Avec ce film, Lloyd prend son temps dans la veine très Américaine des comédies qui tournent autour de l'illusion d'élévation sociale représentée par la tentation de singer la noblesse, voir à ce sujet le très classiqueRuggles of Red gap... Il est donc groom dans un hôtel, qui a pour principale occupation de piquer les vêtements des riches qu'il côtoie pour faire semblant: il est tellement doué qu'on pourrait aisément dire que l'habit fait le moine! Il est repéré par un escroc qui essaie de l'utiliser pour s'attirer les bonnes grâces d'une nouvelle riche et épouser sa fille. Harold va donc devoir jouer les comtes en goguette et être le clou d'un week-end riche.
Après une exposition longuette consacrée à la famille Irlandaise dont la mère est décidée à imposer le régime mondain à sa fille et son mari, on a une apparition de Lloyd en trompe-l'oeil double: on le voit en gros plan, en haut de forme, parlant avec une allure très empruntée. la caméra se recule, et on s'aperçoit que le dandy est en fait seul, devant un miroir. A la fin de la séquence, il doit rendre sa veste à un aristocrate, et il se révèle un groom... C'est simple, efficace, drôle, et on sait tout sur le jeune homme en deux minutes très enlevées. La première bobine est surtout consacrée à établir les deux mondes amenés à se rejoindre: l'hôtel où travaille le jeune homme, et la famille qui se perd dans l'illusion de la richesse.
D'autres passages splendides montrent la maîtrise de l'équipe, notamment une série de gags imaginés par Lloyd alors que, passant pour un noble, il raconte ses chasses. C'est d'ailleurs l'essentiel de la deuxième bobine: Lloyd se fait passer pour le comte qui raconte ses succès à la chasse... Et la dernière bobine est surtout consacrée à une désastreuse chasse au renard durant laquelle Lloyd a perdu son pantalon. Tout mène à ce moment qui agit en qualité de catharsis: c'est par la grâce du pantalon perdu que l'humanité reviendra...
Pas le meilleur film de Lloyd, bien sur, mais d'un niveau très solide quand même...
En 1921, Lloyd s'est décidé à passer à la vitesse supérieure, en proposant des films de trois bobines. Si les longs métrages de comédie existaient déja, ils étaient relativement marginaux, jusqu'à la sortie du superbeThe kid, qui a prouvé que la comédie burlesque pouvait se construire sur la longueur et acquérir de la force. Suivant l'exemple de Chaplin qui se lançait dans le film de moyen métrage dès 1918, Lloyd a commencé à allonger ses films, toujours au studio de Hal Roach. En deux ans, cette période de transition lui a permis d'arriver à son tour à des films particulièrement soignés de long métrage. L'année 1921 a été entièrement occupée par quatre films, tous de trois bobines, avant queI done soit finalement coupé sur la décision de Lloyd lui-même. L'équipe qui a réalisé ces films reste à peu près la même, et beaucoup de ces techniciens et artistes resteront fidèles longtemps au comédien. Tous partagent une vision très quotidienne de la vie, et en particulier les moyens métrages permettent de faire le tour des thèmes de prédilection du comédien, dont ils forment un échantillonnage très complet du style et de ses sujets de prédilection... Les héros en sont globalement des gens qui se débrouillent déjà, ils ont un travail, mais il leur manque deux choses pour être heureux: une meilleure position, et un mariage heureux. Les films sont souvent marqués par un recours au spectaculaire, des gags à la mécanique de précision, et un goût pour les véhicules...
Now or never est la première de ces comédies en trois bobines. Si on ne peut qu'applaudir la volonté d'élargir le champ d'action, on est ici devant une situation étirée plus qu'autre chose. Lloyd doit faire un voyage en train accompagné d'une petite fille. On retrouvera une série de gags liés au train dans de nombreux Laurel & Hardy plus tard... Après un prologue de cinq minutes qui établit une intrigue autour de Mildred, employée à plein temps pour s'occuper d'une petite fille, l'arrivée de Lloyd se signale par un plan qui le voit conduire une voiture à toute vitesse, le reste du film le verra parcourir un train en tout sens, courant même sur le toit à un moment... la vie maritale telle qu'elle se profile à la fin du film pour Mildred et Harold est sans doute quelque peu tempérée par l'enfer d'avoir un enfant, symbolisé par la cohabitation entre Harold et la petite fille.
Si le film ne se distingue pas encore des autres films courts de Lloyd, c'est sans doute parce qu'en dépit de bonnes idées (la première bobine est brillante, globalement), le film peine à se transformer en autre chose qu'une série de variations sur le thème de Lloyd en train...
Que demander de plus? Une grande andouille de patron (André Roanne) aime sa secrétaire Lucie (Danielle Darrieux) qui le lui rend bien, et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si le grand dadais ne décidait de "faire ce qu'il faut", c'est-à-dire la virer. Une fois licenciée et son affaire réglée, plus rien ne s'opposerait donc à leur union. Mais Lucie, le coeur brisé, prend son licenciement pour argent comptant, et se jette dans la Seine... Sous les yeux d'un passant, un homme riche joué par Albert Préjean, qui la sauve, la ramène chez lui, et laisse peu à peu les ennuis commencer...
Yves Mirande, c'est encore un de ces littérateurs ivres de leur propre importance, un imbécile à la Pagnol, persuadé que le fait d'avoir écrit un script, un dialogue ou une pièce, leur donne le droit d'être l'auteur d'un film. Néanmoins, pas fou, les films qu'il signait étaient souvent l'oeuvre d'artistes compétents, ce qui est le cas ici: à partir d'un scénario boulevardier solide, et d'acteurs chevronnés (en particulier Darrieux, parfaite de justesse, Préjean qui fait son grand numéro habituel, et Lucien Baroux en majordome qui devient le souffre-douleur de la jeune femme), il fait un film qui est une comédie sutrvoltée, très drôle, et dans laquelle pas un gramme de graisse ne dépasse...
Entre la confrontation inévitable entre la noyée et son sauveur (Ils s'engueulent dès la première minute), et les invités de la réception qui attendaient le retour de Préjean en cassant allègrement du sucre sur son dos, ou encore la peinture des malheurs du pauvre domestique, qui s'en prend vraiment plein la figure, on ne s'ennuie pas une seule seconde,e t le film échappe au ron-ron habituel des films français du genre.
"Thaddeus", c'est Thaddeus Kubaczik, un immigré Polonais (Edmond O'Brien) qui vient d'obtenir la nationalité Polonaise. Au grand désespoir de sa femme Kathi (Narda Onynx), ça ne l'empêche pas de faire un cauchemar récurrent: être réveillé en pleine nuit par des nazis qui viennent l'arrêter... Mais aux Etats-Unis, bien qu'il n'arrive pas à s'y faire, on a plutôt tendance à le laisser tranquille. Jusqu'au jour où il commet une erreur: en croisant une voiture, il la heurte, et a la tentation de prendre la fuite. Mais il se ravise, et la mort dans l'âme, se sentant coupable, il attend la punition. Et il est persuadé qu'elle va être terrible...
Quant au "ticket" dont il est question dans le titre, c'est une convocation en justice. Thaddeus ne risque évidemment pas grand chose, mais comme on s'en doute quand on voit en ouverture du film son cauchemar habituel, le pauvre: c'est tout dans sa tête. Et une scène nous éclaire sur sa difficulté à s'adapter aux conditions plus douce des Etats-Unis: quand un facteur frappe à sa porte, Thaddeus prend peur à la seule vue de l'uniforme...
Le film est naïf, et très direct: aucune ironie ni aucune moquerie à l'égard du personnage... Borzage a manifestement pris au sérieux cette histoire qu'il n'avait pourtant pas choisie pour la série Screen director's playhouse: c'est normalement l'acteur Anglais Ray Milland qui devait s'en charger. Je dois dire que l'idée correspond assez bien au metteur en scène de Little man, what now?, Three comrades et The mortal storm...
Le troisième et dernier des trois films de court métrage réalisés par Frank Borzage dans la série télévisée Screen Director's playhouse est sans doute le plus connu, et la cause en est simple: il a été diffusé en 1993 dans le cadre d'un hommage au metteur en scène au Cinéma de Minuit de France 3, la célèbre émission de Patrick Brion. Cette diffusion était en accompagnement d'une grande rétrospective de la cinémathèque Française...
Sur la série elle-même, on est partagé: bien sûr, c'était une opportunité pour certains metteurs en scène, voire des acteurs désireux de passer à la mise en scène, que de réaliser un court pour cette émission qui met en valeur la personnalité même du "director"... Mais on ne va pas se mentir: si un Dwan ou un Borzage ont répondu présent à plusieurs reprises dans les années 50 et effectivement réalisé des films, n'était-ce pas essentiellement parce que le programme était une aubaine financière? D'un autre côté, les scripts confiés à Borzage, sans être nécessairement fabuleux, ont au moins l'avantage d'être totalement appropriés à son univers. Particulièrement avec ce petit film...
1917. Elizabeth (Sandy Descher) est une toute jeune Quaker, amenée à prendre le train sur une longue distance. Sa tante Hannah, qui la place dans le wagon, la rappelle à ses obligations de ne surtout pas enfreindre les commandements de sa religion (en gros, elle est supposée respirer, c'est tout. Toute autre activité ou prétention dans le train serait dangereusement futile)... Mais la petite est attirée par un compartiment situé juste à côté de sa place: le célèbre ténor Enrico Caruso (Lofti Mansouri) y est installé pour le voyage. Elle se décide à l'aborder: sa famille écoutant ses disques, ce n'est donc pas un inconnu...
Le film, conté à la première personne par Elizabeth devenue adulte, est uniquement consacré à la rencontre inattendue entre les deux solitudes, celle d'Elizabeth posée et droite dans ses bottes, celle de Caruso qui le pousse à essayer de jouer avec la petite, sans malice aucune. C'est un échange entre deux personnages parfaitement complémentaires, qui vont s'apporter beaucoup. C'est adorable, même si on est quand même loin, très loin des tempêtes émotionnelles qu'on aime à rencontrer chez Frank Borzage...
La guerre de Corée... Une jeune recrue arrive sur les lieux où se tient le bataillon auquel on l'a affecté. Il est jeune, naïf, pas très rassuré, et tombe assez vite entre les griffes d'un cynique qui a tôt fait de le dissuader d'attendre quoi que ce soit de positif, ou de s'impliquer. Mais il veut savoir, quand on l'envoie en mission: ce n'est pas du mauvais esprit, juste, au contraire, une tendance à être totalement premier degré.
Autour d'un clairon, pris sur un cadavre, une amitié complice et inattendue va se nouer entre le jeune soldat et un sergent, le genre dur et mal apprécié de ses hommes. L'un et l'autre vont se retrouver dans l'instrument et le savoir-faire qu'il commande; et l'un et l'autre vont être profondément changés par ce qui va arriver dans les jours qui suivent, lorsque contre toute attente les hommes vont être galvanisés par la musique du clairon...
C'est une nouvelle histoire de transformation, mais on est assez surpris de voir Borzage, des années après Seventh Heaven, retourner à la guerre qu'il détestait tant. Si en apparence les hommes trouvent une sorte d'accomplissement héroïque et de transcendance par le biais du clairon, c'est bien d'une échappatoire qu'il s'agit. Le clairon ouvre pour les hommes qui en jouent chacun son tour une sorte de fenêtre sur l'avant et l'après de cette guerre dans laquelle ils sont englués. Un nouvel objet magique dans le monde de Borzage, en quelque sorte...
Sur une petite île de Polynésie française, une petite communauté sans histoires: le père Cluzeot (Marcel Dalio) maintient la petite flamme de son église branlante, Michael "Guns" Donovan (John Wayne), un ancien combattant Irlandais qui a décidé de s'installer, rafraîchit les âmes avec la bière servie à sa taverne, et le docteur Dedham (Jack Warden) s'occupe de la santé de chacun, sous l'oeil morne du gouverneur de l'île (Cesar Romero), qui s'ennuie ferme et souhaite ardemment sa mutation.
Deux événements vont arriver: le premier sera le retour d'un enfant prodigue, le marin Thomas Gilhooley (Lee Marvin), bagarreur insatiable (Et assez inutile à l'intrigue, si ce n'est pour balancer des bourre-pifs); puis l'autre événement, plus difficile à gérer, sera l'arrivée de la fille de Dedham, Amelia (Elizabeth Allen): une Bostonienne pur jus élevée à coups de bible, qui vient afin de vérifier si son père "mérite" de faire partie des actionnaires de la compagnie familiale, c'est à dire afin de vérifier sa moralité. Le médecin est absent, mais ses copains sont embêtés: il vit avec trois jeunes enfants issus d'un mariage avec une princesse locale, depuis décédée...
Quel a été le prétexte déclencheur? l'intrigue vraiment? Ou la perspective de partir faire la nouba dans les mers du Sud avec les copains? Sans doute la deuxième solution, et Ford a du prendre Lee Marvin en stop sur son yacht en chemin, parce que je ne m'explique absolument pas sa présence! ...Sauf si pour la Paramount, l'idée était de recréer l'alchimie particulière développée entre Wayne et Marvin sur le tournage de The man who shot Liberty Valance. Mais dans ce cas... C'est raté!
Donc le film marche, cahin-caha, pas mieux ni pire que Hatari, pour des raisons similaires. La "famille" Fordienne s'y ressoude autour d'un argument de pacotille, avec des moments qui viennent en droite ligne de The Quiet man, à tel point qu'on les sent forcés. Mais ce petit film rigoureusement inutile se laisse gentiment regarder, comme une sorte de post-scriptum un peu mièvre, devant lequel on passe un peu des vacances par procuration.
Un couple sans histoire, qui vient d'accompagner la fille unique du ménage à l'université pour la première fois, savoure sa petite tranquillité, et l'occasion pour eux de renouer leur intimité... Mais madame (Michelle Pfeiffer) n'est pas satisfaite. Et elle ne sait même pas pourquoi... Serait-ce les souvenirs de sa vie d'artiste, son métier de violoncelliste concertante qu'elle a abandonné lors du mariage avec Monsieur, l'universitaire (Harrison Ford)? Où l'approche de l'anniversaire de l'accident de voiture qu'elle a eu, dont elle a réchappé par miracle? Ou tout simplement le malaise de voir de nouveaux voisins se quereller à la moindre occasion?
Non, tout ça, ce sont des fausses pistes. Par contre, le fait qu'elle ait un jour laissé entrer un fantôme dans la maison, ça, ça a quand même un effet...
Il y a deux choses sur lesquelles on peut faire confiance à Zemeckis. La première, c'est de savoir commencer un film, et de savoir parfaitement doser ses ingrédients. Ce n'est pas systématique, mais quand ça lui prend de déclencher la mécanique de précision, ce gars-là est redoutable! Alors ici, il se met assez rapidement en mode de comédie qui dégénère vers.... Rear Window! ...Ce qui, comme je le disais plus haut, n'est qu'une fausse piste. Il me semble même que ce sous-texte Hitchcockien était très important pour le metteur en scène, car il a tout fait pour que le spectateur se perde dedans.
Mais la deuxième chose pour laquelle on peut lui faire confiance, et c'est bien là le problème, c'est dans sa manie d'en faire trop, beaucoup trop... Qu'un film avec soupçon de meurtre dans le voisinage se transforme en un festival d'apparitions fantomatiques (toutes parfaitement calibrées pour vous faire sursauter de belle manière, s'entend), pourquoi pas? mais assorti d'une enquête à tiroirs, avec révélations de dernière minutes toutes les cinq secondes.... Ce n'est pas raisonnable. Donc ça se laisse voir, mais arrive quand même un moment ou le plus tolérant des spectateurs va demander grâce, ou... arrêter de voir le film, tout simplement.
Au sud du Maroc, l'aventurier Castigliano (Gert Fröbe) tient une entreprise de transports routiers, dont les chauffeurs sont des durs à cuire. Mais là, ils ont la surprise de découvrir que leur patron a confié une mission et un camion flambant neuf à un novice, l'américain Steiner (Reginald Kernan)... Mais Rocco (Jean Paul Belmondo) décide de doubler Steiner et prend la direction de la mission à six heures du matin, emportant non seulement le camion neuf, mais aussi la mystérieuse cargaison qui doit rapporter cent mille dollars à la réception... Castiglione envoie Marec (Lino Ventura) pour le récupérer. Celui-ci, avec l'ide de Steiner, se lance à la poursuite de son copain...
C'est du cinéma populaire à la Audiard, avec les qualités et les défauts attenants: des bons mots, de la gouaille, des dialogues qui font mouche quand c'est Blier ou Ventura qui les dit, mais qui irritent profondément quand c'est Belmondo ou un acteur qui annone à peine le français! Notez qu'il y a de bons moments, mais bon, le film se vautre à mon humble avis sur deux points:
D'une part, ce n'est pas Le salaire de la peur.
D'autre part, Audiard et sa bande affichent une fois de plus un nihilisme goguenard, qui était souvent atténué avec génie quand Lautner était en charge de la mise en scène de leurs films en commun (sans parler de la tentation de la rigolade qui n'était pas un vain mot chez le metteur en scène!), mais que voulez-vous, quelque soit le métier de Verneuil, on finit par s'ennuyer...