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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 18:06

Le deuxième long métrage de Villeneuve commence bizarrement: un poisson qui vit ses derniers instants nous parle, et nous raconte une histoire. On le reverra, entre deux coups de hachoir d'un poissonnier que les élucubrations occasionnelles de l'animal aquatique nous permettent d'identifier comme étant Norvégien. Et Villeneuve étant Villeneuve, il va nous gratifier d'une narration qui va passer par des circonvolutions inattendues...

...A commencer par un avortement: Bibiane Champagne (Marie-Josée Croze), une jeune habitante de Montréal, se débarrasse d'un souvenir encombrant, et même si on peut se demander l'opportunité de nous montrer les conséquences de cet avortement en détail (Accompagné d'une musique absolument inappropriée, on assiste en effet au parcours d'un employé de la clinique qui enveloppe le foetus, puis le met dans un incinérateur...) mais cette indiscrétion va prendre toute sa cohérence lors de la suite des événements.

Bibiane Champagne, donc, est chamboulée, dans son corps et son être, par la décision qu'elle a du prendre. Elle se sent aussi malade que coupable, et malgré l'aide de sa meilleure amie, Claire, elle a du mal à passer le cap. C'est après une soirée trop arrosée qu'elle percute un homme avec sa voiture, et elle est trop saoûle pour y faire quoi que ce soit; c'est après coup que la réalisation de son acte va lui faire revenir sur cette soirée. Et elle va tomber de très haut quand elle apprendra que l'homme qu'elle a percuté est mort, une fois revenu dans sa cuisine après avoir quitté le lieu de l'accident...

Bibiane transfère donc son sentiment de culpabilité et son mal-être de la mort d'un foetus vers celle d'un vieil adulte solitaire... Et va rencontrer le fils de ce dernier, dont elle va tomber amoureuse. Mais comment lui dire la vérité sur sa responsabilité dans la mort de son père?

Je vous laisse apprécier le déroulement, qui réussit à se finir à peu près positivement, mais sachez que Villeneuve se plait ici à poser des jalons inattendus, entre les êtres, comme entre les événements; par exemple, fallait-il qu'autour de Bibiane tout soit Norvégien? Le poisson qui raconte, l'amie Claire, le monsieur mort, son fils... Fallait-il qu'à Bibiane Champagne corresponde la rencontre avec un jeune homme qui s'appelle Evian? Quand Bibiane, au bout du rouleau, se confie à un inconnu dans le métro, elle ne sait pas que le même inconnu deviendra un confident de son nouveau petit ami dans un bar une fois qu'Evian aura enfin appris que Bibiane est la responsable de la mort de son père; et parfois, on verra des scènes à deux reprises, avec un léger changement de point de vue, de montage, voire de nouveaux développements: ainsi dans une scène au restaurant Claire se plaint du fait que le poulpe soit coriace. La première fois, la scène reste autour des filles qui discutent. Mais la deuxième fois, on suit le garçon dans les cuisines: le patron du restaurant se plaint auprès de son fournisseur... Et celui-ci constate que son employé Norvégien, spécialiste en poulpe, n'est pas venue travailler depuis un certain temps.

Le monde est petit décidément, dans ce drôle de film qui réussit par sa poésie et sa loufoquerie, à permettre à son personnage principal de retrouver le chemin de la vie, en dépit d'une évidente tentation de mort. 

 

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Published by François Massarelli - dans Denis Villeneuve
29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 11:50

Le cinquième des films de Curtiz tournés en 1930 (Il y en a eu six) a subi à peu près le même sort que la plupart des autres: comédie musicale à sa sortie, le film a été recoupé afin de se transformer en comédie tout court, même si deux chansons, mais parfaitement en situation, ont survécu. C'est aussi une comédie militaire, avec tout ce que ce terme peut faire soupçonner en matière de délicatesse et de subtilité: coups de pieds au fondement, confusion de grade, punition... Le comique troupier, dans toute sa splendeur. Et pourtant...

Il y a des moments où on sent un peu la patte de Curtiz, cette incapacité à torcher le travail, ce point d'honneur à tout risquer: les cinq minutes qui sentent bon le film de gangsters au début par exemple: Ben Lyon joue le membre d'un gang qui se bat avec un autre, et lors de l'altercation il le fait tomber de plusieurs étages. Il n'attend pas, et suivi par les autres intègre la parade des soldats qui s'apprêtent à partir en Europe pour combattre. La foule mobilisée, la maîtrise de la mise en scène et du montage, on sent bien que le réalisateur n'a absolument pas traité la scène par-dessus la jambe.

Et de nombreuses séquences témoignent de son insistance à couvrir tous les aspects d'une scène, et à mobiliser tout le studio pour ça s'il le faut. Il fait respirer ce qui n'aurait pu être qu'une production parlante de plus, en mélangeant prise de vue à l'extérieur (Donc muettes) et scènes tournées en studio avec des mattes paintings. et du coup le travail de caméra et le montage encore une fois, gardent un dynamisme qu'on ne trouverait pas dans beaucoup de films de 1929 ou 1930.

Mais A soldier's plaything, qui d'ailleurs a été tourné en écran large, mais sans que l'on sache si ce système (Le format "Widescreen" de la Warner/First National, VitaScope) a été réellement exploité à cause des mauvais résultats des films MGM, Fox ou Paramount tourné dans ce type de procédé, reste à la base "juste un film de Michael Curtiz de 1930": bien, voire très bien fait, mais entièrement tributaire de la volonté du studio, de son script et de ses acteurs.

Parmi lesquels Harry Langdon, qui n'a pas besoin d'être dirigé. Si vous voulez mon avis, la voix ne lui sied pas, mais lors pas du tout. Pour le reste il est lui-même... Son capital de sympathie est probablement le principal ingrédient de ce petit film mal foutu.

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Harry Langdon Michael Curtiz Comédie Première guerre mondiale
28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 16:38

Un homme, un scientifique car il a une blouse blanche, s'adresse à nous et nous prévient que le film parlera de la sénilité. Il précise à quel âge l'homme perd certaines aptitudes: il commence à rapetisser à 20 ans, perd l'ouïe à partir de là, et la dégénérescence se poursuit... Il précise ensuite qu'on va assister à un cas particulier.

C'est un mensonge éhonté, aussi bien du scientifique en question (L'interne Kimura, interprété par Tatsuya Nakadai), que d'Ichikawa lui-même qui a choisi, avec un certain humour à froid, de commencer son film en nous envoyant sur une fausse piste. Car s'il sera effectivement question de vieillissement dans l'intrigue, il y aura surtout l'importance de la baisse de la libido, à travers l'exemple de M. Kenmochi (Ganjirô Nakamura):il vieillit, et consulte Kimura qui est son futur gendre. Il l'invite à passer chez lui, afin de voir sa fille Toshiko (Junko Kano), car M. Kenmochi est à des années-lumière d'imaginer qu'en réalité sa fille et le jeune interne se connaissent déjà bibliquement! 

Le soir, Kimura est à la maison, et le couple Kenmochi boit, bien que Mme (Machiko Kyo) affirme qu'elle ne devrait pas: ça lui monte à la tête. Et quelques minutes plus tard, elle disparaît dans la salle de bain. Mais elle fait un malaise: Kimura et le mati doivent la transporter nue vars sa chambre.

Le lendemain, tout recommence, et les premières questions affluent aussi bien pour les quatre protagonistes que pour le spectateur: Mme Kenmochi se demande pourquoi elle a une trace de piqûre sur le bras, si ce 'est pas le jeune interne qui la lui a faite; on se demande si le malaise était authentique ou simulé. Quel jeu joue la fille qui espionne son père en permanence? Et pourquoi a -t-on l'impression que le vieux Kenmochi fait tout pour que Kimura voie sa femme en détresse, et la touche?

Réponse à certaines de ces questions (Mais pas toutes) à la fin du film, ainsi qu'à d'autres questions... Le film est un écheveau de multiples perversions, qui font qu'on ne sait plus très bien qui des quatre protagonistes est le jouet de l'étrange obsession... Kenmochi, qui semble désigner Kimura pour le remplacer ou en tout cas pimenter sa vie sexuelle par procuration? Mme Kenmochi, poussée dans les bras du jeune interne, mais qui ne semble pas trop s'en plaindre? Kimura qui joue un trouble jeu avec sa fiancée? Ou Toshiko, qui a l'air elle aussi d'osciller entre le dégoût, aussi bien vis-à-vis de la perversion de son père, que du possible adultère de sa mère, et une certaine fascination pour une situation qu'elle semble souvent faciliter?

Et enfin, que penser de la placide servante qui passe son temps à se tromper dans les flacons de produits chimiques domestiques? Elle voudrait empoisonner son monde, qu'elle ne s' prendrait pas autrement.

C'est avec une certaine distance, un certain humour à froid délicieusement palpable, derrière le calme apparent de la situation, et sous l'oeil placide d'un Bouddha de pierre qui trône dans la chambre conjugale de la maison Kenmochi, que Kon Ichikawa nous assène ses coups, dans un film noir plus tordu que jamais, mais qui fait preuve de génie dans chacune de ses bobines. Chef d'oeuvre, haut la main!

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Published by François Massarelli - dans Kon Ichikawa
28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 12:05

En 1945, alors qu'ils s'apprêtent à rejoindre la frontière pour quitter la Birmanie, une colonne de soldats Japonais se réfugie dans un village. Ils ont une particularité: ils chantent. Le lieutenant qui les mène, musicologue de formation, a eu l'idée de fédérer ses hommes en les formant à pratiquer l'art choral, et ils le font particulièrement bien... d'autant que la "mascotte" du bataillon est l'autodidacte Caporal Mishuzima (Shoji Yasui), qui s'est construit sa propre harpe inspirée des modèles Birmans, et qui en joue à merveille. Au village, ils se rendent vite compte que des soldats Anglais les ont cernés. Ils s'apprêtent à mourir, et chantent; ils ont soudain la surprise d'entendre les A,gais les accompagner! ...C'est ainsi qu'ils apprennent que la guerre est finie. Mais il faut continuer à passer le message, car des groupes isolés de Japonais continuent à se battre. C'est en essayant d'accomplir cette mission, commandée à la fois par son lieutenant et par les Anglais que Mishuzima disparaît. Pour tout le monde, il est sans doute mort; mais le bataillon se refuse à cette évidence, surtout quand au bout de quelques mois de captivité, les hommes commencent à voir partout un bonze mutique et fuyant, qui ressemble furieusement à leur copain.

Un film de guerre peu banal, car on ne s'y bat que fort parcimonieusement, et surtout, il commence par l'armistice! Mais le sujet, vaste, de ce film n'est pas la guerre! il s'agit plutôt de la gestion de l'après, et des questions existentielles et humaines qui y ont trait. D'où finalement la séparation entre Mishuzima et ses copains: eux vont expérimenter d'une façon relativement douce la fin des conflits, sous la responsabilité humaniste et bienveillante des Anglais et des Indiens, alors que Mishuzima va être confronté à un traumatisme puissant: il se retrouve, lors de sa mission de la dernière chance, coincé au milieu des cadavres; il ne s'en remettra pas, et nous expliquera à la fin son choix de se retirer du monde, en même temps qu'il l'expliquera à ses copains, par le biais d'une lettre. Ichikawa, qui a établi le lien extrêmement fort entre les soldats de la colonne, soudés en guerre comme en musique, passe une bonne partie du film à tourner avec eux autour de l'énigme inévitable, tout en considérant ce 'retour à la vie' des soldats, des hommes comme les autres ayant perdus toutes les illusions de l'avant-guerre, avec une réelle tendresse.

et puis il y a les scènes musicales, toujours en situation: le moment hallucinant lorsque les Anglais victorieux et les Japonais ignorants de la situation fraternisent au son de la harpe. Une séquence poignante, filmée au plus près des visages dans une tension extrême, que montage comme cadrage accentuent avec une maestria impressionnante. Ou encore les tentatives de communication des soldats avec le mystérieux bonze qui pourrait être ou ne pas être Mishuzima... Bien sur, c'est la musique qui leur donnera la solution. Mais si le film montre de la fin de la guerre un visage rasséréné, il rappelle l'enfer des combats en nous montrant la décision de retrait du monde d'un homme qui a été trop loin dans cet enfer pour en revenir, et ne trouvera son salut que dans le bouddhisme et dans le sacrifice: car tous ces corps, là, avant de retourner "reconstruire" le Japon, il va bien falloir que quelqu'un s'en occupe.

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Published by François Massarelli - dans Kon Ichikawa
27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 10:53

Ceci n'est évidemment pas le magnifique film de Michael Curtiz, l'un des joyaux aussi bien d'une fabuleuse carrière de metteur en scène, que d'un genre: le film noir. Et si aussi bien le film de Curtiz que la mini-série de Todd Haynes adaptent le même roman de James Cain, ils ne le font pas du tout de la même façon: Curtiz privilégie une intrigue simplifiée, ramassée intelligemment sur deux heures, qui mettent essentiellement en valeur le personnage de Mildred Pierce et son passage par divers aspects du mélodrame avant d'asséner les coups de théâtre sur sa dernière demi-heure; il se dégage un portrait de femme d'autant plus forte, que Joan Crawford semble devenir l'incarnation du volontarisme, que les coups rendront justement plus forte. On y retrouve une tendance pas si rare chez Curtiz: le portrait de femme, justement, qui prend toute la place.

Mais si ce nouveau Mildred Pierce est lui aussi, bien sur, un portrait de femme avec une exceptionnelle performance d'actrice (Ou plutôt deux), cette fois la dimension choisie, un ensemble de 5 heures et demie en cinq épisodes permet à Haynes de coller au roman, et de se livrer à une exploration romanesque qui puisse tenir la distance, et développe, plutôt qu'un destin court-circuité par des détours tardifs et inattendus, plutôt un parcours linéaire, entrecoupé d'accidents, et qui débouche sur un constat: oui, Mildred Pierce est une femme admirable, Américaine par son tempérament pionnier, mais qui affronte un monde qui n'est justement pas prêt pour les femmes indépendantes comme elle; et oui, la femme forte et entreprenante, qui affronte le monde, et pourrait bien réussir, a enfanté un monstre...

Mildred Pierce (Kate Winslet) prie son mari Bert (Bryan F. O'Byrne), qui l'a beaucoup déçu, de quitter sa maison, et elle cherche un travail pour continuer à subvenir aux besoins de ses deux filles. Avec l'aide de plusieurs personnes, dont un avocat un peu trop arrangeant, Wally Burgan (James LeGros), une voisine, Lucy (Melissa Leo), et même à l'occasion Bert avec lequel elle est restée en bons termes. Et très vite, son volontarisme va la pousser à entreprendre, et devenir sa propre patronne. En assez peu de temps, elle créera sa propre chaîne de restaurants, et pourra ainsi donner beaucoup à la seule de ses deux filles qui lui restera, suite au décès de l'autre: la belle rousse incendiaire Veda (Evan Rachel Wood), artiste dans l'âme, mais surtout garce absolue, qui joue un jeu dangereux, dans lequel Mildred pourrait bien perdre des plumes...

Un personnage n'apparaît pas dans ce résumé, et pour cause: Monty Beragon (Guy Pearce) est un playboy que Mildred rencontre pendant son ascension et qui se révélera bien vite un incapable ruiné, mais si beau garçon... il sera aussi à plusieurs reprise un révélateur ironique de l'ascension fragile de Mildred Pierce, qui certes devient aisée, respectée, mais restera toujours pour lui une parvenue, alors que la famille Beragon remonte à l'aristocratie Californienne... Cette dimension sociale est cruciale dans le roman, comme elle eut l'être dans la société Californienne de toujours. Glendale, le quartier où vit Mildred, ne sera jamais Pasadena...

Donc  on retrouve une chronique détaillée des étapes à franchir pour Mildred afin de devenir totalement indépendante... Et tout du long, Veda (Depuis son adolescence interprétée par la jeune Morgan Turner) va être à la fois le plus grand amour, et le pire ennemi de sa mère. Elle agit en quelque sorte, avec son obsession de grandeur, de supériorité égoïste sur les autres, en souvenir permanent de la situation dont Mildred vient: elle va jusqu'à lui reprocher d'avoir épousé son père après qu'il l'ait engrossée! Odieuse, grandiloquente, Veda est d'autant plus étonnante que c'est au tour d'Evan Rachel Wood de prendre la suite de l'autre actrice. Elle est fantastique de venin et d'étrangeté contrôlée...

Haynes, et Ed Lachman le chef-opérateur qui a fait le choix de filmer en mm ce qui donne un grain fabuleux, se livrent à ce qui reste le péché mignon du metteur en scène: une époque recréée dans se moindres détails, vestimentaires, comportements, événements marquants. Les années 30 ont ici un parfum de vérité qui va bien au-delà de la recréation maniaque: c'est tout l'esprit d'une époque, tout le tableau de l'ascension fragile d'une femme, face à des obstacles divers: patriarcat, culture, conventions sociales, coups du sort, mode, convenance, tout y passe. Et c'est sacrément addictif, comme on sait si bien le faire chez HBO. Donc ce n'est en aucun cas le chef d'oeuvre de Curtiz, mais on aurait tort de ne pas le voir... Pour commencer, ce film peut rappeler à un certain nombre de phallocrates qui ont manifestement le vent en poupe à l'heure actuelle que leur pays ne se serait pas fait sans les femmes, dont, pourquoi pas, celle-ci.

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Published by François Massarelli - dans Todd Haynes
25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 18:32

Eddie (Eddie Cantor) est un peu simplet, mais tout le monde l'aime bien, dans la ville de West Rome; sauf le très méchant promoteur Cooper, qui en a assez de le retrouver sur son chemin. Et là, bien sur, on s'attend à ce que Eddie, par son volontarisme sa gentillesse et sa naïveté, triomphe du sale promoteur pourri, mais... c'est ce qui arriverait dans un film de Capra. Ici, c'est bien différent: Eddie est chassé de la ville, a un petit accident, et... se retrouve à Rome. Mais pas West Rome, non, LE Rome, et à l'époque Romaine en prime... Il va y déjouer les plans de l'empereur Valerius, libérer des esclaves, rapprocher des amoureux, visiter les bains des femmes (Longuement), et... chanter.

Oui, c'est un musical, et historiquement, c'est l'un des grands intérêts du film: Goldwyn avait eu la bonne idée d'engager un chorégraphe inconnu avec un oeil cinématographique, Busby Berkeley, et de lui confier les girls des follies Ziegfeld, pour pimenter le film.

Eh bien c'est très efficace...

Sinon, Cantor fait tout ce qu'il peut, de sa voix fluette, pour occuper un peu de terrain. Il a le physique (malingre, comme la plupart des plus grands!!) de l'emploi de comédien, le volontarisme, et ne recule devant aucune loufoquerie. Il a aussi un talent pour asséner les mires sous-entendus avec un aplomb extraordinaire. Et il commence une poursuite de chars cloué à la nacelle de son véhicule, ce qui est déjà intéressant, mais surtout il finira en ski. 

Et ça, il fallait l'oser.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Musical Pre-code
25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 18:23

Attention, effort de guerre! Bugs Bunny est dans une caisse à la dérive, et n'est pas inquiet: dans ce genre de situation, il y a toujours une île où aborder... Dont acte: une fois trouvée l'île paradisiaque, Bugs va malgré tout déchanter car il va se trouver face à un nippon en uniforme, et pas des plus fins. Mais le lapin qui n'a fait qu'une bouchée de Hermann Goering en a vu d'autres...

Effort de guerre, donc: y'a-t-il une façon de pouvoir voir ce film sans pour autant tiquer devant la peinture ultra-caricaturale du Japon, de ses coutumes, de son langage? 

Oui, après tout: c'est tellement une caricature, qu'il n'y a pas lieu de s'en inquiéter. Le film se déroule assez agréablement, mais Freleng et ses animateurs semblent, à la fin, nous donner un message subliminal: ce film n'est pas comme les autres. Afin de le souligner, ils donnent une lapine à Bugs Bunny, qui va décider, une fois un bataillon Japonais décimé, de rester. Et sa réaction est sans équivoque. De fait, on rejoint le territoire, plus adulte, des films de propagande de Private Snafu. Freleng savait très bien qu'on ne pourrait pas considérer ce petit film mineur, plaisant mais profondément politiquement incorrect comme autre chose qu'une halte, en dehors des sentiers battus.

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Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Animation Looney Tunes Friz Freleng
22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 16:23

Des étudiants effectuent des photocopies dans une université, lorsque un coup de feu, puis d'autres, retentissent. Une jeune femme, touchée, s'écroule: on la retrouvera dans quelques minutes, car le film effectue un flash-back sur le réveil, ce jour-là, du tueur interprété par Maxim Gaudette: il porte le canon d'un fusil à son front. Pourquoi? envisage-t-il de se supprimer? Puis il rédige une lettre qui explique par avance ce qu'il va faire: se livrer à un massacre, puis se suicider; il explique aussi les raisons, du moins ce qu'il considère comme tel, de son geste: une idéologie de la haine des femmes, et la volonté de marquer un coup contre celles qu'il appelle, avec dégoût, les "féministes". Il veut symboliquement leur montrer son opposition à ce qu'elles fassent des études ou aient un métier...

Nous assistons aussi à la préparation de Valérie (Karine Vanasse), une jeune étudiante, qui a un entretien important ce jour-là. Sous l'oeil bienveillant de sa colocataire Stéphanie (Evelyne Brochu), elle choisit ses vêtements, aussi sobres que formels, et part pour l'université avec elle. La suite est une succession de scènes vues à travers le point de vue de Valérie, du tueur, et aussi de Jean-François (Sébastien Huberdeau), un étudiant qui suit les mêmes cours que Valérie, mais sans avoir le même sérieux.

C'est froid, volontairement distant, tourné en noir et blanc. Ca rappelle aussi beaucoup le film Elephant de Gus Van Sant, d'ailleurs Villeneuve adopte la même narration, qui passe d'un point de vue à l'autre, en suivant les élèves, et en insérant dans le quotidien d'une école l'arrivée d'un tueur dont nous devinons les intentions. Le choc, fait d'une insupportable violence, n'en est que plus grand. La façon de bouleverser la chronologie est toujours une façon pour Villeneuve de brouiller les pistes (Voir à ce sujet Incendies et surtout Enemy), mais ici, il le fait afin de privilégier ce rapport fort entre son film et le spectateur, qui sans le moindre commentaire, se prend de plein fouet la violence des images, et l'indignation qui s'ensuit.

Mais si Elephant est un geste d'indignation, justement, contre la violence des tueries scolaires, qui sont si fréquentes, et liées à une situation politique particulière, ce film nous parle du Québec, soit un endroit relativement pacifique dans lequel ce type d'événement ne se produit quasiment jamais... sauf en ce jour de 1989, lorsque l'histoire qui est racontée a eu lieu, à l'école Polytechnique de Montréal. Un homme a effectivement débarqué à l'école, et fait un carnage, tuant ainsi 14 personnes et en blessant 14 autres. Créant ainsi les conditions de la peur, du traumatisme pour chacun des survivants, ce qui est évoqué sans ambiguïté dans le film. Comme tant de ses films, Villeneuve nous plonge au coeur de la violence, née de la rencontre entre la réalité et l'idéologie, débouchant sur le chaos de la peur et de la mort. Et en 77 minutes, on ne peut pas détourner les yeux de cette effrayante histoire d'une tuerie motivée par la haine des femmes.

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Published by François Massarelli - dans Denis Villeneuve
22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 10:15

On a sans doute les classiques qu'on mérite... Impossible de comprendre le statut de ce film, ni sa cote d'amour: certes, il est ambitieux, à sa façon, et parfois distrayant et drôle: j'y ai remarqué quelques scènes qui font franchement rire et qui témoignent d'une complicité entre le réalisateur et ses acteurs, un sens du timing et du dosage, un mélange entre dialogue écrit et franche improvisation, qui donne vraiment de bons moments: en fait tout ce qui implique les personnages interprétés par Samuel Jackson et John Travolta ensembles. Et je suis totalement d'avis que l'intrigue d'un film, c'est 0,01% de l'intérêt, donc il ne devrait pas y avoir le moindre problème avec ce film qui la jette aux orties dès le départ pour privilégier, comme l'a toujours fait Hawks, la SCENE. 

Seulement voilà: enlevez ces deux tueurs au verbe talentueux, tout le reste est mal foutu, long, vain et nous impatiente. Le rôle de Bruce Willis, en boxeur qui prend un nouveau départ? On s'en fout. La longue séquence durant laquelle il se retrouve pris en otage avec son pire ennemi? Longue, excessive, irritante. La scène avec Christopher Walken? Inutile: c'est essentiellement un metteur en scène qui s'écoute filmer, et qui a une telle confiance en son propre génie (On se demande pourquoi, du reste), qu'il se laisse aller. Comme il était définitivement à la mode, ça a marché.

Mais il nous reste un film sur les bras, qui ne mérite ni d'être considéré comme nul (Il y a bien quinze minutes de rire là-dedans, à tout prendre, c'est mieux que rien), ni d'être considéré comme un classique. C'est juste un film qui ne sert à rien.

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Published by François Massarelli - dans Navets
21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 18:05

Trois jeunes femmes se retrouvent à New York dans le milieu du spectacle, et vont mener leurs carrières respectives avec des hauts et des bas, sans jamais totalement s'éloigner les unes des autres. De succès en désillusions, de somnifères en cuites, on assiste, éberlués, à leurs terribles destins.

Eberlués, parce que je ne pensais pas qu'il était possible de faire un aussi mauvais film à la Fox dans les années 60. Tous les clichés possibles et imaginables, poussés jusque dans leurs plus inavouables recoins, une tendance à faire semblant de saupoudrer de l'audace ça et là, mais qui finit par virer au premier degré (Les déshabillages en ombres chinoises par exemple, ou encore les nombreuses et horripilantes allusions à l'homosexualité), et sans doute la pire prestation de tous les temps: Patty Duke, insupportable dans le rôle de l'insupportable chanteuse accro au pouvoir et aux médicaments. Je ne savais pas qu'on pouvait être aussi nul.

Ce film on l'aura compris est une purge de la pire espèce. Devrait être prescrit sous forme de suppositoires.

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Published by François Massarelli - dans Navets Mark Robson