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Charles Condomine (Rex Harrison) est un écrivain qui cherche à exploiter à sa façon la vogue pour le médiums et le spiritisme: il a invité, pour une petite soirée entre amis, une excentrique vieille dame de son village pour lui soutirer un maximum d'informations. Remarié avec Ruth (Constance Cummings), il a perdu sa première épouse quelques années auparavant. Mais lors de la démonstration (sous les rires embarrassés, à peine contenus, de la plupart des convives), Madame Arcati (Margaret Rutherford) va pourtant bel et bien conjurer le retour d'Elvira (Kay Hammond), l'épouse disparue... La cohabitation va être compliquée...
C'est une pièce de Noël Coward qui se trouve à l'origine de ce troisième long métrage de Lean, et comme ses deux premiers films, celui-ci est encore considéré par l'intelligentsia Britannique comme 'un film de Noël Coward'. reconnaissons au moins au grand homme, après In which we serve, de ne plus avoir eu l'audace (voire l'outrecuidance) de signer le film officiellement! Il faudra un jour s'attaquer à ce serpent de mer, cette manie des Britanniques de considérer l'auteur de papier d'une oeuvre filmée comme le seul auteur! Mais c'est un autre débat...
C'est la première comédie de Lean, et à ce titre c'est intéressant, d'autant qu'il s'agit sans doute de son unique comédie "moderne"... Un film adapté du théâtre, donc, dans lequel la réplique se doit de faire mouche, et les scènes à plusieurs personnages se doivent de semer les étincelles. Et ça marche plutôt bien, d'abord parce qu'il a été décidé de ne pas charger la barque trop fort, le film est donc de durée très raisonnable, et cinématographiquement parlant, on évite le côté étouffant du théâtre filmé: Lean a tout prévu pour aérer l'intrigue en utilisant des décors variés.
Dans la maison des Condomine, d'abord: d'ailleurs, il sera beaucoup question de l'intimité d'un couple; je ne parle pas de l'intimité sexuelle ici, mais de ce qui fait la routine d'un couple marié. Et à ce titre, on constate que M. Condomine, marié depuis sept ans, a eu le teps d'acquérir toute la diplomatie nécessaire à la bonne marche de son ménage... Mais n'a pourtant pas d'enfants. Je parle de lui au premier chef, car tout le film (et toute la pièce aussi, n'en doutons pas) est situé de son point de vue. le retour d'Elvira n'est d'ailleurs destiné qu'à lui, personne d'autre ne la verra, dans un premier temps du moins... Ce retour de l'épouse disparue, regrettée, mais si convenablement décédée (l'époux est automatiquement absous du péché d'avoir pensé à elle) est surtout l'occasion pour lui de remettre en question sa vie... au point où la maladresse maligne de la fantôme, qui souhaite tuer son époux afin de le récupérer, va entraîner le décès de la deuxième épouse, donc un deuxième fantôme...
Sardonique, souvent, drôle assurément, le film est aussi une excellente occasion pour David Lean de montrer son savoir faire, et pour Ronald Neame (chef opérateur attitré et déjà en place sur les deux films précédents, mais aussi co-scénariste, ce qui est intéressant) de faire une formidable démonstation de son talent. Le Technicolor est utilisé ici pour contraster de façon saisissante le monde des vivants et celui des morts, et l'exceptionnelle beauté de la photo réussit aussi à faire passer le recours à des couleurs, disons, problématiques: lors de sa première apparition, elvira est en effet verdâtre, avant de virer au bleuté quelques bobines plus loin... Et ça passe comme une lettre à la poste! Le montage est rythmé, et Lean maîtrise parfaitement le comique noir de situation, grâce à l'énergie de Rex Harrison (il est né pour ce genre de rôle, c'est une évidence) et l'excentricité assumée de Margaret Rutherford, un festival à elle seule. On constatera que les deux épouses sont respectivement une fofolle sans limites (Elvira), et une femme assez pincée (Ruth) que le film tient respectueusement, mais fermement à l'écart...
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