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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 17:19

La mère a été élu en 1958 par un panel de critiques Européens, à la demande d'une cinémathèque, parmi un ensemble de 12 films, comme l'un des meilleurs films de tous les temps. Reflet d'une critique très marquée par les idéologies, et d'une sympathie particulièrement marquée, qui durera jusqu'aux années 80, pour le cinéma Soviétique. Pour mémoire, la liste comprenait aussi deux autres oeuvres de la même nationalité: Le cuirassé Potemkine d'Eisenstein et La Terre de Dovjenko. Tout aussi absurde. Si on voulait célébrer le cinéma Russe, pourquoi tant qu'à faire ne pas ajouter L'homme à la caméra? Ou Aelita?

Maintenant, il convient afin de juger ce film à sa juste valeur, de le revoir, en essayant de faire abstraction de toute idéologie préconçue: c'est plus facile pour ce film que pour les deux autres pré-cités: d'une part, c'est et de loin le meilleur des trois... Et d'autre part, Poudovkine a basé son style sur deux points que semblent refuser farouchement aussi bien Eisenstein que Dovjenko: le drame et ses péripéties, qui attrapent le public pour ne plus le lâcher, et les personnages, saisis dans leurs actions comme autant de marques de caractérisation.

L'intrigue est assez typique, non seulement d'un film Soviétique, mais aussi d'une drame Européen des années 20: en 1905, la famille Vlassov se bat contre la misère: le père (Alexandre Tchistiakov) est un ouvrier, mais il est surtout violent et alcoolique, et déserte aussi bien son travail à l'usine que sa famille. La mère (Vera Baranovskaia) est battue, mais résignée... Et inquiète quant à l'avenir de leur fils Pavel (Nikolai Batalov), qui fréquente des révolutionnaires... Ils lui ont confié des armes, qui sont cachées chez eux. 

Un jour de grève, les amis de Pavel sont attaqués par des briseurs de grève. Parmi eux, Vlassov... Dans la confusion qui s'ensuit, celui-ci est tué: on l'amène chez lui, et quand Pavel arrive à la maison, mère et fils s'affrontent... Mais il est très vite rejoint par la police, qui exige des réponses...

La suite est connue: Pavel sera emprisonné suite  un geste de sa mère qui croyait le sauver en donnant à la police le lieu où sont cachées les armes. Et celle-ci, qui était auparavant hostile aux idées révolutionnaires, va joindre le mouvement, et la foule qui gronde. Et c'est là qu'on imagine un commissaire du peuple qui imposerait au studio Mejrabpom, qui a produit ce film, d'ajouter un intertitre "Et bientôt, nous serons des milliers!".

Et justement, ce qui fait le sel de ce beau film malgré tout, c'est justement que s'il y a propagande (Et il y en a, c'est indéniable), elle est amenée par le drame, par les personnages: on rentre dans ce film comme on arriverait chez Dickens, ou... chez Griffith: car il est impossible avec La mère de passer sous silence la dette au metteur en scène Américain: Poudovkine a placé ici une recréation de la fabuleuse scène de la fonte des glaces de Way down east, avec Nikolai Batalov en Lillian Gish! Et il prend son temps pour installer le drame, économisant ses effets jusqu'à la peinture de la grève, avec laquelle le film s'emballe, en montage ultra-rapide, et en plans très rapprochés et d'une précision diabolique. 

Et enfin, Poudovkine n'a pas fait sienne l'obsession qu'avait Eisenstein à cette époque, de filmer la foule par dessus l'individu: il demande beaucoup à ses deux acteurs principaux, qui ont d'ailleurs chacun un visage très marquant. La scène de l'arrestation, et plus encore le souffle épique du final (Qui au passage est de la propagande totale), sont l'occasion de le vérifier: Baranovskaia en particulier est magistrale...

Donc, l'un des meilleurs films du monde? Non. Mais une oeuvre intéressante, hybride, qui montre bien que le cinéma soviétique avait tout intérêt à ouvrir les yeux sur le cinéma mondial s'il voulait exister...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 **
10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 16:35

Un serial fait comme ça pour rire, en France en 1927, qui s'amuse à mettre des sociétés secrètes et masquées, des poursuites en auto (et en aéroplane) un peu partout et se finit en beauté par une poursuite sur la tour Eiffel, forcément, ça fait envie. Mais le résultat déçoit, selon moi d'abord et avant tout parce que Duvivier n'était sans doute tout simplement pas l'homme de la situation. Et c'est surement le sentiment... de Julien Duvivier lui-même, d'ailleurs.

Les "frères Mironton" (Félicien Tramel et Félicien Tramel) ne sont pas des frères, mais deux sosies, artistes de cirque qui travaillent sous ce nom en tant que "frères Siamois" pour un cirque. Autant l'un est sympathique, débonnaire, autant l'autre est fuyant et combinard. Et c'est justement lui qui surprend une conversation entre son patron et un notaire, qui annonce que le dénommé Achille Saturnin, qui travaille pour le cirque, a gagné une fortune en héritage. Mais le problème, c'est qu'Achille Saturnin, c'est l'autre "Mironton"! Mais qu'importe: ils se ressemblent tellement... Il quitte immédiatement le cirque pour aller empocher en douce l'héritage de son collègue. 

L'héritage en question est lourd, très lourd, et suscite les convoitises, en particulier celle de DeWitt, un ingénieur qui connaissait le parent défunt, et misait sur la fortune. Il est décidé à la récupérer par tous les moyens, et commence à terroriser celui qui se fait passer pour Achille Saturnin. Le faux frère va donc prendre une décision radicale: engager quelqu'un pour prendre les coups à sa place...

...Achille Saturnin.

Bon, avec un scénario pareil et la promesse de la Tour Eiffel contenue dans le titre, on se prend à rêver un peu: et si on avait confié le bébé à René Clair? Ce n'est pas que Duvivier fasse mal son travail, au contraire il le fait très bien, mais la fantaisie qui émane du film est sérieusement tempérée par la sagesse du tout, ainsi que par le fait que tout repose sur Tramel, dont le charisme, comment dire, n'est pas forcément la plus évidente des qualités... Et on trouve asse souvent le temps long, même si parfois telle ou telle séquence est relevée, par une idée d'éclairage (Duvivier ne dépasse pas beaucoup le cadre du pittoresque de bazar avec ses scènes de "société secrète", mais elles sont joliment mises en images), par une séquence de montage rapide... Le final est impressionnant par les risques qu'on pris les cascadeurs, mais il est comme le film: trop long! Tout se passe comme si personne ne s'était avisé qu'on puisse éventuellement se passer de monter l'intégralité des rushes du film!

Ces 138 minutes étaient supposées être vues en deux épisodes, mais ça se justifie très peu, en vérité. J'émettais l'hypothèse, plus haut, que Duvivier ne se pensait pas l'homme de la situation: et pour cause, il a toujours refusé de revenir sur ce film, qui ne lui laissait aucun souvenir, qu'il fut bon, ou mauvais! Par contre, si l'intention était de faire de l'humour en pastichant Feuillade, c'est raté, le film ressemblant plus à un plagiat avec de vrais bouts de Tramel dedans...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1927 Julien Duvivier **
29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 16:27

M. et Mme Lepic ne s'aiment plus, et depuis longtemps. Elle (Charlotte Barbier-Krauss), cette vieille bique, s'accroche comme elle peut à sa réputation et au fait qu'étant aisée, elle tient sans avoir à faire de grands efforts à son rôle de notable, dans la toute petite bourgade à flanc de montagne où ils vivent. Elle aime particulièrement à montrer des photos de son grand fils Félix (Fabien Haziza), un garnement, presque un adulte, auquel elle pardonne tout. M. Lepic (Henry Krauss), donc, n'aime plus son épouse, et comme on le comprend. Il est aigri, solitaire, mais lui non plus ne dédaigne pas briller en société, ce qui explique qu"il va accepter, dans le cadre de ce film, de participer à la vie de la cité en acceptant de briguer un mandat de maire, devant un conseil municipal qui lui fera une bonne fois pour toutes ouvrir les yeux sur ce qui cloche dans son foyer.

Outre le grand, Félix, les Lepic ont deux jeunes enfants: Ernestine (Renée Jean) est une jeune bique, et François (André Heuzé), eh bien, c'est le petit François, celui qu'on n'a pas voulu et qui s'est invité quand même: Madame Lepic le lui fait comprendre tous les jours. Roux, au visage constellé de tâches de rousseur, on a surnommé François "Poil de carotte". Et comme il l'écrit un jour dans une rédaction (qui lui vaudra évidemment les remontrances de son instituteur): La famille, c'est la réunion de gens qui ne peuvent pas se sentir...

Le film commence par nous montrer ses deux principaux protagonistes adultes, les Lepic, dont il est évident que Jules Renard, autant que Julien Duvivier, entendaient cette histoire comme un portrait de l'un et de l'autre. Madame est vue dès la première séquence dans son rôle de matrone sociale, mais vue en ombres chinoises d'abord et avant tout. ...Ca permet d'atténuer le choc, parce que Mme Barbier-Krauss ne s'est pas arrangée pour tenir ce rôle! Elle est à peu près aussi laide que méchante. On passe ensuite à une vision de M. Lepic, qui se tient dans son salon, les volets mi-clos, dans une pénombre enfumée. Il ne quittera d'ailleurs jamais sa pipe du début à la fin du film, pas plus que son attitude distante de solitaire. Au début, donc, il fuit son foyer car le babillage incessant de son épouse, et des commères qu'elle reçoit, l'incommode. En sortant, il croise une jeune femme, autre personnage important du film: Annette (Suzanne Talba) est une domestique qui arrive au service des Lepic, et qui aura un rôle important auprès de Poil de Carotte dont les vexations qu'il subit de la part de sa propre mère irriteront la jeune femme, et l'amèneront plus d'une fois à prendre sa défense.

Et le film, en faisant semblant de nous montrer une anecdote après l'autre, conte en fait la progression du drame intérieur de François Lepic, comment de fil en aiguille il va être amené à projeter très sérieusement de se supprimer, pendant que le père Lepic va peu à peu prendre conscience du fait qu'il est devenu en quelque sorte complice de l'attitude de son épouse à l'égard de leur plus jeune fils, en affichant pour se défendre un détachement que le petit prend pour une autre version du désamour que lui témoigne sa mère. Et Duvivier installe, mine de rien, un sacré suspense, en nous faisant nous demander si la réalisation par le brave Lepic viendra à temps.

Le metteur en scène a subi une formidable influence: celle de Feyder, dont l'admirable Visages d'enfants vient de sortir quand il réalise ce film. C'est intéressant de rappeler, peut-être, que Feyder a envisagé un temps de réaliser ce film, mais ce projet n'a pas été au-delà d'un script. Duvivier, venu entre-temps sur le projet, a écrit son propre traitement, scénario comme "dialogues", car les intertitres ont une importance capitale ici, relayant le naturalisme particulier, fait d'une vulgarité enfantine consciente, de la langue de Jules Renard. Et le metteur  en scène a choisi de tourner son film dans les Alpes, plutôt que de choisir le Morvan: plus photogénique, le décor du film permet d'atteindre à une certaine grandeur qui contraste avec l'apparent ton de comédie du film. Une réussite, d'ailleurs, car Duvivier refuse de choisir entre le drame et la comédie de moeurs, parce qu'il sait que ce film doit être vu à hauteur d'enfant...

André Heuzé, le jeune acteur qui prête son visage et ses tâches de rousseur à Poil de Carotte, avait affaire à forte partie avec les Krauss. Les deux monstres sacrés sont bien sur splendides, mais... lui est fantastique. Souvent traité en gros plan, il a un naturel époustouflant, et joue avec ses émotions sans difficulté. Il réussit à nous entraîner avec lui sur le chemin de sa tentative de suicide, un terrain glissant s'il en est. Du reste, tout l'interprétation est formidable! Et le metteur en scène est constamment touché par la grâce, privilégiant des compositions complexes qui incorporent plusieurs points de vue, et imaginant des dispositifs inédits: lors d'un début de prise de conscience de M. Lepic, Duvivier filme Krauss seul dans son jardin, qui visualise tout à coup plusieurs Poil de Carotte autour de lui, travaillant à toutes sortes de tâches imposées par la mère sans scrupules... Duvivier imagine aussi de montrer d'une façon inédite le drame d'un soir, quand la mère réalise qu'on a volé de l'argent (C'est ce bon à rien de Félix) et qu'elle va, bien sur, charger ce pauvre François de ses soupçons. Le metteur en scène incorpore des miroirs, pour passer en un éclair d'un côté à l'autre de la pièce, permettant aux acteurs de jouer l'intégralité de la scène sans la morceler, tout en offrant plusieurs angles! Il utilise aussi à plusieurs reprises surimpressions savamment orchestrées et un montage dynamique et parallèle, dont il n'abuse jamais.

Bref, de par son ton, le jeu de ses acteurs, sa modernité, le traitement d'une histoire désormais classique, et par l'équilibre impressionnant des émotions qu'il distille, ce film est un chef d'oeuvre, qui a bien sur été influencé par Visages d'enfants, et je ne pense pas que Duvivier ait pillé cet admirable film de Jacques Feyder: il l'a, tout simplement, égalé. Le metteur en scène devait d'ailleurs avoir une certaine affection pour ce film et cette histoire, car il en a fait un remake en 1932, avec Harry Baur et Robert Lynen. Un bon film, remarquez... mais il a des défauts. Le premier d'entre eux est d'être parlant. 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925 Julien Duvivier **
27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 17:06

E.A. Dupont, bien sur, a réalisé Variétés, le genre de film définitif tellement emblématique qu'il vous plombe le reste d'une carrière! Mais il lui a aussi ouvert des portes, et Dupont, profondément Européen, a choisi de rester sur le vieux continent... Mais en Grande-Bretagne, où il a été choisi par British International Pictures pour faire exister le cinéma Britannique à l'international... Exactement le boulot pour lequel son premier film Britannique a été fait, et ironiquement,le sujet et le lieu de l'action sont éminemment Parisiens, et la distribution de ce film Anglais réalisé par un Allemand est dominée par les Français, à l'exception notable de la star Olga Tchekova et de l'actrice Anglaise Eve Gray... Le film a été tourné, en revanche, dans les studios d'Elstree à Londres, et pour les scènes de music-hall, au Casino de Paris. Pas au Moulin-Rouge? Non, mais j'ai une théorie là-dessus! J'y reviendrai.

On assiste à une grande soirée au Moulin-Rouge. La grande vedette du moment est la danseuse et chanteuse Parysia (Olga Tchekova), et sa fille Margaret (Eve Gray), qui a grandi loin d'elle mais l'idolâtre, est venue non seulement pour assister au spectacle, mais surtout pour lui présenter son amoureux, le jeune André de Rochambaud (Jean Bradin). Celui-ci aime Margaret, mais il est tout de suite subjugué par la beauté et l'énergie juvénile de Parysia. La mère de Margaret rend service à sa fille, en obtenant du très difficile père d'André (George Tréville) son consentement pour le mariage de son fils avec une fille d'actrice, mais André semble plus troublé qu'heureux: il avoue à Parysia qu'il lui est difficile de se résoudre à épouser Margaret, car il aime désormais sa mère plus que tout...

Bref, du mélodrame, du qui tâche, quoi! On retrouve, si on a déjà vu Variétés et Piccadilly, le goût de Dupont pour le mélange entre mélodrame et monde du spectacle... Dans Moulin Rouge, ce qui frappe d'abord, c'est une entrée en matière étonnante, faite d'un quart d'heure de déambulations nocturnes et autres images de revues, dans un kaléidoscope inédit, avant que n'entrent en scène les trois protagonistes. Dupont cherche à nous faire partager son amour du milieu du spectacle, et souhaite aussi situer son intrigue dans un milieu éminemment visuel. Il en ressort l'impression, qui était exactement la même sur les deux autres films que j'ai vus (Dont je rappelle que l'un était antérieur, et l'autre postérieur à celui-ci) que pour le metteur en scène seule l'émotion compte. C'est ce que confirme d'ailleurs l'ensemble de ce long métrage de dimension respectable (il dépasse les deux heures). L'exposition du drame, située dans le cadre de la soirée au music-hall, dure quarante-cinq minutes, et est surtout constituée d'une enivrante série de scènes tournées de part et d'autre des numéros présentés au public... Le metteur en scène se plaît à montrer le public (ce qu'il ne faisait pas dans Variétés, mais il le refera dans Piccadilly, anticipant sur le style des films Anglais de Hitchcock à l'époque des 39 marches. Le drame, bien sur, n'a rien de révolutionnaire, mais il permet au réalisateur de se lancer dans une description moderne du chaos des sentiments qui passe par la vitesse (les voitures, utilisées pour une tentative de suicide ratée, des plus originales), l'ivresse (Eve Gray a droit à une belle scène d'ivrognerie touchante, dont le comique est contrebalancé avec efficacité par le montage parallèle d'une scène pathétique avec Jean Bradin), le jazz et la danse. La peinture du petit monde des coulisses complète un tableau de l'époque, que Dupont a souhaité prolonger avec Piccadilly... Mais Moulin Rouge est bien meilleur.

Mais venons-en à l'inévitable question: pourquoi donc le film n'a-t-il pas été tourné au Moulin-rouge? A mon avis, connaissant le contexte particulier des lois de censure cinématographique en Grande-Bretagne, ça aurait été difficile de tourner des scènes au Moulin-rouge, haut-lieu de la nudité scénique dès les années 20. Ce qui n'a pas pour autant empêché un scandale lors de la sortie (limitée) du film aux Etats-unis, en raison des tenues (très) légères des figurantes. Mais je ne cherche pas ici à en faire un argument de vente d'un film qui se débrouille bien tout seul!

On notera que Moulin Rouge a fait l'objet d'une reconstitution par le BFI et le DFI (l'équivalent Danois) puisque c'est à Copenhague que la copie la plus complète a été retrouvée. Une excellente idée des restaurateurs a été de restaurer également la bande-son de la deuxième sortie du film en 1929, qui respecte totalement le film et ses ambiances, au point de présenter un moment étonnant: le metteur en scène utilise énormément la force contrapuntique du montage parallèle, et une scène de danse endiablée accompagnée de jazz à un tempo infernal, est montée conjointement à une opération dans laquelle une femme joue sa vie. Chaque plan de la salle d'opération est muet, coupant la musique de façon brutale. L'effet est impressionnant...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928 **
16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 09:10

Gloria Swanson a probablement du apprécier le changement radical dans sa carrière que lui a apporté la décision de confier la réalisation de trois de ses films à Allan Dwan, le franc-tireur qui avait non seulement survécu aux années 10 (il a débuté en 1911) mais aussi à la prise de pouvoir par les studios! Miss Swanson aussi, en 1923, tient du vétéran: certes, elle n'a débuté en 1915, mais elle a eu sa période avec Mack Sennett, puis au moins deux passages importants à la Paramount; d'une part, elle a bien sûr été une actrice de tout premier plan chez Cecil B. DeMille (Male and female, The affairs of Anatol), puis elle a été dirigée vers l'unité de Sam Wood pour lequel elle a interprété des rôles dramatiques (Beyond the rocks) mais elle s'ennuyait ferme. Donc Zaza est l'un des premiers pas pour raviver une carrière qui menaçait de tanguer sérieusement...

Et on se rappelle de quelle Peggy Pepper, devenue Patricia Pépoire, dans le film Show people de King Vidor (1928), se voyait rappeler la comédie, ce milieu dont elle venait, au moment ou elle n'en finissait pas de devenir hautaine et méprisante: il y avait, bien sûr, du Gloria Swanson dans ce portrait amusé effectué par Marion Davies; et Zaza, c'est un peu la quadrature du cercle pour Miss Swanson...

Le film provient d'une pièce à succès des music-halls Parisiens, vaguement inspirée elle-même par Nana dont ce film devient un peu une version "rose", édulcorée et centrée autour de la comédie. A paris, le théâtre Odéon a une vedette incontestée, qui a la première place dans le coeur du public: Zaza (Gloria Swanson) se comporte d'ailleurs comme une insupportable diva capricieuse, ce que l'actrice Florianne (Mary Thurman) a bien du mal à supporter dans la mesure où elle était auparavant la star... Mais si Zaza a bien le comportement détestable d'une actrice imbue d'elle-même qui revendique un traitement à part, elle est aussi folle amoureuse d'un homme, le diplomate Bernard Dufresnes (H. B. Warner) qui vient fidèlement la voir tous les soirs. Il y a un peu de rivalité avec Florianne pour le séduire, mais ça ne durera guère: Dufresnes n'a d'yeux que pour Zaza. 

Seulement, il est marié...

Du coup, on a tout Swanson en un seul film! Dwan a su combiner avec bonheur les capacités de sa star, qui vampirise l'écran avec un bonheur rare! Elle échappe aux clichés en se livrant corps et âme à son rôle, aidée par un casting impressionnant (on décernera une mention spéciale à Lucille La Verne qui joue l'alcoolique mondaine qui recueille au théâtre comme dans les salons les confidences de Zaza) et une réalisation superlative: Dwan se joue de tous les écueils, de ces faux extérieurs tournés dans un studio, qui reconstituent une rue impossible d'un village Français sublimé, de ces scènes durant lesquelles il devra diriger la foule en sachant qu'on n'aura d'yeux que pour la star... Le film ne prend pas trop son temps (84 minutes), le ton est constamment léger, entre drame et comédie, et c'est un régal. 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1923 Allan Dwan Gloria Swanson **
12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 07:18

Les intentions ne pouvaient pas être plus claires: personne, à Paramount, n'avait semble-t-il bougé le petit doigt pour se lancer dans une suite d'un de leurs films les plus populaires de la décennie, celui qui avait lancé une bonne fois pour toutes la star Valentino. Il est vrai que ses contrats successifs étaient plutôt pour des films uniques, et que le studio avait préféré jouer la diversité. Mais Valentino, devenu indépendant, a tout de suite après l'excellent The eagle (Clarence Brown, 1925) mis en chantier ce retour inattendu, en forme de séquelle téléphonée, un principe dont Douglas Fairbanks, en panne d'imagination lui aussi, venait de sacrifier avec Don Q, son of Zorro l'année précédente...

C'est désormais sous la bannière de la United Artists que Valentino se faisait distribuer, et le film tranche quand même volontiers avec le style de productions qu'ils mettaient sur le marché... The son of the Sheik est non seulement un retour à l'univers de The Sheik, mais aussi à un truc qui permet d'économiser des sommes importantes en ne construisant pas de décors: les dunes des déserts de Californie et quelques matte paintings du Sahara fournissent un désert Arabe d'illusionniste! Et l'intrigue revient à celle du premier film, permettant même de confronter Sheik et fils de Sheik! Pour information, dans ce nouveau film, on suit les aventures de Ahmed, fils d'Ahmed et Diana, un jeune homme impulsif, tout son père à son âge, qui tombe amoureux de Yasmin, une jeune danseuse d'origine Française qui voyage en compagnie d'une bande de fripouilles. Ce qu'il ne sait pas, c'est que la bande exploite volontiers la jeune femme pour ses mauvais coups, aussi quand il lui arrive des ennuis, il met tout ça sur le dos de la frêle enfant, interprétée par Vilma Banky. Il faudra l'intervention de sa maman, toujours interprétée par Agnes Ayres (Qui avait pourtant pris une retraite très anticipée) pour que le fougueux jeune homme voie clair.

C'est ridicule, et le moins qu'on puisse dire c'est que ça ne se prend pas au sérieux! C'était d'ailleurs le but, fournir de l'aventure au mètre, des décors exotiques, et bien sûr la marque de fabrique de l'acteur: son érotisme torride, ici représenté par une scène troublante, et qu'on ne retrouve pas dans toutes les copies: Ahmed a enlevé Yasmin, mais celle-ci n'est pas tout à fait consentante. Il la pousse vers le lit, et... il y a une ellipse. Comme dans le premier film, on joue ici  avec l'ambiguïté du viol, mais en allant aussi loin que pouvait le permettre la censure. Les spectatrices de l'époque, paraît-il, s'y retrouvaient. On peut éventuellement s'interroger... Mais l'amour des tourtereaux, semble-t-il, est aussi pur que possible, donc on se dirige vers un happy end!

Voilà,un film donc inutile, dans lequel Valentino rebat les cartes en rappelant les caractéristiques fondamentales de son personnage. Ce n'est pas un grand film, loin de là, mais il possède quelques moments intéressants, dont la confrontation entre Rudolf et Valentino... la réalisation est adéquate mais appropriée... Et les scènes d'action, de chevauchées, de poursuite, sont jouées à fond cette fois,sans encombrer le film d'un discours lénifiant et vaguement raciste. Bref, et j'ai attendu quatre paragraphes pour l'écrire: ce n'est pas un Sheik sans provision.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Valentino **
11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 11:07

C'est sans doute avec ce film que les choses vraiment sérieuses commencent pour Germaine Dulac... Elle qui a expérimenté avec les formes établies du drame bourgeois (Voir La fête Espagnole ou La cigarette), rêvait de s'affranchir de l'intrigue pour placer l'intérêt sur la transcription visuelle des émotions et des impressions, et c'est ce film qui va lui permettre de faire exactement ce qu'elle souhaitait.

L'histoire proprement dite est un petit argument qui semble par bien des aspects être un pendant "réaliste" de l'intrigue de La cigarette: une femme, mariée à un homme plus âgé et qui la néglige, se prend à rêver de mieux. Ces rêves viennent comme en écho à l'imagination  débordante du mari du film précédent, qui se voyait cocu parce qu'il réalisait que son épouse était trop jeune pour lui. Pourtant elle lui restait fidèle du début à la fin du film! En revanche, si Madame Beudet (Germaine Dermoz) avait pu, elle ne se serait pas privée! Et son mari (Alexandre Arquillère) ne se serait probablement pas aperçu du moindre problème.

Germaine Dulac choisit de privilégier le point de vue de l'épouse, souvent délaissée pendant que son mari travaille ou sort. Cette solitude n'est pas forcée: Madame Beudet n'a pas très envie, manifestement, de s'afficher avec son mari... surtout quand pour faire rire ses amis, il joue la comédie du suicide en public! Mais dès qu'il est absent, elle l'imagine remplacé par d'autres: Dulac utilise, lors d'une scène assez drôle, la surimpression d'un tennisman qui entre dans l'appartement du couple, et débarrasse Madame Beudet de son mari! Mais la rêverie débouche souvent sur l'impasse, car l'épouse lasse est bien obligée d'admettre que le seul qui franchira le seuil pour la rejoindre sera toujours M. Beudet.

On l'aura compris: si le film est essentiellement une étude psychologique en surface, il n'en reste pas moins que ce dont il est question ici c'est d'amour physique et de frustration, celle de ne pas pouvoir se laisser aller à la passion...

Afin de terminer son arc narratif, Dulac choisit de nous montrer une réconciliation en demi-teintes: Beudet comprend que son épouse est tellement déprimée qu'elle menace de se supprimer, et il lui fait comprendre qu'il ne peut pas vivre sans elle...

Ce qui clôt en effet l'intrigue sur une note positive. Ce qui en revanche n'empêche pas Dulac de nous montrer à la fin du film le couple marchant côte à côte dans la rue, à une certaine distance l'un de l'autre. Un intertitre dévastateur assène le coup final, nous expliquant qu'ils sont unis 'par l'habitude'...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 Germaine Dulac **
10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 16:33

Il y a les films muets classiques et incontournables, ceux que des armées d'historiens, d'archivistes et de passionnés nous ont aidés à conserver, voir, revoir et apprécier, de The general à Metropolis, de Sunrise à Ben-Hur, de Greed à The thief of Bagdad... Et il y a les obscurs, ceux qui ont existé mais dont on ne se souvient pas, parce qu'on vient de les retrouver dans une fosse en plein Alaska, ou dans un grenier sec et frais, et que des copies attendaient qu'on les retrouve: les films Thanhouser, par exemple, ou tant de productions locales, ou de petits studios qui n'ont pas eu la chance de survivre pour raconter leur propre légende. 

The Sheik n'appartient à aucune de ces deux catégories. Et pourtant quelque part il devrait figurer dans la liste des premiers mentionnés: c'est un film Paramount, monté autour d'une star en devenir, Rudolf Valentino, et le succès qu'il a récolté a mis tous ceux qui ont travaillé dessus à l'abri des ennuis financiers au moins jusqu'à la crise de 1929! Adapté d'un roman à succès dont la réputation n'est même pas sulfureuse tellement elle est mauvaise, il a fait à lui tout seul la carrière de Rudolf Valentino. Et il a établi la formule, ce que The four horsemen of the apocalypse n'avait pas fait.

Restons d'ailleurs un instant sur ce dernier film, sorti quelques mois auparavant: Rex Ingram y avait en effet découvert Valentino, et avait utilisé à la perfection son charisme érotique, n'oubliant pas d'utiliser ses talents de danseur. Mais c'était un film de Rex Ingram, avec lequel le metteur en scène souhaitait établir son univers épique: pas autre chose! ...Ni personne d'autre. Et Rudolf Valentino, relégué à un rôle d'utilité dans ses autres films pour Metro (The conquering Power, également de Rex Ingram, et Camille, de Ray Smallwood, dont l'héroïne était interprétée par Alla Nazimova, tous les deux sortis la même année) est parti pour relancer sa carrière ailleurs. D'où ce film, au budget contrôlé, qui repose sur un roman qui allait faire venir des spectateurs (et surtout -trices!), et qui cette fois n'oublie pas de mettre en valeur sa star, pour la première fois enfin (Car Valentino était dans le métier depuis un certain temps, quand même), mais pas la dernière...

En Afrique du Nord, la belle et hautaine Lady Diana (Agnes Ayres) est fascinée par les coutumes étranges d'un potentat local, le Sheik Ahmed Ben Hassan (Rudolf Valentino). Mais elle s'approche trop près, et le Sheik la fait enlever, et elle devient sa prisonnière. Contre son gré, oui, à moins que... les semaines passent, et la confiance s'installe. Confrontée à la vie du prince du désert, Diana rencontre ses amis, dont le Français Raoul (Adolphe Menjou), par lequel elle va apprendre à apprécier Ahmed de plus en plus. Mais tous les hommes du désert ne sont pas aussi gentils qu'Ahmed... Surtout le dangereux Ohmair (Walter Long), un homme qui en plus convoite depuis longtemps ce qu'il n'a jamais eu: une femme blanche.

Bon, on ne fera pas l'impasse sur le racisme de l'histoire: rappelons qu'à cette époque, il y a dans la plupart des juridictions locales Américaines des lois anti-miscégénation, ce concept révoltant qui considère d'une part que les êtres humains sont divisés en races, et d'autre part qu'il est inconcevable de les mélanger. Ce sera donc l'un des enjeux dramatiques du film. Un autre, et son corollaire, c'est bien sur la question inévitable: Diana et Ahmed ont-ils fauté? Etait-ce un viol, ou une nuit d'amour? l'ambiguïté ne sera jamais levée, et c'est tant mieux pour le box-office, car c'est l'une des ellipses qui a assuré que les clientes revenaient le voir deux ou trois fois: le grand frisson de l'interdit et du non-dit...

Non-dit et non-montré, mais alors suggéré, ça oui: le film est un catalogue mélodramatique de clichés orientalistes et de procédés éculés, liés à la supposée tendance au sadisme des orientaux, dont on établit bien sûr dès le départ qu'Ahmed est quant à lui un doux à côté de tant d'autres! Mais d'une certaine façon le film réussit à ne pas trop se prendre au sérieux, et est relativement soigné dans sa photographie, et sa composition. admettons que l'interprétation en revanche, ne brille absolument pas par sa modernité! Mais Valentino devait avoir une certaine affection pour ce film, lui qui décida de mettre en chantier cinq années plus tard une suite, qui en assumait volontiers les contours les plus parodiques.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1921 Valentino **
4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 14:31

Il s'agit du plus ancien film conservé de l'une des plus éclectiques de tous les réalisatrices et réalisateurs Français. Féministe, touche-à-tout Madame Dulac a contribué à créer un courant qu'on a baptisé l'impressionnisme, et a mis un peu d'ordre dans le fourre-tout de l'avant-garde en s'associant avec Antonin Artaud pour La Coquille et le Clergyman... Scénarisé par Jacques de Baroncelli, La cigarette ne porte pas en lui toutes ces innovations, bien sur, mais c'est un film de dimension modeste (51 minutes) qui mérite le détour, en faisant volontiers le lien entre le mélodrame bourgeois et les préoccupations formelles des cinéastes curieux de tout: il comprend des points communs avec l'oeuvre de Gance qui venait de sortir Mater Dolorosa et La dixième Symphonie, par exemple...

M. et Mme de Guérande s'aiment, mais on voit bien que Monsieur (Gabriel Signoret) est bien plus âgé que Madame (Andrée Brabant). Aussi lorsque l'auguste passionné d'Egyptologie voit son épouse aimée passer du temps avec un playboy qui prétend lui apprendre à jouer au golf, la jalousie s'installe et le parallèle avec la vie légendaire d'une momie dont il vient de faire l'acquisition le trouble: la princesse momifiée, en effet, a tourné plus d'une tête en son temps, quand elle était jeune et jolie, et frivole, alors que son époux était quand à lui bien plus âgé qu'elle...

La cigarette du titre est un moyen poétique d'ajouter un peu de suspense: le digne professeur tente de prendre du passé une leçon de romantisme, et imagine une fin digne d'un pharaon: il empoisonne une cigarette parmi toutes celles qu'il a, et attend tranquillement le moment où il mourra, libérant ainsi sa trop jeune épouse... Une hypothèse qu'on pourrait aussi bien qualifier de grotesque.

Le film prend donc beaucoup sur le drame bourgeois, l'obsession pour l'Egypte prenant ici la place des velléités artistiques des héros des films de Gance, par exemple. Par sa construction qui inclut un retournement de situation, Dulac fait se terminer un drame assez ampoulé par de la comédie assez légère ce qui est fort bienvenu! Et elle s'amuse avec le point de vue, nous donnant l'occasion de suivre le cheminement du mari pour une bonne part du film, sans jamais nous cacher la vérité des allées et venue de la femme, qui reste bien vertueuse de A à Z. Les ruptures de ton sont bienvenues, et le cadrage, ui n'oublie jamais de nous montrer tapie dans un coin, cette satanée momie, est très étudié... Bref, ce film qui ne révolutionne pas grand chose est au moins plaisant et très soigné...

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Published by François Massarelli - dans Muet Germaine Dulac 1919 **
28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 09:28

Le cinéma muet Américain n'est pas particulièrement connu pour la tentation du merveilleux: pour un Thief of Bagdad, soit une oeuvre d'envergure, qui se plonge dans un merveilleux assumé, et qui ne tombe jamais dans le mauvais goût, combien de versions toutes plus laides les unes que les autres du Magicien d'Oz? Il y a quelques exceptions, dont bien sur The blue bird, de Maurice Tourneur, mais généralement les meilleurs films fantastiques sont plus gothiques (The phantom of the Opera, The man who laughs) que merveilleux.

Raison de plus pour s'attaquer à un film paradoxal, qui couvre un territoire inattendu pour les années 10, le glorieusement bizarre film que voici... une production Vitagraph, réalisée par Sidney Drew, un grand nom de la scène et du cinéma, qui a l'honneur d'être l'oncle des enfants Barrymore, oui oui: Ethel, Lionel et John. Rien de moins... Drew est aussi acteur, et joue dans ce film le second rôle, celui d'un médecin auquel quelque chose de peu banal arrive...

...Mais commençons par le début: dans une petite communauté de Floride, on annonce l'arrivée de Lillian Travers (Edith Storey), une jeune héritière qui a tout réglé chez elle plus vers le nord avant de rejoindre son fiancé le Dr Fred Cassadene (Sidney Drew). Le problème, c'est que ce dernier, sans pour autant être totalement responsable de la situation, a un succès non négligeable auprès de sa clientèle féminine, et Lillian en arrivant s'avise rapidement qu'il n'a que peu de temps pour elle, et qu'il est toujours accompagné d'une patiente ou de l'autre... Et elles sont entreprenantes.

Et c'est ici qu'intervient une relique du passé, une boîte qui contient un secret de la famille Ogglethorpe, les propriétaires de la maison qui héberge Lillian: cette boîte contient des graines, qui une fois absorbées changent le sexe d'une personne... Lillian, sceptique, essaie, et devient une nouvelle version d'elle-même. Plus forte, plus sûre d'elle-même, et franchement bien moins attirée par le bon docteur que par ses charmantes clientes...

Je viens de m'aviser que ma dernière phrase semble indiquer que le reste va être joyeusement pornographique! C'est vrai que ça aurait pu, tant le propos est clair: le film explore avec bonheur les frontières entre les sexes, et si Sidney Drew (Oui, le bon docteur pourra lui aussi faire l'expérience de la petite graine, bien sûr) en fait des tonnes lors de son changement d'identité sexuelle, Edith Storey est quand à elle fantastique, réussissant en permanence à caricaturer en subtilité les comportements masculins. C'est à mettre au crédit des auteurs, que d'avoir pensé à éviter le côté farce, ce qu'aurait probablement fait une comédie Pathé, en remplaçant un acteur par une actrice et réciproquement. Non, ici, le changement s'effectue en douceur, et pendant une bonne portion du film, Lillian Travers assume en effet sa nouvelle masculinité tout en restant une femme!

Mais le film, qui est drôle et impertinent, n'est pas pour autant un film lesbien militant, contrairement aux délires qui sont écrits sur lui depuis quelques décennies: juste une exploration rigolote et un peu osée des possibilités offertes par cette situation inédite. Et si l'équipe s'est bien amusée avec cette histoire hautement improbable, on constatera que d'une part la morale sera sauve (oui, ce sera bien un rêve!), d'autre part la Floride de 1914 maintient ses traditions: tous les domestiques sont noirs, et ce sont des acteurs blancs en blackface qui les jouent. Une explication à cela, et elle est navrante: c'est interdit à cette époque dans les états du Sud (Dont la Floride) de montrer à l'écran, ensemble, les noirs et les blancs. Les caricaturer, oui, mais les montrer, non... Donc le film s'exécute. Mais ce bémol n'enlève rien à l'audace gentiment foutraque de son scénario, et au jeu le plus souvent impeccable de ses acteurs et actrices.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1914 Sidney Drew Vitagraph ** Edith Storey