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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 18:56

Ce film a été réalisé avec le concours d'un groupe de jeunes et moins jeunes cinéastes, qui tous auront un avenir important dans le cinéma, notamment à Hollywood: le metteur en scène Robert Siodmak, et son frère Curt (Auteur de l'idée du film), Edgar G. Ulmer le co-réalisateur, Eugen Schüfftan le talentueux chef-opérateur révélé par Fritz Lang, et Billie (Futur Billy aux Etats-Unis) Wilder, le jeune journaliste qui assurait avoir participé au script, ou du moins à l'idée de départ, et dont des photographies assurent qu'il a bien participé au tournage, en qualité d'assistant et d'homme à tout faire, tout en multipliant les articles de journaux pour promouvoir le film. C'était une production indépendante d'un collectif qui s'intitulait Filmstudio, dont ce sera l'unique production, et si le film a été tourné en plein été 1929, il a été montré pour la première fois à Berlin en février 1930, alors que la révolution du parlant battait son plein. Mais il est resté, heureusement, muet, et n'a pas eu à subir de travestissement avec l'adjonction d'une post-synchronisation (Contrairement par exemple à Prix de beauté de Augusto Gennina, qui lui est strictement contemporain) qui en aurait sérieusement détourné le caractère.

J'ai à deux reprises parlé de "l'idée" plutôt que de l'intrigue, voire du script. car selon tous les témoignages, il a été improvisé, les acteurs faisant au jour le jour ce que leur demandaient les cinéastes. A l'origine de l'idée, il s'agissait de tourner une histoire située dans les environs de Berlin au début de l'été, un dimanche. On y verrait les jeunes gens dans leurs occupations de détente. Et bien sur, la caméra en profiterait pour capter la vie de la capitale Allemande sous un jour insouciant... Et c'est exactement ce qu'on a: imaginons un film qui serait comme le fameux Berlin: Die Sinfonie der Großstadt (1927) de Walter Ruttman, mais sous la forme d'une fiction.

Les acteurs du film, au nombre de cinq, sont tous des amateurs, recrutés pour leur photogénie. Aucun n'avait la moindre vraie expérience(Même si l'une d'entre eux était mannequin, et une autre figurante), mais ils font un travail remarquable. il s'agit de Wolfgang Von Walthershausen, Erwin Splettstosser, Christl Ehlers, Annie Schreyer et Brigitte Borchert. Cette dernière fait plus ou moins office de star du film... L'intrigue est simple: un samedi, Wolfgang rencontre Christl dans la rue, l'aborde et ils conviennent de se retrouver le lendemain pour une sortie au lac. Wolfgang demande à son ami Erwin de venir avec sa petite amie Annie. Le lendemain, Wolfgang et Erwin retrouvent comme convenu Christl, qui a amené sa meilleure amie Brigitte. Annie est en retard, et... le restera du début à la fin de la journée. Les autres, quant à eux, vont passer une après-midi baignade-pique-nique classique, sauf que deux d'entre eux vont, à un moment, disparaître discrètement dans les bois...

Clairement, ce film extrêmement maîtrisé est à la croisée des chemins. d'un côté, il reprend des éléments de la vague de films sociaux de la fin du muet, que ce soient ceux de Lamprecht, ou Pabst; il s'inspire du documentaire sous toutes ses fores: Ruttman vient à l'esprit, et l'influence en est évidente: la vision mi-objective, mi-amusée de ces Allemands en pleine délectation dominicale (Le film bifurque souvent de son intrigue principale pour nous régaler de ces portraits distanciés de vrais gens qui vivent leur vraie vie à côté des héros) est à mettre sur la même longueur d'ondes que le beau portrait de Berlin cité plus haut. On sent aussi l'influence Soviétique, le film citant ouvertement Eisenstein dans une parodie affectueuse du montage de Potemkine...

Et il se passe un de ces miracles dont le cinéma, il est vrai, n' a jamais été trop avare. La qualité exceptionnelle de la photo de Schüfftan, son oeil de peintre allié à la beauté de ces images captées sous un soleil complice font merveille. On se laisse complètement emporter dans le portrait tendre et un peu cruel aussi de ces vies de petites gens, dans la vie et l'insouciance aujourd'hui disparues de ces humains du dimanche. Et l'identification est immédiate, même si les coutumes, les modes de fonctionnement, ont bien sur changé, ce qui fait de ces fantômes et ombres sur l'écran des humains (Représentatifs selon un intertitre de "4 million d'Allemands"), est évident. Les cinq personnes sont, dans leur simplicité tranquille, leur manque de surjeu, leurs réactions aussi authentiques, parfaits pour un tel film, et plus on le voit, et plus on l'aime...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Billy Wilder 1929 Criterion ** Robert Siodmak
12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 16:39

Cause célèbre de l'expressionnisme Allemand, ce film a eu longuement la réputation d'être un film d'horreur... avant qu'on puisse enfin le voir. Une fois confronté à une copie, on constate avec une certaine surprise que ce film est essentiellement une anthologie, assez humoristique en soi, et je ne suis même pas sur qu'il ait été terminé... Mais il y plus troublant encore, voir plus bas...

Ce Cabinet des figures de cire, comme dit le titre une fois traduit en Français, raconte l'histoire d'un jeune poète (Wilhelm, futur William, Dieterle) qui arrive à un petit musée de cire dans un carnaval. On cherche un homme capable de donner vie à des créatures figées en inventant et écrivant des histoires pour les personnages exposés. Il se met aussitôt à l'oeuvre, et inspiré par la présence de la jeune fille du propriétaire de l'attraction, il imagine autour du personnage d'Haroun El-Rachid, Calife de Bagdad, une intrigue dans laquelle un pâtissier (Dieterle) se rend chez le calife pour lui voler une bague magique, pendant que le calife (Emil Jannings) vient faire mumuse avec son épouse dans sa boutique... Le personnage d'Ivan le terrible (Conrad Veidt) lui inspire au contraire une histoire de torture: Ivan se rend à un mariage et ramène les mariés chez lui au Kremlin après avoir terrorisé la noce. Il va donc tenter de passer la nuit de noces auprès de la jeune épouse tout en torturant le mari...

Une troisième intrigue autour d'un troisième personnage est en fait réduite à sa plus simple expression: le poète épuisé s'endort et rêve que Jack l'éventreur (Werner Krauss) en veut à la jeune femme à ses côtés. Il vient pour les tuer tous deux... un troisième épisode réduit à quelques minutes de surimpression qui doivent beaucoup à la présence menaçante de Krauss. Mais un quatrième personnage de cire est visible dans le petit musée, à l'écran. il s'agit d'un certain Rinaldo Rinaldini, héros d'un obscur roman, et Leni aurait décidé de supprimer l'histoire avant le tournage. De fait, le film largement concentré sur deux anecdotes parait bien vide...

Le metteur en scène, comme le faisait Wiene avec son "Cabinet" à lui, celui du Dr Caligari, se repose surtout sur les décors extravagants, et largement inspirés des canons de l'expressionnisme. Ceux de l'histoire à Bagdad sont rondouillards comme Jannings, ceux de l'épisode Russe sont chargés et font grand usage de la lumière inquiétante qui semble accompagner l'affreux Ivan partout où il va. Mais si on attribue la mise en scène du film à Leni, qui a aussi décoré le film, il semblerait que ce ne soit pas aussi simple. C'était semble-t-il le cas aussi pour Hintertreppe, L'escalier de service en 1921: La mise en scène était divisée entre Leopold Jessner, qui s'occupait des acteurs, et Leni en charge du reste. Ce film est du à une nouvelle association du même type: un certain Leo Birinski est supposé avoir assisté Leni à la direction d'acteurs... C'est donc sur ce film bancal et lourdingue que Leni allait construire sa réputation, qui allait le conduire aux Etats-Unis pour y réaliser quatre films, dont deux merveilles... Ouf.

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Published by François Massarelli - dans Paul Leni Muet Allemagne 1924 ** ...Jusqu'à l'aube
11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 17:06

Paul Leni,dans les années 20, est connu surtout pour un film, lorsqu'il arrive aux Etats-Unis en 1926. Il a été engagé par la Universal sur la foi du seul Das Wachsfigurenkabinett (Le cabinet des figures de cire), un film authentiquement expressionniste - et parodique, car ce n'est pas incompatible - qu'il a tourné en 1923, et dont il a été le décorateur. C'est surtout pour ce dernier aspect de son métier qu'il était connu en Europe, mais qu'importe: à l'heure où la Fox importe à grands renforts de publicité Murnau, la petite Universal est contente de pouvoir jouer dans la cour des grands... Et a vraiment tiré le bon numéro, car même s'il ne reste à Leni que trois années à vivre, son passage à la Universal laissera des traces profondes...

Un homme meurt, seul dans sa maison sinistre. Il laisse un testament, qui est énigmatique: il ne doit pas être ouvert avant vingt ans. Vingt ans plus tard, donc, le notaire Maître Crosby (Tully Marshall) convoque la famille. Ils sont six, an plus de l'énigmatique, pour ne pas dire sinistre, fidèle gouvernante de la maison, "mammy Pleasant" (Martha Mattox): parmi eux, deux jeunes gens dont on devine très vite qu'ils feront un gentil couple, l'habitué des films de maison hantée Creighton Hale, et la star des comédies légères de la Universal, Laura la Plante. C'est elle qui va hériter, mais c'est autour d'elle que les ennuis vont se cristalliser durant la nuit, une nuit durant laquelle personne ne va dormir. Les événements étranges, terrifiants, vont se déchaîner: un homme va disparaître et mourir, un prisonnier évadé et son gardien de prison vont semer la panique, des mains étranges et effrayantes vont sortir des murs, et... un monstre va faire son apparition.

Ce film est une comédie de maison hantée, un genre qui existait déjà, et obéissait à des lois d'airain: pas de logique, tout dans le frisson gratuit, et surtout, beaucoup de moments de comédie pour contrebalancer l'effroi... Mais en reprenant la pièce de John Willard et ses portes qui claquaient, Paul Leni a tout bonnement inventé le fantastique Américain, à des années-lumière des expériences ratées de Roland West (The monster , The bat, tous les deux mollement adaptés fidèlement de pièces du même genre), et en allant bien plus loin que ne l'avaient été à leurs façons respectives Tod Browning et Rupert Julian (Dont The phantom of the opera, tourné deux ans plus tôt pour la Universal, était encore dans toutes les mémoires...). En utilisant aussi bien une mise en scène d'une grande sophistication, des mouvements de caméra splendides, le clair-obscur, la profondeur de champ, le flou, le montage parallèle, la composition, les ombres; il utilise au mieux la caméra mobile, et nous plonge dans l'effroi de ses personnages en s'amusant comme un fou: il fait un film-somme qui est encore imité aujourd'hui. C'est un film parodique à énigme, il n'y a donc aucun message, juste du cinéma pur... Mais ce brillant exercice de style a montré la voie à la compagnie, qui a demandé d'autres frissons à Leni. Tous n'ont pas survécu, mais la grande étape suivante, c'était le merveilleux The man who laughs, adapté de Victor Hugo. La compagnie était en marche, irrémédiablement, vers Dracula et Frankenstein. Merci qui? Merci Paul Leni.

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Published by François Massarelli - dans Paul Leni Muet 1927 **
30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 18:25

Le dernier film muet de Dupont est situé, comme son nom l'indique, en plein coeur de Londres, dans le milieu du spectacle, continuant de façon évidente la thématique de Variétés (1925) et Moulin Rouge (1928). Aux acrobates du film Allemand, et à la danseuse de son premier film Anglais, il oppose cette fois le patron du night-club le plus en vue de London by night, interprété par Jameson Thomas, et deux femmes toutes deux danseuses, qui se livrent une concurrence sournoise pour le coeur de l'homme précité: Mabel, interprétée par Gilda Gray, et la belle Shosho, ancienne plongeuse de l'établissement promue vedette grâce à la fascination du patron pour elle, interprétée par Anna May Wong. Le film était produit dans cadre de la British International Pictures, dont le but avoué (Dès la dénomination, en fait) était de porter hautes les couleur du cinéma Britannique sur les cinémas du monde entier... D'où la présence dans la production de deux recrues de choix: le metteur en scène, dont le succès de Variété en 1925 (1926 pour le reste de la planète) était encore dans toutes les mémoires, et bien sur Anna May Wong.

Cette dernière n'a jamais eu l'aura qu'elle méritait, en même temps, sa présence presque systématiquement "en contrebande" lui a conféré un statut d'icône underground qu'elle n'aurait sans doute pas eue, si elle avait réellement été mise en valeur par les grands studios, au-delà de son image quasi-permanente de second rôle incarnant de façon fleurie, colorée et souvent raciste, les mystères de l'orient... Dans ce film qui la voit jouer une danseuse parvenue à un niveau de vie inattendu et miraculeux, mais qui semble consciemment pratiquer la promotion canapé, et finira mal, elle n'échappe pas à l'habituelle incarnation de la séduction érotique, mais elle bénéficie d'un rôle plus avantageux que d'habitude, devenant par la grâce d'un meurtre, l'objet littéral du délit: fortement érotisée (En dépit des restrictions particulièrement drastiques imposées par la censure Britannique), convoitée par tous les hommes, Shosho ne pouvait que finir mal. On s'interroge sur la portée réelle du film quand on voit que le crime, les bas-fonds (Ah, Limehouse...), la pauvreté et la pègre sont intimement liées dans le film à la communauté Sino-Britannique, mais on constatera aussi qu'une scène nous montre une boîte de nuit "canaille" de Limehouse dans laquelle, en apparence toutes les ethnies présentes dansent ensemble, et Shosho et son amant et patron semblent être en sécurité... jusqu'à ce que le patron de l'établissement intervienne et sépare un coupe: elle, blanche, a osé danser avec un noir: pas de ça dans mon bar! Ainsi le racisme supposé est-il pointé du doigt...

Du reste, Shosho danseuse parce qu'elle la bien voulu, est après tout une femme de son temps, plus opportuniste que fatale qu'un amant fou de jalousie supprimera, et qui restera bien malgré elle à l'écart de cette bonne société qu'elle avait cru conquérir. Et Dupont, qui filme souvent dans le monde du night-club, n'oublie jamais le Londres populaire, qui envahit chaque plan tourné à l'extérieur des boîtes de nuit chic. Et c'est ce Londres populaire, qui va d'ailleurs dominer le grand cinéma Britannique des années à venir, par les Hitchcock, Asquith, et autres, qui semble ici avoir le dernier mot...

Il y a peu à dire sur l'interprétation, qui souffre après tout d'un mal inévitable: comment peut-on rivaliser avec Anna May Wong? Celle-ci, comme en témoigne la suggestive affiche ci-jointe, qui est fort menteuse puisque jamais la belle Chinoise ne se dénude dans le film, reste l'argument de vente numéro un. Et comme prévu, aussi bien la danseuse Gilda Gray, que l'acteur Jameson Thomas ne seront à la hauteur flamboyante de leur co-star... De même le film est-il, surtout en comparaison de Variétés, assez inégal. Dupont a une science bouillonnante de l'usage de la caméra qui semble se déclencher de manière intermittente, au gré de ses envies. C'est souvent virtuose, parfois brillant, mais le film reste, après tout, un mélodrame... dont le sommet visuel, bien entendu, est une scène de meurtre! Mais le metteur en scène multiplie les plans situés "à côté" de l'action comme s'il anticipait sur le parlant, et ça, ce n'est as banal: par exemple, les rapports entre Wilmot, le patron, et Shosho, ont mal commencé. Il l'a virée de la cuisine parce qu'à cause d'elle et d'une assiette sale, un client (Le tout jeune Charles Laughton) a gâché un numéro. Ils se rencontrent en bas d'un escalier en colimaçon, commencent à discuter... La caméra s'éloigne, et on voit alors un veilleur de nuit, un vieux bonhomme qui les voit, s'arrête, les écoute, et tout à coup manifeste un étonnement. La caméra retourne sur eux, désormais, qui montent l'escalier. La conversation aurait-elle pris un tour coquin? Dans ce genre de réactions des dizaines de figurants et acteurs de petits rôles qui sont si nombreux dans le film, réside finalement tout le prix humain de la production. Coûteuse, certes mais qui a rapporté... Pas mal pour un film muet, qui plus est Britannique, en 1929...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1929 ** E.A. Dupont
26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 16:39

Avec une réalisation d'Allan Dwan, un scénario de Frank Tuttle et la photo d'Arthur Rosson, on peut considérer Gloria Swanson fort bien entourée... Et ce qui frappe, dès le début du film, c'est l'excellente tenue du slapstick proposé; car en effet, après avoir été sur 5 films la muse de Cecil B. DeMille, puis celle de Sam Wood, dont les films ont eux aussi contribué à forger une image distante de star intouchable pour la belle actrice, Allan Dwan a décidé de changer un peu les choses. Dans Manhandled, on retrouve un thème exploré à deux reprises par DeMille, dans The golden chance d'une part, puis dans son remake Forbidden fruit: la différence impossible à réduire entre les gens de la bonne société et les autres. Et sous couvert, dans les deux films, de vaguement critiquer les riches pour leur côté hautain, on se retrouvait finalement avec les pires clichés sociaux, les pauvres étant finalement destiné à la canaille, l'alcoolisme et la médiocrité... Avec Manhandled, Dwan est honnête, et il est aussi assez proche d'un Harold Lloyd (Safety last, bien sûr) dans sa peinture d'une Amérique moderne, en mouvement, dans laquelle les opportunités sont finalement offertes, il faut donc savoir les saisir au bond...

Tessie (Gloria Swanson) et Jim (Tom Moore) sont deux amoureux de la classe ouvrière. Elle est vendeuse dans un grand magasin, et lui plombier. Il est ambitieux, inventeur à ses heures, et il tente de tout faire pour décrocher un brevet sur une de ses trouvailles. Le résultat c'est qu'il a moins de temps pour sa fiancée. Donc un soir, celle-ci est invitée (Ou réquisitionnée...) par le fils de son patron, le playboy Chip Thorndyke (Arthur Housman), pour se rendre à une soirée où elle va être confrontée à des gens de la très bonne société, dont un sculpteur qui l'engage afin qu'elle pose pour lui, car elle l'a subjuguée. Puis après une expérience malheureuse (Le grand artiste ayant les mains baladeuses), elle est engagée pour un travail inattendu, celui qui consiste à prétendre être une riche héritière Russe... Mais pendant ce temps, Jim ronge son frein...

Le film commence par quinze minutes de mouvement, de gags observés finement, essentiellement consacrés à la vie quotidienne de Tessie. C'est une belle surprise, et une belle revanche pour celle qui a tant incarné de comtesses et autres bourgeoises à salle de bain géantes. Elle est excellente dans la comédie dite "physique", et ce n'est après tout pas une très grande surprise pour une actrice venue de chez Sennett. Et Dwan joue à fond la carte de la comédie sophistiquée sur le reste du film, le ton restant très léger...

Mais la charge est là, bien là: ces gens qui en engagent d'autres pour jouer le rôle de personnalités inexistantes, ou qui tentent de créer un art "uniquement plastique", sont aussi vides que leurs créations, et force reste ici aux deux protagonistes de la classe ouvrière, Gloria Swanson (Ironiquement, future Marquise de la Falaise, mais c'est une autre histoire) et Tom Moore. Un joli film, qui confirme décidément l'intérêt de redécouvrir les oeuvres muettes d'Allan Dwan. Et sinon, ce film est une rare occasion de découvrir Arthur Housman sobre. Pour qui l'a vu chez Laurel et Hardy, ou dans Sunrise, c'est assez étonnant.

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Published by François Massarelli - dans Allan Dwan Muet Gloria Swanson Comédie 1924 **
25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 19:17

Après le triangle, le rectangle: Shooting stars racontait une intrigue amoureuse qui tournait mal, sans doute essentiellement à cause de la nature capricieuse d'une actrice trop gâtée... Et située dans le milieu du cinéma, l'histoire racontait des événements situés sur les lieux de travail des protagonistes: cette dimension est non seulement présente à nouveau dans Underground, elle est essentielle au film (Et on la retrouvera aussi dans A cottage on Dartmoor, le dernier film muet d'Asquith): les quatre personnages principaux de ce film très Londonien sont, en effet, identifiés dans le générique non seulement par leur nom, mais aussi leur métier. Kate et Nell sont respectivement couturière et vendeuse, Bill est contrôleur dans le métro, et Bert travaille à la fameuse centrale de Battersea.

Le film repose sur deux rencontres dans le métro: une jeune femme, Nell (Elissa Landi) se fait successivement importuner par un sale type, Bert (Cyril McLaglen) puis rencontre un employé du métro, BIll (Brian Aherne) qui va la séduire par sa gentillesse. Le problème, c'est que le premier a décidé qu'elle lui appartiendrait coûte que coûte, et va mêler à son corps défendant sa maîtresse, Kate (Norah Baring) à laquelle il a promis la lune...

Le Londres de la fin des années 20 compose un théâtre parfait pour le mélo: moderne, industriel et terriblement urbain. Mais ce n'est pas que du mélo, et il y a un sens de la comédie chez Asquith (C'était déjà la cas dans Shooting stars qui dans le genre peut largement rivaliser avec des Keaton et des Lloyd, tout en étant une tragédie!): le metteur en scène sait à la fois user de son don d'observation, et profiter des ses décors pour installer une ambiance d'un réalisme saisissant. Et il aime les gens, ça se voit tout de suite: la scène d'ouverture dans le métro fait beaucoup penser à Lloyd (Speedy, bien sur), mais il y a peu de méchanceté dans l'étalage de ces vies volées, qu'on jurerait toutes vraies.

Asquith, un socialiste déclaré à l'époque, s'efforce de nous montrer ce que le cinéma a rarement montré alors: des gens qui travaillent, qui vivent et qui tentent de faire attention à leurs fins de mois, comme dans les meilleurs Hitchcock Anglais... Lorsqu'on aperçoit un chapeau haut de forme, c'est presque un accident, tant les protagonistes portent plutôt la casquette! Si Underground est moins démonstratif que Shooting stars, c'est sans doute parce qu'il a fallu tourner dans des lieux authentiques, dont le métro Londonien. N'empêche, c'est là encore un tour de force! Et puis le film prend son temps avant d'asséner un suspense fantastique dans une série de scènes qui n'ont que peu d'équivalent... Mais l'ombre de Metropolis plane avec insistance sur Underground: ce qui rappelle à toutes fins utiles que François Truffaut qui a un jour dit qu'il était absurde de parler de cinéma Anglais tant ça lui semblait antinomique d'associer ce nom et cet adjectif, se fourrait le doigt dans l'oeil...

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Published by François Massarelli - dans Anthony Asquith Muet 1928 **
24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 11:40

Le film commence par une scène de tournage, un procédé qui ne donne pas tant lieu à des images trompeuses, qu'on aurait pu le croire. L'essentiel de l'action du film a lieu sur un studio, ou sur des plateaux de tournage. Comme tant d'oeuvres de la même époque, donc de 1927 ou 1928, le scénario suit de très près une forme très proche du mélodrame, simplifiée autour des quelques personnages (En l'occurrence un triangle amoureux assez classique), mais la mise en scène elle est d'une invention de tous les instants. Commençons par dissiper le doute: le film est crédité comme 'Un film d'Anthony Asquith' (C'est son premier effort), "mis en scène par E. V. Bramble". Mais la présence du vétéran est sans doute surtout faite pour rassurer la production, car le film porte, comme Underground et A cottage in Dartmoor, la patte de la mise en scène d'Asquith, encore un jeune loup qui s'est volontiers laissé séduire par le style de cinéma hérité des grands maîtres Allemands...

Mae Feather (Annette Benson) et Julian Gordon (Brian Aherne) sont deux acteurs et partenaires, mariés. Leur spécialité, c'est le thriller et l'aventure, avec une prédilection pour les scripts qui permettent à l'héroïne de faire face à un danger sérieux (Torture, viol, etc...), puis d'être secourue par son héros valeureux... Les deux stars sont bien différents l'une de l'autre: lui est finalement assez "premier degré", on le voit d'ailleurs à un moment assister à la projection d'un de ses films, il réagit aussi naïvement que les enfants du public! Elle, par contre, se comporte comme une star, comprendre par là qu'elle est tyrannique et capricieuse... Une autre différence soulignée par le film, c'est que lui ne se maquille pas, alors que Mae passe l'essentiel des tournages dissimulées sous les fards et une (atroce) perruque. Mais tout n'est pas rose: on assiste aussi à des tournages de comédie au studio, dont la star est Andy Wilks (Donald Calthrop), un acteur lui aussi grimé, un peu à la façon dont les acteurs se maquillaient chez Sennett: en plus de vêtements ridicules, ils portent d'improbables moustaches qui les rendent furieusement grotesques, et prêts à participer à des actions généralement délirantes, avec courses poursuites et coups de pied au derrière. Mais Andy Wilks a un secret, du moins le croit-il (Tout le studio a l'air au courant, sauf sans doute ce pauvre Julian): il est amoureux de Mae, et elle le lui rend bien. Un soir, ils sautent le pas, et après cet adultère, le drame va se nouer. En effet, Mae sait qu'un scandale ruinerait sa carrière. Il va donc falloir être discrets... Et bien sur, ça sera impossible.

C'est formidable, décidément cette période est une mine d'or: le film est d'une invention visuelle constante, et la caméra est partout. La vivacité de la mise en scène, l'invention visuelle, la façon dont les éclairages sont disposés, tout identifie ce film au brillant sursaut formel de 1927/1928! Et le fait qu'il se déroule sur des tournages a stimulé la mise en scène encore plus (Rien que pour cette période, il me vient au moins deux titres à l'esprit, dans le monde, pour des films situés dans le milieu du cinéma: Filmens Helte, de Lau Lauritzen au Danemark, et Show People de King Vidor à la MGM), en donnant à voir l'envers du décor sous un angle souvent dramatique ou caustique. Ca donne lieu à des scènes finement observées par les auteurs, et on a l'impression d'assister à une certaine vérité. Maintenant, on admettra que le film ne donne pas à proprement parler une image très positive de sa protagoniste principale, vue généralement en train de se remaquiller toutes les cinq minutes, et dont les motivations restent profondément égoïstes. Mais il faut voir la façon dont Asquith (Et Bramble) amène (nt) la scène dramatique la plus importante de la fin, dans laquelle un petit objet ressemblant à un bâton de rouge à lèvres joue un rôle primordial...

Pour un premier film, c'est un beau, un très beau début, maintenant restauré de façon glorieuse par le BFI.

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Published by François Massarelli - dans Anthony Asquith Muet 1927 **
4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 18:50

Dernier des films muets disponibles de Sternberg, Docks of New York fait partie de ces nombreux films passés inaperçus, justement parce qu'ils étaient muets, à l'époque ou on allait voir n'importe quoi du moment qu'on y parle. Et comme beaucoup de films de cette miraculeuse année, il est devenu un classique. A voir pour la poésie crapuleuse, peuplée et fêtarde, de ces bouges portuaires, pour l'éclosion d'une incroyable histoire d'amour entre un gros baraqué et une fragile petite dame suicidaire, et bien sur pour la science de l'image qui transforme, comme dans les autres muets de Sternberg, absolument tous les plans en des photographies sublimes.

George Bancroft y incarne Bill Roberts, un soutier, bien décidé à prendre du bon temps pour son seul jour à terre. En route pour un bar à marins qu'il connait, il sauve une jeune femme de la noyade, qui s'était délibérément jetée à l'eau: c'est Betty Compson, qui incarne Mae. Son prénom n'est connu que pour un intertitre qui est situé vers la fin du film, mais la jeune femme va promener son spleen du début à la fin de l'intrigue, partagée entre trois sentiments difficilement compatibles: une véritable reconnaissance pour Bill, non parce qu'il l'a sauvée, mais bien parce qu'il lui témoignera de l'intérêt; ensuite, elle manifeste une méfiance à l'égard de tout et tous, en particulier Bill! Celui-ci prétend vouloir se marier avec elle sur le champ, ça ressemble surtout à un rituel sexuel plus qu'autre chose et elle n'est pas dupe... Le pasteur qui fait l'office (Gustav Von Seyffertitz) non plus, du reste. Le troisième de ces sentiments, c'est une certaine envie de croire en une chance, ce qui lui fait tenter de voir au-delà des apparences, un futur possible avec Bill. Aussi, quand celui-ci part le lendemain matin, elle manifeste une certaine tendresse... avant de le jeter dehors sans ménagements!

Le film est construit sur deux journées, et peu d'ellipses s'y retrouvent. La principale est la nuit d'amour, qu'on devine torride: Quand Bill se lève, la jeune femme reste à dormir au lit, et il cherche dans sa poche de l'argent. il laisse un billet sur la table de nuit, puis se ravise... et, l'air admiratif, en ajoute un deuxième! Le film ne prend pas de gants avec le milieu qu'il nous dépeint... On est dans un film d'inspiration très européenne. Et au fait, c'est intéressant de constater qu'à l'approche du parlant, de nombreux films à vocation "artistique" se sont tournés vers New York: celui-ci est donc dans une catégorie qui inclut également Speedy d'Harold Lloyd, The Crowd de Vidor, et Lonesome de Fejos. Pourtant, hormis quelques plans quasi-documentaires d'entrée ou de sorties de bateaux dans le port, tout le film ou presque se passe sur les docks, dans les chambres situées dans les environs du bar fréquenté par tous ces gens. Le mariage qui y a lieu est une scène fabuleuse, dans laquelle la poésie la plus inattendue s'installe dans un lieu qui n'y est pourtant pas propice... Les matelots ivres y dansent avec les filles, et Bill y séduit, à sa façon, Mae, avant de rendre la décision (Sans vraiment la consulter) de l'épouser. Et la volonté tranquille du marin, certes éméché, finit par la persuader de ne pas trop s'y opposer... mais la conscience veille: Olga Baclanova incarne dans ce film un personnage extraordinaire de fille qui a du faire face à la faillite d'un mariage avec un homme de la mer, et elle prévient les deux amoureux d'un soir qu'ils font une bêtise.

Pourtant le film, qui commence presque par une scène dans laquelle une femme se jette à l'eau, est aussi et surtout la naissance d'un amour. Un amour qui passera par des gestes tendres, des actes simples mais clairs dans leur signification, et culminera dans une scène finale, celle d'un autre être humain, Bill cette fois, qui se jette à l'eau, aussi bien pour de vrai, que symboliquement (Naissance de l'amour, enfin pour lui, du moins prise de conscience de ses sentiments), qu'au figuré: il se "jette à l'eau", et va enfin assumer d'être marié. Supérieurement photographié par Arthur Rosson qui doit composer des images et régler des lumières pour le metteur en scène le plus doué en ces domaines, et s'en tire avec brio, The Docks of New York est une merveille un film qui ne vous propose rien d'autres que ce qu'il vous montre, et qui vous le montre avec une poésie à tomber par terre. Pourtant vous ne vous ferez pas mal.

 

The docks of New York (Josef Von Sternberg, 1928)
The docks of New York (Josef Von Sternberg, 1928)
The docks of New York (Josef Von Sternberg, 1928)
The docks of New York (Josef Von Sternberg, 1928)
The docks of New York (Josef Von Sternberg, 1928)
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Published by François Massarelli - dans Muet 1928 Josef Von Sternberg Criterion ** Betty Compson
29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 16:23

Jonas Sternberg, pas plus Von que moi, savait ce que le déguisement, ou son équivalent l'uniforme, peuvent faire à un homme. Jannings, vedette Allemande du film de Murnau Le dernier des hommes, qui traitait précisément des effets de la perte d'un uniforme sur un vieil homme, le savait aussi. Cette fable noire et souvent tragique est basée sur l'industrie de l'illusion à Hollywood; un réalisateur voit arriver un jour sur son film un figurant qui n'est autre que l'homme qui l'a arrêté en Russie, en pleine révolution. L'un et l'autre ont aimé la même femme, et le réalisateur va se repaître de l'inversion des rôles: il est désormais en position de force. L'un des premiers films majeurs basé sur un flash-back, The last command est aussi un chef d'oeuvre tout court, absolument envoûtant.

L'histoire commence à Hollywood en 1928, une première façon de brouiller les pistes. L'action principale est concentrée sur une journée... Un réalisateur d'origine Russe, Leo Andreyev (William Powell) prépare un film sur la Russie, et a besoin de figurants qui fassent aussi Slaves que possible. On est dans l'univers des Stroheim, des Sternberg aussi, ces réalisateurs démiurges qui poussaient en apparence le bouchon de l'ultra-réalisme ou de l'illusion aussi loin que possible pour arriver le plus souvent sur le baroque le plus absolu. Andreyev est un homme important, ses assistants sont des yes-men, et ça finit par l'ennuyer: l'expression qui se lit sur son visage devant l'armée de briquets tendus par ses subordonnées lorsqu'il sort une cigarette de son étui est sans équivoque... Parmi les photos de figurants et d'acteurs de second plan qu'il examine, Andreyev repère une tête connue, et demande à ce qu'on convoque l'acteur: c'est Serge Alexandre (Emil Jannings), un vieil homme un peu lent, dont le tremblement de tête est permanent, à la grande irritation des gens qui travaillent avec lui. Il vit chichement dans une de ces innombrables pensions d'artistes qui peuplent le vieux Los Angeles, et va se rendre à son rendez-vous. Imperceptiblement, le film est passé d'un de ses personnages principaux à l'autre...

C'est durant la phase de maquillage que le personnage de Serge Alexandre se révèle. Il est fort différent des autres acteurs et figurants, qui braillent, jurent, s'invectivent. Lui est posé, et presque absent, lent dans ses gestes, et... hanté. Il sort de sa veste un paquet qui contient une médaille, qu'il accroche ensuite à son uniforme. Mais les autres se moquent de lui et de son air hagard, et il explique que son bijou lui a été donné par le Tsar lui-même. Ce qui n'arrange rien, bien sur... On lui fait remarquer que son tremblement est irritant, il répond qu'il a subi un choc, et qu'il n'y peut rien.

Est-ce la médaille, ou le traumatisme d'être moqué et incompris, ou le décalage entre lui et les hommes qui l'entourent, tous issus d'un milieu populaire, ou tout simplement le fait d'avoir face à lui un miroir qui lui renvoie une image piteuse de lui-même? Quoi qu'il en soit, le flash-back qui représente le coeur du film est situé à cet instant précis, et va se dérouler sans interruption pour les quarante minutes suivantes. 1917: Serge Alexandre est un général important, il est l'un des cousins du Tsar, et il est en charge d'une troupe importante. Il doit aussi veiller à la contestation qui enfle, entre les remous des agitateurs communistes civils, et la grogne des soldats engagés dans une guerre dont ils ne veulent décidément pas... Et en prime, il en a assez de devoir jouer au petit soldat pour le plaisir des huiles qui viennent de la capitale, ainsi doit-il mettre ses soldats, par ailleurs engagés dans un conflit crucial, en rangs d'oignon pour le contentement de son cousin le Tsar qui vient les passer en revue. Or, le général sait qu'il n'y pas pas de temps à perdre, si la guerre est perdue, ce sera la révolution, et le chaos. Bref, pour un soldat de la vieille aristocratie blanche, Serge Alexandre est un homme évolué, fin et surprenant... Et en ce jour, il accueille un certain nombre d'agitateurs ou supposés tels, parmi lesquels Leo Andreyev, et sa maîtresse la belle Natalia Dabrova (Evelyn Brent). Acteurs, ils ont été appréhendés parce qu'ils sont surtout soupçonnés de prêcher ouvertement la révolution. Andreyev est jeté en cellule avant d'être déporté vers l'Est, et Serge Alexandre garde littéralement Natalia pour lui. Ce sera à la fois sa perte et son salut, car entre la belle révolutionnaire mystérieuse et le vieux général blanc, le coup de foudre sera spectaculaire...

On attendait de cet extraordinaire flash-back, qui nous amène par le cinéma d'une représentation des coulisses de l'usine à rêves, à une reconstitution magnifiquement plastique de la Russie confrontée à l'urgence dramatique de 1917, une confrontation entre le révolutionnaire ombrageux, et le général Russe blanc. Il n'en sera rien, pas plus que dans leur rencontre sur le plateau, l'un devenu metteur en scène, l'autre figurant et moins que rien, dans une inversion radicale des rôles. D'une certaine façon, Sternberg nous donne suffisamment d'indices pour nous indiquer qu'ils sont un seul et même homme, ou en tout cas similaires, mais à des moments différents., Si confrontation il y a, c'est essentiellement entre le général et la femme, qui vont s'aimer dans des fulgurances aussi délirantes que ne sont les circonstances. Et ce qui amènerait éventuellement les deux hommes de 1928, derniers survivants du drame qui s'est joué en Russie, à un conflit, c'est plus l'image de la femme et des circonstances dans lesquelles elle a été perdue, que la différence d'opinions. Et le vieux général, auquel son désormais supérieur donne une mission, celle de s'incarner lui-même dans une reconstitution du choc frontal qu'il a eu avec la révolution onze années auparavant, va s'acquitter de sa tâche avec une telle fougue, une telle énergie du désespoir, une telle passion, que... Non, il va falloir le voir, je ne peux vous le révéler. Disons que dans le Hollywood du film, plus vrai que le vrai, reconstitué avec ironie et rigueur par Sternberg (qui s'est représenté dans plusieurs personnages, ici, c'est évident), on s'en souviendra du passage de Serge Alexandre, l'obscur figurant qui tenait tant à mettre ses médailles au bon endroit... Un grand acteur, ça oui. Même plus: un grand homme, tout bonnement. Comme Jannings, dont ceci est l'unique film Américain survivant, et franchement, c'est dommage qu'on ne puisse désormais mettre la main sur aucun des autres, celui-ci est hallucinant.

 

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Published by François Massarelli - dans 1928 Josef Von Sternberg Muet Criterion **
20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 17:08

Un peu d'histoire pour commencer...

La carrière de réalisateur de Sternberg a commencé avec The Salvation hunters (1925), un film que d'aucuns pourraient qualifier d'expérimental, voire d'amateur. Les "stars" en étaient George K. Arthur et Georgia Hale (The gold rush), ce qui explique peut-être le soutien de Chaplin: c'est par le biais de United Artists que le film est distribué nationalement. Le film conte les "mésaventures" de marginaux dans une zone portuaire, et permettra à Chaplin de proposer à Sternberg de démarrer une collaboration. Le film produit par Chaplin et mis en scène par Sternberg s'appelait The woman of the sea. Projeté une fois, jamais sorti, le film a-t-il déplu à son éminent producteur? Edna Purviance, tournant un film sans la direction de son mentor, a-t-elle déplu? Sterberg a-t-il déçu Chaplin? Le film a été détruit, devenant probablement un graal particulièrement important auprès de million de rêveurs... Echoué à la MGM, Sternberg aurait fini seul un seul film, The exquisite sinner... et encore, on parle de retakes effectuées par un tiers. En tout cas ce film d'aventures romantiques a déplu à la hiérarchie et entraîné le renvoi du metteur en scène de son film suivant, The masked bride... C'est donc à la Paramount que Sternberg va trouver un studio qui le laisse déployer sa vision. Il va aussi parfois être amené à travailler sur les films des autres: It, de Clarence Badger, par exemple, ou encore le montage de The honeymoon, deuxième partie de The wedding march... Mais le principal effet de son arrivée à la Paramount, c'est bien sur qu'il va être choisi pour tourner Underworld, qui s'annonce comme un film important pour le studio.

Le film conte les aventures d'un bandit, Bull Weed (George Bancroft) et la façon dont ses ennuis s'accumulent lorsqu'il prend sous son aile un ivrogne, rebaptisé "Rolls Royce" (Clive Brook). A son service, Rolls Royce est d'une fidélité inattaquable à son mentor, mais Bull ne peut s'empêcher d'être jaloux lorsque il voit que sa petite amie Feathers (Evelyn Brent) développe une amitié profonde avec son protégé. Et cette jalousie, par un enchaînement compliqué, va précipiter sa chute: suite à l'assassinat sauvage d'un autre gangster, Bull est condamné à mort. Rolls Royce et Feathers, partagés entre la fidélité à Bull et le fait de pouvoir enfin vivre leur idylle à l'air libre, vont-ils faire quoi que ce soit pour empêcher sa mort?

Ce qui est frappant dans Underworld, c'est la façon dont le metteur en scène semble opérer, cherchant à la fois des moyens abstraits de rentrer dans le vif de son intrigue, et des moyens de faire du sens avec ce qui normalement n'apparaît pas au premier plan. Une sorte de don absolu pour l'utilisation du détail, qui se manifeste dans chaque plan ou presque: par exemple, l'apparition de Feathers dans le film se fait en trois temps; dans la rue, la caméra s'amuse à suivre quelques chats errants qui fouillent dans les poubelles, puis s'attache à suivre un chat blanc, à l'allure nettement moins miteuse, qui va entrer dans un immeuble. On coupe ensuite vers un plan de Feathers, qui vient d'entrer dans l'immeuble en question, et vérifie sa tenue: ses bas, puis les plumes qu'elle porte à sa robe (D'où son surnom). Troisième plan: une plume s'est détachée et tombe au sous-sol, où elle est ramassée par "Rolls Royce" qui fait le ménage, et lève la tête pour voir d'où vient cette plume. Les deux futurs amants ne s'étaient pas encore rencontrés...

Le metteur en scène semble attaché à inventer toute une grammaire d'effets visuels, et utilise à merveille l'ombre et la lumière, la fumée aussi, et l'essentiel du film se tient, bien sûr, dans des scènes nocturnes. Sternberg, un peu à la façon d'un Michael Curtiz, mais sans doute avec un rien plus de subtilité, convoque les ombres de ses personnages pour composer des plans saisissants, à la fois irréalistes et hyper-efficaces. Il en use non seulement pour l'atmosphère, pour étendre le champ d'action de ses personnages, mais aussi pour jouer sur le suspense et la menace qui pèse sur ses héros. Surtout, le film ne s'aventure jamais dans le schéma habituel du bien et du mal, préférant jouer sur la notion de décence et de loyauté interne au code des gangsters, ainsi que sur le romantisme des personnages, dans un triangle amoureux qui jamais ne devient sordide...

Bref, Underworld, c'est l'invention du film de gangsters: Enorme succès, largement mérité, ce film est non pas l'ancêtre du film noir, il en est la naissance! Indispensable.

 

Underworld (Josef Von Sternberg, 1927)
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Published by François Massarelli - dans Josef Von Sternberg Muet Gangsters 1927 Criterion **