sur les lieux même, le film est d'une beauté incroyable...
Chaque grand film de Gance est un acte de foi, tant pour le metteur en scène que pour ses techniciens, ses acteurs, et leur public. Avec La Roue, le réalisateur a créé un film génial au sens premier du terme, dans lequel l'invention est permanente, et qui bénéficie du don de soi de tous ceux qui y ont participé. Que le film ait finalement dévié de son chemin initial en devenant une oeuvre sur l'acceptation du destin, aussi lamentable soit-il, sur l'inéluctabilité de la mort et dans lequel la roue symbolise à la fois le temps qui passe, l'obligation de travailler, et le passage sur terre, peu importe: Gance fonctionnait ainsi, il suffit de voir ce qu'il souhaitait faire avec son Napoléon, et ce qu'il en subsiste dans le film. N'empêche, pour moi, avec ses innovations techniques, ses trouvailles de mise en scène et son atmosphère d'une cohérence permanente en dépit des circonstances, ce magnifique poème bouleversant du début à la fin, reste pour moi son plus grand film.
A noter: la Cinémathèque Française, prenant le taureau par les cornes, a mené une restauration de la version la plus longue possible du film, en quatre parties, et qui totalise sept heures. Une restauration exemplaire, qui a commencé par un long inventaire des éléments disponibles, avant de mener à une reconstruction détaillée et un remontage sensé, de A jusqu'à Z. Un travail de titans, qui a abouti à une version manifestement irréprochable... Un travail qui est à l'heure actuelle prolongé par une restauration similaire du long métrage suivant de Gance. Dans cette version sans doute au plus près des voeux de Gance, on peut voir de quelle manière le metteur en scène a étiré son film en quatre chapitres tous aussi cohérents que possible, et comment il a, de fil en aiguille, réduit son rectangle amoureux en laissant une dernière partie à seulement deux personnages, les deux plus importants, dans un décor qui devrait être celui d'une féérie mais devient la fin d'un long cauchemar. Il a exorcisé à sa façon le drame personnel, et a souligné aussi du même coup le drame vécu par Séverin-Mars, qui vivait ses derniers instants... C'est fort, c'est imposant, et c'est décidément un très grand film.
Je ne peux pas me résoudre à comprendre pourquoi René Clair a coupé son premier film, en 1950 (pas le seul d'ailleurs, il a aussi taillé dans Sous les toits de Paris et A nous la liberté), et je ne peux que condamner un geste décidément courant et irritant (Chaplin, Kubrick, Peter Weir) qui tend à nous priver, objectivement, de la réalité physique d'un film en son temps et en son heure. Comme il est de bon ton chez les critiques Français de dire amen à certains réalisateurs, et de condamner les autres, Clair faisant partie de la première catégorie, personne ne semble s'en émouvoir. Maintenant, admettons que le film est un film amateur, ne cherchant pas à être autre chose, et qu'il était peut-être encore pire dans son incarnation originelle... Mais là n'est pas le sujet. D'autant que c'est la version intégrale de Paris qui dort qui est désormais disponible dans une magnifique édition restaurée en 4K, chez Pathé, avec ses qualités, et ses défauts de 1923...
Parfois acteur, souvent journaliste, toujours cinéphile, Clair était à cette époque suffisamment passionné pour se lancer dans un film, pour lequel il décrocha un contrat avec Henri Diamant-Berger. Ecrit et mis en scène par lui-même, avec Henri Rollan et entre autres Albert Préjean, Paris qui dort est une introduction idéale à son univers...
Le gardien de la tour Eiffel (Rollan) se réveille un matin, surpris: là, en bas, plus rien ne bouge... Il descend pour constater et se retrouve seul, tout seul. Les autres Parisiens sont bien là, mais endormis, figés dans un geste: un voleur sur le point d'être attrapé par un agent de police, un homme qui allait se jeter dans la Seine, des clients d'un restaurant: plus personne ne bouge! Mais il est rejoint avant longtemps par le pilote (Préjean) et les passagers d'un avion qui vient d'atterrir: eux non plus n'ont pas été touchés par le phénomène étrange qui a endormi la capitale (Et, incidemment mais ça n'a pas l'air de choquer qui que ce soit, le monde entier)... Ils vont donc se livrer à des pillages en règles, cambriolages faciles, repas gratuits dans les meilleurs restaurants et même vol de Joconde, avant de se rendre compte de l'inévitable: qu'est-ce qu'on s'ennuie quand tout est permis...
Quant à l'étrange phénomène, ils auront bien sûr une explication, définitive et se passant avantageusement de commentaire: savant fou.
L'oeuvre de Clair, à l'époque du muet, est encadrée par la Tour. Son premier et son avant-dernier film des années 20 lui doivent beaucoup, et ici, on retrouve cet émerveillement d'enfant qui est l'essence même du court métrage de 1928 (La Tour, justement), dans la plupart des plans. ces gens, des oisifs de fait, forcés par l'étrange arrêt du monde à ne plus rien faire, sont basés à la Tour Eiffel, s'y amusent, testent leur équilibre, etc... Des vrais gosses, si vous voulez mon avis. C'est sans doute là que se situe le meilleur de ce petit film sympathique mais si mal foutu, dans le plaisir de la transgression légère, du méfait gentiment irresponsable.
Mais le film installe aussi, à sa façon, le style et l'univers d'un metteur en scène lunaire, et bien souvent trop poli: il y aurait eu tant à faire avec ce film, qui a au moins un avantage certains sur les Gance et L'Herbier et consorts (oui, c'est bien à mes yeux un film avant-gardiste): il n'a aucune prétention d'aucune sorte. Juste l'envie de se laisser aller à une rêverie gentiment irresponsable, et située délibérément là-haut, à 300 m de hauteur: autant dire à l'écart du monde...
Couvée par sa maman très (trop) Catholique, la belle Andalouse Mercédès (Alice Roberte) qui se destine la mort dans l'âme au couvent, se trouve dans une situation inattendue: un fringant Parisien, venu pour affaire dans l'Andalousie de ses ancêtres, a eu un accident et doit trouver le repos chez elle. Ils tombent amoureux, et Angel (Charles Vanel) repart donc à Paris avec celle qui va devenir sa femme.
Sauf qu'à Paris, il y a Suzanne (Arlette Marchal), qui fut longtemps la maîtresse d'Angel, et qui ne savait pas qu'elle allait être supplantée... Elle va donc tout faire, au nez de Mercédès et et la barbe d'Angel, pour reprendre celui qu'elle considère à elle... Pour sa vengeance, elle a décidé de mettre Mercédès dans les mains d'Harry (Harry Pilcer), un danseur TRES séduisant.
Avant-dernier long métrage de Durand, La Femme Rêvée est un peu son va-tout, sa presque dernière chance. Le metteur en scène, après la première guerre mondiale, n'a jamais vraiment retrouvé son enviable position de 1914, quand il était le prince de la comédie de destruction et le paradoxal roi du western Camarguais... Remis en selle par Perret en 1925, il entendait avoir du succès avec ce film, mais il est resté confidentiel.
Et pour cause: de salon en casino, de scènes bien réglée et rangée en conversation mondaine qui bien que muette nous est donnée in extenso, on attend longuement, avec de moins en moins de patience, qu'il y ait un peu de cinéma là-dedans. Quand enfin le film s'emballe, à une demi-heure de la fin, on est ravi, mais c'est trop tard: on a déjà assisté à l'ennuyeux drame bourgeois dans lequel Charles Vanel et sa subtilité, Arlette Marchal et son jeu dune grande sobriété, doivent servir de faire-valoir aux scènes entre Pilcer (assez quelconque, pour résumer) et Roberte (pas convaincante, en tout cas bien moins que dans son rôle magnifique dans un film de Pabst tourné juste après); un comble!
Bon, au moins dans cette dernière demi-heure, avons-nous un Vanel qui prend enfin le taureau par les cornes, des scènes Espagnoles d'une grande beauté qui rappellent un peu l'univers des westerns Camarguais de Durand, un accident de voiture, du suspense, et enfin une tempête et un orage aussi spectaculaires que métaphoriques, pour lesquels une vraie bourrasque a servi d'intermédiaire, et des truquages très accomplis ont permis d'ajouter de bien inquiétants éclairs...
Voici un film à cheval entre le muet (pour ses premières 45 minutes) et le parlant (pour les dernières 24!): il est aussi situé entre le mélodrame et la comédie, avec un fort penchant pour ce dernier genre d'autant qu'il s'agit d'un "véhicule", comme on dit, pour la comédienne Laura La Plante dont la carrière était sous surveillance à la Universal, car si elle pouvait jouer la comédie muette, le parlant lui posait problème. ...Ce que confirme le film, hélas...
Evelyn Todd est une chorus girl, naïve et simple, montée à la grande ville de son propre chef. Et elle se fait licencier parce qu'elle n'est pas très douée... Effondrée, elle accepte le conseil d'une amie, qui lui propose de passer du bon temps dans la mesure où elle a un joli minois. Mais les hommes qu'elle côtoie dans une soirée aimeraient un peu plus, et elle s'enfuit... Pour trouver sa porte close et ses affaires dans la rue: elle vient d'être mise à la porte de son logement!
C'est le moment que choisit Paul (Neil Hamilton) pour entrer dans sa vie. Le richissime prince charmant la sauve, l'emmène, l'épouse, et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si le propre oncle du jeune marié n'était un témoin du passé de la jeune femme. Elle n'a rien à se reprocher, mais comment pourrait-elle le prouver?
La Universal, contrairement à la MGM, peut largement se permettre de dégonfler les bonnes moeurs comme une baudruche, et s'amuser de voir une jeune femme de la classe ouvrière se payer la tête d'une vieille baderne qui la traite comme de la crotte, mais comme je le disais plus haut, le film passe soudainement, en plein milieu de sa partie dramatique, du muet vers le parlant, et justement, quand il s'agit de parler, Laura La Plante se débrouille gentiment. Reste un film soigné, dont les ruptures de ton sont parfaitement bien amenées, et dont les acteurs, dans l'ensemble, assument parfaitement leur rôle... Une comédie faite avec soin, même si on se demande, a posteriori... Fallait-il vraiment que ça parle?
Avant la guerre civile, dans la propriété des Shelby au Sud des Etats-Unis, on traite les esclaves avec une certaine indulgence. Eliza (Margarita Fischer) est une jeune esclave quasiment blanche, que ses maîtres considèrent presque comme leur fille: ils l'autorisent à se marier en grandes pompes avec George Harris (Arthur Edmund Carewe), un autre esclave quasiment blanc qui a été «prété» à M. Shelby par un de ses voisins... Mais celui-ci n'est pas vraiment fait de la même eau que Shelby et s'emporte quand il voit de quelle manière les Shelby traitent leurs esclaves.
Après la naissance de Harry, son fils, George Harris (qui n'est pas autorisé à vivre avec son épouse) s'évade, et vient chercher Eliza; pendant ce temps, Shelby acculé par ses dettes, doit se résoudre à vendre certains de ses esclaves: on exige de lui le vieux Tom (James B. Lowe), un esclave adoré dans la plantation, et le petit Harry. Quand elle entend ça, Eliza s'enfuit, alors que Tom se résigne à son destin. Les deux esclaves vont occasionnellement se retrouver...
Superproduction très impressionnante, le film de Pollard n'est pas fidèle à 100% au roman de Harriet Beecher Stowe, même si cette fois, contrairement aux adaptations des années 10 (qui étaient sérieusement condensées à 5 bobines), le film est long, à un peu moins de deux heures. Un des aspects les plus évidents est le fait d'avoir gommé la tendance du roman à se situer rigoureusement dans une ligne protestante. L'Oncle Tom ici est bien considéré comme un «prêcheur» par Simon Legree, mais à aucun moment le vieil esclave et sa «petite amie» Eva St-Clare ne sont vus avec une bible à la main, leur outil par défaut dans le roman.
L'autre aspect rendu nécessaire (et parfaitement valide d'ailleurs) par la condensation est le fait que Eliza et Tom, au lieu de vivre deux histoires séparées, restent ici les protagonistes jusqu'à la fin du film. Initialement, Eliza vit d'abord sa fuite, avec son mari et son fils, et dans certaines versions elle disparaît une fois son évasion réussie; puis on s'intéresse au cas de Tom, vendu d'abord à la famille des St-Clare (de braves gens, encore, à en croire le film on va finir par s'imaginer que l'esclavage, c'était juste une sorte d'adoption à grande échelle par de braves gens bons comme le pain... blanc), puis à la mort de son nouveau maître, à l'abominable Simon Legree... Celui-ci, dans le roman, fait également l'acquisition d'Emmaline, une esclave à la peau blanche, ont il désire faire un nouvel objet sexuel en remplacement de Cassy, sa gouvernante un peu trop âgée. Même si Margarita Fischer est décidément trop âgée pour le rôle (elle a quarante ans, et n'en paraît pas un de moins), il a été décidé que Eliza, qui a à peu près vingt ans dans l'histoire, pouvait être substituée avantageusement à Emmaline, d'autant qu'elle va découvrir que Cassy est sa mère...
Je ne sais pas ce qui a poussé la Universal et Pollard, sans doute à la recherche de «grands sujets», à se précipiter sur l'auguste roman de Stowe, qui commençait sans doute à prendre la poussière dans un coin en 1927. Il n'est plus vraiment d'actualité, et son message de tolérance tempéré par un racisme ouvert et sans compromis: il est par exemple évident à la lecture du seul résumé du livre, que les noirs y sont inférieurs aux blancs, et qu'à l'exception du vieux Tom, tous ceux dont la peau est plus noire sont plus ou moins des animaux évolués, par opposition à ceux qui sont «presque blancs», qu'on autorise d'ailleurs à vivre auprès de leurs maîtres. Si le roman prêchait ouvertement l'affranchissement des esclaves, il se situait fermement sur une ligne qui réclamait ensuite le départ des esclaves libérés, pourquoi pas vers le Liberia. Une scène du début du film va d'ailleurs dans le sens de présenter les noirs comme inférieurs: lors du mariage, les blancs dansent de leur côté, et les noirs les imitent... Ils sont épouvantablement caricaturaux.
Pourtant Pollard et la Universal ont fait un effort pour donner aux acteurs noirs un travail dans le film. Seule Topsy, le personnage le plus méchamment caricatural du film, est confié à une actrice en blackface, mais Tom, par exemple est confié pour sa part à James B. Lowe. Une fois admis qu'on se débrouille assez vite pour que les «héros» du film soient aussi blancs que possible, Pollard gomme tout aspect politique et religieux pour se concentrer sur les possibilités mélodramatiques offertes par l'histoire, et... il y a de quoi faire: enfants séparés de leurs familles, maîtres cruels avec le fouet chatouilleux, et puis du suspense à tous les coins de rues. Sans parler d'une séquence sur les glaces, selon la tradition, qui renvoie le Griffith de Way down east (qui avait lui-même piqué l'idée de la fuite dans les glaces dans Uncle Tom's cabin, le monde est petit) à ses chères études... Margarita Fischer, je le disais plus haut, n'a plus vingt ans, ça ne l'empêche absolument pas d'être excellente, tout comme Lowe, Carewe... et George Siegmann en Legree, comment voulez-vous que ça ne produise pas des étincelles? Maintenant, le film a été un échec, ce n'est en rien surprenant, le public de 1927 ne pouvait pas avoir très envie d'aller voir une production du roman, fut-elle fort soignée et saupoudrée de scènes formidables, ça et là...
Ce n'est sans doute pas le meilleur des dix films consacrés à l'époque du muet à une adaptation du roman historique (malgré lui) de Harriet Beecher Stowe, mais cette version possède au moins l'avantage d'avoir survécu presque en intégralité. Elle nous permet de voir ce qu'une équipe, à l'époque où le long métrage en venait à s'installer dans le paysage cinématographique Américain, pouvait faire avec ce matériau qui avait déjà servi au moins cinq fois...
Une première surprise nous attend: si on a vu le film de Blackton de 1910, on y a vu un Uncle Tom blanc déguisé en noir, de quoi donner de l'urticaire à plus d'un spectateur! mais ici, la bonne idée a été de confier, enfin, le rôle nominatif à un noir, l'acteur Sam Lucas, qui s'acquitte avec une certaine subtilité d'un rôle ô combien ingrat. Il n'est pas le seul acteur noir, mais tous les rôles de premier plan en revanche, qu'il soient noirs ou blancs, sont interprétés par des blancs déguisés. Le film adopte l'inévitable racisme bien lourd du roman, qui fait avec insistance la distinction systématique entre les esclaves selon leur degré de négritude, et nous propose les deux parties, l'une consacrée à Eliza (la gouvernante dont le maître est forcé de vendre le fils, et qui prend la fuite), mais hélas l'épisode fameux entre tous de la fuite dans glaces, est ici préservé uniquement sur une copie 8 mm, et il est difficile d'y voir quelque chose; sinon, la deuxième partie nous montre le parcours de Tom, et sa relation privilégiée avec ses nouveaux maîtres, avant sa "chute" chez Simon Legree.
Le film est souvent terne et très moyen, malgré quelques rares moments notables: des épisodes dramatiques relevé par un cadrage inventif, comme cette soudaine intrusion, au premier plan, d'une main qui tient une arme, ou encore la bonne idée de filmer l'arrivée dramatique de l'oncle Tom dans sa nouvelle plantation, depuis l'intérieur des baraquements. Pour le reste, l'équipe ne se distingue pas outre mesure... Il est très probable qu'à l'instar de Tim Lucas, qui avait passé sa vie à interpréter le personnage de Tom sur scène, les acteurs étaient tous des spécialistes chevronnés de la pièce. Notons toutefois qu'on y retrouve Irving Cummings, futur cinéaste, dans le rôle du mari d'Eliza.
Rien qu'en 1910, on compte trois adaptations importantes du roman de Harriet Beecher Stowe aux Etats-Unis, même si aucune ne survit intégralement aujourd'hui... Celle ci ne subsiste qu'à 40% environ, dans des fragments en 8 et 35 mm. On ne présente plus le vieux mélo de 1852, qui dans sa version théâtrale, a contribué grandement à mettre le feu aux poudres en 1860: le sort misérable des esclaves, l'arrière-fond Chrétien très fort, les bons et les mauvais maîtres, les profiteurs venus du Nord anti-esclavagiste pour profiter de la vente d'esclaves... Toute la panoplie, en fait, est passée dans la culture populaire d'un seul coup, ce qui explique que ce film Vitagraph de 1910 totalisait à l'origine 5 bobines...
On passera sur le racisme évident de l'histoire, car il convient quand même de rappeler que ce n'est pas parce que le roman était totalement pour l'abolition de l'esclavage, qu'il nous présentait le peuple noir sur un pied d'égalité. Donc une bonne proportion des esclaves du film sont joués par des blancs en blackface, et le film se vautre dans la facilité raciste, encouragé par le roman adapté: les noirs dans le film comme dans le roman, sont de vrais enfants, et si Tom est un peu plus humain, c'est parce qu'il a de la religion. Les "mulâtres" et autres métis, selon leur degré de blanchitude, sont généralement mieux considérés, et aussi plus désirables pour les femmes: c'est la loi du genre, on va donc être obligé d'accepter en bloc.
Dans la demeure des Shelby, de mauvais choix économiques ont conduit le père de famille à la ruine. C'est un maître bon, chez lequel vivent n paix des esclaves considérés. Deux d'entre eux vont être à l'origine du drame: car Shelby est obligé de faire appel à un affairiste, Haley, pour lui proposer le vente de deux de ses esclaves. Haley jette son dévolu sur Tom (Edwin Phillips), le vieil esclave le plus respecté de la propriété, et sur le fils "presque blanc" de Eliza, la gouvernante (Mary Fuller). Shelby étant obligé d'accepter, nous allons suivre le destin d'Eliza, qui préfère fuir avec son fils plutôt que d'en être séparée, et de Tom, qui sera vendu à un bon maître et développera une relation d'amitié touchante avec la fille mourante de ce dernier. Et en chemin, il y aura des larmes...
Les séquences qui restent sont celles des deux premières bobines, notamment la célèbre fuite d'Eliza à travers la rivière gelée, qui inspira tant le Griffith de Way Down East, mais aussi le passage qui voit Tom, favori de la petite Eva, assister en compagnie de ses nouveaux maîtres à la mort de la petite fille, puis être vendu de nouveau à l'infect Simon Legree, dont la plantation est surtout un endroit pour y satisfaire ses appétits sexuels et son sadisme! Le film se réfugie beaucoup derrière une terminologie et une gestuelle théâtrales pour faire passer la pilule, mais quand la gouvernante en place tente de contrer Simon Legree et de protéger les autres esclaves, si elle explique qu'elle a "un pouvoir sur lui" je pense que la vérité, sordide pour le spectateur de 1910 (A une époque où le mariage ou les relations sexuelles "entre les races" était puni par la loi de façon très dure en particulier dans les états du Sud). Mais nous ne pouvons évidemment regarder ce vénérable mais ô combien fautif objet antique de 1910, comme le prochain James Bond, cela va sans dire.
Reste que, en fascinant les spectateurs une heure durant, ce film a du contribuer énormément à l'avancée du cinéma, et probablement aussi, en choisissant un spectacle aussi apprécié, et établi que ce roman, pour le faire accepter par les élites conservatrices, tout en flattant leur bon sens Chrétien... blanc.
Beaucoup, beaucoup plus qu'une curiosité: ce film a beau être complètement assujetti à l'autre (le film d'animation de Clyde Geronimi, Hamilton Luske et Wilfred Jackson, en 1953), au point d'avoir été disponible un moment sous la forme d'un bonus de luxe dans l'édition DVD du classique Disney, mais je pense qu'il faut quand même le réévaluer: pour commencer, non seulement c'est la première version cinématographique du récit de Barrie, mais c'est aussi la seule à laquelle l'auteur ait participé...
D'ailleurs ça se sent un peu dans le prologue étiré, qui reprend non seulement toute l'action de la pièce, mais en prime essaie de jouer uniquement autour d'un seul décor: la chambre des enfants, le lieu de la maison des Darling qui reste évidemment le plus important. ON assiste donc aux préparatifs du coucher, l'arrivée de Nana l'étrange chien/gouvernante, la vision furtive d'un garçon à la fenêtre par Mme Darling (Esther Ralston), puis les différentes façons de temporiser utilisées par les enfants pour ne pas aller au lit.
Et puis une fois les parents (et le chien) partis, l'arrivée de Peter Pan (Betty Bronson) précédé de la fée Tinker Bell (Virginia Brown Faire): le reste de l'histoire on le connaît... sauf que cette fois, il y a à mon sens beaucoup plus d'ambiguïté dans la distribution. Je vais le dire de suite, afin qu'on ne se méprenne: non, je ne parle pas des rapports entre Wendy-Mary Brian et Peter-Betty Bronson. A aucun moment le spectre d'une quelconque romance entre les deux jeunes femmes n'a du traverser les esprits, ni du metteur en scène, ni des actrices. Le choix de Betty Bronson était dicté par un aspect pratique: ce serait beaucoup plus facile d'employer une actrice plus vieille que le rôle, afin de "détacher"Peter des autres "lost boys" de l'histoire, qu'un acteur plus vieux. Et c'est en garçon (et en lutin espiègle) que Betty Bronson joue le rôle...
Non ce qui est ambigu, c'est le décalage entre les volontés de Peter (rester jeune, et si possible pré-pubère, pour l'éternité) et Wendy (Dès le départ son attirance, même innocente, pour Peter, est évidente, et elle passe tout le film à essayer de lui faire dire qu'il est son petit ami... en vain). Tout le film semble être le rêve de quelqu'un (Wendy?) qui se voit plus ou moins obligé(e) de rester en enfance.
Ce qui date le plus le film, c'est sans doute son appartenance à ce genre qui embarrassait tant le cinéma Américain, le merveilleux. Peu représenté, c'est le moins qu'on puisse dire, le genre fantastique dans le cinéma muet Américain avait tout au plus les sagas d'Oz dans les années 10, certains films avec Anette Kellerman en sirène, l'étrange tentative The blue bird de Maurice Tourneur, (1918) assez séduisant dans l'ensemble, et sinon, The thief of Bagdad. C'est à peu près tout ce qui me vient à l'esprit. Et après? Pas grand chose en fait: en dépit du succès certain de ce Peter Pan, le film de 1925 A kiss for Cinderella serait le champ du cygne du genre, en même temps qu'un retour à la froide réalité d'un succès d'estime aussi bien pour Brenon (qui s'en relèverait) que pour Bronson (qui ne s'en relèvera pas)...
Le choix de coller à la pièce originale est un peu déroutant, et c'est d'ailleurs ce qui rend le prologue de près de 35 minutes assez pesant. Mais Brenon, quand il accède à Never Neverland, y trouve un second souffle, et on sent bien que tout le monde s'amuse. Outre Bronson qui est absolument parfaite pour le rôle, on a Ernest Torrence d'une part, qui fait exactement ce qu'on attend de lui en Capitaine Hook. Et en Tiger Lily, fille de chef indien, on a une nouvelle fois une occasion manquée pour Anna May Wong...
Si Peter Pan est réussi c'est en raison de l'adéquation de Brenon, de son équipe et de tous les acteurs au projet: jamais le film ne s'aventure trop loin dans les coulisses sombres de cette histoire, mais il n'y a pas non plus cette volonté de tout aseptiser d'une façon lisse, comme les choix de Disney dans la production de 1953 ont conduit l'équipe à le faire... Le film est donc un entre-deux particulièrement réussi, où les enfants volent, les crocodiles mangent, et les sirènes bronzent. Certes, ce n'est pas le Voleur de Bagdad; mais ce Peter Pan-ci me semble tellement plus tangible que l'autre, voire que celui, assez désastreux, de Joe Wright...
"Autour de...", c'était depuis Autour de La roue (de Blaise Cendrars, consacré au film-fleuve de Gance) le type de titre qui était donné aux films documentaires consacrés au tournage d'un film. Gance, qui financera lui-même outre Autour de La Roue (une bobine), un Autour de Napoléon (deux bobines) qu'on aimerait revoir, et un Autour de La fin du monde (également deux bobines) précieux qui contient de nombreuses images absentes du film fini, a créé une tendance, mais il n'était pas l'auteur unique des films en question. C'est également le cas de ce court métrage, signé par un journaliste et cinéphile, justement admirateur de Gance et de son cinéma, comme de L'Herbier.
L'idée de Dréville était simple: se déguiser en petite souris (ou pour reprendre l'expression Anglais, en "mouche sur le mur") et filmer le tournage de l'énorme superproduction L'Argent, de Marcel L'Herbier, en essayant de tout embrasser. La liberté dont Dréville a bénéficié sur le tournage se voit à l'écran, et on ne peut qu'être enthousiaste devant un film (de 39 minutes) aussi complet sur le quotidien d'une équipe de film. Il fait voir les images que Dréville a réussi à prendre de Brigitte Helm, Marie Glory, Henry Victor ou Pierre Alcover, tous concentrés sur la réussite d'un film auquel ils croyaient. Il reste que le plus fascinant à regarder est toujours L'Herbier, investi au point de modeler chaque mouvement de chaque geste pour ses acteurs... Et la technique cinématographique, dont l'amateur Dréville n'avait qu'une connaissance de fan, devient souvent non seulement le sujet objectif du film, elle est aussi utilisée à un degré d'invention rare pour un documentaire...