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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 15:37

Réalisé avant Rashomon, et bien sur beaucoup moins connu, ce film reprend le fil des préoccupations liées à la vie au Japon après la défaite, dans la droite ligne, pour Kurosawa, de ses films de l'immédiate après-guerre et de ses films noirs (L'ange ivre, Chien enragé). Avec sa situation qui met aux prises deux personnes face à un scandale ourdi par les méias, qui dégénère en affaire de corruption, le  réalisateur dresse un portrait révolté de la situation morale du pays, tout en livrant une image de la réalité sociale d'un pays qui peine à se relever de la guerre, et dans lequel les inégalités sont partout...

Ichiro Aoye, un peintre (Toshiro Mifune), a rencontré par hasard lors d'un voyage Miyako Saijo (Yoshiko Ōtaka), une jeune chanteuse à succès, poursuivie par la presse. Il propose de la ramener à son hôtel sur sa moto, déclenchant ainsi malgré lui un crise médiatique sans précédent; en rentrant en ville, il constate que la presse s'emballe, des articles sont pbliés dans un magazine à scandale, et le peintre se lance dans une lutte contre le journal; il porte plainte pour harcèlement. il demande de l'aide à Hiruta (Takashi Kimura), un avocat miteux qui l'a contacté parce qu'il était sincèrement désolé pour lui, et scandalisé par les attques de la presse. Mais Hiruta, affaibli par la maladie de sa fille Masako (Yoko Katsuragi), et qui vit dans une misère inquiétante, va vite céder aux sirènes de la corruption lorsque les plaignants deviendront une menace trop forte pour le journal incriminé...

L'ombre de Capra plane sur ce beau film engagé. Engagé, parce que Kurosawa n'a pas fait de Mifune un peintre pour rien, la métaphore est évidente; si le film n'est pas une allusion à Kurosawa ou son histoire, le réalisateur met suffisamment de lui-même dans le film pour qu'on sache sur quel pied il danse. Et le procès, fait de coups de théâtres savamment orchestrés, le voient prendre parti pour la justice, aux côtés de Aoye... Le film dénonce donc la turpitude morale du japon, incarnée dans une presse qui n'en fait qu'à sa tête. Il ne s'agit pas de conservatisme de la part de Aoye/Kurosawa, mais bien de vérité. Il n'a rien à se reprocher, et n'aime pas surtout qu'on s'intéresse à lui pour de mauvaises raisons. Le personnage n'est pas à propement parler traditionnel, avec sa moto et son franc-parler, mais il a une fibre morale solide; c'est une belle interprétation toute en subtilité de Mifune. A ses côté, la vedette féminine (Qui tournera l'année suivante pour Vidor, dans Japanese war bride) incarne un rôle ambigu de vedette qui veille à sa propre publicité, mais dont il est clair qu'elle garde de sa rencontre avec le peintre un excellent souvenir... De nombreuses allusions à un tableau, représentant une montagne, effectué durant ce périple tendent à nous faire penser que le peintre lui-même n'a pas été indifférent à la jeune femme; cela dit, Kurosawa étant Kurosawa, il ne s'étend pas sur cette idylle, préférant montrer les relations des deux artistes avec leur étonnant avocat.

http://www.filmsquish.com/guts/files/images/scandal2.jpgTakashi Shimura, dont le nombre de collaborations avec Kurosawa en font aux cotés de Mifune un autre acteur fétiche, n'a rien ici de la montagne de force qu'est le samourai Kambei qu'il incarnera trois ans plus tard; c'est un homme que la vie n'a pas ménagé, pauvre, raté, qui ne sort de sa logique de perdant (Courses, paris, etc...) que pour se proposer de prendre la défense des deux plaignants, avant qu'ils ne le lui aient demandé; c'est sans doute la raison qui pousse Aoye à le faire, d'autant qu'il a vu la misère dans laquelle le vieil homme vit, et sa fille malade. Mais l'avocat va incarner durant le film non seulement la misère sociale mais aussi la misère morale de l'époque en se laissant corrompre trop facilement. Tragiquement, la mort de sa fille Masako sera pour lui le signal de la fin de cette mascarade, et il sauvera la mise de ses clients en dénonçant la corruption dont il a été l'objet, et à laquelle il a pris part. Cette mort, inévitablement pressentie et annoncée, empêche le film d'être une comédie, et prolonge d'une certaine noirceur l'humanisme volontariste à la Capra dont le metteur en scène a fait preuve pour ce film. 

Scandale est un étrange objet, dont le rythme est généralement soutenu, ne s'arrêtant que pour laisser s'exprimer la douleur de Hiruta (dans trois scènes, en particulier celle ou il confesse sa duplicité à sa fille). le metteur en scène a aussi donné une certaine cohésion à l'ensemble en montrant le procès annoncé et repris par la presse, mais aussi par le cinéma; il fait ainsi le portrait d'un pays en pleine mutation, en pleine avancée, aussi, dont la célébration de Noël est l'un des traits: les gens y chantent, en Japonais, tous les chants de circonstances, avant de se souhaiter Merry Christmas! en Anglais dans le texte... ce qui décidément renvoie à l'atmosphère particulière de It's a wonderful life, un film que Kurosawa a certainement vu! Toutes les mutations de la société ne sont pas mauvaises, semble nous dire Kurosawa, dont le personnage-reflet roule en moto, et s'habille (Comme Miyako du reste) à l'occidentale et se plaint de ce que ses compatriotes n'ont pas l'esprit ouvert à l'art lors d'une discussion sur le nu avec son modèle. De même, le metteur en scène laisse la musique de Fumio Hayasaka s'inspirer de la musique ocidentale, tout comme sa musique pour Rashomon sera inspirée dans sa forme par le Boléro de Ravel (Ce qui est d'ailleurs tout à fait approprié). Filmé dans un Japon citadin aussi protéiforme que celui de Chien enragé, c'est un film de Kurosawa à découvrir de toute urgence.

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Published by François Massarelli - dans Akira Kurosawa Criterion
24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 09:36

Le titre Japonais et le titre international de ce film sont fort différents l'un de l'autre, et ça requiert probablement une explication... A la base de cette co-production Franco-Japonaise, il y a deux volontés,celle de Nagisa Oshima d'une part, et celle du producteur Français Anatole Dauman d'autre part, motivées par un contexte bien différent dans les deux contrées: Oshima, en butte à la censure et à la morale étriquée de son pays (Qu'il appelle "ce" pays, d'ailleurs, jamais "mon" pays), souhaite prolonger sa réflexion sur deux thèmes qu'il entremêle volontiers: la rébellion d'une part, et la sexualité d'autre part. Dauman, de son côté, souhaite prendre en marche la voie de la libéralisation de la représentation du sexe dans le cinéma Européen. On sait qu'en 1975, cette libéralisation atteint son apogée, et on peut se rendre sur les cinémas des grands boulevards pour y voir Gorge Profonde... Les deux compères vont donc tourner un film porno. Disent-ils, parce que ce Ai no corrida n'est pas, mais alors pas du tout, un porno...

Ai no corrida, ça veut dire littéralement La corrida de l'amour, et ce titre imposé par Oshima n'a jamais plu à Dauman, qui a privilégié dns la distribution internationale le passe-partout L'empire des Sens, ou In the realm of the senses pour les Anglo-saxons, ce qui semble promettre une grand spectacle avec montagnes russes sensorielles... Bref, un titre mensonger. A tout prendre, même si comme moi on est profondément opposé à la corrida, cette distraction pour salauds qui à mon sens, n'est noble que lorsque le torero est écartelé, je pense que le titre Japonais a plusieurs mérites: tout d'abord, il suggère une confrontation entre deux êtres, ensuite il réussit à garder son mystère poétique pour celui qui n'a pas vu le film, tout en comprenant une allusion presque ironique à la fin, et enfin, après tout il s'agit bien d'un spectacle qui inclut la mort de l'un des ses protagonistes, sacralisée, mise en scène, et pas vraiment fortuite, dans son déroulement...

1936, Tokyo. Sada Abe (Eiko Matsuda), une jeune femme au passé chargé, trouve une place dans une auberge tenue par un couple. Kichizo (Tatsuya Fuji), le propriétaire est un coureur de kimonos, et elle le laisse volontiers la séduire. Dès leur première confrontation, ils réalisent à quel point ils sont faits l'un pour l'autre: Sada est insatiable, et Kichi possède une belle santé, ils deviennent inséparables, à tel point qu'ils prennent la direction d'une autre auberge dans laquelle ils vont vivre six mois intenses de relations sexuelles, le séjour en auberge étant payé par la prostitution de Sada. Ils se mettent à l'écart du monde, et vivent leur amour jusque au bout, Sada épuisant littéralement son amant, avec le consentement de celui-ci.

Je le dis une bonne fois pour toutes qu'il n'y ait pas d'équivoque: si à aucun moment le film ne se livre à une débauche de gros plans anatomiques, le sexe ici est stylisé mais souvent réel, frontal, c'est-à-dire non simulé. Ce qui différencie Ai no corrida d'un film porno, bien sur, est la distance d'une part, Oshima n'utilisant les gros plans des organes, ou des actes, que pour les établir. Plus le film avance vers sa conclusion, plus la caméra reste à l'écart, loin des corps qui s'incorporent dans le décor, dans une composition toujours parfaite. La caméra, au fait, ne bouge pas. Et d'autre part, le sexe n'est pas une fin en soi, il fait partie de l'histoire oui, mais il ne s'agit pas ici de titiller, bien plutôt de conter: la rencontre entre Kichi et Sada passe par les corps, elle passe par la blancheur de la peau, par le corps gracile, de la jeune femme, et oui, par le pénis souvent mentionné de Kichi, qui est souvent le héros des conversations friponnes. Mais si le film fait reposer son intrigue sur la sexualité, ça reste une intrigue, qui se déroule dans un contexte clairement identifié, celui du Japon à l'époque d'Hiro-Hito.

A un moment, souvent discuté, du dernier acte, Kichizo passe dans une rue, et croise une colonne de soldats en marche, fêtés par des enfants qui portent des fanions aux couleurs du Japon Impérial. Kichi marche à l'envers de l'histoire, dans un passage qui non seulement a nécessité une préparation, et une figuration importante dans ce qui est souvent un huis-clos entre deux personnes, mais aussi, fait preuve d'un manque de continuité: le champ montre Kichi, de dos, qui s'engage dans la rue; face à lui, marchant donc vers nous, la colonne. Le contrechamp ajoute, presque par magie, les enfants. Tous dénués d'émotions... Au fait, les enfants sont les grands absents de ce film. Une histoire d'adultes et de sexualité, me direz-vous...

Mais aussi les rapports parents-enfants sont réorganisés, et passent par la symbolique: Sada et Kichi soulignent parfois leur différence d'âge, et la jeune femme finance leur grande vie en se prostituant auprès d'un homme qui pourrait être son père, et qui est directeur d'école, donc une figure paternelle par excellence. Kichi, sur un caprice de Sada, offre son corps à une vieille geisha dans une scène du plus haut comique... ou des plus embarrassantes! Après l'acte, alors que la vieille s'est évanouie, il confesse que "c'était comme de faire l'amour avec ma mère morte"! On verra des enfants, dans le film, mais ils sont épisodiques, ou carrément liés à des fantasmes, ces décrochages plus ou moins réussis qui illustrent le tumulte dans la tête de Sada. Mais la raison d'être de cette absence des enfants dans une histoire aussi chargée en sexualité n'est pas seulement qu'il s'agit d'une intrigue intimement liée à l'acte sexuel. C'est pour souligner, ce que fait d'ailleurs l'un des fantasmes mis en scène de Sada: c'est elle qui a gardé son âme d'enfant, et qui d'ailleurs survivra au chaos du film. Elle représente l'avenir, car c'est une femme, et elle est celle qui prend la situation en charge...

Il y a quelques mois, Gaspard Noé sortait son film Love, un film de sexe en 3D qui comme le film qui nous occupe, sortait par le biais des salles de cinéma traditionnel, l'un donc des innombrables héritiers auto-proclamés de ce classique d'Oshima. Le film, outre une polémique infecte liée à sa récupération par l'extrême droite souhaitant l'utiliser pour promouvoir un durcissement de la censure (Le seul durcissement au cinéma que ce genre d'association souhaite préserver, semble-t-il), est aujourd'hui fortement critiqué pour son obsession de la jouissance masculine, qui y est représentée (anatomiquement, bien sur), alors qu'on y occulte l'orgasme féminin. Il est intéressant de constater que dans ce film-ci, issu d'une société qui privilégie l'homme en tous points dans ses traditions, en particulier dans ses codes sexuels, c'est au contraire Sada qui multiplie les orgasmes. Il y a une exception notable, mais elle est la base d'une discussion entre les amants: Kicho dit clairement à la jeune femme qu'il aime bien lui donner du plaisir, et si leurs nombreux, très nombreux rapports donneront forcément du plaisir à l'homme, on ne le verra pas, parce que ce n'est pas le sujet. Le sujet est la prise de pouvoir par Sada Abe, donc par la femme. A ce titre, l'unique occurrence du plaisir pour Kichi sera vue par le biais d'un plan qui cadre justement Sada, concentrée à lui donner ce plaisir. C'est la jeune femme qui mène l'homme, je ne dirai pas pas le bout du nez parce que ça prêterait volontiers à des allusions, mais c'est elle qui commande, et le film nous conte l'inéluctable prise en charge de la sexualité, de l'affectif, du couple, par la femme. D'une relation de patron à employée, on passe à un couple dans lequel l'homme devient l'objet sexuel d'une femme qui décide de se prostituer pour financer le couple... Un couple qui marche à l'envers des codes communément acceptés, en marge de l'histoire, qui ignore cette marche inexorable vers le paternalisme et l'autoritarisme, et qui va vers la mort programmée et acceptée de l'un d'entre eux. Attention, on va maintenant parler de la fin.

Car cette histoire est basée sur un fait réel: Sada Abe, été trouvée par la police en 1936, et arrêtée dans un cinéma, soupçonnée d'avoir tué Kichi, et d'avoir coupé et conservé ses organes génitaux. Elle n'a absolument rien démenti, et portait justement son trophée sur elle. Et paradoxalement, Sada, dans cette société paternaliste, est devenue une héroïne, une légende, qui après un temps en prison, a vécu une longue vie dans le sillage de son haut fait d'armes... Elle est décédée au début des années 70, à plus de soixante ans, après avoir transcrit cet épisode célèbre dans un journal qui s'est ma foi fort bien vendu! En reprenant cette histoire très connue, Oshima se saisit d'un fait divers célèbre, assorti de transgressions en cascade, qu'il va pouvoir utiliser pour montrer une nouvelle voie au Japon, dans un manifeste fait de provocation et de sacralisation de la quête féminine de la jouissance dans un pays hautement patriarcal. C'est une révolte? Non, une révolution, et elle passe par un film qui est réputé pour être le plus rigoureux de son auteur, justement. Oshima se repose sur des collaborateurs éprouvés, se réjouit d'avoir engagé des acteurs formidables, qui rendent finalement visible ce qui n'aurait pu être qu'une débauche de viande, en le rendant humain, esthétique, et passionnant. La beauté visuelle des décors est due à la main experte de Koji Wakamatsu, et les images superbement composées ont été pilotées par Hideo Ito. celui-ci a pourtant du déléguer la prise de vue, une fois réglés les cadrages et lumières, à Oshima lui-même, qui n'avait qu'à appuyer sur un bouton pour lancer la machine, seul devant ses deux acteurs, lors des scènes intimes. Le résultat est époustouflant...

Bien sûr, le film (Dont beaucoup de metteurs en scènes se réclament aujourd'hui à tort et à travers) va triompher partout où le film sera montré même si ce sera parfois avec un délai de négociations sourcilleuses de la part des censures locales (Les pays Anglo-saxons ont fini par se laisser amadouer). Mais un pays résiste encore à Ai no corrida, et se refuse à le diffuser sans le censurer: les Japonais, du moins officiellement, n'ont jamais vu ce film sans cache ni coupes. Une histoire de ciseaux, quoi...

 

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Published by François Massarelli - dans Nagisa Oshima zizi panpan Criterion Mettons-nous tous tout nus
21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 17:15

1831. Magobei (Tatsuya Nakadai) est un samouraï avec une tache indélébile dans son passé de sabreur: il a quitté son clan qui venait de perpétrer un massacre pour de l'or, mais a négocié avec eux pour ne jamais révéler leur méfait, contre leur promesse de ne jamais le refaire. Il s'en veut de n'avoir ni empêché la boucherie, ni reporté son chef et ex-futur beau-frère aux autorités, et noie son honneur dans une vie de misère. mais il apprend que le clan a recommencé ses actes de piraterie. Il prend donc la décision de faire justice, tout seul s'il le faut...

Il ne sera pas tout seul, à combattre au sabre dans la neige, mais il aurait pu. Un vrai ange exterminateur, sans un gramme d'humour, bien sur, mais avec une efficacité redoutable. parmi ceux qui l'aident, une jeune femme (Ruriko Asaoka) dont toute la famille a été autrefois décimée par le clan lors du massacre originel, mais aussi un mystérieux agent double... ou triple (Isao Natsuyagi). le film prend son temps, et garde ses effets en réserve, mais c'est, on ne s'en étonnera pas, une fête visuelle, tournée essentiellement en plein hiver. Les combats prennent une dose phénoménale de poésie, et Tatsuya Nakadai, impliqué physiquement comme d'habitude, a souvent du se geler...

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Published by François Massarelli - dans Hideo Gosha
21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 09:38
Their first mistake (George Marshall, 1932)

Parce que Mrs Hardy (Mae Busch) se plaint de voir son mari s’associer constamment avec Mr Laurel, ce dernier suggère à son ami d’adopter un enfant; Ce l'occupera, lui suggère-t-il... Mais lorsque de retour à la maison avec un bébé Hardy apprend que son épouse souhaite divorcer, il va donc devoir élever cet enfant seul, ou plutôt avec Laurel, ce qui est pire.

L’histoire ne tient pas debout, et par ailleurs, on remarquera la façon dont le bébé devient un objet pur et simple et bruyant. Quelques bons gags sauvent l’entreprise, avec en particulier le biberon que Laurel sort de sa chemise de nuit, comme s’il y était toujours caché, et diverses scènes de destruction dues à la rencontre inopinée entre la tête de Hardy et les meubles. Pour le reste, et en dépit d'une spectaculaire confrontation entre Hardy et Mae Busch qui sauve au moins le début du film, on s'ennuie quand même un peu trop pour un film de 20 minutes...

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Hal Roach
21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 09:30

Il semble qu'après 1920, la carrière de Maurice Tourneur ait connu des revers sérieux. D'abord, Zukor et la Paramount ont refusé d'exploiter son film The glory of love, qui sortira finalement sous l'égide d'un obscur distributeur, et sous un nouveau nom en 1923: While Paris sleeps; il semblerait que ce film, le troisième et dernier avec Lon Chaney, ait disparu. Le froid avec Paramount résulta dans la fuite de Tourneur qui allait recommencer à tourner pour plusieurs studios, mais on le sait avec les carrières fluctuantes de gens comme Neilan et Stroheim, les années vingt n'étaient pas une période rose pour les metteurs en scène épris d'indépendance. Lorna Doone, réalisé pour Ince et distribué par la compagnie First National, au milieu de tout cela, ressemble à une survivance de la décennie précédente dans bien des domaines.

Le film peine pourtant à dépasser sa beauté plastique le charme de ses scènes: j'y ai vu des images sublimes, comme dans les autres, mais je me suis ennuyé. L'histoire, adapté d'un classique, concerne le destin presque tragique de Lorna (Madge Bellamy), jeune fille de la noblesse recueillie par des brigands infâmes, la famille Doone. Pourtant elle va réellement être épargnée, et devenir la fille adoptive du "seigneur" des lieux, Ensor Doone. Plusieurs années après, le passé la rattrape lorsque s'échoue (Littéralement) sur les terres des Doone son ami d'enfance (John Bowers), et entre les deux tourtereaux l'amour va bientôt naître, malgré la menace représentée par ces malfrats de Doone, tous plus dangereux les uns que les autres.

Tourneur reconstitue l'Angleterre du 18e siècle en Californie, et s'offre des compositions impeccables, un recours discret mais décisif aux ombres, et à l'occasion se fend de mises en scènes spectaculaires: le baptème d'un prince, une bagarre généralisée, en particulier, sont notables.

Le film, pourtant, manque de rythme, et en dépit des intérieurs délicatement illuminés, de la façon dont Tourneur place encore ses personnages au coeur de la nature, c'est un joli film qui tourne un peu à vide. Madge Bellamy est bien jolie, mais elle n'insuffle pas à son rôle l'énergie qu'avait, disons, Barbara Bedford dans The last of the mohicans, ou la profondeur presque vécue de Seena Owen dans Victory. Le reste de la carrière de Tourneur, qui continuera à tenter de rester indépendant, mais finira par claquer la porte des studios Américains après un désaccord sur le plateau de The mysterious Island à la MGM, tendrait à confirmer l'impression que, décidément, le metteur en scène a fait son temps...

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Published by François Massarelli - dans Maurice Tourneur Muet Thomas Ince 1922 *
20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 16:32

Ce film est une preuve supplémentaire du fait qu'il faut se garder de sous-estimer la carrière de Curtiz après son départ de la Warner; La période "free-lance" qui commence avec The egyptian et s'achève avec The comancheros et la mort du réalisateur est en effet riche et même si quelques films ne valent pas grand chose (A breath of scandal, St Francis of Assisi), on y trouve quelques joyaux... Dont cet impeccable western.

Tout commence par l'arrivée du "proud rebel" à Aberdeen, une petite ville, L'homme est un ancien soldat Sudiste, et il va dans le Nord pour oublier. Il est accompagné de son fils, devenu muet pendant la guerre suite à un traumatisme, et sinon ils ont un cheval et un chien. Le but de Chandler (Allan Ladd) est de se rendre dans le Minnesota pour y dénicher un docteur qui rendra la parole à son fils. Celui-ci, David (David Ladd) pourtant semble s'accommoder de son handicap, et a développé une solide amitié avec son chien Lance, qu'il a d'ailleurs dressé avec succès. Du coup l'animal devient un objet de convoitise, en particulier pour deux bergers qui tentent de le voler. dans l'altercation qui suivra, Chandler n'aura pas le dessus, et devra en prime, à cause de l'hostilité de la population à son égard, passer en jugement. Linett (Olivia De Havilland), une femme qui vit seule, un peu à l'écart de la ville, et qui a pris David en affection, se propose de payer la caution de John Chandler en échange d'un peu de travail. Mais le séjour de l'homme et de son fils ne sera pas de tout repos: non seulement il s'avère que le prix d'une opération de la dernière chance pour David est très cher, mais la lutte avec les voisins, les éleveurs de moutons rencontrés au début, sera âpre...

Le "rebel" du titre est un "reb", un ancien Sudiste qui a participé à ce que le Nord a appelé "civil war", et le Sud "Guerre de rébellion"... Et de fait, dans ce film comme toujours Allan Ladd incarne un homme fier, campé sur ses principes, en butte à la folie humaine et pas spécialement un rigolo. le contraste avec la bonté chaleureuse de Linett ne dure pas longtemps, on se doute que ces deux-là sont faits l'un pour l'autre et qu'ils se sont trouvés. Mais le film n'est pas que l'histoire d'un amour tardif et poétique, c'est aussi une étude de l'éternelle violence des pionniers, y compris dans une ville pacifiée, établie et dont les affaires marchent rondement. on y dénombre des éleveurs, des agriculteurs, et un roche éleveur de chiens. il y a aussi un docteur, un quaker qui va beaucoup aider John pour tenter une opération... mais en dépit de ces gages de civilisation, Curtiz nous montre les hommes en proie à la lutte pour la terre, des bergers faisant exprès de faire brouter leurs bêtes sur la terre des agriculteurs, pour affirmer leur puissance et les faire dégager... Des gens qui assènent, du hait de leur suffisance, que "tout s'achète, si le prix est le bon" avant de perdre bêtement ce qu'ils ont acheté au jeu. Au milieu de tout ça, John Chandler, gentleman sudiste qui a tout perdu sauf l'honneur, apporte justement un souffle de vraie civilisation à Linett, qui redevient une femme grâce à sa présence... Allan Ladd est fidèle sa légende, à l'austérité de Shane, mais il est aussi, avec ses illusions perdues et sa volonté de survivre à l'abri des autres, et des conflits, un héros Curtizien, un homme revenu de tout qui va apprendre en bon Américain à s'impliquer un peu au moment opportun...

Le film est délibérément chargé en émotions, non seulement par le truchement d'Allan ladd, qui a beaucoup à gagner dans cette aventure, lui qui est décidément très mal vu (On l'appelle "Le reb" partout où il va), mais aussi par le biais de David Ladd, qui est absolument parfait. Je n'ai pas besoin de dire qu'Olivia De Havilland est formidable dans un rôle qui lui fait assumer son âge avec panache, mais ce qui est aussi très frappant dans le film, c'est la façon dont, dans une superbe scène d'une grande cruauté, le metteur en scène adopte le point de vue... du chien. Superbe film quoi qu'il en soit.

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Western Olivia de Havilland
19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 16:59

Une comédie, juste une comédie... pas spécialement sophistiquée, et reposant sur un canevas éprouvé, celui d'une association entre deux êtres que tout sépare. Bien sur, l'un d'entre eux sera un Monsieur Loyal que rien n'a préparé à rencontrer l'autre, c'est à dire à affronter l'apocalypse... Et cette comédie a bénéficié au fil des années d'un succès inattendu pour tout le monde, sous l'oeil surpris mais amusé de son metteur en scène...

Le Dr Sheldon Kornpett (Alan Arkin) est un dentiste florissant, qui marie sa fille dans la semaine. Une ombre au tableau, il n'a pas encore rencontré le futur beau-père de sa fille, ce qui le contrarie. Nous, par contre, l'avons vu en action, commanditant un hold up assez spectaculaire. Aussi, quand la rencontre a enfin lieu, nous ne sommes pas trop étonnés que tout ne fonctionne pas très bien entre les deux hommes. C'est Sheldon qui est vraiment hostile, toutefois, son conservatisme ne semble pas gêner Vince Ricardo (Peter Falk), à tel point que celui-ci n'aura aucun scrupule à l'entraîner dans ses aventures plus ou moins louches...

Je sais ce que vous pensez: on dirait du Francis Veber. Eh bien non, c'est un amateur, car ce film offre vraiment le grand jeu, et Alan Arkin fait un "straight man" éblouissant face au cirque hallucinant de Peter Falk... Aucune sensation d'excès, de surjeu ou d'à-peu-près dans une mise en scène totalement dédiée au choc des cultures entre deux hommes, qui sont tellement complémentaires qu'ils deviennent vite inséparables, mais tout est vu du point de vue, bien sur, du dentiste, définitivement pas près à cette rencontre extrême... Remarquez malgré tout que dans ces aventures de banditisme, de terrorisme bancaire, d'espionnage et de mariage (Ouf!), Vince n'est sans doute que le plus normal des protagonistes. Regardez en particulier vers la fin l'irruption de Richard Libertini en General Garcia (il s'appelle tellement Garcia qu'il a une cicatrice en forme de Z sur la joue!). Il est à mourir de rire...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Criterion
17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 09:48
Shame (Steve McQueen, 2011)

Brandon (Michael Fassbender) est un cadre d'une entreprise florissante, efficace même si pas forcément au top. Il est réservé, se mélange assez peu avec les autres, mais son patron David (James Badge Dale) aime bien sortir avec lui parce que le contraste entre eux est si fort que ça lui donne une bonne image, du moins le croit-il. bien sur, Brandon a une double vie: il est ce qu'on appelle communément un sex addict, et le moins que l'on puisse dire, c'est que sous ses dehors calmes et posés, ses journées sont en fait bien remplies: sites pornos pendant le déjeuner, prostituées, clubs de rencontre, et même masturbation compulsive dès qu'il va aux toilettes dans les locaux de son entreprise. Il vit seul, se tient à l'écart de toute relation, et va vraiment sentir sa douleur lorsque sa soeur Sissy (Carey Mulligan), qui semble-t-il possède une variante du même problème, va s'installer chez lui...

Contrairement à Brandon, Sissy est à la dérive: pas de job stable, elle chante (Plus ou moins bien) dans des restaurants. Son plus gros problème, c'est que contrairement à son frère elle n'a pas fait le deuil de développer des relations humaines, et elle passe donc par des stades émotionnels difficiles, ce qui n'arrange rien pour Brandon, celui-ci n'ayant pas non plus la force de s'investir dans une relation, fut-elle non sexuée, avec un membre de sa famille...

Oui, on l'a compris, la chair est triste, dans ce film très cru qui ne nous épargne pas grand chose de l'enfer que vit Brandon, et qu'il fait vivre à son entourage. Le titre est bien choisi, car la honte est la ligne à ne pas franchir: Brandon semble n'avoir aucune gène à raconter un souvenir embarrassant de son adolescence, mais garde secrète sa vie de dépendance au sexe. Et l'arrivée de sa soeur, justement, fait qu'il ne pourra pas laisser sa part d'ombre à l'écart: elle sait, elle souffre, et lui est obligé de regarder la vérité en face... Avec sa narration presque totalement chronologique, McQueen nous embarque avec lui dans un voyage aux enfers qui n'est jamais confortable, et qui repose souvent sur des plans-séquences très douloureux.

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Published by François Massarelli - dans Steve McQueen
17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 09:29

New orlean: Gilda Karlson (Dorothy Mackaill) se prostitue pour le compte d'une madame, Angie (Cecil Cunningham). Elle exécute une "mission" auprès d'un client, qui n'est autre que Piet (Ralf Harolde), l'homme qui l'a faite basculer dans cet univers. la discussion s'anime, et Gilda assomme son agresseur et provoque un incendie. Le lendemain, elle apprend qu'elle est recherchée, il lui fait donc fuir. C'est le moment inopportun qu'a choisi Carl (Donald Cook), son petit ami, pour revenir... Il ignore tout de sa vraie vie, elle le met au parfum et contre toute attente il se range de son côté, et l'aide à atteindre l'île de la tortue, où elle peut être tranquille, à l'abri de l'extradition. Mis on y trouve beaucoup d'aventuriers échoués, et ils auront tôt fait de la renvoyer à sa condition et à son "métier"... Pire: alors qu'elle attend le retour de Carl, elle reçoit la visite inattendue de l'homme qu'elle croit avoir tué.

Apre? Plutôt, oui! William Welman, on le sait bien, n'est ni un tendre ni un naïf, et sa vision de la prostitution n'est pas vraiment celle du mélodrame Griffithien! Certes, c'est un homme qui l'a faite basculer dans cet univers, mais quand le film commence, Gilda connait son métier! La plus célèbre des photos de plateau du film donne assez bien l'idée de la situation, elle figure en illustration de cet article. Pourtant, comme les autres personnages de Wellman, elle est en quête d'une certaine forme de rédemption. le film va nous le montrer à travers ce qui va se passer sur l'île, dans le drame qui va se jouer entre elle, l'homme qu'elle est sensée avoir tuée, et les hommes en sursis qui vivent avec elle, et qui tous, la passeraient bien à la casserole... Et Gilda, dans tout cet imbroglio n'aura pas une seule pensée pour elle-même: elle ne pensera qu'à Carl, son jeune officier fringant, qui a décidé en un éclair de la pardonner, et de la soutenir dans sa tentative de s'échapper d'une vie infecte...

C'est, au milieu de la fructueuse période Warner de Wellman, un film qui trône au-dessus des autres, de façon évidemment moins flamboyante que Public Enemy, voire Wild boys of the road. Mais la façon dont Welman choisit de prendre le parti d'une femme qui aurait si facilement été condamnée à vu, dans tant de films y compris de cette époque glorieuse de relâchement généralisé, la sûreté franche et directe de son style, et le légendaire "style Warner" de cette période pre-code sont irrésistibles.

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code
16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 17:29

Daffy Duck,venu en forêt, espère tirer sur un ours... Mais il lui faudra faire attention à bien suivre une règle d'or: il y a un trait qui divise la forêt en deux, d'un côté, les chasseurs sont autorisés à tirer, de l'autre, il s ne le peuvent pas. Le film va donc voir Daffy Duck tricher avec obstination, et tenter de lutter contre un ours déterminé à ne pas se laisser faire...

C'est un film "à l'ancienne", pas trop catastrophique donc, dont les gags reposent essentiellement sur la lutte inégale entre Daffy Duck, un ours malin et un garde-chasse pointilleux. C'est l'unique film de Daffy Duck en solo produit par DePatie-Freleng, qui préféraient pour leurs courts métrages l'associer à d'autres héros, notamment Speedy Gonzales.

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Published by François Massarelli - dans Daffy Duck Animation Looney Tunes