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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 12:39

Affaire classée? La grande vadrouille, son climat tranquille de comédie familiale, son esprit si consensuel, son aspect de gros bonbon-madeleine des trente glorieuses, ses deux stars indiscutables qui se voient l'un et l'autre fournir un boulevard qu'ils ne se privent pas d'emprunter... du plaisir, vite consommé, vite oublié. Certes, maintenant, il y a d'autres façons de voir. J'en constate deux, et bien sur elles sont en conflit l'une avec l'autre...

1: En contant les aventures de Stanislas Lefort (Louis De Funès) et Augustin Bouvet (Bourvil), le chef d'orchestre et le peintre en bâtiment, qui sont amenés malgré eux à participer à l'effort de résistance et à aider des parachutistes Anglais égarés dans la France occupée, on aurait pu imaginer qu'Oury allait exalter l'esprit de résistance et taper sur les nazis. J'aime bien quand on tape sur les nazis (On m'a même une fois accusé d'intolérance à ce sujet, comme quoi la connerie n'a plus de limites), mais Oury, qui aurait eu bien des raisons de le faire, s'en garde bien. Car la grande vadrouille, je le disais plus haut, est un film familial et de consensus, qui nous conte les aventures familiales et consensuels de deux français moyens, de milieux fort différents, qui prennent sur eux en effet, mais qui sont aidés en cela par tous les Français qu'ils rencontrent (A se demander comment, devant un pays aussi unanimement résistant, les nazis ont réussi à occuper le pays durant cinq années...), car eh oui, il n'y a pas un seul collaborateur dans ce film! Ils sont aussi aidés par le fait que les occupants se sont arrêtés à la moitié du boulot, ils ont oublié d'envahir le sud de la France, qui était rappelons-le sous la juridiction de la France de vichy, un authentique état fasciste qui prenait le prétexte de la collaboration imposée pour se livrer à des mesures dictatoriales. Donc le passage en zone dite libre, qui est le but de la fin du film, n'aurait pas été une si bonne nouvelle que ça dans la vraie France de 1942. Et puis tous ces Allemands qu'on rencontre, qui sont de braves pères de famille, qui préviennent même Lefort: "Attention, je suis de la wehrmacht! mis si j'étais de la Gestapo, vous auriez de gros ennuis"... Et cet avion de reconnaissance, sans armes, qui semble être la seule ressource, à la fin, contre les planeurs qui font échapper trois soldats Anglais vers la liberté, me semblent bien courts... 

Bref, à trop vouloir le consensus pour ne pas trop bousculer la marmite, on obtient peut-être une bonne soupe. Mais un certain nombre de résistants, de déportés, de survivants de la torture, ont peut-être trouvé le film un peu trop gentil... Pas les Gaullistes, ils étaient anesthésiés par l'accession de leur petit chef à eux à la magistrature suprême, et d'ailleurs, en permettant à un Touvier, à un Papon de continuer à exercer, le pouvoir gaulliste ne faisait pas grand chose de très différent de la morale consensuelle de ce film.

2: D'un autre côté, c'est un film, et je le répète, un film familial, une comédie. Pas une leçon d'histoire. Aucun agenda volontaire, Oury qui a lui vécu sans trop de problème en zone libre, a après tout survécu à la guerre, évité la déportation, et son envie de tourner la page n'a rien d'un geste irrespectueux, ni oublieux. Et le triomphe de son film lui donne, d'une certaine façon, raison. On sait de toutes façons ce qui se tramait, et tant que les politiciens désireux de tourner la page en réécrivant l'histoire une fois qu'ils auront accédé au pouvoir n'y accèdent pas, on continuera à le savoir. Que cela ne nous empêche pas de rire à un "comment ça, merde alors? But alors you are French?". Le film respire la joie de vivre des trente glorieuses, les années 60, les vacances dans le Sud! Je pense qu'Oury et Danièle Thompson, sa fille, savaient parfaitement ce qu'ils faisaient en choisissant d'écarter tout drame excessif, ils ne faisaient pas autre chose que Goscinny et Uderzo réécrivant à leur façon l'histoire de la gaule post-Alésia.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 18:50

 

 

Eddie Adams (Mark Wahlberg), un jeune Angeleno, n'a rien à attendre de la vie mainstream. Il a par contre un atout impressionnant, qui peut lui ouvrir bien des portes, en particulier celles du cinéma porno. On est justement dans les années 70, et le fort bien nommé Jack Horner (Burt Reynolds) recrute des jeunes, en particulier ceux qui sont dotés du même, hum, talent que lui. Et une fois qu'il a fait ses preuves, Eddie Adams devient Dirk Diggler, la star incontestable du porno... Un monde dont il ne sait pas, et Horner non plus, qu'il vit ses derniers feux...

A l'origine de ce film, un court métrage, faux documentaire inspiré lointainement de la vie (Et de la mort) de John Holmes, idole pornographique des années 70, qui est mort des suites du SIDA dans les années 80. Holmes était impressionnant mais comme Diggler, il l'était par ses mensurations. Mais le film nous plonge dans un univers pour mieux nous surprendre avec le quotidien de gens qui sont, et resteront toutes leur vie, des ratés...Avec ses travailleurs du porno, ses costumes et sa musique 70/80, ses histoires tristes ou hilarantes, le film de Paul Thomas Anderson n'est pas qu'une capsule temporelle, et n'est pas seulement une façon de se moquer. L'évolution de ses personnages, qui ont tous une case de vide (J'ai évité l'expression "Un trou à combler", vous comprendrez aisément pourquoi) tend à confirmer que ces gens des années 70, qui deviennent des gens des années 80, ne sont pas très différents des gens des années 90, et par extension de ceux des années ultérieures à la sortie du film.

Bref, il a l'air caustique, comme ça, mais nous montre surtout l'humanité en proie à ses propres folies, comme toujours... C'est poignant, drôle triste, parfois énervant... Et la classe folle des plans-séquences du film fait encore merveille.

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Published by François Massarelli - dans Paul Thomas Anderson
16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 18:41

Ce film n'est après tout que le 20e court métrage de Tom & Jerry. Dans cette excellente période, qu'est-ce qui peut bien le distinguer des autres? D'une part, l'intrigue, qui même si elle amène les deux animaux à se battre de façon assez musclée comme d'habitude, est motivée par un élément inédit: Tom joue au golf, et a une folle envie d'associer Jerry à ce sport de plein air, si possible en mettant la souris entre le club et la balle. Et donc, qui dit plein air, dit sortir du ron-ron domestique, ce que le chat et la souris ne font pas beaucoup...

Et d'autre part, leur habituelle façon de gérer leurs rapports conflictuels se nourrit justement cette fois de leur environnement renouvelé. Disons que l'un et l'autre, dans les coups, bosses, horions et autres brutalités mutuelles qu'ils se prodiguent, rivalisent d'invention sadique. La palme revient quand même à ce qui arrive lorsque Tom, une paille, un entonnoir, un plan d'eau, et un essaim d'abeilles dépêché par Jerry se rencontrent...

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Published by François Massarelli - dans Animation Tom & Jerry
16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 08:21

There will be blood est plus ou moins adapté d'un roman d'Upton Sinclair, intitulé Oil! et publié en 1927. Sinclair, on a tendance à le négliger aujourd'hui, est une espèce rare parmi les intellectuels Américains: un socialiste, un vrai! Oil! concentrait son intrigue autour de la montée en puissance et de la décadence d'un homme, qui a consacré sa vie au pétrole au tournant du siècle... L'histoire est vue du point de vue d'un autre personnage, le fils du magnat, qui témoigne une certaine sympathie à l'égard des employés de son père... Le film quant à lui se recentre sur le personnage de Daniel Plainview (Daniel Day-Lewis), un aventurier qui est arrivé dans l'Ouest, et a commencé à travailler dans le pétrole.

Parti de rien, mais beau parleur, il a contribué de façon impressionnante à donner à son business une allure respectable, et bâti des empires d'une façon assez simple: l'idée est d'arriver le premier dans une localité qui montre tous les signes de champs pétrolifères, et d'offrir aux membres de la communauté des sommes plus ou moins dérisoires afin de les débarrasser de la charge de ramasser le pétrole eux-mêmes. Les contrats impliquent de reverser aux propriétaires 1/6e de la recette obtenue, mais Plainview fait tout pour commencer par acheter les terrains avant tout,  à des fermiers sans succès qui cèdent souvent bien vite...

Parmi les méthodes employées par Plainview, il y a son "fils": un gamin qu'un accident a privé soudainement de ses parents et qu'il a recueilli dans un rare réflexe humain... avant de se rendre compte que la présence d'un gamin à ses côtés pouvait lui donner une allure respectable, et émouvoir les épouses des propriétaires. Quoi qu'il en soit, le fils est devenu un maillon essentiel du business de Plainview: à dix ans, il travaille avec son père, qui le consulte, l'associe à bien des choses. Et il ne sait pas qu'il n'est pas son fils...

Anderson avait synthétisé dans Boogie Nights en associant l'évolution du rêve Américain dans les années 70, avec l'évolution de la pornographie... C'était gonflé, mais il avait fait mouche: son film montrait l'esprit Américain mieux que tant d'autres, et le faisait avec humour... et un côté poignant aussi. C'est que l'humanité dépeinte par ce metteur en scène est rarement très reluisante, et ce film ne fait pas exception à la règle: le héros paradoxal de ce film est venu de rien, d'une famille qu'il connaît à peine, et dont il ne sait pas eu début de l'entreprise, que le manque affectif sera sa plus grande perte. Un comble pour un misanthrope!

...Car Plainview n'aime personne, ne fait confiance à personne, ramène tout à lui: quand son fils H.W. devient sourd suite à l'explosion d'un derrick, Daniel attend que "le son revienne", et constate que rien ne se passe: il ne peut plus communiquer avec son fils, et à la première erreur du garçon, il l'envoie loin de lui, confiant son éducation à d'autres... H.W. est devenu une gêne. 

L'essentiel du film est consacré à un gisement pétrolier situé en Californie, en pleine zone désertique. L'information est fournie par un jeune homme, Paul Sunday, qui vend son tuyau à Plainview, en échange de l'assurance qu'il découvrira du pétrole "par hasard" sur la propriété familiale, à l'insu de la famille Sunday. Plainview et son fils se rendent donc à Little Boston, Californie, quasiment une ville fantôme, et demandent à la famille Sunday l'autorisation d'aller camper sur leurs terres et d'y chasser... Et bien entendu, ils y découvrent un gisement de pétrole phénoménal. Pour Plainview, racheter le terrain des Sunday est facile: il pense les impressionner, mais il va avoir de sérieux problèmes avec le frère de Paul, le prophète auto-proclamé Eli, qui négocie âprement, et emporte dans la négociation la promesse de Plainview de donner $ 10 000 à l'église qu'il a fondée... Une promesse qui ne sera jamais totalement honorée, ce qui sera bien sur la raison d'une discorde profonde entre les deux hommes, pendant que le pétrole va couler à flots.

Enrichissement, décadence, transformation de l'Ouest, mais aussi l'étude d'un homme acharné à devenir le roi du pétrole en ne faisant aucune concession à personne, le film est dur, méchant, profondément satirique et probablement d'un réalisme rare: le fait d'avoir confié le rôle principal à Day-Lewis débouche bien entendu sur un personnage impressionnant, de la folie pétrolière à la découverte éberluée d'un fibre familiale, lorsque un aventurier venu de nulle pat, se prétend son demi-frère: il va l'accueillir à bras ouverts, mais a vengeance sera terrible quand il découvrira le pot-aux-roses...

Bref, comme toujours avec Anderson, ce film méchant et exigeant est tout à fait à lire au premier degré, un portrait acide d'une époque de transformation de l'homme, actée par des opportunistes, du même genre que ceux qui ont fait l'Ouest. Et cette lutte entre Plainview et le pasteur Sunday (Paul Dano, comme d'habitude, est un acteur de génie) est loin d'être la lute du bien et du mal: juste le combat éternel entre une volonté de domination, et une autre...

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Published by François Massarelli - dans Paul Thomas Anderson
16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 08:06

Film collectif, assemblé autour d'une vague trame, Cosmos a tout de l'exercice de fin d'études, sauf que dans ce cas ce sont six exercices... De six courts potentiels, on a fait un long, en tenant ces petits bouts d'histoire de rien du tout avec un chauffeur de taxi, qui d'ailleurs a droit à son court métrage lui aussi, à la fin du film. Certaines des intrigues sont drôles, d'autres intrigantes, d'autres un peu lourdingues...

Une jeune femme qui a acheté une voiture pour un ami demande de l'aide à un chauffeur de taxi pour démarrer. Elle va ensuite rejoindre son ami, un homosexuel qui vit reclus et hésite à se rendre à un test de dépistage. Un jeune cinéaste primé à l'étranger mais inconnu dans son Québec natal a une interview de prévue dans une émission branchée de la télévision locale, et il est (avec raison) très nerveux à l'idée de défendre son projet de long métrage devant des journalistes qui n'en ont pas grand chose à faire. Un serial killer traque sa prochaine victime. Deux anciens amants se rencontrent par hasard, et l'homme est troublé à la nouvelle que la femme s'est fait refaire les seins: il n'a qu'une seule envie, c'est qu'elle lui les montre... Une jeune femme avait prévu de fêter ses vingt ans au théâtre, mais son petit ami lui a posé un lapin. A la fin de la représentation, elle commence à parler avec un homme, septuagénaire. Ils vont littéralement passer la nuit ensemble. Deux chauffeurs de taxi, enfin, devisent de l'avenir devant un petit déjeuner, pendant que des braqueurs de banque volent la voiture de l'un d'eux, et ça va mal finir...

"Cosmos", c'est le nom du chauffeur de taxi du premier segment, qui véhicule dans Montréal un certain nombre des autres protagonistes, et se fait voler sa voiture à la fin. Il est sympathique, philosophe, éternellement optimiste... Le film en revanche est poussif, part dans tous les sens, et bien trop long! Le segment de Denis Villeneuve, pour parler du plus connu (du seul, du moins, à être connu en Europe) de ces réalisateurs, est celui consacré au réalisateur angoissé. C'est une veine satirique pour Villeneuve, un domaine ou on ne l'attend pas vraiment... C'est aussi assez irritant, pour ne pas dire anecdotique.

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Published by François Massarelli - dans Denis Villeneuve
15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 16:44

Ce film est tout bonnement une merveille de bout en bout, qui prouve alors que dans d'autres lieux, des animateurs Américains planchent sur les aventures révolutionnaires et privées de scénario d'un coyote malchanceux confronté à une proie impossible à attraper, que le dessin animé, c'est d'abord du mouvement, ensuite de la violence, et... c'est tout. Pas un gramme d'intrigue ici, c'est juste 7mn et 30 secondes de poursuites, de coups, de bosses. Tom pourchasse Jerry qui fait alliance avec un canari, et le chat s'en prend plein la figure. Le cartoon, qui s'arrête au bout de son temps réglementaire, aurait d'ailleurs pu continuer très longtemps sans que rien ne change!

A noter, une nouvelle trace de la concurrence amicale que se livraient Hanna et Barbera d'un côté, et Tex Avery de l'autre, lorsque ces deux unités d'animation travaillaient côte à côte à la MGM: les déformations en cascade de la physionomie de Tom, qui sortent largement du raisonnable...

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Tom & Jerry
15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 16:38

De tous les films des années 40 parmi les Tom and Jerry à avoir décroché la timbale de l'Oscar, c'est celui-ci le moins intéressant. Malgré tout, il est souvent programmé, et il a atteint le statut de classique, mais son pedigree de parodie même est ce qui le différencie. Non qu'il soit mauvais, loin de là! Mais Dr Jekyll, c'est peut-être une barre placée assez haut, et le film abandonne assez vite ce chemin pour devenir systématique... Tom a en effet une idée de génie pour se débarrasser de Jerry: il va concocter un poison ultime. Mais n'ayant aucune connaissance ni en chimie, ni en alchimie, ni en magie ou en meurtre, le chat confectionne en réalité un breuvage qui va transformer la souris en... super-souris.

C'est plaisant; c'est même drôle, mais le reste du film est finalement entièrement soumis à cette idée: Jerry boit, devient une super-souris, perd ses pouvoirs, reboit, etc...

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Published by François Massarelli - dans Animation Tom & Jerry
15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 09:43

On dira ce qu'on voudra de Tim Burton, il est assez entier: quand il réussit un film, il n'y va pas par quatre chemins. Et c'est la même chose quand il le rate: Alice, Planet of the apes, ses deux pires films, sont affligeants de bout en bout... Mais le Tim Burton d'aujourd'hui, qui peine à se renouveler, nous livre avec son dernier film une oeuvre intéressante, engageante même sur certains points, mais qui n'est pas tout à fait aboutie: en d'autres termes, le troisième acte est une nouvelle fois (Après Dark Shadows ou Corpse Bride, deux films bien médiocres dans lesquels il se met en pilotage automatique) envahi par ce que j'appelle "Le cirque Burton"...

A l'origine, se trouve un roman de Ransom Riggs, qui est sorti en 2011: l'histoire d'un jeune Américain qui découvre qu'il a sa place dans une maison qui est un havre de paix pour enfants différents, à l'écart du monde et du temps. Le livre était né d'un projet inattendu, celui de regrouper dans une même histoire des photographies anciennes, sans lien entre elles, authentiques et souvent étonnantes, en tissant autour d'elles une histoire. On trouve une trace de ce pedigree particulier dans une réplique du film, d'ailleurs... Celui-ci s'intéresse donc à Jake (Asa Butterfield), un adolescent Américain très moyen, qui est préoccupé par son grand-père (Terence Stamp): celui-ci est atteint de démence sénile, et le père (Chris O'Dowd) n'a pas le temps de s'occuper de lui... pas plus que de son fils, d'ailleurs.

Tim Burton ménage ses effets, lâchant le moins d'aspects fantastiques possibles; C'est cette atmosphère de vérité glauque qui fait le prix du premier acte, dans lequel va s'introduire une histoire fantastique: la mort du grand-père, en effet, va s'effectuer sous les yeux de Jake, qui va voir un monstre, dont il ne saura pas quoi penser, et qui sera bien sur traumatisé... Mais l'Amérique authentique de ce film (Située en Floride!), se pare comme dans Edward Scissorhands de couleurs saturées du plus bel effet. Et le lien entre le grand-père, merveilleux conteur ou illuminé total, renvoie bien sur à Big Fish... Le grand-père a parlé d'une maison ou il a séjourné durant la guerre, en fuyant la Pologne envahie, et Jake va se mettre en quête de l'endroit afin de faire son deuil...

C'est au Pays de Galles qu'il va la trouver mais elle est en ruines. Le passage de la fin du premier acte, quand Jake et son père arrivent à l'ouest de la Grande Bretagne, continue cette impression d'une vérité blafarde dans laquelle Jake ne peut se plaire, mais les couleurs, cette fois, vont avec cette impression, et Burton se débrouille fort bien de la montée du mystère autour de la fameuse institution pour gens étranges dont parlait le grand père, et le fait de la trouver mène au deuxième acte...

Une fois Jake arrivé, Burton peut s'en donner à coeur joie, et cette deuxième partie est une présentation du petit monde parallèle, coincé dans une boucle de l'espace-temps, créée en septembre 1943 par Miss Peregrine (Eva Green) afin de protéger ses pensionnaires de l'arrivée inopinée d'une bombe Allemande qui va effectivement détruire toute la maison! Et ses pensionnaires sont, en effet, bien particuliers: tous ont un "talent", qui les met à l'écart du reste du monde, quand il ne les rend pas dangereux,, comme Olive, dont les mains brûlent tout ce qu'elles touchent... L'invention reste bien sur sous contrôle, et esthétiquement, le film est particulièrement soigné, dans les excès de glucose auxquels Burton s'est livré il y a quelques années. Le contraste avec le monde noir du dehors est bien mené, et bien sur on apprendra incidemment que seul un enfant "particulier" pouvant trouver son chemin dans l'institution, cela veux dire que Jake (et son grand-père) sont eux eux aussi "différents"...

Le troisième acte concentre aussi bien les dangers, que leur énonciation: on nous explique finalement tout: la mort du grand-père, sa démence, les monstres, les dangers qui menacent l'institution et ses pensionnaires... et l'intérêt baisse. Le trop-plein menace, et toutes les balises poétiques jetées par Burton sont récupérées les unes après les autres dans un ordre irritant. Et même l'apparition comme toujours grandiose d'un méchant interprété par Samuel Jackson n'y fera rien: c'est au troisième acte qu'on se rend compte que le film n'est pas si formidable que ça, en dépit des évidentes qualité dont il fait preuve, à l'imitation de Big Fish...

Malgré tout il reste des éléments très intéressants, comme le fait qu'au milieu de ce chaos d'effets spéciaux, Burton choisit de mêler le monde réel, supposé ne pas s'apercevoir de l'existence d'une "boucle" parallèle, et le monde délirant de Miss Peregrine. Une scène de fête foraine à Blackpool se transforme en une délirante bataille entre les deux mondes. Et dans cette intrigue qui voit Jake confronté au choix entre le vrai monde et son monde délirant, il est rassurant de voir que Burton choisit de le montrer suivant la meilleure des voies... 

Donc, ce film qui finit par montrer ses coutures dans la résolution formatée d'une intrigue, est à moitié réussi. C'est déjà ça, après tout, et rien n'enlèvera le prix de ses deux premiers actes et du contraste saisissant qu'ils créent, même si c'est pour finir sur des recettes convenues. Tim Burton sait encore nous parler de ce qui faisait le sel de ses oeuvres les plus personnelles, le décalage entre les gens comme vous et moi, et les êtres différents, qu'ils soient timides, dépressifs, juifs, homosexuels, trop petits, trop grands, ou... qu'ils aient des abeilles qui vivent à l'intérieur de leur corps.

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Published by François Massarelli - dans Tim Burton
15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 09:29

J'ai parlé à propos du film Quiet please! des échanges d'animateur et d'ntrigue entre l'unité de Tex Avery et celle de Hanna et Barbera, aux styles par ailleurs si distincts, mais qui parfois se trouvent reliés par des passerelles inattendues. C'est intéressant de voir avec ce film une autre influence, celle de la Warner. A moins que ce ne soit le contraire: on assiste à une bataille de chapelles au sujet de ce film, car si The cat concerto raconte comment Tom donne un récital de piano, et joue précisément la Rhapsodie Hongroise n°2, de Liszt, et Jerry qui dort dans le piano va le perturber, puis participer à sa façon à la musique, sans que jamais la pièce ne s'arrête. Et de leur côté, les gens de Warner, sous la direction du spécialiste musical Friz Freleng, ont sorti la même année Rhapsody rabbit, un film à l'intrigue similaire, mettant aux prises le maestro Bugs Bunny avec un piano, une souris, et... la Rhapsodie Hongroise n°2, de Liszt! Les deux films s'étant retrouvés en compétition pour les Oscars au même moment, ça fait désordre. De l'avis de la Warner, c'était une coïncidence. Les gens de la MGM ont quant à eux parlé d'un plagiat. Les gens du studio Technicolor, qui ont été amenés à développer les deux films, disent tout simplement que ce serait dû à une erreur de leur part, puisqu'ils auraient envoyé le film Warner à la MGM par erreur, permettant aux animateurs un examen du film concurrent avant que le leur ne soit terminé!

On ne saura jamais le fin mot de l'histoire, bien sur, mais on peut comparer les deux. Et la comparaison montre que ces deux courts métrages sont de haute tenue, mais l'avantage reste à Tom et Jerry: le degré d'invention des gags, le rythme, et surtout un atout de taille, le fait que Jerry, contrairement à l'anonyme souris de Freleng, est animé à égalité avec Tom, emportent le morceau. Mais en cas de problème, on peut toujours revoir les deux films: ce ne sera jamais du temps perdu...

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Published by François Massarelli - dans Animation Tom & Jerry
15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 09:13

Tom et Jerry passent essentiellement leur journée à se courir après, le chat tentant d'attraper la souris, et la souris déjouant tous les pièges... Mais ils ne sont pas seuls dans la maison: un gros bulldog qui répond au doux nom de Spike a beau être débonnaire, il commence à en avoir assez. Après un bruit de trop (Tom maniant un fusil directement au dessus de son oreille, pour être précis), le chien lui fait comprendre que la coupe est pleine: si il entend un bruit, il va l'écorcher vif... Jerry est réjoui d'entendre ça et désormais, il va tout faire pour que Tom fasse du bruit, bien entendu.

Le film commence fort, avec le point de vue du chien qui essaie de dormir au milieu du chaos créé par les deux autres. Et c'est vrai qu'ils font beaucoup, beaucoup de raffut... Mais le reste, avec l'usage conscient de tous les moyens de faire du bruit, ou la menace de  les utiliser (Verre, armes, jusqu'à la dynamite bien entendu), ce qui va entraîner sur le film une surenchère de la violence! Et c'est un déchaînement d'idées toutes plus bruyantes les unes que les autres.

On peut bien sûr constater que cette production MGM est sous l'influence de l'unité de Tex Avery (certains des animateurs en viennent, d'ailleurs), mais cette influence est à double sens: en 1952, Avery dirigera justement un film qui s'inspire de la même situation, mais l'histoire en sera différente: Rock-a-bye bear, dans lequel un ours qui tente d'hiberner a engagé un gardien de nuit, qui n'est autre qu'un bulldog nommé... Spike.

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Published by François Massarelli - dans Animation Tom & Jerry