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25 mai 2024 6 25 /05 /mai /2024 23:19

La descente aux enfers d'un caissier (Ernst Deutsch), qui a été subjugué par une cliente de sa banque (Erna Morena) et qui est poursuivi par une figure de la mort (Roma Bahn), qui l'a poussé a suivre son destin... Pour commencer, il a pillé sa banque, et est désormais en fuite.

C'est une adaptation d'un roman qui suivait la vogue de l'expressionnisme... mais le film, lui-même, était dans la lignée du Cabinet du Dr Caligari, de Robert Wiene, un film avant-gardiste qui ferait presque pâle figure devant celui-ci! Martin, complètement investi dans son sujet (qu'il signe en se faisant appeler Kunstler, et non Regisseur, comme si son art était au dessus de la mise en scène de cinéma), a en effet demandé à ses acteurs et décorateurs un jeu et un film expressionnistes, mais contrairement à Caligari qui repose finalement sur assez peu d'effets spéciaux, celui-ci regorge de tentatives: surimpressions, fondus, arrêts de caméra, on verra dans cette évocation d'une nuit de cauchemar un grand panel de techniques qui seront bien sûr toutes des constantes du cinéma Allemand des années 20, y compris (j'aime à le rappeler) quand il n'aura plus rien à voir avec l'expressionnisme.

A tout ceux qui confondent cinéma Allemand de Weimar et expressionnisme, ceci c'est le vrai! Un style fou, basé sur des décors distordus et une présence visible de la scène théâtrale: derrière le décor en carton-pâte, impossible de ne pas voir qu'on est en studio! Le fiml est outrageusement exagéré, et ne manque pas d'humour... ni de petites scories énervantes, typiques du cinéma de l'époque. Difficile de le prendre tellement au sérieux, pourtant, et à mon avis, aussi bien le réalisateur, que les acteurs (Erna Morena, à la plastique impeccable, qui assume des poses très "caligariennes", ou encore les maquillages outranciers...), se sont bien amusés, tout en délivrant, genre oblige, de sombres messages, sur la condition humaine, condamnée au lucre, au stupre et à la fuite en avant vers les tréfonds des enfers! Bien sûr, l'amusement a ses limites, et le film aussi, qui part parfois dans un peu toutes les directions. ...Mais tête baissée.

 

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Published by François Massarelli - dans 1920 Muet * ...Jusqu'à l'aube
22 mai 2024 3 22 /05 /mai /2024 18:30

Ce long métrage montre, en sept chapitres, un petit historique des avancées de la science en matière de connaissances de la physique élémentaire, et des forces de la nature. Le titre peut se traduire assez aisément par Les merveilles de la création... 

Hanns-Walter Kornblum avait déjà réalisé un film du même genre, consacré à la théorie de la relativité d'Einstein, en 1922, qui est aujourd'hui quasiment intégralement perdu: Die Grundlagen der Einstein-Relativitäts Theorie. Il y avait expérimenté, de façon gourmande j'imagine, un mélange rigoureux et très esthétique d'animation, d'effets spéciaux, avec des planètes en volume et des maquettes très "lisibles", et de prises de vues réelles, sensées illustrer le propos... 

Le film se situerait presque du côté de la science-fiction, quand il essaie de nous entrainer avec lui vers Mars! Le ton est surprenant, le film d'une grande beauté plastique, et parfois, notamment les scènes qui représentent (et expliquent) la gravité, vous laisse sans voix! Et tout cela ne manque en prime pas d'humour, convoquant même Gulliver chez les Lilliputiens...

 

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Published by François Massarelli - dans * 1925 Hanns-Walter Kornblum Muet
20 mai 2024 1 20 /05 /mai /2024 16:02

Kihachi (Takeshi Sakamoto) et Jiro (Den Obinata) sont deux amis, des ouvriers d'une distillerie. Kihachi vit avec son fils, Tomio, qui est probablement plus mûr que lui! Les deux amis rencontrent une jeune femme, Harue (Nobuko Fushimi), et commencent donc à développer une rivalité amoureuse. Si Kihach a tendance à jouer à fond la carte du père célibataire, il se le voit aussi beaucoup reprocher...

Le personnage de Kihachi reviendra dans un certain nombre des dernières comédies muettes d'Ozu, interprétées par le même acteur. Le metteur en scène, qui a pourtant toujours été assez versatile dans cette période, commence à stabiliser son art autour de la comédie familiale, douce-amère, et le personnage bourru, mal dégrossi, même vulgaire (il préfigure presque le paysan devenu soit-disant amouraï par dépit, incarné par Toshiro Mifune dans Les sept Samouraïs de Kurosawa...) incarne parfaitement son idéal comique: un personnage de rustre, interdit de sophistication, mais pour lequel la famille est la plus importante chose du monde, et son fils en est le centre...

Mais la comédie, justement, est saupoudrée dans le film, grâce évidemment au comportement grossier mais lunaire de Kahichi, qui est assez clairement inspiré de Chaplin; et Ozu multiplie les gags, comme ces merveilleuses séquences au début du film, qui nous montre des contagions de comportements (un type d'humour qu'adoraient Chaplin, Stan Laurel et Jacques Tati): trois amis pendant une soirée théâtrale se refilent un porte-monnaire vide comme un sparadrap dont on n'arrive pas à se débarrasser, puis l'un d'entre eux, qui se gratte en permanence, semble semer ses bestioles à toute l'assemblée!

 

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Published by François Massarelli - dans Yasujiro Ozu Criterion * Muet 1933
12 mai 2024 7 12 /05 /mai /2024 12:30

Le film majeur d'Ozu, en cette année 1933, est sans doute le plus représentatif des qualités, du style et peut-être aussi des limitations, largement liées à la censure Japonaise, des films muets du metteur en scène...

Sa fascination du film de gangsters, clairement, est le plus important aspect de son amour du cinéma américain, et ce n'a jamais été aussi évident que dans ce film, situé dans un Tokyo  contemporain (pour l'époque du tournage évidemment), entre le monde de la journée (le travail des employés de bureau, dont la secrétaire Tokiko interprétée par Kinuyo Tanaka), et le monde de la nuit, qui est dominé par la pègre, et notamment Joji (Joji Oka), un chef de gang: c'est le petit ami de Tokiko, et s'il est évident qu'il est le leader d'un groupe de malfaiteurs, il dirige aussi un club de boxe. On le verra peu dans l'action d'un gangster: il fait attendre la dernière bobine pour le voir en action...

L'intrigue tourne autour de la jalousie de Tokiko, qui surveille de près son Joji, peu enclin à se modérer quand il croise une jolie fille. Lorsque Joji engage un étudiant, Hiroshi (Koji Mitsui), la soeur de celui-ci, une jeune femme très comme il faut Kazuko (Sumiko Mizukubo) l'attire de façon évidente... Tokiko, elle même à cheval entre les deux mondes, est tiraillée entre sa sympathie pour le sacrifice de Kazuko qui voit son frère glisser vers la criminalité, et sa jalousie à l'égard de la jeune femme...

Une bonne part du film se situe dans les bars, les clubs de billard et les clubs de boxe et bien sûr la nuit. On y verra un monde dont les traditions du Japon semblent absentes, et les vêtements, les attitudes, le décor (les affiches de films occidentaux sont partout, comme d'habitude), tout renvoie à une image sublimée d'une certaine idée du cinéma occidental... A côté, Kazuko, avec ses kimonos, incarne un type de personnage courant chez Ozu à cette époque, la jeune femme virginale et effacée derrière un homme, ici en l'occurrence ce sera son frère...

C'est par ce dernier, décidément une erreur de casting pour le gangster Joji, que le film se précipitera dans une action criminelle, d'une part, et c'ets aussi lui qui révélera qui et le centre de ce film, en l'occurrence Tokiko, une figure tragique pour son amour sans fin. 

Totalemet irréaliste, probablement, inspiré d'une vision du monde située clairement uniquement dans l'esprit de son metteur en scène (un peu à la façon décalée dont Sergio Leone voyait la conquête de l'ouest dans ses westerns), le film est aussi très différent de son cinéma austère des années 50, avec des idées stylistiques constantes, des angles de caméra notables, des mouvements de caméra aussi, qui renvoient une fois de plus à ce cinéma de 1927/ 1928 dont le cinéaste s'abreuvait...

Et une fois de plus, Ozu questionne ici les valeurs Japonaises traditionnelles, à travers ces personnages de femmes qui doivent choisir entre deux voies contradictoires, ces gangsters à l'Américaine qui passent finalement plus de temps à paraître être des gangsters, qu'à commettre de mauvaises actions... Fasciné, il oppose le cheminement à petits pas de Kazuko, et les robes élégantes de Tokiko, mais ce sont deux femmes Japonaises, prises au piège des hommes et de leur morale conquérante, qu'ils soient gangsters, étudiants... ou chef d'entreprise.

 

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Published by François Massarelli - dans * Yasujiro Ozu Muet Noir 1933
9 mai 2024 4 09 /05 /mai /2024 20:02

Sorti en février 1918, c'est un cas d'école: un film de guerre, certes patriotique et réalisé puis sorti alors même que les conflits faisaient rage, c'est donc assurément l'un des premiers films d'un genre nouveau, ceux qui depuis ls Etats-Unis, observaient les combats sur les fronts Européens, et dans des intrigues plus ou moins mélodramatiques, opposaient d'un côté les alliés, principalement les Américains bien entendu, et de l'autre les Allemands... Un genre à part entière, dont font partie des films comme Hearts of the world de Griffith, The hearts of humanity d'Allen Holubar, mais aussi sorti plus tardivement, The four horsemen of the Apocalypse, de Rex Ingram. Tous ces films ont en commun une vision férocement binaire, dans laquelle les Allemands sont présentés comme des monstres... 

Ici, le point de vue est celui d'une famille Américaine, dont le fils est parti se battre parce que l'attraction et le glamour des marines l'avaient attiré... Les parents, inquiets, voient partir un garçon immature, qui ne croit pas en Dieu, et a une attitude de dédain pour les classes qu'il considère comme inférieures. C'est lui, le non-croyant du titre... Mais le front, nous dit un intertitre, c'est la forge dans laquelle on va tester un homme... Sur le front en Belgique, il va se conduire en héros, constater que la fraternité ignore les classes, et apprendre à croire en des valeurs plus importantes que celles qui l'ont jusqu'à présent motivé...

En même temps, nous verrons dans le film les exactions de certains officiers Allemands, dont Erich Von Stroheim dans son premier rôle du genre: un sadique, attaché à son décorum, et qui exige d'un peloton d'exécution réticent et dégoûté l'assassinat pur et simple d'une grand-mère et de son petit-fils... Quand le héros se réveille sur un lit d'hôpital, et constate que le lit à côté de lui est occupé par un Allemand, il s'emporte... avant de constater que le soldat n'est finalement qu'un homme blessé qui a peur de la mort. D'ailleurs, dans le prologue du film, le jardinier d'origine Allemande, qui vient d'apprendre la mort de son fils sur le front, est confronté par la mère du héros.

Bref: ce film tranche particulièrement sur l'absurde sentiment cocardier et chauvin des autres films de la même période. Il est riche, et jamis excessivement démonstratif. Le metteur en scène (qui n'est pas n'importe qui, même s'il a parfois été amené à tourner n'importe quoi, c'est le paradoxe du système des studios) s'est même plu à utiliser de façon innovante le montage ultra-rapide lors de la scène de l'exécution mentionnée plus haut. Gance n'a pourtant tourné ni j'accuse, ni La roue, dont les sorties Américaines seront relativement condidentielles, de toute façon. Ce film de grande qualité, avec bien sûr un esprit exalté, bien typique d'un film de la décennie qui a vu les sorties de Civilization, Intolerance et Joan the Woman, est sans doute le dernier film sorti par Edison, qui s'est lassé de faire du cinéma.

 

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18 avril 2024 4 18 /04 /avril /2024 18:37

Deux jeunes adultes (Glady Hullette et Edward Earle) s'aiment... Mais Simon Selfridge (Frank Currier), le père de la demoiselle, aisé et soucieux de préserver son capital, voit d'un très mauvais oeil l'intrusion d'un homme dans sa famille, qu'il soupçonne den vouloir à l'argent. Il décide de séparer le couple, pourtant fraîchement marié, en envoyant sa fille le plus loin possible. Quand elle revient, c'est avec un bébé, une petite fille prénommée Peggy: le père souhaite la voir, mais Selfridge lui tend un piège: il l'accuse d'avoir voulu s'introduire par effraction dans leur maison. Le jeune homme se retrouve en prison, et pendant ce temps son épouse se morfond, et Peggy grandit loin de son père...

C'est un scénario de mélodrame sans aucune retenue auquel nous sommes confrontés dans ce prologue, et le film joue à fond cette carte, du début à la fin du film. Mais d'une part, Seiter qui est metteur en scène de comédies (et non des moindres, quand on y pense: on lui doit quand même quelques pépites, après tout, la plus célèbre étant à n'en pas douter Sons of the desert avec Laurel et Hardy) ne s'est pas privé de chercher une façon de détourner cette tentation mélodramatique, et l'a trouvée: car l'héroïne évidente du film, dès qu'elle arrive, sera Baby Peggy Montgomery, qui interprète bien sûr le "secret de famille" assez mal gardé, la petite fille qui fera craquer l'armure de son grand-père, et qui empêchera son père de mal tourner, par son énergie et son côté solaire...

Mais Seiter fournit, tout en se pliant aux règles en vigueur du mélo, un cadre très rigoureux, dans lequel il joue habilement du cadre, de l'ombre et de la lumière dand de belles scènes nocturnes, et dirige ses acteurs avec goût et sobriété, ce qui est une bonne chose, au vu d'un script qui repose sur tant de ficelles... 

Mais soyons franc: le principal atout du film... c'est son actrice principale! C'était déjà une star, à lâge de quatre ans et en voyant le film on comprend pourquoi.

 

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Published by François Massarelli - dans William Seiter 1924 Muet *
10 avril 2024 3 10 /04 /avril /2024 17:34

Un jeune homme naïf (Monty Banks) se passionne pour les exploits des aviateurs... Il est décidé à suivre les pas de Lindbergh, mais son ineptitude lors du vol inaugural de son avion le condamne à l'échec. des recruteurs le persuadent de tenter sa chance dans l'armée de l'air où, lui dit-on, on lui offrira la chance de piloter un nouvel avionntous les jours...

Une fois sur place, sa naïveté en fait la risée de la garnison, et le colonel (Jack Johnston) ne sait pas trop quoi faire de lui: il devient même le souffre-douleur préféré du sergent (Kewpie Morgan). Heureusement, la fille du colonel (Jean Arthur) l'a à la bonne...

Admettons qu'on pourra toujours se demander ce qu'elle lui trouve... Mais bon, Monty Banks, ici, se glisse pour sa part dans les pas, non pas de Lindbergh ou de quelque autre aviateur que ce soit, mais bien dans ceux de Chaplin (un peu), Keaton et Lloyd (surtout ce dernier) et même Harry Langdon, par sa naïveté et son côté lunaire. Les quatre premières bobines sont vraiment axées sur le côté "comique militaire" (en France on dirait "comique troupier" et ce n'est généralement pas un compliment: je préfère l'éviter ici, car le film est sympathique). Cette partie concerne surtout l'inadaptation d'un héros qui n'a pas compris qu'il était complètement à côté de la plaque...

Les deux dernières bobines montrent comment, lors d'un concours de circonstance, il en vient à voler de façon (involontairement) spectaculaire, et à sauver la réputation de son bataillon, ce qui lui ouvre toutes grandes les portes du bonheur conjugal aux côtés de Jean Arthur. On se met à sa place...

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Published by François Massarelli - dans Monty Banks Muet 1927 *
18 mars 2024 1 18 /03 /mars /2024 16:15

Réalisé pour le compte de la Vitagraph, ce film n'a survécu que dans une copie établie dans les années trente pour l'exploitation en 9,5mm, donc dans un format très réduit... Il n'en reste qu'une dizaine de minutes, dont la moitité au moins est consacrée au final spectaculaire...

L'intrigue, ou du moins ce qu'il en reste, concerne Jack Bradbury (Warner Baxter), un homme injustement accusé d'un meurtre, et l'amour que lui porte une jeune femme pure et virginale (Colleen Moore d'avant la comédie); avant d'être disculpé à temps, il participe au sauvetage de plusieurs personnes lors d'un incendie impressionnant...

Le principal ingrédient du film est donc préservé, dans une version raccourcie, mais avec une certaine intensité, cela va sans dire. La décennie des années 20 est vraiment celle durant laquelle le cinéma Américain va passer ma^tre dans la représentation des désastres en tous genres, et cet incendie, même danssa version raccourcie en 9,5, est impressionnant malgré tout. Dommage que le reste du film (et les prestations de Colleen Moore, très amenuisée, et celle de Gertrude Astor qui a carrément été supprimée) n'ait pu être préservé aussi...

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Published by François Massarelli - dans Colleen Moore Muet 1922 *
8 janvier 2024 1 08 /01 /janvier /2024 15:11

Tout de suite, le titre: ce n'est pas une faute, ni une réinterprétation, c'est bien le titre officiel de ce film, sorti à la sauvette en 1928, et qui selon la formule consacrée s'est perdu dans les brumes de l'oubli, auquel une ressortie assortie d'une reconstitution et restauration rend aujourd'hui la vie. Cette expression à la syntaxe douteuse est probablement due à un besoin d'associer le film à une origine populaire... D'ailleurs le film est situé sur une péniche. Comme L'hirondelle et la mésange (André Antoine), La belle Nivernaise (Jean Epstein), La belle marinière (Harry Lachman), et surtout, surtout, L'Atalante, de Jean Vigo. c'est donc un genre à part entière dans l'histoire du cinéma...

L'histoire n'est pas à proprement parler révolutionnaire: Jean-Marie Grignard (Camille Bardou), marinier, rencontre une danseuse, La Concha (Suzanne Talba), dans un bar, et lui propose de venir avec lui sur sa péniche La Mouette. Il y vit avec sa servante, Gertrude (Gaby Dary), et son fils adoptif Pierre (Jean Gérard). Après des hésitations, une bagarre qui éclate à cause d'elle décide la jeune femme à accepter la proposition. Et pourtant elle n'apprécie pas outre mesure la vie sur l'eau. Elle remarque que Pierre, par contre, n'est pas indifférent à la jeune femme...

Jayet, dont c'est la première réalisation, a des ambitions. Il a manifestement été bouleversé par Gance, dont il a adopté le style des séquence de montage paroxystique... Il a probablement beaucoup vu les films des Impressionnistes (Delluc, les premiers L'Herbier et les premiers Epstein), et peut-être le premier film de Sternberg, Salvation hunters. Il a donc oscillé entre un cinéma naturaliste au jeu très sobre, et une mise en scène qui repose sur des images dont le but est de traduire les sentiments, quels qu'ils soient. Beaucoup s'y sont cassé les dents... Ici, tout dépend du degré de cliché, par exemple, Camille Bardou, en vieux marinier qui a tout à coup la tête dans les étoiles à la simple pensée de la jeune femme qu'il a rencontrée, est touchant, et la mise en scène semble incorporer sa pensée naïve. La vision de Concha, très connotée comme si souvent les femme saltimbanques dans le cinéma français, est plus embarrassante, même si le metteur en scène a su obtenir une économie de moyens de son interprète.

Le film ne s'embarrasse jamais d'images inutiles, tout en utilisant le montage pour opposer aux images de l'intrigue, des plans de nature (le soleil couchant vu depuis la péniche) et des images du travail des hommes, comme chez Grémillon... Ou Hawks.

Donc ce n'est sans doute pas le film français le plus intéressant de la période, mais il s'inscrit après tout dans une tradition assez noble, et la délicatesse de certaines séquences (Grignard rapenant la jeune femme à la péniche, au petit matin, une séquence dans laquelle tout passe par les regards) peut effectivement surprendre. Tout comme la dureté d'autres scènes,: quand Pierre se rend à la cale où son père adoptif est sur le point de violer la jeune femme qu'il vient de ramener en lui promettant monts et merveilles, et que le jeune homme semble manifester une totale indifférence à ce qu'il a vu, par exemple...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928 *
8 octobre 2023 7 08 /10 /octobre /2023 14:28

Ce n'est pas la première adaptation du roman à succès (1896) de Henryk Sienkiewicz, mais c'est la première qui soit vraiment significative: une durée imposante, près de deux heures, de grands moyens, des centaines de participants, et une volonté de tourner l'histoire Romaine en un spectacle cinématographique. Autant d'aspects qui auront un impact sur le cinéma du monde entier, lorsque tous les pays, à la suite des Italiens, des Danois et des Français, vont eux aussi orienter l'industrie cinématographique vers le long métrage...

L'histoire part d'un enlèvement, mais effectué par l'empereur lui-même: à la demande de son ami Petronius (Gustavo Serena), Néron (Carlo Cattaneo) enlève la jeune Lygia (Lea Giunchi), élevée par des Patriciens, afin de la marier avec Vinicius (Amleto Novelli). Lygia connaissait Vinicius, mais de là à l'épouser... Et Vinicius, qui a assisté aux hésitations de la jeune femme lors d'un banquet, décide de se l'approprier... Mais la jeune femme est suivie à distance respectable, par son esclave, le fidèle Ursus, qui est un homme très fort, et lui est totalement dévoué. ll reçoit une aide précieuse, celle des Chrétiens de Rome avec lequels il récupère Lygia... 

Petronius tente de calmer Vinicius (notamment en lui apportant une jolie esclave, autres temps...) mais rien n'y fait. En attendant, tout Rome semble se mobiliser pour retrouver la jeune femme et la ramener à Vinicius.

Le fond du problème, dans Quo Vadis? (assez typique d'un roman de la fin du XIXe siècle), est un conflit de civilisation, entre la Rome Patricienne, sous la coupe d'un empereur fou furieux, et capricieux jusqu'à l'extrême, éprise de ses privilèges, et de la vie dissolue que permet l'esclavage, et d'autre part les premiers Chrétiens, symbolisés ici par Lygia et d'autres, la jeune femme devenant presque le vecteur inattendu d'une rencontre qui n'aurait peut-êytre jamais eu lieu sans elle... C'est bien sûr naïf, et ça ressort plutôt du mélodrame que de l'histoire, tout comme d'ailleurs, hélas, l'est le personnage de Chilo, un homme de la pègre qui apporte son aide à Vinicius pour repérer Lygia, et se comporte selon tous les codes théâtraux qui désignait Shylock, ou un Juif, à cette époque.

Mais le roman est ici représenté dans toutes ses grandes lignes, développées grâce à la durée, et il est remarquable de voir comment Guazzoni a traité cette histoire foisonnante, qui part d'une anecdote pour aller vers le drame, passant par la présence de l'apôtre Pierre à Rome, et incluant aussi la menace des persécutions. Comme d'autres avant et après lui (Capellani, Griffith, Stiller, Blom, Christensen, DeMille, etc), Guazzoni repose sur l'importance de figurer des moments épiques, et le dosage de leur représentation... ce que Mauritz Stiller appelait des "montages d'attractions". et là où l'exposition du film repose beaucoup sur l'habitude de l'époque (intertitre annonciateur, plan pour illustrer, puis un autre intertitre, etc), l'incendie de Rome reçoit un traitement en longueur, à partir d'un plan de fournaise, puis les lions du cirque, inquiet dans leur cage, puis la panique, etc... On multiplie aussi les digressions durant l'incendie (évanouissement de Vinicius, Néron déclamant ses poêmes...) pour faire monter le suspense. C'est magistral...

La façon dont les Romains réalisent le danger d'avoir néron comme empereur, l'incendie de Rome, le Cirque et les sacrifices de Chrétiens, la douceur des premiers Chrétiens qui vont au supplice, Lygia sur un taureau sauvée par le dévouement d'Ursus... tous ces passages obligés, mais aussi l'éveil de Petronius à l'amour parle biais des sentimentsde son esclave Eunice, autant d'ingrédients qui font de ce film une des premières grandes dates dans le développement du long métrage; on les retrouvera pour la plipart dans d'autres films, notamment les autres Quo vadis?, de Gabriellino d'Annunzio (1925), et de Mervyn Le Roy (1951), mais aussi bien sûr dans l'adaptation de contrebande qu'était The Sign of the Cross (DeMille, 1932).

Bref, on pourra dire ce qu'on veut sur les lourdeurs de voir tous ces gens en toge, sur le message habituel du peplum (Chrétiens, bons, Romains, pas bons), sur les gestes amples de ces figures antiques, mais Quo Vadis reste à mes yeux une étape essentielle...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Enrico Guazzoni * 1913