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29 janvier 2018 1 29 /01 /janvier /2018 17:49

 

Comme le titre l'indique, Zack (Seth Rogen) et Miri (Elizabeth Banks), qui sont colocataires mais pas amants, s'ils veulent de nouveau avoir l'eau et l'électricité, doivent prendre sur eux, et... Faire un porno. C'est une idée qui est venue à Zack, car le hasard a fait que Miri s'est retrouvé en sous-vêtements sur internet! Mais de l'idée loufoque à la réalisation, il y a un pas, qui sera difficile à franchir. Surtout quand il va falloir affronter le fameux et proverbial "éléphant dans la pièce": comment ces deux-là, qui se connaissent depuis toujours, sont amis pour la vie, et ont chacun séparément de l'autre une vie sexuelle et romantique absolument calamiteuse, vont-ils aborder de façon anodine de coucher ensemble devant une caméra?

Pourtant ils évitent le sujet, mais LA scène incontournable, filmée avec une délicatesse sans limites (et ce en dépit des commentaires de l'équipe du film qui assiste à la chose, avec un manque évident de tact) reste bien sûr la révélation lors du tournage de l'immense tendresse qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Mais comment assumer un tel élan de tendresse, sans tout casser d'un coup? Et en un éclair, le film bascule vers la gravité...

Drôle, et même très gentil, ce film (qui parle, on l'aura compris, du tournage d'un film de fesse) est en quelque sorte une comédie romantique. Car si on a une série de scènes qui ne se privent pas de faire dans le graveleux (Seth Rogen n'est pas là pour rien), Kevin Smith tisse tout le film autour de ce qui est une évidence dès la première seconde: ces deux-là s'aiment...

Filmé aussi sale que peut l'être un hiver à Pittsburgh, le film déroule son rythme de comédie, mais une comédie qui réussit à dépasser le vulgaire, tout en parlant de cul en permanence. On a même l'impression que Seth Rogen se contient, c'est une prouesse! Et tous ces acteurs de troisième zone qui se succèdent devant une petite caméra vidéo, dans des tournages en système D, sont hilarants tellement ils sont mauvais. Par contre, il y a une scène impliquant de la matière fécale, sinon on aurait quand même le sentiment que ce ne serait pas complet...

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Published by François Massarelli - dans Kevin Smith Comédie
28 janvier 2018 7 28 /01 /janvier /2018 18:40

Un jour, un obscur sans-abri (Bud Cort) qui semblait prendre un plaisir évident à se contenter de regarder la mer à Asbury Park, New Jersey, se fait tabasser par trois adolescents... Pourquoi?

Le même jour, l'association Catholicism Wow! annonce, par le truchement de son porte-parole le Cardinal Glick (George Carlin) le lancement d'une campagne de reconquête des fidèles. Il va lancer une nouvelle image de Jésus, le "pote Christ", et va faire une opération de communication de grande envergure en consacrant une église du New Jersey. 

C'est le moment qu'ont choisi deux anges déchus Bartleby (Ben Affleck) et Loki (Matt Damon) pour revenir en force, et ils ont trouvé une parade à leur bannissement. le problème c'est que s'ils vont au bout de leur projet, ils vont contredire Dieu (Alanis Morissette), et ce sera le chaos... Branle-bas de combat, donc, chez les troupes divines: l'ange Métatron (Alan Rickman), voix de Dieu, la muse Serendipité (Salma Hayek), et le treizième apôtre Rufus (Chris Rock) vont donc se battre, mais la lutte sera difficile, car une autre muse, Azrael (Jason Lee), entend bien aider les anges renégats. Et par-dessus le marché, Dieu a disparu...

C'est dans ce chaos indescriptible que la mission de redresser la situation échoit à une jeune femme qui ne comprend pas pourquoi on l'a choisie, Bethany (Linda Fiorentino). Bonne catholique, c'est à dire une femme qui doute en permanence, elle reçoit la visite (nocturne) de Métratron, et va se faire aider par deux losers de passage, Jay (Jason Mewes) et Silent Bob (Kevin Smith), qui passent tout le film à dire ou faire des choses inappropriées.

Tout le film suit avec une logique imperturbable cette ligne tracée dans l'intrigue et va au bout du délire. C'est sa grande force, et c'est assumé avec d'autant plus de mérite, que Kevin Smith n'est pas vraiment à l'aise dans l'action. Mais justement, tous ces personnages fantastiques qui se croisent et s'entrecroisent, sont-ils d'autant plus décalés que la technique de mise en scène tient ici plus du sitcom que du film de super-héros. Et Kevin Smith, qui s'est donné le rôle d'un non-héros silencieux, assume ce non-savoir-faire jusque dans une scène splendide de lutte des "bons", contre un caca-monstre, en nous montrant le monstre en action uniquement à travers la réaction simultanée des héros devant ses méfaits.

Blasphématoire? Non, même pas! Drôle; ça oui, mais le film a d'abord été supérieurement documenté dans le but d'atteindre sa cible: rire avec les superstitions ou autres fadaises (si ça vous chante, on peut aussi appeler ça des croyances) de la religion monothéiste, tendance Chrétienne. C'est loufoque de A à Z, et ça commence par un texte qui explique que le but n'était pas de rire de Dieu, car il n'a fait que des belles choses.

...Avant d'ajouter: sauf les ornithorynques.

Ce film ne va sans doute pas bouleverser ma vie, mais il est le reflet d'une époque disparue, celle durant laquelle quand on faisait un truc comme ça, on ne risquait pas de se faire tuer par un débile. Kevin Smith a déclaré il y a peu de temps qu'il ne fera jamais plus un film de ce genre...

 

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Published by François Massarelli - dans Kevin Smith Comédie
28 janvier 2018 7 28 /01 /janvier /2018 09:37

Le titre du film est littéral et nous annonce la structure du film, mais ne se développe pas sur une seule année: dans la montagne Sud-Coréenne, un tout petit temple dérive sur l'eau, sur un tout petit lac. Un moine âgé y veille sur l'éducation d'un jeune moine. Chacun des quatre premiers chapitres est une saison et correspond à une étape de la vie du jeune.

Au premier printemps, il est un petit garçon, et trompe son ennui en jouant avec les animaux. Forcément, ça dégénère un peu, et quand il voit son disciple faire l'apprentissage de la cruauté le maître trouve une punition radicale: comme il avait maltraité des petits animaux en les attachant à une corde au bout de laquelle se trouve une pierre (deux sont morts, un serpent et un poisson), le maître lui attache une grosse pierre sur le corps jusqu'à ce qu'il ait fait pénitence.

L'été voit l'arrivée d'une jeune femme, qui est malade. Le garçon est maintenant un adolescent, et bien sûr l'attirance sera forte, et mutuelle. Il n'y pas grand chose à faire dans la montagne... Le maître sera tolérant, mais estimera que la jeune femme étant guérie, elle peut maintenant retourner chez elle. Le disciple va donc en tirer les conséquences et s'enfuir.

L'automne est une saison dramatique. Le maître, devenu bien seul, s'ennuie et vieillit de plus en plus. Il apprend que son ancien disciple a tué son épouse par jalousie. Quand celui-ci revient pour se cacher à ses côtés, il le recueille, et lui impose une punition. Quand la police vient chercher le meurtrier, ils vont devoir attendre que celle-ci aille au bout avant de repartir avec leur prisonnier...

Des années plus tard, c'est en hiver que le jeune homme revient au petit lac. Le maître s'est suicidé, et il faut reprendre le flambeau... Bientôt, on lui confie un garçon pour être son disciple.

Le film est un conte cruel sur le choix entre implication et abandon. Le vieux moine attend de son disciple qu'il choisisse d'abandonner ses désirs, sa tentation de la cruauté et son attachement au monde extérieur... Mais le vieil homme impose aussi ses choix à tous dans le film: la fille doit repartir parce qu'il en a décidé, les policiers doivent attendre parce qu'il veut que la punition de son disciple soit complète, et lorsque ce dernier part de l'île flottante en compagnie de ses deux "gardiens", c'est un regard du maître à son disciple qui va "décoincer" le bateau, comme s'il ne pouvait avancer sans son consentement.

Cette idée de mouvement entravé est en phase avec un leitmotiv du film, cette idée du garçon dans le premier chapitre d'attacher des animaux à des cailloux, qui va ensuite résulter en une punition du même ordre; Lors du chapitre hivernal, c'est une punition du même ordre qu'il s'inflige afin de se purifier...

Le film est tout entier marqué par des visions superbes, mais sans passion aucune, pour la nature, dont les hommes deviennent un simple prolongement. Chaque chapitre est marqué par la présence d'un animal qui se tient en dehors de l'action: au premier printemps, le garçon joue parfois avec un jeune chien. L'été est le chapitre durant lequel un coq est souvent visible dans les plans, et quand il fuit son maître, le disciple l'emporte. L'automne voit le maître adopter un vieux chat pour tromper sa solitude, et l'animal partira avec le prisonnier et les deux policiers. De la barque incendiée du moine qui s'immole, un serpent sort, qui va loger dans le temple vide, et sera présent durant tout le chapitre hivernal. Enfin quand le printemps revient, le nouveau disciple joue avec une tortue.

Le film ne quitte jamais les environs du petit temple et de son lac, entièrement circonscrit dans le quotidien des moines qui vivent ici. Du coup, il y a très peu de personnages, et tout porte à croire que le cycle qui nous est conté se perpétuera à l'infini, le garçon du dernier printemps dans le film étant interprété par le même acteur que celui du premier chapitre. Une évocation donc à caractère bouddhiste, ce qui sied bien évidemment au projet, même si ce n'est pas forcément LA clé du film. Elle en permet juste l'accomplissement, à travers le parcours initiatique d'un homme, de sa découverte de la corruption jusqu'à l'éveil final, qui le rend enfin apte à transmettre des valeurs.

Le rythme contemplatif qui en découle n'empêche pas un certain humour, mais le manque de dialogues tient plus d'un principe d'austérité que d'un hommage à Jacques Tati... Une austérité qui confine parfois à la froideur. Certes, avec des images magnifiques... Mais cruelles. Si vous aimez les animaux: ne voyez pas ce film, c'est un conseil.

 

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Published by François Massarelli - dans Kim Ki-Duk
28 janvier 2018 7 28 /01 /janvier /2018 09:26

Candy Williams (Doris Day) est une jeune chanteuse/danseuse à laquelle tout sourit: actuellement à Miami, elle fait partie de la troupe de Hap Schneider (Phil Silvers), en compagnie de Duke McGee (Eddie Foy, Jr) et Flo Neely (Nancy Walker). Sauf que... la troupe joue ses revues devant des salles clairsemées, a des dettes, et en prime Candy est désespérément superstitieuse. Un jour, suite à une tentative d'entourlouper un restaurateur (Marcel Dalio) les quatre compères se retrouvent à travailler pour lui, et Candy rencontre un bel inconnu (Robert Cummings) qui n'est autre que Dick Carson, le compositeur le plus en vue du moment. Mais celui-ci a des difficultés à monter un show...

L'intrigue est une commodité de la comédie musicale, avec le scénario numéro 1 (Voir à ce sujet Gold diggers of 1933, 42nd street, Give a girl a break, Footlight parade, ou The bandwagon): monter un spectacle! Qu'on imagine, justement, propice à tous les délires... Mais non. Quand ces gens se mettent à chanter, ils chantent. Et c'est tout. Le tout est, en dépit du talent évident et de l'abattage de Doris Day (Elle est d'ailleurs la seule), d'une platitude et d'une sagesse qui ne font pas fuir, non.

Juste bailler.

C'est un peu la philosophie du musical telle que l'envisageait Michael Curtiz: des gens qui chantent, oui, mis ça doit être réaliste! En fait, le film n'accomplit qu'une seule prouesse: celle d'être le premier musical en Cinemascope. 

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Published by François Massarelli - dans Musical
27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 09:15

Pour résumer ce se passe sans doute dans ce film, disons qu'un jour, l'ancien hors-la-loi Pat Garrett a été engagé par un propriétaire terrien (le richissime ranchero Chisum) ainsi qu'un certain nombre de corps constitués qui se sont sentis obligés de suivre, dont l'état du Nouveau-Mexique, pour éliminer le bandit William H. Bonney, dit Billy The Kid. Sur ce dernier, pas la peine de faire dans la dentelle, après tout: c'est un tueur, un bandit dont la réputation vaguement romantique qui s'est développée autour de lui est complètement incompréhensible, tout comme celle qui entoure Jesse James du reste...

J'ai dit "sans doute", parce que ce film est mou. Il n'a aucune structure, aucun enjeu, aucun squelette. Alors on peut tout de suite imaginer ce qu'un critique Parisien qui se respecte va nous expliquer, à nous autres béotiens: nous n'avons rien compris, c'est une évocation poétique, vue à travers le remords d'un homme qui avait compris que pour avancer, il fallait couper quelques branches et tuer quelques copains, cet homme est Pat Garrett (James Coburn), et son copain c'est Billy (Kris Kristofferson). Mais ça on le comprend en effet très vite.

C'est juste que dans la mesure où Peckinpah ne nous donne rien d'autre à voir que des gusses qui attendent, debout dans des cours et autres haciendas, ou qui trompent le temps en tirant sur les têtes de poulets vivants qu'ils ont enterrés dans le sol (c'est authentique, ce sont de vrais poulets, et c'est dégueulasse), ou des gens qui s'attablent, parlent de rien, avant de se tirer dessus dans tous les sens, ou enfin des hommes qui consomment des femmes (Vous avez remarqué à quel point la femme est un objet non pensant sommée de faire ce que l'homme lui demande, si possible avec deux ou trois copines, dans les scènes de fesse de Peckinpah?)... Bref, il nous raconte une histoire en oubliant de la raconter, mais n'a rien à dire d'autre. 

Ce film n'est rien d'autre qu'un gâchis de pellicule, prétentieux, fumeux, et débile. Deux heures qui en semblent quarante.

Pouah.

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Published by François Massarelli - dans Western Navets
26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 08:41

Dans le magasin Les Grandes Galeries, c'est la révolution: un nouveau directeur a été engagé, M. Lepetit (Fabrice Luchini), dont la mission est apparemment de redresser l'affaire. C'est une mission de la dernière chance, car les Zactionnaires sont très tentés de liquider la chose, devenue peu rentable, au mépris bien entendu du personnel. Par contre, Lepetit, même si c'est parfois maladroit, entend bien ressouder le personnel justement, en leur inculquant une culture collective d'entreprise. Ca passe par des idées, des stages, des activités diverses: saut à l'élastique, chorale, course... Le personnel apprécie, disons, diversement.

Le film commence sans vrais repères, et on passe assez rapidement d'un personnage à l'autre: tous les protagonistes sont pourtant liés par leur appartenance au personnel du magasin Parisien, au nom fictif mais si transparent. Dans ce qui est donc un film choral, Klapisch dont c'est le premier long métrage s'applique à souligner les rapprochements en montrant la façon dont personne, finalement, ne veut quitter sa zone de confort personnel, et donc chacun a une propension à s'éloigner des autres, et à le revendiquer. C'est pourtant jamais un prêche, ni dans un sens ni dans l'autre, mais une suite d'observations superbement orchestrée.

On peut noter qu'outre Luchini, le film nous présente une impressionnante galerie d'acteurs dont beaucoup nous sont devenus familiers. Certains l'étaient déjà, d'ailleurs: Zinedine Soualem, Jean-Pierre Daroussin, Karin Viard, Nathalie Richard, Odette Laure, Fred Personne...

Il y a du Tati là-dedans, mais un Tati verbal. Un plan nous en donne d'ailleurs la preuve: un 'mur' d'immeuble moderne, où vit seul l'un des protagonistes, est en fait une structure de verre. L'espace de quelques secondes, Klapisch en nous montrant ce mur et les personnages que nous apercevons en transparence, nous renvoie directement à une scène de Playtime. Dans ce dernier film, au fond, l'essentiel était aussi de démontrer que si Hulot souhaitait ardemment retrouver et se rapprocher de la jeune Anglaise, et réciproquement, l'environnement moderne et froid ne faisait que les éloigner.

Ici, c'est plutôt l'environnement qui tente d'imposer un rapprochement aux membres du personnel, qui les éloigne les uns des autres car personne, au fond, ne veut faire le premier pas... Pourtant toutes les mini-intrigues auxquelles nous assistons montrent que les uns et les autres ne souhaitent qu'une seule chose: vivre heureux, et si possible ensemble. On y arriverait presque à la fin si...

...Si le "réalisme économique" des années 90 ne prenait le dessus; les Zactionnaires, en effet avaient tout prévu.

Salauds.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Cédric Klapisch
26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 08:18

A Pimento University, une belle Université qui est située dans un cadre bucolique, on assiste à la rivalité entre les valeureux frères Dover, Tom, Dick, et Larry, et l'infect Dan Backslide, qui se présente lui-même comme un lâche, une brute, un goujat et un voleur. La rivalité porte surtout sur le fait que les trois frères, comme l'affreux moustachu, tous convoitent la belle Dora Standpipe. 

La liberté occasionnelle d'une équipe d'animation peut parfois produire des choses étonnantes. Jones en particulier a beaucoup expérimenté, avec la forme, le ton, la répétition... On lui doit des chefs d'oeuvre expérimentaux du dessin animé, aussi bien que des tentatives douteuses... Mais ce film tient de la première catégorie. Tout en étant particulièrement étrange, ainsi que sérieusement en avance sur son temps.

C'est pourtant dans les années 40 qu'aura lieu la grande mutation du dessin animé aux Etats-Unis, avec la création du studio UPA. Mais ce film dépasse tout ce qui allait être tenté des années plus tard, car Jones ne se contente pas de bouleverser le genre en trafiquant le dessin et le design fondamental de ses personnages, il impose aussi à la mise en scène une froideur inattendue (e qui chez certains provoque d'ailleurs une réaction de rejet - ce n'est manifestement pas mon cas!), et expérimente avec la narration, répétition, la suspension des personnages (le personnage féminin en particulier réussit à ne pas bouger du tout, comme une figurine qui serait bougée à la main par un enfant en train de jouer...

Le cadre est une allusion au style d'intrigue adolescente des romans du début du siècle, et une partie du dessin ici est sous une influence directe des premiers maîtres de la bande dessinée: on pense, devant la stylisation de Dora Standpipe, à Winsor McCay par exemple. Mais très vite, Jones pousse les situations liées aux clichés de ce type d'histoire vers des extrémités inattendues, en particulier avec ces trois personnages complémentaires mais peu harmonieux que sont les trois frères Dover...

A chaque fois qu'on parle d'eux, c'est toujours la même chose: on les nomme les uns après les autres, Tom, Dick, Larry... Et le locuteur prend particulièrement son temps. Pourtant le film repose aussi sur des effets de vitesse, qui sont liés à l'utilisation alternée de plans fixes, et de mouvements distordus: l'effet produit est qu'on  l'impression que les personnages vont tellement vite que leur contour a bavé... Voir photos:

Bref, dans ce film, le metteur en scène touche-à-tout s'est fait plaisir, et a produit un film qui n'est sans doute pas facile à appréhender, mais dont la vision répétée est fascinante, et à voir le nombre d'allusions à ce film dans les dessins animés produits depuis, et la glorieuse descendance de ce film, par les "amateurs" (Détournements, clins d'oeil, déguisements, allusions aux gestes et aux attitudes personnages, etc), telle qu'elle est disponible sur internet, prouve une bonne fois pour toute que nous avons là un classique, dont nous allons prendre congé en disant au revoir:

Au revoir.

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Chuck Jones
26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 07:56

Porky Pig et Daffy Duck doivent libérer leur chambre d'hôtel au Broken Arms Palace, et pendant qu'on tend la note à Porky, très embarrassé par le montant, Daffy Duck (hors champ, mais visible en silhouette derrière une porte vitrée) est en train de jouer leur argent aux dés... Et le commentaire final de son adversaire ("You're a dead duck, Duck!") est sans appel... le reste du film est consacré à la gestion de la situation. Une situation, bien sûr, inextricable.

J'ai déjà fait allusion, à propos de Confessions of a nutzy spy sorti en janvier de cette même année 43, au fait que les dernières productions en noir et blanc de l'unité de production de Leon Schlesinger à la WB semblaient en totale liberté, comme si plus personne ne se préoccupait de ce qui allait en sortir. C'est flagrant ici, pour un rare retour de Frank Tashlin aux Looney tunes, il me paraît survolté, et Porky's pig feat fait partie de ces dessins animés où on rit certes, mais on assiste aussi médusé à une débauche d'effets visuels, de trucs de mise en scène, qui tiennent à la fois de la stylisation extrême, de la prouesse d'animation, et de la provocation absolue. Concernant ce dernier point, j'en veux pour preuve le moment durant lequel un personnage dévale un escalier, et ce qu'on voit surtout à l'écran, c'est un escalier vide. l'action de tomber est surtout illustrée par la bande-son.

Et à propos de bande-son, Mel Blanc est à la fête, car non seulement il assure les voix respectives de Porky et Daffy, pais en plus on lui donne deux personnages supplémentaires, dont le gérant d'un hôtel excessivement nerveux. L'autre nous est déjà plus connu, bien sûr... J'y reviens plus bas. 

L'animation de cette petite merveille est tout sauf fluide, car le but était de s'amuser avec les formes, la déformation, les positions et attitudes extrêmes et paradoxales. A ce titre, si le Daffy Duck de Tashlin est très éloigné de celui de Clampett, il est aussi beaucoup plus riche plastiquement. Et survolté par l'agitation générale, il est aussi plus cinglé encore, comme si c'était possible...

Pour finir sur ce film merveilleusement idiot, on notera un étrange et affectueux "passage de témoin" à la fin: comme si Tashlin et ses animateurs savaient qu'ils sont en train de réaliser le dernier Porky pig en noir et blanc de l'histoire de la Warner, ils ont glissé une allusion à Bugs Bunny, sa seule apparition, une fois le personnage bien défini graphiquement, qui ne soit pas en couleurs. Daffy et Porky sont coincés, prisonniers de l'hôtel dont ils n'ont pas les moyens de payer la note, et se disent que si Bugs Bunny avait été là, il les aurait tirés d'affaire. Daffy lui téléphone, on entend donc la voix du héros par Mel Blanc, mais la porte s'ouvre, et Bugs Bunny révèle qu'il est lui aussi prisonnier. 

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Bugs Bunny
26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 07:41

Après Pearl Harbor, les dessins animés des productions Schlesinger ont été mobilisés, et avant qu'ils ne développent leur propre série de films de propagande destinés au personnel de l'armée seulement, les animateurs et réalisateurs ont commencé à saupoudrer leurs films de 1942 à 1945 d'allusions à l'effort de guerre, de gags liés aux nazis... Ce film sorti en janvier 1943, au titre éloquent qui est une allusion directe au long métrage d'Anatole Litvak Confessions of a nazi spy, sorti en 1939, montre assez bien de quelle façon on obtient surtout le meilleur dans ses oeuvres de circonstance...

L'intrigue est simple comme bonjour: Porky Pig est policier dans une petite localité, et un espion rôde, le "missing lynx" (jeu de mots intraduisible apparu une première fois dans Who's who in the zoo, quelques semaines auparavant, du même McCabe)... Lors d'une patrouille, le chien de Porky, Egbert, tombe nez à nez avec l'animal, qui a une fâcheuse tendance à manipuler des bombes, se déguiser, et transporte dans sa petite valise un masque d'Hitler...

La drôlerie, comme dans les films de Clampett, provient essentiellement de la distorsion dans l'animation, et de l'impression de survoltage de l'ensemble. Tout laisse à penser du reste, que dans les derniers films en noir et blanc des équipes de la Warner, on laissait faire les animateurs et les réalisateurs à leur guise, d'où cette impression de liberté absolue qui se dégage de ce cartoon...

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Norm McCabe
25 janvier 2018 4 25 /01 /janvier /2018 18:07

Ce film, situé dans un café (Ce qui en fait un établissement très familial), est à nouveau une confrontation de Porky Pig et d'une fourmi... C'est donc une fois de plus une narration faite d'anecdotes liées à une journée très remplie dans un petit restaurant, avec un client exigeant (inexplicablement mal doublé, ce qui rend le film assez irritant), et avec des gags très "Jonesiens", liés à l'exploitation de réactions fort bien senties...

Il faudra un jour qu'on analyse la façon dont Chuck Jones utilise ses idées, que ce soit un coyote qui court après un oiseau qu'il n'attrapera jamais, une sorcière qui sort précipitamment du champ en perdant ses épingles à cheveux, un monstre poilu rouge orangé chaussé de baskets, la propension pour un putois de passer sous un pot de peinture blanche, ou bien sûr le fait d'introduire une fourmi facétieuse, voire méchante, dans les films de Porky Pig...

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Chuck Jones