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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 17:07

Sydney Chaplin pourrait très bien n'être que le grand frère de qui vous savez, ce ne serait déjà pas mal... gagman, acteur dans les films de son frère, parfois sans doute assistant écouté, comme Albert Austin, Henry Bergman ou Charles Reisner, et pour finir son agent... C'est lui qui a présenté Karno et Chaplin, c'est lui qui a fait l'homme dans une maison au père absent... Bref. Mais Sydney a aussi eu une carrière solo, passionnante parce que totalement oubliée, et franchement atypique.

Une fois Charles parti de chez Sennett, Sydney s'est retrouvé à le remplacer en quelque sorte, avec un personnage récurrent, Gussle, qui inaugure le look qu'aura Sydney dans quelques films de son frère: une moustache envahissante, des cheveux raides, et une raie rectiligne au milieu. Il a ensuite rejoint Charles vers 1916 à la Mutual, puis est devenu un acteur proéminent dans A dog's life, Shoulder arms!, The Bond, Pay day et The Pilgrim. Il a continué à s'occuper des affaires de son petit frère, tout en menant une carrière solo, moins burlesque, plus dans la comédie de moeurs. Le film Charley's aunt (1925), réalisé pour Christie, est un excellent exemple. Il a ensuite eu une petite carrière à la Warner, mais celle-ci s'est arrêtée net: un scandale en Grande-Bretagne lui a été fatal, comme Arbuckle. Il s'est donc définitivement retiré derrière son frère...

A submarine pirate est le dernier film Sennett de Sydney Chaplin, son premier film à dépasser les deux bobines (dans sa version intégrale, il durait quatre bobines), et l'un de ses rares films survivants des années 10. On y voit bien le style très acrobatique des gags de Sydney qui ont souvent un petit arrière-gout d'absurde. C'est aussi un étrange objet, qui doit beaucoup à Charles Avery, collaborateur de Roscoe Arbuckle, dont le type d'humour tout en violence incontrôlée est ici très représenté, mais qui est aussi marqué par un choix délibéré de Sydney d'être le méchant: il est en effet un pirate, qui utilise un sous-marin pour terroriser les gens. ce qui explique peut-être qu'il ait été relégué si longtemps dans les poubelles de l'histoire, jusqu'à ce qu'un David Kalat enthousiaste l'édite dans le coffret American Slapstick.. Une curiosité, donc, mais suffisamment intrigante pour être revue de temps à autre, même dans une version sérieusement abrégée. C'est la même, quoique passée un peu plus rapidement, qui a les honneurs de la HD dans l'excellent coffret consacré à Mack Sennett chez Flicker Alley...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Sydney Chaplin 1915 **
26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 10:58

Mantrap était l'un des films préférés de Clara Bow; c'était aussi son introduction au grand monde, après avoir enchaîné seconds rôles et productions moindres, c'était son premier rôle en vedette pour un studio de premier plan, qui allai ensuite lui proposer un contrat de star... Mais de tous les films qu'elle a tournés en vedette (Exception faite de Wings, dans lequel on peut décemment considérer que son rôle est limité), c'est sans doute le meilleur qu'on puisse voir aujourd'hui. L'entente a été parfaite entre la star et son metteur en scène (Et même plus que parfaite à en croire la légende, sacré Victor!), et de ce qui aurait pu être une comédie vaguement sexy de plus ou de moins, l'équipe en a fait un chef d'oeuvre de comédie gonflée.

Deux hommes s'apprêtent à prendre des vacances momentanément, pour des raisons différentes voire opposées: Joe Easter, le trappeur qui vit à Mantrap Lodge, en pleine nature, a besoin d'aller à la grande ville pour y voir des filles, parce que la solitude lui pèse, alors que l'avocat Ralph Prescott, de son côté, est un avocat spécialisé en divorces, qui n'en peut plus de recevoir des clientes fortunées qui tentent de le séduire. Easter se rend donc à Minneapolis où il rencontre une jeune manucure, Alverna, qui croit trouver en lui l'homme des bois, et Ralph écoute son ami Woodbury, qui le persuade d'aller camper au grand air. Et Ralph et Woodbury vont donc s'installer à Mantrap, en pleine saison des pluies, semble-t-il. Lorsque Ralph rencontre Joe, celui-ci l'invite à venir se refaire une santé dans sa cabane, et lui présente Alverna...

Comme on dit dans ces cas-là, "vous pouvez deviner la suite"... Sauf que non, ce serait trop facile! Fleming a distribué les rôles à une troupe formidable: Joe Easter est interprété par Ernest Torrence, qui sait si bien doser sa jovialité et son manque flagrant de sophistication, tout en provoquant la sympathie du public; Percy Marmont est arfait en avocat coincé, cela va sans dire! Eugene Pallette interprète Woodbury, et parmi les habitants de mantrap, on apercevra Ford Sterling, Lon Poff (En pasteur...), Josephine Crowell en une voisine qui se mèle de ce qui ne la regarde pas, et William Orlamond interprétant son mari qui la suit partout comme un petit chien. On note que j'ai gardé l'inévitable pour la fin: Clara Bow, confondante de naturel, est donc Alverna. Alverna, comme Clara Bow, est dotée dune sexualité visible et assumée, jamais mise en valeur par des robes suggestives, mais plus par un comportement exubérant. Et ce petit bout de bonne femme va en faire baver à tous les hommes, mais le pire c'est qu'elle en fait une affirmation de sa féminité, les hommes dans 'histoire étant priés d'accepter. Et Fleming ne cherche à aucun moment à la punir ou à l'excuser de son comportement. Lors d'une scène, la jeune femme prend le pouvoir, et confronte "ses" deux hommes, Prescott et Easter, et... montre qui est la patronne. Clara Bow est troublante, et c'est son meilleur rôle.

Au cas ou on se poserait la question, sachez qu'il existe bien un lac Mantrap dans le Minnesota, ce n'est donc pas une invention de l'auteur du roman, Sinclair Lewis, ou de Victor Fleming, qui s'était lui fait prendre aux pièges de Clara Bow. Ni le premier, ni le dernier...

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Published by François Massarelli - dans Victor Fleming Clara Bow Muet Comédie 1926 **
24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 08:39

Le même jour, Samuel "Kid" Boots (Eddie Cantor) se fait virer pour maladresse extrême de son travail chez un tailleur, se fait un ennemi mortel en la personne d'une grande brute (Malcolm Waite), et rencontre la femme de sa vie, Clara (Bow). Tant qu'à faire, il va aussi faire une autre rencontre déterminante, celle de Tom (Lawrence Gray), un professeur de golf empêtré dans un mariage avec une intrigante (Natalie Kingston) qui cherche, quant à elle, à s'échapper de son divorce. Suite à un certain nombre de quiproquos, "Kid Boots" devient le témoin de Tom, et ce trois jours avant que le divorce ne soit finalisé. Et tout ce petit monde se retrouve dans la même station balnéaire. Il va donc, y avoir du sport...

Ceci est le premier film de Eddie Cantor, star chez Ziegfeld, et dont la popularité grandissante coïncide avec l'avènement des studios. La Paramount, en lui offrant un "véhicule" taillé sur mesure (A la base de ce film, figure une pièce où l'acteur avait triomphé), pose du même coup les jalons de ce qui va bientôt devenir la façon de traiter le burlesque à la MGM, la Fox ou la Paramount: choix d'un réalisateur, des acteurs, lieux de l'action, tout passe par le studio; une gestion efficace de la comédie, qui fait certes du bon boulot, mais qui tranche avec l'artisanat tel que le pratiquaient tous les spécialistes du genre: Keaton, Chaplin, Lloyd et Langdon en tête. Bref, aurait pu dire Churchill, la comédie est un art trop important pour la confier à des néophytes... Non que ce film soit mauvais, loin de là. Mais il reste mécanique, et parfois on voit les ficelles. Et Eddie Cantor fait de son mieux, difficile dans les meilleurs moments de ne pas penser aux modèles prestigieux qu'il s'est choisi... Pour ce qui est de Clara Bow, qui était encore à l'essai, elle apporte à son rôle de flapper dynamique toute sa connaissance du type, et ses scènes avec Cantor, bien que peu nombreuses hélas, valent le détour. Si certaines scènes recyclent de façon voyante, notamment une scène de massage avec contorsionniste qui renvoie directement à The cure de Chaplin (Sauf que cette fois, c'est Cantor, c'est à dire le héros, qui est le contorsioniste), il y a une atmosphère générale de représentation du sport, qui fera des petits: Run girl run, de Alf Goulding chez Sennett, College de Buster Keaton, ou encore de nombreux courts métrages des années 20 ou 30... Ce n'est donc peut-être pas la comédie de la décennie, mais ça se laisse voir sans déplaisir.

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Published by François Massarelli - dans Muet Clara Bow Comédie 1926 **
23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 18:28

Trois enfants Américains, tous trois de parents divorcés, jouent ensemble à Paris. Les deux filles, Kitty et Jean, ont été placées dans un couvent pour enfant de divorcés aisés par leurs ères volages, et le jeune garçon Ted ronge son frein en attendant de quitter sa famille, excédé par le comportement déluré de son père divorcé... Mais en grandissant, Kitty (Clara Bow) et Ted (Gary Cooper), qui sont voisins aux Etats-Unis, sont devenus assez proche des styles de viee de leurs parents. Quand Jean (Esther Ralston) les rejoint, Ted et elle tombent amoureux l'un de l'autre. Mais Jean explique à Ted que le mariage ne sera possible que s'il travaille. Il trouve assez facilement un emploi, mais Kitty très attaché à son style de vie oisif vient l'empêcher de mener à bien sa mission, et un matin, il se réveille à ses côtés, n'ayant aucun souvenir de leur nuit, durant laquelle ils se sont mariés... Pour Ted et Jean, c'est une catastrophe: faut-il un nouveau divorce qui risque de gâcher la vie de Kitty, ou faut-il lui laisser sa chance, bien que Ted ne l'aime pas?

On fait grand cas de la participation de Josef Von Sternberg à ce film, qui a certainement bénéficié de retakes, ou d'embellissements de la part du metteur en scène génial... mais ce serait injuste de ne pas d'abord le considérer comme ce qu'il est: l'un des meilleurs films du très conservateur cinéaste qu'était Frank Lloyd. Il se surpasse globalement, même si le message anti-divorce est aujourd'hui complètement vide de sens, au moins le film se permet-il d'explorer avec un oeil volontiers critique (Et un brin trop vertueux) la vie dissolue des gens de la haute société. N'empêche que Clara Bow se jette à corps perdu dans un rôle taillé pour elle, sans arrière-pensées... Le film a de plus le bon goût, en plus de nous donner à voir Cooper et Bow ensemble, de ne pas durer très longtemps, et du coup il n'y a pas la moindre redondance. Compte tenu de son sujet, c'est un plaisir coupable, mais on ne dira rien...

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Published by François Massarelli - dans Frank Lloyd Muet Clara Bow 1927 ** Gary Cooper
23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 18:14

Ce film, entièrement à la gloire de Clara Bow, vient à la fin d'une année frénétique: entre autres, Clara Bow y a tourné Children of divorce (Frank Lloyd), It (Clarence Badger), Hula (Victor Fleming) et si le film n'était pas à proprement parler typique de l'actrice, on pourra difficilement faire l'impasse sur le formidable Wings de William Wellman... Mais Get your man, pure comédie sans un gramme de pathos, correspond finalement à l'image délurée et mutine de la star telle que l'avaient forgée un certain nombre de personnes à l'époque, parmi lesquelles... Clara Bow elle-même.

On peut rendre compte de l'intrigue facilement, même si deux bobines ont aujourd'hui disparu: à Paris, le jeune Duc d'Albin (Charles Buddy Rogers) fait la connaissance de la jolie eet exubérante Américaine Nancy Worthington (Clara Bow). Ils se plaisent immédiatement, mais le problème, c'est que selon d'antiques coutumes, le jeune homme est promis à une jeune femme (Josephine Dunn) depuis leur plus jeune âge... N'écoutant que son coeur, la belle Américaine décide de mettre la pagaille dans cette union programmée, afin de donner raison au titre du film... Elle débarque donc dans la luxueuse résidence des Ducs D'Albin, ou on reçoit justement la future belle famille du jeune home, les De Villeneuve...

C'est drôle, enlevé, vite passé et pas si vite oublié que ça. La mise en scène de Dorothy Arzner va à l'essentiel, et repose surtout sur l'énergie indomptable de la jeune actrice, totalement dans son élément. On notera que si la morale à la fin reste sauve, le moyen ultime utilisé par Clara Bow est tout simplement de compromettre la réputation de sa vertu de façon irrémédiable...

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Published by François Massarelli - dans Clara Bow Muet Comédie 1927 **
18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 18:36

Marcel L'herbier n'avait peur de rien et encore moins du ridicule. C'est simple: il suffit de se pencher sur n'importe lequel de ses films muets pour s'en rendre compte. Seulement à tort ou à raison, il habitait ses oeuvres, il se mettait tout entier derrière chaque scène, chaque plan, et se donnait corps et âme. C'est déjà un signe de forte respectabilité, qui fait de lui l'égal d'un Stroheim, d'un Vidor ou d'un Gance... quand ses films sont réussis. Et outre le splendide Feu Mathias Pascal où L'Herbier fait sienne l'ironie de Pirandello en y ajoutant son sens hallucinant du visuel, et laisse Ivan Mosjoukine faire montre de son talent exceptionnel, L'argent est 'un de ces films dans lequel un metteur en scène qui ose tout oser obtient des résultats uniques, brillants et inoubliables...

C'est irracontable: il y est tellement question de spéculation, que le fonds exact des malversations, transactions, coups fourrés et trahisons me semble, après plusieurs visionnage, tout bonnement incompréhensible. Peu importe d'ailleurs: dans ce film adapté plus ou moins de Zola mais transposé dans le Paris boursier de 1928, le metteur en scène nous montre un arroseur arrosé, un de ces hommes qui croit être au-dessus de tout, et posséder tout le monde. Il va jouer, beaucoup gagner, spécule, tenter de s'approprier les êtres, et finalement perdre... mais pas pour longtemps. L'Herbier lui impose surtout ses semblables, et à Saccard (PIerre Alcover), le banquier sans scrupules, il ajoute Gunderman, (Alfred Abel) un homme qui prend ses distances et qui se réfugie lui derrière un style moins carnassier... avec d'excellents résultats. On verra aussi la Sandorf (Brigitte Helm), une dame qui règle les élans de son coeur sur les comptes en banque des prétendants, et bien d'autres. Contrairement au Saccard de Zola qui montrait quelques penchants antisémites chez celui qui n'avait pas encore écrit J'accuse, celui de L'Herbier est surtout un enfant de son siècle, un homme qui a choisi une voie dictée par les dieux de la bourse. Sandorf et Gunderman, chacun avec sa manière (Froide et efféminée chez Gunderman, féline et calculatrice chez Sandorf) lui ressemblent beaucoup.

Mais le petit peuple de la bourse est une faune dans laquelle on trouve de tout, et on y trouve aussi des gens qui se sont perdus en route: ainsi les Hamelin donnent ils un angle d'approche intéressant, qui renvoie qui plus est à l'actualité: Jacques Hamelin (Henry Victor) est un aviateur doublé d'un home d'affaires, qui cherche un financement. Saccard va spéculer sur le héros et mettre tout ce petit monde en danger, et surtout il va essayer de s'approprier Madame Hamelin (Marie Glory) en l'absence de son mari. Une séquence, filmée au plus près des corps, nous montre une tentative de viol d'une violence rare...

Outre le jeu des acteurs, totalement irréprochable (Et à la liste ci-dessus il faudrait ajouter Alexandre MIhalesco, Yvette Guibert, Antonin Artaud et Jules Berry, excusez du peu) c'est bien sur la mise en scène enfiévrée, faite de plans mouvants, L'Herbier ayant tout fait pour bouger ses caméras dans tous les sens; on pense souvent au Dernier des hommes, pour situer, mais le metteur en scène ajoute un angle inattendu: à Murnau, démiurge de l'image, il répond par une sorte de détournement du style documentaire. Il construit des décors intrigants, habités par ses acteurs et sa figuration, et place sa caméra au milieu, en captant le plus souvent l'action centrale à travers le reste: il en ressort un fourmillement, une vie intérieure rare dans un film Français de l'époque. Et comment ne pas penser en voyant ces cercles boursiers vus d'en haut, avec ce grouillement des personnes, à une fécondation bizarre, ou pour le moins à une expérience délirante? L'argent est un joyau vénéneux, un film qui se mérite, le couronnement de la carrière muette de son auteur.

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Published by François Massarelli - dans 1928 Marcel L'Herbier Muet **
13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 09:41

Les problèmes n'ont pas manqué lorsque ce film, une production Cinégraphic réalisée en partenariat avec Gaumont-British, s'est fait: l'un des acteurs de premier plan est décédé, et la star Anglaise Betty Balfour est tombée sérieusement malade, par exemple. Le choix de L'Herbier de tourner tous les extérieurs à Honfleur, le lieu où est sensé se passer l'action, s'est avéré difficile à assumer, et à la sortie du film, le verdict généralisé a été sans appel: c'est comme L'homme du large, mais e moins bien, ont dit les critiques! ...Or c'est on ne peut plus faux! Car si de nombreux commentateurs, y compris aujourd'hui, se plaignent du jeu de Betty Balfour, je pense que c'est un atout, et autant je trouve le film de 1920 souvent ridicule et prétentieux, autant j'aime celui-ci...

A Honfleur, on suit les vies quotidiennes de deux familles, qu'on ne peut pas imaginer plus différentes l'une de l'autre. Les Bucaille sont des fainéants: le père boit tout l'argent de sa paie de marin, la mère laisse les enfants traîner dans les rues, et la fille aînée Ludivine (Betty Balfour) est la meneuse, non seulement de ses deux voyous de jeunes frères, mais aussi de tous les gamins du quartier, qui passent leur temps à faire des crasses... Leurs victimes favorites sont les Leherg, une famille étrangère qui est venue s'installer à Honfleur: le père est marin, et le grand fils Delphin (Jaque Catelain) aussi; la mère maintient sa maison en ordre, et le soir ils s'attablent tous les trois avec pour commencer une prière. Ludivine aime mener des opérations contre eux, qui consistent essentiellement à jeter des pierres sur leur maison, à la faveur de la nuit. Un jour, les deux hommes Leherg sont victimes d'une tempête, et Ludivine est persuadée en être la cause; après une "expédition" chez les Leherg, le père et le garçon lui ont fait part de leur mécontentement! Elle leur a souhaité à tous les deux de mourir... Mais Delphin en réchappe. Lorsque sa mère meurt, de chagrin, Ludivine repentante demade à ses parents de le prendre chez eux. Elle insiste tant, que la famille cède...

Bien sur c'est un mélodrame, complet, avec son improbable histoire d'amour. Mais L'Herbier ne serait pas L'Herbier sans la couleur locale, et ici bien sur c'est l'univers du port de Honfleur, avec ses trognes authentiques, ses cérémonies religieuses et processions avec don d'ex-votos à la vierge: des maquettes de bateaux, sur socle, dans des bouteilles, voire fixées sur des sabots, qui sont sensées les protéger une fois en mer. Le metteur en scène reste fidèle aussi à ses choix d'auteur bourgeois d'histoires populaires (Même si le film est adapté d'un roman de Lucie Delarue-Mardrus, complètement oublié aujourd'hui): sa distinction entre les feignants, les Bucaille, vulgaires, sales et sans dieu, et les braves gens, les Leherg, travailleurs, propres, et pieux, est l'essence même du mélodrame! Mais dans cette intrigue qui se nourrit de l'arrivée extérieure d'une menace, celle d'un malhonnête qui décide de s'approprier Ludivine pour en faire la vedette d'un bar à matelots, et tant pis s'il faut organiser un simulacre de mariage d'abord, fait loucher le flm du côté de Griffith!

Et c'est sans doute là que l'apport de Betty Balfour est crucial, car elle rythme non seulement toute la première partie du film de son énergie communicative, mais en plus elle oppose à Jaque Catelain un jeu tout en contrastes, dans lequel elle sait jouer de ses yeux, et de ses gestes. Il est remarquable d'ailleurs de constater que l'acteur, généralement si fade, semble ici bénéficier de cette partenaire, si différente des rôles interprétés par Marcelle Pradot habituellement! Et Honfleur inspire L'Herbier avec son authenticité visuelle, sans parler du clou du spectacle, une tempête métaphorique dans laquelle Ludivine et Delphin vont enfin admettre leur amour. Le metteur en scène va d'ailleurs concentrer ses audaces de mise en scène à l'approche de cet événement, adoptant pour la première partie un rythme soutenu, mais essentiellement efficace... Bref, on est ici devant l'un des meilleurs films de son auteur, tout simplement.

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Published by François Massarelli - dans Muet Marcel L'Herbier 1927 **
26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 15:18

En 1913, durant la guerre des Balkans, un officier Montenegrin est tué, mais l'officier qui a mené le camp opposé est capturé par ses hommes. C'est un noble Turc, Mammhud Hassan (House Peters), et il va connaître la situation de nombreux prisonniers de guerre capturés en bonne santé: afin d'aider ceux qui sont à l'arrière, il va être captif dans une ferme, où il remplacera un homme mort au front. Par hasard, il se retrouve donc placé dans une petite maison, à l'écart de tout, et se retrouve en compagnie de la famille de celui qui est mort: la belle et farouche Sonia, sa soeur (Blanche Sweet), et son petit frère. Ils vivotent, en élevant des chèvres, principalement... Et si au début Hassan est accueilli par Sonia comme un mal nécessaire (Elle ne s'approche de lui qu'avec une arme!), une relation tendre va peu à peu se dessiner entre eux... Mais la guerre, pendant ce temps, évolue, et les soldats Turcs se rapprochent...

On murmure que ce film, l'un des quinze premiers de DeMille réalisés sur à peu près une année, a surtout été motivé par la nécessité de réutiliser des costumes qui avaient déjà servi pour le projet précédent The Unafraid, déjà situé en Europe de l'Est... Et le script, du à l'équipe Jeanie McPherson-DeMille, a sans doute été pondu très rapidement. D'ailleurs, on imagine très bien que Griffith en aurait fait un film beaucoup plus court, par exemple, en deux bobines sans doute: il y a là une scène de maison en proie à une attaque par des hommes menaçants, des péripéties inavouables, et une femme en danger d'être abusée par un soldat en rut! Bien dans le style des films de court métrage de la Biograph, donc.

Mais le film ne manque pas de charme, oscillant souvent entre drame, suspense et comédie, et Blanche Sweet y est excellente. Même si pour sa part elle n'a pas manqué de se plaindre d'un tournage qu'elle a détesté, sous la direction d'un metteur en scène qu'elle n'a pas supporté! The Captive, conservé en d'excellentes conditions après avoir été perdu jusqu'aux années70, est un film typique de la première manière de DeMille: direct, composé avec simplicité, et linéaire, il permet de voir une histoire qui débouche comme d'autres sur une ode à la liberté et au bonheur, deux luxes à aller chercher ailleurs, tant ils semblent impossibles à trouver pour ces Monténégrins et Turcs, prisonniers d'un monde vieillot dans lequel on se bouscule... Même si le film ne se conclut pas par un plaidoyer en faveur de l'exil pour les USA, il ne fait aucun doute que nos héros ne trouveront pas à s'aimer tranquillement dans la vieille Europe.

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Muet 1915 **
20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 08:43

A en croire les historiens du cinéma, c'est en voyant ce film que Georg Wilhelm Pabst eut la révélation de sa vie, et décidé d'engager sur-le-champ Louise Brooks; peut-être fut-il étonné de sa réponse positive mais le fait est que les studios (Et bien sûr la Paramount, maison-mère de l'actrice), ne savaient pas quoi faire d'elle, et c'est beaucoup plus d'un statut de starlette qu'elle disposait, d'autant qu'elle est ici détachée de son studio, et prêtée à la Fox, pour interpréter, eh bien, pas grand chose de plus qu'une plante verte... Tout ceci étant rappelé, non pour être désagréable, mais bien pour tenter de remettre les pendules à l'heure: Brooks, aujourd'hui adulée à juste titre par une poignée de dingos de par le monde, n'était absolument pas une star interplanétaire à l'heure de ses plus grandes contributions au cinéma, un art dans lequel elle n'a presque jamais vraiment percé...

Cela étant dit, les vraies vedettes de A girl in every port, ce sont bien sur les deux acteurs qui en interprètent les héros: Victor McLaglen est 'interprète de "Spike" Madden, un marin qui se satisfait d'une situation intéressante: il a, selon l'expression consacrée, "une fille dans chaque port", à Amsterdam, Rio, Mexico... Sauf que d'une part, le temps passe, et certaines se sont mariées et ont eu des enfants, ce qui n'arrange pas ses affaires. Et d'autre part, partout où il va, il se rend compte qu'il partage ses conquêtes avec un mystérieux marin, un serial dragueur, le nommé Salami (Robert Armstrong). Lors d'une bagarre, les deux fraternisent, sympathisent, et deviennent les meilleurs amis du monde. Entre alors en scène Marie (Louise Brooks), une Américaine exilée à Marseille. Spike tombe fou amoureux, et envisage de s'installer avec elle une bonne fois pour toutes, mais Salami qui connaît déjà la jeune femme sait qu'elle en a après son argent. Comment le lui dire?

C'est une comédie, qui naît de l'immense popularité de McLaglen et de ses personnages d'aventurier bourru, suite à l'immense succès de What price glory? (1926) de Raoul Walsh. D'une certaine façon, le jeune Howard Hawks, qui avait tourné une poignée de films pour la Fox, avait pour mission de faire bouillir la marmite, ce qui permettait à William Fox de financer ses projets dispendieux et artistiques: pour un Fazil, un Paid to love, combien de mètres de pellicule de Sunrise, ou de Street angel? Le pari de Fox, c'était de faire cohabiter un cinéma d'auteur exigeant et prestigieux dont il pensait qu'il finirait par payer, et un cinéma populaire et distinctif, soit différent de celui de la MGM, de la Paramount ou de la Warner... Il a perdu, et c'est dommage, mais il n'en reste pas moins que face à ce film, on est plutôt mitigé... Du reste, son (Désormais) principal argument de vente n'arrive qu'en deuxième moitié, et on reste bien fermement ancré dans la convention. C'est un flm d'hommes, qui fait passer la camaraderie entre marins avant tout, comme Hawks le fera pour les aviateurs, les gangsters, les cow-boys... On s'y saoule, on y bourre les pifs. Ca détend!

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Published by François Massarelli - dans Howard Hawks 1928 Muet Comédie Louise Brooks **
4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 09:42

Un paradoxe impressionnant que ce film: c'est le compte-rendu documentaire, minutieusement préparé, planifié, d'un échec. Glorieux, certes, mais un échec tout de même, du reste plus ou moins inévitable. C'est en tout cas la version actuelle des événements, avant qu'une hypothétique découverte sur les lieux de l'action ne vienne le démentir... Rappel du contexte: après une expédition vers le sommet de l'Everest qui s'était soldée par un autre échec, assorti de la mort plus qu'embarrassante de sept sherpas, le montagnard George Mallory avait pris la décision de retenter, en mettant toutes les chances de son côté: apport scientifique (Avec le concours du jeune Andrew Irvine, 22 ans, un montagnard novice mais prometteur, mais surtout un prodige en matière de mécanique et d'ingénierie, spécialiste de l'apport d'oxygène), prudence calculée, et équipe rodée à éviter justement les drames, et comme l'expédition précédente, la présence de John Noel, un membre dont le rôle serait d'immortaliser par des photos et un film le périlleux voyage. L'expédition avait commencé par attaquer, comme l'autre expédition déjà tentée, la route vers l'Everest par le Nord, donc par le Tibet (L'Everest faisant partie de la barrière montagneuse qui sépare ce pays du Népal), et des prometteuses avancées ont été effectuées, deux membres ayant été jusqu'à tenter une ascension décisive... Mais sans apport d'oxygène (Atteignant quand même 8570 m, ce qui restera un record longtemps). C'est donc avec des bouteilles encombrantes que Irvine et Mallory ont tenté le tout pour le tout, s'éloignant du camp de base au matin du 8 juin 1924.

L'histoire s'arrête, car si on sait bien sûr qu'ils sont morts quelque part là-haut, on ne sait pas, et on ne saura sans doute jamais s'ils ont atteint leur but. C'est du reste peu probable, la découverte du corps bien conservé de Mallory en 1999 ayant confirmé qu'ils avaient eu des difficultés matérielles, la pire étant que les précieuses bouteilles de gaz, avec leurs 15 kg, les ralentissaient plus qu'autre chose... Mais le mystère demeure. Ce n'est de toute façon pas le propos du film, gardien de leur légende, qui tente de rendre compte tout en préservant l'héroïsme des membres de l'expédition, tous d'ailleurs: sauf les Sherpas, qui ne sont pas nommés, bien sûr: on est en 1924, et l'Angleterre n'oublie pas ses traditions coloniales. On les voit, lors d'un plan, et pour le reste ils sont le plus souvent absents du voyage, du moins sur la pellicule.

Mais le film est fascinant, et par bien des égards assez représentatif d'un genre alors en pleine ébullition... Noel avait reçu des instructions très strictes de Mallory qui voulait d'une part que l'attention de chacun soit concentrée sur les dangers, par sur une caméra ou un appareil photo, et qui souhaitait noblement sacrifier son ego (Si tant est qu'il soit possible de le faire quand on dirige une expédition sur l'Everest!), et donc lui avait demandé de filmer les exploits, pas les hommes, a pu quand même structurer son film en trois parties, et a réussi à faire tant bien que mal un peu de cinéma avec le peu d'images que les circonstances lui ont permis de prendre des tentatives les plus spectaculaires. Du reste, le matériel cinématographique a été confiné sur un des camps à la base de l'Everest. Mais Noel l'avait prévu, ayant déjà vécu la tentative précédente: il avait amené un téléobjectif puissant, bricolé par ses soins...

La première partie concerne donc l'approche, la traversée du Tibet, qui est une prouesse en soi, le pays faisant partie à cette époque des endroits les plus reculés de la planète. On y voit assez facilement la fascination de Noel pour les gens rencontrés, leur joie, et il est amusant de constater que la condescendance de rigueur dans les intertitres (L'ironie malsaine de ces commentaires sur ces gens simples, pas lavés et ignorants) contraste avec les images radieuses des autochtones qui viennent apporter leur joie de vivre aux montagnards... Qu'on verra peu lors de ces scènes: la volonté de Mallory était très claire. En attendant, Noel a aussi à sa disposition des images de la nature, qui sont magnifiques.

Le deuxième partie prend acte du suspense naturel inhérent à ce genre d'entreprise, et comme le but de cette portion du film est d'atteindre le pied de l'Everest, ce suspense a l'avantage, contrairement à ce qui se passera dans la troisième partie, d'aboutir à son but. Les scènes les plus marquantes voient les membres de l'expédition traverser des paysages hallucinants de glaciers gigantesques et menaçants. L'Everest est souvent présent dans le champ, bien entendu... la promesse objective du film est bien sûr qu'on y va!

Et la troisième partie contient donc les images des hommes qui installent leur camp en bas de l'impressionnante montagne, avec ces trois mille mètres de quasi-falaise; on y verra quelques tentatives, des images aussi absurdes, parfois: Noel a essayé de filmer au téléobjectif une opération d'ailleurs réussie (Ce que nous disent les intertitres) de sauvetage de membres coincés sur une paroi, mais ce qu'on voit est tout simplement réduit à des points noirs qui se déplacent au loin sur un fond blanc. C'est hélas lors de cette partie que le film montre ses limites...

Mais une certaine magie demeure, sans doute parce que le film est l'un des morceaux du puzzle, et que ce puzzle reste un mystère aujourd'hui. Après tout, la découverte du corps de Mallory n'a rien résolu, rien prouvé, confirmé, ni infirmé; mais le film a au moins l'avantage de fournir de précieuses images qui prouvent au moins que si Mallory était obsédé par l'Everest (La fameuse phrase pour justifier l'ascension, "Because it's there!", c'est de lui) au point d'y donner sa vie, Noel était lui fasciné par la montagne, ça oui, mais il n'avait pas oublié en consacrant, une partie de son film à ce qui précède l'ascension, de rendre compte de sa propre passion pour la région, et sa fascination tendre pour ses habitants. Il nous donne à voir avec les moyens du bord, une nature vertigineuse, magnifiée par les éléments (Noel s'amuse à reproduire du mieux qu'il peut l'impression de miraculeuse beauté des effets de l'ombre et de la lumière sur la montagne, et c'est beau à pleurer). Et aussi bancal qu'il soit en raison de sa résolution en forme de point d'interrogation amer, ce film reste touchant, émouvant, et superbement incomplet plus de quatre-vingt-dix années plus tard.

The epic of Everest (John Noel, 1924)
The epic of Everest (John Noel, 1924)
The epic of Everest (John Noel, 1924)
The epic of Everest (John Noel, 1924)
The epic of Everest (John Noel, 1924)
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Published by François Massarelli - dans Muet 1924 **