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21 octobre 2025 2 21 /10 /octobre /2025 10:13

On ne présente plus l'histoire de ce Prisonnier de Zenda, due au prolifique romancier Anthony Hope. C'est probablement son roman le plus connu, et pour cause: si cette adaptation par Rex Ingram n'est pas la dernière, loin de là, ce n'est pas non plus la première... Ce privilège appartient à un film rare, longtemps considéré comme perdu et réalisé à la fin de sa carrière par le vétéran Edwin Porter, en... 1913. Avec son héros pris malgré lui dans l'aventure d'un royaume en pleine ébullition, le film nous entraîne dans un autre monde qu'il est certes difficile de prendre au sérieux, mais qui possède tant de charmes...

Rudolf Rassendyll (Lewis Stone) ne va pourtant pas en Ruritanie par hasard: il cherche clairement à s'y rendre, regardez le film. Au début, il évoque avec ses cousins la branche lointaine de la famille qui règne au lointain pays de Ruritanie, puis part chasser... Comme par hasard, on le retrouve aux abords de la capitale Ruritanienne. ...La chasse, vraiment? L'aventure, oui! Ingram, en compagnie de toute sa distribution et de toute son équipe, a décidé clairement de jouer la carte de l'enchantement et de la plongée intégrale dans le monde merveilleux, et si peu réaliste, du roman.

Alors comment s'étonner que ça marche si bien, tout en étant si raisonnable, car c'est une histoire dans laquelle tout est si bien rangé... Les traîtres ont des têtes de traîtres, les vamps des têtes de vamps, et la belle princesse qui attend maussade de devoir se marier avec le futur Roi Rudolf, par obligation et par devoir, va avoir la surprise de sa vie quand elle va rencontrer celui qui le remplace momentanément. Une surprise qui sera elle aussi momentanée, bien sûr...

Autant The four horsemen of the apocalypse était un film personnel, autant ce Prisonnier est une oeuvre à part, une récréation pour celui qui vise une récompense qu'il n'atteindra jamais: la reconnaissance de son génie et de son talent pour tourner un film. Une récompense qui aurait pu prendre la forme, par exemple, du tournage d'une superproduction, comme en 1924-25 Ben Hur! Mais non. Pourtant, la production de ce Prisonnier de Zenda est absolument efficace, superbement interprétée par tous (Lewis Stone, Ramon Novarro, Stuart Holmes, et toute la troupe d'Ingram, d'Edward Connelly à John George) et toutes (Alice Terry, Barbara La Marr, et l'espace d'un instant, Maude George), et totalement distrayante. Ca manque d'âme, je l'ai plus ou moins indiqué, mais Ingram savait parfaitement mettre un peu plus de souffle quand ça lui chantait: voir le superbe Scaramouche pour s'en convaincre... 

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Published by François Massarelli - dans Muet Rex Ingram 1922 *
14 avril 2025 1 14 /04 /avril /2025 11:45

Adapté de son propre roman, le film de Rupert Hughes est l'un de ces films qui tendent à Hollywood un intéressant miroir, comme pouvaient l'être la comédie Ella Cinders (1926) de Alfred Green avec Colleen Moore, ou le film de Tourneur A girl's folly (1917). Mais le film de Hughes affiche des ambitions assez différentes de ces comédies, l'idée étant de chanter les louanges des acteurs, metteurs en scène, techniciens de Hollywood, à l'heure ou les scandales éclatent les uns après les autres: les procès du comédien Roscoe Arbuckle, la mort étrange du réalisateur William Desmond Taylor sont dans toutes les mémoires, et l'heure est en effet à la prudence. Mais cette ambition, aussi louable soit-elle, est le point faible du film, donnant lieu à des intertitres sentencieux et ronflants. Somme toute, les deux autres avantages de cette histoire sont principalement une mise en scène énergique, qui culmine dans les scènes dramatiques, et le fait que Hughes a été admis sur certains plateaux, avec la complicité des metteurs en scène, acteurs et producteurs. Cette inscription du film dans les coulisses du spectacle reste sont principal point fort...

Remember Steddon (Eleanor Boardman), fille d'un pasteur en croisade contre le diable Hollywoodien, épouse un homme, interprété par Lew Cody. Elle décide de lui faire faux bond, mue par un pressentiment: bien lui en prend, le monsieur étant en fait un tueur d'épouses qui collectionne les assurance-vies... Mais en quittant le train qui les emportait, elle se trouve au milieu du désert, et est secourue par l'équipe de tournage d'un film. Elle va intégrer le monde de Hollywood, devenir actrice, gravir les échelons, mais le tout avec la crainte du scandale qui menace; comment lui échapper quand on est mariée à un meurtrier notoire?

Donc, Eleanor Boardman visite Hollywood, fait la figurante pour Chaplin, et assiste au tournage d'une scène de Greed... C'est sûr, les atouts comme ceux-ci ne courent pas les films muets. mais le reste du film est surtout basée sur une intéressante, mais un peu timide symbolique, autour du vrai et du faux, qui se joue de certains stéréotypes. ainsi, Barbara LaMarr, qui était LA vamp de Rex Ingram dans The prisoner of Zenda(1922) et le film perdu Trifling women (1922), est-elle ici une actrice spécialisée dans les rôles de vamp, mais une excellente camarade, et une femme triste qui vit dans le souvenir d'un mari perdu: les témoins qui ont connu miss LaMarr, au destin  tragique, ne disaient pas autre chose d'elle... De son coté, Scudder, le tueur qui avait épousé Remember afin de la détrousser, tombe amoureux d'elle lorsqu'il découvre qu'elle est actrice: l'attrait de l'écran déforme tout, et semble-t-on nous dire, souligne la beauté...

Certaines scènes qui nous font visiter Hollywood et ses coulisses sentent les collections de stars, l'accumulation de noms, mais les scènes qui nous impliquent un peu plus dans l'action du film (La tentative d'arrestation de Scudder, l'incendie DeMillien du plateau au final, durant lequel richard Dix, en metteur en scène, ordonne à ses techniciens de continuer à tourner quoi qu'il arrive pendant que la tempête se déchaîne, relayée par une machine à faire du vent, bref: du spectaculaire!!) restent le meilleur. De plus, Eleanor Boardman, qui porte le film sur ses épaules, nous donne suffisamment envie de la suivre sans trop poser de questions, passant d'un registre à l'autre (une scène la montre se vautrer dans son premier essai, lorsqu'elle s'avère incapable de jouer la comédie, c'est drôle comme tout...). On peut aussi faire comme Hughes dans son film, et citer le nom des acteurs de ce film Goldwyn: Eleanor Boardman, Richard Dix, Mae Busch, Dale Fuller, Barbara LaMarr, Snitz Edwards, William Haines, Aileen Pringle, pour s'en tenir aux plus connus. Outre les apparitions dans leur propre rôle de Zasu Pitts, Chester Conklin, Erich Von Stroheim et Jean Hersholt, tous occupés sur le tournage de Greed, apparitions également de Fred Niblo, de Chaplin, et de Marshall Neilan (excusez du peu), on appréciera au détour d'une scène de voir parmi les figurants à la recherche d'un petit rôle Lon Poff et le petit Sammy Brooks, qui étaient tous les deux des sbires de Richelieu dans The three must-get-there de Max Linder en 1922. Poff, de son coté, est également au générique de Greed: c'est lui qui apporte à Trina ses gains à la loterie, affublé d'un sparadrap. Dale Fuller est également au générique de Souls for sale, après avoir incarné la domestique au destin tragique, Maria Miranda Macapa, dans le film de Stroheim... Décidément, on ne peut pas ne pas revenir à Greed.

En attendant, ce film peu banal mérite amplement le détour, que ce soit pour ses qualités (nombreuses) ou ses petites manies... Un film qui a le mérite de nous offrir un regard gentiment ironique sur le miroir aux alouettes, tout en se livrant à une mise en abyme intéressante, quand lors d'une scène située dans un commissariat, l'actrice incarnée par Eleanor Boardman panique en pleine interprétation en apercevant sur le mur un avis de recherche pour son mari...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 *
6 avril 2025 7 06 /04 /avril /2025 17:36

En 1927, le documentariste André Sauvage a donc tourné ce voyage en Grèce, et en a tiré un long métrage... perdu. Seules restent des images disjointes, des chutes, des plans de second choix, des coupes et quelques fragments...

Réduit à une demi-heure sans véritable ordre ni construction, le "film" (ou son fantôme...) porte malgré tout en lui un je-ne-sais quoi de totalement poétique, une sorte de portrait d'une certaine vérité, à l'écart des images d'Epinal: des vues de la misère et de la joie, des hommes au travail, de la vie forcément "exotique" de cet ailleurs qui nous est présenté à l'écran. Quant à savoir ce que Sauvage a mis dans son film, eh bien... On ne saura jamais!

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Published by François Massarelli - dans André Sauvage Muet * 1927
3 avril 2025 4 03 /04 /avril /2025 22:25

Ce film est une promenade, et qui prend son temps, dans le Paris de 1927 - 1928, par André Sauvage, cinéaste qui avait choisi le documentaire comme étant son mode d'expression. Un moyen comme un autre d'assumer son envie de cinéma, à travers une vision poétique, calme et posée, des choses. 

On y sent une tendresse, une envie de s'arrêter sur la vision des gens; comme Grémillon pas loin de lui, comme Hawks aux Etats-Unis, Sauvage aimait sans doute les gens au travail, dont il capte parfois la concentration, à distance respectueuse... Mais il capte aussi ceux qui, à côté, flânent, et prennent leur temps. Lui aussi, et nous aussi du même coup.

Et comme il vient à Paris par les canaux, on profite de visions poétiques: la lente descente ou remontée d'une péniche à une écluse, restituée en accéléré, semble réussir à trouver le moyen d'être belle, au lieu de ressortir du burlesque par la simple grâce de l'accélération du mouvement; en s'enfonçant dans le Cnal Saint-Martin, le cinéaste voit et nous transmet des rayons de lumière qui viennent d'en haut... C'est d'une grande beauté.

Le film suit le rythme à la fois indolent et sûr des péniches, et nous invite à profiter de ce qu'un artiste ait arrêté le temps, pour laisser sa caméra s'imprégner des images d'une grande ville, donc d'un endroit qui ne peut que changer, et changer encore au gré des époques. Presque cent années plus tard, Paris est toujours Paris, mais ce n'est pourtant pas la même ville... Comme ces plans qui opposent des camions qui s'affairent, et un troupeau de chèvres battant le même pavé Parisien...

Bref: comme Berlin, symphonie d'une grande ville, mais sans sa luxuriance, ce film lent et contemplatif a le culot d'être toujours en mouvement, pourtant... Il se place du côté des observateurs, des traqueurs du détail, des Tati par exemple, ou de Vigo, mais sans l'acidité d'A propos de Nice. C'est un très beau film... 

 

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Published by François Massarelli - dans 1928 Muet André Sauvage *
17 mars 2025 1 17 /03 /mars /2025 15:39

Réalisé avec l'aide de la police de Munich, ce documentaire participe d'un essor du genre dans les années 20, en Allemagne: sous diverses formes, des documentaires attiraient les foules, tout en propsant une utilisation du cinéma nouvelle, excitante et souvent inattendue.

Ce film n'est pour autant pas à assimiler aux Kultürfilme (Kraft und Schönheit est le premier exemple qui me vient à l'esprit), dans lesquels on tentait d'épuiser un sujet de façon rigoureuse, méthodique... et un rien ronronnante! Il n'est pas non plus un de ces films d'avant-garde qui pulluleront à la fin des années 20, comme bien sûr le très célèbre Berlin, symphonie d'une grande ville, de Walter Ruttman (1927): non, plus simplement, il s'agit de montrer de quelle façon les rues allemandes peuvent se muer en autant d'endroits dangereux, en adoptant une approche documentaire légèrement modifiée avec un recours à des acteurs qui interprètent le rôle de passants, de passagers des transports, dans un décalage parfois légèrement farfelu, mais aussi parfois le film rappelle les accidents tragiques... 

Et sinon, le film glisse vers le baroque en tâchant de montrer la différence entre un bon et un mauvais mendiant...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924 *
12 mars 2025 3 12 /03 /mars /2025 17:38

Les films muets de Yasujiro Ozu sont un ensemble fascinant de cohérence, bien qu'il ait tourné à cette époque comédies, chroniques familiales, films de gangsters, chroniques sociales, drames... chacun de ces genres, pourtant le montre qui sait prendre son temps, avec déjà cet art pour trouver l'angle juste, la position de caméra idéale, et pour laisser le temps au geste de s'accomplir. Il savait mieux que beaucoup capter une ambiance, une certaine mélancolie sous-jacente, et ces films réalisés par un japonais très amateur du cinéma occidental sont aujourd'hui encore marqués par une certaine perfection.

Celui-ci a un handicap certain, puisque deux bobines ont été perdues, et ce sont la première et la dernière... Pourtant, pas de gène excessive une fois qu'on a accepté le fait qu'on ne verra pas le film en son entier, on peut au moins en apprécier les contours du drame.

Deux jeunes garçons perdent leur père, et ils font corps avec leur mère, jusqu'à ce que l'aîné Sadao (Den Obinata) apprenne ce que le public sait déjà: il est le fils d'un premier mariage. A partir de là, il va se sentir exclu, parfois trahi par les efforts de sa mère (Mitsuko Yushikawa) pour le traiter avec égalité. En réalité, il va aussi de lui-même tendre à se sacrifier afin de permettre à sa famille de joindre les deux bouts...

La situation de Sadao, le fils exemplaire, est cruelle, et on voit le glissement au fur et à mesure de la progression; la complicité imposante entre les deux jeunes hommes se change insidieusement en un fossé, de par la défiance de Sadao. Le film étant tourné du point de vue de ce dernier, on sent que la situation échappe à la mère, d'autant que ses efforts n'ont pas été appréciés à leur juste valeur. le film tel qu'on peut le voir aujourd'hui se termine sur une confrontation clé, qui donne lieu à une résolution satisfaisante pour tous... qui est contenue dans un intertitre. bien sur on peut toujours râler que le film n'ait pas été conservé, mais bon: on en dispose au moins de l'essentiel, et c'est un grand film d'Ozu.

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Published by François Massarelli - dans 1934 Muet Yasujiro Ozu *
26 février 2025 3 26 /02 /février /2025 22:30

Confronté au dur travail dans une carrière, dans l'Ain, un ouvrier (Charles Vanel) se marie, et file le parfait amour avec sa tendre épouse (Sandra Milowanoff). Mais il a un accident qui le défigure... Il doit porter un msque, et la jeune femme veut le soutenir, mais elle est vite rattrapée par le dégoût... D'autant qu'un autre homme s'est présenté, qui l'attire...

C'est un film d'une grande noirceur, qui tenait énormément au coeur du comédien. Celui-ci n'est pas n'importe qui, déjà: il est en passe de devenir le monstre sacré qu'il deviendra bientôt, même si ce n'est pas encore dans ses préoccupations. Il est en attendant devenu un spécialiste d'un certain type de rôle: La femme rêvée, de Jean Durand, nous le montre en parvenu profiteur qui trahit presque malgré lui sa jeune épousée; La maison du mystère de Volkoff nous le présentait en traître parfait, vil et corrompu... Il y avait pourtant aussi une dimension romanesque voire romantique, chez l'acteur, qui avait apprécié de jouer les Pêcheurs d'Islande pour Baroncelli, ou l'aviateur de La Proie du vent pour René Clair. Ces deux aspects se combinent dans ce film dont il est le metteur en scène, comme ils se combineront dans son Javert de 1933 pour Raymond Bernard...

Le comédien avait sans doute très envie de devenir metteur en scène, et son film, unique en son genre, participe du style atteint par le meilleur du cinéma muet en ces dernières années... Dès l départ, on est frappé par la puissance de l'évocation des hommes au travail dans la carrière, avec un naturalisme qui en rappelle un autre, et renvoie à la mine d'or du début de Greed de Stroheim. Le contraste pourtant avec la scène du mariage est étonnant, Vanel ayant recours à une caméra mobile pour montrer la façon dont la joie, le vin, la fête tournent la tête des convives et des deux jeunes mariés... La fin du mariage, une scène nocturne délicate, semble pourtant indiquer comme un avant-goût de cauchemar...

Même si le sujet n'en est pas forcément en soi d'une grande nouveauté, Vanel transcende le mélodrame par l'intensité du jeu, le sens impressionnant du détail, et la force de son rythme. Il évite les intertitres, parfois remplacés par l'intrusion dynamique de mots ou de phrases dans les plans même... Des choix de mise en scène qui renvoient à Murnau et Sunrise, qui me semble cité à travers le recours à des intérieurs criants de vérité (même si on sait que chez Murnau ils faisaient d'autant plus vrai qu'ils étaient faux!), et aussi à travers une vision idyllique d'un bonheur illusoire qui reprend les scènes du bonheur conjugal aperçue au début du film Américain...

Vanel joue aussi avec adresse de sa complicité avec Sandra Milowanoff (qui a joué auprès de lui dans Pêcheurs d'Islande, et dans La Proie du vent), et les deux acteurs sont épatants qu'ils soient ensemble, ou seuls à l'écran... Et sinon, il utilise magnifiquement la caméra pour jouer avec les acteurs, en particulier en usant de mouvements d'appareils pour souligner ou changer les points de vue. L'utilisation du masque du personnage, pour éloigner la perspective de montrer le vrai visage de l'accidenté, tout en le rendant plus différent encore, est une idée fabuleuse... Mais de toute façon, le réalisateur s'est de suite situé au côté des plus grands en faisant de chaque plan un modèle de cinéma inventif, comme Stroheim, Murnau, Borzage, Wellman ou Sternberg à cette même époque. Parmi les plus grands...

Ce qui n'empêche pas ce film admirable, mais réalisé en 1929 et sorti un an plus tard, soit trop tard (on n'allait voir à l'époque que les crétineries bêlantes), de devenir un flop monumental, qui en dépit de deux autres essais plus modestes (un court et un moyen métrage), a eu définitvement raison de la carrière de metteur en scène de l'acteur Charles Vanel.

 

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Published by François Massarelli - dans Charles Vanel Muet 1929 *
1 décembre 2024 7 01 /12 /décembre /2024 10:29

Lors de ses débuts à la Columbia, le jeune Capra connaissait déjà furieusement son métier, et privilégiait la vitesse, avec une sûreté d'exécution qui laisse pantois. Cette histoire de reporter ambitieux est excellente: Clem Rogers, journaliste, est las de devoir faire les chiens écrasés (Ou la météo), et obtient une dernière chance de son patron. Il se retrouve dernier arrivé sur les lieux d'un crime mais le hasard fait bien les choses: il assiste à la fuite d'une jeune femme, et suite à un quiproquo, écrit un papier qui accuse la jeune femme, la fille d'un politicien en campagne... mais la jeune héritière victime de l'histoire en question se rebiffe, et les deux font alliance pour faire éclater la vérité.

Energique, élégant, et attendrissant. un film pré-Tintin qui a bien pu inspirer Hergé, qui était très fan du cinéma Américain (plus que des Etats-Unis eux-mêmes, d'ailleurs...). On y retrouve cette vitesse, cette atmosphère des salles de rédaction qui va envahir en quelques années les films des années pré-code, et Douglas Fairbanks Jr, dont le personnage est souvent considéré comme un ado capricieux par ses collègues, avance dans cette enquête cousue de fil blanc avec humour et charme. Et puisqu'on en parle, il y a aussi un atout fantastique: face à lui, la délicieuse Jobyna Ralston!

Pour vraiment anticiper sur les futures réussites de Capra, il aurait peut-être fallu développer une partie consacrée au doute, mais Clem Rogers, en route vers une carrière prestigieuse, n'a pas de temps à consacrer à une remise en question. Et puis... c'est une comédie.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928 Frank Capra Comédie * Jobyna Ralston
1 décembre 2024 7 01 /12 /décembre /2024 09:30

Don Wilson (Johnnie Walker) est une vedette de Broadway, à la carrière parfaitement placée sur ses rails, mais le succès lui pèse parfois... Il décide de s'octroyer un peu de repos et de s'aérer, et se rend dans la campagne... Où il tombe en panne avec son agent et des amis. Durant la réparation, les quatre hommes se rendent à un spectacle de théâtre itinérant donné par des saltimbanques, et reconnaissent que c'est "tellement mauvais que ça en devient bon". Don, sous un faux nom, participe même au spectacle et joue lamentablement un petit rôle dans la pièce (un abominable mélo de la guerre de Sécession). Mais il est intéressé par la personnalité de l'actrice principale, Ginger Bolivar (Bessie Love), la fille du directeur de la troupe: il décide demanoeuvrer pour faire venir la troupe à Broadway dans le but de les utiliser, en faisant rire les spectateurs à l'insu des acteurs...

Ca rappelle souvent Spite Marriage de Buster Keaton, sorti l'année suivante, et il est probable que les deux films ont été inspirés de la même pièce: les similitudes entre les deux versions d'une pièce de répertoire sur la guerre civile sont troublantes. Sauf quand dans le cas du flm de Keaton, c'est un spectacle supposé d'une grande dignité qui est saboté par les inepties d'un figurant, quand ce film de Capra pose finalement le cas contraire... En acteur doué qui tente d'adapter son style à son incognito d'une part, et à la mauvaise qualité de son entourage, le très spiritueux Johnnie Walker fait du beau travail. Le reste de la troupe est pour le metteur en scène l'occasion de développer une galerie de portraits parfois un peu outrés, mais qui se situent dans les habitudes de la comédie: Bessie Love, bien sûr, se détache particulièrement, en dominant par son investissement physique la distribution...

Mais cet aspect de farce n'occupe que les vingt premières minutes dont le tempo et le ton sont ceux d'un court métrage de deux bobines: Capra développe différemment sa deuxième partie, en se concentrant surtout sur le point de vue des acteurs: aussi médiocres soient-ils (et ils le sont, vous pouvez me croire...), il apparaît qu'ils croient à ce qu'ils font, et le film souligne à quel point finalement leur public rural est après tout satisfait de l'offre théâtrale des acteurs de troisième choix. Et Don Wilson, en faisant son malin, va découvrir à ses dépens que bonne ou mauvaise actrice, Ginger vaut la peine. Une sorte de préfiguration de Mr Deeds et Mr Smith, avec ses naïfs ruraux pris dans la tourmente citadine, nous apparaît ici.

Et la mise en scène de ces Capra muets réalisés pour la Columbia est toujours aussi dynamique et enthousiasmante, on y sent la rapidité à l'oeuvre (même si cette impression est certainement accentuée par un montage qui a été revu, pour une version qui n'est pas aussi longue que l'originale), et l'efficacité du metteur en scène fait merveille. Dans le cadre de la comédie, bien sûr, et sa touche est déjà bien présente, mais il s'octroie une très jolie scène de révélation sous la pluie, avec Bessie Love au sommet de son art, un mélange subtil de comédie de situation, et même de tragédie, la jeune actrice comprenant qu'elle a été roulée dans la farine par l'homme qu'elle aime...

 

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Published by François Massarelli - dans 1928 Muet Frank Capra Comédie *
9 juin 2024 7 09 /06 /juin /2024 16:30

C'est le premier film d'Alfred Hitchcock, et si le Maître lui-même n'a pas beaucoup vanté les mérites de ce film, préférant considérer son troisième long métrage (The Lodger, son premier film policier, ceci expliquant cela) comme le premier de ses "vrais" rejetons, il vaut bien mieux que ce que le metteur en scène pouvait en dire. Il est vrai que la situation était probablement frustrante: comme The mountain Eagle, son deuxième film (Dont aucune copie n'a survécu), The Pleasure Garden est un film Britannique, mais tourné par le producteur Michael Balcon dans les studios Allemands. Hitchcock se trouvait donc confronté à un cinéma riche (Il aurait selon la légende assisté à quelques heures de tournage de Faust de Murnau!!) et inventif, tenté de suivre cette voie, mais contraint de rendre une copie aussi tiède que possible à ses commanditaires Anglais. Pourtant, ce mélodrame haut en couleurs et fort en improbabilité est tout sauf commun...

On y assiste à la rencontre entre deux femmes, Patsy, une "chorus girl" (Virginia Valli) qui travaille dans la boîte "The Pleasure garden", et Jill, une aspirante danseuse que Patsy accueille chez elle. Sous l'apparence d'une oie blanche (Elle s'agenouille pour prier avant de se coucher), elle est en fait dotée d'une redoutable ambition. Lorsque Hugh, le petit ami de Jill débarque, celle-ci lui promet monts et merveilles mais s'offre à des mécènes, pendant que Patsy qui est vaguement amoureuse de Hugh cède à la cour effrénée du partenaire de celui-ci, et accepte sa proposition de mariage. Mais les deux hommes doivent repartir pour les colonies pour des raisons professionnelles, et Patsy ne sait pas que son mari est en ménage avec une indigène...

Il y a de tout dans ce premier film d'Hitchcock, de tout et même de n'importe quoi... D'une part, HItchcock utilise le monde du spectacle pour montrer un microcosme, comme il le refera souvent durant sa période Anglaise, et il montre surtout son amour des petites gens, incarnés par Patsy, par opposition à l'ambition démesurée de Jill, et aux hommes riches et au monde faux qui l'entourent. Puis il questionne les sentiments des uns et des autres avant de nous montrer, de façon surprenante (Dans une des meilleures scènes du film, bien sûr), son premier meurtre. Il le tourne de façon frontale: endu fou probablement par les fièvres et l'alcool, un homme entre dans l'eau pour rejoindre sa petite amie, indigène de l'île où il séjourne. Elle croit qu'il veut la prendre dans ses bras, et en toute confiance vient vers lui... alors qu'il va l'étrangler.

Pourtant, la meilleure partie est sans doute à trouver au début du film, et nous démontre que dès ses débuts dans la réalisation en solo (après avoir étudié tous les aspects du cinéma), le metteur en scène savait comme personne camper un univers, et bien qu'il le faisait en Allemagne, cette efficacité renvoyait à son affection profonde pour le cinéma Américain... Quand on entre de plain-pied dans le music-hall où est située l'action, on jurerait qu'on va assister à un film de Harold Lloyd, et cela continue avec la description des vieux messieurs fortunés qui s'intéressent d'un peu trop près aux jeunes aspirantes artistes!

Une curiosité, certes, qui a souffert des ravages du temps... Mais quelle carrière... et ce n'était que le début.

 

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Published by François Massarelli - dans Alfred Hitchcock Muet 1925 *