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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 18:57
The bluffer (Eddie Cline, 1930)

C'est au mains expertes de notre ami Eddie Cline, le co-metteur en scène des jeunes années de Buster Keaton, qu'on doit ce film, sorti en 1930 dans la série des "Mack Sennett Brevities" un label dont je me permets de supposer qu'il n'y a pas lieu de traduire. Mais surtout, c'est un film en couleurs, non pas le Technicolor deux bandes de l'époque, mais un système propre à Sennett, qu'il possédait et qu'il avait tenté de lancer... Mais soyons juste: les qualités poétiques de ce procédé sont les mêmes, et les défauts aussi, que ceux du Technicolor contemporain.

L'intrigue est centrée autour de la tentative de "séduction" du père (Andy Clyde) d'une jeune femme (Patsy O'Leary) par deux bellâtres. L'un d'entre eux a déjà les faveurs de la demoiselle, l'autre en revanche triche en s'inventant un passé riche en exploits, et arbore un plastron de médailles douteuses... La jeune femme et son petit ami vont trouver un stratagème pour le contrer, alors que le menteur et le père pêchent sur un petit canot...

Franchement, le son primitif, l'intrigue foutraque, les moments creux ne peuvent en aucun cas nous faire oublier cette étrange, séduisante et si étonnante palette des films en couleurs de ces années avant l'introduction des trois couleurs primaires dans le Technicolor... Et c'est, paradoxalement, ce qui fait le prix de ces films. Celui-ci ajoute en prime le fait d'avoir été tourné à la mer: au bord de l'eau, mais aussi pour quelques plans, sous l'eau. Curiosité, oui, mais bien séduisante quand même...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Technicolor
12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 15:52

Tourné avant, sorti après les trois premiers films First National de Langdon (Tramp, tramp, tramp, de Edwards, et The strong man et Long pants de Capra), ce film était probablement une sorte d'assurance prise par Sennett en cas de désertion de son acteur. de fait, il en avait l'habitude: Arbuckle, Chaplin, même Mabel Normand, tous l'ont déserté pour aller voir ailleurs. ce long métrage a été complété longtemps avant la fin du tournage des courts métrages de Langdon. Si donc le film est sans doute plus ou moins une commande de Sennett, son intrigue est particulièrement typique de Langdon et de son équipe.

Par moments, on dirait deux films collés l'un à l'autre: le titre fait allusion à deux sortes de flammes. Le premier amour, bien sur, représenté par Natalie Kingston, la fiancée qui en veut à l'argent d'Harry aveuglé par ses sentiments, et contre laquelle son oncle Vernon Dent le met en garde. Et sinon, Harry s'improvise pompier, lorsqu'il est recueilli par Dent, qui est capitaine de la caserne locale, et il y a deux incendies dans la dernière bobine, un sérieux, et un plus douteux... Harry s'y distingue, sauvant notamment un mannequin.

Dent & Langdon tournent ce qui deviendra, de par la grâce d'une sortie tardive, leur dernier film muet ensemble, et leur équipe fait toujours merveille. Elle est assez complexe, aussi, ne reposant pas seulement sur la dynamique de la brute et du naïf. Le lien familial entre les deux permet à la fois d'imposer que l'un (Dent) ait de l'autorité sur l'autre (Langdon) sans pour autant qu'il y ait un déficit d'affection entre les deux. De son côté, Natalie Kingston se voit donner une chance de jouer un rôle inhabituel, celui de la méchante femme qui ne souhaite se marier avec le héros que parce qu'il est riche. Sa soeur, interprétée par Ruth Hiatt, se tient prête à récupérer le fiancé Harry dont elle est amoureuse, et elle a l'idée, en voyant Harry participer à un sauvetage, de l'appeler à l'aide en simulant un incendie. Le feu et Harry se mélangent fort bien, permettant à Langdon de jouer sa lenteur proverbiale dans une atmosphère de suspense brûlant.

Il est beaucoup question de mariage dans ce film, où l'oncle dissuade son neveu, la fiancée part avec un autre, et un ami rencontré par hasard se révèle mener un existence dangereuse et tumultueuse dès qu'il franchit la porte de chez lui: son épouse est violente! Harry Langdon trouve quand même le temps d'interpréter une scène habillé en femme, et n'a pas besoin de faire grand chose de plus pour déclencher le rire. Erratique, le scénario (Ripley et Capra) qui part dans tous les sens, ce qui ne sera pas le cas des films longs à venir. On a le sentiment malgré tout qu'on pourrait pas couper dans ce film, et obtenir des morceaux cohérents. D'ailleurs une coupe a eu lieu, sans doute due aux ravages du temps, et rend un passage très difficile à comprendre. Le film n'existe pour l'instant dans aucune copie cohérente, et la version la plus satisfaisante (à 44 mn, il en manque encore 8 d'après les estimations) est celle qui se trouve sur le formidable coffret Harry Langdon: Lost and found.

Inégal, le film semble résumer efficacement l'ensemble des courts et moyens métrages de Langdon pour Sennett: erratique, bizarre, avec des moments de folie (Une course contre la montre avec la carriole des pompiers, et Harry qui fait trois fois le tour de la maison incendiée avant de s'arrêter), et des moments de lenteur calculés (Harry assommé met une minute à tomber). Il fera mieux, mais est déjà cet étrange individu perdu dans un univers qui nous est vaguement familier, mais qu'on ne voit pas ici comme on le verrait chez d'autres, Chase, Chaplin, ou Keaton. Un univers singulier qui est bien plus celui de Langdon que celui de Sennett.

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Published by François Massarelli - dans harry langdon Muet Comédie 1925 *
11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 10:00

Il y a une sorte de recadrage nécessaire dans cette quatrième saison, ce qui oblige les spectateurs fidèles à s'adapter. Le lycée, c'est fini (Et détruit du reste!), les rôles de chacun sont changés à jamais: ainsi, de nos quatre protagonistes restants (Buffy, Willow, Xander et Giles), seules deux vont à l'université, Xander ayant décidé sagement de tenter de rentrer dans la vie active, et Giles ayant doublement perdu son poste: "viré" par le conseil de observateurs, et documentaliste d'un lycée qu'il a lui-même contribué à faire exploser. Sachant que Willow a une vie sentimentale assez intense, et Buffy une tâche lourde à accomplir, on comprendre pourquoi cette saison nous parle essentiellement de séparation, du carrefour situé à ce moment crucial d'un jeune adulte: fini le lycée et l'enfance, bonjour la suite... Mais cette séparation va prendre de multiples formes.

C'est une saison virtuose, pauvre en épisodes mineurs, et qui grandit sensiblement avec ses personnages. On sent bien que Whedon cherche à changer son public... de fait, c'est plus sombre, plus varié aussi, et la division entre le bien et le mal change: l'ennemi principal ici est une structure gouvernementale et militaire qui fait concurrence à Buffy et ne s'embarrasse pas de scrupules. Ce qui ne va pas simplifier les choses, bien sûr, c'est que Buffy va se laisser séduire par l'un des membres de la dite organisation, le charmant Riley Finn (Marc Blucas), qui ressemble à s'y méprendre à un brave garçon de l'Iowa... le premier petit-ami normal de Buffy!

Si Xander, de son côté, s'affiche en couple avec l'hilarante ex-démon Anya, et Giles a, mais oui, une vie sentimentale avec la jolie Olivia (Phina Oruche, dans trois épisodes), ce sont malgré tout Oz, Spike et Wilow qui remportent la palme: Oz, d'abord, qui va terminer sa participation à la série dans un ensemble d'épisodes, est finalement beaucoup plus compliqué en tant qu'être humain qu'en tant que loup-garou, ce qui va bien sûr rejaillir sur Willow. Celle-ci va trouver, de façon inattendue, dans la timide Tara (Amber Benson) la possibilité d'une nouvelle vie. En continuité avec le thème global de la féminité qui court sur les sept saisons, bien sur... De plus, avec ses nouveaux pouvoirs, Willow échappe désormais à ce qui était son lot: la mise en danger permanente... Et Tara, timide, mal à l'aise et gauche, est parfaite pour devenir la victime potentielle des vampires, monstres, et autres loup-garous... Spike de son côté, se retrouve brièvement entiché de Harmony, devenue une vampire à la fin de la saison 3. ce qui confirme ce qu'on soupçonnait depuis longtemps: oui, William the bloody aime les blondes... Et en cerise sur le gâteau, le vampire est désormais inoffensif pour les humains, ce qui va contribuer à le rapprocher de ses ennemis.

Une saison de Buffy sans petits mystères ne serait pas complète, pas plus qu'on ne l'imagine sans retour en arrière. On verra donc ça et là des apparitions de Angel, bien sûr, de Faith, mais aussi de Joyce Summers. Mais les petites énigmes valent leur poids, et la plupart seront résolues dans la cinquième saison: que voulait dire l'étrange compte à rebours dans le dernier épisode de la saison 3, rappelé dans le dernier de la quatrième à travers le chiffre 730? Pourquoi faire un lit (Vu ou mentionné dans les rêveries des deux épisodes en question)? Et lorsque Buffy croise en rêve la toute première tueuse de l'histoire, elle prend tout à coup une place mythologique plus fantastique que jamais, devenant la première et la seule à triompher du mal en se faisant aider de... sa famille, le maître-mot de cette excellente série.

Et pour finir de convaincre que cette saison, parfait mélange d'une thématique intelligente et de pulp, est exceptionnelle, on y trouve les extraordinaires épisodes Hush, Superstar et Restless.

1 The freshman (Ecrit et dirigé par Joss Whedon)

L'arrivée de Buffy, Willow et Oz à l'université; l'épisode est largement consacré à l'incertitude de Buffy, dont les doutes sur l'avenir se transforment en doute tout court.

Par ailleurs, qui sont ces soldats masqués, qui la nuit enlèvent les vampires ?

2 Living conditions (Ecrit par Marti Noxon, dirigé par David Grossman)

L'équipe installe le nouvel environnement. Ca passe par des épisodes plus anecdotiques, mais qui tous font progresser le petit mystère soulevé lors du premier épisode. Dans celui-ci, Buffy affronte seule (Personne ne la croit) une co-locataire diabolique... dans un mélange de pulp et de pure banalité : il sera question ici de frigo, de musique et d'ongles d'orteils...

3 The harsh light of day (Ecrit par Jane Espenson, dirigé par James Contner)

Les vampires sont toujours là, et la nouvelle Harmony est de retour... avec Spike ! Alors que Buffy rencontre Parker, un séduisant jeune homme, elle doit une fois de plus lutter contre son principal ennemi, à la recherche d'une bague qui pourrait le rendre invulnérable. Classique...

4 Fear, itself (Ecrit par David Fury, dirigé par Tucker Gates)

Cet épisode de maison hantée est un joyau du genre, mais sa conclusion (Qui remet le nouveau « Scooby gang » ensemble, c'est à dire Giles, Willow, Xander, Oz et la nouvelle recrue Anya) qui les voit affronter le terrible démon de la peur, permet au moins de constater qu'ils ont grandi.

5 Beer bad (Ecrit par Tracey Forbes, dirigé par David Solomon)

Buffy est tellement mal suite à sa désastreuse rencontre avec Parker qu'elle se laisse convaincre par l'invitation de quelques étudiants de noyer son chagrin dans la bière. Un épisode qui rappelle que tous les hommes, finalement, ne sont que des Néandertaliens...

6 Wild at heart (Ecrit par Marti Noxon, dirigé par David Grossman)

Oz n'est pas le seul Loup-garou du campus, et l'apprend d'une manière embarrassante... Ce qui aura pour conséquence son départ. Un avantage, malgré tout : les histoires de loup-garou, c'est toujours soumis à des maquillages qui sont d'une absolue laideur, et Buffy ne fait pas exception.

7 The initiative (Ecrit par Doug Petrie, dirigé par James Contner)

On en vient enfin à la question qui s'impose : mais qui sont ces militaires en armes qui rôdent la nuit et enlèvent les monstres ? Episode de haute volée, dans lequel Spike se découvre un handicap de poids. Par ailleurs, il figure désormais au générique de la série...

8 Pangs (Ecrit par Jane Espenson, dirigé par Michael Lange)

Thanksgiving: Buffy tente de se forger une vie normale en organisant la fête tout en bourrant les pifs! Spike est désormais inoffensif, et est sous la protection de Giles; une tribu Indienne revient d'entre les morts pour se venger, et le tout est complété par le premier cross-over entre Buffy et Angel!

9 Something blue (Ecrit par Tracey Forbes, dirigé par Nick Marck)

Buffy (Qui revient de LA) va tomber victime, comme tous ses amis, d'un sort que Willow, qui ne parvient pas à gérer l'absence de son petit ami, ne contrôle plus. Beaucoup de moments anthologiques...

10 Hush !(Ecrit et dirigé par Joss Whedon)

Celui-ci parle de communication, et c'est sans doute l'un des meilleurs épisodes de toute la série, les sept saisons confondues... J'y reviendrai plus en détail. Disons qu'il y est question de se battre contre des démons qui vous ont enlevé la faculté de parler, voire... de hurler.

11 Doomed (Ecrit par David Fury, Marti Noxon, Jane Espenson, dirigé par James Contner)

Une intrigue de démons qui, une fois de plus, déclenchent une apocalypse qu'il va falloir contrer, cache à peine le fait que cet épisode montre la difficulté pour Buffy d'avoir un petit ami (Riley Finn), qui lui-même fait partie d'un commando anti-monstres, et d'effectuer sa mission en bon ordre.

12 A new man (Ecrit par Jane Espenson, dirigé par Michae Gershman)

Giles s'isole de plus en plus et ressent avec rancoeur le fait que Buffy semble accorder plus de crédit à Maggie Walsh et l'Initiative, qu'à son observateur. Alors quand il se réveille, transformé en démon et impossible à reconnaître, le vase déborde... Une première dans la série: c'est la première fois que Giles a « son » épisode... qui l'oblige à faire équipe avec Spike !

13 The I in team (Ecrit par David Fury, dirigé par James Contner)

Buffy prend très à cœur son arrivée au sein de l'Initiative, et en prime au plus près de Riley. Elle délaisse ses copains, son observateur, à tel point que Willow va chercher refuge auprès de sa nouvelle amie Tara. Mais Maggie Walsh, qui traficote des trucs en secret, veut-elle vraiment le bien de Buffy ?

14 Goodbye Iowa (Ecrit par Marti Noxon, dirigé par David Solomon)

Les conséquences de la tentative d'assassinat de Buffy par Maggie Walsh, du meurtre de cette dernière par la créature Adam, et de la fuite enfin du monstre, sont variées, mouvementées, intéressantes. Willow et Tara se rapprochent de plus en plus, Riley perd les pédales... On en profite pour lancer un salut appuyé au Frankenstein de James Whale avec la créature Adam.

15 This year's girl (Ecrit par Doug Petrie, dirigé par Michael Gershman)

Une revenante: Faith sort du coma ! Non sans avoir une fois de plus partagé le même rêve que sa rivale, Dans lequel il est question de faire son lit, de la rancune de Faith d'avoir été poignardée, et aussi d'une mystérieuse «petite soeur».

Faith finit, grâce à un gadget légué par Richard Wilkins, par échanger sa personnalité avec celle de...

16 Who are you ? (Ecrit et dirigé par Joss Whedon)

...Buffy n'est donc plus Buffy. Très bel épisode, dense et riche en interrogations. Pendant que Buffy/Faith doit lutter pour prouver qu'ele n'est pas la tueuse pirate, Faith/Buffy, sous son nouveau déguisement, essaie de semer la pagaille dans la vie de sa concurrente en profitant de lui avoir volé son apparence, mais ressent un besoin de faire la justice, une impulsion qu'elle ne connait pas mais qui finit par prendre toute la place en elle.

17 Superstar (Ecrit par Jane Espenson, dirigé par David Grossman)

Le générique a changé, et en fait tout a changé. La seule chose qui semble en continuité avec le reste de la saison, c'est que nos héros sont bien nos héros avec leurs problèmes (Les conséquences du passage de Faith dans leur vie, la menace d'Adam, des vampires et des monstres, etc), mais ils sont éclipsés en tout par l'extraordinaire génie de... Jonathan. Danny Strong s'est fait plaisir, et ce script très malin rappelle que le mal peut venir de partout, que décidément, tout a des conséquences.

18 Where the wild things are (Ecrit par Tracey Forbes, dirigé par David Solomon)

Un petit ratage. A force de vouloir trop en faire, l'équipe se plante en créant un épisode de maison hantée non par des fantômes, mais par des pulsions érotiques incontrôlables. Buffy et Riley passent tout l'épisode au lit... La température monte, mais on s'ennuie, à part dans un moment de pur bonheur: Willow, Tara, Xander et Anya découvrent Giles chantant Behind blue eyes dans un café, et ils en restent bouche bée... et un peu embarrassés.

19 New moon rising (Ecrit par Marti Noxon, dirigé par James Contner)

Oz revient, et se retrouve confronté à une situation inattendue: il a été remplacé dans le cœur de Willow par Tara... Qui elle-même n'en est pas très sure.

Et Buffy découvre donc que Willow a un amour "contre nature" . Sa réaction nous confirme une impression déjà forte: elle est un peu conservatrice, pour quelqu'un qui s'affiche avec des créatures surnaturelles, non ?

20 The Yoko factor (Ecrit par Doug Petrie, dirigé par David Grossman)

Whedon a tourné cette fois le curseur des forces du mal dans une direction inattendue, qui met un beau désordre dans le monde auparavant si tranché de Sunnydale.

Le titre est une allusion à Yolo Ono et sa supposée responsabilité (d'ailleurs démentie) dans a fin des Beatles: Adam cherche à éloigner nos héros les uns des autres, et utilise Spike pour parvenir à ses fins. En coulisses, Angel revient...

21 Primeval (Ecrit par David Fury, dirigé par James Contner)

Puisque on cherche à les désunir, les héros vont s'allier enfin, de nouveau, par la magie: sous la haute responsabilité de Giles qui trouve enfin quelque chose à faire au-delà de son rôle limité de conseiller, ils s'unissent en Buffy pour être tout-puissants, et défaire Adam... Episode rempli, hautement satisfaisant, qui laisse quelques mystères pour le 22e, et qui par contre clôt l'intrigue de la saison. Donc pourquoi un 22e?

22 Restless (Ecrit et dirigé par Joss Whedon)

...Parce que si le thème de la saison est bien la séparation, il convient aussi d'examiner le cas de chacun des protagonistes, d'où ce merveilleux moment passé à voir les rêves respectifs de Willow, Xander, Giles et Buffy. Ils sont riches en notations magnifiques sur le caractère de chacun, l'insécurité de Willow, les angoisses de Xander quant à son avenir, et l'omniprésence du sexe dans son esprit, la difficulté de Giles à se voir comme autre chose qu'un professeur décalé par rapport à ses élèves … De son côté, Buffy reçoit la clé de l'énigme : leurs rêves sont tous envahis par un personnage mystérieux, l'esprit de la première tueuse qui a été 'dérangée' dans son sommeil éternel par le sort utilisé lors de l'épisode précédent. Tout a une conséquence, certes, mais tout est aussi annoncé. On parle, dans ces rêves, d'un certain nombre d'éléments futurs.

L'épisode, et la saison, se terminent donc sur un mystère: Buffy réalise, sans le comprendre, que Joyce a réaménagé une chambre.

Buffy the vampire slayer #4 (Joss Whedon, 1999-2000)
Buffy the vampire slayer #4 (Joss Whedon, 1999-2000)
Buffy the vampire slayer #4 (Joss Whedon, 1999-2000)
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Published by François Massarelli - dans Joss Whedon TV
10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 17:19
In the wake of the Bounty (Charles Chauvel, 1933)

C'est sous la bannière de Expeditionary films que ce film est sorti, mais ce nom ne couvre ni un studio ni une structure de distribution, plus une tentative d'un cinéaste-aventurier-explorateur qui n'avait ni la notoriété, ni le carnet d'adresses, disons, d'un Merian Cooper. Et surtout il était Australien! Et son point de vue est différent sur certains points, de ceux qu'un producteur Hollywoodien, ou Britannique, aurait développé.

Son film est assez catastrophique sur un point: il tente de faire croire à une fiction, en demandant à des acteurs (Amateurs, à n'en pas douter), de recréer le drame du Bounty, mais c'est pour mieux jeter le bébé avec 'eau du bain, car dès l'arrivée à Tahit, Chauvel ne filme plus son intrigue, mais les femmes qui dansent, plongent, et nagent, voire bronzent, dans le plus simple appareil. Le mythe du bon sauvage aidant, le margoulin a réussi à contourner la tatillone censure... Par ailleurs, son film s'appelle "In the wake of...", on a donc droit aux conséquences de la mutinerie, et donc la fuite de Fletcher Christian et des mutins vers un ailleurs, qu'ils trouveront à Pitcairn...

Et c'est là que se situe le plus intéressant: Chauvel et son épouse se sont rendus à Pitcairn où ils ont filmés les descendants des mutins, leur vie à la dure, et leur tranquillité vaguement utopique. De nombreux passages documentaires ont été repris et incorporés dans un court métrage de la MGM, sorti à l'époque du film de Frank Lloyd en 1935, et qui en était un outil promotionnel. Mais le lien va plus loin, car on peut penser que ce film faux-cumentaire a pu influencer Lloyd dans le fait de ne pas se contenter de parler de la mutinerie, mais aussi de glorifier l'extraordinaire appel d'air vers la liberté que constituait la fuite vers Pitcairn.

Mais rien ne peut atténuer deux défauts: l'emphase lamentable sur le fait que les mutins ont tous été tués 'par une race maudite', celle des Tahitiens qu'ils avaient amenés avec eux. Les historiens ne croient pas à cette thèse qui est d'un racisme pur, ce qui venant d'Australiens des années 30 n'a pas grand chose pour nous étonner! Et ensuite, les acteurs dans les portions 'recrées' sont atroces.

Y compris celui qui joue Fletcher Christian, il est Tasmanien, et répond au nom d'Errol Flynn.

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Published by François Massarelli - dans Errol Flynn Australie
7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 17:13

S'il y a un film de Frank Lloyd qui mérite les éloges nombreux qu'il a reçus, et son succès confirmé de décennie en décennie, c'est bien celui-ci! Transfiguré par un récit épique et maritime, le metteur en scène si souvent académique, voire ennuyeux, se mue en un raconteur passionné, dont le conte est bien plus qu'une simple remise en contexte d'une anecdote romantique. Car derrière l'histoire archi-connue de cette mutinerie célèbre entre toutes, Lloyd laisse paraître un message qui résonne, dans la tourmente des années 30, comme un rappel fondamental de valeurs si foncièrement Américaines... Et le fait dans un bel objet cinématographique accompli avec une réelle conviction, tourné par moments dans des lieux historiques, avec des acteurs qui ont su donner beaucoup.

En 1787, le Bounty part pour Tahiti sous le commandement du dur Capitaine Bligh (Charles Laughton). Sa mission est de rapporter des plants d'arbre à pain, qui est envisagé afin de fournir une nourriture bon marché pour les esclaves de l'empire. Bligh est un homme brutal, sur de son droit, qui fait passer la mission avant la sécurité de ses hommes, qui croit que la seule façon de commander est d'être injuste et brutal. Les hommes vont souffrir, mais les officiers aussi. Parmi eux, deux hommes, le second Fletcher Christian (Clark Gable) et le jeune aspirant Roger Byam (Franchot Tone), qui tous deux proviennent d'excellentes familles, vont être amenés à se confronter à l'ignoble façon de faire de leur supérieur. Celui-ci, afin de montrer aux hommes ce à quoi ils s'attendent, décide de leur montrer une sanction exemplaire. Il a décidé de punir un homme qui l'a frappé. Malgré la mort du puni, Bligh insiste, devant les marins estomaqués, pour que l'on continue à punir le cadavre...

Bligh, bien sur, est un rôle en or pour l'extraordinaire talent de Laughton. Celui-ci a pris un plaisir visible à incarner le sadique autocrate, et si on se pose des questions sur l'étra,ge paire de sourcils du bonhomme, cherchez une photo de Frank Lloyd et vous comprendrez qui l'acteur insolant avait décidé de prendre pour modèle... Mais Bligh n'est pas un méchant seul, ni un être inhumain, c'est le représentant d'un système qui est ici mis en cause. Et ses talents de marin, son humanité même (Bien sur, plus représentée par ses travers et sa mesquinerie que par d'autres traits, mais ne sont-ce pas là des défauts humains?) sont mis en évidence, de même que le film ne divise pas les marins entre les méchants avec Bligh et les gentils avec Christian. Ce dernier, bien sur, reste le héros objectif, le rempart des hommes contre Bligh à chaque fois que ce sera possible, un officier respectueux et rigoureux, bref un vrai marin. Qu'il fasse à un moment un choix douloureux mais nécessaire ne le transforme pas ipso facto en un personnage romantique et flamboyant, Lloyd évite cet écueil en étant assez évasif sur le destin des mutins (Qui est beaucoup plus clair dans le film de 1962, réalisé par Lewis Milestone): l'idée du film était de montrer la nécessité absolue de se mutiner, mais on n'ignore pas qu'il s'agit d'une longée inconfortable vers l'inconnu. C'est du reste historique; réfugiés à Pitcairn, les survivants du Bounty ont vite compris ce que la vie à a dure voulait dire... Donc, le film nous montre, en pleine montée des périls, la lutte entre la dictature d'un Bligh, et les idées généreuses et solidaires de deux hommes, d'ailleurs interprétés par des Américains (On est en 1935, et ni Gable ni Tone, tous les deux excellents bien entendus, ne font le moindre effort pour maquiller leur accent). L'idéal démocratique incarné par les mutins, nous dit-on, n'est pas pour autant une partie de plaisir: il leur faut faire un choix... drastique.

Le film a largement mérité son Oscar, de par son souffle épique, et la qualité impressionnante de la réalisation. On y sent le vent du large, les embruns, les difficultés des hommes, les tempêtes. Il y fait passer, à l'écart des possibles interprétations politiques, le souffle épique d'une aventure maritime... Les transparences sont adéquates, assez soignées, et les séquences Tahitiennes y ont été tournées sur place. Clark Gable est presque rendu blond par le soleil dans certaines scènes! Et puis, pour résumer, hein: c'est un classique!

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Published by François Massarelli - dans Frank Lloyd
5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 18:21
The midnight patrol (Lloyd French, 1933)

Continuant sur la lancée de Me and my pal, voici encore un court métrage qui passe tout seul, et qui ajoute une nouvelle pierre à l'édifice de l'absurde morbide, un trait lié à Stan Laurel lui-même...

L’agent Laurel et l’agent Hardy ont été engagés le jour même, et ils sont particulièrement inefficaces, ce que les bandits eux-mêmes ne peuvent que remarquer, et ils ne se font pas prier: Stan en surprend même en train de voler les roues de leur voiture de patrouille, alors que les garçons sont au volant! Ils ne se rendent pas compte que le "commerçant" qui les accueille dans sa boutique, est en fait un cambrioleur! Ils vont enfin intervenir pour un supposé cambriolage, et arrêter le chef de la police qui avait oublié ses clés. Celui-ci trouvera à la fin du film une solution radicale pour se débarrasser d’eux... Je vous la laisse découvrir, elle est laconique, mais très efficace.

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Hal Roach Comédie
4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 20:30

6 août 1945, à Hiroshima, Shigematsu Shizuma (Kazuo Kitamura) et son épouse (Etsuko Ishihara) attendent avec une certaine impatience l'arrivée de leur nièce Yasuko (Yoshiko Tanaka). L'histoire familiale est bien compliquée, il a été jugé plus intéressant qu'elle vive chez eux pour le moment... Alors qu'ils attendent, un souffle impressionnant balaie l'oncle et la tante, et détruit tout autour d'eux. Pendant ce temps, sur un petit bateau, Yasuko et d'autres observent un phénomène qu'ils n'ont jamais vu, un champignon atomique, et quelques instants plus tard il pleut. Mais c'est une pluie noire, sale et collante... Quelques années plus tard, l'oncle et la tante, qui ont survécu (mais pour combien de temps?), ont bien du souci pour marier Yasuko, dont la rumeur persiste à dire qu'elle ne peut avoir échappé aux radiations... Quant à elle, elle a des doutes sur son avenir...

Ce beau film n'est pas une chronique des années d'après guerre, c'est beaucoup plus un entrecroisement de deux périodes finalement assez distinctes, celle qui suit immédiatement le bombardement, et celle située cinq années après alors que les uns après les autres, les doutes sur l'avenir finissent par l'emporter sur l'optimisme de la famille Shizuma. C'est un portrait du Japon d'après-guerre et de ses fantômes, parmi lesquels tous ces gens mutilés, calcinés, entremêlés dans une boue horrifique, qu'on aperçoit dans les séquences situées le 06 août. Mais d'autres fantômes sont là, aussi; ceux des victimes plus récentes, qui rappellent que tous ceux qui ont survécu sont en sursis, et que l'espoir de chacun est bien mince; celui de la mère de Yasuko, rendue plus vivace par le fait que la grand-mère gâteuse les confond; et celui de la guerre, incarné par le voisin qui a perdu une partie de sa tête lors des combats, et devient enragé à chaque fois qu'il entend un moteur. C'est pourtant de lui que Yasuko va se sentir la plus proche, peut-être parce qu'avec lui elle n'a pas besoin de se mentir sur le danger qui la guette...

Imamura a choisi de tourner son film dans un noir et blanc volontiers sale, qui se rapproche des vieux films en 16 mm. L'image de ces collines champêtres 'est pas belle dans ce beau film, car la vie en sursis n'est pas jolie à voir. On reconnait donc le Imamura qui nous peint la détresse humaine du Japon d'après-guerre, rendu à lui-même au prix d'un acte inhumain, dont les séquelles restent inconnues des années plus tard. Les hommes, comme souvent, s'associent aux animaux (Dans sa détresse, Shizuma se passionne pour la régulation de la population de carpe de l'étang d'à côté, préparant l'avenir de ce poisson, et de la pêche, d'une façon absurde puisqu'on se doute bien qu'il n'en profitera pas), voire finissent par leur ressembler: l'ancien soldat rampe, et impose à toutes et à tous de ramper à ses côtés... Et comme toujours, dans cette chronique douce-amère, l'humour a une place importante. Tout ceci confirme l'importance d'un cinéaste et de son merveilleux mais si triste univers...

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Published by François Massarelli - dans Shohei Imamura
4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 09:02

Ce court métrage provient d'une anthologie produite par le Français Alain Brigand, et sortie en 2002: le principe du film est assez simple, il s'agit de laisser carte blanche à 11 réalisateurs pour réagir aux attentats du 11 septembre, mais de leur imposer une durée symbolique. Ainsi, chaque film dure exactement 11 minutes, 9 secondes, plus une image... Autour d'Imamura, on trouve donc un panel international impressionnant, composé entre autre de l'Iranienne Samira Makhmalbaf, de l'Américain Sean Penn, du Français Clade Lelouch, de l'Egyptien Youssef Chahine, etc... ce sera le dernier film d'Imamura, décédé en 2006.

L'histoire est celle d'une famille et de son embarras à la fin de la seconde guerre mondiale: un vétéran, qui s'est donc battu pour le pays et pour l'empereur, a perdu toute humanité au point de se prendre pour un serpent. La famille et les habitants de son village sont partagés entre une certaine compassion due au héros de la guerre, et l'énervement face aux ennuis qu'il apporte: il va jusqu'à mordre, et devient absolument ingérable...

C'est bien un film d'imamura, qui nous rappelle divers éléments de ses films La femme insecte, Profonds désirs des dieux, et La ballade de Narayama: le mélange d'ironie et de tendresse loufoque dans la peinture des populations rurales reculées, l'animalité des humains mise en évidence, et ce mélange de burlesque, de dégoûtant (Un homme qui rampe, un rat dans la bouche: on ne voit pas ça dans tous les films), et de tragédie. Un flash-back nous montre les derniers instants d'humanité du héros, sur un champ de bataille dévasté. Un officier s'en prend à lui, en lui demandant d'aller faire la guerre sainte. Mais... Comme le dit le message final, il n'y a pas de guerre sainte. Mais le message n'est pas univoque, car lors d'une conversation, l'un des protagonistes évoque un événement dont il a entendu parler: les Américains auraient expérimenté une nouvelle bombe, qui mettra fin à la guerre... Ce qui permet à ce court film de renvoyer à un autre long métrage du metteur en scène, le superbe Pluie noire.

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Published by François Massarelli - dans Shohei Imamura
3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 17:01

Dans une station près du pôle Nord, une équipe scientifique est confrontée à un phénomène inattendu: un vaisseau volant non identifié s'est écrasé sur la banquise, il faut aller l'étudier... Justement, un avion militaire vient de se poser sur la base, et parmi ses occupants, figure un journaliste. Durant la reconnaissance, le vaisseau est perdu, mais les occupants de la base récupèrent le corps d'un des "aliens" dans un bloc de glace, et le ramènent à la station... c'est une erreur fatale, et scientifiques d'un côté, militaires de l'autre, vont se déchirer autour de "la chose", qui en dépit de la température, est bien vivante... Et passablement remontée.

Regarder ce film, c'est assister à la naissance de tout un genre. Le style qui est en oeuvre est un mélange subtil et très efficace de suspense savamment distillé, de scènes de la vie quotidienne des gens qui sont coincés sur les glaces, par des températures inhumaines, mais qui gardent leur humour, leur chaleur humaine aussi, et leur faculté, surtout, à faire leur travail. Et l'excellente idée du film, est d'avoir évité une surexposition du fantastique, et d'avoir privilégié une approche austère, qui retarde les effets et les transforme en des fulgurances. Ne détournez pas votre attention, ou vous allez rater l'apparition de la créature! ...C'est d'ailleurs l'un des aspects les plus décevants du film: l'extra-terrestre de ce film ne ressemble pas à autre chose qu'à un cascadeur maquillé dans un costume d'explorateur intergalactique à la mode 1951! Heureusement qu'on le voit peu, finalement.

Le film se nourrit d'une thématique classique dans les films dits d'action, à savoir le conflit entre la science et l'armée, entre protection aveugle de la population, et soif d'explorer. Le personnage qui illustre le parti-pris évident de la production est le docteur Carrington, qui est le principal responsable de la mission scientifique. C'est lui qui va se passionner pour "la chose", et découvrir en particulier son mode de fonctionnement, sa nature et le danger qu'il représente, mais aussi et surtout la supériorité de son mode de vie littéralement végétal. Et Carrington, oubliant toute compassion pour l'humanité, va se muer en un admirateur forcené de la bestiole, et tout faire pour l'étudier, quitte à l'aider dans ses noirs desseins. Et pire, à un moment crucial, il va se rendre coupable d'une certaine forme de traîtrise: il va essayer de pactiser avec l'envahisseur, bref: c'est non seulement un intellectuel, c'est aussi un pacifiste. Le film adopte par contre le point de vue du militaire de base: tu ne connais pas, tu flingues.

Et c'est là que décidément, le film n'en finit pas de rejoindre l'univers de Howard Hawks. On assiste tout d'abord à la vie à la dure d'un groupe humain dominé par les hommes (Deux femmes seulement, assistantes des scientifiques, et l'une d'entre elles sert le café... Pourtant cette dernière, interprétée par Margaret Sheridan, est une héroïne Hawksienne en diable, rompue à cette vie masculine, et qui a le verbe haut), qui sont tous des professionnels. Mais si c'est vrai aussi des scientifiques, les "crânes d'oeuf", leur professionnalisme ne les excuse jamais de s'être trop éloignés des réalités, et dans le cas du docteur Carrington (Robert Cornthwaite), non seulement il met tout le monde en danger, en allant jusqu'à proposer le sacrifice de tous les humains de la base afin de permettre à une créature évoluée de vivre, mais il est doté d'une froideur, d'une admiration contre-nature pour cette bestiole privée d'émotions et de passions, qui sont bien anti-Américaines. Suivez mon regard, comme dirait l'autre: le Dr Carrington ne porte-t-il pas une chapka? Quant à la presse, incarné par un journaliste venu sur la base presque par hasard, il lui est légitime de râler en permanence qu'on l'empêche de faire son travail, mais il est félicité lorsqu'il envoie un article dans lequel il fait des "petits arrangements avec la vérité", pour le bien commun. Enfin, toujours pour rester dans l'univers du réalisateur de Rio Bravo, le relatif huis-clos montre un groupe attaqué de l'extérieur et qui trouve en ses ressources professionnelles le moyen de répliquer à une menace. Ca rappelle décidément des souvenirs...

Tout aussi Hawksien, est le mode de mise en scène qui privilégie des plans efficaces, un découpage linéaire, un cadrage à hauteur d'hommes, une diction rapide, des conversations sur un débit mitraillettes, et rendues encore plus naturelles par le fait que tout le monde parle les uns par-dessus les autres... Alors on en vient à l'inévitable question qui hante le film: Nyby (Seul crédité au générique), ou Hawks (Qui a toujours mollement démenti avoir réalisé le film, avec une certaine ambiguïté quand même)? Peu importe après tout: Nyby et Hawks étaient tous les deux sur le plateau et Hawks surveillait de près sa production, donc...

La naissance d'un style et d'un genre, disais-je... C'est aussi, avec ce film classique dépourvu de stars et qui adopte l'économie et l'efficacité de la série B, la naissance d'un amalgame qui allait faire les beaux jours d'un certain cinéma fantastique: car lorsque le journaliste Scotty (Douglas Spencer), à la fin, envoie enfin un message à l'extérieur, après avoir tant attendu pour faire profiter les autres humains de l'extraordinaire découverte qui vient d'avoir lieu, et de l'aventure qui a suivi, il leur demande instamment de ne jamais négliger de "regarder le ciel". Bref, de faire attention! Pendant toute la décennie, le cinéma de Science-fiction épousera avec conviction, et une redoutable efficacité, le point de vue américain de la guerre froide...

The thing from another world (Christian Nyby, Howard Hawks, 1951)
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Published by François Massarelli - dans Howard Hawks Science-fiction
3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 13:53

Du bon, du moins bon... Dans ce film, Podalydès interprète un homme qui va vivre une étonnante crise de la cinquantaine. il est connu par ses amis pour sa vieilles passion pour l'Aéropostale, mais c'est avec une toute autre sorte d'avion qu'il va tenter de s'échapper: un kayak! Il envisage de poser son frêle esquif sur une rivière d'île de France, puis de rejoindre la mer. Son épouse (Sandrine Kiberlain), sceptique, lui signale que ça lui prendrait deux mois, mais le kayakiste novice s'obstine, part... et va rester plus ou moins coincé, pendant plusieurs semaines, dans une guinguette tenue par la veuve Laetitia (Agnes Jaoui), attiré dans un premier temps par sa jeune amie Mila (Vimala Pons). A chaque fois qu'il tentera de partir, il reviendra à la guinguette... mais cédera-t-il à Mila ou Laetitia?

Le plus séduisant, c'est le mélange farfelu de gaucherie et de poésie, Podalydès composant un personnage lunaire sympathique, qui est vaguement ridicule dans son entreprise, et qui bien entendu parle tout seul... la guinguette et ses personnages qui vivent au ralenti, le "danger" sur la rivière que représente un pêcheur "qui ressemble à Pierre Arditi, mais en moins sympa", etc... Tout ça va dans le sens d'une comédie loufoque à la Française. Mais le choix d'une fin ouverte, exceptionnellement, me refroidit. Parce que j'aime bien cette idée d'ouvrir toutes grandes les possibilités pour le spectateur, mais pas en escamotant un troisième acte qui se retrouve tellement inachevé que c'en est embarrassant.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Bruno Podalydès