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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 21:11

Oui, Taylor, n'est pas que le protagoniste d'un des mystères judiciaires les plus insistants qui soient (cherchez, et vous trouverez tout ce qu'il y a à savoir sur cette sombre histoire jamais résolue): c'est aussi un cinéaste des années 10, dont bien sûr nous n'avons que peu de films (il n'est ni Griffith, ni DeMille, et les films de cette période ont massivement disparu), mais il y en a. 

Ben Blair est un film Pallas, une filiale de Paramount à laquelle Julia Crawford Ivers a beaucoup collaboré. Comme The Call of the Cumberlands, c'est un véhicule pour l'acteur Dustin Farnum et sa partenaire Winnifred Kingston. C'est très proche du western, sans être à 100% identifiable au genre: dans une famille très riche, le fils doit se rendre dans l'Ouest avec sa femme et sa fille, car il est malade et la grande ville ne lui sied plus; arrivé dans l'Ouest, il se sent mieux, et la petite commence à vivre au milieu de la nature... avec un ami, Ben Blair, à l'histoire plus que rocambolesque: sa mère enceinte de lui, a fui son mari en compagnie d'un moins que rien. Une fois la mère décédée et l'amant parti, Ben a été recueilli par son vrai père. Devenus adultes, les deux amis ont une vision différente des choses: Ben (Dustin Farnum) est amoureux, et Florence (Winnifred Kingston) souhaite retourner avec sa mère à New York pour vivre une vie moderne...

Beaucoup de choses, en fait: d'une part, le film accumule les péripéties, et le script de Julia Crawford Ivers complique le mélodrame avec adresse, permettant à Farnum de faire la totale: un homme, un vrai, mais un amoureux transi... Un sentimental, mais qui a une mère à venger... Et enfin, un homme de bon sens, qui oppose sa morale infaillible à un Est corrompu rempli de menteurs... C'est profondément distrayant, et Taylor passe son temps à surprendre. Son sens du cadre et du rythme est impeccable, et sa direction d'acteurs est splendide.

 

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Published by François Massarelli - dans 1916 Muet Julia Crawford Ivers William Desmond Taylor Western **
21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 15:57

1856, en Oregon, les chercheurs d'or commencent à se fédérer en agglomérations, et les liens sont assurés entre la "grosse ville" Portland et les petites installations comme Jacksonville. Les Indiens sont là eux aussi, dans les bois, mais la cohabitation s'effectue, sauf quand une tribu s'inquiète du fait que les colons commencent à construire un peu trop de cabanes... Nous suivons des protagonistes divers dans ce contexte fragile: les Dance, une famille de colons qui ont trouvé l'endroit où installer leur ferme, un peu à l'écart de la ville de Jacksonville; ils ont recueilli Caroline, une jeune femme venue avec ses parents et désireuse de s'installer pour de bon; George Camrose (Brian Donlevy) est un homme d'affaire avec une addiction au jeu, mais c'est aussi un brave homme: son ami et associé Logan Stuart (Dana Andrews) va d'ailleurs chercher sa fiancée Lucy (Susan Hayward) pour lui à Portland; enfin, dans la petite localité, le costaud Honey Bragg est un spectacle permanent pour la population, qui fait des paris sur les innombrables bagarres qu'il lance. Mais Stuart pense que Bragg est bien plus que ça, et le soupçonne de meurtre, dans ce camp fragile où tout le monde se promène avec de l'or sur soi...

Difficile de résumer un film qui se passe presque comme une chronique: ça ferait presque penser à Stars in my crown, la nostalgie en moins. Et deux autres aspects essentiels le différencient de cet autre film: Canyon passage est situé sur une très courte période là où Stars porte sur une dizaone d'années, et ce western-ci est d'une grande noirceur derrière le Technicolor et le volontarisme des héros... Car pour que "boy meets girl", à la fin, il y aura eu un grand nombre de morts violentes...

C'est l'esprit de la frontière, d'ailleurs, qui domine, en trois types de populations: les Dances et la tentation de s'arrêter et de s'installer; au contraire, Stuart, clairement identifié comme le héros, a la bougeotte, et en dépit du nombre de personnes qui lui signalent sa réussite (il est dépositaire de l'or de ses concitoyens, et il arrondit sérieusement ses fins de mois) il n'a qu'une seule envie: voyager, changer d'air, et surtout ne pas se fixer; enfin, George présenté comme un faible, montre les risques qu'on prend à s'engager sur la frontière à la légère... Dans le film, il sera une victime à la fois de ses démons (le jeu) et de la population qui le désigne assez vite comme un nuisible. De fait, il est accusé d'avoir tué un homme, et si nous ne l'avons jamais vu le faire nous avons suffisamment d'indices pour le confirmer! Tourneur enfin choisit d'incarner le mal absolu et insaisissable çà travers Honey Bragg, l'intenable fier-à-bras, brutal, méchant, et même assassin et violeur. Le metteur en scène fait un superbe usage de l'ellipse pour nous montrer à quel point le personnage est un élément disruptif de la nature même, à l'opposé des tribus indiennes...

C'est toujours empreint de lyrisme, souvent étonnant dans les choix de l'intrigue, tourné dans de magnifiques paysages (notons qu'on est loin ici des westerns habituels, et qu'en 1856, l'Oregon était un paysage de montagnes, de forêts et de lacs à perte de vue, donc on s'éloigne des clichés du western d'Arizona!). Tout ça fait un film irrésistible, riche, et surprenant dans lequel une fois de plus Tourneur oppose les individus à la foule, et une fois de plus cette dernière n'en sort pas grandie.

 

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Published by François Massarelli - dans Jacques Tourneur Western
17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 09:43

Aux tous débuts du western, d'une part il s'agit de bien comprendre qu'il n'y a aucun besoin de vernis passéiste ou de distance mythique: ce qui rend les westerns des premiers temps précieux, est le fait que nombre d'entre eux sont strictement contemporains! Ce qui n'est pas forcément le cas, mais il y a néanmoins toujours des liens avec la vérité; ce film a été produit en réaction à la multiplication des films produits par d'anciens bandits, le plus célèbre étant Al Jennings qui dans la plus pure tradition du western, avait une façon bien à lui de se mettre en avant. Des anciens hommes de loi ont donc décidé d'utiliser l'arme du cinéma eux aussi, pour rappeler les spectateurs à une certaine décence vis-à-vis de la loi!

Ainsi Bill Tilghman, qui ne se met pas trop en avant, nous montre dans ce film la façon dont les forces de l'ordre balbutiantes du territoire de l'Oklahoma ont fait face à des bandes organisées qui écumaient la région. Le film est fortement authentique, du moins dans la partie qui nous est parvenue: une seule bobine sur les six du long métrage a survécu, mais on y sent un réalisme et un besoin de règlement de comptes particulièrement marqués, comme dans cette scène finale où les bandits abattent gratuitement un passant, suivi d'un intertitre: c'est parce qu'ils sont comme ça que ce sont des bandits...

Bref, on est loin, très loin, de la vision romantique du hors-la-loi comme un Robin des Bois moderne...

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Published by François Massarelli - dans Muet Western 1915 *
22 janvier 2020 3 22 /01 /janvier /2020 16:20

Johnny Guitar est un film réalisé par un metteur en scène encore jeune, mais déjà passablement démoli... Un routier du film noir, qui a des choses à dire, notamment sur les gens qui vivent en marge, son thème de prédilection, mais qui végète dans des productions de genre, pour des compagnies qui ne le méritent pas toujours. C'est le cas de ce film, pour lequel j'avoue un embarras conséquent: je l'ai trouvé d'un insupportable ennui... Pourtant j'aime Ray, j'aime le western, et j'aime Crawford. Quoique...

Cette dernière est le centre du film, son saloon st l'endroit où tout le drame du film se centralise, et on est supposé adhérer u charisme de l'actrice, qui joue cette pasionaria du féminisme westernien, un sujet certes relativement peu banal. Elle y abrite les hors-la-loi, les vrais, mais aussi les authentiques parias, rejetés par principe. Et elle gêne et s'oppose à une autre femme, Emma, une jeune veuve qui a décidé que Vienna (Joan Crawford) et sa "bande" étaient à l'origine de son malheur, et prie la ville de la suivre dans son délire.

C'est donc un western baroque, donc on devrait être content, mais voilà: le baroque y devient mécanique, et les monteurs de la Republic étaient-ils endormis? En tout cas le rythme est lui aussi très peu vivant, tout donne l'impression de tourner à vide. Les héros jouent leurs rôles, mais sans conviction: Sterling Hayden est lui-même, sans plus. Il y a bien quelques bonnes idées (le posse qui se forme, à l'issue d'un enterrement, est constitué uniquement de gens en habit de deuil, la confrontation finale se joue entre deux femmes, etc), et il y a un thème insistant, celui du rejet d'une catégorie par la majorité, qui résonne finalement comme une satire au vitriol de la société MacCarthyste. Mais c'est bien peu, pour un western qui est dominé par la figure tutélaire d'une actrice qui a décidé que le monde lui appartenait. Après près de trente années de carrière, Crawford a des heures de vol, et... je n'ai pas envie de la suivre.

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Published by François Massarelli - dans Western
16 décembre 2019 1 16 /12 /décembre /2019 15:44

1861. Tous les Etats-Unis ont les yeux tournés vers le Sud. Tous savent qu'une fois Lincoln (élu en Novembre 1860) arrivé en Mars à la Maison Blanche, il n'y aura pas longtemps à attendre avant que la Guerre n'éclate. A Denver, un groupe de voyageurs arrivent, qui vont prendre part à une série de drames liés à la guerre qui menace: parmi eux, une jeune femme qui vient s'installer pour tenir un commerce, la blonde Ann (Virginia Mayo). Egalement présent parmi les arrivants, Owen Pentecost (Robert Stack) est un Sudiste qui a totalement perdu toute attache patriotique avec son territoire, mais les habitants en majorité Nordistes du Colorado lui reprocheront ses origines aussi souvent que possible... Les tensions montent entre les factions de plus en plus irréconciliables de la ville pendant que Pentecost, devenu patron d'un saloon, hésite à dispenser ses affections: la blonde Ann, ou la brune Boston (Ruth Roman)? 

C'est un western plus qu'intéressant, dans lequel Tourneur jongle de manière fort adroite avec une thématique très riche: la guerre et tous ses choix, les opportunités qui y sont liées pour tous les infâmes profiteurs, le partage ou la méfiance, l'égoïsme ou la communauté, l'appartenance ou l'individualisme, autant de mythes westerniens mis en lumière par la proximité de la guerre de sécession qui menace... Et si Robert Stack est un homme coincé entre une envie d'aller de l'avant, et des sympathies pour le Sud, il est aussi coincé entre la belle blonde et la belle brune! 

Le metteur en scène laisse la porte ouverte, en cette deuxième moitié des années 50, à d'autres interprétations, en ne choisissant jamais clairement son camp, comme s'il nous suggérait que derrière tout choix d'un camp dans les circonstances les plus variées (Sécession, ou lutte organisée contre le communisme, par exemple...), se cache essentiellement une forme ou une autre d'opportunisme. 

Et le film, comme tant d'autres de Tourneur, étudie un mécanisme courant chez l'homme: à l'écart du troupeau, il y a des gens qui ne se reconnaissent pas dans le tout-venant, qu'ils soient Serbes (Cat people), possédés contre leur gré (Night of the demon), ou gangsters décidés à raccrocher l'automatique (Out of the past)... Et il y aura toujours des groupes organisés pour essayer de les remettre dans le droit chemin (parfois au prix de leur mort, bien sûr): lyncheurs du KKK (Stars in my crown), psychanalyste obsédé (Cat People), ou... patriote auto-proclamé comme le formidable Raymond Burr dans ce beau western. Comme toujours, Tourneur est du côté des perdants, de ceux qui sont montrés du doigt par les suiveurs.

 

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Published by François Massarelli - dans Western Jacques Tourneur
24 novembre 2019 7 24 /11 /novembre /2019 15:19

Après la guerre de Sécession, un ancien soldat (Clint Eastwood) reconverti en mercenaire est passé au Mexique: alors qu'il se rend dans le Sud pour une mission, il porte secours à une femme (Shirley McLaine) que trois bandits s'apprêtent à violer. A sa grande surprise, une fois qu'elle a remis de l'ordre dans ses habits, il s'avère que Sara est une nonne... Alors que leurs chemins s'opposent, l'un et l'autre vont cohabiter durant quelques jours, finissant par mélanger leurs deux "missions": Sara doit en effet aider un groupe de partisans Mexicains de Juarez à se débarrasser d'une garnison de Français, et les Mexicains ont demandé à Hogan de fournir son expertise en matière d'explosifs pour exactement la même raison... moyennant finances, cela va sans dire... 

L'équipée tranquille, sur fond de musique aisément reconnaissable (Ennio Morricone, qui s'est bien amusé), de ce mercenaire et de cette nonne, s'est pris une volée de bois vert de la critique à l'époque: le problème, écrivait-on dans Variety, c'est qu'il est impossible de croire un seul instant à Shirley McLaine en nonne... sauf que je ne suis pas d'accord du tout. Certes, son maquillage trahit le fait que les dernières habitudes de Hollywood avant la grande fiesta des années 70 ont la peau dure, mais elle accomplit un excellent travail pour nous faire croire (et pas que nous, d'ailleurs) qu'elle est ce petit bout de religieuse qui traverse le Mexique de part en part pour aider les petites gens à se débarrasser des français! Et elle tient la dragée haute à Eastwood, qui reprend avec humour son personnage laconique de redresseur de torts aux pris fluctuants, qu'il avait développé chez Leone. Le film, à sa façon, est un peu un "à la manière de"...

On se perd facilement dans ces deux heures de distraction singulièrement récréatives, dans ces décors superbes, filmés de main de maître par Gabriel Figueroa, et dans les dialogues pleins d'une humoristique tension sentimentale (et un rien sensuelle aussi) qui renvoient un peu à une sorte d'African Queen... avec des cactus.

 

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Published by François Massarelli - dans Western Al Dente Clint Eastwood Science-fiction
19 octobre 2019 6 19 /10 /octobre /2019 14:21

Et si, tout bien considéré, ce Way out west était le meilleur long métrage de Laurel et Hardy? Connu, populaire, il regorge de moments de bonheur. Bien sûr, les coutures sont parfois apparentes, et la fin est expédiée, mais l'essentiel du film est plus que plaisant, bien plus qu'une bonne surprise, et se revoit toujours avec bonheur, comme beaucoup de leurs courts. on ne tranchera pas, et il me reste des films à revoir, ou même pour certains, à voir tout court, mais quand même... C'est tentant.

A nouveau, Roach confie symboliquement les rênes à Laurel d'une "Stan Laurel Production" dont le metteur en scène est le toujours fiable James Horne, et le film bénéficie d'une équipe de scénaristes dans lesquels les noms de Charley Rogers et de James Parrott nous font aborder un tel film avec confiance: on est en famille. L'intrigue connue de ce film a beau être d'abord et avant tout un pastiche d'un genre archi-codifié, cela n'empêche nullement nos deux (Anti-) héros d'y être vraiment à leur aise: deux hommes se rendent dans l'ouest pour exécuter la dernière volonté d'un homme, chercheur d'or; avant de mourir, il a trouvé un filon, et sa fille, la jeune et fragile Mary Roberts, doit en hériter. celle-ci est exploitée par un couple, lui patron d'un hôtel-saloon mal famé (Finlayson), elle chanteuse dans le saloon en question. Finlayson et sa dame vont tout faire bien sur pour mettre la mains sur le magot.

A partir de là, le film coule tout seul, sans aucun accroc, et les gags bien placés se succèdent, pas à un rythme d'enfer bien sur, on est toujours dans un Laurel et Hardy, donc cela prend son temps... Au passage, on sait que les digressions burlesques ont été la seule consolation des fans sur certains films, mais elles sont ici bien représentées, moins chargées toutefois dans la mesure ou elles n'ont pas la pesanteur abominable d'un film à soutenir. On ne peut pas ne pas mentionner les deux grands moments musicaux du film, "At the ball, that's all", durant lequel les deux compères dansent à nouveau ensemble, Hardy visité une fois de plus par la grâce, et le célèbre "Trail of the lonesome pine" durant lequel Laurel chante alternativement avec une voix de basse et une voix de soprano. D'autres passages désormais obligés s'intègrent sans problèmes à l'ensemble, notamment les nouveau gags physiques: Laurel et son pouce-briquet d'une part, et la scène au cours de laquelle la tète de Hardy, coincée dans le plancher, est soumises à d'atroces contorsions. Enfin, l'interaction avec Finlayson est ici à son maximum, l'acteur étant très présent. Que demander de plus???

Par ailleurs, si le film n'est pas, loin de là, la première parodie de western due aux grands du burlesque (En vrac, tous les autres y sont passés, de Stan Laurel en solo à Buster Keaton, en passant par Chase, Lloyd, et même Chaplin dans certaines séquences de The pilgrim), il est un peu anachronique, le western n'étant plus ou pas encore le genre roi qu'il est devenu depuis: Gold is where you find it, de Curtiz, sorti l'année suivante, puis Stagecoach de Ford, Destry rides again de George Marshall, Jesse James de Henry King et Dodge City de Curtiz (Tous en 1939) vont être parmi les films qui vont sortir le western de l'ornière des séries Z dans laquelle il était confiné depuis l'échec en 1930 de Billy the Kid (Vidor) et The big Trail (Walsh). Alors, coïncidence, ou... merci Laurel et Hardy?

 

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Comédie Western
13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 13:26

Pour une fois, regardons au-delà de cette étonnante capacité qu'ont les chaînes du câble et d'internet (Netfucks, HBO, etc) de tuer le cinéma à petit feu et de pousser les gens à ne plus rien faire d'autre de leurs journées que de regarder quinze épisodes d'une série: il fut un temps (qui semble disparaître à grande vitesse, et qui aura sans doute disparu avant le DVD et le Blu-Ray, ce qui est ironiquement une forme de justice) où ces lieux étaient pour les créateurs de la Télévision d'authentiques espaces de liberté: David Fuller, David Milch et d'autres y ont créé des séries mémorables, en toute liberté... Jusqu'à ce que le réalisme les rattrape; je ne sais pas exactement quelle a été la raison d'arrêter la série Deadwood en 2006 après trois saisons, mais je suis sûr qu'on a du invoquer le "réalisme économique" à ce moment-là. Et pourtant, la série avait du succès, du prestige et il est souvent dit qu'elle est à elle toute seule l'un des grands actes de l'histoire de la télévision, celui qui mène aujourd'hui à Game of thrones (bien sûr), Rome (qui a pris le relais sur à peu près le même créneau, et n'a existé que durant deux saisons) et certainement American Gods...

Deadwood, situé dans la riante petite bourgade située entre le territoire du Wyoming et le Dakota du Sud, à ses débuts (vers 1876 précisément), prenait comme toile de fonds l'histoire du lieu et sa légende, scrutant les esprits, les rivalités et les associations pragmatiques d'un ensemble de personnages, tous unis au delà de la frontière dans la volonté de créer à Deadwood un endroit qui aurait sa place dans les Etats-Unis à venir. Des hommes de loi, des bandits, des propriétaires venus de l'est, des aventuriers de l'ouest, des immigrants de bien plus loin, des prostituées et des politiciens, et des gens plus inclassables que tous les autres, parmi lesquels Martha Jane Cannary dit Calamity Jane (dont le surnom n'est jamais prononcé une seule fois dans la série) avait toute sa place... Bref: Deadwood en 36 épisodes insidieusement addictifs, proposait une nouvelle lecture de l'Ouest et de son histoire, la grande, celle d'un choc de cultures (l'arrivée inéluctable du progrès face à la résistance d'une certaine barbarie armée) et la petite, celle d'une constante survie rendue étrangement possible par la cohabitation entre tous ces ennemis potentiels: à ce titre, comment s'étonner que la série tourne autour du personnage par ailleurs historique de Al Swearengen, un immigra Anglais qui avait roulé sa bosse et dont le saloon, le Gem, était le centre de la ville, son quartier général et décisionnaire, son coeur et bien souvent le point névralgique d'une certaine résistance aux profiteurs venus de partout. Un centre qui était aussi un haut lieu de la prostitution, et d'une certaine façon du trafic de drogue!

David Milch, principal superviseur de la série, autorité morale unique de la production, et principal auteur, avait pris une décision radicale: celle de conter cette histoire dans la boue avec un langage qui serait doublement Shakespearien: un, il est souvent en vers à peine déguisés. Deux, il est facilement traduit en monologues intérieurs oralisés, permettant dans le flot de personnages, dans la foule compacte et permanente de ces rues sales, d'isoler plus sûrement un personnage, et de suivre l'action. Et si le décalage inévitable avec le western traditionnel se voit, il disparaît bien vite, tant on s'y fait...

13 années plus tard, à l'imitation de Serenity qui concluait la série Firefly de Joss Whedon, Milch a tout fait pour réunir son casting (ceux qui sont absents, la plupart du temps, sont morts!) et conclure son grand oeuvre en inscrivant le temps d'un long métrage Deadwood dans la modernité: là, en fait, où la production désirait se rendre. Pour trois occasions, qui auraient pu être traduites en trois épisodes, les personnages vont se retrouver:

Un: On célèbre l'entrée de la ville et du territoire du Dakota du Sud dans l'Union, en présence du sénateur George Hearst (Gerald McRaney). Celui-ci ne vit plus qu'entre la Californie où il s'est installé pour faire joujou avec la presse, une occupation qu'il léguera à son fiston William Randolph, et Washington où il va faire acte de présence à l'occasion. Si on accepte sa venue symbolique, il n'est pas forcément accueilli par des amis en raison de la façon dont il a fait fortune sur le dos de beaucoup, voire sur la peau de certains. Alma Ellsworth (Molly Parker), ancienne propriétaire locale, sait qu'elle a été escroquée de sa mine d'or par Hearst, et que celui-ci a ordonné la mort de son mari... Et justement, Mme Ellsworth est de retour elle aussi... 

Une deuxième occasion est liée à la première: Charlie Utter (Dayton Callie), un ancien compagnon de Wild Bill Hicock, décédé en 1876 (dans la série, c'était le cinquième épisode) qui a installé un commerce, l'un des pionniers de la communication avec un service postal, est retrouvé mort assassiné. On ne va pas tarder à trouver le coupable, et si vous avez lu le paragraphe précédent c'est facile! Mais au-delà de son enterrement qui réunit tous les notables, la mort de Charlie éclaire une fois de plus les enjeux, car selon la loi la propriété d'un mort doit être mise aux enchères. C'est une occasion pour la ville de s'unir contre Hearst, derrière les propositions d'enchères émises par le shérif Seth Bullock (Timothy Olyphant), son ami le commerçant et politicien Sol Star (John Hawkes) et d'autres. Ce sera Alma Ellsworth qui emportera le terrain, sauvant symboliquement la ville et son lien avec Utter.

Troisièmement: d'autres personnages, souvent authentiques, suivent le cours de leur vie. La prostituée Trixie (Paula Malcolmson), qui a joué un rôle important dans la résistance à Hearst dans la série, est en ménage paradoxal avec Sol Star, ancien maire. Ils ont même un enfant au début du film, et décident avant la fin du film de se marier. Mais il faut faire vite, car Al Swearengen (Ian McShane), autorité locale et "père de substitution" pour Trixie en même temps que son proxénète, est probablement mourant... et pendant ce temps, Hearst complote, Bullock se bat, et la vie continue à Deadwood.

C'est d'abord et avant tout une galerie formidable de personnages, qui ont acquis de la part du spectateur attentif ce changement interne de morale qui est absolument indispensable à la compréhension de la série. "L'intérêt supérieur" de Deadwood est ce qui tient tous ces personnages ensemble, donc. On est prêt à le croire, mais ce qu'on veut surtout, c'est retrouver ici tous ceux dont la verve, les manigances, la vivacité nous ont tant plu: le chinois Wu (Keone Young), haut dignitaire de sa communauté acquis à Swearengen (qu'il appelle Swedgin), et qui ne peut toujours pas au bout de vingt années de présence à Deadwood parler Anglais; Johnny, le barman et homme à tout faire du Gem, qui a un QI de betterave; E.B. Farnum (Williama Sanderson), l'historique hôtelier et maire honoraire, plus manoeuvrier que méchant, et qui est méprisé par tous (à commencer par lui-même), Jewel (Geri Jewell), la femme de ménage de Swearengen qui a un handicap physique lourd ainsi qu'une langue bien pendue, ou le Docteur Cochran (Brad Dourif), qui doit soigner tout un chacun et aussi se substituer à la conscience de beaucoup, ou encore Calamity Jane (ça y est, elle a enfin son surnom dans le film), qui est une adorable alcoolique (Robin Weigert), dotée d'un langage atrocement grossier et d'une poltronnerie qui la dérange en tant qu'ancienne compagne de route de Wild Bill Hickcok: la liste pourrait encore être très longue... mais ils sont là, tous là, pour notre plus grand plaisir, éclairant l'histoire ou offrant des variations fascinantes sur la vérité, mais tous plus Américains les uns que les autres.

 

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Published by François Massarelli - dans Western
11 octobre 2019 5 11 /10 /octobre /2019 17:17

Un homme arrive dans l'ouest: Jim McKay, capitaine au long cours, a rencontré une jeune femme, et il l'a demandée en mariage. Fille d'un gros éleveur de l'ouest, elle n'a pas pensé un seul instant que ce serait à elle de déménager, et donc il accourt... Au départ, McKay a du mal à s'adapter: les moeurs locales sont un peu étranges pour lui. De plus on lui demande environ tous les quarts d'heure de prouver qu'il est un homme, et il a horreur de le faire sur commande. Enfin, la famille Terrill dans laquelle il est supposé entrer, est sous la coupe du père de sa fiancée, le Major Henry Terrill: celui-ci cultive depuis très longtemps une rivalité sanglante avec Hannassey, un autre éleveur, moins fortuné, mais tout aussi cabochard que lui.

McKay, c'est Gregory Peck, en héros très paradoxal de western: il est l'outsider, le pied-tendre, le Dude, comme on dit là-bas, et c'est tout sauf tendre... Très rapidement, il va s'attirer des ennuis et des ennemis: le père Terrill, qui ne comprend pas qu'on puisse envisager les choses autrement que lui ne le fait, pour commencer; la famille Hannassey, qui le considère comme un crétin venu de l'Est, ensuite; le principal collaborateur de Terrill, l'homme à tout faire Steve Leech (Charlton Heston), qui est jaloux de celui qui s'apprête à épouser celle qu'il aime; enfin, Patricia Terrill elle-même, qui ne comprend pas que mcKay ne pense pas exactement comme son père, voire qu'il pense par lui-même tout court. La demoiselle a des problèmes à régler avec son paternel, et du coup le couple ne durera pas longtemps...

La seule personne qui réussira à apprécier McKay a sa juste valeur (si on excepte le sympathique Ramon, un palefrenier avec lequel le capitaine va sympathiser dans une scène mémorable) est Julie Maragon (Jean Simmons), la propriétaire, symboliquement, du seul point d'eau de la région, véritable trait d'union entre les deux ennemis de toujours: son territoire est la clé de la paix fragile, où elle laisse les uns et les autres abreuver leur bétail. 

Comme on le voit, le film possède une galerie de personnages hauts en couleurs, auxquels il faut ajouter quelques précisions, concernant les Hannassey: d'un côté, le père, divisé entre sa haine de classe envers celui qui le déteste autant et qui lui a réussi, et une envie de retrouver une justice, qui s'exprime paradoxalement entre deux flambées de violence par un désir de fair-play (c'est lui qui règlera un duel entre son fils et McKay, en menaçant de tuer son propre fils s'il enfreint les règles): un personnage riche, déroutant, et qui a valu un Oscar à Burl Ives. De l'autre, son fils justement, Buck (Chuck Connors), caricature de méchant vicieux, alcoolique et violeur. Mais les deux psychopathes assumés sont-ils si différents de Terrill (Charles Bickford) et de sa fille (Caroll Baker) obsédée de l'honneur et de la puissance de son papa?

Dans un film qu'il traite à moitié en western Shakespearien, à moitié avec un oeil gentiment rigolard (ah, la scène durant laquelle pour son plaisir, McKay va en douce dompter le cheval au caractère difficile qu'on souhaitait lui faire monter par bizutage!!), Wyler affiche sans trop de complexe une tendance à exagérer avec gourmandise, sans pour autant rejouer la partition de Duel au Soleil... C'est un film qui se dévore sans retenue, et qui inaugure une époque de super-westerns, dont beaucoup (The magnificent seven, How the west was won) seront beaucoup plus insipides, et nettement moins distrayants... En 165 minutes, il prend son temps, à l'image de son héros qui refuse de se comporter en cliché de l'ouest et qui fait les choses quand et comment elles doivent être faites...

 

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Published by François Massarelli - dans Western William Wyler
22 juillet 2019 1 22 /07 /juillet /2019 17:45

Dans une histoire qui mélange sans vergogne l'histoire (la fin des guerres Indiennes aux Etats-Unis alors que l'Ouest est progressivement "conquis" et le progrès continue de s'étendre) et la légende (les comportements chevaleresques et pionniers de quelques hommes qui réussissent à voir les excès d'un comportement raciste et décident de changer les choses), on retrouve un peu du grand Raoul Walsh de They died with their boots on... mais un peu, parce que a genèse de ce film a du être difficile, pour plusieurs raisons: Walsh n'est définitivement plus tout jeune (même s'il n'a que 77 ans) et à l'heure où les western n'en finit plus de subir des mutations, il a fallu plusieurs producteurs à se succéder autour du projet...

Frais émoulu de West Point, le lieutenant Hazard (Troy Donahue) arrive à Fort Delivery en Arizona afin de participer à la réalisation du rêve d'un homme qu'il admire, le général Quait (James Gregory): mettre fin aux guerres Indiennes, en essayant de limiter les massacres, et en montrant une certaine décence vis-à-vis des populations Apaches... Parallèlement le lieutenant va aussi participer à un triangle amoureux: sur le point de se marier avec la nièce de Quait, Laura (Diane McBain), il tombe sous le charme de Kitty Mainwaring (Suzanne Pleshette), l'épouse du capitaine du bataillon...

Ca aurait pu, ou du, être une catastrophe, et parfois on sent la fatigue dans ce film situé entre deux époques, l'une (les années 50) où Walsh a donné les derniers chefs d'oeuvre de sa longue et glorieuse carrière, et l'autre (la fin des années 60) marquée par les protestations, les révolutions les plus diverses, et qui est pour le cinéma une ère de chamboulements stylistiques: ces derniers n'affecteront en rien le cinéaste, bien entendu. 

Mais Walsh entend bien faire valoir ses points de vue, et cet éternel insatisfait a son mot à dire sur la fin du XIXe siècle et la façon dont le gouvernement Américain a liquidé les affaires Indiennes... Il le montre ici plus qu'il ne le démontre. Et son film, avec ses défauts comme ses qualités, se situe dans une veine assez proche de celle de Cheyenne Autumn, mais en plus narquois que le film de Ford. S'il choisit de montrer la fin des conflits d'une façon positive, il en profite pour ironiser sur les politiciens, les pontes de l'armée et tant qu'à faire le progrès, en nous montrant un ministre (Kent Smith) incapable d'utiliser un téléphone avec aisance pour communiquer avec le président Chester Arthur.

Et puis, le metteur en scène, s'il a filmé ici des Apaches de pacotille, a au moins la double satisfaction de finir sa carrière sur un western et de le faire en Arizona, dans des décors grandioses et chers à son coeur, où il peut une dernière fois orchestrer les charges avec le talent qui avait tant impressionné David Wark Griffith lui-même...

 

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Published by François Massarelli - dans Western Raoul Walsh