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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 10:48

La vie telle qu'elle est, voilà le slogan lancé par Feuillade pour Gaumont, qui voulait diversifier sa production, et lancer une série de films "réalistes". Il est paradoxal de constater que de cette série aux intentions véristes naitra un courant poétique fondamental du cinéma Français... Probablement à l'insu de son auteur, qui croyait sans doute dur comme fer qu'il avait peint, justement, "la vie telle qu'elle est".

 

Le trust est un des représentants de cette série, et est avec deux autres films disponible sur le coffret DVD Gaumont: le cinéma premier. Il conte une histoire qui entremêle film policier, un des premiers du genre donc, et espionnage industriel à la mode 1910... Un banquier glouton et sans scrupules s'acoquine avec un détective véreux dans le but d'assoir sa domination sur l'industrie du caoutchouc en mettant la main sur une formule de caoutchouc synthétique. Ils ne reculent devant rien: enlèvement, séquestration, intimidation, drogue, déguisement... et c'est bien là que le film prend tout son intérêt. Par certains cotés, on est, quelques années avant ces glorieux films, face à des avant-gouts de Fantômas (1913) et de ses suites, et des Vampires (1915-1916), où Feuillade travestira de façon magique les décors naturels et existants de Paris et de ses environs pour toucher à la création surréaliste avant la lettre, avec hommes et femmes masqués, poison, coups de théâtre, etc... Ici, la visite chez un concurrent va couter à Renée Carl bien des soucis: droguée, laissé inconsciente, elle ne sait pas qu'un valet a pris sa place... Un homme, enlevé de force, est amené au fin fond d'un souterrain, devant une table ou siègent trois hommes masqués, couverts par des malfrats qui pointent leur pistolet... Il ne devra son salut qu'à un stylo empli d'une encre sympathique...

Le film est bien de son époque, et le rythme bien sur s'en ressent, de plus on sait que Feuillade était friand de digressions didactiques, ainsi le coup de théâtre final est-il réexpliqué deux fois afin que le plus stupide des mal-comprenants puisse bien intégrer le principe. Mais n'oublions pas que le public de 1911 était encore peu accoutumé aux raccourcis policiers, et que tout restait à inventer. Autre signe des temps, hélas, le fait que le banquier et le détective, qui sont au-dela de toute rédemption tellement leur corruption est profonde, portent des noms qui les désignent un peu trop facilement comme Juifs, même si aucune autre allusion antisémite ne vient compléter le tableau; reste une question: Julius Kieffer et Jacob Brewick s'eppellent-ils ainsi par la volonté de Feuillade (Il était royaliste, ce qui au-delà de son génie évident, ne fait pas de lui une personne politiquement intelligente dans la France de 1911...), ou par celle de Gaumont, pas réputé pour être très progressiste en quelque domaine que ce soit? On ne saura jamais, et en faisant abstraction de cet encombrant défaut, on peut considérer Le trust comme un film important de l'oeuvre de Louis Feuillade.

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Published by François Massarelli - dans Muet Louis Feuillade 1911 *
28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 15:19

Réduit de près de la moitié de sa durée, ce film était l'un des chants du cygne de l'Albatros, la compagnie des russes émigrés qui faisaient des films de prestige pour le grand public durant les années 20. Difficile à juger d'autant que les parties conservées sont issues de plusieurs sources: chutes censurées (Moult nudité) d'un côté, version raccourcie pour le visionnage en famille au format 9,5mm d'autre part... Le film se veut une variation sur le thème du collier de la reine, et déroule les aventures de Cagliostro dans la quiétude des studios Parisiens. Hans Stüwe est un Cagliostro un brin théâtral et par trop transparent; Il évolue au milieu d'une galerie de portraits historiques, parmi lesquels on reconnait Edmond Van Daële en Louis XVI (Lui qui avait interprété Robespierre pour Gance!), Suzanne Bianchetti en Marie-Antoinette, Charles Dullin ou encore Alfred Abel.

 

Richard Oswald est un ancien pionnier du cinéma Allemand (On lui doit Anders als die Anderen (1919), film osé sur l'homosexualité, ou encore une version des Contes d'Hoffman). Une certaine science du cadrage, de l'éclairage et de l'illusionisme cher aux Studios Allemands se distingue aisément dans ce film. De plus, sa mise en scène ici ne se démarque en rien de l'élégance fonctionnelle en vogue. Bref, un film luxueux, dans l'ensemble... Mais vain. ca fait plaisir qu'un film si rare soit disponible, et on apprécie bien sur que la Cinémathèque Française puisse enfin donner à voir au grand public ses collections, mais n'y a-t-il pas plus important, y compris au sein des fonds des films Albatros? Les Nouveaux Messieurs, Carmen, de Feyder; Les films des émigrés Russes: Protazanov, Volkoff, Mosjoukine... Epstein, René Clair... Encore un cri dans le désert.

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Published by François Massarelli - dans Muet Albatros 1929 * Richard Oswald
6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 17:20

Je tiens Jacques Feyder pour le meilleur cinéaste Français des années 20, tout bonnement... Mais il faudrait le faire revenir au premier plan, ce qui n'a rien d'aisé. de temps en temps, un film se rappelle à notre bon souvenir, et la chaine Arte a beaucoup fait pour redonner l'occasion au grand public (Du moins celui qui accepte de se laisser tenter...) de voir notamment Crainquebille, Visages d'Enfants, GribicheCarmen, et même The Kiss, film Américain dont la vedette est Greta Garbo. Au sein d'une oeuvre protéiforme, plombée par la légende d'un film disparu, le Thérèse Raquin de 1927 dont tous les historiens nous disent qu'il fut sans doute son chef d'oeuvre, ce film brille d'un éclat particulier. Rare comédie politique, doublée d'une allégorie subtilement symbolique, le film est aussi un brin sentimental, cousin en cela des oeuvres du gentil mais talentueux René Clair à la même époque. Je pense en particulier aux Deux timides, mais aussi et surtout au Chapeau de paille d'italie dans lequel Clair abandonnait sa tendance à l'onirique un peu bouffon pour tenter soudain une certaine vision burlesque mais réaliste de notre société. Les nouveaux messieurs emprunte d'ailleurs à ce film son acteur principal, Albert Préjean, et se garde de pousser la satire politique jusqu'au grotesque, sauf dans une scène de rêve, qui est restée la séquence la plus célèbre du film (Durant laquelle les députés sont en fait des ballerines rêvées par un vieux politicien assoupi)...

 

Sous la troisième république, Suzanne (Gaby Morlay) est une danseuse médiocre, entretenue par le comte de Montoire-Grandpré (Henry Roussel), député installé d'une majorité de droite. Celui-ci lui promet bien sur monts et merveilles, à commencer par un peu de piston. Elle rencontre un électricien de l'opéra, Jacques Gaillac (Albert Préjean). Celui-ci est amoureux d'elle, et syndicaliste. iIs flirtent, puis elle trompe Montoire avec lui. Mais lors des élections, le populaire Gaillac est élu député, puis devient ministre... Suzanne va jouer sur les deux tableaux, mais de son coté, le comte n'a pas dit son dernier mot.

 

Pièce gentiment populaire, le film n'aurait pas du faire de vagues, proposant après tout une satire de bon aloi: le propos de Feyder n'est que d'observer la vie politique de l'intérieur, en substituant à lamour de la république l'amour d'une seule et même femme, qui va devenir la motivation principale, pour Gaillac, de devenir député, et pour Montoire, de renverser le gouvernement dont fait partie son rival. Hésitant sans cesse, la jeune femme symbolise une Troisième République instable, qui tend toutefois à se réfugier dans le giron de la droite par sécurité... et puis les petits travers et petites combines sont évoqués avec prudence, depuis l'entrevue entre adversaires qui cherchent des passe-droits et du favoritisme, à la tentation d'écarter un rival dangereux en l'exilant dans une quelconque ambassade. Pourquoi le film a-t-il été censuré? la raison officielle est toute simple: "atteinte à la dighnité du parlement"... La faute à un gouvernement (Des gouvernements, tant ils passaient vite) englué dans le conservatisme, qui souhaitait sans doute cantonner le cinéma à un rôle d'amusement public. Pour la même raison, L'Age d'or aura à subir la censure lui aussi... Mais si Feyder est loin ici de la chronique sublime de l'enfance (Visages d'enfants) ou de la peinture d'une obsession meurtrière (L'Atlantide, Carmen), il n'en reste pas moins que son film, impeccable dans son interprétation comme dans on montage, est la preuve que le cinéma Français avait à l'époque de la compagnie Albatros, un savoir-faire impressionnant, et des metteurs en scène capables non seulement de vouloir faire des films différents et ambitieux dans un cadre commercial à l'instar du cinéma Américain. ...Que Feyder dégouté par l'accueil réservé à son film allait alors rejoindre.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928 Jacques Feyder *
22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 19:19

Un petit village, en Allemagne, qui vit au rythme de ses habitants. on voit le postier, un monsieur d'un certain age, tout fier de son nouvel uniforme. on voit l'instituteur, un homme bien et tout simple qui a le respect des livres et l'affection de la population. Et puis il y a des gens, des braves gens, des petites gens, des gens normaux, dont la petite Frau Bernle, et ses quatre fils. Le plus vieux, Joseph, rêve d'aller aux Etats-Unis, le plus jeune est encore étudiant... Un beau jour, Frau Bernle offre à son fils la possibilité d'acomplir son rêve et de partir s'installer à New York. Durant ces tranquilles journées de bonheur, c'est à peine si on remarque la garnison locale qui s'installe... C'est que le temps de la guerre est venu, et aucun des quatre frères n'y échappera... Seulement l'un d'entre eux ne combattra pas du même coté, c'est tout.

Le très beau film de John Ford est l'une des preuves les plus tangibles de l'influence de Murnau non seulement sur Ford, mais d'une manière générale sur la Fox, en cette superbe année 1928. Ford réutilise le décor du marais de Sunrise, pour obtenir une superbe scène de soldats qui marchent dans la brume, et une macabre découverte qui se transforme en tragédie familiale... La guerre, filmée du point de vue d'une famille dont les membres meurent les uns après les autres, est un mal symbolique qui sépare les gens, et dont mine de rien, l'un des rescapés est Américain... Mais il n'y a pas de message cocardier pour Ford ici, juste un récit poignant et tendre, sur une famille d'êtres humains. Si on n'est pas toujours loin de la caricature (Mais sous influence Allemande, puisque la vision du postier avec son bel uniforme tout penaud à l'idée de propager des mauvaises nouvelles avec ses lettres officielles  bordées de noir, renvoie directement au Dernier des hommes de Murnau...), c'est parce que le film bénéficie d'une tendance visuelle à l'allégorie, et se situe dans un décor (Européen) réinventé, une sorte de paradis perdu, un village reconstitué en studio, qui permet à la caméra étrangement mobile de Ford (par opposition à Three bad men, par exemple) de s'approprier l'espace d'une manière très efficace, sous l'influence décisive de son collègue Allemand. Mais s'il ne choisit pas délibérément de privilégier les USA  (Plus réalistes) sur l'Allemagne, il montre quand même des circonstances différentes: on voit les trains de l'extérieur, en Allemagne, mais on a droit à visiter un wagon de métro aux Etats-unis... L'Amérique reste le pays de l'avenir ou Joseph tente sa chance, et aura des enfants, alors que l'Europe est un peu l'endroit du passé. Ailleurs, Ford se permet une petite blague discrète à l'attention de ceux qui ont vu Die Nibelungen de Lang: lors de l'introduction de Johann (Charles Morton), le forgeron, il cite la scène d'ouverture du grand film très germanique...

Et puis dans ce film qui s'intitule Four sons, comment faire l'impasse sur la mère? Après Mother Machree, avant Pilgrimage, avant The grapes of wrath, cette mère Fordienne jouée par Margaret Mann est un personnage qui a toute la tendresse de Ford, et qui lui donne le rôle central, dans le film, mais aussi dans deux scènes composées autour d'elle: elle fête son anniversaire en compagnie de ses quatre fils, tous autour de la table. c'est un moment sacré. Au début du dernier acte, elle est seule, et les imagine tous autour d'elle, par la magie de la surimpression... Le dernier acte du film nous conte comment Joseph la fait enfin venir chez lui, et ce qui n'aurait du être qu'un simple happy ending devient une anecdote riche, celle d'une vieille dame accidentée par la vie qui est perdue dans une grande ville, ne parlant pas la même langue que les habitants...

Film essentiel, de Ford bien sur, mais aussi de la Fox (Au même titre que Sunrise, Seventh Heaven, Street Angel et A Girl in every port), Four sons est aussi l'un des grands films Américains de 1928, une année exceptionnelle... La perfection du muet!

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet 1928 Première guerre mondiale *
19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 17:21

Chaplin lui a mis le pied à l'étrier, pourtant tout ce qu'on semble retenir de l'oeuvre de Monta Bell (1891 - 1958), c'est un film réalisé en 1925, avec Greta Garbo, dont c'étaient les premiers pas à la MGM: The torrent. N'étant pas inoubliable, le film a tendance à enfermer son réalisateur dans le cadre strict des réalisateurs de studio, entendre par là des exécutants sans âme... Et on y perd beaucoup, tant Monta Bell, certes en contrat avec la MGM durant la deuxième moitié des années 20, était un auteur, peu banal, un de ceux qui a fait voler en éclat les barrières entre comédie et mélodrame, avec des oeuvres sophistiquées et exigeantes, dans le droit fil de la comédie sophistiquée telle que le cinéma Américain l'a pratiquée après A woman of Paris de Chaplin, un film dont Monta Bell était l'assistant réalisateur...

Norma Shearer était en pleine ascension à cette époque, et bien sur, quelques années plus tard, le mariage avec Irving Thalberg n'était pas fait pour freiner la carrière de l'actrice. Mais pour l'heure, elle était engagée dans une liaison avec Monta Bell, qui la dirige dans Broadway after dark (1924), The snob (1924), Lady of the night, Pretty Ladies (1925), Upstage (1926) et enfin After midnight en 1927. Les quatre derniers auraient été conservés... Lady of the night est un défi particulier pour l'actrice comme pour son metteur en scène: Norma Shearer y joue un double rôle, mais débarrassé des habituelles conventions mélodramatiques de ce genre de performance: séparées à la naissance, jumelles, voire cousines; pourquoi pas inversées à la naissance par leurs parents, etc... Non, dans ce film, ce n'est presque pas important qu'une actrice ait joué le même rôle... Et il ne s'agit pas non plus de confronter l'actrice à elle-même dans une série de scènes avec de virtuoses effets spéciaux, puisque dans la plupart des plans, dans les scènes ou les deux femmes sont présentes toutes deux, on a eu recours à Lucille Le Sueur, a.k.a. Joan Crawford, pour jouer la doublure de Miss Shearer... qui de fait interprète deux femmes que tout sépare.

Elle est Florence Banning, une jeune femme de la bourgeoisie, fille de juge, qui a perdu sa maman très tôt, et Molly Helmer, une fille de la zone, née d'un père qui a été condamné à 20 ans de pénitencier (...par le juge Banning, bien sûr). Les deux grandissent en parallèle, et vont bientôt être réunies par l'entrée d'un jeune homme dans leurs vies: David Page (Malcom McGregor), un ami de Chunky (George K. Arthur), le prétendant de Molly, est un inventeur qui a mis au point un système qui permet de forcer n'importe quel coffre-fort... ou de le rendre inviolable. Confronté à ce choix, il suit l'avis de Molly, qui lui conseille d'aller démarcher auprès des banquiers. C'est ainsi qu'il fait la rencontre de Florence, dont le père fait partie des administrateurs de la banque. Page, amoureux, reverra Florence, et c'est dans son atelier qu'un jour, les deux femmes vont se trouver face à face... Pendant ce temps, Chunky se désespère de jamais intéresser Molly, avec laquelle il aimerait tant partir vers l'ouest et fonder une famille...

La première vision de Norma Shearer dans le film est un plan de Florence, qui sort pour la dernière fois de son école, avant d'affronter la vie, sans douleur évidemment. Elle est maquillée comme on a l'habitude de voir l'actrice, ce qui fait que la séquence suivante est un grand choc: Molly, en effet, est vue sortant elle aussi d'un lieu d'éducation, en compagnie de deux amies, mais c'est bien évidemment une maison de redressement, et l'actrice n'arbore aucun maquillage. Il est dur de la reconnaître... Mais cela ne va pas durer; pour incarner Molly devenue partenaire professionnelle de danse (taxi dancer), Shearer porte un excès de maquillage, a des gestes et des attitudes qui la rendent volontiers vulgaire: rouge à lèvres à la truelle, kohl envahissant, "mouche" e tutti quanti. L'éclairage va jouer un rôle aussi pour différencier les deux univers, et Monta bell prend un malin plaisir à les mettre en parallèle en montant les séquences dans un chassé croisé entre les deux... De fait, Norma Shearer incarne ici non seulement deux femmes, mais d'une certaine façon toutes les femmes. et l'attirance de l'une et de l'autre pour le même homme revêt un caractère symbolique. Page lui-même le dit: sans Molly, il n'aurait pas rencontré Florence, mais il ne s'attribue pas d'autre dette à l'égard de la jeune femme, qui sait bien que David, une fois passé de l'autre côté n'aura pas la moindre pensée pour celle qu'il considère comme une bonne copine, sans plus. Le conte devient cruel, lorsque Shearer-Florence vient répondre à l'amour de David en se rendant chez lui, dans son atelier, et soudain ils sont interrompus par Shearer-Molly, qui sait qu'elle n'a aucune chance, s'excuse et sort. Mais d'une part, elle reste à la porte, et entend une bonne part de leur conversation, et d'autre part, il a fallu un seul coup d'oeil à Florence pour comprendre les sentiments de sa rivale. Lorsque Molly sort de l'immeuble, elle s'introduit dans la voiture de Florence, pour l'attendre. Aucune agressivité, juste une envie de partager quelques instants de complicité avec celle pour le bénéfice de laquelle elle va se sacrifier...

La très grande force de ce film, ce sont les personnages, auquel Monta Bell a fait très attention, non seulement dans sa direction d'acteurs, mais aussi par son utilisation de chaque détail afin de caractériser à la perfection les protagonistes du film, qui pour chacun d'entre eux, réussit à sortir de l'ornière des clichés... George K. Arthur, comique Anglais que la MGM n'allait pas tarder à essayer de starifier, mais sans grand résultat, interprète le personnage de Chunky, le second couteau, qui apparaît comme le protecteur de Molly, dans la première scène qu'ils partagent. Mais un peu Chaplinien sur les bords, Arthur ne fait pas illusion très longtemps... Il va ensuite vite montrer des signes de jalousie impuissante devant la montée en influence de David auprès de Molly. Plus tard, lorsque celle-ci apprend de David que ce dernier a rencontré une jeune femme et en parle avec émotion, on voit Chunky redevenir très heureux... Il est souvent comique certes, mais réellement touchant, tant les émotions qu'il expérimente sont claires, et sincères. De fait, ce pauvre David, aveugle à l'amour de Molly, est bien vite catalogué comme une grande andouille, ne se rendant pas compte de la tendresse que lui manifeste sa "meilleure copine", qu'il croit amoureuse de Chunky. C'est Florence qui lui apprendra le pot-aux-roses, comme on l'a dit. Lors de cette scène-clé, Florence lui dit qu'en tant que femme, elle sait reconnaître ce type de sentiment... Mais chez Chunky, c'est évident! Le personnage passe beaucoup de temps, à faire les cent pas à l'extérieur de la maison ou habite Molly. Il est aussi souvent fourré chez elle, et une petite scène voit Monta Bell faire la preuve de sa maîtrise: elle a cuisiné, pour David, et s'affaire dans la salle à manger. Chaque objet, chaque détail du décor est parfaitement en évidence. Chunky pourtant arrive avant David, il n'est pas invité, c'est un peu embarrassant, mais il remarque un petit détail qui nous a échappé: un rayon de lumière, qui entre chez Molly par un trou dans un rideau. Il tente d'attraper le rayon, mais referme son poing, alors que le rayon a disparu... Chunky vient, pour la fin du premier acte du film, d'abdiquer son amour... Puis le rayon de lumière disparaît définitivement, car de l'autre côté de la porte et du rideau troué, David vient d'arriver, et cache la lumière.

Chaque geste, précis et souvent filmé au plus près, est d'une grande efficacité. le sens du détail dont on a déjà parlé frappe aussi, comme par exemple dans la première scène, qui voit le père de Molly au chevet de son épouse qui vient d'accoucher, avec un gros plan d'une petite main de bébé qui tripote la chaîne des menottes de son père, ce qui explique a posteriori la présence d'un policier qui attend dans le couloir durant la scène... C'est peu dire par ailleurs de rappeler que Bell a d'abord été monteur, puis assistant réalisateur d'un maniaque... Le film, malgré ses 64 minutes, est d'une incroyable richesse, bien qu'il n'aurait pu être qu'un simple mélo. Le numéro d'actrice, voire d'actrices de Shearer est époustouflant, et contribue à faire du film bien plus que cela. La mise en scène de Bell va encore plus loin, et on brûle de voir d'autres films du duo.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925 Monta Bell *
11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 17:44

Le premier film de Lloyd distribué par la glorieuse et aristocratique paramount est aussi le premier film signé en solo par Sam Taylor. Il partira ensuite, accomplissant divers films d'importances variées, mais soyons justes: d'une part, ses meilleurs films sont ceux qu'il a réalisé ou co-réalisé aux cotés de Lloyd, et d'autre part, une fois de plus, c'est Lloyd le patron. Un patron qui joue gros, toutefois, car il sait que s'il reste son propre producteur, le prestige qui accompagne la parrainage par la firme paramount est impressionnant. Son nouveau film, pourtant, renoue avec de nombreux aspects de son héritage des années Roach, à commencer par des acteurs: Noah Young a ici un rôle important, mais on verra aussi Leo Willis. Ces deux-là ont été souvent les méchants grandioses des films de Charley Chase, Laurel & Hardy... et Harold Lloyd.

 

A nouveau, des années après A sailor-made man, Lloyd joue un homme riche: J. Harold Manners est insupportable, imbu de lui-même, et vit dans une tour d'ivoire conférée par ses moyens infinis. Il s'achète une voiture pour aller avec son costume, et en change en un claquement de chéquier quand il y a un problème. Il ne montre aucune émotion. Inversement, la ission de Slattery Row est une simple roulotte, dont le Père Paul espère un jour faire un vrai toit si un mécène se déclare. Mais s'il fallait compter sur tous les Manners de Los Angeles, ce serait mal parti. On s'en doute, c'est pourtant bien J. Harold Manners qui va fournir les 1000 dollars nécessaires, mais par méprise. Une fois la mission construite, il va s'y rendre pour protester que son nom y soit associé, et y rencontrer la fille de Paul, jouée par Jobyna Ralston. Devinez la suite...

 

Le début du film est un plan de père Paul en pleine évangélisation; il y a un travelling arière, mais ce n'est pas un trompe l'oeil comme souvent. Les trois premières minutes, sans aucun gag, exposent tout simplement ce qui va être le théâtre du film: les rues de Los Angeles, vécues par les sans-abri, les oubliés de la vie... et les malfrats, bien sur. C'est une tendance de ce film, d'éviter tout angélisme, et de confondre assez facilement les pauvres et les gens malhonnêtes. mais les riches en prennet pour leur grade, via l'horrible Manners du début du film, et par le biais de ses copains qui décident de le kidnapper lorsqu'il s'intéresse à une jeune femme qui n'est pas de son monde. et le sel du film provient en particulier de l'incryable complicité entre Manners, enfin converti, et un chef de gang au grand coeur joué par Noah Young. Celui-ci et tout son poids dans la balance, et ce n'est pas peu dire...

 

Comme d'habitude dans un film de Lloyd, le vrai caractère de manners va se révéler grâce à l'énergie qu'il va déployer tout naturellement dans l'exercice de l'altruisme... Mais au passage Lloyd et ses collaborateurs vont se livrer à de fort belles scènes, comme cette visite de la mission durant laquelle Lloyd n'a d'yeux que pour la belle Jobyna, ou cette scène poétique au clair de lune: en plan rapproché, on les croit au bord d'un lac, mais la caméra se recule et révèle qu'ils sont dans un terrain vague, à coté d'une flaque de liquide probablement pas très catholique... et puis comme toujours, une course de dernière minutre permet à Lloyd et ses copains (Des gangsters saouls qui sont acquis à la mission) de rivaliser d'ingéniosité pour arriver à temps à un mariage.

Même si on a vu mieux (Safety last), et si on verra mieux (The Kid Brother, Speedy), un film de Lloyd comme celui-ci, avec sa thématique sociale pétrie de bon sens et d'optimisme, n'a finalement qu'un défaut: celui de n'être qu'impeccable...

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet 1926 Sam Taylor * Jobyna Ralston
30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 07:57

Domestique, ce petit film (Six bobines, soit 60 minutes, pas une de plus) renvoie clairement au style et aux préoccupations des courts et moyens métrages réalisés chez Roach avant 1922 et Grandma's boy. Il y est question de la vie quotidienne dans le sud de la Californie pour un couple de jeunes mariés, à travers quatre épisodes reliés entre eux de façon crédible, autour d'une journée, si on excepte le prologue. Hot water: le titre fleure on la vie quotidienne, mais il est en fait synonyme de problème... On notera qu'il y est question de la vie de mariage comme d'une jungle, mais que comme Lloyd est un artiste plutôt subtil, et qui fuit le vulgaire autant que possible, il ne s'attaque pas à l'épouse. C'est donc la belle famille qui en prend pour son grade...

 

Le film est structuré en quatre parties. Dans un premier temps, un prologue nous montre un Harold fortement sceptique se marier suite à l'attraction irrésistible des yeux de Jobyna Ralston... Sans transition, on passe à la fameuse journée qui occupera le reste du film: il va faire des courses chez l'épicier, et y gagne une dinde qui lui pose de sérieux problèmes dans le tramway. Une fois rentré, il constate que sa belle famille s'est installée en son absence: la maman (La grande Josephine Crowell), une matrone qui envahit façon viking, avec son mot à dire sur tout, généralement dans le sens opposé de ce que souhaite Harold; le beau-frère, joué par Charley Stevenson, incurable feignant. Et un petit frère qui fait bêtise sur bêtise. Mais l'essentiel, pour notre héros, c'est la Butterfly 6 qu'il offre à sa femme, le principal objet de cette troisième partie, qui finira en ruines suite à une virée mémorable en famille. Enfin, ils reviennent à la maison, ou Harold va se heurter à la belle-maman, qui désapprouve son usage domestique d'alcool (Un voisin lui a offert un petit coup à boire en douce pour qu'il tienne le coup lors de l'invasion...). Cette partie, qui couvre le repas du soir, puis une partie de la nuit, est entièrement construite sur une méprise géniale: Harold, qui a utilisé un tampon de chloroforme pour se débarrasser de sa belle-mère, est persuadé que celle-ci a succombé à une overdose. Tous les indices, présentés au public de façon logique, concordent dans sa grille de lecture; non seulement il se croit un assassin, mais en plus il croit voir un fantôme, la vieille dame étant somnambule...

 

Cette construction en trompe-l'oeil est donc la pièce de résistance du film, mais soyons juste: la partie consacrée à la voiture, qui redéfinit d'une façon superbement construite les rapports toujours réjouissants entre comédie burlesque et automobile sans jamais tomber dans l'exagération à la Sennett, est aussi un beau morceau de bravoure. C'est dans tout le film, tourné avec assurance mais aussi une certaine retenue après le final délirant du film précédent, que Lloyd montre qu'il est toujours aussi à l'aise dans la miniature, la construction burlesque et le comique d'observation. Et c'est un plaisir permanent. Je sais que ce film est souvent considéré comme mineur, mais il reste l'un de ceux que je préfère de Lloyd.

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet 1924 Sam Taylor * Jobyna Ralston
29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 16:34

Ce Girl shy est une grande date du cinéma muet. D'une part, parce qu'il est une impressionnante déclaration d'indépendance d'un des plus importants comédiens de la décennie, ensuite parce qu'en prime c'est un film à la fois dans la tradition des autres longs métrages de Lloyd, et novateurs sur un certain nombre de points. L'acteur-producteur-patron a bien retenu la formule de ses films qu'il a bien sur contribué à créer, mais a aussi fait un peu plus que ce qu'il se permettait chez Roach. Rarement on n'avait vu auparavant un tel soin apporté à la création d'une comédie Américaine, et ce n'est pas un hasard si le film est contemporain des premiers grands films de Buster Keaton qui lui aussi cherchait à étendre le champ d'action de la comédie...

 

Harold Meadows est un benêt, habitant timide et si complexé de la petite ville de Little bend ou il est apprenti tailleur, qu'il en bégaie. Les femmes l'effraient, alors il tend à les caricaturer dans un projet de livre absolument ridicule ou il raconte des aventures imaginaires toutes plus idiotes les unes que les autres, mais ça n'arrange rien: elles ne l'effraient que plus... jusqu'au jour ou il rencontre la jeune, riche, et belle Mary Buckingham, dans le train qui les mêne à la ville. Elle se passionne pour son livre, et surtout pour lui, et il va désormais rêver d'elle. Mais comment assumer la différence sociale?

 

Une comédie, donc, d'une veine classique pour Lloyd, puisqu'il s'agit pour lui de montrer la métamorphose d'une andouille, de le montrer se dépassant pour conqu"rir et mériter la main d'une jeune femme. Si l'essentiel de l'intrigue (Complétée par la menace d'un mariage de Mary avec un butor polygame) concerne bien sur le changement qui s'opère en Harold jusqu'à ce qu'il prenne le taureau par les cornes et vienne la chercher à pied, en moto, en voiture(s), en tramway et même en carriole trainée par des chevaux, on constatera qu'une forte portion de ce film est consacrée à la cour que se mènent les deux amoureux. Et si on y rit, souvent, Lloyd n'a pas hésité à prendre les aspects sentimentaux de front, en choisissant le décor (Une petite rivière, un beau jour de printemps...) et en prenant les deux amoureux au premier degré, aidé d'ailleurs par la complicité et le talent de Jobyna Ralston. Celle-ci, déja active dans Why worry, porte une grande responsabilité de l'intrigue sur le dos. On aime sa Mary Buckingham, son sentiment d'être trahie par l'homme qu'elle aime lorsque Harold fait mine de se séparer d'elle afin de lui éviter un mariage désastreux avec un taileur sans le sou. La jeune femme complète vraiment le jeu de Lloyd: voilà un atout du comédien sur Keaton, par exemple, qui menait ses partenaires par le bout du nez...

 

Dans ce film, comme souvent, l'action mène à une séquence spectaculaire qui prend l'essentiel des trois dernières bobines, lorsque le bègue incapable d'aligner trois mots part de sa petite ville en trombe, et passe de véhicule en véhicule avec une énergie phénoménale. Comme souvent, c'est cette énergie, cette soudaine soif d'action qui va finir de faire d'Harold Meadows un homme... et qui va lui donner l'amour, bien sur! L'acteur est à la fête dans les séquences spectaculaires, même doublé, mais sait aussi étendre son registre en passant du rôle de ce pauvre Harold à son double maléfique, cet affreux bonhomme qui va de conquête en conquête, présenté dans les passages du livre... 

 

L'allongement du film, via le lyrisme des scènes d'amour, même bien complétées par des gags souvent tendres, se passe bien. L'équipe de ses films précédents est ici reconstituée, et le passage à huit bobines se fait sans heurts. Désormais son propre patron, Lloyd a montré qu'il n'avait besoin de personne. Typiquement, malgré tout, ce film serait suivi d'un autre moins ambitieux, afin de pallier éventuellement à un échec de ce film qui ressemble à s'y méprendre à un film sentimental assez traditionnel. Une bonne vieille méthode qui montre bien que Lloyd ne perdait pas le nord. et puis avouons-le: deux films de Lloyd en 1924 - Pourquoi s'en plaindre?

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet Comédie 1924 Sam Taylor * Jobyna Ralston
22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 10:47

 

Après avoir réussi, de façon éclatante, une métaphore du rêve Américain et de l'ascension sociale (Safety last!), Harold Lloyd et son équipe (Les réalisateurs Newmeyer et Taylor, les scénaristes Tim whelan et Ted Wilde, tous ces gens partageant également la casquette de gagmen) sont revenus à un type de situation et de personnage qui renvoie à A sailor made man, ainsi que Grandma's boy, et de fait ils ont ainsi raffiné une formule qui resservirait, qu'on en juge: Girl Shy (1924), The Freshman (1925), For heaven's sake (1926) et The kid brother (1927) seront tous des variations sur le même modèle: un homme inadapté à une situation va finalement se découvrir et se révéler en puisant en lui des ressources insoupçonnées, lui permettant enfin de s'affirmer. Les obstacles à cette découverte du vrai soi, après l'oisiveté des riches dans A sailor made man, et la lâcheté de Grandma's boy, seront toujours différents: bégaiement (Girl shy), timidité et gaucherie (The Freshman), égoïsme et incommunicabilité (For heaven's sake), et enfin un environnement familial étouffant (The kid brother).

 

Ici, le problème renvoie un peu au personnage de A sailor made man. Harold Van Pelham est un hypochondriaque savamment entretenu à coup de pilules par son médecin, qui part pour une ile paradisiaque passer des vacances réparatrices. Il est accompagné de son valet et d'une infirmière personelle, qui est secrètement aoureuse de lui. Chaque changement en lui étant source d'inquiétude, il n'a jamais pris le risque de réaliser ses propres sentiments, et comme en plus il est riche et épouvantablement distrait, il ne peut s'apercevoir de rien. D'ailleurs, lorsqu'il arrive à Paradiso, une révolution vient juste d'éclater, mais Harold prendra au moins 30 minutes à comprendre la situation, croyant même qu'on le conduit à son hôtel sous escorte lorsqu'il est envoyé en prison par les nouveaux maitres de l'île...

 

L'hypochondrie du personnage n'est finalement qu'une part de son problème; le principal écueil pour que le personnage s'ouvre aux autres, c'est sa richesse, son insupportable côté enfant gâté. Mais le génie de Lloyd, qui était un grand acteur, n'ayant jamais peur de varier ses personnages, lui permet de réussir à fédérer les spectateurs derière son insuportable Van Pelham... Sa naiveté à l'égard du monde qui l'entoure est plus ou moins celle d'un enfant, qui ne se rend pas compte que l'habitant qui semble faire une révérence est en fait un homme qu'on vient d'assommer, qui prend les gestes d'une femme qui essaie de retenir la chute d'un home blessé pour une danse spontanée et improvisée en pleine rue, et se met à applaudir à tout rompre... Ces gags situés dans la première demi-heure sont justement célèbres. L'art du trompe-l'oeil est ici utilisé aux dépens du personnage et non du spectateur...

 

Si le film renvoie tout de même, avec son île et sa révolution de pacotille, au grotesque de certains des courts métrages parmi les moins bons (On pense parfois à His royal Slyness), le film est malgré tout sauvé par une construction logique et la création de personnages qui sont solides. Outre Van Pelham et les chefs de la révolution (On y reconnaît le versatile Leo White, pear exemple), on fait la connaissance de John Aasen, un géant de 2m20 qui joue un rôle important aux cotés de Van Pelham, et dont la complicité va lui rendre bien des services. Mais conforme aux mythe du bon géant, ce n'est pas l'intelligence qui l'étouffe. Par contre, jetée en pleine révolution, l'infirmière va se révéler efficace et va prendre la résolution de profiter des circonstances pour prouver à Harold qu'il n'est pas malade, qu'il n'a pas besoin de ses sacrées pilules, et qu'ils sont faits l'un pour l'autre. De son costume d'infirmière, rhabillée avec des habits locaux, la nouvelle leading lady Jobyna Ralston va se révéler beaucoup plus capable que Mildred Davis, qui à ce moment était désormais l'épouse, et non la partenaire du chef. Si Mildred a pu payer un peu plus de sa personne notamment dans Dr Jack, elle était généralement passive, mais Jobyna sera souvent une partenaire à égalité, volontaire et bien souvent plus lucide qu'Harold. Ici, elle porte une grande part de responsabilité dans les idées délirantes des trois héros pour triompher des révolutionnaires...

 

On a souvent comparé Lloyd à Fairbanks, notamment pour l'optimisme de ses courts métrages. Avec ce film, on voit quand même que l'optimisme de lloyd est largement soumis à des circonstances dans lesquelles le personnage doit trouver sa voie. Ces circonstances sont très clairement dues à la rencontre, avec Jobyna, mais aussi avec Colosso le géant. Doug aurait été seul, dans des films comme His majesty the American. Du reste, quand Doug jouait les benêts, il était dur de le croire. Harold, lui, s'en sort bien. Après ce film, il a effectué le grand saut vers l'indépendance... En attendant, même si on voit bien que ce n'est pas son meilleur film, on prend bien du plaisir avec cette superbe construction burlesque, qui se clôt sur un retour à a vie citadine, dans laquelle le bon géant a d'ailleurs un rôle à jouer, fut-il subalterne...

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet 1923 Sam Taylor * Jobyna Ralston
10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 18:35

L'un de ses films muets de long métrage les plus méconnus (Avec For Heaven's sake, de 1926), ce Dr Jack est très éloigné du film précédent (Grandma's boy, 1922). Deux thèmes, celui de l'Amérique profonde et de sa simplicité d'une part, et le volontarisme énergique du héros d'autre part, renvoient pourtant à Grandma's boy. Mais là où il s'était composé un personnage de benêt timide et complexé par sa lâcheté, son Dr Jack (diminutif de Dr Harold Jackson) est au contraire marqué par la débrouillardise et le culot, et son intégration dans la petite communauté dont il est le médecin est parfaite.

L'intrigue proprement dite de ce film concerne une famille riche, dont la fille (Mildred Davis) est supposée malade: son père (John T. Prince) est tombé sous la coupe d'un Tartuffe, le Docteur Von Saulsbourg (Eric Mayne) qui maintient la fille et son père en état de dépendance, en interdisant à la pauvre jeune femme toute sortie, toute distraction, toute excitation, et en la bourrant de médicaments inutiles... L'avocat de la famille, Jamison (C. Norman Hammond); qui a vu dans le petit village de sa mère les miracles accomplis par le docteur Jackson, dont le principal outil reste l'humanité, essaye de persuader la famille d'utiliser les ressources de ce dernier...

L'opposition entre Lloyd et Saulsbourg, ou entre le petit village tranquille et la grande ville ou habitent cette famille riche, c'est bien sûr l'inévitable conflit entre le bon sens simple et rural, et la corruption et l'appât du gain, symbolisés par cet affreux profiteur barbu qui vit au crochet de Mildred et de son père. Lloyd incarne en Dr Jack un personnage moins comique, dont l'énergie phénoménale est entièrement mise au service du bien-être de ses contemporains. Il est doté d'un romantisme particulier, il est médecin, fait parfois face à la simulation (un enfant qui fait semblant d'être malade) mais n'hésite pas à avoir recours aussi souvent que possible au stratagème (Pour renvoyer l'enfant à l'école, pour arrêter une partie de poker qui risque de coûter les yeux de la tête à une famille, et bien sûr pour prouver la duplicité du Dr Von Saulsbourg...). Il est attachant, excessivement sympathique, et pour une fois parfaitement installé; le seul vrai enjeu reste amoureux, c'est la raison pour laquelle le film, tout en étant très soigné (On a l'impression que Lloyd ne savait pas bâcler un film...) fait quand même un peu pâle figure aux cotés de son illustre sucesseur, Safety last...

Mais comme d'habitude, on sent que le film a été riche en rebondissements dans sa confection même. Tout au long de ces cinq bobines, c'est une construction riche et complexe qui se met en place, depuis l'exposition qui fait la part belle à la maison de la famille de Mildred, avant même de présenter le village et son docteur. Toute cette partie pastorale est fascinante, puisque l'équipe réussit à enchaîner gag sur gag sans jamais se moquer du bon docteur (une poursuite contre la mort est même présentée au début, avec Lloyd en voiture, moto, vélo sans chaîne et finalement à pieds, pour découvrir qu'il n'y avait rien de grave), et une fois le branchement effectué entre les deux groupes de personnages, tout mène à une séquence délirante de fausse chasse à l'homme dans une maison, destinée à redonner de la joie de vivre à Mildred. Lloyd y déploie toute son impressionnante énergie, et même si c'est un peu long, On y prend bien du plaisir.

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet 1922 *