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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 16:54

Au XIXe siècle, dans un coin boisé du Berry (normal, on est chez George Sand), vit une petite communauté de braves gens, qui sont observés de loin par Fanchon (en Français, la Petite Fadette, interprétée par Mary Pickford), une sauvageonne qui vit à l'écart avec sa grande-mère; on soupçonne cette dernière de sorcellerie... Mais Fanchon est fascinée par "les autres", et surtout par Landry (Jack Standing), le fils d'un des notables locaux. Quand elle le voit aux bras de sa promise Madelon (Lottie Pickford), Fanchon décide de la remplacer purement et simplement...

C'est une rareté, retrouvée dans les vingt dernières années entre Londres (le BFI, où Kevin Brownlow en aurait visionné une copie incomplète dès 1999), et Paris (La cinémathèque Française, où l'on aurait "trouvé" une copie en 2012); le film était un souvenir ému de Mary Pickford qui commençait à vraiment contrôler sa carrière, et qui jouait ici en compagnie de sa soeur Lottie et de son frère Jack. C'est sa première collaboration avec quelqu'un qui va jouer un rôle important dans sa vie, la scénariste Frances Marion. Le réalisateur est loin d'être un inconnu, puisque James Kirkwood était un ancien collègue de bureau, en quelque sorte: un acteur de chez Griffith (très souvent employé dans les films Indiens), qui était passé à a réalisation en 1912...

Et justement, la réalisation, parlons-en: si le principal choix est ici de repérer des localités (en Pennsylvanie) qui peuvent à peu près passer pour le Berry, et les cadrer dans des compositions toujours pertinentes, je dirais que la mise en scène reste malgré tout soumise à 100% à la star. Ca ne nous étonnera pas, car le film est vraiment un écrin pour le jeu enjoué et dynamique de Mary Pickford, mais dans une version nettement moins enfantine que d'habitude. Elle est une jeune personne qui arrive à l'âge adulte et se sent prête à se mesurer avec les jeunes femmes de "l'autre monde" (à commencer par la pauvre Madelon qui en prend pour son grade), et expérimenter avec son capital de séduction. Si on excepte l'impression irritante que les villageois de ce coin du Berry sont embarqués dans une ronde perpétuelle (mais c'est le point de vue de "Fanchon", après tout), le film est une bien belle aventure cinématographique qui de surcroît resplendit dans une reconstitution de grande qualité...

 

 

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Published by François Massarelli - dans 1915 Muet Mary Pickford **
11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 16:29

Il n'y avait pas grand chose (à part la fameuse séquence de rêve justement célébrée) dans le premier film de Renoir (La fille de l'eau, sorti en 1924), pour le distinguer du tout-venant! La maladresse "amateur" de l'interprétation comme de la direction, le mélodrame sans âme ni originalité, tout destinait le film à l'oubli... Mais Renoir a tout changé, et si on en croit ses dires (mais sur ce coup-là, on le croit sur parole), il a vu un film, en 1923, qui a changé sa vie, sa vision du cinéma, et l'a persuadé de s'acharner sur un art qui s'était jusqu'alors montré particulièrement ingrat: le film en question est Foolish wives, de Erich Von Stroheim... Ce devait donc être en 1924, car le metteur en scène datait cette vision d'après l'accomplissement de La fille de l'eau... Afin de transposer Stroheim au cinéma (Stroheim qui s'apprêtait à son corps défendant à être de nouveau dans l'actualité, puisque The Merry-go-round, Greed et The merry widow n'allaient pas tarder à faire également leur apparition en Europe), le choix de Renoir aura été de se ruer sur l'inévitable auteur naturaliste le plus évident à travers Zola. 

Dans Nana, Zola s'est livré à un exercice qui selon moi (c'est mon impression et je vous la livre) confine à l'auto-parodie; tout se passe comme si l'écrivain, qui rappelons-le s'est pris à son propre piège de la peinture complète d'une famille, s'était amusé à appliquer à la lettre les méthodes et l'univers qu'on lui reprochait! Il en résulte un roman certes au vitriol, mais qui me donne singulièrement l'impression de rater sa cible, en visant les turpitudes de la bourgeoisie et la noblesse par le biais de la petite gourgandine qui n'en finit pas d'être un miroir déformant assez repoussant des classes les plus populaires. l'idée de Renoir était probablement de se saisir d'un matériau qui pourrait être choquant, tant il avait compris que le cinéma de Stroheim intégrait justement cette provocation: Karamzin, dans Foolish wives, est systématiquement plus vil qu'on n'aurait pu l'envisager dans les films de l'époque... Alors Nana et son cortège de coucheries, de promotion canapé, et sa petite vérole, c'était du bonheur, dans cette perspective. Sans parler du fait que le cinéaste allait pouvoir y transposer sa vision héritée à la fois d'une enfance heureuse, et des films de son idole, des relations ancillaires, un sujet qui ne le quitterait d'ailleurs jamais.

Mais le projet était maudit dès le départ: Catherine Hessling.

L'actrice, bombardée diva, star, vedette, étoile, centre névralgique, est une actrice atroce, surtout dans Nana. Pire: elle doit jouer une actrice qui joue mal... C'est embarrassant, puisqu'on ne voit finalement aucune différence... 

Et puis vouloir être Stroheim, c'est bien joli, mais il faut savoir y faire en matière de montage, en particulier dans le fait de vouloir insérer des détails. Renoir le fait, un peu, mais le plus souvent, il nous éloigne de l'action en cadrant le décors certes impressionnants mais aussi étouffants, du film; une scène d'extérieurs se plante dans les grandes largeurs parce qu'on VOIT que c'est en studio, et parce qu'elle dure 15 minutes, pour trente secondes d'intérêt. L'éclairage ne tient pas debout, et les acteurs sont gâchés...

Il y a des qualités, dans ce film, malgré tout, maintenant qu'on peut le voir dans une version plus respectueuse aussi bien de sa continuité que de sa vitesse de défilement (contrairement à ce qui se passe souvent, le film gagne à être vu à un rythme pas trop rapide, rétablissant les tensions, notamment dans le contraste entre le jeu outrageusement affecté, c'est un euphémisme, de Catherine Hessling, et la lenteur calculée de Werner Krauss. Le sous-texte sur les domestiques est très réussi, grâce à Valeska Gert en particulier. L'ironie du cinéaste rejoint souvent celle de l'écrivain, et Jean Angelo garde une certaine prestance qui sied à son personnage... mais tout ceci reste trop dans l'ombre de l'une des pires interprétations de l'histoire. 

Notons pour finir, qu'en raison de la présence de Renoir, ce film plus que médiocre a bonne presse, et a fait l'objet d'une impressionnante restauration. Passons...

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Published by François Massarelli - dans Jean Renoir 1926 Muet **
29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 16:22

Une troupe Russe se produit dans des music-halls Américains; à la faveur d'un accident, le riche playboy Eugene Foster (Lowell Sherman) rencontre la danseuse Vera Narova (Florence Vidor), et par un stratagème, lui fait croire qu'il l'a sauvée dans un accident. Le soir même, il se rend à une représentation de la troupe et à partir de ce moment, ne lâche plus la jeune femme, qui le lui rend bien, poussant son partenaire Norodin (Clive Brook), qui l'aime depuis longtemps, dans ses derniers retranchements...

Ce synopsis ne rend pas justice au film, qui donne dans ce cas l'impression d'être un mélodrame sans aucune saveur, alors que... pour commencer, j'ai utilisé le terme de "stratagème" concernant Foster, qui a plusieurs reprises dans le film tire avantage de la gentillesse des autres pour se faire très bien voir. Mais c'est aussi par un stratagème que Norodin fera changer sa cote auprès de la belle Vera. Et si un mélodrame irait probablement dans deux possibles directions (Soit vers un couple Norodin - Vera, les artistes entre eux, soit vers l'abandon du show business par Vera et son mariage avec Foster, car les meilleures choses ont une fin), elles seraient de toute façon hautement prévisible, alors que la lutte pour le coeur de la jeune femme, dans ce film, laisse le spectateur dans l'expectative jusqu'au bout... C'est donc très bien mené.

Et surtout, Wellman qui sort de westerns (tous perdus), et qui rêve déjà de tourner des films de guerre pour raconter "sa" vérité des combats aériens, ce qu'il fera effectivement, tourne son film à la fois comme une comédie, mais surtout en imposant à ses acteurs d'agir et de jouer, toujours, juste. C'est frappant, comme l'impression qui se dégage de ce film, dans lequel le metteur en scène tente des choses qui n'étaient pas forcément encore du tout venant (un jeu d'ombres remarquables, des truquages inattendus), mais le fait dans un dosage absolument parfait: le juste milieu, en tout, voilà ce qui caractérise le style de William Wellman dans ce film parfaitement découpé, et fort bien interprété. Il n'a pas eu de succès, mais il a quand même valu au bouillonnant et têtu metteur en scène, l'un des dix ou quinze génies de son art, la confiance d'un studio, et donc...

...Wings. Excusez du peu.

 

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Published by François Massarelli - dans 1926 Muet Comédie William Wellman **
26 octobre 2018 5 26 /10 /octobre /2018 09:04

Les années 20 auront été le théâtre, en Europe et surtout en France, de l'éclosion inattendue d'un grand nombre de cinéastes auto-proclamés. Inattendue parce que dès cette époque, ce qu'on appelle aussi le septième art est quand même déjà, de façon évidente, une industrie, et que la vaste majorité des metteurs en scène sont des techniciens ayant appris leur métier en studio: alors qu'avec Renoir, Chomette, mais aussi le jeune Carné ou encore Man Ray on parle de passionnés, qui ont sauté le pas, trouvé un financement, et commencé une carrière... Qui pour certains allait les mener loin.

Le financement des premiers films de Renoir (et avant celui-ci, du long métrage Catherine ou une vie sans joie d'Albert Dieudonné, produit par le fils du peintre) était lié à son patrimoine: besoin d'argent? Vite, vendons quelques tableaux! Ce qui lui a permis effectivement de réaliser ce film, mais aussi de s'imposer sans trop rencontrer de résistance comme le patron: tant mieux, parce que sinon il était mal parti...

Gudule (Catherine Hessling) est une "fille de l'eau", qui vit sur une péniche avec son père et son inquiétant oncle (Pierre Philippe). Un jour, le père disparaît, tout bêtement tombé de la péniche et noyé... L'oncle hérite de l'affaire et ne tarde pas à tout perdre en plongeant dans l'alcool... Il aura juste le temps de tenter de violer la petite avant. Elle s'enfuit, est recueillie par des gitans, qui rencontrent un problème avec la population locale, ce qui pousse la jeune femme à retourner sur les routes. Elle est finalement recueillie par une famille de braves gens, dont le fils (Harold Lewingston) en pince pour elle. Mais l'oncle refait surface et demande de l'argent...

Il y a un passage que l'histoire du cinéma a estampillé "incontournable", à peu près au centre du film: c'est un rêve délirant, qui a été influencé sans aucun doute par la vision du Brasier ardent, d'Ivan Mosjoukine: ce film génial de 1923 est celui qui lui a donné l'envie de faire du cinéma... Le rêve n'a ni queue ni tête, mais c'est effectivement une concentration d'idées qui n'ont pas peur d'être saugrenues, bien enchaînées les unes aux autres... Et la scène du viol, un sujet qui décidément semble inspirer le cinéma, Renoir montre qu'il a compris le montage, et comment associer le spectateur à ce qui lui est montré.

Mais pour le reste, ce film vaguement naturaliste est d'un inintérêt généralisé. Catherine Hessling est atroce (je lui taillerai un costard un autre jour, et puis c'est tellement facile), mais à sa décharge, elle n'était pas comédienne, après tout. Pas plus que tous les autres protagonistes, pas plus du reste que Renoir n'était un cinéaste. En 1924 du moins, car parfois, pas souvent mais parfois, ça se discute.

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Published by François Massarelli - dans 1924 Muet Jean Renoir **
7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 09:55

Vera Blaine (Marguerite Namara), une jeune femme tout à fait comme il faut de la bonne société du Sud, tombe amoureuse d'un beau ténébreux, l'écrivain Brésilien José Dalmarez (Rudolph Valentino). Tout irait pour le mieux si le sombre et louche individu ne lui proposait de partir avec lui pour le Brésil, sans passer par la case mariage. Elle ne se laisse pas faire, et refait sa vie, pendant que Dalmarez part seul. Une fois au Brésil, il continue ses petites habitudes, et se met une famille à dos en séduisant une jeune femme... Un événement qui aura des répercussions: l'une d'entre elle est qu'il doit fuir, et pourquoi pas rentrer aux Etats-Unis, là où il sait qu'il pourra faire chanter Vera...

Voilà un film déséquilibré: en effet, de six bobines à l'origine, ce véhicule pour la star mineure Marguerite Namara (Cantatrice à l'origine, marchant sur les pas de Geraldine Farrar) a été retaillé pour s'accommoder, l'année suivante, de l'énorme succès de The four horsemen of the apocalypse, qui cette fois mettait en vedette Valentino dans le rôle de Julio Desnoyers. Le remontage de ce film a consisté en la suppression de nombreuses scènes qui ne faisaient pas intervenir la star Latine. De ce déséquilibre effectif, naît un déséquilibre affectif, puisqu'il est difficile pour le public de s'identifier avec la vedette réelle du film, qui devient presque un rôle secondaire.

Maintenant, on est bien sûr face à un mélodrame très classique, aux relents xénophobes, une constante de ces premières année de la carrière de Valentino, mais aussi un film assez adroitement mis en scène par un réalisateur accoutumé au rythme des serials, qui commence à s'intéresser à son film vers la fin, lorsqu'il est question d'une enquête sur une affaire trouble de meurtre, un meurtre que nous croyons d'ailleurs avoir vu, mais...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 **
7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 09:39

Norman Kerry, au fond, c'est un type formidable; c'est aussi un acteur, au mieux, compétent, au pire, fade. pas de quoi fouetter un chat, quoi, surtout quand il se retrouve à jouer face à Lillian Gish, ou Lon Chaney, ou Mary Pickford. S'il a été à un moment condamné à jouer les utilités, en smoking (The Phantom of the Opera), en forain (The Unknown) ou en chevalier avec perruque (The Hunchback of Notre-Dame), il fut un temps où le jeune homme pouvait prétendre à une carrière de premier plan: c'est ce qu'on va voir en parlant de ce petit film oublié, mais dont les qualités sont évidentes.

Hamilton Jones (Kerry) est un cambrioleur, le genre à s'afficher auprès de la bonne société le jour, et à fracturer des coffres la nuit, sans jamais quitter ses guêtres, ni se départir d'un sourire franc et massif de type bien. J'allais écrire "d'honnête homme", mais vu les circonstances... Un jour, il entend une voix, en passant devant une mission où m'on chante des hymnes, et entre: il tombe sous le charme. De la mission, celle du réformateur Eli Barker (Harry Holden), un peu; mais surtout le charme de Dawn Emerson (Wanda Hawley), femme perdue qui s'est retrouvée en travaillant aux côtés de Barker; pour elle, Hamilton va changer, et mettre son argent bien mal acquis au service de ceux qui en ont besoin. Ce qui ne plaira pas à tout le monde, du reste: un des paroissiens de la mission, qui a des vues sur la belle Dawn, va en effet lui amener de sérieux ennuis, en rappelant son principal hobby à la police...

Le reste du film est pris par un procès, dans lequel les gens de la mission, quel que soit leur niveau de responsabilité, vont s'impliquer pour sortir des ennuis le brave Hamilton. C'est donc à un scénario à la Capra, quinze ou vingt ans avant, que nous sommes confrontés... mais Emmett Flynn, s'il n'est pas Capra, n'est pas non plus n'importe qui: il a mis en scène son film avec un flair certain pour les détails "couleur locale", des décors (le plus souvent de studio, mais c'est assez convaincant), au comportement des gens de la mission, captés avec tendresse dans leurs gestes du quotidien; il a d'ailleurs confié le rôle de ces personnages très secondaires, à des acteurs, et ne leur demande jamais de faire tapisserie. Il a tourné une formidable scène de poursuite sur les toits, dans laquelle il varie avec beaucoup de bonheur les angles de prise de vue. Et il tourne des séquences nocturnes de toute beauté...

Et Norman Kerry, dans tout ça, est pour une fois totalement approprié: un rôle comme celui-ci requiert une grande dose de sympathie naturelle, de légèreté émotionnelle, et le gaillard était taillé pour son gentleman cambrioleur. En jouant un type aisé, le coeur sur la main, sans grande ambiguïté psychologique, Kerry n'avait finalement pas à forcer. Car, je le redis ici, c'est vraiment un type bien, et c'est d'ailleurs à ça qu'on doit la survie de ce film, et sa publication aujourd'hui en blu-ray. Car le brave type prêt à aider son meilleur copain en cas de coup dur, l'a fait, en demandant à Flynn d'engager un acteur de ses amis et de gonfler son rôle de figuration pour lui donner de quoi payer son loyer; on le voit peu, mais on le reconnait aisément: il s'appelait Rudolph Valentino.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919 **
4 octobre 2018 4 04 /10 /octobre /2018 18:58

Décidément, le temps qui passe a vraiment été impitoyable avec ce pauvre Rudolph Valentino, dont tant de films ont été perdus, et beaucoup ne nous sont parvenus que dans des versions tronquées. C'est le cas de ce long métrage officiellement crédité à Edmund Mortimer (un illustre inconnu pour moi), mais que la sagesse populaire attribue à Paul Powell. Valentino y interprète un second rôle, mais la copie disponible, qui ne dure que deux bobines sur les cinq originales, lui donne certainement un rôle bien plus important, proportionnellement...

Dans un petit port de pêche, le patron local est obsédé par son appartenance supposée à la noblesse Britannique; il aimerait que sa fille (Carmel Myers) entre dans la bonne société. Pendant un séjour de cette dernière dans la bonne société de San Francisco, elle fait la rencontre de Dick Bradley (Valentino), golden boy local... Ils tombent amoureux, mais la jeune femme apprend qu'elle ne serait pas de la noblesse, ce qui change évidemment automatiquement son image auprès de ses nouveaux amis. Rentrée chez elle, elle reçoit la visite de Dick, qui arrive au bon moment: un pêcheur local veut en effet la kidnapper...

Le film est plus qu'anecdotique, mais on y remarque un certain détachement, comme si personne, là-dedans, n'y croyait vraiment. C'est renforcé par la prestation de Zasu Pitts qui en fait des tonnes en amoureuse jalouse du marin qui en pince pour l'héroïne. Elle ne se prive absolument pas de sortir toute une batterie d'effets comiques, qui, honnêtement, font un bien fou à ce pensum d'un autre âge.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1918 Comédie Film perdu **
3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 15:16

Après le Sheik de 1921 (The Sheik, George Melford), Rudolph Valentino allait être confronté à à peu près tous les exotismes, lui qui avait souvent, dans un premier temps, été condamné aux rôles de latin lover et autres séducteurs interlopes, n'était certes pas sorti des stéréotypes... On connaît mal ce film de Phil Rosen, déjà un solide vétéran quand il a tourné ce long métrage: et pour cause, The young Rajah est perdu. Pas totalement, mais pas loin, car les fragments qui nous sont parvenus, totalisant une quarantaine de minutes, sont d'une qualité plus que douteuse...

Un adjectif qui sied d'ailleurs au film. Ne l'entendez pas comme une critique du travail de Mr Rosen, ou de l'interprétation de Rudolph Valentino... L'un comme l'autre, soumis à un contrat avec Paramount, s'acquittent de leur tâche avec un grand talent, après tout. Non, c'est que réflexion qui est motivée par l'étrangeté particulière de ce film, qui dépasse tout en matière de grand n'importe quoi.

Aux Etats-Unis, la famille Judd a recueilli un jeune héritier d'un noble Indien (d'Inde, pas un Américain Natif), sauvé in extremis d'une mort certaine par des fidèles sujets de son maharajah de père. Le prince, élevé à l'Américaine sous le nom d'Amos Judd, est doté d'un talent particulier: il peut voir l'avenir par des flashes incontrôlables; ce qui lui vaudra en vérité plus d'ennuis qu'autre chose, lorsque pour éviter un coup qu'il sait mortel, il se déplacera, entraînant la mort de son attaquant, un étudiant jaloux. Il n'en fallait guère plus pour justifier une réputation de meurtrier...

Et une réputation comme celle-là, ça n'aide pas aux amourettes avec la belle Molly Cabot (Wanda Hawley), surtout qu'elle combat régulièrement son attirance pour le jeune Amos. La raison? Le préjugé racial, tout bonnement...

Donc, d'une part, le film coche toutes les cases d'un véhicule pour l'acteur Valentino: séduction, exotisme, masculinité, délicatesse des sentiments, fragilité due à un destin difficile, romantisme échevelé, prouesses physiques, et scène de semi-nudité (ici sportive, puisqu'en bon étudiant de la haute société, Amos Judd est un excellent rameur). Mais il fait plus: à l'intrigue partagée entre les fantasmes raciaux de la bonne société Américaine, on ajoute l'intrigue romantique à souhait d'un royaume d'opérette pris entre la continuité d'un bon maharajah, et un chaos indescriptible servi par un prince inquiétant dont le premier ministre n'est autre que, mais oui, J. Farrell McDonald. Ajoutez à ça le don de voir l'avenir et toutes les situations qu'il permet (dont du suspense), vous comprendrez qu'on a devant nous un cas d'école!

Seulement il fait se contenter d'un puzzle, d'ailleurs reconstitué avec soin par les équipes de Flicker Alley, qui n'ont eu à leur disposition qu'une copie fragmentaire Espagnole en 16mm, et d'extraits de bande-annonces, sans parler des inévitables photos de plateau pour combler les trous. L'objet final ressemble à une curiosité unique en son genre...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1922 Film Perdu **
29 septembre 2018 6 29 /09 /septembre /2018 15:41

Ce film, refait quelques années plus tard par le même réalisateur sous le titre The love of Sunya avec Gloria Swanson, est sans doute le film le plus connu, le mieux conservé et l'un des plus significatifs de Clara Kimball Young. Elle avait 29 ans lors du tournage, et interprète une femme bien pus jeune: Gina Ashling est à la croisée des chemins quant à son avenir: doit-elle se marier avec l'homme qu'elle aime, accepter une destinée de chanteuse, ne pas se marier et ne pas devenir cantatrice, mais rester avec sa famille dans le besoin, ou se marier avec un riche industriel pour sauver l'équilibre financier de sa famille? Alors qu'un voyageur venu des lointaines montagnes de l'Himalaya est hébergé dans sa maison, elle peut grâce à lui bénéficier d'une vision de trois de ces solutions, et faire son choix...

C'est très résumé, et j'ai essayé d'être fidèle à l'esprit de l'intrigue, mais le fait est que le film enchaîne les péripéties et hypothèses mélodramatiques, au point d'ailleurs d'être difficilement compréhensible: il est parfois malaisé de différencier les prétendants, par exemple. Mais le film fait un tel effort pour sortir des sentiers battus qu'il est plaisant à suivre, d'autant que miss Young a pris un plaisir évident à jouer les différents épisodes de ses destins possibles, en agissant subtilement sur les maquillages par exemple. Si Albert Parker était un grand metteur en scène, ça se saurait, mais il fait un travail, disons, adéquat.

Quant à la cerise sur le gâteau, c'est bien sûr la présence dans les deux dernières bobines, d'un acteur de second rôle qui est dans une des variantes du futur de l'héroïne celui qui va la précipiter dans l'amoralité et la ruine: Rudolph Valentino, dans le personnage qui parait-il a décidé Rex Ingram à l'engager pour devenir Julio Desnoyers dans The four horsemen of the apocalypse. Comme quoi...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919 **
22 septembre 2018 6 22 /09 /septembre /2018 08:38

Rudolf Valentino joue Don Juan Gallardo, un jeune Espagnol féru de corrida, qui va se marier avec la jolie Carmen (Lila Lee), mais ensuite tomber entre les griffes de la vamp Dona Sol (Nita Naldi), ce qui lui sera fatal. Passage obligé, Valentino y danse le tango de manière sensuelle, une scène qui inspirera volontiers les railleurs, et sinon il se rend à quelques rendez-vous coquins chez sa maîtresse. Autre passage obligé des films de Valentino, la séance de déshabillage et habillage, qui là encore a inspiré la joyeuse bande de gagmen du film Mud and sand sorti la même année... Dans l'intrigue, outre des retours constants sur le destin tragique des toréadors, ces sales cons, un parallèle romantique est fait avec le destin du bandit Plumitas (Walter Long), qui mourra dans les gradins quand l'apprenti boucher mourra, lui, dans l'arène...

Quelle purge! Fred Niblo était un réalisateur très compétent, mais aussi assez docile, finalement: il exécutait les films à la demande, qu'ils soient bons (The mysterious lady, The mark of Zorro), très bons (The red lily, Ben Hur), ou... embarrassants (Dangerous hours, The temptress). Il ne faisait pas de différence notable entre les scènes, s'impliquant autant pour une mise en place impliquant les comédiens principaux, dans un décor luxueux, que pour mettre en valeur, dans une intrigue secondaire, un personnage accessoire: Leo White, qui joue un second rôle sur la première partie (le beau frère de Gallardo), bénéficie de cette largesse. C'est troublant, parce que les scènes qui nous montrent Gallardo à l'oeuvre semblent n'omettre aucun cliché, aucune tentation de déraper joyeusement.

Heureusement, le film a un happy-end: le toréador meurt dans d'atroces souffrances.

A la fin, dans ce film au luxe permanent, on a le sentiment que tout le monde fait tout pour se faire parodier... Ce qui ne manquera pas d'arriver. Quel bonheur la sortie de Mud and sand (D'ailleurs triomphale!) a du être pour tous les Will Rogers, Stan Laurel et Ben Turpin de la terre!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1922 Fred Niblo **