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27 décembre 2023 3 27 /12 /décembre /2023 10:05

Charles Condomine (Rex Harrison) est un écrivain qui cherche à exploiter à sa façon la vogue pour le médiums et le spiritisme: il a invité, pour une petite soirée entre amis, une excentrique vieille dame de son village pour lui soutirer un maximum d'informations. Remarié avec Ruth (Constance Cummings), il a perdu sa première épouse quelques années auparavant. Mais lors de la démonstration (sous les rires embarrassés, à peine contenus, de la plupart des convives), Madame Arcati (Margaret Rutherford) va pourtant bel et bien conjurer le retour d'Elvira (Kay Hammond), l'épouse disparue... La cohabitation va être compliquée...

C'est une pièce de Noël Coward qui se trouve à l'origine de ce troisième long métrage de Lean, et comme ses deux premiers films, celui-ci est encore considéré par l'intelligentsia Britannique comme 'un film de Noël Coward'. reconnaissons au moins au grand homme, après In which we serve, de ne plus avoir eu l'audace (voire l'outrecuidance) de signer le film officiellement! Il faudra un jour s'attaquer à ce serpent de mer, cette manie des Britanniques de considérer l'auteur de papier d'une oeuvre filmée comme le seul auteur! Mais c'est un autre débat... 

C'est la première comédie de Lean, et à ce titre c'est intéressant, d'autant qu'il s'agit sans doute de son unique comédie "moderne"... Un film adapté du théâtre, donc, dans lequel la réplique se doit de faire mouche, et les scènes à plusieurs personnages se doivent de semer les étincelles. Et ça marche plutôt bien, d'abord parce qu'il a été décidé de ne pas charger la barque trop fort, le film est donc de durée très raisonnable, et cinématographiquement parlant, on évite le côté étouffant du théâtre filmé: Lean a tout prévu pour aérer l'intrigue en utilisant des décors variés.

Dans la maison des Condomine, d'abord: d'ailleurs, il sera beaucoup question de l'intimité d'un couple; je ne parle pas de l'intimité sexuelle ici, mais de ce qui fait la routine d'un couple marié. Et à ce titre, on constate que M. Condomine, marié depuis sept ans, a eu le teps d'acquérir toute la diplomatie nécessaire à la bonne marche de son ménage... Mais n'a pourtant pas d'enfants. Je parle de lui au premier chef, car tout le film (et toute la pièce aussi, n'en doutons pas) est situé de son point de vue. le retour d'Elvira n'est d'ailleurs destiné qu'à lui, personne d'autre ne la verra, dans un premier temps du moins... Ce retour de l'épouse disparue, regrettée, mais si convenablement décédée (l'époux est automatiquement absous du péché d'avoir pensé à elle) est surtout l'occasion pour lui de remettre en question sa vie... au point où la maladresse maligne de la fantôme, qui souhaite tuer son époux afin de le récupérer, va entraîner le décès de la deuxième épouse, donc un deuxième fantôme... 

Sardonique, souvent, drôle assurément, le film est aussi une excellente occasion pour David Lean de montrer son savoir faire, et pour Ronald Neame (chef opérateur attitré et déjà en place sur les deux films précédents, mais aussi co-scénariste, ce qui est intéressant) de faire une formidable démonstation de son talent. Le Technicolor est utilisé ici pour contraster de façon saisissante le monde des vivants et celui des morts, et l'exceptionnelle beauté de la photo réussit aussi à faire passer le recours à des couleurs, disons, problématiques: lors de sa première apparition, elvira est en effet verdâtre, avant de virer au bleuté quelques bobines plus loin... Et ça passe comme une lettre à la poste! Le montage est rythmé, et Lean maîtrise parfaitement le comique noir de situation, grâce à l'énergie de Rex Harrison (il est né pour ce genre de rôle, c'est une évidence) et l'excentricité assumée de Margaret Rutherford, un festival à elle seule. On constatera que les deux épouses sont respectivement une fofolle sans limites (Elvira), et une femme assez pincée (Ruth) que le film tient respectueusement, mais fermement à l'écart...

 

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Published by François Massarelli - dans David Lean Criterion Comédie
11 novembre 2023 6 11 /11 /novembre /2023 16:31

Winston Smith (John Hurt) vit en Oceania, un pays fictif qui se trouve en guerre permanente, et qui est une dictature particulièrement autoritaire dans laquelle on modèle le langage, la pensée et les aspirations de chacun. Il aspire à plus de liberté et est fasciné par la notion même de résistance. Dans une société qui brime la moindre pulsion, et qui nomme l’orgasme comme étant un ennemi, il va aussi avoir une relation très charnelle avec une jeune femme (Suzanna Hamilton), et ils tombent amoureux…

J’ai toujours été un peu sidéré par cette idée selon laquelle 1984 (l’année) serait la meilleure période pour réaliser un film définitif de l’adaptation du roman d’Orwell… Il y en avait déjà eu une, en 1956. Mais 1984 de toute façon, en cette période (au sens large du terme) est plus que dans l’air. Déjà, l’album Animals (1977) du groupe Pink Floyd a revisité à sa façon Orwell, en se concentrat évidemment plus sur Animal farm que sur 1984… Mais la fameuse pochette cite un élément de décor qui à l’époque représentait Londres de manière définitive, la centrale électrique de Battersea, et ce même bâtiment industriel imposant sera très visible dans ce film. De même, à la même époque, Terry Gilliam est déjà au travail sur son film Brazil qui doit énormément au roman d’Orwell…

Et depuis ? 1984 a disparu des listes de livres lisibles en collège et lycée, et est passé du statut enviable d’incontournable, à celui de classique éventuel… La date en elle-même n’a pourtant aucun pouvoir de péremption sur la dystopie! Non, sans doute faut-il y voir une victime collatérale de la in du communisme. Cette idée saugrenue selon laquelle sans dictature, on n’aurait plus besoin de dystopie… C’est d’ailleurs une idée, en soi, très BigBrotherienne ! Et puis, « plus de dictature » ? C’est un peu facile, je pense… Et d’ailleurs, qu’il me soit permis de rappeler que si Orwell pensait en effet très fort à Staline, le monde qu’il peint dans son roman est quand même aussi inspiré des idéaux nazis, et la présence d’un ennemi parfaitement identifié, au patronyme juif, renvoie aussi bien à l’antisémitisme de Staline, qu’à celui d’Hitler.

Quoi qu’il en soit, Radford qui s’est battu pour faire son film, a obtenu un soutien non négligeable de la cinématographie Britannique, un budget conséquent, une adaptation solide, et une interprétation de qualité… Ainsi qu’un pensum souvent totalement lourd, et pour cause : la société de Big Brother ne prête pas à la rigolade, ça non… du moins chez un auteur non imaginatif, ce qu’on peut dire de Radford, académique jusqu’au bout de la couture du pantalon : dans cette adaptation souvent très littérale même si le film tient en moins de deux heures, on rêve souvent de voir le propos soudain envahi ou infiltré d’un gag ou deux qui serait tiré de Brazil. Car le film de Gilliam, qui sortira l’année suivante au terme de péripéties hallucinantes, est un chef d’œuvre. 1984? C’est juste un film.

 

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Published by François Massarelli - dans Criterion
1 novembre 2023 3 01 /11 /novembre /2023 14:19

Albert (Préjean) vit dans une chambre de rien du tout sous les toits de Paris. Il vit un quartier populaire, et y travaille en chantant dans les rues des chansons, accompagné d'un accordéoniste, pour placer des partitions auprès du petit peuple Parisien. Albert, son copain Louis (Edmond T. Gréville) et le truand local Fred (Gaston Modot) vont tous tomber amoureux d'une jeune femme Roumaine exilée à Paris, Pola (Pola Illery). Elle va devoir se réfugier chez Albert car Fred lui a volé ses clés...

C'est le premier film parlant de Clair, mais son 9e en tout: le réalisateur n'est plus du tout un novice, et ça se voit. Son flair visuel était déjà très en place à l'époque de son premier film, Paris qui dort, et avec lui tout un univers... Mais ce nouveau film, qui vient après tant d'expérimentations parfois très étonnantes, dans des films qui réussissaient à franchir sans ridicule les limites du fantastique, rompt de par son utilisation franche et massive du son, avec le passé onirique du réalisateur. Adieu le Fantôme du Moulin-Rouge, ou le Voyage imaginaire, adieu le dadaïsme burlesque d'Entr'acte, la relecture des années 1880 d'Un chapeau de paille d'Italie ou la science-fiction poétique de Paris qui dort. Désormais Clair tire sa poésie de l'observation du petit peuple de Paris, saisi dans son quotidien et avec sa gouaille, entre les troquets et la rue où l'on chante, vu depuis les toits, ou souvent à travers les fenêtres des façades derrière lesquelles chacun ou chacune s'affaire... 

Mais comme Lang qui à cette même époque tourne, avec les moyens de la Tobis Klangfilm lui aussi, M dans les studios de Berlin, Clair a pris une décision importante: le parlant et le sonore ne doivent pas se substituer au cinéma. Qu'on se rappelle qu'aux Etats-Unis où l'on va à cette époque voir n'importe quoi du moment que ça fasse du bruit, on a quand même sérieusement séparé ce nouveau cinéma de l'ancien, car qand on allait voir un film muet on parlait de movie (pour "moving picture"); désormais, on va voir un talkie ("talking picture"). ce n'est donc pas le même médium. Et honnêtement, bien souvent en effet ce n'est pas non plus le même art. Donc pour le metteur en scène, attaché à un art auquel il a tant et si bien contribué, il s'agit de remettre les pendules à l'heure, et de remettre le cinéma parlant, comme on dit, dans le giton du cinéma tout court, celui que désormais, on appellera "cinéma muet" (un terme arrivé en 1930 pour le différencier des nouveaux films bruyants qui sont la grande vogue du moment... 

Donc utiliser le son, oui, pourquoi pas, mais autant que ça en vaille le détour! Le son sera utilisé ici comme complément musical (de nombreuses scènes sont muettes, et les dialogues vus entre les protagonistes n'en sont pas audibles, ou les gestes ne requièrent ni paroles ni son), comme contrepoint dynamique ou farfelu (pendant qu'Albert chante c dans la rue, un pickpocket s'affaire: les images du voleur sont accompagnées de la chanson Sous les toits de Paris devient donc une illustration incongrue d'une scène qui n'a aucun rapport avec ses paroles), et bien sûr pour faire avancer l'action ou faire couleur locale (les accents Parisiens, l'argot et les discussions de la faune locale), et parfois par provocation comme un gag, avec un écran quasiment noir alors que la bande-son est le seul vecteur d'information (quand Pola Illery doit repousser les tentatives balourdes de Préjean de venir dans son lit), un gag que Harold Lloyd avait pour sa part tenté dès 1929 (Welcome danger)...

Et c'est ce soin de motiver le nouvel ingrédient, de la justifier aussi, qui fait à la fois le prix et les limites de ce film... Clair y réussit à créer un univers, beaucoup plus proche de la vraie vie sans doute que ne l'était son cinéma muet, mais ce sont malgré tout les images qui l'emportent, un don pour le détail ciblé qui est souvent encore plus efficace à mon avis que la façon dont Stroheim (un auteur que Clair admirait) utilisait les inserts d'images de détails pour la caractérisation, surchargeait ses séquences de façon souvent excessive... Clair a l'image juste, directe, et d'une grande efficacité. La bande-son, sans doute, un peu moins. Préjean a toujours pour moi été un peu trop versé sur le parler "gouailleur", et tend à abuser du "Mon vieux" et du "nest-ce pas" intempestif! Mais cet acte personnel d'invention du cinéma sonore ne saurait malgré tout être réduit à une gageure technique; il y a un vrai romantisme qui affleure ici, annonciateur d'autres oeuvres, de Clair lui-même (Quatorze juillet, qui sera bien moins "militant", et montrera de quel bois romantique le metteur en scène se chauffait), voire de Duvivier, Carné ou Feyder. 

 

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Published by François Massarelli - dans René Clair Criterion
22 octobre 2023 7 22 /10 /octobre /2023 21:52

1921, à Fairfax, dans le Comté d'Osage en Oklahoma, les Natifs Américains locaux (les Osage) sont devenus riches grâce à la découverte de pétrole. Le comté est une réserve "indienne", comme on disait alors, et les fortunes des Osage sont sous surveillance voire pour certains sous tutelle. La population blanche a été largement attirée par la situation, et de nombreux blancs ont commencé à se marier avec les héritères Osage. C'est dans ce contexte qu'Ernesr Burkhart (Leonardo Di Caprio) revient de la première guerre mondiale, pour s'installer auprès de son oncle William Hale (Robert de Niro), riche propriétaire et philantrope, mécène local et auto-proclamé "ami des Osage"... Mais c'est un ami observateur, qui fait rapidement comprendre à son neveu qu'il a en effet intérêt à se trouver une riche héritière, mais que ce ne sera pas suffisant... Et justement des morts de plus en plus nombreuses, jamais expliquées, frappent la communauté native de Fairfax à peu près à cette époque. Pourtant, quand il rencontre la belle Osage Molly Kyle (Lily Gladstone), Ernest semble bien tomber amoureux... Pourtant ça va être le début d'un bain de sang...

Scorsese varie une fois de plus les plaisirs de cinéma en s'attquant à sa façon à un genre qu'il n'a jamais abordé avant, même s'il en est clairement un fin connaisseur: le western. Mais un western qui est situé dans les années 20, une période durant laquelle dans certaines parties de l'Ouest (partout où ce n'était pas la Californie, en gros), le travail de construction du pays n'était pas vraiment achevé... Comme avec Gangs of new York, situé 60 années environ avant les faits racontés ici, le metteur en scène transpose dans cette intrigue d'un autre genre, son univers bâti autour du crime organisé... Car autour de Bill Hale, magistralement incaré par Robert de Niro, c'est bien un système quasi mafieux qui s'agite. Un système qui repose à la fois sur un racisme militant, et sur un double langage maitrisé en permanence: car s'il prétend constamment le contraire, Hale est absolument déterminé à prendre des mains des Osage cet argent du pétrole dont il estime qu'ils ne le méritent pas. Et il est aidé de façon étonnante par une population qui reste hostile aux "indiens", mais aussi, par des gens qui n'ont aucune difficulté, à envisager (ou à concrétiser) un plan qui se finirait par le meurtre d'enfants qui sont des héritiers du pétrole... Et à la dire à un policier, entre la poire et le fromage, comme si ça n'avait rien de choquant. Un monde dans lequel, incidemment, la banque est détenue par un homme qui se présente ouvertement comme le chef local du KKK.

Comme Mean Streets, Goodfellas, Casino, Gangs of New York, The Departed, The Wolf of Wall Street et The Irishman, le film est donc une fois de plus une exploration de la façon dont l'Amérique s'est construite sur des familles tentaculaires et criminelles, des groupes humains (et ici The wolf of Wall Street est bien sûr l'exception) dont l'affirmation d'identité passe par le crime voire le massacre. Et comme dans la plupart de ces films, la police, à travers un fonctionnaire consciencieux et méthodique du FBI (l'excellent Jesse Clemons), met du temps à les coincer, mais ira au bout de l'investigation. Mais entre temps, on aura vu de quelle manière des gens auront été loin dans une entreprise inhumaine d'extorsion à très grande échelle.

Et le plus intéressant, c'est que tout en jouant sur la fresque (un film de 3h26, c'est souvent souligné), Scorsese ne perd jamais de vue ses trois principaux personnages, à savoir Hale, Burkhart et Molly. Celle-ci aime son mari, qui le lui rend bien, et mettra du temps avant de le soupçonner d'être pour quelque chose dans le meurtre de sa mère, ses trois soeurs, et aussi dans la façon dont son diabète va empirer quand Hale lui fournira de l'insuline. Si elle ne soupçonne pas Ernest, en revanche elle comprendra assez vite que Hale est un hypocrite... Ce dernier est en effet en permanence à vanter son affection pour les Osage, mais on comprend assez vite que c'est lui qui tire les ficelles... Ernest, lui, est sans doute un esprit lent, capable de se fermer à la logique, et réussissant à faire abstraction du fait qu'il est en train de tuer son épouse à petit feu... Tout en étant sincèrement amoureux. Di Caprio, les dents jaunies et les traits tirés, le joue comme un homme monstrueux dans son inachèvement, son manque total de sophistication, et l'emprise que son oncle a sur lui, bien sûr... La dynamique entre ces trois personnages trouve son meilleur ancrage dans le personnage de Molly, et Scorsese réussit un tour de force narratif: nous faire adopter le point de vue de cette dernière alors qu'elle sera moins présente à l'écran que les deux autres. Mais Molly est bien le sujet et le révélateur du drame...

Enfin, le film participe d'une fascination du metteur en scène pour le double langage, qui est celui de la mafia, mais aussi de "Bill the butcher" dans Gangs of New York, ou de Jordan dans The wolf of Wall Street: cette capacité de prétendre constamment faire le bien, et être le bienfaiteur d'une communauté (ou le supérieur d'une entreprise), tout en se conduisant sans aucun scrupule en criminel, dans le seul but d'accumuler le plus d'argent possible. Le Catholique Scorsese (non pratiquant, certes, mais il est baptisé et a été élevé à Little Italy) est autant dégoûté que fasciné par cette espèce, dont au terme d'un carrière fascinante, il fait dans ses films, qu'ils soient inspirés ou non de la vérité (c'est le cas ici) les fondateurs d'une Amérique entièrement forgée dans le sang.

 

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Published by François Massarelli - dans Martin Scorsese Criterion
29 septembre 2023 5 29 /09 /septembre /2023 22:17

Tourné en 1946, monté et déposé en 1947, et sorti en fin 1948... ce film tend à prouver que hawks aimait à prendre son temps... Mais il ne s'agit pas ici seulement de commenter la production compliquée d'un western hors-normes qui entendait changer un peu la face du genre, mais aussi de prendre en compte la façon dont, dans tant de films et en particulier ses westerns, (celui-ci étant le premier qu'il achèvera seul), les personnages sont lents, méthodiques, appliqués... Ce qui leur donne une efficacité imparable.

Tom Dunson (John Wayne) désire monter un ranch au Texas, mais en partant en compagnie de son assistant Nadine (Walter Brennan) pour accomplir son rêve, il apprend la mort de sa fiancée dans un raid indien... Sur les lieux de l'attaque, il recueille un rescapé, un adolescent choqué, chatouilleux... et armé. Les trois se mettent en route pour créer le ranch Red River D. Les années passent, l'adolescent, Matt, est devenu un homme (Montgomery Clift), et Dunson en est fier. Mais les temps sont durs, et une solution pour se tirer des ennuis est de se rendre dans le Missouri pour y vendre du bétail... Le voyage s'avérera difficile, car non seulement les éléments extérieurs (bandits, attaques d'indiens, une caravane rencontrée en chemin) compliqueront les choses, mais la relation entre Matt et Dunson s'enveimera jusqu'à la rupture...

voilà un film exceptionnel, qui commence à l'écart du monde et semble ne jamais vouloir se reconnecter à la moindre communauté établie. Dunson, son copain et son fils adoptif semblent avoir vécu leur vie entière dehors, au soleil, et on ne les verra jamais dans une ville, attablés dans un saloon, ou dans quelque endroit "civilisé que ce soit... Ni ville, ni ville fantôme, ce qui s'y apparente le plus serait sans doute la caravane et ses chariots. Il s'en dégage une impression de liberté totale qui traduit bien l'idéal romantique d'une vie à la dure, d'une quête perpétuelle du bout de la prarie, là où l'herbe se fait remplacer par les constructions. Un monde qui tend vers la civilisation, donc, mais sans jamais l'atteindre car une fois atteint ce rivage, l'histoire ne sera plus la même. Le film en devient donc l'égal de ces grands films fondateurs du genre que sont The covered wagon (James Cruze), Three bad men (John Ford), The big trail (Raoul Walsh), ou d'autres classiques qui offrent une réflexion romantique et amère sur la perte de l'innocence et de la liberté de l'ouest, notamment The searchers, de John Ford...

En cherchant à construire cette épure du western, il peut nous sembler normal voire évident que Hawks ait choisi de confier à John Wayne, encore jeune (il se vieillira pour une bonne part du flm afin de coïncider avec l'âge de son personnage), le rôle principal de son film. Aujourd'hui, derrière son conservatisme alarmant, le bonhomme est encore qu'on le veuille ou non un symbole de cette image du cow-boy, épris de la liberté, qui s'épanouit plus en cherchant la fortune qu'il ne le fera jamais en la trouvant, et qui finit par se fondre dans un environnement hostile dont il saura prendre et célébre le meilleur. Mais voilà, il restait à Wayne à écrire ces pages du western, un genre où à l'exception des films de Ford et de Walsh (en particulier The big trail en 1930) pour lequel il n'avait quasiment tourné que des séries B voire des navets... Quand il tourne Red River, il n'a pas encore participé à la trilogie de la cavalerie, à The Searchers, Hondo, et tant d'autres films... Au même titre que Stagecoach, Red River sera donc une oeuvre majeure pour sa carrière.

La façon dont Hawks présente l'équipe (composée principalement mais pas uniquement de trois personnages) est typique de son oeuvre: là où d'autres (Curtiz, par exemple) auraient préféré exposer les personnages rapidement en ayant recours à des types (Alan Hale et Guinn Williams, dans Dodge City, sont de pittoresques faire-valoirs unidimensionnels, qui se différencient considérablement du valeureux Irlandais au sourire suave de Erroll Flynn... Lui aussi est un stéréotype bien pratique. Pas ici: les personnages n'en finissent pas de se définir, et de se dévoiler lentement, dans une approche pourtant ni naturaliste ni psychologique... Tout est dans l'art de la digression, comme je le disais: ces gens se définissent dans le travail, dans l'action, la décision froide, mais réfléchie et jamais précipitée. C'est d'autant plus notable que bien souvent les personnages de Wayne (notament dans les films qu'il produira, qui seront souvent marqués d'un sceau très idéologique de droite, voire libertarien avant l'heure) finiront par être un rien trop infaillibles dans leur jugement, dans leur radicalisme aussi. Mais Tom Dunson, marqué au fer rouge par la perte d'un être cher, est un homme qui garde jusqu'au bout du film le droit de mener sa barque en se trompant...

Dans cet art consommé de la digression érigée en fil narratif, on ne peut que remarquer et souligner, d'un côté le rôle primordial joué par Walter Brennan, auquel il suffit d'enlever son dentier pour apparaître plus vieux... Véritable conscience de John Wayne, il effectue dans certaines versions du film la narration avec un certain bonheur. Il commente tout, mais on évite toute redondance un peu trop pittoresque justement parce qu'il humanise le héros, en lui conservant son amitié, mais surtout en montrant que ses errements et sa colère sont motivés, justement, par la perte. Et l'autre partie de ce fil digressif concerne le personnage de Matt, le comlice et l'héritier, qui complère Dunson, mais s'oppose à lui quand ça lui semble légitime. Et justement, c'est ce qui fera le sel du film dans sa deuxième moitié... Mais Matt est également un adolescent à peine grandi, où Hawks va aussi bien mettre des qualités de professionalisme et matière de maniement d'arme, qu'on retrouvera chez d'autres (Ricky Nelson dans Rio Bravo, et James Caan dans El Dorado), qu'une certaine tendance à dégainer pour frimer, voire des allusions à certaines manies adolescentes ("ton bras pour tirer fonctionne bien?" "oui, je m'entraîne tous les soirs"...). Au-delà donc de la fascination de Hawks pour le travail des cow-boys dans la prairie, et de la façon dont Wayne joue un homme qui porte en lui une impression de responsabilité telle qu'il s'arroge le droit de vie et de mort sur ses employés, le film devient le conte d'une confrontation entre un homme et son fils adoptifs, une querelle liée aussi bien à un héritage matériel (le ranch, les bêtes) que culturel (l'ardeur au travail, la loi de la prairie)... 

Et plus que tout, à travers ce conte en liberté et au grand air, c'est la naissance, après vingt ans de comédies, films de gangsters, films noirs et films d'aventure, d'un maître du western, qui n'allait pas en tourner beaucoup (trois autres, j'en exclus The Big Sky dont la période n'est pas celle du "Wild West"), mais en délivrer deux chefs d'oeuvre absolus. Celui-ci est donc le premier... Un film dans lequel l'impulsion d'aller vers l'Ouest, cet appel fondamental de l'aventure, se retrouve dans deux hommes, un ancien, qui court après tout ce qu'il a gagné puis perdu, mais qui refuse de remettre en question son approche fondamentale, à la dure, et un jeune, un homme d'avenir élevé à la dure mais foncièrement adaptable, adepte aussi bien des armes que de la négociation, et qui porte en lui l'espoir d'un ouest pacifié, dompté, et civilisé. Un conflit de génération qui se mue en une parabole de la construction d'un monde, il n'y a pas de meilleur sujet pour un western.

 

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Published by François Massarelli - dans John Wayne Howard Hawks Western Criterion
20 septembre 2023 3 20 /09 /septembre /2023 10:17

Ce film de propagande est la première chance officielle de Lean de diriger un film, et ça a bien failli ne pas vraiment se faire, ou du moins il a bien failli ne pas être crédité: Noel Coward, réalisateur en titre, avait bien besoin d'un "technicien" pour le relayer et le compléter durant un tournage placé sous le signe de l'effort national... Lean avait déjà officié en sous-main pour épauler, puis remplacer le réalisateur erratique de Major Barbara (Gabriel Pascal, producteur d'Europe Centrale, n'avait lui non plus jamais fait de film auparavant...) en 1941, et il assistait aux tournages en tant que monteur depuis fort longtemps...

In Which we serve est essentiellement l'histoire d'un bateau qui coule, entrelacée de flash-backs autour de trois personnages: le capitaine Kinross (Noel Coward), un officier de marine décent et professionnel, dont l'humanité profonde s'oppose à la barbarie nazie; Hardy (Bernard Miles), un sous-officier d'origine modeste, qui perd son épouse dans un bombardement durant le film; et enfin 'Shorty' Blake (John Mills), un marin cockney, jeune marié et père d'un bambin né lors du même bombardement qui a couté la vie à Mrs Hardy. Le film se déroule globalement sur une période qui va de la déclaration de guerre jusqu'à 1941, et le naufrage du destroyer Torrin se déroule en crête. Jamais, dans In which we serve, on n'assiste à la moindre représentation directe et brutale de la barbarie nazie: le film reste une affaire essentiellement Anglo-Britannique.

L'aspect "propagande" est totalement indissociable du film, et à ce point de vue c'est une jolie réussite. Ici, il ne s'agit pas de s'appesantir sur des drapeaux ou quoi que ce soit d'autre, mais plutôt d'ausculter et de célébrer la solidité fondamentale de l'âme Britannique, sans aucune considération pour les différences sociales ou les disparités d'opportunités entre les uns et les autres. D'où l'insistance mise sur la droiture et l'affection qu'il porte à ses hommes, du capitaine. Mais tous les personnages (Aussi bien les marins que leurs épouses, dont l'admirable Celia Johnson) sont marqués par la pudeur, et le courage, plus que par un quelconque patriotisme. Et le film, de tranche de vie en séquence pleine d'émotion, est souvent poignant... Et fabuleusement monté: Lean metteur en scène vient à son premier film avec l'expérience fabuleuse de montage qui a été la sienne des années durant.

 

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Published by François Massarelli - dans David Lean Criterion
30 août 2023 3 30 /08 /août /2023 14:56
1982, Hollywood... Paul Paul Bartel) et Mary (Mary Woronov) sont de très prudes Américains, désireux d'acheter un restaurant, qui sera un temple du bon goût.. Pas comme tous ces échangistes qui se retrouvent dans l'appartement d'à coté. Mais le jour ou l'un d'entre eux assaille la belle Mary, le sang de Paul ne fait qu'un tour, et il le tue. Une idée saugrenue leur traverse l'esprit: et s'ils les appataient avec le stupre afin d'assainir la ville? Sauf qu'ils ne connaissent pas Raoul, le bellâtre Chicano qui va leur apporter un paquet d'ennuis...
La publication par la prestigieuse collection Criterion de ce film pouvait ressembler à un gag, c'est pourtant une comédie très soignée, un portrait (au mauvais goût parfaitement assumé) de l'envers d'Hollywood, et un film réjouissant: le seul d'ailleurs dans lequel on puisse entendre l'immortelle phrase "Go to sleep, I'll bag the nazi!".
A travers les deux très convenables et très coincés anti-héros, Paul le sommelier (qui se fait réprimander à son travail parce qu'il se refuse à vendre aux clients la piquette qu'ils réclament) et Mary l'infirmière qui se refuse à céder aux avances des plus obsédés des patients de urgences, Paul Bartel se plaît à montrer un monde sérieusement corrompu d'une part, mais va aussi jusqu'à démontrer que la logique des "réformateurs" auto-proclamés (car à n'en pas douter, Paul et Mary sont du genre à vouloir sauver l'humanité malgré elle!) débouche aussi sur la corruption et la malfaisance... Sans parler du portrait hilarant de deux personnes qui sont tellement habitués à réprimer leurs émotions et leurs pulsions qu'ils en deviennent de vrais psychopathes...
Tout n'est donc pas que dans le titre, dans cette comédie débridée et totalement mal polie. On est complètement à l'écart de tout formatage, dans une sorte de no-man's land socio-culturel où une équipe de film fauché peut sans vergogne se lancer dans une oeuvre underground qui va réussir à ironiser sur la mode de l'échangisme, l'obsession sexuelle, la manie des Américains de se mêler en permanence de ce que font leurs voisins, les excès de la vertu, et bien sûr, mais je l'ai manifestement gardé pour la bonne bouche, le cannibalisme... Et le pire c'est que Bartel a réussi à tourner son film en privilégiant pour lui et sa compagne un jeu parfaitement posé, détaché et d'une grande subtilité.
C'est donc un vrai OFNI, mais avec le choix entre moutarde et ketchup...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Criterion Yum yum
23 juillet 2023 7 23 /07 /juillet /2023 18:44

C'est la nuit... André Jurieux (Roland Toutain), un aviateur atterrit au Bourget. La presse est là, un public disparate et excité le fête mais lui est au fond du désespoir: il a accompli un exploit impressionnant, mais c'était pour une femme, et elle ne s'est pas déplacée, lui dit son ami Octave (Jean Renoir).

Christine, la femme en question, a entendu à la radio le désespoir de son amant... Elle finit de se parer, et rejoint son mari, le marquis de La Chesnaye (Marcel Dalio). Ils habitent une grande demeure, ils se vouvoient, et ils sont richissimes... Lui sait qu'il y ait un semblant de liaison mais n'en fait pas grand cas.

De son côté, il téléphone avant de sortir avec son épouse, à sa maitresse...

La ronde n'ira pas beaucoup plus loin mais le film est posé: il y aura une monumentale partie de chasse organisée, on y parlera d'amour, de la société, des inégalités, de réussite frelatée et de ratages embarrassants.

L'amour? Compliqué, et mal parti: bien qu'on soit à l'époque moderne, il n'en reste pas moins que les mariages sont parfois mal assortis. Et les amants ou autres amis amoureux ne sont pas beaucoup mieux lotis. Car si Jurieux aime Christine de la Chesnaye, Octave aussi est amoureux de la jeune femme. Le marquis de la Chesnaye aime-t-il sa femme? Comme sa maîtresse Geneviève (Mila Parély) lui signale, citant Chamfort, que "l'amour, c'est la rencontre de deux fantaisies, et le contact de deux épidermes", ce qui semble disqualifier la relation un rien froide des deux époux. De son côté, Octave a semble-t-il une relation avec Lisette (Paulette Dubost), la bonne, qui est mariée à Schumacher (Gaston Modot), le garde-chasse du château des La Chesnaye. Et pour compléter le tableau, Octave qui est semble-t'il le trait d'union entre les différents personnages, doit aussi gérer les amours distants entre Christine et André, mais aussi entre le marquis et Geneviève! Le film accumule ainsi les conversations autour des marivaudages...

Des marivaudages à la mode du vingtième siècle, car ici les classes se mélangent... Un peu. Disons qu'elles ont à faire les unes avec les autres. Christine a épousé le marquis de La Chesnaye pour s'élever, mais c'est un mariage sans amour. Tous ses amis sont plutôt des gens de la société civile, comme on dit. Chacun des protagonistes, à l'exception d'Octave qui fricote avec la bonne, et a des discussions sur beaucoup de choses avec son amie Christine, tous restent quand même sur un certain niveau... Et même schumacher, le garde-chasse, doit accepter la présence d'un subalterne, le braconnier Marceau (Julien Carette), qui lui en fait voir de toutes les couleurs... Et pour s'lever, hors le mariage, pas beaucoup de solutions, si ce n'est le sport. D'où l'exploit, bien de son temps (douze ans après Lindbergh), de Jurieux... Mais le marquis,qui a le sens des contradictions, se prend d'amitié pour Marceau qu'il engage... Au grand dam de son employé qui conçoit la chose comme une insulte personnelle... 

"cette petite Christine a de la classe. ca se perd, à notre époque!", dit un invité de la partie de chasse, un général... Derrière cette "classe", la réussite, donc, est sociale, financière (les La Chesnaye sont riches, et organisent des fêtes et des réceptions impressionnantes... comment s'étonner après que chacun reste à sa place en les fréquentant? Pourtant, la réussite n'est jamais complète. Christine a acquis un statut par son mariage, mais au détriment des sentiments. André a réussi une traversée en vol, qui épate tout le monde, mais le considère comme un échec. D'ailleurs, quand il arrive au château, Jurieux arrive sous une pluie battante, ce pauvre garçon n'a décidément jamais de chance... Et les domestiques qui sont réunis à manger entre eux, commentent à leur façon sur les strates supérieures et leurs patrons. Certains décernent d'ailleurs des certificats d'homme du monde à leurs anciens maîtres. Et c'est aussi lors de ce dîner des domestiques qu'on apprend que le marquis de La Chesnaye a des oigines, comme on disait alors (et comme l'extrême droite de dire parfois continue de dire parfois pour cacher son antisémitisme virulent), "cosmopolites". Il a eu des Rosenthal dans sa famille... Cela fait-il de lui un cousin du héros déjà joué par Dalio, de La Grande Illusion?

"Les mensonges, c'est un vêtement très lourd à porter" dit Christine dans sa première scène, qui parle d'ailleurs avec sa bonne (elle aussi, comme Octave, semble prompte à oublier les barrières de classe). Une lassitude par rapport à une histoire d'amour qui la tente mais dont elle ne veut pas, ou par rapport aux obligations de classe, pour lesquelles la "règle du jeu" est, justement, le mensonge? en posant ainsi, à l'orée d'une série apparemment innocentes de considérations sur les amours potentielles ou réelles, Renoir place en exergue de son film un portrait au vitriol de toute une société, de tout un monde. Pas vraiment surprenant, dans ce cas, que la droite et l'extrême droite (pas beaucoup de différences durant la 3e république) ait sauté sur le film à bras raccourcis avec une phénoménale virulence... C'est au cours du deuxième acte que Renoir s'est montré particulièrement méchant avec cette bonne société en montrant les élites se livrer à la chasse comme on fait un jeu de massacre... une chasse sitôt finie, sitôt oubliée par le marquis.

Et comme chacun sait sans doute le film a eu un destin particulier, qui en fait d'ailleurs une exception: coupé (avec l'approbation de Renoir, semble-t-il) en 1939 avant sa sortie après des premières désastreuses, réduit de 94 à 81 minutes, il a été remonté et ressorti dans une nouvelle version plus longue en 1959: c'est désormais une version de 106 minutes, qui d'ailleurs pose des problèmes: si certaines scènes étaient absentes en 1939, et que Renoir ne souhaitait pas les présenter à l'origine, fallait-il les intégrer? On n'aura pas de réponse, la version remontée en 1959 ayant été confectionnée avec le soutien plein et entier eu metteur en scène.

Un film étrange, fascinant, une comédie qui ne nous fera pas souvent rire, ou alors jaune... S'il visait sans doute juste en 1939 et était un état des lieux de la société de l'époque, aujourd'hui on n'a parfois pas toutes les clés. Mais au sein de l'oeuvre de Renoir, il brille d'un éclat assez singulier. Un fim typique par ses thèmes, mais aussi ses motifs (amours ancillaires, arrivisme, observation ironique, spectacle amateur, déguisement...). Mais un film qui tranche aussi, en une décennie de films combatifs (notamment ceux qui prennent fait et cause pour le Front Populaire, ou qui affirment leur pacifisme), par sa noirceur... Trop subtil, trop riche, trop tout, le film a fini par quitter son statut de film maudit pour devenir le chef d'oeuvre officiel, ce qui est sans doute, aussi lourd à porter... que les mensonges...

 

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Published by François Massarelli - dans Jean Renoir Comédie Criterion
22 juillet 2023 6 22 /07 /juillet /2023 16:15

Un étudiant qui excelle en base-ball universitaire, Goro Kurita (Minoru Oki) devient l'enjeu des convoitises de plusieurs personnes: Kishimoto (Keiji Sada), un recruteur pour une équipe professionnelle de Tokyo; deux autres clubs ont également des recruteurs sur les rangs. Sinon, la famille de Kurita a des plans pour lui, et sa petite amie Fudeko (Keiko Kishi) essaie de le préserver de l'univers corrompu du base-ball professionnel... Pendant ce temps, le manager de Kurita, Kyuki (Yunosuke Ito) a des ennuis de santé et les négociations entrent dans une phase difficile...

C'est un film de sport? Si on veut, car on y fait assez peu de base-ball finalement. Kurita est au centre du film et de ses enjeux, mais ce qui a intéressé Kobayashi, c'est justement de peindre le monde impitoyable et corrompu qui tourne autour du sport... Il a donc choisi de donner le point de vue principal à Kishimoto, et on l'entendra parfois en voix off, dans ce qui ressemble furieusement à un film noir, mais plutôt dans la lignée de Ace in the hole de Billy Wilder, avec ses anti-héros qui profitent de la naïveté d'un tiers... 

Donc c'est aussi âpre que pouvaient l'être justement les oeuvres noires et sans concession du jeune auteur qui profitait de ce film pour dire adieu à un cinéma sentimental lénifiant, qui l'intéressait beaucoup moins, justement, que ces intrigues brutes liées à la société Japonaise de l'après-guerre, et qui allaient devenir une partie essentielle de son oeuvre.

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Published by François Massarelli - dans Masaki Kobayashi Criterion
19 juillet 2023 3 19 /07 /juillet /2023 12:15

Quatrième film de Kurosawa, et sa première incursion dans un Japon médiéval, ce petit (59 minutes) film nous montre sept hommes, un prince poursuivi et son escorte, qui sont déguisés en moines pour traverser les lignes ennemies.

Une série de figures, et un thème, qui reviendront encore et toujours, de Forteresse Cachée en Sept samouraïs... Mais le film est plus tributaire du théâtre traditionnel que le seront ses futurs succès, pour pallier aux limites du budget. Deux acteurs qui seront fréquents dans son oeuvre sont également présents: Masyuki Mori et surtout Takashi Shimura, le fabuleux chef samouraï de son film le plus célèbre, et le vieux professeur mourant dans Ikiru...

Le film est centré sur le passage d'une barrière, et la confrontation tactique et stratégique entre les sept (et leur porteur, un paysan vaguement idiot) et un seigneur magnanime et son lieutenant qui flaire le coup fourré. Tout le courant médiéval de l'oeuvre à venir (Les sept samouraïs, Rashomon, Ran, La forteresse cachée, etc) vient de ce film. Effort de guerre oblige, le budget a été très serré, mais l'intimisme qui en résulte, et sa théâtralité, jouent en faveur de l'ensemble. 

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Published by François Massarelli - dans Akira Kurosawa Criterion