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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 16:42

La belle Daoulah (France Dhélia), princesse et sultane, est convoitée par bien des gens... Son père le sultan Mahmoud (Albert Bras) souhaite la marier à un beau parti, mais la jeune femme est intraitable: elle aime, en secret, un pêcheur qu'elle a rencontré dans des circonstances mystérieuses... De son côté, l'affreux sultan Malik (Paul Vermoyal), un homme cruel, fourbe, capricieux, cherche une femme parfaite, pour "égayer ses nuits", vous voyez le genre. Il attend ses hommes, qu'il a envoyés aux quatre coins du monde pour la chercher, et pour tuer le temps, menace toute sa cour de décapitation. Un de ses hommes, Kadjar (Gaston Modot), a vu Daoulah et il sait qu'elle plaira à son maître. Enfin, le prince Mourad (Sylvio de Pedrelli), un héritier d'une autre famille, se languit: il ne trouve plus goût à la vie depuis la nuit magique durant laquelle, déguisé en pêcheur, il avait rencontré une mystérieuse jeune femme...

Il faut croire qu'en cette fin des années 10 (même si le film a attendu trois ans pour sortir, tout revêtu de couleurs, appliquées au pochoir par des petites mains), l'orientalisme est à la mode. Car sinon, je ne vois pas la moindre motivation pour sortir ce film, sans autre intérêt que de nous montrer le mauvais goût à l'oeuvre, dans un film dont on se demande bien pourquoi il a fallu se mettre à deux pour le mettre en scène, car il me semble totalement dépourvu de capitaine. Il fallait juste quelqu'un pour déplacer la caméra, pas plus...

Tant qu'on est à râler, remarquez, autant y aller: le film est effectivement typique de cette manie contemporaine (Voir le diptyque The Sheik/The son of the sheik, avec Rudolf Valentino) de montrer l'orient comme le royaume du sadisme, de la lascivité et des tortures en tout genre, et France Dhélia, comme du reste la plupart des artistes, en fait souvent les frais: il y aurait matière à étudier la thématique du viol dans ces étranges mélos mal foutus, parce qu'il semble bien qu'à une ou deux exceptions près, ce soit l'unique expression de la sexualité.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1919
28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 09:44

C'est curieux, le public: prêt à tout pour aller voir des films si forcément "décalés" (Si une comédie n'est pas "décalée", elle est forcément mauvaise, vous avez remarqué?), et s'extasiant devant les manipulations et les jeux avec les codes existants par les Frères Coen, Tarantino, etc... Mais sitôt quittée cette sphère balisée, le public retrouve ses réflexes d'enfant, et un film comme celui-ci aura à la fois un gros succès et un gros souci d'incompréhension par les gens qui s'en saisiront pour vomir une fois de plus sur un cinéma Américain impérialiste, blah, blah, blah: certes, Captain America est un patriote, ce qui je le concède n'est jamais une preuve d'intelligence, et oui, il fait de la gonflette pour aller se battre avec son petit bouclier contre les nazis, mais... Superman ou Batman, ils sont pas ridicules peut-être? Et Iron man avec son costume rouge et jaune?

Non, le principal postulat problématique du film (Et de la saga de Captain America), c'est le fait qu'on essaie d'imaginer un super-soldat infaillible, un surhomme, pour lutter contre des gens qui voudraient que toute l'humanité ressemble justement à cette description, et qu'on éradique violemment les autres. Mais ce postulat débouche sur un traitement intéressant, en forme de revanche du petit, un homme qui même devenu fort, très fort, garde foncièrement son âme de gringalet. Et l'apport de Joss Whedon, discret mais présent au script de ce film, se retrouve dans l'abandon de toute dose de raisonnable dans une histoire qui débouche sur du fun, du gros fun, bien assumé. Et ce film est aussi un prologue, une façon de dire adieu à tous les clichés sur le super-soldat-patriote engagé dans un conflit contre la barbarie, avant d'en faire un anachronisme vivant et hilarant dans le film The avengers. Chris Evans joue le jeu à fond, Tommy Lee Jones amuse la galerie, et Joe Johnston promène son efficacité sans style d'une scène à l'autre avec conscience et métier. Ca aurait pu être une catastrophe, c'est une vraie réussite.

Il faut dire que ce dont ce film avait besoin, c'est d'un réalisateur capable de faire exactement ce que fait Johnston, sans jamais se prendre la tête d'une manière ou d'une autre: composer des plans, trouver un rythme, aller direct à l'effet voulu, et ne jamais s'encombrer de plus d'émotion que celle dont on a besoin. Et il a un avantage certain: son film est la naissance d'un super-héros... et je ne sais pas pour vous, mais ce que je préfère dans une saga de super-héros, c'est justement le début... Ici, on a la totale: du début (Jeune gringalet qui veut absolument s'engager, mais qui ne pourra pas parce qu'il est encore plus ridiculement petit que Nicolas Sarkozy, et encore moins musclé que moi - et ce n'est pas peu dire!), jusqu'à... un autre début (Super-héros des années 40 se réveille en 2010 et fait face en une seconde à tout son drame personnel: il ne connaît pas ce monde, tous ceux qu'il a connus sont morts ou probablement pas en très bonne santé, on a besoin de lui, et... il avait un rendez-vous. Clap de fin.

Ah! J'oubliais: on tue des nazis, plein. 

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Published by François Massarelli - dans Grand n'importe quoi
27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 17:49

Une danseuse (Mistinguett) rentre chez elle, et se couche. Mais elle ne parvient pas à dormir, et allume une cigarette. En jetant son allumette, elle aperçoit avec terreur un homme sous son lit. Sous le choc, elle prend la fuite. Les domestiques appellent la police. Le cambrioleur cherche à fuir et s’accroche à une gouttière et se laisse glisser le long du mur, suspendu dans le vide. Sa victime va l'aider...

C'est un film étonnant, et à plus d'un titre, d'abord par la rupture de ton qu'il impose dans les cinq premières minutes. Le résumé ci-dessous ne tient pas compte d'un élément important: quand Mistinguett rentre chez elle, nous qui l'avons vu à l'oeuvre, interrompu par le retour de la maîtresse de maison, nous savons qu'il y a un homme caché quelque part! Et cette danseuse qui rentre chez elle après son travail, pourrait être Mistinguett elle-même: l'absence de précision sur ce point permet au spectateur une plus grande identification avec l'atmosphère de tension voulue par Capellani.

Mais celui-ci, qui avait décidément une certaine forme de génie, ne s'arrête pas là: il passe aux actes avec un insert formidable, d'autant plus à une époque où le cinéma Français semblait très réticent face au montage! Lors du coucher de Mistinguett, le cambrioleur est sous son lit. la scène est traitée en plan large, mais lorsque l'héroïne fait tomber l'allumette, la caméra se recule, et on voit alors le cambrioleur qui a vu l'allumette tomber sur la moquette, et avance un bras pour l'éteindre. Capellani coupe et le plan suivant est en plongée, sur le lit de Mistinguett, sur le bras de l'homme qui s'étend vers l'allumette... effet de surprise partagé et garanti!

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani
27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 17:06

E.A. Dupont, bien sur, a réalisé Variétés, le genre de film définitif tellement emblématique qu'il vous plombe le reste d'une carrière! Mais il lui a aussi ouvert des portes, et Dupont, profondément Européen, a choisi de rester sur le vieux continent... Mais en Grande-Bretagne, où il a été choisi par British International Pictures pour faire exister le cinéma Britannique à l'international... Exactement le boulot pour lequel son premier film Britannique a été fait, et ironiquement,le sujet et le lieu de l'action sont éminemment Parisiens, et la distribution de ce film Anglais réalisé par un Allemand est dominée par les Français, à l'exception notable de la star Olga Tchekova et de l'actrice Anglaise Eve Gray... Le film a été tourné, en revanche, dans les studios d'Elstree à Londres, et pour les scènes de music-hall, au Casino de Paris. Pas au Moulin-Rouge? Non, mais j'ai une théorie là-dessus! J'y reviendrai.

On assiste à une grande soirée au Moulin-Rouge. La grande vedette du moment est la danseuse et chanteuse Parysia (Olga Tchekova), et sa fille Margaret (Eve Gray), qui a grandi loin d'elle mais l'idolâtre, est venue non seulement pour assister au spectacle, mais surtout pour lui présenter son amoureux, le jeune André de Rochambaud (Jean Bradin). Celui-ci aime Margaret, mais il est tout de suite subjugué par la beauté et l'énergie juvénile de Parysia. La mère de Margaret rend service à sa fille, en obtenant du très difficile père d'André (George Tréville) son consentement pour le mariage de son fils avec une fille d'actrice, mais André semble plus troublé qu'heureux: il avoue à Parysia qu'il lui est difficile de se résoudre à épouser Margaret, car il aime désormais sa mère plus que tout...

Bref, du mélodrame, du qui tâche, quoi! On retrouve, si on a déjà vu Variétés et Piccadilly, le goût de Dupont pour le mélange entre mélodrame et monde du spectacle... Dans Moulin Rouge, ce qui frappe d'abord, c'est une entrée en matière étonnante, faite d'un quart d'heure de déambulations nocturnes et autres images de revues, dans un kaléidoscope inédit, avant que n'entrent en scène les trois protagonistes. Dupont cherche à nous faire partager son amour du milieu du spectacle, et souhaite aussi situer son intrigue dans un milieu éminemment visuel. Il en ressort l'impression, qui était exactement la même sur les deux autres films que j'ai vus (Dont je rappelle que l'un était antérieur, et l'autre postérieur à celui-ci) que pour le metteur en scène seule l'émotion compte. C'est ce que confirme d'ailleurs l'ensemble de ce long métrage de dimension respectable (il dépasse les deux heures). L'exposition du drame, située dans le cadre de la soirée au music-hall, dure quarante-cinq minutes, et est surtout constituée d'une enivrante série de scènes tournées de part et d'autre des numéros présentés au public... Le metteur en scène se plaît à montrer le public (ce qu'il ne faisait pas dans Variétés, mais il le refera dans Piccadilly, anticipant sur le style des films Anglais de Hitchcock à l'époque des 39 marches. Le drame, bien sur, n'a rien de révolutionnaire, mais il permet au réalisateur de se lancer dans une description moderne du chaos des sentiments qui passe par la vitesse (les voitures, utilisées pour une tentative de suicide ratée, des plus originales), l'ivresse (Eve Gray a droit à une belle scène d'ivrognerie touchante, dont le comique est contrebalancé avec efficacité par le montage parallèle d'une scène pathétique avec Jean Bradin), le jazz et la danse. La peinture du petit monde des coulisses complète un tableau de l'époque, que Dupont a souhaité prolonger avec Piccadilly... Mais Moulin Rouge est bien meilleur.

Mais venons-en à l'inévitable question: pourquoi donc le film n'a-t-il pas été tourné au Moulin-rouge? A mon avis, connaissant le contexte particulier des lois de censure cinématographique en Grande-Bretagne, ça aurait été difficile de tourner des scènes au Moulin-rouge, haut-lieu de la nudité scénique dès les années 20. Ce qui n'a pas pour autant empêché un scandale lors de la sortie (limitée) du film aux Etats-unis, en raison des tenues (très) légères des figurantes. Mais je ne cherche pas ici à en faire un argument de vente d'un film qui se débrouille bien tout seul!

On notera que Moulin Rouge a fait l'objet d'une reconstitution par le BFI et le DFI (l'équivalent Danois) puisque c'est à Copenhague que la copie la plus complète a été retrouvée. Une excellente idée des restaurateurs a été de restaurer également la bande-son de la deuxième sortie du film en 1929, qui respecte totalement le film et ses ambiances, au point de présenter un moment étonnant: le metteur en scène utilise énormément la force contrapuntique du montage parallèle, et une scène de danse endiablée accompagnée de jazz à un tempo infernal, est montée conjointement à une opération dans laquelle une femme joue sa vie. Chaque plan de la salle d'opération est muet, coupant la musique de façon brutale. L'effet est impressionnant...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928 **
27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 09:19

Situé au beau milieu d'une période creuse, voici un film étrange, qui laisse un sale goût indéfinissable tout en étant rigoureux du début à la fin... Il y a débat sur After hours, mais la production (Griffin Dunne, l'acteur principal, a joué à cet égard un rôle important dans la mise en chantier du film) savait parfaitement ce qu'elle faisait, et on a confié la mise en scèe à Martin Scorsese, au pire creux de la pire vague de sa carrière, parce qu'il voulait faire le film, tout bonnement...

Un informaticien rencontre une femme séduisante mais un peu mystérieuse, un soir, dans un diner. Ils échangent quelques mots, et elle lui laisse un numéro de téléphone pour la contacter... Ce qu'il fait une fois rentré chez lui. Elle lui propose de passer, et une nuit de galère absolue commence alors pour Pau Hackett (Griffin Dunne) qui se rend chez la sculptrice Kiki Bridges (Linda Fiorentino), chez laquelle Marcy (Rosanna Arquette) dort actuellement... Et dès le taxi, les choses s'emballent et ne se passent pas comme il faudrait.

C'est froid, parfois même désagréable: ce qui arrive à Paul Hackett dépasse en fait le seuil du désagréable! C'est de là que vient le débat: c'est une comédie, oui, sans doute, mais on n'y rit très peu, et de fait les péripéties qui tombent sur le pauvre type (au fait, ce Paul, il n'a pas grand chose pour lui) sont tellement atroces que le spectateur n'a pas de répit. Scorsese en profite pour brouiller les pistes, et filme comme si c'était un thriller... Du coup c'est le film parfait pour briller en société, et dire aussi haut et fort que possible: "Le nombre de gens qui n'ont pas compris que c'était une comédie!"... Mais voilà, principe numéro un de la comédie: on y rit. C'est drôle. 

Donc...

After hours n'est pas une comédie. Juste un film de plus ou de moins pour un réalisateur certes parfois doué, mais qui déçoit souvent et beaucoup.

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Published by François Massarelli - dans Martin Scorsese
24 juin 2017 6 24 /06 /juin /2017 19:28

Dans cette ébauche de Jour de fête, tournée en plein dans la période de la reconstruction qui a suivi l'occupation, Tati commence à poser les bases de son cinéma, et surtout de son premier long métrage dont le héros, un facteur interprété par l'auteur, sera bien sûr le même personnage que dans ce film très court... On y voit une poste rurale prôner l'efficacité à ses facteurs, puis nous assistons à l'effet produit de cette volonté de modernisation et de vitesse sur le facteur Tati...

C'est le cinéma de Tati à son plus pur, avec ses immenses qualités et ses défauts (principalement techniques) non négligeables. Tout y est concentré sur une recherche du gag, visuel et de situation, dans une narration linéaire et sans aucune anicroche due à une quelconque équivoque. Tati, qui a beaucoup étudié et aimé passionnément le cinéma muet Américain, sait qu'un gag, pour fonctionner, doit être clair à 100%: dont acte... Ces quinze minutes, tournées en muet et post-synchronisées en studio (une pratique que Tati ne quittera jamais, et j'en parlais plus haut comme d'un défaut: ce n'est pas au point des bande-sons Italiennes, mais pas loin), sont une déclaration d'amour au cinéma drôle.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Tati
23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 08:19

A Los Angeles, de nos jours, nous assistons à la rencontre de deux jeunes gens désireux de percer: Mia (Emma Stone) veut devenir actrice depuis toujours, ce qui lui a fait quitter son Nevada natal et depuis elle a réussi à se rapprocher, en faisant un petit boulot de serveuse dans une cafétéria proche des studios, et enchaîne les passages obligés: audition sur audition, soirée sur soirée... Sebastian (Ryan Gosling) a quant à lui une passion dévorante pour le jazz, un mode d'expression qu'il estime en voie de disparition. Il se verrait bien en sauveur et ambitionne d'ouvrir dans un lieu historique un club de jazz, un vrai. En attendant, eh bien... piano bar: plus "Jingle bells' que "Now's the time', en fait...

Et en fait, c'est tout. Ou presque: ajoutons que ces deux-là font des étincelles ensemble, et se soutiennent mutuellement, jusqu'à ce que... le succès de l'un ou de l'autre vienne gâcher la fête.

Car sinon, y a-t-il vraiment un enjeu dans ce film? Je pense que oui, mais ce ne sera pas dans l'intrigue ni dans les personnages, aussi réussis soient-ils. On n'échappe pas aux clichés... En même temps, c'est Los Angeles, donc le cliché est partout! Mais l'enjeu de ce film, c'est de reprendre le flambeau de la comédie musicale, la belle, la vraie, celle qui chante sous la pluie, qui prenait des chemins inattendus aux moments les plus loufoques, celle dans laquelle deux personnages qui sont en train de se parler glissent tout à coup en mode Fred Astaire / Ginger Rogers...

Ou plutôt en mode Gene Kelly / Cyd Charisse tant la dette de Chazelle pour les musicals de la MGM, ceux produits par Arthur Freed et mis en scène par Kelly, Vincente Minnelli ou Stanley Donen, est évidente! Minnelli en particulier, dont le style baroque est clairement référencé dans un grand final qui récapitule en re-développant les thèmes du film en version rose. C'est l'une des belles idées du film, d'ailleurs; Chazelle qui a voulu rester dans son intrigue aussi réaliste que possible (D'où une impression occasionnelle de ronronnement, par exemple lorsqu'on assiste à la scène inévitable de l'engueulade autour d'un repas) a donc choisi de faire passer ses personnages par des destins contrariés, et maintient un profil pessimiste quant aux chances de ces deux-là de finir ensemble. Ca ne l'empêche pas de nous donner à voir, par la danse, une alternative séduisante qui passe par toutes les couleurs de l'optimisme... et par Paris.

Pour le reste, la magie de la comédie musicale fait comme la jeune fille: elle opère. Dès le début, on apprécie une scène enlevée de ballet qui surgit d'un embouteillage et qui passe par un plan-séquence bouillonnant,  et un parti-pris qui me réjouit: ces danseurs ne sont pas des machines athlétiques ni des rats de conservatoire, ce sont des gens avec des corps certes opérationnels, mais qui les font ressembler à tout un chacun. Comme Gosling et Stone, qui ne sont pas des danseurs! Ce ne sont pas des chanteurs non plus, mais il y a du charme y compris dans la gaucherie, avec une caméra qui sait rester à distance, et des effets spéciaux qui savent ajouter la magie nécessaire sans jamais en faire trop... Mais par contre, on n'échappe pas aux clichés du jazz-dans-les-films: "name-dropping": 'Bien sur que j'aime le jazz: Charlie Parker, Chick Webb'... Argot: 'my man!'... Souffrance du pianiste de fond lorsque au lieu de jouer ce qu'il aime, il doit jouer Jingle Bells... Ignorance crasse des gens qui confinent au mépris, ou fans transis qui... dansent sur du be-bop. Ce dernier est sans doute le plus difficile à avaler! Mais on a le bon goût de nous montrer Ryan Gosling en obsédé de la note juste qui répète jusqu'à l'épuisement un passage forcément difficile de Japanese Folk Song, interprété par Thelonious Monk (Extrait de Straight no chaser, 1967)...

Bon inévitablement, il va falloir le dire: non, ce film n'invente pas grand chose et ne sauve rien. La comédie musicale à l'ancienne n'a pas besoin d'être sauvée, les films ont juste besoin d'être vus... et parfois d'être réalisés. Merci à Damien Chazelle d'avoir tenté sa chance et réussi dans la mesure où le succès a été au rendez-vous. Mais il n'a pas fait un film inoubliable, loin de là: pour commencer, qui dit comédie musicale dit chansons, et je n'en ai pas entendu une seule qui me semble mériter de rester dans les annales. Elles sont tout au plus fonctionnelles. Cela dit, le réalisateur se rattrape avec certains parti-pris, comme je l'ai déjà dit, et avec un jeu obsessionnel sur le temps, véritable thème directeur en même temps que fil rouge structurel. Les événements suivent une trame chronologique, annoncée par des cartons simples: hiver, printemps cinq ans plus tard... c'est d'autant plus nécessaire qu'en Californie on porte des shorts en décembre, bien sur! Mais tout ce qui se rapporte aux personnages renvoie au temps: la nostalgie, inévitable à LA alors qu'on y détruit tout en permanence, et présentée comme le thème principal de la pièce avec laquelle Mia tente de percer; le rappel constant de la voie d'extinction du jazz; le destin des monuments, lieux de spectacle et autres lieux; Mia et Sebastian assistent à une projection de Rebel without a cause, et veulent prolonger ce qu'ils ont vu (avant que la pellicule ne craque) en se rendant à l'observatoire du parc Griffith: Chazelle imite directement le plan du film de Nicholas ray en nous montrant la voiture qui arrive à l'observatoire! la comparaison devient inévitable, c'est une jolie idée... Mais deux ou trois séquences plus tard, Mia passe en voiture devant le cinéma où ils se sont rendus: il est fermé...

Tout a une fin. Bon, si c'est le message, lui non plus n'est pas révolutionnaire... Mais c'est le pari, ainsi que l'écueil, du film: tenter d'infiltrer un genre baroque entre tous en racontant des histoires... raisonnables. Puis réussir, contre vents et marées, à y insuffler, ne serait-ce qu'un instant, un brin de magie et de charme. Bref: bref, refaire ce qu'a voulu faire Scorsese dans son désastreux New York, New York... mais en bien mieux.

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Published by François Massarelli - dans Ryan Gosling Musical Danse
22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 11:48

On prend les mêmes, etc etc etc. L'agent Jay (Will Smith peine à se trouver un partenaire digne de ce nom, alors quand une affaire d'alien venu de très loin pour mettre la pagaille, suite à un ancien dossier qui impliquait le fameux Kay (Tommy Lee Jones), rangé des voitures, il se fait un plaisir d'aller récupérer son copain qui végète à la poste... Et donc c'est reparti.

Deux façons de voir le film: Premièrement, c'est une suite qui ne s'imposait en rien, se contente de fournir quelques variations sur le sujet et sur la forme, et prolonge un peu le plaisir pris au premier film en fournissant quelques gags supplémentaires.

Deuxièmement: après l'échec de Wild wild west, un projet dans lequel Sonnenfeld avait mis beaucoup de lui-même, il lui fallait vraiment retrouver une certaine santé en redevenant une valeur sure au box-office... Donc le film était motivé de toute façon par la nécessité impérieuse de faire revenir le public dans les salles! Du coup, toute invention scénaristique en était bannie par avance. C'est ce qui fait, mais oui, l'intérêt du film: il est du début à la fin intéressant pour la forme, la façon dont Sonnenfeld, mais aussi Smith et Jones jouent sur le rythme, le cadrage bien entendu, sur l'attendu et l'inattendu. Il profite aussi pour recycler des acteurs de Big Trouble, notamment Johnny Knoxville ou Patrick Warburton, et accessoirement un peu de l'ambiance bricolo qui avait régné sur ce film, qui allait sortir. Comme on le sait depuis, à la fin du tournage de ce deuxième Men In Black, le 11 septembre 2001 a décidé que la sortie de Big Trouble ne pouvait se faire que dans la discrétion (Le film contait une rocambolesque histoire d'avion et de bombe...), et donc avant la sortie de MIIB, Barry Sonnenfeld était désormais responsable de deux flops monumentaux. C'est dommage, car à partir de là, sa carrière était flinguée.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Barry Sonnenfeld
22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 11:38

Tout le petit monde est en place, lorsque Sennett sort ses premiers films sous le label Keystone. Il est encore acteur et n'a pas encore délégué la place de réalisateur comme il le fera si souvent, et il est bien entouré: Ford Sterling est de la partie, et Mabel Normand aussi. Elle était indispensable, car dans les derniers Biograph réalisés par Sennett, elle était déjà identifiée par le public. Elle avait d'ailleurs une image de sportive, ce qui allait avoir des conséquences aussi bien sur ce film, que sur l'histoire des films Sennett...

L'intrigue est réduite à sa plus simple expression: Sennett joue un jeune homme amoureux qui s'apprête à présenter sa petite amie Mabel Normand à ses parents. je ne sais pas qui est la maman, mais le père est joué par Sterling et il vole la vedette à tout le monde... Il va à Coney Island, y perd de vue son épouse et en attendant son fils qui ne devrait pas tarder, il flirte avec une jolie fille qui semble largement poser en maillot de bain pour la caméra... Et bien sur c'est Mabel Normand.

Celle-ci est donc en maillot de bain 1912 pour une large partie du film (Tourné dans l'est, car Sennett n'avait pas encore relocalisé son studio dans l'ouest), et doit faire des démonstrations de plongeon, l'une de ses spécialités (même si la scène est filmée à une certaine distance et il est fort probable que ce n'est pas elle). Mais d'ici quelques années le studio allait surtout se concentrer sur le maillot de bain, et en faire un argument de vente imparable...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Mabel Normand
21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 18:32

S'il est un film qui est célèbre pour des raisons inattendues, c'est bien celui-ci: un acteur inconnu y faisait l'une de ses premières apparitions à l'écran, la plus courte et la plus obscure en réalité. Et c'est pour cette raison et cette raison seule que la découverte de ce film très moyen, dont l'intrigue est très très ténue, est en réalité un événement majeur!

Les policiers poursuivent une bande de malfrats, mais le pauvre Ford Sterling est pris entre deux feux: pris pour un bandit par les pandores, et poursuivi par les voleurs parce qu'il les a vus. Bref, c'est un peu David Vincent.

Allez, on va le dire quand même: c'est Chaplin, et il a beau n'être vraiment visible sur l'écran que durant 25 secondes en tout, il marque. Ce garçon avait du talent, quand même... Et bonne mémoire: il se rappelait en effet avoir participé à un film Sennett dans lequel il avait été un Keystone Cop: eh bien, la preuve est faite.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin