Encore un film matrimonial de Cecil B. DeMille? Oui, mais celui-ci est vraiment spécial, à plus d'un titre. Tout d'abord, il a failli être mis en scène par William de Mille, le frère, qui est d'ailleurs l'auteur de l'argument, et qui est réputé pour sa finesse, par opposition aux gros sabots de Cecil; ensuite, il reprend la trame de Don't change your husband (1918), en la retournant, en l'épurant; notons également que le réalisateur se passe de deux de ses démons ici: Jeanie McPherson n'est pas créditée au scénario, et aucune scène d'orgie lascive pseudo-biblique ne vient ternir l'ensemble; enfin, il s'agit d'un des derniers films dans lesquels le réalisateur dirige Gloria Swanson, et celle-ci est désormais particulièrement à l'aise dans cet univers: c'est bien simple, le réalisateur lui fait reposer le film sur ses frêles épaules. Tant mieux.
D'ailleurs, les épaules de miss Swanson sont l'un des signes mis en oeuvre tout au long de ce film au cours duquel les figures de comparaison (D'une épouse à l'autre, d'un mari à sa femme) égrennent les habitudes, rituels domestiques, signes de classe ou de vulgarité, etc: comme dans les autres comédies de la même série, il s'agit ici pour un couple de se remettre en question et de passer par l'épreuve du changement, afin de se rendre compte, la crise passée, que c'est inutile. On voit donc Beth (Swanson) se séparer de son mari (Thomas Meighan) qui va se consoler avec son amie d'enfance (Bebe Daniels). Une fois le divorce accompli, Beth va changer radicalement, affichant des tenues provocantes afin de rivaliser avec les robes de sa la nouvelle Mrs Gordon, sortant dans les endroits chics et au final se battant de façon assez énergique avec sa rivale. Si le film est loin d'être féministe, au contraire (Il nous apprend tout simplement que la femme a tort jusqu'à ce qu'elle s'en rende compte et se range à l'avis de son mari... De plus, si une femme se bat, c'est pour conserver le droit d'être une épouse...), il n'en a pas moins eu un énorme succès, grâce notamment à la clarté de son intrigue, clairement centrée autour des trois personnages du triangle, et interprétée par des acteurs rodés et populaires; DeMille, fidèle à son habitude, accumule les signes du temps, phonographes et leurs disques (les chansons prenant une fois de plus part à l'intrigue), hôtels chics, visite dans les magasins, et fait feu de tout bois, multipliant les rimes: c'est parce qu'il ne voit pas souvent les épaules de son épouse que Meighan tombe dans les filets de Daniels; Celle-ci, mannequin dans une boutique de lingerie, enlève son jupon lors d'un essayage de négligé afin de mieux séduire l'homme, qui s'étonne en revanche, une fois le négligé offert à sa femme, de la présence d'un jupon: Beth est décidément trop prude pour se permettre des tenues révélatrices... A l'empressement de Daniels pour se révéler correspond chez Beth la peur maladive (Swanson est irrésistible) de trop montrer: une fois le négligé enfilé, elle se montre d'ailleurs à son mari, cachée derrière une grosse couverture.
La salle de bains, habituel révélateur de la beauté, est ici l'arêne du quotidien, l'endroit ou mari et femme s'affrontent à coup de mesquineries et d'habitudes, présente dès l'ouverture du film pour montrer la crise du couple. La scène, comparaison entre mari et femme, sera reprise pour montrer qu'une fois remarié, l'homme est toujours logé à la même enseigne: la salle de bain reste un lieu de conflit. Autre scène frappante: Meighan ne souhaite d'abord vraiment pas tromper sa femme, même si celle-ci, de toute évidence, est frigide et repousse toutes ses avances. Pourtant il a bien failli: DeMille nous présente Daniels et Meighan enlacés devant un miroir, et en un seul plan, nous montre une tentative du héros qui s'enhardit, la réaction de Daniels, sans équivoque, et puis la réaction de Meighan à sa propre initiative: lui aussi se voit dans le miroir, et refroidi, ne l'embrassera pas. Malgré tout, le parfum de la jeune femme est déja sur son menteau, il est trop tard: l'épouse saura à qoi s'en tenir...
Les acteurs sont en terrain connu: Swanson est depuis trois ans la collaboratrice de DeMille, et elle est fidèle à elle-même, excellente, se rappelant sa formation chez Sennett; Daniels est moins bonne, jouant surtout sur sa vulgarité; elle manque un peu de subtilité sans doute, mais ce n'est pas de la subtilité que DeMille lui réclame. Quant à Meighan, il est moins flegmatique, moins majordome en somme que dans Male and female (1919)... Sa gaucherie sert élégamment le propos, et le final du film l'escamote (Le mari a un accident, laissant les deux épouses quasiment s'entretuer pour s'occuper de lui), nous rappellant qu'il s'agit surtout d'une lutte entre femmes, ce qui nous rappelle un peu Male and female et l'alternance de l'affection prodiguée par Crichton aux deux jeunes femmes présentes avec lui sur l'ile.
Typique des comédies "risquées" de la période, Why change your wife prouve une fois de plus que la mise en scène de DeMille allait décidément pâtir de l'arrivée de la censure prochaine. Les sujets évoqués, les moyens mis en oeuvre allaient vraiment disparaître de son cinéma, et la subtilité et le spirituel laisser la place au religieux, et disons le, à l'hypocrisie, notamment dans Manslaughter (1922) et les Ten commandments (1923). Bref, cette comédie du divorce remplit largement son but, qui est rappelons-le de nous divertir d'une satire pas trop poussée, et de le faire mieux que dans les autres films du même genre. On se réjouit de disposer d'une oeuvre qui résume aussi bien le style d'un cinéaste, même si on ne peut s'empêcher de se demander ce qu'il serait advenu du film si William l'avait réalisé.
Parmi les constantes de l'oeuvre, nombreuses dans ce film, on notera
une de ces fameuses scènes de bain, systématiquement associé à la classe sociale de l'héroïne (Une armée de bonnes s'occupe de Swanson ici-ne serait-ce que pour la cacher à notre regard; on
retrouvera d'ailleurs une scène semblable dans la
En bref, voici une oeuvre finalement assez étrange, mais attachante, qui est d'autant plus représentative de la carrière de DeMille que, outre les aspects repris de l'oeuvre
antérieure, le metteur en scène y fait allusion à son
Sorti quelques mois à peine après
de l'autre, etc...); à ces réemplois et variations stylistiques, viennent s'ajouter des échos internes au film, cohérents et très lisibles, qui utilisent les gags de l'histoire de façon dynamique: ainsi, un détail récurrent et trivial peut-il prendre un relief inattendu: l'obsession de son mari pour les oignons empêche à un moment l'héroïne de l'embrasser, mais chez son nouveau mari, c'est l'odeur de l'alcool qu'elle décèle. Ces deux anecdotes, l'une et l'autre déterminantes, sont racontées strictement par les images. Nous sommes, déja, un peu chez Lubitsch.
Le thême de l'échange, contenu dans le titre, explicite en fait le parcours du film, dans lequel un homme las de son épouse (Qui a bien changé depuis sa prime jeunesse, désormais incarnée par Sylvia Ashton, la future Momma Sieppe de Greed, et qui force la dose de façon burlesque en abominable souillon obèse) va progressivement réussir à utiliser les circonstances pour obtenir un divorce, en utilisant les frasques extra-conjugales d'un ami, et finira par épouser une frêle et tendre jeune femme, qui plus est vertueuse. Le film fit un peu scandale en son temps, il faut dire que DeMille a forcé la dose, depuis le mari qui séduit effrontément une jeune femme rencontrée par hasard, encouragé par son propre fils, jusqu'à une séquence de boite de nuit dans laquelle un vieux beau qui a déja plusieurs conquêtes à sa table répond favorablement aux avances d'une dame d'une autre table, plutot ouvertement délurée, et qui l'invitera directement chez elle sans se faire désirer trop longtemps. Le tout est enrobé d'un parfum de comédie élégante, qui en fait le pendant satirique des grands mélodrames bourgeois de l'auteur.
Un homme frustré par sa médiocrité trafique les comptes de sa société pour offrir une vie plus décente à sa femme. Pris par le remords (Et par crainte des suites judiciaires) il s'enfuit, et réussit par une machination à se faire passer pour mort, assassiné. Et comme nous sommes dans un mélodrame, il sera accusé de son propre meurtre, mettant en danger, s'il fait éclater la vérité, le bonheur de sa '"veuve", remariée. Le titre Français,
Après un galop d'essai en forme de comédie allongée (A sailor made man), ce qui frappe avec ce nouveau film, c'est sa cohérence: il a été clairement conçu pour la longueur, et le développeent des personnages s'accompagne d'ue exposition très claire de tout un univers, agrémentée d'un flash-back. Ce sont des ingrédients particulièrement rares dans la comédie, et Lloyd, comme Keaton le fera plus tard avec Our hospitality, a réalisé qu'il ne pourrait pas y avoir d'adhésion du public si le film n'était pas ancré dans une certaine tangibilité au-delà du burlesque. Avec Grandma's boy, comédie tendre sur un adolescent attardé et timide qui devient un homme, on voit arriver le comédien dans la cour des plus grands, ou il côtoie à sa façon Griffith, Henry King, John Ford et Frank Borzage. Son film est un reflet d'une Amérique éternelle, dans laquelle on croise le shérif local tous les jours, tout le monde connait tout le monde, et ça sent le foin, et parfois la naphtaline...
Bien sur, le talisman est un stratagème: la grand mère (Anna Townsend) lui a donné en vérité la poignée d'un vieux parapluie et a inventé son histoire. Mais l'essentiel est de montrer Harold convoquer la force qui est en lui. Comme d'habitude, la progression du personnage fait le sel du film, avec des gags bien intégrés à l'ensemble, et qui ne sont jamais contre lui. On notera que si la manipulation était souvent présente dans les courts métrages, c'est la première fois qu'elle est effectuée à son insu, mais pour son bénéfice; par ailleurs, avec ce film, Lloyd s'invente bel et bien un deuxième personnage, par opposition à ce gandin trop sur de lui qui n'avait aucune émotion dans A sailor made man, ou par opposition à l'arriviste prêt à tout pour assumer son rêve Américain dans Safety last. Mais ce type de peinture tendre de l'Amérique rurale reviendra, dans Girl shy (1924), mais surtout dans le très beau The Kid brother de 1927. En attendant, il montre ici une valeur essentielle parmi celles qu'il partage, très Américaine, une glorification simple du vrai courage. Ca n'est pas révolutionnaire, mais c'est l'un des thèmes qui vont revenir de film en film. Par ailleurs, le soin apporté aux décors du village, et l'intégration d'un flash-back sur la guerre de sécession, finissent de faire du film une plaidoyer intemporel./image%2F0994617%2F20260531%2Fob_39fa60_smm2.jpg)
Réalisé à nouveau par Harry Langdon, et pensé sans doute en réaction au flop monumental de Three's a crowd, The chaser n'a fait qu'envenimer les choses. Il n'aura pas plus de succès, et ne sera jamais vraiment apprécié, bien qu'il présente une comédie noire et typique du style de Langdon, à nouveau épaulé par un script du à son complice Arthur Ripley. Le film commence par deux cartons introductifs: Dieu a fait l'homme à son image, et un peu plus tard, il a créé la femme. Les mêmes cartons reviennent en conclusion, après une heure durant laquelle les auteurs auront usé de toute leur sauvagerie et d'un certains sens de l'absurde pour explorer une certaine forme de mysoginie, mais aussi l'ineptitude de Harry en tant qu'homme...
Le principal
intérêt, finalement, est historique: en plus de la version parlante régulière, le film a existé dans une version d'exportation, muette à la façon du
Ca reste un
film sans grand intérêt, mais qui par endroits permet à Borzage d'exprimer son sens de la sacralisation de l'amour: le film est centré autour de l'amour passé du ténor pour une femme qui a été
obligée de se marier avec un autre. Le film fait la part belle à l'évocation des regrets et de la frustration de deux personnages qui s'aiment de loin et habitent l'unh en face de l'autre. Il
nous montre aussi un amour en danger, entre Maureen O'Sullivan et un bellâtre, et les efforts de Sean, le ténor, pour les sauver. Enfin, le film fait partie d'un cycle initié par Ford à la fox
avec The Shamrock handicap, en 1926, autour de ses chers acteurs Irlandais, J. Farrell Mc Donald en étant le principal représentant. Pour le reste, ce film dont la Fox a souhaité
qu'il soit partiellement tourné en Irlande, afin de soigner sa publicité, est un épisode mineur dans la carrière de Frank Borzage.