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18 mars 2018 7 18 /03 /mars /2018 08:59

Admettons qu'on n'attendait pas forcément Jodie Foster sur le terrain de la parabole socio-économique, avec une prise d'otages dedans! C'est que la réalisatrice de Little man Tate, Home from the holidays et The Beaver, faisait jusqu'à présent dans l'exploration de la famille... Mais ça n'empêche ni l'indignation, ni les convictions. Et Foster s'est beaucoup fait la main sur des séries ces dernières années... On ne s'étonnera bien sûr pas vraiment de trouver ici George Clooney, dans un rôle qui lui permet de choisir plusieurs cibles sans aucune hésitation pour la parodie: les présentateurs télé les plus odieux d'une part, et son Lee Gates est particulièrement poussé dans le genre, et les obsédés de l'argent d'autre part, ces journalistes, chroniqueurs ou consultants, qui commentent dans les médias les flux d'argent et la bourse comme on parlerait de sport.

Et c'est là que, je pense, on peut sans aucun problème parler d'indignation, car ce que rappelle Money monster, c'est précisément que derrière ces mouvements d'argent, cet appel à l'actionnaire à faire monter ou descendre des titres, il y a des gens qui risquent leur pécule, et parfois même leur santé... Un jour, l'un d'entre eux, Kyle Burdwell (Jack O'Donnell), attiré par les chroniques de Lee Gates et séduit par un titre qui "était moins risqué" qu'un compte d'épargne, selon le commentateur, a risqué tout ce qu'il avait, et... tout perdu. Et il n'est pas le seul: quand le film commence, le désastre vient d'avoir lieu, et Lee Gates commente nonchalamment la chose, sans savoir que dans le studio derrière lui, Kyle Burdwell se tient prêt à intervenir. IL est armé, il a deux ceintures d'explosifs, et il entend bien se venger, et venger tous les tous petits actionnaires, d'un système qui ne tourne pas rond. Et tant qu'à faire, il veut effectuer cette vengeance en direct à la télévision...

Le film commence justement par le début d'une chronique de "Money Monster", l'émission de Gates. C'est un personnage odieux, qui transforme tout en spectacle vulgaire, mais l'équipe, très professionnelle, le suit. Chaque détail est en réalité plus ou moins conforme à un script, même si la réalisatrice, Patty (Julia Roberts), se plaint souvent de l'imprévisibilité de son présentateur. Mais enfin, on sent l'émission ultra-populaire... dont le sujet finit par disparaître au profit du show.

C'est que le film nous parle, quand même, de la perte des repères, de l'abandon des valeurs, de l'absence de dignité: aussi bien celle des spéculateurs, et des groupes financiers, qui sont pointés du doigt de plus en plus au fur et à mesure de l'évolution du film, mais aussi bien sûr celle des médias, et de tous ceux qui y travaillent (lors de la prise d'otages, on constate que la phrase la plus souvent entendue par Kyle Burdwell quand il s'adresse aux techniciens, c'est "Hey, I just work here, alright?", un abandon du libre-arbitre, au profit d'une mise à disposition de l'être humain à ses supérieurs hiérarchiques: bref, "ce n'est pas moi, c'est le système". 

Ca devient assez vite naïf, et un peu gros: par exemple, vêtu d'une ceinture d'explosifs, Clooney va se ranger finalement aux côtés de son preneur d'otages, et à eux deux ils vont se lancer dans une croisade express contre un groupe de spéculateurs qui, on va le découvrir, ont un certain nombre de casseroles... Durant le film, ça passe tout seul, mais ça reste quand même un peu louche. Mais le film se soumet à un rythme, chaotique et très rapide dans la mesure où une bonne part, et c'est là l'intérêt, est vue du point de vue de Patty, la réalisatrice. Celle-ci, qui doit garder un oeil sur tout, et anticiper, et parfois même piloter une action extérieure à l'émission, devient inévitablement un relais de Jodie Foster elle-même, et elle est un peu complétée par une autre femme: Diane Lester (Caitriona Balfe) est la porte-parole du groupe qui a plongé, et elle apprécie peu d'être la lampiste d'un système dont elle se sent elle aussi la victime. En cherchant son patron, qui est supposé injoignable, elle va découvrir des malversations...

Tout va finir pour le mieux dans le meilleur de

s mondes? Non, bien sûr, pas tout à fait. Si le film entremêle deux styles, l'un inspiré par la comédie, l'autre hérité du thriller, il reste aussi un drame humain et le rappelle constamment. On passera sur certains personnages peu développés et parfois excessivement caricaturaux (La petite amie enceinte du preneur d'otages, convoquées pour le faire lâcher prise, et qui lance dans une bordée d'injures, et lui disant "allez, vas-y, fais tout exploser!", n'est pas du meilleur goût...), ou sur le fait que les techniciens, qui risquent (du moins le croient-ils, et nous aussi) d'exploser à tout moment, réussissent à trouver le moyen de mettre le show sur les ondes, et de reprendre le contrôle de la diffusion du drame humain qui se joue sous leurs yeux. C'est douteux, et ça a un peu tendance à diluer une partie du message, car la télévision et les médias jouent quand même, dans la situation de base de ce film, un rôle considérable.

Peut-être que le fait que Clooney et Roberts soient à la barre a poussé Jodie Foster à les dédiaboliser? Peut-être que la parabole se doit d'être simplifiée? Peut-être que... ce n'est qu'un film? 

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Published by François Massarelli - dans Jodie Foster George Clooney
17 mars 2018 6 17 /03 /mars /2018 17:37

Un jeune homme dont le nom ne sera jamais donné dans le film, interprété par Ryan Gosling, gagne sa vie en conduisant. Et ce, de plusieurs façons: d'une part, habitant à Los Angeles, il effectue des cascades pour les tournages locaux; il est également mécanicien, très apprécié de son patron; et celui-ci détourne parfois le regard quand son employé lui emprunte un véhicule pour un braquage, et fait le chauffeur d'occasion pour des malfrats. A ce niveau, ses conditions sont très précises, mais son tableau de chasse est parfait: personne n'a jamais eu à se plaindre de lui. Et il a des perspectives d'avenir: avec l'argent d'un petit mafieux local, son patron va monter un business de stock-car avec lui en vedette... Tout irait pour le mieux, donc... sauf que le héros a une voisine, qui a un enfant. Et si au départ c'est juste bonjour-bonsoir dans l'ascenseur, la sympathie, et plus, s'installe.

Il apprend que la jeune femme, Irene (Carey Mulligan), est mariée à Standard (Oscar Isaac), le père de Benicio, qui est en prison. Il va d'ailleurs bientôt sortir. Quand il revient, les ennuis vont commencer, car Standard a des dettes, et la bande qui l'a protégé en prison souhaite le faire payer leurs services. Quand il apprend que les malfaiteurs ont clairement menacé Irene et Benicio, le chauffeur va venir en aide à son voisin, et...

...Clairement, les ennuis vont s'accumuler.

Mais alors, vraiment!

C'est très lent, et Ryan Gosling adopte un profil bas, et le plus souvent mutique. Irene aussi, d'ailleurs; non, ce sont les autres personnages qui font la conversation, la plupart du temps. Il en résulte une forte adhésion du spectateur à ces deux personnages à part, que tout devrait rapprocher, mais que tout éloigne, et ça ne va pas aller en s'arrangeant. Ryan Gosling interprète un personnage prêt à tout mettre entre parenthèses pour sauver la femme qu'il a décidé d'aider... Y compris contre son gré. 

Mais le film, au delà de sa lenteur, est aussi froid, et particulièrement violent: les scènes les plus dures sont souvent fulgurantes, soudaines, courtes... et graphiques. On comprend assez vite que les personnages n'ont pas grand chose à perdre, et il y a là une formidable galerie de personnages, de Ron Perlman en bandit à la manque, spécialiste du coup foireux qui éclabousse, ce qui le rend d'autant plus dangereux, à Christina Hendricks qui joue une participante d'un casse qui est tellement vulgaire qu'on s'étonne de l'entendre s'exprimer avec des mots... 

Et le film possède ses scènes d'anthologie: une scène d'ouverture, durant laquelle on comprend en plein feu de l'action les circonstances parfois louches de l'exercice du métier du héros; elle se clot sur une poursuite à la précision diabolique. une scène formidable et inattendue joue avec bonheur (Ce n'est pas souvent que je ferai cette remarque) sur une utilisation inventive du ralenti: comme quoi c'est possible! Le héros est dans l'ascenseur avec la femme qu'il aime; un autre homme est là, et on comprend vite qu'il est précisément venu pour les éliminer tous les deux. Le reste est indescriptible... Enfin, une scène d'ultra-violence dans un club de strip-tease, durant laquelle divers outils, dont un marteau, sont utilisés pour faire passer un message, trouve un écho presque comique lorsque un personnage contrarié assassine un pauvre malfrat un peu bête qui passait par là, à coups de fourchette! La plupart de ces moments sont systématiquement des surprises, un ingrédient que le réalisateur danois semble manipuler avec une maestria rare, dans un genre aussi codé et aussi prévisible.

...Ca ne s'invente pas. Mais surtout, derrière ces embardées de violence d'autant plus notables qu'elles sont cachées derrière la lenteur calculée de la narration, se cache une histoire, un requiem qui est un modèle de film noir. A ne pas mettre devant tous les yeux, cela va sans dire...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Ryan Gosling
17 mars 2018 6 17 /03 /mars /2018 17:03

Ce film de 1929 (également connu sous le titre d'Amis de combat) est une fois de plus un film dont l'ensemble du métrage a disparu, à l'exception de courts extraits assemblés dans une continuité qui résume l'intrigue pour le visionnage à la maison. Les copies existantes, tirées d'une source en 9.5 mm, sont dans un très mauvais état, comme du reste les autres films muets d'Ozu! 

C'est une comédie, qui doit une fois de plus beaucoup aux grands comédiens, Harold Lloyd en tête, dont un gag célèbre (Basé sur la consommation inopinée de boules de naphtalines, dans Grandma's boy, 1922) est ici détourné. Les héros sont deux amis qui cohabitent et partagent tout, au point de s'associer dans un garage un peu miteux. 

Les deux hommes provoquent sans le vouloir un accident, et renversent une jeune femme. celle-ci est sans domicile, ils la recueillent, et organisent une cohabitation...

Le film rejoint pour partie l'argument de Jours de jeunesse, à travers le fait que les deux amis vont devenir rivaux pour l'affection de a jeune femme, en vain: elle va rencontrer un étudiant, un gendre parfait, avec laquelle elle part pour la ville à la fin du film, sous les yeux tristes, mais résignés, de leurs deux amis. 

Le titre s'explique par une scène au cours de laquelle les deux complices exorcisent leur rivalité à la lutte, mi-sérieusement, mi-sportivement... 

Le film est évidemment, plus encore que J'ai été diplômé, mais..., l'ombre de lui-même. C'est dommage, une fois de plus de devoir conclure qu'il faudra nous en contenter, l'état des collections de cinéma Japonais muet étant ce qu'il est.

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Published by François Massarelli - dans Yasujiro Ozu 1929 Comédie Muet *
17 mars 2018 6 17 /03 /mars /2018 09:46

Le plus ancien film existant d'Ozu, qui est le seul de 1929 à subsister dans une version intégrale, est une comédie, l'une de ces histoires d'étudiants, qui étaient si populaires à l'époque sur les écrans Nippons que la Schochiku poussait le réalisateur à en tourner plusieurs par an. On peut sans doute se dire que c'est ce qui lui a donné son métier, d'ailleurs. 

L'intrigue tourne autour des efforts particulièrement peu glorieux de deux étudiants, des co-locataires, pour séduire une jeune femme. Ils la connaissent tous les deux, mais n'ont pas la moindre idée du fait que chacun d'eux est le rival de l'autre pour les affections de Chieko (Junko Matsui). Ils sont par ailleurs tous les deux bien différents: Watanabe (Ichiro Yuki), un fainéant aux allures supérieures, menteur, farceur et insouciant, a d'ailleurs rencontré la jeune femme par un stratagème un peu limite (Il souhaitait louer sa chambre à une jeune femme, mais choisissait les candidates sur leur mine...). Il est obsédé par le magnifique film Seventh Heaven de Frank Borzage, dont il a des photos et une affiche géante placardés sur tous ses murs, et il en cite d'ailleurs une phrase clé: "I am a very remarkable fellow"... De son côté, Yamamoto (Tatsuo Saito) porte des lunettes, ne sait pas quoi faire de son long corps élancé, et s'il est motivé par les études, et stressé par les examens (contrairement à son copain!), il ne se met pas en posture de les réussir, à cause de son obsession pour Chieko. Quand ils ont fini leurs examens, les deux compères apprennent que la jeune femme souhaite aller faire du ski: chacun d'entre eux va annoncer à l'autre son désir de sports d'hiver! Ils se rendent donc en montagne, mais ils ne sont définitivement pas doués...

Le slapstick, parfois présent dans le film, n'est pas un domaine dans lequel Ozu est à l'aise. C'est essentiellement Yamamoto qui en fait les frais. Il serait difficile, surtout quand on connait l'obsession d'Ozu pour l'acteur, de ne pas penser à Harold Lloyd, mais je rejoins Briony Dixon quand elle dit que les tentatives d'installer une comédie de l'embarras à la Hal Roach (Par exemple un moment durant lequel Yamamoto se retrouve sans le savoir avec de la peinture fraîche sur la paume) sont particulièrement ratées. Les aventures des deux jeunes hommes dans la neige sont plus réussis, de même que l'atmosphère estudiantine dans les dortoirs de la station...

Mais ce qui marche mieux, c'est bien sûr la comédie de caractères, la façon dont les deux amis, soit se serrent les coudes, soit (lorsqu'il est enfin établi qu'ils ont compris la situation) se font une concurrence plus sévère. Le plus touchant reste bien sûr Yamamoto, mais les deux sont mis à égalité par leur échec académique, à la fin du film, et surtout par le fait qu'aucun d'entre eux ne gagnera les faveurs de Chieko. Ce qui est notable, par contre, c'est que cette fois, Ozu se garde de glisser vers le pathos. Le ton reste léger jusqu'au bout.

C'est un film long, plus de 100 minutes, et ça amène un certain nombre de redites. La première partie en particulier, celle qui situe les personnages, n'est pas des plus réussies. Finalement, les enjeux et les difficultés causés par le séjour au ski, restent la meilleure source d'aventures pour les deux compères. Et c'est là qu'Ozu tentera d'ailleurs quelques expériences, notamment sur le point de vie, en adoptant celui de Yamamoto à ses pires moments: quand il tombe, par exemple, la scène est vue par un plan chaotique pris par une caméra qui est agitée dans tous les sens. Un plan de Chieko est vu à travers la buée de ses lunettes, et si le gag le plus récurrent du film nous montre Yamamoto qui enfourche ses skis, et... tombe en arrière, un plan nous en montre le contrechamp, avec un horizon qui se retrouve tout à coup vertical...

Bref, un film... de jeunesse, justement. Ozu raffinera vite, très vite même, son style, das d'autres comédies, mais aussi d'autres genres.

 

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Published by François Massarelli - dans 1929 Yasujiro Ozu Comédie *
17 mars 2018 6 17 /03 /mars /2018 09:26

Des premiers films d'Ozu, il ne reste pas grand chose. Les copies existantes de ce titre, par exemple, dérivent toutes d'une version courte destinée au visionnage à la maison. On y a le gros de l'intrigue, ramassé sur.... onze minutes! Inévitablement, la continuité, mais aussi le développement des personnages, s'en ressentent. mais encore un fois, j'insiste bien: c'est le seul moyen de voir ces films aujourd'hui, et à moins qu'une copie plus complète fasse surface, ce qui serait étonnant, on n'aura pas mieux...

Nomoto (Minoru Takada), qui vient de réussir ses examens brillamment, se présente à un entretien pour un travail. Mais on ne lui propose qu'un poste qu'il estime indigne de lui, ce qui provoque une réaction de rejet de sa part: il décide d'abandonner l'idée de travailler. Aussi, quand sa mère (Utako Suzuki) et sa fiancée (Kinuyo Tanaka) viennent s'installer chez lui afin d'accompagner son départ dans la vie, il est obligé de mentir, de plus en plus, et d'occuper ses journées pour prétendre se rendre au travail...

C'est une comédie, oui, mais jusqu'à un certain point: tous les films d'Ozu, y compris les plus légers parmi lesquels ses premières comédies muettes, contiennent si ce n'est un ingrédient tragique, au moins un certain degré de pathos, et celui-ci n'y échappe pas: quand sa mère, qui n'a vu que du feu dans le quotidien de son fils, retourne chez elle, Nomoto annonce la situation à sa fiancée. celle-ci "trouve un travail", dont Nomoto ne tarde pas  à réaliser que l'emploi en question est de tenir un bar dans le centre ville, ce qui l'amènera à reconsidérer son coup de tête. Ainsi le film devait-il, dans sa continuité perdue, se noircir dans sa progression...

Dans les fragments, souvent disjoints, qui nous restent, on retrouve ce style si fréquent dans les films muets d'Ozu, d'une mise en valeur du quotidien, pour des personnages qui sont coincés entre deux cultures: un environnement Japonais, mais un désir d'Amérique, présent comme toujours à travers des détails de comportement et surtout de décoration: ici, une affiche du film Speedy, de Harold Lloyd (réalisé par Ted Wilde), placardée au mur chez Nomoto, nous rappelle la dette profonde du metteur en scène pour les films Américains qu'il aimait tant. On devine d'ailleurs, à travers le comportement de Nomoto dans le film, ce mélange de fierté, de modernité et de désinvolture, que l'influence de ce film particulier de Lloyd ne s'arrêtait pas à la présence de l'affiche. C'est une hypothèse: pour des raisons que j'évoquai plus haut, je ne peux évidemment pas l'étayer plus...

Un dernier point, ceci est l'un des plus anciens films existants de l'actrice Kinuyo Tanaka. Epouse du scénariste du film (Hiroshi Shimizu, un spécialiste du mélodrame qui était supposé tourner le film avant qu'il ne soit finalement confié à Ozu), elle aura une longue et glorieuse carrière, non seulement d'actrice, mais aussi de réalisatrice. 

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Published by François Massarelli - dans 1929 Yasujiro Ozu Comédie *
16 mars 2018 5 16 /03 /mars /2018 10:43

Un avion en perdition, 22 passagers qu'on nous a présentés les uns après les autres, tous en crise; un équipage en plein doute: le capitaine (Robert Stack) se rend compte qu'il va lui être de plus en plus difficile de cacher sa propre peur, et son second, un vieux de la vieille (John Wayne) traîne comme un boulet l'accident de son dernier vol en tant que pilote: il avait coûté la vie à tous ses passagers et son équipage, incluant son épouse et son fils unique... Le but du voyage est simple: relier Honolulu et San Francisco, mais... un moteur qui lâche, un réservoir qui fuit, un temps exécrable et un navigateur qui se plante dans l'évaluation des distances, et nous voilà partis pour une sérieuse aventure qui n'est pas sans dangers.

C'est sans doute la première fois qu'un film comme celui-ci confronte au danger, justement, des gens dont ce n'est absolument pas la vocation. The high and the mighty est sans doute la rencontre fortuite (Et absolument pas sur un table de dissection!) du film d'aventures, avec ses professionnels en pleine panade, qui font leur métier quels que soient les risques, d'un côté, et de l'autre d'une histoire impliquant des civils, qui auraient pu jouer le même petit jeu de révéler leurs problèmes, doutes, failles et défauts dans un film de maison hantée! Et Wellman étant Wellman, il affronte une histoire potentiellement grandiose en refusant systématiquement le spectaculaire. C'est donc essentiellement par les individus, et surtout par les passagers, qu'on aborde le film et les événements. On ne verra que peu de plans extérieurs de l'avion et de la tempête, au profit d'un huis-clos extrêmement bien mené, et d'une progression des problèmes techniques tels qu'ils sont rapportés et commentés par l'équipe. 

Il est temps d'aborder l'inévitable commentaire: Robert Stack, un avion en proie à un destin contraire, des passagers qui nous sont détaillés dans le cours chaotique de leur vie, une liaison avec les responsables au sol... Oui, bien sûr, comment ne pas penser à Airplane! d'un côté, ou à l'ensemble des films catastrophes de l'autre? Sauf que d'une part, si Wellman fait la part belle à ses protagonistes "profanes", les passagers qui peuplent la carlingue plutôt que l'équipage, c'est dans l'optique de son refus d'en rajouter sur la glorification de l'héroïsme. Ses membres d'équipage (dont la plus en vue est inévitablement l'hôtesse, interprétée par Doe Avedon) font leur travail, avec humanité, mais surtout sans en rajouter dans le drame: ce serait un travail particulièrement mal fait.

Le huis clos est donc un drame humain, dont les étapes "techniques" sont d'ailleurs surtout d'une linéarité narrative: l'avion décolle, il y a des turbulences, il y a un problème, il y a un suspense, et finalement on arrive à bon port. C'est donc dans la progression de la réaction des passagers qu'on suivra l'histoire... Certains sont d'ailleurs plus spectaculaires que d'autres: je passe sur les inévitables clichés du genre, quoi qu'il arrive la plupart des gens qui sont coincés dans cet avion à risque vont promettre monts et merveilles s'ils s'en sortent, et à l'arrivée, on voit quelques démentis commencer à poindre!

Certes, on voit à travers ce film tous ses clichés, toutes les parodies qui s'ensuivront, il nécessite donc un esprit tolérant, et une mise en condition. Mais Welmann a une fois de plus réalisé un film qui n'a rien d'anodin, ne serait-ce que par la prouesse narrative: raconter une histoire d'une vingtaine de personnes coincées dans un avion en plein ciel; ou encore les prouesses techniques: toutes les contraintes liées à l'environnement du huis clos, plus le fait que le film est en cinémascope... bien sûr, ce dernier point nous permet de rappeler qu'avec Wings en 1927, Wellman a déjà expérimenté avec le fait de filmer des avions en plein ciel, sur écran large. Il le rappelle ici... Mais surtout, Wellman a pris cette histoire humaine au sérieux, et en fait une histoire de dépassement humain à sa façon, c'est-à-dire sans jamais en rajouter sur l'héroïsme inutile. Sa "signature", qui consiste à ne pas nous montrer la scène qu'on attend, est d'ailleurs un jeu sur le bilan technique tel que les pilotes vont le dresser! Au lieu d'une scène où tout le monde se congratule, le metteur en scène nous montre cinq hommes, l'équipage et leur patron, qui regardent, songeur, le moteur défaillant. Pas un d'entre eux ne s'exprimera autrement que pour dire des petites choses telles que "bon, je rentre, j'ai sommeil"... De la dignité, de la sobriété...

Quant à John Wayne, d'ailleurs producteur du film, sa participation est un accident. Le rôle du co-pilote, d'ailleurs secondaire, a été écrit pour Spencer Tracy. Quand il s'est trouvé libre suite à un refus de Tracy, Wayne n'est proposé. Il y est splendide, si on accepte l'irritant gimmick des sifflements. Son personnage passe son temps, à la demande de ses collègues, à siffler la musique de Dmitri Tiomkin (qui a d'ailleurs obtenu le seul Oscar remporté par le film). Ca lasse...

 

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Published by François Massarelli - dans William Wellman John Wayne
14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 17:55

Patsy? C'est d'une part un diminutif plausible pour le prénom Patricia, mais c'est aussi un terme qui désigne un bouc émissaire... Ca va donc doublement à Patricia, interprétée par Marion Davies. Elle est la petite dernière d'une famille de quatre personnes, à peine sortie de l'adolescence, où sa mère (Marie Dressler) et sa soeur Grace (Jane Winton) aimeraient la cantonner. Pas son père (Dell Henderson) toutefois: comme il le fait remarquer, il en a marre que sa fille cadette soit le souffre-douleur. Il n'est pas très bien loti non plus, car s'il a réussi à installer son cabinet de médecin et offrir une vie tranquille à son ménage, son épouse lui reproche avec insistance son manque de sophistication... 

La mère et la fille aînée sont unies dans un but précis: faire en sorte que le chevalier servant de Grace, Tony (Orville Caldwell) devienne un jour son mari, quand il aura réussi à s'installer en tant qu'architecte. Mais il y a deux soucis: premièrement, si Grace a effectivement jeté son dévolu sur Tony, ça ne l'empêche pas de flirter et plus si affinités, notamment avec le très douteux fils à papa Bobby Caldwell (Lawrence Gray); deuxièmement, Tony met du temps à s'en rendre compte, mais Patricia est folle de lui, et ne rate aucune occasion de tenter sa chance... Les circonstances (Et son père, aussi) vont l'aider...

C'est un film de commande pour Vidor. Que Marion Davies souhaite travailler avec lui est peu étonnant compte tenu de la réputation du metteur en scène, mais ça veut dire que ce nouveau film est un peu loin des préoccupations du metteur en scène qui souhaitait poursuivre ses portraits de l'Amérique entamés avec le splendide The big parade en 1925, et poursuivi en 1927 avec The crowd... Cela étant dit, il adopte une façon de faire qui est la seule possible: Marion Davies étant la star incontournable du film, il met sa caméra dans ses pas, et permet à l'actrice de laisser libre cours à son talent comique corporel, et à sa fantaisie souvent excentrique, toujours singulière.

Et c'est justement ce qui fait le prix de ce film, basé sur une pièce qu'on devine bavarde, et dont les intertitres et le jeu des acteurs et actrices, reprennent parfois les répliques: pour un film muet, on sait que ce n'est jamais bon signe... Mais Vidor et Davies se sont prémunis, et c'est toujours le slapstick qui prime, en particulier dans la scène d'anthologie la plus célèbre: dans une machination compliquée (et qui n'aboutira d'ailleurs pas du tout au résultat escompté), Patricia s'est introduite chez le playboy Bobby afin de provoquer la jalousie de Tony. Elle souhaite qu'il tente des choses hardies avec elle mais il est saoul, et amorphe. Pour le réveiller, elle tente un pas de charleston, avec un visage impassible, puis va imiter trois actrices dont les portraits sont accrochés aux murs: une scène, à n'en pas douter, qui n'était pas dans la pièce! Et c'est ainsi que Marion Davies imite d'abord Mae Murray (Elle-même une star MGM), dans un portrait pas très gentil, puis Lillian Gish dont elle donne en 2 minutes un florilège, brassant les rôles de l'immense actrice: La bohême, Broken Blossoms, The White sister et The scarlet letter, tout y passe... Enfin, c'est au tour de Pola Negri, la plus limitée des trois caricatures... On pourrait aussi citer les scènes durant laquelle Patricia se fait passer pour folle, qui d'ailleurs nous renvoient à plusieurs films Roach avec Charley Chase.

C'est là qu'on voit ce que William Randolph Hearst n'aimait pas qu'on rappelle: Davies était une actrice physique, qui n'avait aucun tabou sur son visage (pas d'angle de prise de vues prioritaire chez elle contrairement à tant de cabotins), ni sur la façon, toujours énergique, dont elle jouait ses rôles. De plus, elle est ici secondée et complétée par deux immenses acteurs de slapstick, parfaitement géniaux l'un et l'autre: Marie Dressler et surtout Dell Henderson. Avant Show people, Vidor savait bien en tout cas comment diriger sa star, et si on admet que le film n'est le meilleur ni de l'un, ni de l'autre, il reste un plaisir constant, et un rappel de l'importance d'une grande actrice, une vraie.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1928 King Vidor Marion Davies *
10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 18:39

Un avion part, avec à son bord un couple en crise: un ancien pilote devenu chauffeur de taxi (Robert Hays), que sa petite amie hôtesse de l'air (julie Hagerty) souhaite quitter car elle n'a plus de respect pour lui depuis qu'il a tout lâché. Il l'a suivie... Parmi les passagers, il y a tout un monde, y compris des membres d'une secte Krishna, une petite fille malade, un tout jeune dragueur, un colonel de l'armée nippone, une religieuse, deux noirs qui pratiquent un argot ésotérique. On va servir du poisson, et un tiers des passagers deviendront malades. Ce qui est plus grave, c'est que tout l'équipage aussi. Il faut trouver un pilote: Ted Striker va-t-il surmonter ses angoisses et faire son devoir?

...Oui. Mais en attendant ce moment, on aura au moins quatre gags par minute, tous magnifiquement amenés, en situation, dans une logique sublime parce que totalement absurde. J'admets, tout n'est pas forcément aussi réussi, mais la grande force de ce film est d'avoir entièrement subordonné la mise en scène, la structure du film, son rythme, à ses gags. Voilà ce qui arrive quand on laisse les gagmen (Le trio qui était déjà derrière le film Kentucky fried movie, de John Landis) prendre en charge le destin d'un film: certes, on n'aura sans doute pas de plan d'anthologie, mais on aura un rythme souverain, et des gags qui marchent. La preuve: Kentucky fried movie, justement, réalisé par un pro, a un sérieux problème de rythme, et de gags qui tombent à plat... 

La grande réussite de ce film est sans doute qu'il y a vraiment une histoire. Il suffit de le comparer à tout ce que les trois réalisateurs ont effectué après: aucun de leurs films ne tient la route, et ils s'enfoncent dans le n'importe quoi au bout de quinze minutes. pas Airplane!... On peut certes admettre que parfois ça rate un peu sa cible (en fait à chaque fois qu'un gag devient partie intégrante de la continuité, comme par exemple les interventions irritantes de Stephen Stucker, le technicien efféminé qui sabote la tour de contrôle), il perd en efficacité.

Mais le meilleur du film vient certainement du fait que chaque gag, chaque plan, chaque scène, et chaque personnage renvoie à un aspect du film catastrophe, et joué par des acteurs compétents, parmi lesquels Peter Graves, qui a un certain nombre de questions importantes à poser à un enfant, ou encore Lloyd Bridges, qui a décidément choisi la mauvaise semaine, ou encore Leslie Nielsen, dont le flegme impeccable est certainement pour beaucoup dans la réussite de ce film. Et puis il existe énormément de genres différents dans la comédie Américaine: le slapstick et la comédie visuelle, la parodie finement observée, l'humour absurde ou loufoque, l'humour ethnique, l'humour graveleux, le comique d'accumulation, d'exagération... Tout ça est dans le film. Toutes les cases sont cochées...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 16:54

1983, dans une galaxie pas si lointaine, il y a... un certain temps. Les affiches sont cette fois très claires: George Lucas a gagné son pari, et tout le monde attend son troisième film de la saga. L'imaginaire de Star Wars (La franchise, désormais) est désormais établi, connu et reconnu, et les affichistes sont enfin fidèles à leurs modèles. Plus que le deuxième film, The empire strikes back, qui après tout aurait bien pu se planter dans les grandes largeurs, c'est ce troisième film qui a fini par cristalliser la légende.

Ca aurait pu, voire ça aurait du être un désastre. Parce que ce qui faisait la force de Empire, c'était de pouvoir s'établir à partir des quelques données du premier film (La donne politique, les bons, les méchants, la gentille rivalité amoureuse, les robots, les créatures) et de s'amuser à construire une mythologie en mettant tout le monde convenablement en danger, faire des révélations délirantes (I am your father) tout en ouvrant beaucoup, beaucoup de portes... Qu'un autre film se chargerait de fermer. Bref, Return of the Jedi avait la tâche impossible de rester intéressant tout en finissant le job, et il fallait que ce soit propre et net! Pas de fermer la porte en en ouvrant quinze autres comme n'importe lequel des épisodes de fin d'une saison d'une série HBO!

Certes, du coup, c'est le moins bon des trois films de la première trilogie, mais il possède des moments de grâce: les premières séquences sur Tatooïne, qui jouent avec le spectateur, tout en établissant une bonne fois pour toutes la personnalité du Jedi Luke Skywalker, endurci et au cuir désormais tanné. Sans parler de toutes les interrogations devant ces personnages (Les robots, puis Chewbacca, enfin Leïa et Luke) qui se succèdent pour venir chercher Han Solo chez Jabba le Hutt... Et la formidable poursuite en forêt, un merveilleux moment terrestre gâché un peu par l'arrivée d'une nouvelle créature en collaboration entre les ateliers Jim Henson et les établissements George Lucas: les Ewoks. Car, et c'est l'une des faiblesses du film, Lucas ne résiste pas à l'idée d'en faire trop. On sait, hélas, où ça va nous mener... A une trilogie désastreuse.

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Published by François Massarelli - dans George Lucas Science-fiction Star Wars
8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 17:18

Après des essais plus ou moins réussis dans le domaine du court métrage de trois bobines, Lloyd obtient satisfaction avec ce film à la construction parfaite, une nouvelle fois partagé entre trois thèmes: l'amour simple, presque enfantin, du personnage d'Harold pour sa leading lady Mildred Davis, le vie moderne et l'aspiration de confort, et l'intrusion du frisson sous la forme de faux semblants particulièrement cocasses. C'est un classique! On notera une construction très efficace en trois parties, après un prologue qui établit que Harold et Mildred sont voisins de travail: lui est assistant d'un conseiller financier, elle secrétaire d'un ostéopathe. Elle lui apprend que son patron va devoir se séparer d'elle, puisque les affaires ne marchent pas fort, et Harold passe toute la première bobine à lui trouver des clients avec divers stratagèmes. La deuxième partie voit Harold confondre le frère de la jeune femme, en visite, avec un rival, et il tente de se suicider. Enfin, il croit avoir réussi, et les circonstances le voient suspendu dans le vide à une poutrelle métallique...

Les échafaudages, sur lesquels Lloyd s'ébroue à la fin du film, d'un type qu'on reverra dans Liberty (1929) de Leo Mc Carey, avec Laurel & Hardy,  sont vus dès le premier plan, et une transition efficace entre les deux premières parties permet au film de se dérouler de façon très fluide: Harold accompagne les nombreux clients qui se pressent chez l'ostéopathe, et en suivant le dernier le voit qui va embrasser Mildred. Ce n'est pas un client, et on est désormais dans la deuxième partie...

Le moment le plus célèbre du film est bien sur le jeu au-dessus du vide, obtenu grâce à un choix particulièrement judicieux d'angles de prise de vue.Bien sûr, les gags qui la composent sont très drôles, et souvent malins, mais on ne peut s'empêcher de penser qu'il y avait mieux à faire; ici, ils se suivent, comme les tentatives comiques de suicide dans la deuxième partie, mais il n'y a pas dans ces scènes de construction, ni de géographie précise, comme il y aura pour le plus grand bonheur du spectateur dans Safety last, avec son cahier des charges clairement exposé qui permet de générer du suspense, et de coller au plus près de la thématique de l'élévation sociale...

De même, Lloyd a du trouver le film un peu long, puisque de nombreuses copies sont amputées de certains des gags autour du suicide. il s'agit peut-être aussi d'une certaine forme de censure qui remonte aux années 60, quand Lloyd était à la recherche d'un nouveau public avec des versions allégées de ses films, rendues compatibles avec un visionnage pour les enfants...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Harold Lloyd 1921 *