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15 janvier 2018 1 15 /01 /janvier /2018 17:54

Cette merveille date de 1948, soit au tout début des aventures de "Tweety" et de sa rivalité avec le chat Sylvester. Pourtant ce dernier (dont il est aisé de voir qu'il est le véritable anti-héros de ces aventures dont le canari de Satan est en fait le protagoniste maléfique) a eu au cours des années 40 tout une vie, apparaissant au gré de l'inspiration de Freleng, et même parfois de Chuck Jones, dans des courts métrages qui sortent de l'ordinaire. Et Back alley oproar est sans doute le plus beau, le plus drôle et donc le plus accompli de ceux-ci. Sylvester y incarne un chat qui a décidé de donner de la voix en pleine nuit. On le sait, dans la vraie vie ce genre de péripétie est lié à la vie sexuelle intense du personnage, mais dans ce dessin animé, on voit la chose de deux points de vue différents: d'une part, on constate avec Elmer Fudd, très fatigué, que si cette saleté de chat tient tant à se faire entendre, ce ne peut être que pour l'empêcher de dormir lui personnellement; d'autre part, le chat en question est d'humeur lyrique, et souhaite donc nous faire profiter de son répertoire... Qui est vaste, de l'aria du Barbier de Séville de Rossini, à la chanson Moonlight bay (relativement récente), en passant par à peu près tout et n'importe quoi, dont une chanson "à la Spike Jones"...

Le film est une suite ininterrompue et réjouissante de variations sur ce présupposé, le type de structure qu'aimait tant Freleng, et lui permet de donner libre cours à deux de ses péchés mignons: d'une part, les gags liés à la musique, impliquant danse et millimétrage du mouvement; d'autre part, les gags qui gardent une réalité physique, que Freleng privilégiait le plus souvent à des délires surréalistes comme ceux que pouvaient parfois se permettre Clampett, Avery ou Jones. L'animateur John Kricfalusi, admirateur de Clampett, passe son temps à dire que les cartoons du vieux Friz sont mièvres, mais ce parti-pris de voiler l'animation d'une certaine dose de réalisme n'est pas sans déchaînement de violence... Je pense en particulier à la façon dont Elmer doit, plusieurs fois, traverser un champ de punaises pieds nus, sans jamais penser à faire un détour. Aïe.

Notons pour finir que ce film est un remake (supérieur à l'original) de l'un des rares Looney tunes en noir et blanc de Freleng, Notes to you... Elmer Fudd remplace le protagoniste principal, Porky Pig, et celui-ci avait une confrontation avec un chat anonyme: Sylvester a tellement de personnalité, et Mel Blanc prend un tel plaisir à massacrer des chansons avec l'inoubliable problème de diction du chat, que franchement le choix n'est pas difficile entre les deux films.

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Friz Freleng
15 janvier 2018 1 15 /01 /janvier /2018 09:36

J'ai souvent, ici ou là, rappelé de quelle façon tous les réalisateurs des Looney tunes tendaient à se débarrasser du personnage de Porky Pig, qui finissait par devenir un prétexte ou un présentateur de ses propre courts métrages, donnant la vedette à un autre personnage dans des intrigues dont il n'était qu'une commodité. Il y a donc des exceptions dont voici un exemplaire...

Tout d'abord le film est excellent, tant techniquement (l'équipe de Freleng est toujours aussi pointue dans l'animation, et les idées fusent de partout) qu'au niveau du scénario, qui sera d'ailleurs repris sept années plus tard, j'y reviendrai.Porky souhaite dormir, mais un chat anonyme en a décidé autrement. Porky essaie tout pour le faire fuir, mais le chat, désespérément, chante...

L'idée est simple, finalement: l'un veut dormir, et l'autre veut chanter. Ou pire: l'autre NE VEUT pas que le premier dorme. Pourquoi? Peu importe. Et avec cette idée de départ, on a un film remarquablement cohérent, même si on admettra que le remake Back alley oproar (Freleng, 1948) lui est supérieur: d'une part sur le fait que le chat est identifié, c'est ce bon vieux Sylvester; ensuite, certaines idées qui ne fonctionnaient pas aussi bien (le fait que Porky sorte de la maison dans Notes to you, par exemple) seront supprimées au profit d'idées plus efficaces; enfin, Mel Blanc y fait merveille avec un répertoire musical génial qui ajoute au bonheur de l'ensemble.

Un bonheur foncièrement idiot, bien sûr.

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Friz Freleng
14 janvier 2018 7 14 /01 /janvier /2018 12:01

C'est après la période durant laquelle elle était la star des films de Cecil B. DeMille, que Gloria Swanson, sur l'avis de son mentor et ami, avait accepté la proposition de la Paramount de la mettre en vedette des films de Sam Wood. Beaucoup de ces productions sont perdues, mais Beyond the Rocks, on s'en rappelle, avait fait l'objet d'une redécouverte majeure lorsqu'une copie quasi complète avait pu être assemblée après que toute trace du film ou presque avait disparu depuis 1925...

Dans le film, l'étoile confirmée Gloria Swanson y partage la vedette avec un relatif nouveau venu, Rudolf Valentino, et c'est le seul film dans lequel ils ont joué ensemble. On attendrait presque, naïvement, que la rencontre ait produit des étincelles... Il n'en est rien.

En Angleterre, dans les années 20, La belle Theodora Fitzgerald est la troisième fille d'un monsieur très bien, mais dont la fortune a été mise à mal. es deux acariâtres demi-soeurs ont d'ailleurs poussé leur père à arranger un mariage avec un brave type, mais bon, il n'a rien de folichon... Mais Theodora a une étrange manie, celle de se mettre en danger: une promenade en barque? elle tombe à l'eu et bien sûr elle ne sait pas nager... Une promenade en montagne? Elle tombe là encore, et s'il n'y avait une corde pour la retenir elle irait s'abîmer dans un précipice. Mais le hasard fait bien les choses, car à chaque fois, la fortune veille sur elle: le beau jeune homme, comte de surcroît, la sauve... Bien sûr il s'avère qu'ils sont faits l'un pour l'autre, et bien sûr, leur destin semble en avoir décidé autrement. 

A moins que...

Oui, je sais: ce résumé est bien plus enlevé, plus dramatique, que ne l'est le film, hélas. Ceux qui ont parlé de découverte majeure, voire de chef d'oeuvre, sont sans doute ceux qui n'ont jamais vu un seul film muet de leur vie. Il y en a, et certains osent se prétendre historiens du cinéma... Bref: Beyond the rocks est un film plus que moyen. Il ne capitalise que sur une seule chose: la confrontation entre ses deux stars. Ceux-ci assurent décemment le strict minimum, tout comme Sam Wood qui bénéficie de moyens considérables (décors, costumes, éclairages, sont particulièrement soignés) mais ne s'adonne à aucune idée de mise en scène qui aurait un peu pimenté la sauce. Il n'a même pas tiré partie de deux scènes qui louchent un peu sur les productions de DeMille, l'une dans laquelle les deux amoureux s'imaginent hors du temps, pouvant enfin laisser lire cours à leur sentiments, et l'autre dans laquelle ils sont déguisés en personnes de la toute fin du XVIIe siècle pendant une fête. De l'une ou l'autre de ces deux scènes, il ne sortira pas grand chose...

Pas d'humour, pas de suspense, pas de surprise. C'est un écrin splendide, mais désespérément vide. Les films de DeMille sont parfois idéologiquement suspects, gonflés, prétentieux, même ridicules. mais ils ont une âme, et c'est de l'art!

Ici...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1922 Gloria Swanson *
13 janvier 2018 6 13 /01 /janvier /2018 18:00

Si vous n'avez pas vu le film, tant pis: je ne prendrai aucune précaution pour cacher quoi que ce soit du devenir des personnages dans les nombreuses intrigues et sous-intrigues qui forment le tissu narratif de ce film (Le contraire serait impossible), qui devait au départ n'être que le point de départ d'une série, d'où la multitude de pistes...

Un metteur en scène de cinéma prépare une grosse production, mais s'agace de voir des Italiens louches s'intéresser au projet au point de vouloir lui imposer une actrice, à la Don Corleone. Il doit en plus faire face à une malchance supplémentaire: en rentrant chez lui, il retrouve sa femme au lit avec l'agent d'entretien de la piscine, qui le fout dehors... Il va lui falloir se résoudre à obéir à l'injonction du parrain de la mafia. ...Ce dernier lui fait parvenir ses instructions par un cowboy.

Une jeune femme en robe du soir qui est amenée en voiture par deux gorilles en pleine nuit à Mulholland Drive, se fait menacer par une arme, puis profite du fait que la voiture subit un accident, pour s'enfuir. Mais elle a été commotionnée. 

Un tueur reçoit la mission de nettoyer la piste qu'ont laissée les hommes qui ont essayé de supprimer une jeune actrice. Celle-ci s'est enfuie, et il lui faut la retrouver et la supprimer.

Une jeune actrice, Betty Elms, débarque du Canada pour vivre chez sa tante, qui habite une petite co-propriété très comme il faut à Hollywood. Betty a une audition de prévue, et entend bien réaliser le rôle de sa vie. Elle va réussir son audition, mais on lui fait miroiter la possibilité de travailler avec un metteur en scène très en vue.

La rencontre, pourtant, n'aura pas lieu, car elle a un problème domestique: en arrivant chez sa tante, elle y a trouvé une jeune femme inconnue, et amnésique, qui ne sait plus très bien pourquoi elle s'est réfugiée là... Betty prend celle qui a pris le surnom de Rita sous son aile et cherche avec elle à percer le secret de son identité... 

Diane Selwyn, une jeune actrice ratée, a subi humiliation sur humiliation à cause de sa petite amie Camilla Rhodes, qui vient de lui faire comprendre qu'elle la lâchait au profit de son metteur en scène, un jeune prodige qui vient de divorcer (son épouse lui ayant préféré un agent d'entretien de piscines, elle a gardé l'agent, et il a gardé la piscine), et qui vient de lui proposer non seulement un rôle en or, mais aussi le mariage. Betty décide de faire supprimer Camilla.

C'est encore un paradoxe dû à David Lynch, qui a ici non seulement imaginé beaucoup de pistes à suivre, plus ou moins connectées entre elles, mais en plus a aussi tout fait pour qu'aucune continuité ne puisse imposer sa logique aux autres. Plus: certaines de ces histoires sont en contradiction les unes avec les autres. Un exemple? Betty et Diane sont une seule et même personne.

Et pourtant, le film est extrêmement cohérent, donnant à voir essentiellement une histoire: on peut sans trop de problème voir Betty/Diane comme l'héroïne, mais sa situation est différente: Betty est la jeune femme qui arrive au pays des merveilles, et Diane est la femme qui a tout perdu, et qui en plus s'est probablement perdue entre son amour sans lendemain, et la drogue. Ainsi les deux histoires de l'une et de l'autre, qui accumulent tant de contradictions et d'incohérences quand on les confronte, deviennent-elles la version rose et la version noire. Peut-être, après tout, l'une est-elle le rêve de l'autre. C'est la piste sémantique la plus souvent retenue par les commentateurs du film.

Lynch, pour une fois, nous a mâché le travail: parmi les premières séquences du film, on verra bien sûr une série de plans qui montrent, en caméra subjective, quelqu'un se coucher... 100 minutes plus tard, un personnage lui dira d'ailleurs de se réveiller. Il y a d'autres hypothèses, aussi. Après tout dans les deux "intrigues", les jeunes femmes sont actrices, et l'autre histoire peut tout à fait servir d'illustration de leur métier. Sinon, bien sûr, l'histoire de Betty est le rêve Américain, et celle de Diane est d'un réalisme et d'une ironie particulièrement brutales... 

C'est, pour moi, le film le plus accompli de son auteur, le plus riche, et sans doute aussi celui qui laisse le mieux entrer le spectateur... Avec Twin Peaks, ce qui n'est pas un hasard: les deux sont liés par leur identité liée à la notion de série, et réussissent donc à créer un univers cohérent à partir de personnages, d'anecdotes, et d'intrigues différentes les unes des autres, qui nous accueillent, nous intriguent, et nous accrochent. C'est une belle prouesse que de l'avoir accompli en 2 heures et vingt-sept minutes. Et Lynch a particulièrement eu de la chance, avec Naomi Watts, de tomber sur une actrice qui transcende complètement le type de personnages qui hante habituellement ses films. Entre le côté girl-scout solaire de Betty et le désespoir terrifiant de Diane, l'actrice trouve une palette d'émotions, qui sont d'autant plus impressionnantes que le metteur en scène l'a constamment poussée vers l'excès (comme Laura Dern dans l'affreux Wild at heart, de sinistre mémoire, ou Isabella Rossellini dans Blue Velvet). Le "couple" qu'elle forme avec Laura Elena Harring est aussi très fédérateur, et le renversement des rôles entre elles, passe comme une lettre à la poste.

La mise en scène choisie par Lynch est sa narration habituelle, faite de classicisme démonstratif, mais le montage est ici plus serré que d'habitude, tout comme le rythme est plus rapide. C'est qu'on est en plein milieu du cinéma, aussi: Lynch nous entraîne dans une histoire de jeu, de théâtre, de faux-semblants, dans le royaume des illusions. Il connaît parfaitement le terrain, d'autant que de son propre aveu, il habite à deux encablures de Mullholland Drive. Du coup, son film se situe dans la droite continuité de Sunset Boulevard (Dont la narration, ne l'oublions pas est assurée par un mort...). Mais pas seulement.

Il y a, dans l'intrigue "pulp" de la rencontre amoureuse entre la jolie et efficace Betty et la pulpeuse "demoiselle en détresse" qu'est l'énigmatique Rita, des réminiscences de Vertigo: l'impossible enquête, les tailleurs gris de Betty la blonde, le déguisement comme échappatoire et le parfum omniprésent mais indicible de mort, sans doute...

Ca fait, quand même, un beau pedigree, non?

 

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Published by François Massarelli - dans David Lynch Criterion
12 janvier 2018 5 12 /01 /janvier /2018 11:47

Twin Peaks, Fire walk with me est un long métrage qui avait essentiellement pour but de mettre un point final à la série Twin Peaks, qui révolutionnait les séries aux Etats-Unis, au point qu'on peut considérer qu'elle est la matrice de tout ce qui a suivi, de X-Files à tout ce que HBO ou Showtime produisent aujourd'hui. Pour ceux qui ne l'ont pas vue, la série tourne donc autour d'une enquête, d'ailleurs assez vite résolue: Laura Palmer (Sheryl Lee), jeune lycéenne en apparence exemplaire à la vie nocturne dissolue, a été assassinée dans des circonstances plus que troubles. Entre soap opera, parodie surréaliste et rêve éveillé, les 30 épisodes se promenaient dans une petite ville forestière de l'état de Washington, vue par le très excentrique agent Dale Cooper (Kyle McLachlan), du FBI...

La série se terminait en 1991 sur un certain nombre de cliffhangers, avant d'être interrompue pour cause d'audience défaillante... Mais le film ne répond à aucune des questions qu'on peut se poser, car Lynch préférait mettre en route un prequel...

Le film, après un générique rigolard qui montre un téléviseur allumé sur une chaîne vide, se faire exploser par un coup de hache bien placé, commence par une vision d'un corps enveloppé de plastique, à la dérive dans une rivière. Une séquence qui rappelle immanquablement Twin Peaks, mais il s'agit d'un autre meurtre, celui de Teresa Banks, à laquelle il est fait allusion dans la série originale, puisque Dale Cooper fait le rapprochement de la mort de cette dernière, avec celle de Laura. Deux agents du FBI, interprétés par Kiefer Sutherland et Chris Isaak, sont dépêchés sur les lieux, mènent l'enquête, sur un rythme très lent, avant qu'on quitte l'un d'entre eux sur un fondu au noir, il vient de trouver une bague qui est un indice troublant...

...La deuxième partie se passe à Philadelphie et est la plus bizarre, pour ne pas dire inutile: on y retrouve trois des protagonistes de la série qui ne peuvent être à Twin Peaks, car le meurtre de Laura n'a pas encore eu lieu. On y retrouve aussi David Bowie pour une séquence idiote, mal foutue, et assez embarrassante... La logique du rêve "à la Lynch" y est convoquée, faite de narration disjointe et illogique, et de télescopage entre temps, lieux et continuité. C'est au moins une occasion de revoir l'agent Cooper, qui va lui aussi se rendre sur les lieux du meurtre de Teresa Banks, et de la disparition de l'agent Chet Desmond.

Enfin, la troisième partie qui intervient au bout d'une demi-heure et reste l'essentiel du film, conte les circonstances, une année après (La mention est écrite en toute lettres, et aurait dû nous rappeler Un chien andalou. Mais l'atmosphère de soap très marquée nous empêche à mon avis de capter cette nouvelle petite allusion à Bunuel), de la descente aux enfers de Laura Palmer...

La série est donc étendue par sa face sud, en quelque sorte, et les moyens n'ont pas manqué pour combler les trous de la narration, à l'aide de plans plus soignés, de vues des rues dans lesquels les personnages évoluent. Ils sont tous là ou presque, avec une variante: Moira Kelly reprend le rôle de Lara Flynn Boyle, qui n'a pas souhaité donner suite. C'est à la fois touchant et sympathique pour qui connait la série, et souvent inutile, le film enfonçant des portes ouvertes: Twin Peaks parlait déjà de la corruption sous-jacente de la société américaine vue par le petit bout de la lorgnette des petits trous perdus, et le faisait en contrebande, dans le cadre policé de la série télévisée. Un décalage qui faisait beaucoup pour rendre le surréalisme lynchien burlesque et savoureux. Ici, le ton délibérément adulte, qui donne à voir beaucoup plus que ce que s'efforçait de cacher la série, ne convainc pas.

Par contre on voit enfin Sheryl Lee dans ses oeuvres. Elle a la charge d'interpréter le chemin de croix d'une trop jeune femme tombée dans l'enfer du sexe, de la drogue et d'une relation horrifique avec son père, qui fait aussi des rêves prémonitoires (Et rêve inexplicablement de l'agent Cooper), et s'en va donc voir les anges au terminus des lycéennes. Elle est absolument formidable, et rattrape quand même beaucoup de la gaucherie occasionnelle du film. Maintenant, si Fire walk with me (Un titre qui est une allusion directe et un peu gratuite à une phrase récurrente de la série) est considéré comme un chef d'oeuvre par beaucoup, c'est incompréhensible: je pense qu'on se trompe de Twin Peaks.

 

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Published by François Massarelli - dans David Lynch Criterion
10 janvier 2018 3 10 /01 /janvier /2018 18:39

Voici un premier long métrage de cinéma qui non seulement promet, mais en plus accomplit ses promesses avec une maîtrise et une rigueur impressionnantes. Bon, si j'ai rajouté "De cinéma" à ma première phrase, c'est tout simplement parce que j'ai triché: Michael Mann avait déjà réalisé un film long pour la télévision (Qui est non seulement rare, il est aussi doté d'une excellente réputation), avant d'être engagé sur pièce par Jerry Bruckheimer et James Caan pour réaliser ce film, qui porte de façon évidente la marque de l'acteur, tout en posant les bases des futurs films noirs du réalisateur.

Frank est un voleur, comme l'indique le titre. Il aime son métier, qu'il fait bien, mais les temps changent, et il lui fait penser à la prochaine phase de sa vie. Seulement quand on est un voleur consciencieux et avec des scrupules, c'est difficile de tout arrêter pour trouver une compagne et fonder une famille, quand tout fout le camp: son mentor lui annonce qu'il va mourir, les policiers corrompus s'intéressent un peu trop à ses petites affaires et aimeraient bien palper un pourcentage, et les autres malfrats ne sont que des exploiteurs malhonnêtes... Alors oui, il trouve bien l'âme soeur (Tuesday Weld), à laquelle il ne cachera rien, mais le reste part complètement en vrille...

James Caan peut cette fois rouler des mécaniques, exhiber sa musculature poilue et ses grosses voitures, ça fait totalement partie du personnage, un malfrat à l'ancienne qui parle avec l'accent appris en prison, et qui renvoie à l'éthique Hawksienne du travail bien fait; sans que le cabotinage ne desserve le film en rien, l'acteur fait donc son numéro et donne à son alter ego une touchante humanité. Mais le film est comme le sont de nombreux westerns des années 60 et 70: crépusculaire... La fin d'une époque est ici montrée parallèlement à la préparation d'un casse spectaculaire, méthodique, dont rien ne nous est caché même si le langage est à décoder: c'est en malfrat dans le texte, non sous-titré... Il y a du Melville dans cette rigueur narrative, du reste.

...Bon, Michael Mann oblige, on est obligé de caramboler Jean-Pierre Melville et la musique électronique de Tangerine Dream, mais les petites manies du metteur en scène, ces ralentis occasionnels et cette fascination pour les néons bleus, ne prennent pas encore toute la place. Le metteur en scène nous fait partager sa fascination pour l'Amérique nocturne, ses lumières, ses couleurs qui forment tout un monde étrange... Et le film anticipe sur l'extraordinaire tension narrative de Heat, et sa confrontation entre un policier qui faute, et un gangster rigoureux pour ne pas dire généreux... Et la finalité de l'existence, pour l'ancien taulard qui s'est confectionné une carapace nihiliste, c'est qu'il n'aura bien sûr pas droit au bonheur.

Tout ça n'empêche pas l'inévitable: à la fin, l'ancien va régler ses comptes. Et ça va être très sportif...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Michael Mann Criterion
7 janvier 2018 7 07 /01 /janvier /2018 18:41

Tourné en Arizona, principalement à Monument Valley, le très beau film de John Ford prétend pourtant dès le départ être situé au Texas. C'est d'ailleurs visible: les sommets étonnants des gros géants de pierre, l'ocre poussiéreux du sol, l'aridité des paysages: on n'est pas au Texas. Donc avec ce film, Ford a décidé de jeter une fois pour toutes la vraisemblance géographique pour laisser libre cours à son lyrisme visuel.

Au Texas, en 1868, une famille de fermiers installés à l'ombre des grands canyons voit revenir Ethan, le frère d'Aaron, le père de famille. Soldat du Sud vaincu, Ethan revient, mais pas de la guerre; amer, il n'a jamais reconnu la victoire du Nord de 1865. Bien qu'officiellement non-engagé, le Texas a envoyé beaucoup de ses enfants du côté du Sud durant la guerre de Sécession... Ethan, qui a donc mis trois ans à revenir au bercail, est d'ailleurs souvent présenté comme un hors-la-loi en fuite; il a sur lui de l'argent non marqué, donc probablement volé au gouvernement, et il se peut même si ce n'est jamais dit, qu'il ait été un Jayhawker, un de ces soldats sudistes qui se sont enfoncés dans l'illégalité et le terrorisme à la fin de la guerre par jusqu'au-boutisme. Le personnage joué par John Wayne ne laisse jamais passer une occasion de rappeler son engagement dans la confédération des Etats du Sud... Mais Ethan vient se ressourcer en famille, auprès de son frère Aaron, de sa belle-soeur et de leurs trois enfants, Lucy, Ben et la toute jeune Debbie. Mais un groupe de Texas Rangers viennent réquisitionner Aaron pour enquêter sur les exactions d'un parti d'indiens; Ethan part à la place de son frère, mais durant leur absence, la famille Edwards est attaquée par des Comanches. Aaron, Martha et Ben sont massacrés, mais les Indiens ont emmené les petites Debbie et Lucy. Ethan part alors à leur recherche, avec Brad Jorgensen, le fils des plus proches voisins, et Martin Pawley, un jeune homme d'origine métisse recueilli par Aaron Edwards après qu'Ethan l'ait trouvé. Les recherches vont être longues, et compliquées par la mort du jeune Brad, et les conflits de plus en plus fréquents entre Ethan qui considère que si les jeunes filles ont été abusées, elle n'ont plus qu'à mourir, et Martin qui pense fort différemment...

L'ouverture est célèbre, et trouve un écho tout aussi connu dans une fin qui éclaire le personnage d'Ethan d'une dimension symbolique. Ethan Edwards, symbole d'un monde disparu dans une société qui ne demande qu'à tourner la page, est un homme de parole, mais aussi de principes. Au capitaine des Texas Rangers, le révérend Clayton (Ward Bond), il rappelle qu'ils ont tous deux juré fidélité à la confédération, mais que Clayton a tourné sa veste en travaillant pour les Texas Rangers. Mais Ethan, qui admet de lui même qu'il 'ne croit pas à la reddition', est surtout obsédé par une haine farouche à l'égard des indiens. Celle-ci se manifeste la première fois lorsqu'il est attablé avec sa famille au début du film, et que Martin Pawley (Jeffrey Hunter) entre. Sans aucun mot d'affection pour celui dont il a pourtant sauvé la vie, il dit tout simplement qu'il ne l'a pas reconnu, et qu'il avait juste cru voir entrer un métis. Leurs rapports sont systématiquement marqués par la volonté de Edwards de taquiner, rabaisser l'autre. Puis, Ethan, qui connait bien les Indiens, leurs coutumes, leurs langages, profane un cadavre en lui crevant les yeux, dans une scène qui fait froid dans le dos. Enfin, bien sûr, il devient de plus en plus obsédé par l'idée de tuer sa nièce Debbie (Natalie Wood), la seule survivante des deux captives, parce qu'elle est désormais compromise, étant devenue l'une des épouses du chef Comanche.

Cette obsession raciste est d'autant plus paradoxale qu'Ethan, très loquace sur ses principes, a pourtant manifestement bien intégré non seulement les bases de la civilisation Comanche, dont il est un expert, mais plus encore dont il a adopté diverses coutumes. Son fusil est protégé par une gaine de peau, à frange et à motifs des Indiens du désert, où il a peut-être séjourné (On sait qu'il vient de Californie, officiellement, au début du film); il porte pour dormir des mocassins faits main, etc. Et lorsqu'il rencontre le chef Scar, ou Cicatriz en Espagnol, il lui dit, entre ses dents: "Tu parles bien l'Anglais pour un Comanche. Quelqu'un te l'a appris?", faisant ainsi allusion à la présence d'une blanche parmi les Indiens. Mais Scar rétorque: "Tu parles bien le Comanche. quelqu'un t'a appris?" La clé de cette répartie, c'est peut-être la découverte quelques minutes plus tard d'un scalp dans la collection de Scar, celui de la mère de Martin. Celui-ci serait-il le fils d'Ethan et d'une métisse? Celle-ci aurait-elle été assassinée par un Comanche? Ces questions ne sont soulevées que par un spectateur attentif, au vu de la haine déraisonnable d'un Ethan par ailleurs très chatouilleux sur sa famille. Ayant vu la jeune Debbie se comporter en Squaw, il la déshérite illico au profit de... Martin Pawley. Et il interrompt les funérailles de sa famille pour aller tuer les Indiens le plus vite possible. Enfin, au terme d'une quête longue et douloureuse, tenant Debbie dans ses bras pour la tuer, il reconnait enfin la jeune femme comme sa nièce, et prononce enfin les mots de l'apaisement: "Let's go home, Debbie..."

A ce personnage aveuglé et par ses principes, et par une rancoeur qui ne s'arrêtera jamais, Ford oppose une communauté fragile mais ténue, de fermiers tous éloignés les uns les autres par des kilomètres de désert. Ces gens sont tenaces, et les femmes le sont encore plus; outre Martha, il faut citer Ma Jorgensen, une ancienne institutrice qui a des belles visions d'avenir d'un Texas enfin acquis à la paix, ou encore sa fille Lucy, amoureuse de Martin Pawley mais qui est prête à se marier à quelqu'un de plus stable, fut-il cette grande andouille de Charlie McCorry (Ken Curtis). Tous ces gens ont appris à faire des compromis, réunis derrière le révérend Clayton. Ils acceptent le changement, le progrès, et on voit leur volonté d'aller de l'avant dans leur vie quotidienne, à travers ces gestes simple que Ford se plait à mettre en valeur... Le bonheur du révérend devant les embrassades des ados et les jeux des enfants, le désir pour Mose le simple d'esprit d'un rocking chair, la mise en place d'une liaison postale, et d'une vie sociale symbolisée par un  mariage qui va tourner court. Et une fois de plus, Ford se plait à faire jouer ensemble ces deux magnifiques acteurs que sont Wayne et Bond, en les opposant, créant des étincelles. C'est tout son monde (John Qualen, Harry Carey Jr, Olive Carey, ou encore Mae Marsh pour quelques secondes...) qu'il a réuni dans ce film qui est aussi une chronique d'un monde en construction, dont Ethan, résurgence d'un passé guerrier et haineux, est à la fin irrémédiablement exclu. Il le sait, et laisse tout le monde entrer chez les Jorgensen, restant à la porte pendant que Debbie est enfin accueillie chez les siens.

On notera aussi un sous-texte intéressant dans un genre réputé si clairement raciste, dans un film apparemment ambigu à ce sujet: contrairement à ce chef Comanche certes cruel, Ethan lui n'est pas prêt d'accepter le mélange des races. Cette obsession de pureté est d'ailleurs une obsession des blancs, qui vont se doter durant le 19e et le 20e siècle de lois ignobles d'interdiction de mariage inter-racial: pas tendances à tout cloisonner chez les natifs, qui n'avaient eux aucune obsession du pedigree... D'ailleurs Ford qui s'est plu dès les années 20 à donner à des natifs (notamment ses copains Navajos) le rôle des Indiens dans ses films, semble souligner en permanence les yeux bleus et le visage Caucasien de Scar, un chef Comanche qui pourrait bien lui aussi avoir été enlevé aux siens, avant de devenir le chef d'une tribu.

Si l'habillement et l'équipement de Wayne font allusion au métissage, comme on l'a vu, ce métissage est de plusieurs ordres: ainsi, les habits portés par le comédien dans sa première scène sont un mélange détonnant, cape sudiste et pantalon plus jaquette nordiste, sont les témoins d'un passé tumultueux. La recherche, située sur plusieurs années, voit les deux hommes faire beaucoup de kilomètres, depuis le nord (Très belle scène neigeuse dans un sous-bois), jusqu'au Sud, à la lisière du Mexique. Mais Ford se plait à décliner d'autres mélanges, d'autres proportions: les matières naturelles, si nombreuses à monument Valley, sont mises à profit, et on verra beaucoup de poussière, de terre, de sable, mais aussi de boue et d'eau dans ce film. D'une part parce que les Comanches, comme les blancs qui construisent près des points d'eau, suivent les rivières; ensuite, l'eau est la denrée rare de ces contrées semi-désertiques comme se plaisent à nous rappeler certaines scènes. Mais aussi parce que l'eau, qui envahit tout, et qui est présente dans chaque scène, est ici aussi un symbole de passage, de vie, et de mélange. Ethan Edwards, si obsédé par la pureté de la race, devra accepter, laisser couler le flot, ou mourir. Dans la dernière scène, il s'exclut de lui-même... Et laisse enfin vivre les autres.

Pour finir, je sais que Marion Morrison dit John Wayne a fort mauvaise presse; cet homme de droite avait sans doute, pour les jeunes des années 60, du culot d'être encre en vie à l'heure de changer la société de fond en comble. Oui, sans doute certaines idées d'Ethan Edwards sont-elles inexorablement celles de l'acteur. Il n'empêche: celui qui a amené ses propres vêtements, ses propres habitudes de gentleman ranchero Texan au personnage complexe de vétéran habitué à la vie à la dure dans les déserts de l'ouest, a toujours exprimé sa fierté d'avoir incarné un personnage aussi complexe et aussi dur, dans un tel film, qui a toujours eu, du reste, sa préférence.

 

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Published by François Massarelli - dans John Ford Western John Wayne
7 janvier 2018 7 07 /01 /janvier /2018 14:10

De prime abord, on n'a pas besoin d'un énième documentaire sur Janis Joplin. Pour en apprendre quoi? Pour y retrouver quel aspect de sa courte vie qui n'aura pas déjà été documenté? Mais ce film, qui en 2015 faisait le point sur l'état des lieux de ce qu'on sait de la chanteuse, et de son histoire, possède un avantage certain: le recul.

Bien sûr, pour ménager ses effets dramatiques, Amy Berg a trouvé une combine, celle qui consiste à faire ire à une actrice les lettres de Joplin à ses amis et sa famille; et comme on a interrogé la plupart des survivants (Et ils étaient nombreux en 2015, quoi qu'on en dise), qui font bien comprendre la douleur d'avoir perdu quelqu'un, sans jamais le dire ni en rajouter: les survivants des groupes Big Brother and the Holding Company, Kozmic Blues Band et Full Tilt Boogie, les collaborateurs occasionnels, les anciens petits amis et petites amies, les journalistes influents, le documentariste D. A. Pennebaker (Le réalisateur de Monterey Pop) et le frère et la soeur de Janis Joplin sont dans le panel. Nous avons même droit, in extremis, à un témoignage de John et Yoko, capté à la télévision en 1972 ou 1973, pendant le générique de fin.

Le film commence, après une introduction d'usage, par le commencement: la vie à Port Arthur, à la fin des années 50 et au début des années 60, était manifestement bien difficile pour une jeune adolescente, disons, différente: ni belle, ni mince, boutonneuse, n'ayant pas encore pris conscience de son talent musical inné et de sa voix qui devait tant à Bessie Smith et Otis Redding (deux artistes, rappelons-le, noirs), ni pris la mesure de la nécessité pour elle de partir au plus loin, au plus vite: la ville est sous la coupe du KKK, et Janis, qui croit en l'intégration, n'est pas compatible avec les diktats de l'organisation... Et puis elle s'ennuie à l'école ou elle ne fera jamais ce qu'on attend d'elle. Mais s'enfuir, pour Austin d'abord, montre bien vite ses limites, et c'est finalement vers San Francisco qu'elle va partir, se retrouvant bien vite au sein du groupe local, Big Brother and the Holding Company. Le groupe avec lequel elle va détourner avec passion et intelligence la musique noire entre 1966 et 1968... De Gershwin (Summertime) à Otis Redding, encore lui...

Les avis sont contradictoires: il est de bon ton de dénigrer les musiciens de ce groupe, et de vouloir faire de Janis une perle qui aurait alors été donnée à des cochons. Je pense, preuve à l'appui (Deux albums studio, après tout, dont l'incontournable Cheap Thrills) que d'une part ces musiciens, tout en n'étant pas aussi doués que, au hasard, Sly and the family Stone pour rester à San Francisco, ou les Byrds pour aller plus au sud, étaient quand même furieusement compétents, et dotés d'une énergie unique; et d'autre part, que de toute façon Janis Joplin était au final faite pour voler de ses propres ailes. Le documentaire nous aiguille dans une direction inévitable: oui, elle a eu raison de partir vers une carrière solo, mais elle l'a fait trop tôt...

Parce qu'il faut quand même le dire, quand Janis Joplin décède en octobre 1970, elle n'a eu la possibilité d'enregistrer complètement qu'un seul album en solo, le sympathique-mais-sans-plus I got dem old kozmic blues again, mama, avec le Kozmic blues band, une organisation que la jeune femme ne parvenait pas à mener... Pearl, son dernier disque, est inachevé, et le pire c'est qu'il donne clairement l'indication qu'il allait par contre être un chef d'oeuvre.

Voilà, c'est ce que transmet ce documentaire, ce qu'il donne enfin à voir, après que la mort survenue trop tôt ait cristallisé la légende: Janis Joplin est morte avant de donner tout ce qu'elle avait à donner. Et elle a laissé derrière elle une troupe enviable de musiciens, ceux des trois groupes, mais pas seulement, des gens qui auraient sans doute eu leur mot à dire. Les images sélectionnées par Amy Berg sont d'ailleurs souvent émouvantes, mais aussi assez hallucinantes pour les connaisseurs de la période: Cass Elliott et Michelle Philips, des Mamas and papas, sont filmées découvrant à Monterey la puissance dévastatrice d ela jeune chanteuse du groupe Big Brother and the Holding Company; les photos-souvenir d'une courte romance entre Country Joe "Gimme an F" McDonald, et Janis Joplin; de toutes ces rencontres, et flirts, et coucheries, et boeufs, bref de tout ce fatras, se dégage finalement le portrait d'une jeune femme qui avait enfin trouvé sa place, mais aussi qui était comme tout un chacun à cette période soumise à toutes les sensations: alcool, drogues... Quelqu'un qui disait 'je survivrai, vous verrez'. Elle avait tort. Et à la fin de ce maelström d'images, certaines que je n'avais jamais vues, je dois dire que ça me fait vraiment de la peine. 

 

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Published by François Massarelli - dans Musical
6 janvier 2018 6 06 /01 /janvier /2018 18:36

Tourné à Hawaii, avec ce qui aurait dû être une équipe réduite et un petit budget (mais ce sera tout le contraire), Four frightened people est dans son intention un petit film d'aventures... Qui dégénère sérieusement. Le film est adapté d'un roman oublié de E. Arnot Anderson, mais par certains côtés rappelle furieusement l'un des longs métrages de comédie les plus emblématiques de l'auteur: Male and female n'est jamais très loin. Mais malgré ce pedigree intéressant avec cette réminiscence de l'une des oeuvres les plus enthousiasmantes de DeMille, ce petit (78 minutes) film a été un échec cuisant.

Dommage, car je le répète, ça commençait bien: sur un bateau en partance vers les Etats-Unis, quatre Américains s'enfuient: ils savent que la peste est à bord, et souhaitent survivre. Ils débarquent, et tentent de gagner la civilisation, comme on disait à cette époque. Mrs Mardick (Mary Boland), une femme de la bonne société typique, est attendue chez elle pour donner une conférence sur le contrôle des naissances, une obsession personnelle. Elle ne se départit jamais, ni d'un certain sens pratique un peu décalé, ni d'un pékinois. Arnold Ainger (Herbert Marshall) est un chimiste, assez effacé, et au tempérament facilement cynique. Stewart Corder (William Gargan) est un reporter vedette, qui s'avère d'une impatience assez insupportable, en particulier auprès de celle qui le vénère: Judy Jones (Claudette Colbert) est une vieille fille, c'est à dire, en langage pré-code, une femme portant lunettes... Elle va subir à la fois la solidarité féminine encombrante de Mrs Mardick, et les sarcasmes des deux hommes de l'expédition, qui ne perdent pas une occasion de lui dire qu'elle n' a pas grand chose d'une femme... Avant une scène charnière, sur laquelle je reviendrai plus loin.

Parce que quand même, une fois admis que ce film est plus que politiquement incorrect (Indigènes tous plus primitifs les uns que les autres, discours vaguement eugéniste de Mrs Mardick, et autres fantasmes du film d'aventure classique, voyez les Tarzan pour ça), après tout c'est hautement distrayant. Dès le départ, qui installe rapidement l'intrigue en commençant après un ou deux plans d'exposition (et un montage dynamique) la fuite des passagers. Et on s'amuse beaucoup de voir ces quatre personnes qui n'ont rien à faire dans une jungle, chercher à survivre, et se chamailler pour un rien... Mais le parallèle avec Male and female s'effectue surtout vers la fin du film, quand Ainger et Corder ont enfin reconnu Judy comme une femme (voir plus bas), et se la disputent. Oh, sans véritablement se battre, rassurez-vous. Mais il y a ici un renversement de la situation du film initial, qui voyait deux femmes se disputer les faveurs, sur une île déserte, de celui qui était leur domestique à Londres. Mais en commun entre les deux films, on trouve le fait que l'île déserte devienne un révélateur de l'être profond de chacun des protagonistes. A ce sujet, la transformation de Claudette Colbert est un délice, rappelant l'importance de cette actrice qu'il ne faudrait pas oublier...

Et donc, la scène charnière qui va tout faire changer chez les personnages, est bien sûr... Une scène de douche, sous la cascade qui plus est. Judy s'est éloignée du camp, et les deux hommes la cherchent. quand ils la trouvent, elle est nue, et ça change tout entre eux. A partir de là, le film se pare d'un discours de plus en plus sérieux, et c'est bien dommage, il avait si bien commencé... Mais décidément, entre son utilisation inattendue du lait d'ânesse (The sign of the cross), sa petite habitude matinale d'aller taquiner la vague en oubliant de mettre un maillot (I cover the waterfront, James Cruze, 1933), il semble que Claudette Colbert prenait de mauvaises habitudes avant que le code de production n'y mette bon ordre.

Je le disais plus haut, DeMille considérait ce petit film comme un film de vacances... Mais c'est plus fort que lui, il lui a fallu aller le tourner en pleine jungle! du coup, les ennuis ont dû se succéder, Claudette Colbert a d'ailleurs fini le tournage par une appendicite royale, et les difficultés se ressentent parfois, dans le fait que la caméra reste quand même particulièrement statique. Pour couronner le tout, le film a été retaillé après l'arrivée du code de production, et les quinze minutes qui manquent n'ont pas été retrouvées. 

Du coup, on est en droit de se demander: sachant que cette version censurée contient une scène de trois minutes impliquant Claudette Colbert, nue dans une cascade, secourue par un Herbert Marshall plus flamboyant que jamais, même en peau de léopard, mais qu'est-ce qu'il pouvait bien y avoir dans les scènes qui ont été rabotées? Du cannibalisme? une orgie d'indigènes gays? Henry Wilcoxon?

 

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Comédie Pre-code
6 janvier 2018 6 06 /01 /janvier /2018 18:11

L'année 1934 a été comme on le dit souvent la dernière de ce qu'on appelle la période "pré-code", ainsi nommée parce qu'après cinq années de quasi liberté, les studios ont été priés avec une certaine insistance par un groupement d'associations surtout religieuses, d'observer à la lettre le code d'auto-censure qu'ils avaient tous accepté. Cette année 1934 a quand même vu la sortie de quelques brûlots, dont bien sûr The scarlet empress de Sternberg et ce film sont sans doute parmi les plus étonnants. Cleopatra n'était pas un film que Cecil B. DeMille avait forcément envie de faire, pas plus que The sign of the cross deux ans auparavant; mais là où son épopée biblico-salace avait été une occasion idéale pour le metteur en scène de faire la preuve qu'il était encore capable de faire venir les foules dans les salles, Cleopatra était supposé faire la preuve auprès de la Paramount qu'il ne fallait pas le foutre dehors, compte tenu du flop de son dernier film Four frightened people...

Claudette Colbert tourne donc pour la troisième et dernière fois avec le metteur en scène autocratique, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il l'a traitée avec des égards: car dans ce film qui mêle (de la même façon que la version de Mankiewicz sortie en 1963) les intrigues de palais avec la tragédie, Shakespeare en tête, la seule personne dotée d'un tant soit peu d'intelligence, est la reine d'Egypte. 

Féministe?

Si on veut. Après tout, Claudette Colbert fait preuve de son génie politique, et d'une certaine façon de son génie tout court, dans une intrigue qui repose largement sur le sexe. Mais soyons clair: si Cléopâtre apparaît effectivement comme la plus intelligente personne dans le film, elle le doit sans doute autant à la crétinerie masculine qu'à son propre génie. Pour commencer, si j'admets que Warren William, en César, possède une certaine prestance, voire un petit peu de son charisme, que penser de Marc Antoine? Il est de coutume de présenter ce dernier comme un militaire borné, ennuyé par la politique, les intrigues et tout ce qui n'était pas une bataille. Mais entre cette image légendaire d'Antoine et l'acteur Henry Wilcoxon qui l'incarne, on a l'impression d'un concours de celui qui sera le plus idiot. Wilcoxon gagne, comme toujours. Je n'ai jamais compris pourquoi DeMille le choisissait parfois pour ses films. Il est atroce.

Kitsch?

Ca oui. Des décors art-déco de Hans Dreier aux costumes de Travis Banton, des scènes de préparation pré-coïtale ("Ma reine, je suis sûr que César adorera vous déshabiller avec les dents") aux dîners-réceptions à la Romaine qui ne demandent sans doute pas grand chose pour dégénérer en orgies, la seule chose qui manque à cette fiesta de mauvais goût est le bain de lait, mais la scène a déjà été tournée pour The sign of the cross!

Bref, si on peut se réjouir du fait que le metteur en scène a pu une nouvelle fois bénéficier du traitement royal de la Paramount (ce qui allait payer, puisque le film a très bien marché), et ainsi mettre particulièrement en valeur Claudette Colbert, il fait quand même dire qu'on est loin, très loin ici du grand DeMille. Tant pis...

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Cecil B. DeMille